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VISITE DE LA VIERGE A LA PRENESSAYE.

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Il paraît bien indiquée aujourd'hui pour évoquer les vénérables traditions qui, au cours du XVIIème siècle, et à l'aurore du XIXème, font descendre Marie en terre bretonne à Querrien, en La Prénessaye (Notre-Dame de Toute-Aide), à Lanrivain (Notre-Dame du Guiaudet), à Lanvellec (Notre-Dame de Pitié), à Lescouet-Gouarec (Notre-Dame de Carmez). Arrêtons-nous seulement à la première de ces apparitions qui fut l'objet d'une enquête régulière de l'évêque de Saint-Brieuc, en ce temps, Mgr Denis de la Barde.

Chapelle de la Prénessaye (Bretagne).

Nous sommes au là août 1652. Dans le chemin qui dévale du village de Querrien, sis sur la hauteur, et actuellement dominé par la chapelle de Notre-Dame de Toute-Aide, une fillette d'une dizaine d'années conduit au pacage marécageux des bas-fonds, son troupeau de moutons. L'heure est tardive, de 5 à 6 heures du soir. Sans doute, la petite patoure, enfant très pieuse, « de bon entendement et qui avait toujours en son cœur ses dévotes prières » s'était-elle attardée aux Vêpres et à la procession du vœu en l'église paroissiale de La Prénessaye. En ce jour de fête. chômée, nul travailleur n'est aux champs, le silence plane sur la campagne. La bergerette, quant à elle, ne le trouble d'aucune chanson, d'aucun cantique, dont celui chanté à l'église, il y a quelques instants à peine, devrait encore flotter sur ses lèvres. A genoux maintenant au milieu de ses bêtes, elle égrène son chapelet, mais seuls ses yeux révèlent sa ferveur, sa bouche reste close la jeune patoure est sourde-muette.

Jeanne est l'unique enfant de Jean Courtel et de Jeanne Marquer. Ces braves villageois ont au soleil quelque petit bien et vivraient parfaitement heureux sans la tristesse causée par l'infirmité de leur fillette. Celle-ci, cependant, grâce aux soins attentifs de sa mère, a senti se développer son intelligence; elle sait ses prières, saisit le sens des cérémonies liturgiques, se plaît à faire passer sous ses doigts, l'un après l'autre, les grains de son chapelet, et son petit cœur aime Dieu, la Vierge, les saints.

La bergerette est donc à genoux quand brusquement elle se lève. Elle vient d'avoir l'impression d'un déplacement d'air violent lui fouettant le visage et d'une présence à ses côtés. Elle se détourne. Or, voici que, près d'elle, une « damoiselle toute vêtue de satin blanc » la regarde en souriant. Un charme exquis émane de l'apparition. Aussi, Jeanne, loin de concevoir le moindre effroi, ne peut détacher les yeux du doux visage à l'ovale très pur. Pas davantage ne songera-t-elle à s'effaroucher lorsque la visiteuse remuera les lèvres pour une question que l'enfant, hélas n'entendra pas. Mais voici qu'à la demande de la belle Dame « Donne-moi un de tes moutons blancs », la langue de la pastourelle se délie, et la fillette répond d'un trait, patoisant d'instinct : « Ces moutons ne sont point à moué (sic), Ils sont à mon père. S'il veut vous en faire présent, j'y consens volontiers. Retourne vers tes parents, reprend la Dame, et, pour moi, demande-leur un agneau ». Et Jeanne alors : « Mais qui, en mon absence, gardera mon trouveau ? Moi-même » répond son interlocutrice. La petite bergère n'hésite plus. Légère comme un sylphe, elle a tôt fait de remonter la côte descendue tout à l'heure.

La voici dans sa maison où justement des parents et des amis, au retour de l'office paroissial, se sont arrêtés près de son père et de sa mère. On juge de la stupéfaction de tous lorsque la sourde-muette, d'une voix claire et bien timbrée, raconte ce qui vient de se passer et transmet aux siens le désir de la Dame. Le père n'a aucune hésitation. « Nous ne lui donnerons pas un agneau, s'écrie-t-il, transporté de reconnaissance, nous lui donnerons tout le troupeau ». Jeanne, sans plus se soucier de l'émoi qu'elle vient de causer, repart vers la Dame toujours au milieu des agneaux, suivant sa promesse. Du plus loin qu'elle l'aperçoit, la petite miraculée lui annonce : « Nous vous donnerons tout le troupeau ! ». Alors la belle Dame s'incline, sourit et disparaît... Il n'y a plus dans le champ de l'apparition que Jeanne et ses brebis. Elle y est bientôt rejointe par tout le village où déjà s'est propagée la nouvelle de la guérison de la petite infirme, et chacun pense à part soi que cette belle Dame pourrait bien être la Vierge Marie. Sans doute le dit-on même à haute voix, car il fut sur-le-champ décida de conduire Jeanne au recteur de La Prénessaye.

