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LE DOMAINE TEMPOREL DE L'ABBAYE DE LANGONNET

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Domaine primitif. — Fondateur et donateurs. — Droits seigneuriaux. — Revenus et charges. — Les voisins de l'Abbaye. — Les Moines Rouges.

L'abbaye de Langonnet, par sa position même sur la rive droite de l'Ellé, relevait de la Cornouaille ; la majeure partie de ses domaines s'échelonnaient le long de l'antique voie qui conduit à Carhaix et s'étendaient jusqu'à Callac. Le domaine primitif avait été constitué par les Ducs, au XIIème siècle ; mais, dans la suite des temps, un certain nombre d'autres fiefs s'y adjoignirent, soit qu'ils fussent acquis par les moines ou dûs à la générosité de différents seigneurs, de sorte qu'à la longue les propriétés du monastère s'étendirent de chaque côté de la rivière, aussi bien dans le comté de Rennes que dans la Cornouaille, dans le Poher et le Brohérec, qui se trouvaient limités par le cours de l'Ellé. D'une part, le Kéménet-Guégant, qui formera la principauté de Guémené, et la seigneurie de Plouray, destinées l'une et l'autre à entrer sous la mouvance des Rohan ; d'autre part, la vicomté de Gourin, la châtellenie de Carhaix et la baronnie de Rostrenen.

Cette baronnie de Rostrenen (une douzaine de paroisses), et celle de Callac (13 paroisses), ainsi que la châtellenie de Carhaix dépendaient de la vicomté de Poher, dont Carhaix était la capitale.

La vicomté de Gourin comprenait Gourin avec ses deux trèves du Saint et de Roudouallec ; la baronnie du Faouët, Guiscriff et sa trève de Lanvénégen ; Leuhan, Langonnet avec la Trinité ; la seigneurie de Gournois et le Prieuré de Pont-Briand qui relevait de l'Abbaye Sainte-Croix, de Quimperlé. A partir de 1265, elle fut rattachée au domaine ducal.

Sur l'autre rive, en Terre de Vannes, s'étendaient le Kéménet-Guégant et la châtellenie de Plouray. Cette châtellenie comprenait quatre paroisses : Plouray, Mellionec, Plouguernével et Saint-Caradec Trégomel. Elle appartenait, en 1296, à Hervé III de Léon et passa par alliance aux Rohan, dès 1363.

Le Kéménet-Guégant est cité dans la charte de Conan IV, en faveur des Hospitaliers de St-Jean, dès 1160. Ce fief [Kéménet signifie fief, commendatio] conserva le nom de son premier possesseur, Guégant, qui est dit fils de Perriou, et probablement petit-fils de Budic ou Bénédic, comte-évêque de Cornouaille. Au XIIIème siècle, le Kéménet-Guégant se trouvait déjà aux mains des Rohan.

En 1251, le 19 novembre, Mabille, fille du vicomte de Rohan, Alain V, et d'Aliénor de Porhoët, épouse Robert Beaumer, fils de Gilles, châtelain de Bapeaume en Picardie, issu des comtes de Ponthieu, qui avait suivi en Bretagne son cousin Pierre Mauclerc. Mabille apportait comme dot les seigneuries du Kéménet-Guégant, de la Roche-Périou [Note : La forteresse de la Roche-Périou (ou Piriou), près le Faouët, au confluent de l'Aër avec l'Ellé (pont Rouge). bâtie par Périou (1025). fut prise par Edonand III d'Angleterre en 1342, et par Jean de Montfort en 1364] et de Cravel, détachées en juveigneurie du fief de Rohan.

Ainsi fut formé le domaine de Guéméné, qui comprenait les paroisses et trèves de Priziac, St-Tugdual, Ploërdut, Langoëlan, Le Merzer-Lescouët, Silfiac, Lescherlin [St-Germain en Séglien], Locmalo (y compris le manoir de Penhaër), Persquen et Lignol. (Acte de 1377). Le château de Guéméné fut construit entre 1474 et 1486.

La tige des Rohan-Guéméné est Charles Ier (1396-1438), fils du vicomte Jean Ier et de Jeanne de Navarre, sa seconde femme. Il naquit vers 1378, et il recueillit, par testament de son père les seigneuries de Guémené, de La Roche-Périou, de la Roche-Moisan, de Pontcallec, qui avaient été achetées avec la dot de ça mère. Sous Louis IV (1557-1611), la seigneurie de Guéméné fut érigée en Principauté, septembre 1570. Cette principauté comprenait, outre Guéméné, les seigneuries de La Roche-Moisan, Saint-Caradec, Plouguernevel, Plouray, avec les fiefs de Léon, de Tréfaven, de Plouhinec et de Groix.

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Les principaux bienfaiteurs de l'Abbaye, après les ducs de Bretagne, furent les princes de Léon, seigneurs de Noyon-sur-Andelle, qui possédèrent la Châtellenie de Plouray, jusqu'en l'année 1363, où elle passa à la Maison de Rohan, comme dot de Jeanne de Léon, fille héritière de Hervé VII. On leur doit sûrement les dépendances sises en Plouray, et c'est la raison pour laquelle, en 1307, Hervé III de Léon fut admis à la participation des prières de la communauté. Puis, les vicomtes de Gourin, branche cadette de Poher, qui donnèrent probablement la forêt de Conveau.

Viennent ensuite les barons du Faouët, juveigneurs des vicomtes de Gourin ; les seigneurs de la grande châtellenie de Pontcallec ; les puissants barons de Rohan, tant de fois alliés à la Maison ducale, et finalement les barons de Rostrenen [Note : Les barons de Rostrenen prétendent remonter à Guillaume de Rostrenem connétable de France sous Louis-le-Débonnaire (840). Leurs armes sont : d'hermines à trois fasces de gueules]. Ceux-ci avaient conservé sur l'abbaye des droits seigneuriaux. Lors de sa prise de possession, le nouveau seigneur se rendait à Langonnet, accompagné de ses officiers de justice. Le prieur leur rendait les honneurs et leur présentait les clefs de la cave, qui restaient à leur disposition durant vingt-quatre heures. —(BENJAMIN JOLLIVET : Les Côtes-du-Nord, III. p. 270).

En outre, le Jeudi-Saint de chaque année, ils avaient de nouveau les clefs à leur disposition, pouvaient visiter les salles, chambres, dortoirs et autres lieux, distribuer le pain aux pauvres qui s'y rencontraient et prendre eux-mêmes leur réfection aux dépens des moines.

Le Mémoire N° 1341, qui nous donne ces détails, ajoute que « l'Abbaye reconnaît pour bienfaiteurs les vicomtes de Rohan et les barons de Rostrenen ; qu'elle rend aveu, à l'un et à l'autre : au premier de quatre tenues sous le Duché de Rohan ; au dernier de la dixme ditte Moëlou et de Rostrenen, deux tenues de la paroisse de Kergrist-Moëlou et de Carnot » [Note : Kergrist-Moëlou (Côtes-du-Nord), arrondissement de Guingamp, à 4 kil, de Rostrenen ; Carnot, ou Carnoët, canton de Callac (Côtes-du-Nord). Le Mémoire ajoute : « Ce dernier trait est usurpé sur l'abbaye par un gentilhomme nommé Guénémen, alors sénéchal de Carhaix, en 1641. Cependant les seigneurs de Rostrenen obligent l'abbaye à fournir aveu, qui est chargé d'une aumône, générale, au jour du Jeudy-Saint ; ce qui s'exécute encore, quoyqu'elle ait perdu le tiers de la fondation, contre la teneur des titres les plus authentiques qui se puisent produire. On produisit dans ce procez le titre de vendition, fait à Guénémen de la terre de Carnot, qui le chargeait de laisser lever la dixme sur la terre que le seigneur de Beaumanoir lui vendait. La prescription l'emporta »].

Les seigneurs de Rostrenen avaient leurs armes au vitrail du maître-autel, du côté de l'Evangile, où celles de France et de Bretagne dominaient.

Aux plaids généraux de Rostrenen assistaient l'Abbé de Langonnet, le commandeur de la Magdeleine, le doyen de Rostrenen. et le Prieur de St-Jacques.

