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VITRE

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La commune de Vitré (pucenoire.gif (96 octets) Gwitreg) est chef lieu de canton. Vitré dépend de l'arrondissement de Rennes, du département d' Ille-et-Vilaine (Bretagne).         

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ETYMOLOGIE et HISTOIRE de VITRE

Vitré vient du gallo-romain "Victrix", ou du latin "vicus". 

Un premier château, mentionné au début du XIème siècle, est édifié sur le coteau Sainte-Croix par Rivallon (basé à Marcillé) ou Riwallon le Vicaire, vicarius (délégué) du comte de Rennes et fidèle du duc breton Alain III (un des chevaliers du duc Geoffroy Ier). Ce château est donné par son petit-fils Robert Ier, baron de Vitré, aux moines de Marmoutier qui établissent le prieuré de Sainte-Croix, et créent le Bourg-aux-Moines.

Vers 1066-1076, le baron de Vitré Robert Ier implante un nouveau château sur un promontoire dominant au nord la vallée de la Vilaine. Ce château semble être construit dans une importante agglomération car on y a découvert vers 1870 une nécropole mérovingienne ou carolingienne d’au moins cent sépultures. 

Il se peut que Goranton Ier, qui apparaît dans trois actes d'Allain III entre 1024 et 1040, ait eu la garde du premier château. Les Goranton-Hervé étaient en effet possesseurs de biens et de droits au pays de Vitré avant les successeurs de Rivallon, les futurs seigneurs de Vitré. L’église du prieuré de Sainte-Croix est élevée au rang de paroisse en 1120-1123. A l’est se développe le Vieux-Bourg avec l’église Notre-Dame. 

La seigneurie de Vitré est donnée au début du XIème siècle par le duc Geoffroy Ier à Rivallon (ou Riwallon) surnommé le Vicaire ou le Vicomte, comme vicomte de Rennes du chef de sa femme Gwen Argant. Elle passe par alliance en 1251 à la famille Laval-Vitré, branche de la famille française des Montmorency, seigneurs de Laval. Laval ayant été pris par les Anglais en 1428, la famille Laval s'installent à Vitré pour plus d'un siècle. Puis la seigneurie passe successivement, par alliance à la famille Montfort qui prend le nom de Laval, à la famille Rieux en 1547, à la famille Coligny et enfin par succession en 1605 à la famille de la Trémoille, ducs de Thouars qui l’avait encore en 1789. La seigneurie de Vitré était une baronnie d’ancienneté comprenant plus de 80 paroisses ; elle jouissait d’un droit de haute justice. 

« Vitré est une ville féodale, dit M. de la Borderie ; comme toutes les villes féodales, elle a commencé par un château Ce château s'éleva d'abord sur le coteau et presque sur le lieu même où nous voyons maintenant l'église Sainte-Croix ; il n'y resta pas longtemps. Le seigneur de Vitré comprit bientôt la force et l'avantage supérieur de ce promontoire de roches abruptes où se trouve aujourd'hui placé le château, et il y transporta sa forteresse au plus tard, semble-t-il, vers l'an 1060 et peut-être plus tôt. Non loin s'établit l'église paroissiale et se groupèrent quelques maisons. Sur l'emplacement du vieux château naquirent le prieuré et le bourg de Sainte-Croix (de 1064 à 1076), et sur le coteau opposé furent construites deux autres agglomérations de maisons tirant leurs noms de deux églises et appelées en 1157 le Bourg Notre-Dame et le Bourg Saint-Martin ; ces deux derniers se réunirent avec le temps, mais ce ne fut que de 1220 à 1240 que Vitré reçut une enceinte murale ; jusque-là le château seul avait été fortifiée ». Trois paroisses furent donc érigées à Vitré : Notre-Dame, Saint-Martin et Sainte-Croix. Examinons l'origine de chacune d'elles :