Chapelle de la Prénessaye (Bretagne).

La paroisse de La Prénessaye, à quelques kilomètres de Querrien, possédait, en plus de son église propre, celle du Saint-Sauveur. D'abord paroisse indépendante, Saint-Sauveur avait été réunie à La Prénessaye pour des raisons de trésorerie qui ne permettaient plus l'existence de deux desservants. Les offices se célébraient, dans l'une ou l'autre des deux églises, suivant un règlement qui n'allait pas toujours sans contestations. A la date où se passent les événements de Querrien, Messire Olivier Audrain était recteur de La Prénessaye où d'ailleurs, il était né en 1610 de Guillaume Audrain et d'Yvonne Riellan, bourgeois aisés, possesseurs de maisons, prés, vergers, landes et taillis. Ils étaient, au surplus, de grande piété. Heureux de voir en leurs fils Olivier et Alain, naître la vocation sacerdotale, ils ne négligèrent rien pour leur donner une solide instruction. Nous trouverons Olivier recteur de La Prénessaye avec le titre de licencié en droit canonique de la Faculté de Paris. Dans les pièces officielles, il y joint même celui de « notaire public de la Cour romaine ». On le voit celui qui allait être appelé à juger du cas de la voyante de Querrien n'était pas le premier venu.

Messire Olivier Audrain reçut avec bonté la fillette et ses parents, mais sans déconcerter ces humbles gens, Il ne leur laissa point deviner son émotion à entendre parler l'enfant sourde-muette, au sujet de laquelle il avait, à maintes reprises, prêché au père et à la mère, ses paroissiens, la résignation et l'abandon à la volonté divine. Ce ne sera donc point encouragée par lui que Jeanne « retournera à ses moutons », au milieu desquels la Dame allait la retrouver et lui révéler son nom.

Le lendemain, en effet, 16 août, puis les 17 et 18, Jeanne reverra la « Damoiselle fort agréable et belle ». Quels furent les propres termes des « colloques et paroles répétés et réitérés à plusieurs fois », dont fait mention le Mémoire de Messire Audrain, seule pièce authentique du temps qui permette de reconstituer, en l'absence des procès verbaux, hélas ! disparus, les circonstances des apparitions ? Ce « papier-mémoire de Messire 0l. Audrain », conservé aux archives de l'évêohé de Saint-Brieuc, est, nous dit M. l'abbé Texier dans l'avant-propos de son Histoire du pèlerinage de Toute-Aide, « un document d'importance capitale pour l'histoire de Querrien ». C'est un cahier couvert d'un parchemin et qui contient trente feuillets, dont quinze en blanc. Les douze premiers sont consacrés : quatre aux origines du pèlerinage et huit à des relations de « miracles » opérés à Querrien au premier temps de la « dévotion ».

Les apparitions se produisaient indifféremment aux endroits où se trouvait Jeanne Courtel ; dans le champ des Bosqueaux, ou dans la lande de Querrien, dans les prés de Lizaubran et le ohamp des Etoubles. La Vierge, car la belle Dame s'est nommée, « poursuivait », selon l'expression de l'auteur cité plus haut, la petite voyante. Ce qu'elle lui exprimait avec tant d'insistance, c'était sa volonté d'avoir à Querrien une chapelle et un pèlerinage. C'est ce qu'au recteur de La Prénessaye transmit Jeanne Courtel, sur l'ordre exprès de Marie.

Le recteur, comme bien l'on pense, se montra très circonspect. Le miracle éclatant qui avait marqué la première de ces apparitions ne laissait pas de le troubler fort si, d'autre part, il arguait de la prudence à observer et s'y arrêtait peut-être assez complaisamment. En effet, la perspective d'une troisième chapelle à desservir sur son territoire paroissial. n'était pas pour sourire à Messire Audrain. Bien plutôt y voyait-il une source de nouveaux conflits. Cependant, après le 20 août, Jeanne revenait à la charge. Non seulement Marie voulait une ohapelle, mais elle en désignait le lieu : « proche fontaine de Saint-Gal ». En preuve de l'authenticité du message dont elle chargeait la fillette, la Reine du ciel lui assurait qu'à quelques pas de la fontaine, à l'endroit appelé la « Mare » on découvrirait en creusant le sol une « image » anciennement honorée dans le village. Cette Mare de Saint-Gal et la fontaine sous le même vocable, évoquent le souvenir du moine irlandais qui, d'après la tradition, fit sourdre là une source. Il est vénéré à Querrien de temps immémorial, si bien qu'après les événements dont nous parlons, son nom se trouva associé à celui de Marie. On priait « Notre-Dame et saint-Gal » ou Notre-Dame et saint Gal de Querrien.