Aux plaids et hommages de la Cour de Guéméné nous trouvons, en 1547, l'Abbé de Bon-Repos, l'Abbé de Langonnet, le Chapitre de N.-D. de la Fosse de Guémené, le prieur de Saint-Nicolas, le prieur Commandateur du Croesty (Ordre de St-Jean de Jérusalem), le prieur de Henbez et celui de Gueldas.

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En raison de sa fondation ducale, Langonnet relevait de la, Couronne et constituait un « fief d'Eglise amorty, au Domaine de Gourin, Evesché de Cornouailles, à devoir de prières et oraisons selon les constitutions et statuts de l'Ordre de Cîteaux ».

L'aveu du 16 juin 1684, dit que les Religieux « ont droit de haute, moyenne et basse justice sur les hommes de la dicte abbaye [Note : La haute justice donnait le droit de prononcer des sentences capitales. Les fourches patibulaires du gibet, décorées des armes seigneuriales, en étaient signe apparent. La moyenne justice connaissait des poids et des messires ; prononçait des amendes. La basse justice réglait les menues contestations de la vie quotidienne. L'Auditoire, ou siège du tribunal, se trouvait au bourg de Langonnet, où résidait le sénéchal, assisté du procureur fiscal, des notaires, greffiers. sergents, huissiers], droit de fief et de baillage sextendent ès parroisses de Langonnet, Gourin, Faouët, Prisiac, Plouray, Saint-Tugdual, Ploërdut, Plévin, Paol, Glomel, Tréaugan Sainet-Hernin, Mottref, etc... [Plouger, Seglien], dans la ville de Carhaez ; droit de dixmes à l'onziesme gerbe de toutz les bledz ensemencés par tous les hommes et vassaux de la dicte abbaye, et de champart à la troisième gerbe ès terres frostes, quand. elles sont cultivées ; droit de lodz et de ventes, taux et amendes, de prisons fermées et de patibulaires, despaves et gallois, de déshérences et touz autres émoluments attachés au fief et justice haute, moienne et basse ; avecq droict de jurisdiction sur les bois et foretz de la dicte abbaye et d'établir des gardes verdiers et forestiers pour la conservation d'iceux,. conformément aux adveux fournis à Sa Majesté, inféodations et arrêtz de la Chambre souveraine et de la Chambre royale du Domaine. Ont oultre droict de foires et marchés, de suitte, de cour, four et moulin, à quoy les hommes de la dicte abbaye sont obligez, et destre recepveurs et sergents des roolles et rentiers à la discrétion des ditz abbé et couvent ; ont oultre droict de franchises et immunitez en l'église, cloîtres, maisons, pourpris de la dicte abbaye ès clôtures d'icelle, ainsin que les ditz pourpris se poursuivent et comportent, etc... ».

« Déclarent que la dicte abbaye de Langonnet est scittuée en la parroisse de Langonnet, et qu'elle consiste en la principalle église, une chappelle dédiée à l'honneur de Sainct Anthoine Abbé, en l'enclos de la dicte abbaye ; maison abbatiale, cloîtres, dortoirs, courtz et apartenences, jardins, vergers, le moulin à eau dans l'enclos de la dicte abbaye, et autres logements, maisons et ménagerie, une prée nommée la Grande Prée, la prée nommée la Prée-du-Moulin à seigle, une petite prée nommée Prat-Huon ; et tout ce que dessus estant de l'enclos et pourpris de la dicte abbaye s'entrenantz et joignantz, fors la séparation quy s'en fait par la rivière ou ruisseau nommé d'Ellé, contenant ensemble soulz fonds soixante-et-douze journaux de terre, cerné du levant à terres du lieu noble de Kergourgant relevant de la dicte abbaye à domaine congéable, et au Bois de la dicte abbaye et à Parcou-ar-Hoüat relevant pareillement de la dicte abbaye ; du midy à terres du lieu noble de Kermenguy relevant aussy à domaine congéable de la dicte abbaye et au dit ruisseau d'Ellé ; du couchant au chemin nommé le Chemin du Pont-Chambeau ; et du nord au chemin conduisant du Quélenec au dict Pont-Chambeau et du chemin conduisant du dict Quergourgant au moulin à seigle appartenant à la dicte abbaye. Le Bois de Ridel contenant sous fond deux journaux de terres, cerné du levant à Roz-Quermenguy, du midy à Parc-Toulan, du couchant au chemin du Pont-Chambeau et du nord à la Prée du Pont-Chambeau ».

Sous la dépendance du seigneur Abbé se trouvaient :

« L'esglise parochialle du dict Langonnet, sittuée au milieu du bourg, avecque son cimetière autour de la dicte esglise, et la Chapelle de Saincte Catherine y estante ; et le placître du bourg contenant deux journaux de terre, où il y a un pilori armoyé des armes de la dicte abbaye ; la tenue du Bourlogot (le Manoir), à présent profitée par le sieur recteur de Langonnet pour en paier de rente annuelle, à la dicte abbaye, la somme de sept sols six deniers, paiable le lendemain de Noël, jour et feste de St-Etienne, à faute de quoy on peut saisir le calice sur l'autel de l'église parochialle ; l'Eglise tresviale de La Trinité, autrement dit Bezuer ; ainsi que la Chapelle de Sainte Marie-Magdeleine en Locmaria, la chapelle de Sainct-Hervé de Locouarnou ; la chapelle du Sainct-Christ à Kergrist, en Gourin [Note : An leur gaër K'grist ès issues du dict village, qui est la chesnaye et plessix du dict K'grist, où estait anciennement la chapelle du Sainct-Christ, à présent ruinée. (Aveu de 1684)] ; l'église parochialle de Tréaugan [Note : L'abbaye « possédait autrefois le droit de présentation à la cure de Tréaument (Tréogan), mais de mémoire on ne l'a vue exercer ; elle jouit encore du droit de saisir le calice avant l'offertoire si le Recteur n'a pas mis 7 s. 6 d. sur l'authel du costé de l'Epitre, avant cette partie essentielle du sacrifice. Le recteur en fournit aveu à l'abbaye, comme de sa maison prebyteralle, qui ont été confirmés par plusieurs arrêts de ce Parlement, anciens et nouveaux ; elle n'a réservé que ce droit pour une belle tenue qu'elle a cédée pour le logement et la nourriture du recteur (terme de Bretagne) ou du curé (terme de France), par cette raison, le recteur ne dixme point où l'abbaye dixme. Par tolérance, on ne saisit plus le calice qu'à la post-communion. Il y a vingt ans que ce droit a esté exercé à la post-communion » (Mémoire N° 1341)] fondée en l'honneur de Monsieur Sainct-Collogan, avecque le cimetière et son tour de croix, et entour des murailles, ainsi que ses dépendances ; item, une petite chapelle, fondée en l'honneur de Sainct-Fiacre, avec son tour de croix et de bannière située au village de Lohon, contenant en fond un journal de terre ».

Les autres chapelles voisines, de St-Brandan, de St-Herbot (San-Tépot), de Ste-Hélène, à la Villeneuve, et de St-Guénin en Plouray ne sont pas mentionnées dans les aveux. Celle de St-Brandan dépendait sûrement de l'abbaye. A St-Herbot, on vénérait une statue de St-Servais (Sant Servèze) ; le pardon, qui était très suivi, avait lieu le 1er dimanche de mai ; on invoquait le saint contre la gelée.

Le domaine comprenait les manoirs ou lieux nobles, les moulins avec leurs étangs, les métairies, les bois et taillis, les landes, garennes, chesnaies et rabines.

Plan de l'abbaye de Langonnet (Bretagne).