1° - Notre-Dame, appelée originairement Saint-Pierre. — La première mention faite de cette paroisse se trouve dans une convention passée vers 1070-1075 entre les moines du prieuré de Sainte-Croix et les clercs de Notre-Dame de Vitré. Il y est dit que les religieux ne recevront aucun paroissien de Notre-Dame et Saint-Pierre, « non recipient parrochianum Sanctœ Mariœ et Sancti Petri ». A cette époque, des chanoines occupaient l'église Notre-Dame, considérée comme collégiale ; mais ils étaient en même temps chargés de la paroisse, placée sous le patronage de saint Pierre. Il paraît toutefois que ces chanoines faisaient administrer la paroisse par des chapelains ou vicaires qu'ils choisissaient et pouvaient révoquer à leur gré, encore bien que ces vicaires eussent reçu l'institution épiscopale. Lorsque fut fondé le prieuré de Notre-Dame en faveur de l'abbaye de Saint-Melaine, cet état de choses se soutint après la substitution des Bénédictins aux chanoines ; c'est ce que prouve en 1138 l'acte de démission d'Hamelin, chapelain ou recteur de Saint-Pierre de Vitré (« Hamelinus capellanus dimisit ecclesiam Sancti Petri Vitreiensis » - Bulletin de l'Association bretonne, IX, 139). Mais plus tard la disci­pline générale de l'église ôta aux religieux, en pareil cas, le pouvoir de révoquer leurs vicaires séculiers, qui, comme les autres prêtres ayant charge d'âmes, devinrent inamovibles. Jusqu'en 1208 les moines de Notre-Dame se bornèrent à entretenir pour le service paroissial un seul prêtre ou chapelain séculier. Ce prêtre, surchargé de travail, porta ses réclamations jusqu'au Saint-Siège, et le pape Innocent III délégua trois commissaires, l'évêque de Rennes et les abbés de Savigné et de Clermont, pour informer et statuer à ce sujet. « Il fut réglé par les commissaires qu'un seul prêtre étant insuffisant pour le service de la paroisse, les moines lui en adjoindraient un second, et de plus un clerc qui serait pour le moins sous-diacre ; — que le clerc et les deux prêtres mangeraient à la table des moines ; — que ceux-ci feraient au clerc une pension annuelle de 20 sols et une de 60 au second prêtre, pour s'acheter des vêtements, le premier prêtre ayant été pourvu auparavant d'un revenu suffisant pour cet objet ; — que les moines feraient construire près de l'église Saint-Pierre, « juxta matrem ecclesiam Beati Petri », une maison neuve pour servir de demeure aux prêtres, — et qu'ils y entretiendraient un cheval à l'usage de ceux-ci » (M. de la Borderie, Les paroisses de Vitré - Bulletin de l'Association bretonne, IX, 105). Il faut remarquer en cette charte que la paroisse dont les commissaires pontificaux règlent l'administration, et dont l'église Saint-Pierre était le centre, est appelée la paroisse de Vitré, « parochia de Vitreio », et l'église Saint-Pierre elle-même l'église-mère ou matrice, « juxta matrem ecclesiam B. Petri ». « D'où il faut conclure que cette paroisse devait renfermer, sauf Sainte-Croix, tout le territoire vitréen, et que l'église Saint-Pierre est appelée mère ou matrice pour la distinguer d'une autre église située sur le territoire de cette même paroisse de Vitré, mais qui n'était que succursale, c'est-à-dire apparemment Saint-Martin » (M. de la Borderie, Loco citato). Nous venons de voir jusqu'à présent la paroisse de Vitré appelée Notre-Dame et Saint-Pierre, ou simplement Saint-Pierre ; mais au XVème siècle elle ne portait plus vulgairement que le nom de Notre-Dame, quoiqu'elle demeurât toujours sous le patronage