Sur les instances de Jeanne, quelques habitants du bourg se décidèrent, encouragés par la Vierge elle-même, rapporte une ancienne complainte, à porter la pioche à l'endroit indiqué, et « aperçurent une Dame en blanc, c'est chose véritable ». Bientôt ils ramenaient au jour une petite statue de bois, « une image ni souillée ni salle », dit la même complainte. Dès le lendemain de cette découverte, Jeanne allait trouver Messire Audrain, accompagnée de ses parents et de quelques voisins, Le recteur écouta avec bienveillance le récit très circonstancié de l'enfant, mais se déclara incompétent : la chose ressortissait de l'évêque. C'est donc l'évêque que, sur un nouvel ordre de la Vierge, Jeanne ira trouver. Deux habitants notables de Querrien, Michel Dolo et Pierre Malard l'accompagneront.

Mgr Denis de la Barde que sa dévotion à Marie lui faisait appeler « Ma chère Dame et Maytresse », reçut ses visiteurs avec la plus grande affabilité, les écouta, interrogea lui-même la voyante, et la soumit à l'interrogatoire de personnages compétents, puis la laissa aller, elle et ses compagnons, sans qu'il leur fût possible de rien augurer du résultat de leur visite. Cependant chante la complainte : L'évêque est tant émerveillé - Qu'il fait, un doux visage.

Tôt après leur départ, Mgr de la Barde se mit à l'œuvre, Il s'entoura des meilleurs conseils de sa ville épiscopale que le recteur de La Prénessaye informait secrètement de la marche des événements de Querrien. La foule, leur mandait-il, se pressait près de la statue, des guérisons s'opéraient devant l'« image » de Marie. En présence de ces faits, de la netteté des déclarations à lui faites par Jeanne Courtel, déclarations confirmées par les compagnons de l'enfant, l'évêque de Saint-Brieuc nomma aux fins d'enquête, deux commissaires ecclésiastiques : Messires Olivier Audrain, recteur de La Prénessaye, et Maury Tavel, recteur de Plémet. Une nouvelle apparition eut lieu pendant l'enquête qui, favorable, en tous points, se termina par la publication d'un « monitoire » ou ordonnance annonçant l'enquête personnelle à laquelle l'évêque allait se livrer en venant lui-même à Querrien. En conséquence, il enjoignait à tous lea témoins des faits à l'étude de ses présenter à lui le mercredi 11 septembre pour confirmer par serment leurs premières déclarations.

Chapelle de la Prénessaye (Bretagne).

Une foule nombreuse se pressait à Querrien lorsque Mgr de la Barde y fit son entrée. Le prélat opéra d'abord la reconnaissance des lieux, examina la statue, l'endroit où elle fut découverte, la fontaine, puis procéda dans une maison, mise à sa disposition, à un nouvel interrogatoire de la voyante, des témoins et des miraculés, sur les indications des procès-verbaux, rédigés par les commissaires. Lorsqu'il eut terminé, sa conviction était faite c'était bien la Vierge qui lui faisait le grand honneur de se choisir ce lieu de son diocèse pour qu'il y fût construit une chapelle et qu'il s'y organisât un pèlerinage. Dès le soir de ce jour, Mgr de la Barde bénissait, en la chapelle du château de la Tronchaye, appartenant à Messire Sébastien de Coëtlogon, vicomte de Méjusseaume qui la fournit, la première pierre du futur sanctuaire. L'évêque avait, en effet, décidé de le faire élever au dit lieu de Querrien, en l'endroit où la Sainte Vierge avait manifesté vouloir être bâtie une église en son honneur. A l'issue de cette cérémonies le prélat « donna commission verbale d'apposer ladite pierre audit recteur de La Prénessaye ». Comment celui-ci allait-il « apposer » les suivantes ?.