L'Abbaye seigneuriale de Langonnet possédait un certain nombre de lieux nobles à domaine congéable [Note : Domaine congéable. Dans ce genre de contrat, le seigneur se réserve le fonds sur lequel il perçoit une redevance annuelle généralement peu élevée. Le domanier possède tout ce qu'il crée à la surface : édifices, clôtures, plantations. cultures, avec leur essouchement, etc... Le seigneur peut congédier le domanier à des termes convenus et réglés, moyennant remboursement intégral des constructions et améliorations] : les cinq manoirs de Kermainguy en Priziac, de Conveau [Note: « Le dict Manoir estant ruiné, où est basty à présent une maison à trois pignons, couverte de paille, aiante deux portes et une fenestre » (Aveu de 1684)] en Gourin, de Kerourgan en Plouray, de Ker Andrenic en Langonnet, et de Kerdudou dans la paroisse du Faouët ; les métairies de Larlé (Harlay), Parc-en-Lis (Parc-Alix), Quellénec et Querguestinen. Losercöat, Belorient, Petit-Bosrin (ou Maison Blanche) en Langonnet ; celles de Roscoriou (Faouët) de Conveau, de Lansalavin en Paoul, de la Villeneuve et du Magoerou en Plouray, de Leurven en Bézuer, de Restoulouet en Plévin et de Quervinic en Locmaria. Elle avait en outre, à Kernascléden, la maison d'habitation occupée par le desservant de l'église ; au bourg de Langonnet, la Grande-Maison, avec cour close et jardin, où se trouve le four banal, Auditoire et une boutique ; une tenue en Gourin ; les tenues Lizerin et Cosic de Kerourgan. les tenues Crobras et Broustal, à la Trinité, et la ferme de la Garenne de L'Isle ; puis la Garenne noble de l'abbaye (Gouarenar-Quezec) avec la Garenne Blanche, la Garenne noble de Kernougal (200 journaux) et celle de Bozrin (168 journaux, 2 cordes et demi) ; Guernazou en St-Hernin, et Guarenou-an-Abbat de Conveaux. Une lande nommée la lande de Sainct-Brandan, vulgairement la lande Sainct-Dréhan, contenant 270 journaux ; les landes de Bezuër, 77 journaux et 1/2, Lan Rosterch et Lan-an-Zuernenen en Plouray, les Perrières (carrières) de Feuntenigou en Conveau ; Rozlan Melin (montagne et lande), Menez-an-Glennieou, Menez Buigne, et Menez St-Nicolas, également en Conveau ; Menez Conveau, Kerménor, Kerbanalen, Kerancalvez et Théoulin (1552 journaux), Menez Cleuzon (400 journaux). Enfin toute une série de moulins à eau, blancs et roux : dans l'enclos de l'abbaye et à usage privatif, le Moulin-à-Tan, qui servait aussi à moudre le froment, puis le Moulin banal à seigle, Melin Ségal de Kerourgan au bourg de Langonnet les moulins à deux tournants et « l'estang contenant soulz son lict douxe-centz journaux de terre, avecque sa chaussée : deux autres moulins à Kerantonce en la Trinité ; le moulin à deux tournants de Baëron (Bazrun) en Locmaria ; celui de Lohon en Plévin, les moulins roux de Conveau en Gourin " aiantz deux tournants soulz une mesme couverture " et le Moulin-Blanc situé plus bas, en Tréaugan » [Note : Archives de la Loire-Inférieure. B. 780. Aveux fournis par Vincent de Kergoët, pour la juridiction d'Hennebont (biens sis en Priziac et Plouray), 2 juillet 1482 et 2 mai 1502. - Item pour la juridiction de Kemperlé (domaines sis en Querrien et Moëlan), 20 déc. 1494 et 2 déc. 1507. - Item, Adveu de l'Abbaye de Langonnet, 4 juin 1625, B. 781. — Aveux de Laurent de Bonacourcy (jurisdictions de Gourin de Carhez et d'Hennebont), en 1550 ; 3 registres velin (228 feuillets). - B. 1436. — Déclaration et dénombrement des maisons, terres, métairies, bois, fiefs et justices, rentes, franchises, landes, issues, droits seigneuriaux et autres droits et devoirs appartenant aux Abbé, couvent et religieux de l'abbaye de Langonnet... sous le domaine de Gourin. 3 novembre 1680. 85 feuillets. — Archives Nationales, Paris. Déclaration du Temporel en 1507. S. 3.252. — P. 1594. Registre des Déclarations pour la Réformation des Domaines (1682), 3ème vol. 61 feuillets. — P. 1597. Déclaration des biens de l'Abbaye sous la juridiction de Gourin, 3 nov. 1680, 122 pages de texte. — P. 1625. Aveu de 1682, pour la juridiction d'Hennebont (48 pages). — P. 1547. Aveu du 26 décembre 1681, pour la juridiction de Carhaix. 58 pages. (Archives du Morbihan, Aveu de 1684) et (Archives du Finistère, Registre A. 11. Aveu et dénombrement du 26 décembre 1681 (pp. 221 à 264)].

Les dîmes et redevances étaient prélevées sur un très grand nombre de petites tenues, qui n'appartenaient point au domaine proprement dit, mais relevaient simplement de l'abbaye au titre seigneurial. On en compte 225, réparties en 146 villages ou hameaux, sur une quinzaine de paroisses. En outre, certaines rentes sur le domaine de Concarneau et Fouesnan, sur les seigneuries de Rostrenen et de Pénan (Penhaer) sur quelques tenues en Plouguer, Séglien, Kergrist-Moëlou et Carnoët (Côtes-du-Nord). L'aveu de 1494 signale en outre, sous la juridiction de Quimperlé : trois tenues à Manachtz et Kerfréron en Querrien ; onze tenues à Kerhernien en Moëlan. « Item, un debvoir de coustume que avons et nous est débu sur les navires et denrées qui se deschergent au port et hauffre de la ville de Keremperelé, lequel debvoir est communément affermé la somme de 20 livres monnoie par an ». — (Arch. de la Loire-Inférieure, B. 780).

Les déclarations énumèrent en détail toutes ces tenues avec leurs dépendances : vergers, issues et pourpris, maisons et héritages ; parcs, prairies et autres pièces de terre tant chaudes que froides. On remarquera que les tenues sont en moyenne de 30 à 40 journaux, à part les bois et landes beaucoup plus étendus ; la lande de Kerioual et le Menez-Cleuzou comprenaient 400 journaux, celle de Saint-Brandan, 270 journaux, la garenne de Kernougal, 200, le Menez-Dû et les bois de Conveau, 1500.

Pour le seul domaine de Gourin, le revenu s'élevait à 1200 livres en numéraire, plus 442 rénées et 22 boisseaux de seigle; 229 rénées d'avoine, 236 rénées et 15 boisseaux de froment. Les faisances comprenaient 281 journées, 352 douzaines d'œufs et 96 volailles. La plus grande partie des rentes en argent provenait des moulins : Conveau rapportait à l'année 220 livres, Langonnet et Kerourgan chacun 100 livres ; ainsi que des métairies : le Grand-Borin était loué 140 livres, Ker-Andronic, 120, le Petit-Borin, 75, Parc-Alix, 66, Le Harlay, 42. Les meilleures ressources provenaient des bois, puisque la part de l'Abbé était évaluée à 6000 livres, ce qui porte à 18.000 le revenu global ; soit environ 360.000 francs (valeur en 1931).

En ce qui concerne les simples tenues, la rente se réduisait à quelques sols, quatre ou cinq mesures de grain, deux ou trois douzaines d'œufs ou quelques volailles, suivant l'étendue et la qualité des terres ; les corvées fixes ne dépassaient point deux journées, mais les vassaux demeuraient soumis à certaines autres corvées extraordinaires, « comme charroys de chaux, de pierres et de meulles, et aultres telles que le fief, uzement et coustume le requièrent ». Enfin, ils devaient payer la dîme réglementaire :

« Sur quelles choses et terres cy devant déclarées, les dictz abbaye et couvent on droictz de dixme, sçavoir l'unzième gerbe de toutes les espèces de bledz quy croissent ès terres labourables, que les détenteurs d'icelles sont tenus de cultiver et mettre en valeur, et aultres droictz ainsi qu'il est exprimé cy dessus ».

Somme toute, si l'on compare à nos impôts actuels ces redevances d'ancien régime, les tenanciers de l'abbaye pouvaient encore s'estimer heureux d'avoir à vivre sous la crosse.

Les parties boisées du domaine abbatial s'étendaient sur plus d'un millier d'arpents, dont 457 pour les bois de Langonnet et 545 pour la forêt de Conveau ; soit environ 500 hectares.