du prince des apôtres. Aussi voyons-nous en 1474 les messes dominicales dues aux paroissiens dites en l'église Notre-Dame à l'autel Saint-Pierre. En 1672, la fête patronale de la paroisse était encore la Saint-Pierre (29 juin) ce qui subsista jusqu'à la Révolution, car en 1766 on appelait officiellement la paroisse "Saint-Pierre en Notre-Dame" (Journal historique de Vitré, 174 et 373). A cette époque, le recteur et le vicaire de Notre-Dame, exerçant « exclusivement les fonctions pastorales dans leur église, abandonnaient Saint-Martin à des chapelains temporaires désignés par le curé et par lui révocables ad nutum dont parle une transaction de 1437. Mais il en fut autrement au siècle suivant. Les deux prêtres chargés en titre d'office du gouvernement de la paroisse de Notre-Dame (c'est-à-dire le curé et le vicaire) résolurent de reprendre aussi immédiatement en leur main l'administration de sa succursale, Saint-Martin. Alors surgit une difficulté : le service de Saint-Martin était plus pénible que celui de Notre-Dame, à cause de l'étendue de la banlieue, et en même temps bien moins lucratif. Dès lors, si l'un des deux prêtres avait été attaché à demeure et exclusivement à l'administration de la succursale, sa condition serait devenue évidemment beaucoup moins avantageuse que par le passé. Le curé, premier en grade, ne pouvait se condamner à un tel poste ; mais il ne pouvait non plus y condamner son vicaire, puisque celui-ci, par le titre de son institution et de son bénéfice (nota : d'après une enquête de 1474, la rectorerie et le vicariat de Notre-Dame étaient "deux bénéfices distincts", c'est-à-dire que le vicaire avait charge d'âmes), avait pouvoir d'exercer son ministère dans toute la paroisse de Notre-Dame, c'est-à-dire tout aussi bien dans la paroisse principale que dans la succursale ou annexe. De là, pour ménager les droits et les intérêts de chacun, la nécessité d'un expédient, et cet expédient fut l'alternative. Il fut convenu entre les deux prêtres que l'un d'eux desservirait huit jours la paroisse pendant que l'autre ferait le service de la succursale, que la semaine suivante ils changeraient d'église, et ainsi de suite indéfiniment » (M. de la Borderie, loco citato). Cet ordre de choses commença, croit-on, vers 1525, dura et s'affermit pendant le reste du XVIème siècle, et fut explicitement confirmé en 1615 par une sentence rendue en l'officialité de Rennes. Cependant, en 1674, Mgr de la Vieuville essaya de supprimer l'alternative des recteurs ou vicaires perpétuels de Notre-Dame et Saint-Martin ; il ne put y réussir. Après la mort de ce prélat, « l'alternative se rétablit sans débat, et depuis lors jusqu'à la Révolution elle continua de subsister sans avoir à soutenir aucune attaque, et aussi, constatons-le, sans soulever aucune plainte » (M. de la Borderie, loco citato). En 1709, le prieur de Notre-Dame de Vitré, grand décimateur en Notre-Dame et Saint-Martin, et recteur primitif de ces deux paroisses, payait des portions congrues de 600 livres aux vicaires perpétuels et alternatifs de Notre-Dame et de Saint-Martin, et 300 livres aux deux curés ou vicaires ; en 1727 il accorda 150 livres à un second vicaire pour Notre-Dame (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). En 1803 fut reconstituée la paroisse de Notre-Dame, érigée en cure de première classe et placée sous le patronage de la Très-Sainte Vierge ; elle est devenue en 1859 chef-lieu du doyenné de Notre-Dame de Vitré (Pouillé de Rennes). 