La Vierge, fidèle à la promesse faite à Jeanne que « l'argent ne manquerait pas », pourvut, en effet, à la réussite de cette entreprise difficile dès l'abord. Rentrant quelque peu préoccupé sans doute à son presbytère, Messire Audrain y trouvait une famille de Plémet venue en pèlerinage à Querrien, pour obtenir la guérison d'une fillette de 17 mois, Anne Vrot, atteinte de paralysie des membres. L'enfant était guérie, et Jean Vrot et Michelle Le Clerc ses père et mère, tenaient à ce que, selon les ordonnances épiscopales, la guérison fût consignée par acte du recteur. La liste des miracles dus à l'intercession de « Notre-Dame et saint Gal de Querrien » allait s'allonger et attirer des offrandes, dons et fondations. Si bien que dès 1656, l'église dédiée par Mgr de la Barde à Notre-Dame de Toute-Aide, était livrée au culte. C'est un bel édifice, affectant la forme d'une croix latine et flanqué d'une grosse tour.

Si sommaires que furent les débuts de ce pèlerinage, il acquit tout de suite assez d'importance pour nécessiter la présence d'un « sacriste », lequel fut Messire Jean Audrain, futur successeur de Messire Olivier Audrain, comme recteur de La Prénessaye. On dut bientôt lui adjoindre deux auxiliaires. Le désir de la Vierge était donc en voie de réalisation : l'église était construite et le pèlerinage organisé. Il atteindra toute son ampleur lorsque sera béni le 6 août 1656, c'est-à-dire moins de quatre ans après la première apparition le beau sanctuaire de Notre-Dame de Toute-Aide. A ce moment, le pèlerinage reçut son organisation définitive par une ordonnance de l'évêque de Saint- Brieuc, y créant une chapelle, avec règlement minutieux des charges et des revenus des quatre chapelains appelés à la composer. Les deux premiers furent aussitôt nommés. Ce furent Messire Jean Audrain que nous connaissons déjà, et Messire Julien Marcadé, prêtre de la paroisse de Plémet. L'évêque remettait à plus tard la nomination des deux autres. Hélas ! elle ne devait jamais avoir lieu, car, pour une cause que l'on ne saurait définir, à moins de l'attribuer au triste état religieux de certaines paroisses bretonnes, en ce XVIIème siècle (le siècle des Missions de Michel Le Nobletz et du P. Maumoir), le pèlerinage, parti d'un si bel essor, déclina du vivant même des témoins des Apparitions. Jamais, cependant, il ne fut complètement interrompu. Durant la période révolutionnaire, on y venait encore, on y laissait des offrandes qui permirent les premières restaurations lorsque, après des années de fermeture, l'église fut rendue au culte, en 1811. Beaucoup des objets qui s'y trouvaient furent enlevés et ne firent point retour. Parmi les statues ainsi disparues, doit-on compter celle miraculeusement découverte à la Mare Saint-Gal, ou est-elle l'une de celles que l'on vénère dans la chapelle?1 Ce point n'a pas été élucidé.

Parmi les pèlerinages qui se sont, depuis la reprise, déroulés à Querrien, y amenant à l'époque du Grand Pardon, les 7 et 8 septembre, des milliers de personnes, il faut rappeler celui du 28 février 1915. Ce jour-là, Mgr du Bois de La Villerabel, archevêque de Rouen, à cette époque vicaire général de Saint-Brieuc, et dont on connaît la grande dévotion à la Vierge de Querrien, ainsi que les écrits très documentés touchant le culte de la Madone, amenait à ses pieds 6000 pèlerins venus lui demander « la victoire de nos armées et une paix glorieuse ».

Nous ne saurions clore le récit des apparitions de Querrien sans un mot de Jeanne Courtel. Sa mission terminée, elle rentrait dans le rang et aurait, comme le dit fort bien M. l'abbé Texier « à faire son salut en usant des moyens dont usèrent les chrétiens de tous les temps ». Et Jeanne nous est montrée comme « honorable et honneste fille ». Détail prouvé par ses multiples signatures, « d'une écriture haute et bien formée » au registre paroissial, les familles tenaient à honneur de l'avoir pour marraine de leurs enfants. Elle fut aussi conviée à de nombreux mariages jusqu'à ce qu'elle-même épousât « maître Damien Saullier, sieur de la Motte, commis aux Forges (de Vaublanc) pour M. de Saint-Laurent ». De ce mariage naquirent cinq enfants. Deux filles seulement survécurent et se marièrent, à l'exemple de leur mère, fort honorablement.

Quant à Jeanne, elle mourut pieusement le 8 octobre 1703 et fut inhumée par faveur spéciale de Mgr. Louis-Marcel de Coëtlogon, évêque de Saint-Brieuc, petit-neveu de Sébastien de Coëtlogon, vicomte de Méjusseaume, donateur de la première pierre de l'église de Querrien, dans cette église même. Elle y repose aux pieds de la Vierge de Toute-Aide qui, jadis, veilla sur les blancs agneaux de la gente pastourelle. (Marthe LE BERRE).

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