« Les dits Bois consistent au total en mil-deux-cents arpents, soixante-dix-sept perches ; seavoir ceux situés dans l'Evêché de Vannes, la Forest de Langonnet ou Coat-Quistinic, en futaye et moyenne futaye deux cents quatre-vingt-dix-neuf arpens, trente perches ; un taillis situé dans l'enclos de la dite abbaye, neuf arpents, soixante perches ; un bouquet de futaye situé proche de la porte du midy de la dite Abbaye, nommé le bois de Kerminguy, (bois de Ridel) deux arpents, vingt-cinq perches ; ceux des dits bois étant dans l'Evêché de Quimper : la forêt de Conveaux, la moitié en futaye et l'autre en jeune bois, contenant 545 arpents, soixante deux perches ; un taillis nommé Coz-Tréogan, cent huit arpens, quarante-six perches ; et finallement le bois-futaye nommé le Parc-à-l'Abbé, trente-sept arpents, cinquante et une perches [Note : Procès-verbal de la visite et vérification des Bois de l'Abbaye de Langonnet, par le Grand-Maître de Bretagne, François de La Pierre, après arpentage de Jean-Baptiste Robert. 16-20 octobre 1755].
Elle est la seule Abbaye de cette Province, dit le Mémoire du XVIIIème siècle, qui ait conservé la juridiction sur les eaux et forêts qui en dépendent, et y a esté maintenue dans tous les tribunaux et dans tous les temps. Lorsque les Etats imposèrent une taxe sur toutes les Seigneuries de la Province, pour posséder le droit de gruerie, sur l'opposition faite par Monsieur l'Abbé, à ce que son Abbaye ne fut pas comprise dans cette taxe, elle en fut déchargée par les Etats, visis tabulis »
.

Il ne faudrait point croire pour autant que les Moines eussent la libre jouissance de leurs bois. L'exploitation en était strictement réglementée ; et ils ne pouvaient exécuter la moindre coupe sans l'autorisation formelle du Grand-Maître des Eaux-et-Forêts de Bretagne, qui faisait, chaque année, inspecter les fûtaies et délivrer aux religieux leur provision de bois de chauffage. Ils n'avaient point la liberté d'abattre un seul pied d'arbre à leur gré. C'est ce qui ressort du procès-verbal de 1755.

« Ordonnons que le quart de réserve des bois de la dite abbaye de Langonnet sera et demeurera composé, comme il est ci-dessus dit, du canton de la forêt de Conveaux, appelé le Paradis. Faisons défense à l'Abbé, au Prieur et Religieux de la dite abbaye et à leurs successeurs, aux fermiers et autres d'y faire aucune entreprise ni coupe, si ce n'est en vertu d'arrêt et lettres patentes dûment vérifiées, conformément à l'Ordonnance des Eaux-et-Forêts du mois d'août 1669, sous les peines y portées. Ordonnons en outre que le règlement des coupes des trois autres des dits bois, que nous en avons fait faire et que nous venons de vérifier, sera exécuté selon sa forme et teneur. En conséquence, les Abbé, Prieur et Religieux de la dite abbaye couperont chaque année, après néanmoins que Sa Majesté l'aura ainsi ordonné et en suivant l'ordre des coupes, trente arpents, huit perches de bois, à commencer par la première coupe mentionnée au procès-verbal du 1er juillet 1754, et marquée au plan de la lettre A. Ensuite ils continueront, d'année en année, en suivant l'ordre des dites coupes jusqu'à la 25ème, pour de nouveau recommencer par la dite première coupe, dont les bois seront alors âgés de 25 ans. A la charge pour les dits Abbé, Prieur et Religieux, de réserver lors de chaque coupe 25 baliveaux par arpent de l'âge du bois, le tout de bonne essence de chêne, autant qu'il sera possible ».

Sous la monarchie, les bois des ecclésiastiques et des communautés (laïques ou religieuses) subirent un régime particulièrement sévère qui exclut toute liberté de la part des bénéficiers. Ceux-ci ne purent conserver l'indépendance des seigneurs ordinaires et durent supporter une véritable tutelle. Le pouvoir royal défendit à tous les ecclésiastiques et religieux de faire aucune coupe de leurs bois pour le regard des hautes futaies, ni des baliveaux, sans permission octroyée pour cause légitime et ceci, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire (Edit de 1583). Cette défense souleva de si violentes et tenaces oppositions, devant lesquelles les forestiers restaient trop souvent impuissants, qu'il fallut toute l'autorité, de Louis XIV pour l'imposer.

« D'abord, — porte l'Ordonnance de Colbert (1669) —, tous les prélats abbés, prieurs, recteurs, communautés ecclésiastiques et laïques feront, avant six mois, l'assiette détaillée et complète de leurs bois qu'ils déposeront aux greffes des maîtrises du roi. Un quart de ces bois sera réservé en fûtaie, le reste suivra les règles des coupes ordinaires. Aucun arbre de futeau ou baliveau ne pourra être abattu qu'en vertu de lettres-patentes, dont l'exécution incombera aux grands-maîtres seuls et ces lettres ne seront accordées qu'à raison de motifs exceptionnels, pertes graves ou accidents extraordinaires. Par ailleurs, les adjudicataires des bois observeront en leur exploitation toutes les prescriptions des forêts domaniales, et les parties se pourvoieront devant les maîtrises royales sans que personne soit fondé à décliner leur compétence. Tous les contrats et procès-verbaux, quels qu'ils soient, seront déposés aux greffes de ces juridictions. Comme conclusion, les officiers de sa Majesté seront autorisés à visiter les bois en question quand bon leur semblera et à procéder contre les malversations, abus ou contraventions qu'ils rencontreront ».

En un mot, c'est le contrôle le plus strict, la main-mise par l'administration forestière sur une catégorie de propriétaires qui se considéraient jusque-là comme jouissant du droit commun. Ni les requêtes véhémentes, ni la considération due aux protestataires, n'empêchèrent l'exécution de l'Ordonnance royale ; au commencement du XVIIIème siècle, elle était appliquée à peu près partout, avec les tempéraments nécessaires aux différents lieux. (— HERVÉ. DU HALGOUËT : La vicomté de Rohan et ses Seigneurs, I. pp. 99- 100. [Note : Les forêts de Bretagne sont administrées sous les ordres du Conseil du Roi par le Grand-Maître de Bretagne qui, dans son département, a sept maîtrises et deux grueries dont les officiers, chacun dans son ressort, sont chargés de la justice et de la police (même sur les gens de main morte et particuliers). Les maîtrises ont leur siège à Rennes, Fougères, Villecartier, Vannes, Le Gâvre, Nantes et Carhaix].

Les moines de l'Abbaye, en assez petit nombre, pouvaient sûrement vivre à l'aise avec leur part de manse conventuelle, mais toutes les précautions avaient été prises pour qu'ils ne pussent thésauriser. La gestion des biens exigeait l'emploi d'un très nombreux personnel. D'autre part, l'Abbaye avait des taxes à payer à l'Abbé général de Cîteaux, à l'Evêque diocésain, au Roi, au Pape ; très fréquemment aussi des contributions fort onéreuses à verser au titre de dons spontanés, dans les circonstances extraordinaires : cas de guerre, de dépression financière. A la part de l'abbé qui n'était point la moindre, venaient s'adjoindre les pensions dont le roi gratifiait ses clients, sans bourse délier, et qui étaient prélevées sur les revenus du domaine.

Louis XIV n'hésitait pas à proclamer que « Les Rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la  disposition pleine et libre de tous les biens tant séculiers qu'ecclésiastiques, pour en user comme sages économes, c'est-à-dire selon les besoins de leur Etat : » théories qui sont tout près de se confondre avec celles du Socialisme ou du Communisme.

Ainsi l'Etat est le maître de la fortune publique, dont les particuliers ne sont que les usufruitiers. En conséquence, le Roi est libre de taxer, selon qu'il le juge utile au bien de l'Etat. Lorsque les dépenses de plus en plus formidables des guerres l'exigeront, il finira par imposer aux privilégiés eux-mêmes, à la noblesse comme au clergé, la capitation et le dixième qui équivalaient à notre impôt actuel sur le revenu.

Il estimait que le clergé, malgré son don gratuit et les dépenses publiques qu'il avait prises à sa charge, ne contribuait pas autant qu'il l'aurait dû. Dès 1666, il écrivait dans ses Mémoires :

« Serait-il ,juste que la noblesse donnât ses travaux et son sang pour la défense du royaume et consumât si souvent ses biens à soutenir les emplois, dont elle est chargée, et que le peuple (qui, possédant si peu de fonds, a tant de têtes à nourrir) portât encore lui seul toutes les dépenses de l'Etat, tandis que les Ecclésiastiques, exempts par leur profession des dangers de la guerre, des profusions du luxe et du poids des familles, jouiraient dans leur abondance de tous les avantages du public, sans jamais rien contribuer à ses besoins ? ». Ces critiques royales sont évidemment quelque peu exagérées et tendancieuses, car le Clergé assumait à lui seul le budget des Cultes, de l'Assistance et de l'Instruction publiques, et, dans une importante mesure, des Beaux-Arts, sans compter le don gratuit, qui se chiffrait par plusieurs millions. — (LOUIS BERTRAND, Louis XIV, pp. 251-253).