2° - Saint-Martin. — L'église Saint-Martin appartenait à l'origine aux chanoines de Notre-Dame, mais en 1116 l'évêque en déposséda ces derniers et donna Saint-Martin à l'abbaye de Saint-Melaine, fondant à Vitré le prieuré de Notre-Dame. Plus tard, le pape Luce III, en 1185, confirma les religieux de Saint-Melaine dans la possession de l'église Saint-Martin. Mais Saint-Martin n'était point encore érigée en paroisse au commencement du XVème siècle. En 1425, en effet, le recteur de Notre-Dame fit défense à Jean Dupont, chapelain de Saint-Martin, « de faire pain et eau bénite, donner absolution en caresme », et faire « aulcun faict de curé » ; la même défense fut faite l'année suivante à Jean Blenhu, autre chapelain de Saint-Martin, ce qui prouve que le recteur de Notre-Dame avait alors toute juridiction sur Saint-Martin (Notes ms. de M. l'abbé Pâris-Jallobert - Archives paroissiales). Bien plus, quelques années auparavant, les églises de Notre-Dame et de Saint-Martin étant fort délabrées, les deux fabriques convinrent en 1421 d'unir leurs ressources pour opérer cette double restauration. Or, il résulte des actes concernant cette affaire que Saint-Martin, à cette époque, n'avait d'autre recteur que celui de Notre-Dame, car c'était le recteur et le vicaire de cette dernière église qui devaient (avec le prieur curé primitif) entretenir à Saint-Martin l'exercice du culte. On y voit, de plus, que Saint-Martin n'avait pas de fonts baptismaux, ce qui prouve qu'en réalité cette église, loin d'être paroissiale, n'était même pas succursale, car les « marques caractéristiques d'une succursale », c'est-à-dire celles qui la distinguent d'une chapelle ordinaire, « sont les fonts baptismaux et la conservation des saintes huiles » (Potier de la Germondaye, Introduction au gouvernement des paroisses, 36). Si donc on appelait alors Saint-Martin « église parochiale », cela voulait dire seulement que le culte s'y célébrait avec la même solennité que dans une véritable église paroissiale, à la réserve des fonts (Bulletin de l'Association bretonne, IX, 142). Dès 1420, il est vrai, Anselme de Chantemerle, évêque de Rennes, considérant que dans le cas où la guerre forçait de tenir fermées les portes de la ville de Vitré, il pouvait arriver que des enfants nés hors des murailles de cette ville mourussent sans les cérémonies du baptême, avait ordonné à la fabrique de Saint-Martin de faire construire en cette église des fonts baptismaux. Malgré cet ordre, ces fonts n'étaient pas encore construits en 1434, lorsque Guillaume Brillet, devenu évêque de Rennes, renouvela aux fabriciens de Saint-Martin l'autorisation d'établir des fonts dans leur église, en réservant toutefois expressément les droits « du recteur de l'église paroissiale de Notre-Dame, dans l'étendue de laquelle paroisse l'église Saint-Martin se trouvait située ». Cette autorisation déplut d'abord au recteur de Notre-Dame, qui, se trouvant alors à un concile, n'avait point été consulté par l'évêque ; mais une transaction intervint entre les parties et fut signée le 1er février 1437. Par cette transaction, le curé de Notre-Dame accorda pour l'avenir, à tout jamais, dans l'église Saint-Martin, la continuation du culte divin more parochiali, comme il y avait été célébré jusque-là, et, de plus, le maintien des fonts nouvellement érigés ; — sous la condition expresse que, quand lui curé, ou son vicaire, ne voudrait ou ne pourrait remplir en personne en ladite église les fonctions pastorales, elles y seraient exercées en son nom par un chapelain temporaire qu'il nommerait et révoquerait à son plaisir ; — sous la condition encore que, outre ses droits curiaux, qu'il conservait comme par le passé en ladite église, les habitués (c'est-à-dire les paroissiens de Notre-Dame fréquentant l'église Saint-Martin "parrochiani seu habitantes in burgo Sancti Martini") de Saint Martin lui feraient dorénavant une rente annuelle de 10 livres payable moitié par moitié à Noël et à la Saint-Jean. — Les habitués de Saint-Martin, ayant accepté ces conditions, déclarèrent solennellement par l'acte même de la transaction « qu'ils sont et qu'ils ont toujours été paroissiens de Notre-Dame de Vitré ; que cette église est et sera leur église matrice et paroissiale ; que le recteur de cette église est et sera leur vrai curé, et qu'eux-mêmes sont et seront dans la cure et sous le gouvernement du recteur en question et de son vicaire ; que, de plus, toutes et quantes fois ledit recteur fera procession où que ce soit avec ses autres paroissiens, les paroissiens de Notre-Dame habitués de Saint-Martin se rendront à l'église de Notre-Dame, feront la procession et reviendront à ladite église absolument comme les autres paroissiens » (Bulletin de l'Association bretonne, IX, 113, 154). « Cette transaction, dit M. de la Borderie, doit être considérée comme l'érection régulière de l'église Saint-Martin en succursale de la paroisse Notre-Dame, dont elle n'avait été jusque-là qu'une chapelle, — chapelle importante, sans doute, et considérable, où le culte se célébrait (aux fonts près) more parochiali, mais sans pouvoir lui conférer réellement ni la qualité de paroisse (qu'elle n'eut pas davantage après la transaction) ni même celle de succursale véritable » (Bulletin de l'Association bretonne, IX, 113, 154). Comme nous l'avons dit plus haut, l'église Saint-Martin fut longtemps administrée par un chapelain nommé par le recteur de Notre-Dame ; mais vers l'an 1525 fut établie l'alternative, dont nous avons expliqué le fonctionnement, et qui persista jusqu'en 1790. En 1803, Saint-Martin fut érigée en paroisse et en cure de première classe ; en outre, elle est devenue en 1859 chef-lieu du doyenné de Saint-Martin de Vitré (Pouillé de Rennes). 

