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ABBAYE NOTRE-DAME DE LANGONNET

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L’abbaye de Langonnet, située dans la paroisse de ce nom, appartenait jadis au diocèse de Cornouaille ou de Quimper : son histoire est donc étrangère à l’ancien diocèse de Vannes. Néanmoins,. comme son territoire appartient depuis la Révolution au département du Morbihan, il ne sera pas inutile d’en dire un mot en passant. Ce mot sera forcément court, parce que les archives du monastère ont été détruites pendant les guerres de la Ligue.

Abbaye Notre-Dame de LANGONNET - Langonnet

L’abbaye cistercienne Notre-Dame-de-Langonnet est fondée le 20 juin 1136 par Conan III, duc de Bretagne dans la paroisse de Langonnet, diocèse de Quimper. On ne sait ni quel motif porte à faire cette fondation, ni quelles personnes contribuent à cette bonne oeuvre. 

Abbaye de Langonnet

L'abbaye de Langonnet comme Bégard est fille de l'Abbaye de l'Aumône. Cette abbaye a sept religieux et son abbé jouit d'un revenu annuel de 6 000 francs. Cette abbaye est restaurée au XVII-XVIIIème siècle. Le cloître date du XIIIème siècle. Le premier abbé est inconnu. Le second est saint Maurice, qui est un des arbitres établis en 1161 pour juger le différend que les chanoines de Saint-Pierre de Nantes avaient avec les religieux de Quimperlé, relativement à la propriété de l'église de Notre-Dame dans la ville de Nantes. Il construit en 1170 le monastère nommé depuis de Saint-Maurice dans la forêt de Carnoët, avec la permission du duc Conan IV, qui estimait beaucoup sa vertu. Ce prince lui donne le terrain nécessaire pour établir l'abbaye, et dote cette maison. Maurice est originaire de Loudéac, au diocèse de Saint-Brieuc, et cultivait les belles-lettres dans sa jeunesse. Conduit par l'esprit de Dieu, il se retire vers l'an 1140 dans le monastère de Langonnet, dont il est fait abbé par la suite. C'est dans ce dernier lieu qu'il meurt en odeur de sainteté en 1191, selon l'auteur de sa Vie. On ne sait s'il se démet du gouvernement de Langonnet, lorsqu'il commence à bâtir celle de Carnoët, ou s'il retient l'administration des deux maisons. Hervé de Caboul succède à saint Maurice dans le gouvernement des abbayes de Langonnet et de Carnoët, et vit encore en 1220. On ne sait en quel temps les deux maisons se séparent. Guillaume admet en 1507 Hervé de Léon, seigneur de Noyon, à la participation des prières de sa communauté. Il ne prend dans cet acte que la qualité d'abbé de Langonnet. Henri de Kergoet est abbé de Langonnet en 1477, suivant un acte de l'église de Quimper. Il assiste le 15 octobre 1480 à l'entrée solennelle de Guy, évêque de cette église, et vit encore en 1482. Vincent de Kergoet est abbé de 1510 à 1514. Frère Yves de Bouteville est maintenu en possession de l'abbaye de Langonnet le 13 avril 1518 contre Frère Yves de Vaucouleur, qui lui dispute ce siége. Yves de Bouteville meurt en 1536, et son temporel est mis en régale le 7 avril de la même année. Jean Nicolas est abbé commendataire en 1541. François de Bonacourcy fait serment de fidélité au roi en 1549, dans la Chambre des Comptes de Nantes. Paul de Bonacourcy fait un pareil serment en 1590, assiste aux Etats de Rennes en 1603, et vit encore en 1640. Isaac de Marbeuf assiste aux Etats de Vannes en 1649 en qualité d'abbé de Langonnet. Claude de Marbeuf assiste aux Etats de Dinan en 1675 comme abbé de Langonnet. René Auguste de Marbeuf, aumônier de la reine, est nommé en 1725, au mois de mai, et conserve cette abbaye jusqu'en 1754. N. de Lesquen, chanoine de Rennes et commissaire provincial de la chambre des décimes, est nommé abbé de Langonnet en 1754, et meurt le 10 novembre 1765. Toussaint François René Conen de Saint-Luc succède en 1766 à M. de Lesquen dans l'abbaye de Langonnet, devient évêque de Quimper en 1773, et se démet de cette abbaye en 1785. François Charles Chevreuil, natif du diocèse de Quimper, chanoine, vicaire général, official diocésain et chancelier de l'Eglise de Paris, est le dernier abbé de Langonnet. Nommé en 1786, il ne jouit que pendant quatre ans de ce bénéfice. Les moines sont expulsés en 1790. Les bâtiments sont alors utilisés par un détachement du Faouët. En 1806, l'abbaye de Langonnet est transformée en haras national jusqu'en 1856. De 1856 à nos jours, l'abbaye de Langonnet est habitée par une communauté de missionnaires spiritains. En 1880, Langonnet voit arriver la relique de saint Maurice Duault. Plus tard, Langonnet devient une maison de repos jusqu'au retour de l'école catholique et la fondation d'un musée missionnaire. 

Abbaye de Langonnet

 

Abbaye de Langonnet

 

I. FONDATION

L’abbaye de Langonnet, de l’ordre de Cîteaux, fut fondée, suivant l'ancienne charte de Bégar (Bégard), par le duc Conan III, le 20 juin 1136.

Le couvent fut bâti à une lieue à l’est du bourg, sur la rive droite de l'Ellée, et aux confins des paroisses de Plouray et de Priziac, du diocèse de Vannes. Le lieu par lui-même était silencieux et pittoresque : des collines le protégeaient contre le vent, et l’eau de la rivière permettait d’établir de verdoyantes prairies. Vers le nord s’étendaient les bois de Conveau et de Plouray, restes considérables de la forêt centrale de la Bretagne. Vers l’ouest se déroulaient de vastes landes à défricher, et c’est peut-être pour en venir à bout que le duc y établit des moines, en leur abandonnant la propriété du sol.

Les souvenirs historiques ne faisaient point défaut dans l’endroit. Sans parler des débris celtiques ni des ruines romaines dispersés çà et là, il y avait, à 1500 mètres au nord du couvent, le Menez-Morvan ou la colline du Morvan, qui rappelait le nom du héros breton qui, en 818, combattit contre Louis le Débonnaire pour l’indépendance de son pays, et qui, après une première victoire, succomba dans ce lieu sous les masses innombrables de l'ennemi.. (Histoire de Bretagne par La Borderie, II, p. 11).