Il n'était point de grand bien épiscopal ou abbatial qui, sur la fin de l'ancien régime, ne fût grevé de charges. Ici, c'étaient les pensions au profit d'autres ecclésiastiques ; là c'étaient des subventions pour les hôpitaux, les établissements de bienfaisance, les séminaires, les universités ; ailleurs, c'étaient des bourses en faveur d'étudiants pauvres. Il faudrait, par déductions successives, obtenir le revenu réel. — (Pierre de la Gorce).

Sans doute les abbayes étaient riches, mais pas très riches. Si leurs revenus étaient considérables, leurs charges aussi étaient lourdes L'abbé était seigneur de l'abbaye, qui constituait un fief ; il avait tous les droits seigneuriaux : quelques-uns honorifiques, d'autres fort productifs : dîmes, péages, fours banaux, moulins, rentes féodales, les abbayes possédant parfois de nombreuses métairies. Ordinairement les abbés commendataires.

Consentaient au partage des produits en trois lots : un pour eux-mêmes, un pour les réparations et les charges, un pour l'entretien des moines. Ceux-ci étaient parfois comme les recteurs à la portion congrue » — (BARTHÉLEMY POCQUET DU HAUT-JUSSÉ, Histoire de Bretagne, T. V, pp. 583-584).

Primitivement, sous le régime des Abbés réguliers, les biens du monastère étaient administrés par l'abbé et son procureur, avec le concours des religieux. Tous les revenus se concentraient à la maison pour être appliqués à l'entretien des frères, aux réparations des meubles ; il en restait toujours une large part pour les aumônes.

Mais, quand vint l'envahissement des monastères par les commendataires, ceux-ci s'emparèrent, de prime abord, de l'administration des revenus, laissant les édifices sans réparations et n'abandonnant aux moines que le strict nécessaire, quelquefois même insuffisant.

La grande affaire était le partage des revenus entre les intéressés. Après avoir essayé diverses combinaisons, on arriva presque partout à partager les ressources en trois lots : le premier pour l'abbé, le second pour les religieux et le troisième pour les charges de la maison. Cette dernière part était exclusivement réservée aux dépenses du culte, à l'entretien des bâtiments et au soulagement des pauvres, auxquels on distribuait journellement d'abondantes aumônes.

C'est un partage de ce genre qui eut lieu, en 1725, entre « Très Noble et Très Révérend Seigneur, Messire Claude de Marbeuf, et les humbles et dévots prieur et religieux de l'Abbaye roiale de Langonnet [Note : Le Prieur en charge était D. Charles Caoursin, docteur de la Faculté de Paris].
Premier lot, composé de six moulins dépendants de l'abbaye savoir : les moulins de Conveaux, Bazrun (Baëron), K'Antour, le moulin à seigle, le moulin du Bourg, le moulin de Lohon, avec leurs hommes et vassaux destringibles des dits moulins ; toutes les Métairies savoir : le Grand-Bosrin et Petit-Bosrin, Restoulouët, Guernugal, Parc-Alis, Larlaye, et la ferme de la Garainne de l'Isle. Les dixmes et rentes dües sur les seigneurs de Rostrenen et du Penan (Penhaer) ; toutes les fermes du bourg de Langonnet consistant dans la Grande-Maison, cour et jardin, chambre et boutique. La rente sur deux tenues, à Guernugal, savoir la tenue Trémarc et la tenue Besset ; les rentes sur Ménez-Cluondu et Crao ; par les détempteurs de Penguily, K'lescouarn, et Guernourguin et quelques autres habitants de la paroisse de Glommel ; la ferme de la Perrière de Restoulouët ; les amendes énoncées par les juges pour la réparation de l'Auditoire, avec la rente sur le domaine de Concarneau et Fouesnan.

Second lot, consistant dans les rentes par argent, diverses espèces de grains, poulles, oeufs, corvées et autres redevances dues aux Gaules et Rolles du Bourg de Langonnet, Locmaria, Paroisse de Tréaugant en entier, Restoulouët, Lohon, K'Andeurquet, Lan Salaün et ville de K'hais ; sittués ès paroisses de Langonnet Faouët, Tréaugant, Plévin, Paul, Motref et Plougeur, K'hais, suivant les dits Rolles, avec les dixmes de la Gaule de Langonnet et Locmaria, celles de Restoulouët, de Lohon, la rente dûe sur le domaine congéable de Quellenec, les nouvelles rentes sur les villages de K'Allain et K'Vivic, et la tenue Cosson à Guernugal.

Troisième lot, consistant dans les rentes par argent, diverses espèces de grains, chapons, poules, œufs, corvées et d'autres redevances dues, aux Gaules et Rolles de Trévelan, Bézuer, Conveaux, Plouré, comme elles s'étendent suivant les dits Rolles dans les paroisses de Langonnet, Gourin, Motref, St-Hernain, Plouré, Priziac et St-Tugdual, Ploërdut et Glommel, avec les dixmes des Gaules de Trevelan, Bézuer, Conveaux, Plouré et la dixme de Callac, la rente due sur la tenue Moysan à Guernugal, et la rente et corvée dues dans la paroisse de Séglien ».

L'abbé choisit le second lot ; le Prieur (D. Caoursin) prend le 3ème ; et le premier demeure affecté à l'acquit général des charges. « Procédant ensuite au partage des autres biens non employés dans les lotties cy-dessus, le dit seigneur Abbé déclare, du consentement du sieur Prieur, se retenir la Maison abbatiale (au nord de l'Eglise), sa cour et son jardin, et déclare s'en contenter, aux fins du traité du transport de la dite maison, en date du 18 août 1713, que de présent il loue et corrobore ; (de plus) la grande écurie, joignant le Parc Couldry ; le dit parc Couldry et toutes les autres terres comprises entre le chemin menant de l'abbaye au Pont Chambot, comme elles sont bornées par la rivière de Prat-Huon et le jardin de l'abbatial ; enfin le pré de la Boulangerie : de tout quoi, le dit seigneur Abbé pourra disposer à sa volonté, pour y bâtir, clore, mûrer et faire jardin comme bon lui semblera, pour son utilité ou son agrément, sans pouvoir y estre troublé par le dit sieur Prieur.

Et le dit Prieur au dit nom, du consentement du dit seigneur Abbé, et de l'avis du dit seigneur Président (de Marbeuf) a déclaré retenir pour la communauté les trois corps de logis, bâtis de neuf depuis les 40 à 50 ans, qui sont en bon état de réparation, la petite écurie, la crèche aux vaches, les jardins et le vieil enclos, comme il est borné par l'église, la grande cour ; le mur allant de cette cour au moulin particulier de la communauté, par la chaussée joignant la rivière, le grand talus de pierre menant à Méné-Letty ou Kerourgan, et revenant à la grande avenue du Bois de l'abbaye, le tout marqué par de vieux restes de murs et un fossé de pierre descendant à la chaussée de l'Etang-noir à la rivière, le dit chemin revenant de l'Abbaye à l'autre bout de la chaussée de l'Etang-noir, dans lequel enclos sont compris le pavillon servant à la lessive et le pré du Moulin à seigle, avec sa servitude par le pré de la Boulangerie ; le tout pour y pouvoir bâtir, murer, et faire jardin, comme bon leur semblera, pour leur utilité ou agrément sans pouvoir aucunement estre troublé par le dit seigneur Abbé. Et attendu que la petite écurie et sa crèche aux vaches n'égalent pas la grande écurie que le dit seigneur Abbé s'est réservée, il sera permis au dit Prieur de faire construire au nord et orient de la grande cour tel bâtiment qu'il jugera à propos.

Les deux prés nommés de D. Grégoire et de Prat-Huon, qui n'ont pas été employés cy-dessus, demeuront indivis ; le Parc-Lann, où les Religieux ont fait un pré cette année, et l'Etang-noir, où ils ont nouvellement fait un pré, leur demeurant privatifs, jusqu'à être remboursés par le dit seigneur Abbé des améliorations qui s'y trouveront faites, le tout, à dire d'experts.

Les bois de haute futaye et les étangs demeureront indivis de manière que les religieux pourront en jouir et y pêcher, et le seigneur Abbé aussi, lorsqu'il sera sur les lieux ; et prendront les uns et les autres dans les bois leur chauffage et les bois nécessaires pour les réparations et réédifications de l'église et de toutes les maisons, métairies et moulins, appartenant à la dite abbaye à l'égard des bois taillis de Caustréaugant et du Gorzic, dont les ventes se feront de 12 ans en 12 ans, les Religieux en tiendront compte de la moitié au dit seigneur Abbé sur le pied des ventes qu'ils en feront ; et, pour la garde des dits bois et étangs, le dit seigneur Abbé payera deux forestiers ou gardes, à raison de 40 livres de gages par an pour chacun.

En cas d'incendie ou de ruine des édifices, pour le rétablissement desquels les bois de haute futaye ont leur destination essentielle, les permissions de les vendre s'en obtiendront par le consentement des deux parties et à communs frais, et le produit sera employé aux constructions des dits édifices, et le surplus, mis en fonds perpétuel, dont le revenu sera partagé également entre le dit seigneur Abbé et la communauté ».

De fait, l'abbé de Marbeuf s'attribua les deux premiers lots, s'obligeant « par le présent traité à acquitter toutes les charges et impositions, qui pourront être mises sur le bien de la dite Abbaye, tant présentes que futures, en sorte que le lot qui revient à la communauté demeurera libre et quitte de toutes charges de quelque nature qu'elles puissent être ; Le dit seigneur Abbé sera pareillement tenu de rendre à ses frais les aveux au Roy et autres seigneurs à qui il sera dû, et de les faire recevoir ; Payera toutes les impositions qui seront faites au bureau du Clergé de Quimper ;

Acquittera toutes les charges claustrales et régulières, savoir : les messes abbatiales, l'entretien du dedans de l'église et de la sacristie, et tout ce qui est nécessaire pour célébrer avec décence ; la cire pour le luminaire et le vin pour les messes ; l'entretien et la nourriture d'un domestique servant les messes ; l'huile pour deux lampes dont l'une à l'église et l'autre au dortoir ; le pain à chant, l'encens, la chandelle pour les messes et les offices de nuit ; les ornements, l'argenterie, le linge, le blanchissage ; les cordes et la refonte des cloches ; l'entretien de l'horloge ; les droits de visite et frais du Visiteur pendant le cours de sa visite ; les conbutions ordinaires et extraordinaires de l'Ordre ; l'entretien de la Bibliothèque et les livres des autels et du Chœur ; les gages d'un médecin ; l'hospitalité, l'entretien d'un domestique pour servir les hôtes ; les aumônes du cours de l'année pour les pauvres qui se présentent à la porte, à raison de deux minots de seigle par semaine, mesure de Carhaix, mis en pain ; et, pour les malades, pain blanc, vin et viande ou poisson ; l'aumône du Jeudi-Saint, le repas du seigneur ou de ses commis, la pension doctorale et généralement toutes les charges claustrales exprimées ou non exprimées ;

Et, sur la constatation survenue entre les parties en ce que le dit seigneur abbé soutient n'être obligé de payer les dites charges claustrales qu'en argent ou fournitures, faites par lui ou par ses fermiers ou receveurs, et que le dit seigneur Prieur soutient au contraire que cet article fait naître les plus vifs procès entre les seigneurs Abbés et communautés dont tous les tribunaux du Royaume retentissent, par l'éloignement des Abbés commendataires et négligence aux avances de leurs fermiers ; il est d'une conséquence infinie pour l'intérêt des deux parties, pour éviter les événements qui en peuvent naître, de fixer pour les charges claustrales, savoir pour les aumônes ordinaires qui se distribuent à la porte et aux malades, la somme de 500 livres ; pour l'aumône du Jeudi-Saint, 100 livres ; pour l'hospitalité qui s'exerce à l'égard de tous les religieux des différents ordres, des pauvres prestres et autres passants séculiers, même des personnes de considération, avec leurs domestiques et équipages, y compris le domestique dont il est parlé cy-dessus pour le service, la somme de 500 livres, et, pour les autres charges cy-dessus détaillées, pour l'entretien du dedans de l'église et la pension doctorale, la somme de 700 livres ; le total des sommes cy-dessus faisant 1800 livres.

Et, procédant à l'assiette de cette somme, le dit seigneur Abbé cède et abandonne les fonds suivants compris dans le premier lot ; savoir toutes les métairies y énoncées et les moulins de Conveau avec leurs sujets et dépendances, de laquelle assiette le dit sieur Prieur au dit nom déclare se contenter parce que, en cas d'augmentation pouvant provenir des bâtiments, clostures, bestiaux et autres manières de produire du revenu, l'augmentation tournera au seul profit de la communauté ; comme aussi, en cas de négligence de sa part, le dit seigneur Abbé ne sera tenu de se charger des fonds cy-dessus cédés et délégués, quand mesme la Communauté eût droit de revenir contre, mais la dite communauté pourra seulement rappeler, à dire d'experts, les améliorations provenant de ses frais et avances.

Le dit seigneur Abbé payera seul les frais de procédures civiles et criminelles, et, pour prévenir les embarras où il pourrait se trouver par sa négligence à discuter les droits et les prétentions de l'abbaye, il consent que le sieur Prieur au dit nom puisse entreprendre telles affaires qu'il jugera bonnes et nécessaires sur l'avis de trois avocats du Parlement de Bretagne, qui seront nommés du commun consentement du seigneur Abbé et du sieur Prieur, qui choisissent pour le présent Maîtres Bésair, Poulain, Quérard et Morice, et, en cas de mort de l'un des avocats, le dit sieur Prieur en pourra choisir un autre, à la volonté desquels l'avis signé lui servira de procuration suffisante pour agir et pour engager le seigneur Abbé d'avancer les sommes nécessaires ou d'en rembourser le dit sieur Prieur en cas d'avance, et au cas que la matière du procès fût de la compétence du Grand Conseil par privilaige de l'Ordre de Cisteaux, l'avis de trois avocats au dit Grand Conseil servira de règle comme cy-dessus...

Et attendu que le dit seigneur Abbé, en conséquence de son option des deux tiers des biens de l'abbaye, est chargé de toutes les réparations de l'église, maison conventuelle, moulins et métairies, dépendant de la dite Abbaye, il est convenu que le dit sieur Prieur en demeurera chargé, prenant le bois nécessaire dans la forêt, et jouissant du moulin de Kérantour que le dit seigneur Abbé abandonne, pour n'en être nullement recherché ; mais arrivant sur l'église, maison conventuelle, moulins et métairies, accident d'ouragan, d'incendie, ou autre vimaire, il en sera usé selon le droit et selon ce qui a coutume d'être observé en semblables occasions ». (Contrôlé, 18 octobre 1725).

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A l'époque de la Révolution, l'Abbaye, avec ses dépendances immédiates, qui n'avait point trouvé d'acquéreur, fut mise en location et divisée en trois lots.

Le premier lot, estimé 13.458 l. 16 s., comprenait la maison conventuelle, ayant quatre façades au dehors y compris l'église conventuelle, le cloître et deux petits jardins à fleurs au midi ; la cour d'honneur, entre la façade principale et le pignon de l'abbatiale ; une partie de la maison à buée et le douet à laver qui se trouvent au sud de la dite cour, côté ouest ; les grandes écuries, de 200 pieds de long, depuis le pignon de l'est jusqu'à la porte cochère, qui conduit au Prat-er-Marchaussi, et à l'allée dite du Séminaire ; la portion de cour au midi des dites écuries, avec l'abreuvoir qui s'y trouve ; le grand jardin dans toute son étendue ; une pièce de terre nommée la Terre-neuve ou la Tannerie, entre les deux bras de la rivière, comprenant pâture, verger et partie boisée ; l'enclos ou bois des moines [le parc], couvrant trente-deux journaux de terre, une prée au midi du jardin, Prater-er-Lendu ou Prat-er-Groix, de l'autre côté de la rivière, joint au grand jardin par un pont (emplacement de l'hôtel « Tourne-Bride », le pré des écuries, Prat-er-Marchaussi au nord des grandes écuries.