Le monastère primitif, commencé en 1136, devait comprendre, suivant l’usage, un cloître carré, avec une église au nord et des bâtiments claustraux sur les trois autres côtés, et de plus une basse-cour, avec granges, écuries, etc... L’église, bâtie au XIIème siècle, était nécessairement de style roman. Elle a été reconstruite partiellement en 1637 et 1780 dans le style néo-grec, et on a trouvé dans les pavés plusieurs pierres tumulaires assez curieuses ; l’une d’elles portait une épée et une coupe, sans aucune inscription.

Au XIIIème siècle, on fit ou l’on refit le corps de logis du côté de l’est : on y voit encore, au début du XXème siècle, une salle voûtée qui porte les caractères de l’architecture de cette époque, et qui servait, dit-on, de salle capitulaire.

Au XVIIème siècle, on reconstruisit le monastère presque en entier ; les bâtiments sont ceux qu’on voit encore au début du XXème siècle, ils sont solides, mais ils n’offrent rien de remarquable.

Abbaye de Langonnet

Les religieux de Langonnet, comme leurs frères de Lanvaux, de Prières et d’ailleurs, partageaient leur temps entre la célébration dés offices et le travail des mains, et ils jeûnaient pendant une bonne partie de l’année. Leur vie active et mortifiée leur attirait les grâces de Dieu, et par surcroît les libéralités des hommes. On aimait à se recommander à leurs prières, à se faire inhumer dans leur cloître on dans leur église, et à y faire des fondations, quand on en avait le moyen.

De leur côté, les religieux admettaient leurs bienfaiteurs à la participation de leurs prières et bonnes oeuvres. Dom Morice, dans ses Preuves, I. 1214, nous a conservé un diplôme de ce genre. En voici la traduction : 

« A tous les fidèles du Christ qui verront ou entendront les présentes lettres, Guillaume, abbé du monastère dé Notre-Dame de Langonnet, de l’ordre de Citeaux, et tout le couvent du même lieu, salut dans le Seigneur. — En raison de la pieuse dévotion que vous avez pour notre ordre, et en particulier pour notre maison, noble homme Hervé (VI) de Léon, seigneur de Noyon et chevalier, nous accueillons favorablement votre demande, et dès aujourd’hui nous vous concédons la participation à tous les biens qui s’opèrent en ce lien, avec la grâce de Dieu, tant prières et aumônes que messes et suffrages, pendant votre vie et après votre mort. — Nous vous accordons en outre, dans notre église, une chapelle et une messe quotidienne pour le salut des âmes de vos prédécesseurs et de vos successeurs. De plus, lorsque votre décès nous sera notifié, nous ferons en chapitre l'absoute pour vous, comme pour un de nos frères, et vous participerez à toutes les messes et oraisons qui sont prescrites pour les dits frères, et nous nous engageons à faire confirmer tout ce qui précède par notre chapitre général. — En foi de quoi, nous avons scellé les présentes lettres du sceau unique, qui nous sert présentement. Donné le lundi après l'Ascension, l’an du Seigneur M.CCC.VII ». (8 mai 1307).

Il est incontestable que beaucoup de lettres analogues furent données à divers bienfaiteurs de la maison. Il est également certain que beaucoup d’anniversaires et de messes furent fondés dans l’église, mais la perte des archives empêche d’entrer dans aucun détail.

Abbaye de Langonnet

 

Abbaye de Langonnet

 

II. ABBÉS.

1° N..., le premier abbé de Langonnet nous est inconnu. Il reçut dans son monastère de nombreux novices, et il put ainsi fournir quelques sujets à la jeune abbaye de Lanvaux.. C’est probablement pour cette raison que l’abbé de Langonnet devint le père et comme le tuteur de l'abbé de Lanvaux, dans la suite des âges.

2° Saint Maurice, né à Croixanvec, se fit moine à Langonnet vers 1138 et en devint abbé vers 1150. Il fut un des arbitres choisis, en 1161, pour juger le différend que les religieux de Quimperlé avaient avec les chanoines de Nantes, et il fut témoin en 1166 d’une concession faite par l'évêque de Quimper aux moines de Quimperlé. (Pr. I, 644-658). — En 1170, avec le concours du duc Conan IV, il commença la fondation du monastère de Carnoët, sur le cours inférieur de l'Ellée, et y plaça douze moines tirés de Langonnet. Il se démit quelque temps après de sa première abbaye, pour se consacrer spécialement à la seconde, où il mourut en odeur de sainteté le 5 octobre 1191. Cette abbaye a pris son nom et s’est depuis appelée Saint-Maurice de Carnoët.

3° Quel fut son successeur à Langonnet ? — On l’ignore absolument, car Hervé Cabocel (ou Hescomar), dont on a mis le nom en avant, n’était point abbé de Langonnet, mais de Carnoët seulement (Pr. I. 845). Il y a ici une lacune de plus de 100 ans.

Note 1 : En 1254, l'abbé est chargé, par Innocent IV, de relever l'Evêque de Quimper d'aller à la Croisade (Actes du Saint-Siège, p. 8). En 1255, l'abbé est chargé d'excommunier ceux qui ont porté préjudice au monastère (Actes du Saint-Siège, p. 8).

10° ? Guillaume, abbé de Langonnet, admit, comme on l’a vu, en 1307, Hervé de Léon, seigneur de Noyon, à la participation des prières et bonnes oeuvres de sa communauté : il vivait encore, dit-on, en 1323.

Note 2 : En 1338, Guillaume de Quimperlé est pourvu de l'abbaye (Actes du Saint-Siège, p. 49). En 1400, Guillaume Jean, abbé (Actes du Saint-Siège, p. 154). 

Ici nouvelle lacune d’environ 160 ans ; on trouve, il est vrai, la mention de l’abbé de Langonnet aux Etats de Vannes en 1451 et 1462, mais aucun nom propre (Pr. 11. 1568. III. 7).

En 1470, l’abbé de Langonnet fut cité à comparaître à Lanvaux, devant le réformateur de l'Ordre, pour rendre compte de sa négligence à visiter ce second monastère.

20° ? Henri de Kergoët était abbé de Langonnet en 1477 ; il assista en 1480 à l’entrée solennelle de Guy du Bouchet, évêque de Quimper, et vivait encore en 1482.

21° Vincent de Kergoët, de la même famille que le précédent, gouvernait l’abbaye dès 1492 ; il révoqua des échanges de biens faits à Lanvaux, et vivait encore en 1514.

22° Yves de Bouteville fut maintenu en possession de l’abbaye, le 13 avril 1518, contre frère Yves de Vaucouleur ; il mourut au commencement de 1536, et aussitôt le monastère tomba en commende.

23° Jean Nicolas, abbé commendataire en 1536, est traité d’intrus dans une note, probablement parce qu’il n’était pas religieux ; il mourut en 1548.

24° François de Bonacorsi, (ou Buonacorsi) originaire de. Florence et protégé de Catherine de Médicis, fit serment de fidélité pour Langonnet en 1549, et mourut vers 1574.

25° Laurent de Bonacorsi fit un pareil serment en 1574. Il était capitaine de cavalerie : quelle aberration du bon sens et des convenances ! Il se démit en faveur du suivant.

26° Paul de Bonacorsi, neveu de Laurent, fit serment de fidélité en 1590, et s’occupa sérieusement de son abbaye. A partir de 1594, il eut la douleur de voir le monastère ravagé tour à tour par les Ligueurs et les Royaux, les moines expulsés, les archives détruites et les biens usurpés par les seigneurs voisins.— Rentré en 1598, il restaura provisoirement l’église, le couvent et la maison abbatiale. Les persécutions qu’il eut à subir de la part des usurpateurs de ses biens, et même du baron du Faouët, n’ébranlèrent pas son courage. Ayant enfin réussi à recueillir les documents nécessaires, il dressa le tableau des biens de l'abbaye, et en fit aveu au roi le 4 juin 1625.— Il entreprit, en 1637, la reconstruction de l’église, en commençant par le portail et la longère du nord ; mais se sentant fatigué, il résigna son abbaye en 1638 en faveur du suivant, et mourut en 1641, laissant une mémoire justement vénérée parmi les religieux.

27° N. de Montenay, prêtre de Normandie, pourvu sur la résignation du précédent en 1638, continua les travaux de l’église, et donna sa démission en 1647.

28° Isaac de Marbeuf, pourvu la même année, accepta l'introduction de la réforme de Prières à Langonnet, vit commencer la reconstruction du monastère et mourut en 1674.

29° Claude de Marbeuf, neveu du précédent, nommé en 1674, jouit de ce bénéfice durant 49 ans ; il se joignit à la communauté pour rendre aveu au roi en 1684, vit achever les bâtiments du monastère, et mourut en 1724.

Note 3 : Il assista aux Etats de Dinan, en 1675.

30° René-Auguste de Marbeuf, pourvu en 1725, fit aussitôt un arrangement avec les religieux pour le partage des revenus et des charges ; il était aumônier de la reine et vicaire général de Rouen. Il fut dans la suite mêlé à l’éducation du Dauphin, et mourut en 1754.

Note 4 : 1724-1754. René-Auguste de Marbœuf. Famille d'origine poitevine, établie à Rennes, clerc tonsuré, lorsqu'en 1721 il fut nommé Abbé de Saint-Jacques de Montfort. (M. Abgrall). 

31° François de Lesquen, vicaire général de Quimper, nommé à l'abbaye de Langonnet en 1754, et à un canonicat de Rennes en 1756, vécut en paix avec les religieux, et mourut en 1765.

Note 5 : 1754-1763, François de Lesquen, sr. de la Menardaye, Chanoine de Rennes, vicaire général de Quimper et recteur de Crozon ; décéda le 26 Octobre 1763 (M. Abgrall). 

32° Toussaint-François-Joseph Conen de Saint-Luc, chanoine de Rennes, fut pourvu de l’abbaye en 1766, et devint évêque de Quimper en 1773 ; il résigna Langonnet en 1785, et mourut en 1790.

Note 6 : 1766-1785. Toussaint-François-René de Saint-Luc. Nommé Abbé de Langonnet, par brevet de S. M. du 2 Février 1766 ; était chanoine de Saint-Pierre de Rennes, depuis le 16 Mars 1730 (M. Abgrall).

33° François-Charles Chevreuil, du diocèse de Quimper, chanoine et vicaire général de Paris, fut pourvu de l’abbaye en 1786, provoqua le changement de la maison abbatiale, et fut dépouillé en 1791 par la Révolution.

Note 7 : Le revenu de l'abbaye n'était guère que de 5.400 livres ; encore le Roi, en y nommant l'Abbé de Saint-Luc, le grevait d'une pension de 600 livres pour l'abbé Boursoul, enfant de Quimperlé, né dans la rue Ellé, qui, devenu prêtre et missionnaire, mourut le lundi de Pâques, comme il prêchait, dans l'église de Toussaint de Rennes, sur le bonheur des élus, et en commentant les paroles de saint Jean : « Videbimus eum sicuti est ». L'expédition des bulles pour Langonnet coûtèrent 2.694 livres, et l'abbaye elle-même était taxée, au rôle des décimes, pour 1.057 livres. Mgr. de Saint-Luc, évêque de Quimper depuis 1772, se démit de l'abbaye de Langonnet en 1785, pour prendre celle de Landévennec, dont le revenu fut annexé, pour toujours, à la mense épiscopale de Quimper, Quatre ans plus tard, le tout était anéanti. Le successeur de Mgr. de Saint-Luc, à Langonnet, et le dernier Abbé fut un M. François-Charles Chevreuil, chanoine chancelier de l'église de Paris, que l'abbé Trévaux dit être « natif du diocèse de Quimper » (M. Abgrall).  

Abbaye de Langonnet

 

Abbaye de Langonnet

 

III. AVEUX.

Au sortir de la Ligue, le temporel de l'abbaye était si réduit que tout le revenu fut adjugé à 800 livres au plus offrant et dernier enchérisseur. En rentrant à Langonnet, l'abbé Paul de Bonacorsi fut obligé de publier ; dans les villes et paroisses voisines, que ceux qui prétendaient quelques droits dans le fief de l'abbaye, eussent à se présenter pour réclamer leurs terres, sinon il les donnerait à d’autres ce qui prouve que les paysans eux-même s'étaient dispersés.

A force de recherches, l'abbé réussit à recueillir tous les renseignements nécessaires, et le 4 juin 1625 il signa un aveu général au roi, pour son bénéfice de Langonnet. La Cour des comptes de Nantes, saisie de cette pièce, ordonna, dès le 12 du même mois, la publication de l’aveu aux plaids généraux de la juridiction royale de Carhaix afin de provoquer les réclamations des opposants, et de vérifier le bien fondé des allégations de l'abbé. Un délai de six mois était accordé pour faire les publications, ou constater leur absence, et ce n’est qu’après ce terme, que la Cour approuva l'aveu. 

Un autre aveu très détaillé, et qui ne renferme pas moins de 82 pages, fut rendu le 15 juin 1684, lors de la réformation générale du domaine du roi. En voici le texte sommaire : « C'est l'adveu, dénombrement et déclaration des héritages, rentes et privilèges qui appartiennent aux abbés, couvent et religieux de l'abbaye de Notre-Dame de Langonnet, ordre de Cisteaux, qu’ils tiennent noblement et prochement à foy, du Roy nostre sire et souverain seigneur, soubs son domaine de Gourin. 