Deuxième lot : 6.523 l. — La Maison abbatiale, de 100 pieds de long, avec deux écuries joignant le pignon du couchant, la portion de cour au midi de l'Abbatiale, jusqu'à la maison à buée ; la portion des grandes écuries vers l'Ouest, depuis et compris la porte en voûte conduisant à l'allée dite du Séminaire, sur 40 pieds de long ; la cour correspondante, au midi ; la moitié de la maison à buée ; le jardin de l'abbatiale, vers l'ouest ; le Pré de la Pompe, longeant la rivière depuis le Pont Gentiris ou Pont de la Croix jusqu'au Pont Champeau mesurent 280 cordes ; le Parc-er-Léon, terre grise sous pâture, à l'ouest du jardin de l'abbatiale ; le champ du Colombier ; l'avenue dite l'allée du Colombier [aujourd'hui l'allée des Moines ; une autre allée ou avenue, au nord des grandes écuries nommée Le Séminaire.

Troisième lot : 12.154 l. La maison dite la maison aux Fours et du Moulin à Tan, « néanmoins servant à moudre les grains », longue de 67 pieds, joutant la chaussée du moulin et les réservoirs à l'eau ; le magazin, ayant 200 pieds de long, la cour entre le moulin et le magazin, dite la cour à framboises (frembois) avec un hangar couvert en paille ; un jardin dit Er-Miliner, à l'ouest du moulin, joignant au nord une issue de la ci-devant abbaye, nommée Le Drennel ou Le Bronnec, couvert de ronces ; une écurie, Craou-er-Viliner ; un jardin à trois terrasses, dit jardin er-Procurour ; un autre jardin nommé er-Prior, au nord de la cour dite Porz-Viliner [cour de meunier] ; un autre jardin joutant la cour des grandes écuries, et nommé Tostan-er-Marchaussi ; un clos ou jardin, nommé Verret-er-Manach, [le cimetière des moines], longeant l'église; une pièce de terre froide, nommée Praz-et-Vilin, à l'est du Prat-er-Marchaussi, près du moulin à vent ; le pré du moulin à seigle, onze journaux ; le Pré de la Boulangerie, huit journaux, au midi du précédent, l'un et l'autre entre la rivière et le bief du moulin. Le moulin lui-même avec les moulants, tournants, chaussée et biais, est estimé 366 l., ce qui porterait la valeur du troisième lot à 12.520 l.

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Par le fait même de sa situation l'Abbaye était exposée à se voir parfois en conflit avec ses proches voisins. Ses terres se trouvaient de fait éparpillées à travers des domaines, qui relevaient à titre seigneurial d'autres puissances ecclésiastiques ou séculières. Elles joutaient les propriétés de Ste-Croix de Quimperlé, des Augustins et des Dames Hospitalières de Carhaix, du Prieuré de St-Gilles de Pontbriant, de la Commanderie St-Jean de Beauvoir et de celle du Paraclet ; les dépendances des Rohan ; les petits seigneuries du Dréors, de Kermain, de Kimerch, de Tronjoly, de Kerguicher, du Runellou, de Plouray. C'était la lutte défensive contre les tenanciers jaloux du droit de propriété, contre les hoberaux du voisinage, toujours prêts à empiéter sur le domaine abbatial, pour s'agrandir à ses dépens.

Au début, la vie pauvre et laborieuse des moines défricheurs avait incité les princes à les doter de vastes domaines, incultes pour la plupart. Mais lorsque, dans le cours des siècles, le travail constant des religieux et de leurs colons eut donné de la valeur à ces landes abandonnées ; quand l'Abbaye fut devenue à son tour une puissante seigneurie féodale, dont le revenu engraissait les commendataires, cette prospérité, toujours croissante, ne manqua pas de lui créer des envieux. Les plus acharnés étaient les descendants des donateurs, qui contestaient la valeur des legs faits à leur détriment, et qui profitaient de toutes les occasions favorables pour se procurer une compensation, par la reprise de ces biens fonciers, que la largesse des fondateurs avait livrés à l'Eglise.

Les plus proches voisins étaient les petits seigneurs de Kermain (Karven) et du Dréors ; à quelque distance se dressaient deux autres manoirs d'assez minime importance : Créménec vers le Faouët, et Le Runellou [Note : En 1547, le Runellou relève de Guéméné ; il est occupé par Yvon de Kerhourin, sieur de Runellou. [Bibl. Nationale, ms. f. 22.342]. On y trouve dans la suite Bertrand de Kergoat, écuyer, en 1632 ; Messire Jean-Sébastien de Kerguez, sieur de Kerstang (1697)] dans la direction de Plouray. Les principales familles furent d'abord les Collober [Note : Les ruines de Kastel-Collober sont encore apparentes à peu de distance de Karven. Il y avait autrefois, à l'église abbatiale, près du maître-autel, côté de l'évangile. une tombe avec cette inscription : Wil. Collober miles] et les Kermain, puis les Le Scanff, maîtres du Dréors, les Talhouët Kerservant, seigneurs de Créménec et du Dréors, qui jouèrent un rôle durant la Ligue ; surtout les Lopriac, possesseurs de Karven depuis le XVème, auquel ils adjoignirent successivement le Dréors, Créménec et Kastel-Beler, en Priziac (1685). Quelques titres du chartier de l'Abbaye portent les signature de Louis de Lopriac (1606) et de Guy de Lopriac (1669).

Le Manoir de Kermain [Note : Kermain, ou Quermain. Kermaen, Kermen, Kermoen, de Kerven. Au début du XVème siècle, les Kermain se trouvaient également à Créménec, à Poulhuihet en Berné, à Kergonmarch en Mellionec], [aujourd'hui Karven], tire son nom des anciens seigneurs. Guillaume Kermen, qui fut d'abord prieur, puis Abbé de Langonnet, en 1393, était sûrement un Kermain. On trouve Olivier de Kermain (1420), puis Olivier de Tromoël (1448), sieur de Kermain. Au nobiliaire de Bretagne, les Kermen portent : d'or à la main de sinople.

Dès la fin du XVème siècle (1477-1481), Pierre ou Henry de Lopriac possède le Manoir de Kermain, avec les dépendances de Collober et du Minez-Morvan. Les Lopriac, qui portaient : de sable au chef d'argent chargé de trois coquilles de gueules, tiraient leur origine du pays de Kervignac, sur la route de Nostang à Hennebont, où ils possédèrent les manoirs de Lopriac, de Kermanonnet et de Coëtmadeuc, érigé en baronnie (1637). René Ier de Lopriac achètera plus tard les manoirs de Créménec, du Dréors et de Kerroual en Priziac.

Le Manoir de Créménec, ou Kermanec, appartenait, au début du XVème siècle, à un cadet de la famille Kermain, Jean, sieur de Kerlin en Priziac et de Lilcho en Ploërdut. Marié à Clairemondine de Rinqui, il laissa deux filles, Louise et Jeanne ; celle-ci épousa, en 1442, Pierre Esmes, sieur de Kerservant. L'héritage passa plus tard aux Talhouët-Kerservant. Jean de Kerservant, ardent Ligueur, épousa Françoise Le Scanff, de sorte que son fils Nicolas Ier hérita à la fois de Kerservant, du Dréors et de Créménec.

Le Dréors (les anciens titres portent Dréortz, Dréorz) fut, à l'origine, l'apanage d'un juveigneur de la Châtellenie de Kéménet-Guégant. Dès la fin du XIVème siècle, on trouve ce fief en la possession des Le Scanff, qui le gardèrent près de deux cents ans (1403-1591). Cette famille se rattachait aux Beaumer, dont elle avait pris les armes : de sable à la croix engreslée d'argent. Alain Le Scanff, moine cistercien de Prières, fut témoin au testament de Hervé de Léon, 1362. Après avoir appartenu successivement aux Kerservant et aux Volvire de Ruffec, le Dréors devint propriété des Lopriac, 1680.