1° Fief. « Et premier déclarent que la d. abbaye est de fondation ducalle des Ducs souverains, et des plus anciennes du d. Ordre en la d. province ; qu'ilz tiennent icelle abbaye à fieff amorty de Sa. d. Majesté, qu’ilz ont droit de haute, moyenne et basse justice sur les hommes de la d. abbaye, droit de fieff et baillage s’extendant ès paroisses de Langonnet, Gourin, Faouët, Priziaç Plouray, St-Tugdual, Ploërdut, Plévin, Paul, Glomel, Tréaugan, St-Hernin, Motref, et dans la ville de Carhaez ; droit de dixme à l’onziesme gerbe de toutz les bledz ensemencés par les hommes et vassaux de la d. abbaye, et droit de champart à la troisième gerbé és terres frostes, quand elles sont cultivées ; droit de lodz et ventes, de taux et amendes, de prisons fermées et de patibulaires, d'espaves et gallois, de deshérences et touz autres émolumens attachez au fieff et justice haute, moyenne et basse ; avecq droit de juridiction sur les bois et forestz de la d. abbaye, et d'establir des gardes verdiers et forestiers pour la conservation d’iceux, conformément aux adveux fournis à Sa Majesté ; ont oultre droit de foires et de marchés, de suite de cour, four et moulin, à quoy les hommes de la d. abbaye sont obligez et d’estre recepveurs et sergens des roolles et rentiers, à la dévotion des d. abbé et couvent ; ont aussi droit de franchises et d'immunitez en l’église, cloître, maisons et pourpris de la d. abbaye, ès clotures d’icelle, ainsin que les d. pourpris se poursuivent et comportent ».

2° Biens. « Déclarent que la d. abbaye de Langonnet est sittuée en la paroisse de Langonnet, et qu’elle consiste en la principalle église, une chapelle de St-Anthoine en l’enclos de la d. abbaye, maison abbatialle, cloîtres, dortoirs, courtz et appartenances, jardins, vergers, moulin à eau dans l’enclos, et autres logemens, maisons et ménagerie, la grande prée, la prée du moulin, la prée Huon, le tout estant de l’enclos et pourpris de la d. abbaye , contenant 72 journaux.

Le bois de Ridel, contenant en fonds 2 journaux de terre. La métairie noble de Parc-Alis, en la d. parroisse de Langonnet, contenant 62 journaux et demy de terre, affermée 66 livres par an. La métairie noble de Larlé (Harlay) en la d. parroisse, contenant 23 journaux et 70 cordes, affermée 42 livres par an. Le manoir noble de Keraudrénic et la borderie de Bel-Orient, contenant 144 journaux de terre et 17 de bois, affermé 120 livres. Le lieu, noble du Grand-Bosrin, contenant 189 journaux de terre et de bois, affermé 140 livres par chacun an.

Le lieu noble du Petit-Bosrin, contenant 47 journaux et 58 cordes et demy de terre, affermé 75 livres par an. Le moulin du bourg de Langonnet, un quart de journal, et l'étang ayant 1200 journaux, affermés 100 livres par an.

Le moulin de Bazrun (Baéron) contenant en terre et étang 2 journaux, affermé annuellement, 80 livres.

Le moulin de Kerantour, près de la Trinité-Bezver, contenant en terre et étang 45 journaux, affermé 120 livres par an.

Les moulins de Conveau, en Gourin et Tréaugan, contenant un journal et 8 cordes, affermés 220 livres par an.

Le moulin de Kerourgan, en Plouray, près du monastère, contenant un journal en terre et étang, affermé 100 livres par an.

Une grande maison, avec jardin, four et auditoire, au bourg de Langonnet, un journal et demy, affermés 18 livres par an. 

3° Rentes foncières, payables en argent, en grains, en oeufs, etc... et établies sur les tenues suivantes, partagées en quatre gaules :

a) Gaule de l'Abbaye, s’étendant à Parc-Croix, Keranguen, Kerbanalen, Penguern, Pontinas, Calaren, Kerroch, Casquer, Menez-Audet, Menez-Meur, St-Brandan, Quelenec, Kerguestinen, Kernougal et la Garenne de l'abbaye.

b) Gaule de la Trinité-Bezver : Leurven, Resperiou, Droulouez, Coetanlen, le Faut, Guernhir, Kerantour, Botquelvez, Bezver, Kerihuel, Kermat, Locmaria, Kerriou, Penquelen, Quilliuhel, Cozletty, Kerbescontès, Poulloudu, Kermarec, Kerbruc, Kergreven, Bosrin, Kerlann, Cohignac, Kertoupin, Disméon, Kernevez, Kernivinen, Kergrech et Kervivic. 

c) Gaule de Langonnet : le bourg, Kerrioual, Banalégan, Botmen, Tiholo, Roscoriou, Kerfraval, Keranplomenec ; — au Faouët : Keranbic, Kerdouriou, Kergoff, Saint-Jean, Loquénolé, Keruhel, Kerroch et Kerdudou.

d) Gaule de Conveau : Kergrist, Thévenec, Kerguicher, Kernaou, Guernmarch, Kergoven, Pouloudu, Kerscudel, Théoulin, Kerlannou, Kerancalvez, Kerbanalen, Kerénor, Conveau, Roh-an-Bran, Gouaremou, et Callac en Saint-Hernin.

Et quelques autres tenues, en d’autres paroisses, qu’on obmet en ce lieu, attendu qu’elles dépendent en arrière-fieff de la Cour royale de Carhaez. Ce fut fait et gréé en la dite abbaye de Langonnet, soubz les signes des religieux et des notaires, ce jour 15 juin, après-midy, 1684. Signé : Fr. Jean Pezdronno, prieur de Langonnet. — Fr. Louis Bourgeois, souprieur, — Fr. Patern Pitouays. — Fr. Guillaume Allain. — Fr. L. Laurent. — Fr. Julien Cambert. — Fr. Laurens Gambert, procureur. — G. Le Hagre, not. roy. — Le Guern, not. roy.

Le 20ème jour de juin 1684, par devant nous, notaires héréditaires à Rennes soubssignés, fut présent en sa personne Messire Claude de Marbeuf, seigneur abbé de la d. abbaye de Langonnet, demeurant au d. Rennes, rue de la Quintaine, paroisse de Saint-Jean, lequel, après avoir en nos présences veu et leu l'adveu cy-devant escript, fait pour fournir à Sa Majesté par les relligieux de la d. abbaye, qu’il a représenté, l’a loué, rattifié et confirmé, veult et entend qu’il ait lieu, force et vertu, comme s’il l’avoit luy mesme faict et passé. Faict au d. Rennes, à nos estudes, soubs le seign du dit seigneur abbé cy mis. Signé : C. de Marbeuf. — André, n. r.— Bretin, n. r. ». (Langonnet. Original parchemin).

Abbaye de Langonnet

IV. PARTAGE.

Depuis l’envahissement des abbayes par les abbés commendataires, la grande affaire était le partage des revenus entre les intéressés. Après avoir essayé diverses combinaisons, on arriva presque partout à partager les ressources en trois lots : le premier pour l'abbé, le second pour les religieux, le troisième pour les charges de la maison.

Voici comment ce partage fut effectué à Langonnet en 1725.

« Ont comparu en leurs personnes Messire Auguste de Marbeuf, nommé par Sa Majesté à l'abbaye de N.-D. de Langonnet, par brevet du mois de mars 1725, d’une part, et Dom Charles Coursin, docteur de la faculté de Paris, prieur et profès de la d. abbaye, faisant et stipulant pour lui et les autres religieux de la dite abbaye, d’autre part.

Entre les quels s’est passé le présent acte, pour servir de traité et de partage canonique des biens, fruits et revenus, qui doivent et peuvent compéter et appartenir à chacune des parties ; et pour y parvenir de manière que le présent partage soit solennel et serve de règle stable à l’avenir, sur la réquisition du d. seigneur abbé, le d. prieur, en la qualité qu’il agit, après avoir cy-devant présenté au seigneur abbé un état général des biens et revenus de la d. abbaye, réflexion faite sur iceluy, (le d. abbé) a exigé que le d. sieur prieur en fit trois lotties, pour en choisir une, la communauté avoir le second choix, et le seigneur abbé avoir l’option de la troisième : ce que le d. sieur prieur a fait et présenté aujourd'huy comme il suit.

Premier lot, composé des six moulins dépendants de l'abbaye, à savoir les moulins de Conveau, de Bazrun, de Kerantour, le moulin du bourg, le moulin de Tohou, et le moulin de seigle, avec leurs hommes et vassaux ; toutes les métairies, savoir le Grand-Borin, le Petit-Borin, Restoulouet, Guernugal, Parc-Alis, Larlaye et la Garenne de l'isle ; les dixmes et rentes sur les seigneurs de Rostrenen et du Penhair (?), toutes les fermes du bourg de Langonnet, consistant dans la grande maison et accessoires ; la rente sur deux tenues à Guernugal, les rentes sur Menez-Cluondu, Crao, Penguily, Kerlescouarn et Kernourguien, et sur quelques autres habitants de la paroisse de Glomel ; la ferme et la perrière de Restoulouet, les amendes énoncées par les juges pour la réparation de l’auditoire, avec la rente sur le domaine de Concarneau et Fouesnant.

Second lot, consistant dans les rentes par argent, grains, chapons, poules, oeufs, corvées et autres redevances, dues aux gaules et rolles du bourg de Langonnet et de Locmaria, paroisse de Tréaugan en entier, Restoulouet, Tohou, Kerandeurquet, Lann-Salaün et ville de Kerhaes ; — avec les dîmes de la gaule de Langonnet et Locmaria, celles de Roustoulouet et de Tohou, la rente sur le domaine congéable de Quelenec, les nouvelles rentes sur les villages de Kerallain et Kervivic, et la tenue Cosson à Guernugal.

Troisième lot, consistant dans les rentes par argent, grains, chapons, poules, oeufs, corvées et autres redevances, dues aux gaules et rolles de Bezver, Trévelan, Conveau et Plouray, comme elles s’étendent ; — avec les dixmes des d. gaules et la dixme de Callac, la rente due sur la tenue Moysan à Guernugal, et la rente et corvées dues dans la paroisse de Séglien.

Ayant le seigneur abbé lu et examiné et murement considéré, de l’avis de Mgr. le président de Marbeuf son frère, présent et soussignant, déclare choisir le second lot, et consent que le d. lot soit son partage ; et le d. sieur prieur au d. nom déclare pareillement choisir la troisième lottie ; et pour le lot restant, destiné pour l’acquit général des charges, le d. seigneur abbé, de l’avis du d. seigneur président, déclare s’en réserver et retenir la jouissance.

Procédant ensuite au partage des autres biens non employés dans les lotties cy-dessus, le d. seigneur abbé déclare, du consentement du d. sieur prieur, se retenir la maison abbatiale (au nord de l’église), sa cour et son jardin, et déclare s’en contenter, aux fins du traité du transport de la d. maison, en date du 18 août 1713, que de présent il loue et corrobore ; (de plus) la grande écurie, joignant le parc Couldry, le dit parc Couldry, et toutes les autres terres comprises entre le chemin menant de l'abbaye au pont Chambot, comme elles sont bornées par la rivière de Prat-Huon et le jardin de l'abbatiale ; enfin le pré de la Boulangerie : de tout quoi le d. seigneur abbé pourra disposer à sa volonté, pour y bâtir, clore, murer et faire jardin, comme bon lui semblera, pour son utilité ou son agrément, sans pouvoir y être troublé par le d. sieur prieur.

Et le d. prieur au d. nom, du consentement du d. seigneur abbé et de l’avis du d. seigneur président, a déclaré retenir peur la Communauté les trois corps de logis, bâtis de neuf depuis les 40 à 50 ans, qui sont en bon et dû état de réparation ; la petite écurie, la crèche aux vaches, le jardin et le vieil enclos, comme il est borné par l’église, la grande cour, le mur allant de cette cour au moulin particulier de la communauté, par la chaussée joignant la rivière, le grand talus de pierre menant à Mené-Letty ou Kerourgan, et revenant à la grande avenue du bois de l'abbaye, le tout marqué par de vieux restes de murs, et du chemin de l'abbaye à l’autre bout de la chaussée de l'étang noir ; dans lequel enclos sont compris le pavillon servant à la lessive et le pré du moulin à seigle, avec sa servitude par le pré de la Boulangerie : le tout pour y pouvoir bâtir, clore, murer et faire jardin, comme bon leur semblera, pour leur utilité ou agrément, sans pouvoir aucunement estre troublés par le d. seigneur abbé. — Et attendu que la petite écurie et sa crèche aux vaches n’égalent pas la grande écurie que le d. seigneur abbé s’est réservée, il sera permis au d. prieur de faire construire au nord et orient de la grande cour tel bâtiment qu’il jugera à propos.

Les deux prés nommés de Dom Grégoire et de Prat-Huon, qui n’ont point été employés cy-dessus, demeureront indivis ; le Parc-Lann, où les religieux ont fait un pré cette année, et l’étang noir où ils ont nouvellement fait un pré, leur demeureront privatifs, jusque à être remboursés par le d. seigneur abbé des améliorations qui s’y trouveront faits, le tout à dire d’experts.