Félicité de Lopriac, marquise douairière de Kerhoënt, vicomtesse de Donges et du Dréors, marquise d'Asserac, baronne de Coëtmadeuc, de La Roche-en-Savenay, de Kerlech, dame de Créménec, Kerroual, Kermain, Kervily et autres lieux, périt sur l'échafaud, le 26 juillet 1794, à l'âge de 58 ans [Note : Après la Révolution, les domaines des Lopriac furent revendiqués par les héritiers naturels : d'une part le marquis de Coislin et Messieurs de Cintré, descendants du comte Jean de Talhouët, baron de Kervéon en Erdeven, qui avait épousé Françoise, fille de René Ier de Lopriac ; d'autre part Me Touzel et le baron de Larochefoucauld. [la mère de Félicité de Lopriac étant une Larochefoucauld]. Ces biens passèrent ensuite par alliance au vicomte César de Soussaye, qui avait épousé Agathe de Combout de Coislin. A la mort de son petit-fils, Arthur-Marie-César, 29 janvier 1901, le vicomte Henry de Soussaye eut pour sa part le château de Kervéon en Erdeven et Karven, qui fut aliéné en 1924. Sa sœur, Marthe, hérita des manoirs du Dréors et de Créménec, devenus propriétés de son mari, Amaury de Kerdrel].

Ces manoirs de Basse-Bretagne étaient en général d'assez chétive apparence ; ils ne se distinguaient guère des autres maisons que par une tourelle, une girouette et un colombier. Le Dréors cependant, avec son donjon crénelé, sa façade aux belles fenêtres Renaissance, sa vaste cour d'honneur, son portail imposant, flanqué à droite d'une chapelle et à gauche d'un colombier, était une vraie demeure seigneuriale. Le Castel-Beler, construit en quadrilatère régulier, avait aux angles quatre tours rondes en guise de bastions ; il était protégé par un large fossé avec pont-levis : ce qui lui donnait assez l'apparence d'une petite forteresse. Les autres présentaient bien l'aspect décrit par Charles Le Goffic :

« Bâtis d'ordinaire au XVIème siècle, ils se composent uniquement d'un grand corps de logis dont la cage d'escalier s'arrondit en tourelle et que précède un porche monumental. Cette tourelle et ce porche ne leur demandez point d'autre ornement. Mais, s'ils ne voulaient point dire richesse, porche et tourelle étaient signe de noblesse jadis. Les gentilshommes qui vivaient là étaient les cadets de famille, qui, plutôt que de monter derrière les carosses du roi ou de quémander un bénéfice, avaient mieux aimé demeurer sur leurs terres et les exploiter de leurs mains. L'indépendance, avec la médiocrité, leur paraissait un sort plus enviable, plus digne surtout. Leur vie n'était pas bien différente de celle des simples fermiers ; ils se nourrissaient de bouillie et de lard. Ils conservaient leurs bancs à l'église et mettaient les gants le dimanche. Une fois tous les deux ans, on les voyait qui se rendaient à petites marches aux Etats de Bretagne, où leurs bidets jaunes, leurs costumes gothiques, la fierté singulière dont, ils relevaient leur mince équipement les avaient fait surnommer les Epées de fer ». — (CH. LE GOFFIC, L'âme bretonne, p. 234).

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La tradition populaire conserve le souvenir des Moines Rouges et prétend qu'on les vit autrefois à l'Abbaye de Langonnet. Il s'agit des Chevaliers de St-Jean en Jérusalem ou Chevaliers de Malte, qui portaient une casaque rouge, en forme de dalmatique, sous un long manteau noir, orné d'une croix en toile blanche [Note : Les Templiers avaient reçu du pape Eugène III une croix rouge, sur le manteau blanc qui dissimulait leur cotte de mailles]. On prétend qu'ils reviennent pendant la nuit et chevauchent par les chemins comme autrefois : « Trois moines sur leurs grands chevaux, bardés de fer de la tête aux pieds ; au milieu du chemin, trois moines rouges ».

Hag hi war ho c'hezet braz harnest a bep-tu,
Digouet gant hi, Kreiz ann heut, digouet tri manach ru.

Ils avaient hérité en partie des biens des Templiers, lorsque ceux-ci furent supprimés en 1312, par le pape Clément V. C'est ce qui expliquerait leur présence à l'Abbaye, En effet, les Templiers reconnaissaient en saint Bernard leur premier législateur ; le serment de profession se terminait par ces mots : « Je jure de défendre, comme nos frères et nos amis les plus chers, les abbés et religieux de l'Ordre Cistercien, avec lesquels nous avons formé une particulière association ».

Saint Bernard avait inspiré la Règle des pauvres soldats de Jésus-Christ et du Temple de Salomon, qui fut donnée aux Templiers par le Concile de Troyes, 1128. « En fait, le saint n'a pas rédigé la règle du Temple. Avec le consentement du Concile, il s'en déchargea sur Jean Michel. Mais, si l'on ne peut affirmer que la règle transmise jusqu'à nous soit la règle primitive, du moins est-il permis de dire qu'elle garde sa marque et son inspiration » [Note : D'une manière générale, les moines-soldats ont subi l'emprise de Cîteaux. « Quels furent exactement les liens qui unirent à Cîteaux ces différents Ordres de Chevalerie ; quel était le degré de leur dépendance et de leur affiliation ? On ne peut à cette question faire une réponse unique. Dès l'origine, ces relations ont varié avec chaque Ordre, et le temps n'a fait ensuite que les modifier. Alors que Calatrava, qui servit de modèle aux autres Ordres et même les absorba jusqu'à un certain point, fut d'inspiration purement cistercienne, d'autres acceptèrent, avec la vêture et la Règle de Cîteaux, la visite d'un Abbé considéré comme Père immédiat ; certains d'entre eux se sont contentés d'attacher un Cistercien à leurs troupes en qualité de chapelain » (GROLLEAU et CHASTEL : La Trappe, p. 231)].

L'Ordre des Templiers avait été fondé à Jérusalem, l'an 1118, par Hugues de Payns ; il fut approuvé par Honorius II [1124-1130]. C'est à cette époque, nous dit-on, vers 1130, que les Templiers commencèrent à s'établir en Bretagne, où ils avaient été précédés par les Hospitaliers, fondés en 1048, et devenus Ordre militaire, sous le pape Pascal II, 1113 [Note : Chassés de Jérusalem en 1291, les Chevaliers de St-Jean se refugièrent d'abord en l'Ile de Chypre, puis à Rhodes [1310-1522] et finalement à Malte [1530-1789]]. Les Hospitaliers possédaient de longue date, en St-Tugdual, le Croisty ou Maison de la Croix [Note : Eleemosyna de quasgurq in Kéménet-Guégant, mentionnée dans la charte de Conan IV [1160], qui en confirme la possession aux Chevaliers de St-Jean. Il est possible, sans qu'on puisse fournir la preuve, que le Croisty fût primitivement une fondation des Templiers], avec dix villages et un certain nombre de tenues. L'aumônerie de Lotavy en Priziac, qui devint plus tard la commanderie de Beauvoir, fut définitivement annexée à la commanderie du Croisty, puis à celle de St-Jean du Faouët, membre elle-même de la grande commanderie du Paraclet. Toutes ces maisons de Bretagne dépendaient du Grand-Prieuré d'Aquitaine.

En Langonnet se trouvait également un membre du Croisty, qu'il ne faut pas confondre avec la commanderie de même nom. Ses possessions s'étendaient sur les paroisses de Langonnet, du Faouët, de Querrien, Plévin, Guiscriff et Moëlan. Outre la Commanderie du Faouët, avec sa chapelle au village St-Jean, les Hospitaliers possédaient encore deux chapelles près de Quimperlé : St-Jean de Pontmen en Riec et St-Jean de Cramon ; en Plévin, St-Jean de Poullandu ; en Gourin, St-Jean de Roudouallec, avec une douzaine de villages ; la chapelle St-Jean de Leuhan.

Sous leur dépendance se trouvaient également les manoirs de Penguily et de Kervalouen en Guiscriff, ainsi que le village de St-Maudez et le moulin de Languedorec.

Les établissements de Cornouaille dépendaient de la Commanderie de La Feuillée, sur les monts d'Arrez [Note : La Feuillée en Pont-Melvez, canton de Bourbriac, arrondissement de Guingamp]. Au XVème siècle, les commandeurs se fixèrent au Paraclet [Note : Le Paraclet, ou plus communément Le Palacret, en St-Laurent, canton de Bégard, arrondissement de Guingamp], tout en conservant le titre de commandeurs de La Feuillée.

L'Abbaye de Langonnet se trouvait par conséquent entourée par les Chevaliers et il n'est pas surprenant qu'elle se soit placée sous leur puissante protection.

(Albert David).

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