Le bois de haute futaye et les étangs demeureront indivis, de manière que les religieux pourront en jouir et y pécher, et le seigneur abbé aussi, lorsqu’il sera sur les lieux, et prendront les uns et les autres dans les bois leur chauffage et les bois nécessaires pour les réparations et réédifications de l’église et de toutes les maisons, métairies et moulins appartenant à la d. abbaye. A l’égard des bois taillis de Coz-Tréogan et du Gorzio, dont les ventes se feront de 12 ans en 12 ans, les religieux en tiendront compte de la moitié au d. seigneur abbé, sur le pied des ventes qu’ils en feront ; et pour la garde des d. bois et étangs, le d. seigneur abbé payera deux forestiers ou gardes, à raison de 40 livres de gages par an pour chacun.

En cas d’incendie ou de ruine des édifices ; pour le rétablissement desquels les bois de haute futaye ont leur destination essentielle, les permissions de les vendre s’en obtiendront par le consentement des deux parties et à communs frais, et le produit sera employé aux constructions des d. édifices, et le surplus mis en fonds perpétuel, dont le revenu sera partagé également entre le d. seigneur abbé et la communauté ».

 

V. CHARGES.

« Attendu que le seigneur abbé, en consommant son option, a, outre sa lottie cy-dessus mentionnée, pris le tiers lot, destiné pour les charges, il s’oblige par le présent traité à acquitter toutes les charges et impositions qui pourront être mises sur le bien de la d. abbaye, tant présentes que futures, en sorte que le lot qui revient à la communauté demeurera libre et quitte de toutes charges de quelque nature qu’elles puissent être. Le d. seigneur sera pareillement tenu de rendre à ses seuls frais les aveux au roy et autres seigneurs à qui il en sera dû, et de les faire recevoir ; payera toutes les impositions qui seront faites au bureau du clergé de Quimper ; acquittera toutes les charges claustrales et régulières, savoir, les messes abbatiales, l’entretien du dedans de l’église et de la sacristie, et tout ce qui est nécessaire pour y célébrer l’office divin avec décence, la cire pour le luminaire et le vin pour les messes, l’entretien et la nourriture d’un domestique servant les messes, l’huile pour deux lampes, dont une à l’église et l’autre au dortoir, le pain à chant, l’encens, la chandelle pour les messes et les offices de la nuit, les ornements, l’argenterie, le linge, le blanchissage, les cordes et la refonte des cloches, l’entretien de l’horloge, les droits de visite et frais du visiteur pendant le cours de la visite, les contributions ordinaires et extraordinaires de l’ordre, l’entretien de la bibliothèque et des livres des autels et du choeur, les gages d’un médecin, l’hospitalité, l’entretien d’un domestique pour servir les hôtes, les aumônes du cours de l’année pour les pauvres qui se présentent à la porte, à raison de deux minots de seigle par semaine, mesure de Carhaix, mis en pain, et pour les malades pain blanc, vin et viande ou poisson, l’aumône du jeudi-saint, le repas du seigneur ou de ses commis, la pension doctorale, et généralement toutes les charges claustrales exprimées et non exprimées. Et sur la contestation survenue entre les parties, en ce que le d. seigneur abbé soutient n’être obligé de payer les d. charges claustrales qu’en argent ou fournitures faites par lui ou par ses fermiers ou receveurs, .. il est d’une conséquence infinie, pour l’intérêt des parties, de fixer la valeur des charges claustrales, savoir, pour les aumônes ordinaires qui se distribuent à la porte et aux malades, la somme de 500 livres ; pour l’aumône du jeudi-saint, 100 livres ; pour l’hospitalité qui s’exerce à l’égard de tous les religieux de différents ordres, des pauvres prestres et autres passants séculiers, même des personnes de considération, avec leurs domestiques et équipages, y compris le domestique dont il est parlé cy-dessus. pour le service, la somme de 500 livres ; et pour les autres charges cy-dessus détaillées pour l’entretien du dedans de l’église et la pension doctorale, la somme de 700 livres ; le total des sommes cy-dessus faisant 1800 livres. 

Et procédant à l’assiette de cette somme, le d. seigneur abbé cède et abandonne les fonds suivants, compris dans le premier lot, savoir, toutes les métairies y énoncées et les moulins de Conveau, avec leurs sujets et dépendances ; de la quelle assiette le d. sieur prieur déclare se contenter (le surplus devant profiter à l’abbé et lui servir de réserve).

Le d. seigneur abbé payera seul les frais de procédures civiles et criminelles, et pour prévenir les embarras où il pourroit se trouver par sa négligence à discuter les droits et les prétentions de l'abbaye, il consent que le sieur prieur au d. nom puisse entreprendre telles affaires qu’il jugera bonnes et nécessaires, sur l’avis de trois avocats du parlement de Bretagne, qui seront nommés d’un commun consentement.

Sur la représentation que le d. prieur a faite au d. seigneur abbé, que tous les bestiaux, existant sur toutes les métairies de l'abbaye, qui n’appartiennent pas aux métayers, y ont été mis aux frais des religieux, à qui ils appartiennent en propre, le d. seigneur abbé déclare n’y rien prétendre, et que les religieux en pourront disposer comme ils verront le devoir faire ; ils pourront pareillement se faire rembourser, par le d. seigneur abbé ou ses successeurs ; des meules des moulins de l'abbaye et des autres ustensiles, qui n’appartiennent pas aux meuniers des d. moulins.

Il sera permis à chacun de faire valoir ce qui lui appartient, savoir le d. seigneur abbé les deux tiers, et les religieux leur tiers, comme bon leur semblera, et faire telles améliorations que chacun jugera bon être, pour en jouir comme du fruit de leur travail, sans que l’un puisse répéter vers l’autre à ce sujet. Cependant les landes vaines et vagues dépendantes de la d. abbaye ne pourront être données à titre de féage ou à domaine congéable, sans le consentement mutuel des parties, les quelles en ce cas partageront par moitié les nouvelles rentes provenant de ces afféagements ou domaines congéables. Pourront néanmoins les parties faire nouvelles habitations et clôtures à leurs frais, dans tout le propre domaine de l'abbaye, aux d. landes vaines et vagues, pour en jouir privativement, jusqu’à être remboursées de leurs frais et avances.

A l’égard du casuel, comme lodes et ventes, commissions baillées, déshérences et tous autres, chacun en jouira dans sa lottie, aux fins des choses cy-dessus et des cessions des métairies et moulins cy-dessus exprimés pour l’acquit des charges claustrales ; et également à l’égard des dixmes et champarts, chacun en jouira dans sa lottie, suivant l’usage cy-devant pratiqué.

En cas d’éviction par procès ou autrement, dans le partage de l’une ou de l’autre des parties, ou en cas que le roy pour une nécessité de l'Etat ordonne l’aliénation de quelque partie du domaine de la d. abbaye, le d. seigneur abbé et les religieux y contribueront concurremment ; chacun pour ce qu’il y est fondé, savoir, le d. seigneur abbé pour les deux tiers et les religieux pour un tiers.

Et attendu que le d. seigneur abbé, en conséquence de son option des deux tiers des biens de l’abbaye, est chargé de toutes les réparations de l’église, maison conventuelle, moulins et métairies, dépendant de la d. abbaye, il est convenu que le d. sieur prieur en demeurera chargé, prenant les bois nécessaires dans la forêt, et jouissant du moulin de Kerantouz, que le d. seigneur abbé abandonne, pour n’en être nullement recherché ; mais arrivant sur l’église, maison conventuelle, moulins ou métairies, accident d’ouragan , d’incendie, ou autre vimaire, il en sera usé selon le droit et selon ce qui a coutume d’être observé en semblables occasions.

Et pour l’exécution du présent traité, les causes des parties seront attribuées au Grand-Conseil, où le présent traité sera incessamment homologué, aux frais et diligence des d. seigneur abbé et religieux. Le d. seigneur abbé se réserve tous les droits honorifiques, les seuls biens utiles ayant été employés en ce présent partage. A tout quoi s’obligent etc... Signé : A.. de Marbeuf, abbé de Langonnet. - De Marbeuf, président. — Fr. Charles. Coursin,. prieur. Contrôlé le 18 octobre 1725 » (Langonnet. — Copie).

On a vu ci-dessus que le total des charges claustrales avait été fixé, d’un commun accord, à 1.800 livres. Avec la dépréciation graduelle de l’argent, cette somme finit par être insuffisante. De là des réclamations légitimes et fondées de la part des religieux vis-à-vis de l'abbé. Enfin en 1787, c’est-à-dire 62 ans après le traité précédent, l’abbé commendataire consentit à payer 2.400 livres par an pour les charges claustrales.

 

VI. FIN.

La situation financière de l'abbaye de Langonnet, à la fin du XVIIIème siècle, était bonne, grâce à la sage administration des abbés et des religieux. C’est ainsi qu’en 1780 on put entreprendre des travaux importants à l’église, et qu’en 1783 on put prêter une somme de 4.000 livres aux moines du Relec.

En 1785, Mgr Conen de Saint-Luc, évêque de Quimper et abbé de Langonnet, d’accord avec la communauté, provoqua la vente d’une coupe considérable de bois. Un arrêt du Conseil du 6 décembre 1785 autorisa l’adjudication, qui monta à 129.700 livres. C’était un joli denier, dont le tiers pour les religieux montait à plus de 43.000 livres.

Or, sur ces entrefaites, Mgr. de Saint-Luc donna sa démission de l'abbaye de Langonnet, et fut remplacé en 1786 par M. Chevreuil, chanoine de Paris. Celui-ci réclama de son prédécesseur une part du prix du bois, et obtint en sa faveur un arrêt du grand Conseil le 28 juin 1786. Mais il renonça au bénéfice de cet arrêt pour des raisons de convenance, et le prieur du monastère, à la place de l’évêque de Quimper, promit de lui payer à Paris la somme de 25.000 livres pour sa part.

Ce même abbé Chevreuil fit, le 20 septembre 1786, avec les religieux, une transaction relative à la maison abbatiale.  « Je déclare, dit-il, faire cession et abandon de ma maison abbatiale et de ses dépendances à perpétuité à MM. les religieux, les d. dépendances consistant dans le jardin, courtil, cour, écurie et parc du colombier, réservant néanmoins le colombier y étant, parce que MM. les religieux s’obligent de me rétablir, au bourg paroissial de Langonnet, une maison, cour, jardin et écurie, conformes aux devis et plan (acceptés), avec en outre 48 livres de revenu, prix annuel de la location de la d. maison à Langonnet, la maison abbatiale évaluée entre parties 5.000 livres. Il est convenu que le d. seigneur abbé jouira de la maison abbatiale actuelle et dépendances, jusqu’à ce que la d. maison du bourg de Langonnet soit rétablie en état de jouissance et qu’il ne pourra réclamer le revenu de 48 livres que du moment où il cédera la jouissance de la maison abbatiale... Il est aussi convenu que M. l’abbé se joindra aux d. religieux pour solliciter et obtenir au Conseil ce changement à frais communs... ».

Cependant la révolution s’avançait menaçante. « Le lundi 4 février 1788, environ les 4 heures de l’après midi, la plupart des religieux étaient sortis de la maison ; ainsi que la plupart des domestiques, lorsqu’on entendit crier au feu ... L'enquête judiciaire établit que le feu commença dans un coin du grenier, loin de toute cheminée, et parmi des faisceaux de lattes et beaucoup de paille étendue. Cette circonstance frappante ne peut permettre de douter que le feu n’ait été porté dans le grenier, de dessein prémédité, par quelqu’un qui connaissait les entrées de la maison, et qui a choisi, pour exécuter son projet, le moment où la maison était presque déserte... La partie incendiée du bâtiment du midy, depuis l’extérieur du pavillon, en allant vers le levant, a 60 pieds de longueur sur 30 pieds de large , et comprend le salon de compagnie, la cuisine et le petit vestibule venant du jardin au cloître. La partie du bâtiment donnant sur le couchant a été brûlée de 48 pieds de long sur 30 pieds de large , sans y comprendre le dit pavillon ; elle comprend la salle à manger et le grand vestibule , où est le grand escalier qui conduit au dortoir. Dans le haut, le feu a dévoré la procure au dessus de la salle à manger, plusieurs chambres des religieux, et tous les greniers et couvertures de ces deux bâtiments ; la charpente au dessus a été entièrement brûlée ; une autre partie a été coupée et ruinée pour arrêter les progrès de l’incendie... Beaucoup de meubles ont été la proie des flammes... ». (Enquête).

Malgré la malveillance de leurs ennemis et les menaces de l’avenir, les moines se remirent courageusement au travail. Ils refirent la charpente et les planchers brûlés, et regarnirent de meubles les appartements incendiés. En dix-huit mois tout était réparé, et l'abbaye paraissait rajeunie par l’épreuve. Toutefois la haine n’avait pas désarmé ; de perfides insinuations étaient répandues dans le peuple ; les bourgeois et les paysans jetaient un regard de convoitise sur les biens des religieux. Voici une lettre écrite, le 24 juillet 1790, par J. F. de Frémont, prieur de Langonnet, qui en dit long à cet égard.

« Pour nous conformer aux ordres donnés au procureur de l'abbaye de vous faire passer le plus tôt possible une requête en nos noms, nous nous empressons d’y souscrire d’autant plus volontiers que nos jours sont exposés plus que jamais. — Je ne m’arrêterai point à vous exposer de rechef les vols, les brigandages et les menaces qu’on n’a cessé d’exercer contre nous depuis plus de six mois ; tous ces faits sont trop notoires ; mais hier, en revenant d’une visite que j’ai rendue à M. Bosquet, membre du département, j’ai appris chez M. Le Clech que les habitants de la Trinité venaient de chasser à coups de pierres un huissier et un cavalier que M. Kervaut, de Gourin, avait envoyés pour faire payer nos arrérages.. Sur les représentations qu’on a faites à ces habitants qu’ils s’exposoient par leur mutinerie à recevoir 500 hommes de troupe, pour les mettre à la raison, ils ont répondu que les moines seroient sacrifiés avant, et que 2.000 hommes ne viendront pas à bout de les réduire, parce qu’ils ont fait serment de ne pas payer, et qu’ils verseront plutôt jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour se défendre mutuellement. Vous sentez parfaitement, Monsieur, que de semblables discours ne sont point faits pour rassurer six religieux dans le milieu d’une campagne et éloignés de tout secours. C’est pourquoi nous vous supplions, avec les plus vives instances, de vouloir bien acquiescer à nos demandes, afin que nous puissions nous retirer le plus tôt possible en lieu de sûreté ; et nous mettre en même temps à l’abri des reproches que nos supérieurs ecclésiastiques pourroient nous faire dans la suite : chose que vous pouvez faire facilement, en procurant à chacun de nous un certificat, qui constatera que des raisons majeures nous ont forcés à sortir de nos cloîtres » (Langonnet, H).

Abbaye de Langonnet

 

Abbaye de Langonnet

Les derniers religieux de l'abbaye furent, en 1791 :

1. Jean-François de Frémont, né le 21 avril 1749, prieur. François de Frémont, 42 ans (en 1791). A quitté, en 1788, pour Langonnet, les Bénédictins de Barbeau, paroisse de Fontaine-le-Port, au diocèse de Sens. Etait prieur de Langonnet.

2. Jean-Robert Bourguilleau, né le 18 juin 1758. Robert Bourguilleau, 32 ans (en 1791), se retire à Kerguiomar, en Querrien, en 1794, et meurt assassiné, en Brumaire an III (Novembre 1794).

3. Dominique Le Breton, né le 29 septembre 1758. Dominique Le Breton, procureur, 32 ans (en 1791), a fait profession à Bégard.

4. Jean-Yves Le Denmat, né le 12 février 1752. Jean-Yves Le Denmat, 38 ans (en 1791), profès de Langonnet ; se retire à Mur.

5. Joseph Groleau (ou Grolleau), né le 26 décembre 1744. François-Yves Grolleau, 46 ans (en 1791), profès de La Melleray.

6. Laurent Derrien, né le 10 août 1744. Laurent Derrien, 46 ans (en 1791), depuis 18 ans à Langonnet ; se retire à Lannion.

Ils furent peu après contraints de quitter leur asile, emportant l’estime et les regrets de tous les honnêtes gens. Dès Janvier 1791, tous les religieux avaient quitté le monastère.

La Révolution vendit ensuite les dépendances du monastère, et notamment le moulin de la Porte, celui du bourg, celui de Baéron, des maisons et des tenues.

Les bâtiments de l'abbaye et ses plus proches dépendances, réservés par l'Etat, furent affectés en 1807 à l’établissement d’un haras. Cette destination par trop profane s’est maintenue pendant un demi-siècle. Les Pères du Saint-Esprit et du Saint-Coeur de Marie ont acheté, vers 1850, le monastère et ses dépendances immédiates et y ont fondé un scolasticat pour leur congrégation, un collège libre pour le voisinage, et une colonie agricole pour les enfants (J.-M. Le Mené).

Abbaye de Langonnet

 

Abbaye de Langonnet

 

L'histoire de l'abbaye de Langonnet en bref :

- 1136. Fondation de l'abbaye, du vivant même de Bernard de Clairvaux, grande figure de l'ordre cistercien (1090-1153), sur les instances d'Ermengarde, duchesse de Bretagne.

- 1136-1536. L'abbaye est sous la houlette des abbés réguliers ou religieux. Saint Maurice est le deuxième abbé (1145-1175). Il décède en 1191 à Carnoët.

- 1536-1790. L'abbaye vit sous le régime de la commende. Deux familles fournissent des abbés commendataires, les Bonacourcy et les Marboeuf.

- 1590-1598. Guerres de religions. Pillages et désolations. Vers 1595, La Fontenelle va y établir ses quartiers. Les moines sont chassés une première fois de l'abbaye en 1598. De l'abbatiale, on fait une écurie.

- 1688-1788. Reconstitution et reconstruction de l'abbaye qui n'était que ruines.

- 1790. Fin de la présence des moines à l'abbaye. Les biens sont mis à la disposition de la Nation. 

- 1793-1801. Insurrection bretonne et chouannerie. L'abbaye de Langonnet devient un rendez-vous des Chouans et des Prêtres réfractaires, puis une garnison de Républicains s'y installe.

- 1801-1856. L'abbaye sert de haras impérial.

- 1857. Acquisition de l'abbaye par les spiritains. Par un décret signé de Napoléon II, le 19 mai 1857, le haras impérial est transféré dans l'enclos de l'abbaye de la Joye. La prise de possession de l'abbaye de Langonnet par la congrégation du Saint-Esprit a lieu le 10 juin 1858.

- 1858. Le bâtiment est doublé en 1884. Ecole-séminaire jusqu'en 1970.

- 1877. Restauration de la salle du chapitre (ou salle capitulaire).

- 1898. L'abbaye devient maison de repos pour les missionnaires âgés.

- 1930-1936. Reconstruction du cloître actuel, pour le VIIIème centenaire de l'abbaye.

Depuis 1703, les missionnaires de la Congrégation du Saint-Esprit (spiritains) ont été plus de 13.000. En 2008, ils sont quelques 3.000 appartenant à une quarantaine de nations et présents dans 61 pays à travers le monde. Claude Poulart des Places, jeune aristocrate breton (1679-1709) et François Libermann, fils d'un rabbin de Saverne (1802-1852) sont leurs deux fondateurs. 

Abbaye de Langonnet : Claude Poullart des Places

Abbaye de Langonnet : François Libermann

Claude Poulart des Places

François Libermann

Charles Poullart, fonde en 1703, la Société et le Séminaire du Saint-Esprit. François Libermann fonde, en 1841, la Société du Saint-Cœur de Marie. En 1848, les membres de la Société du Sacré-Cœur de Marie entrent dans la congrégation du Saint-Esprit. " Un seul Cœur et une seule âme ", telle est la devise des spiritains.

A noter que les Pères Jacques Laval (1803-1864) et Daniel Brottier (1876-1936) ont été béatifiés par le pape Jean-Paul II. Le premier en 1979 et le second en 1984.

Voir aussi   Langonnet " Description de l'abbaye de Langonnet ". 

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