- 3° Sainte-Croix. — Les deux églises de Notre-Dame et de Saint-Martin dont nous venons de nous occuper dépendirent jusqu'à la Révolution de l'abbaye de Saint-Melaine ; celle de Sainte-Croix, au contraire, fut une fondation de l'abbaye de Marmoutiers. Les religieux de ce dernier monastère ayant, en effet, fondé le prieuré de Sainte-Croix de Vitré, de nombreuses difficultés survinrent entre eux et les chanoines de Notre-Dame, qui tenaient la paroisse Saint-Pierre de Vitré. Pour y mettre fin, les seconds se décidèrent dès le commencement du XIIème siècle à concéder aux premiers, à l'entour de leur église, un certain territoire où ceux-ci exerceraient sans contestation tous les droits et les devoirs paroissiaux. « C'est là véritablement la fondation de la paroisse Sainte-Croix, dont l'acte nous a été conservé. On y voit que les chanoines de Notre-Dame mirent à leur concession — comme c'était l'usage en pareil cas — quelques conditions spéciales destinées à conserver une certaine sujétion de la nouvelle paroisse vis-à-vis de celle d'où elle avait été extraite. Ainsi il fut stipulé que les moines et prêtres de Sainte-Croix viendraient en procession à Notre-Dame le dimanche des Rameaux et le premier jour des Rogations ; qu'ils viendraient aussi à Notre-Dame chercher le saint-chrème et les saintes huiles ; et qu'enfin, le mercredi de la semaine de Pâques ils paieraient aux chanoines une rente annuelle de 10 sols » (Bulletin de l'Association bretonne, IX, 100). Cette convention, sanctionnée une première fois par Marbode, évêque de Rennes (1096-1123), le fut de nouveau en 1136 par Hamelin et en 1197 par Herbert, ses successeurs sur le siège épiscopal. Jusqu'à la Révolution, l'abbaye de Marmoutiers conserva des droits sur Sainte-Croix. En 1790, le recteur, M. Levesque, déclara jouir du presbytère et de son jardin, d'une portion congrue de 700 livres et d'un casuel de 70 livres ; il recevait, en outre, pour son curé une portion congrue de 302 livres, ce qui, joint à 48 livres que le recteur donnait lui-même, faisait une pension de 350 livres au curé (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 27). La paroisse de Sainte-Croix fut reconstituée en 1803, mais en 1806, malgré les réclamations des habitants et le voeu de la municipalité, elle fut supprimée par le gouvernement. Elle continua toutefois d'être administrée religieusement par un vicaire desservant. Une ordonnance royale datée du 11 février 1820 érigea de nouveau Sainte-Croix en paroisse ; ce ne fut d'abord qu'une succursale, devenue en 1826 cure de seconde classe (Journal historique de Vitré, 443, et Pouillé de Rennes).

Trois bourgs vont se développer : le Vieil-Bourg sur le plateau à l'est du château ; le bourg Saint-Martin plus à l'Est ; au Sud sur le coteau Sainte-Croix, le Bourg-aux-Moines, autour d'un prieuré de Marmoutier. Le baron André III protège la ville de Vitré en l'entourant de murailles entre les années 1220 et 1250 : ses fortifications ont été restaurées en 1419 et en 1464. Les artères principales de la ville close étaient, de l’ouest à l’est, la rue Notre-Dame et la rue d'En-Haut, les rues d'En-Bas, Poterie, petite rue Notre-Dame et d'En-Haut, les rues du Four, Saint-Louis, de la Trémoille et de Sévigné. Celles du sud au nord étaient les rues Baudrairie, Gâtesel (rue Garengeot), de la Commune, et la place de Marchix. 

Une troupe anglaise passe trois jours dans les faubourgs de Vitré en se dirigeant vers Rennes en 1380. Saint Vincent Ferrier, dominicain espagnol, fait des prédications dans la ville en 1418. Vitré reçoit du 1er au 17 septembre 1487 le roi Charles VIII. L’armée française, aux ordres de Louis de la Trémoille, s’établit dans ses faubourgs en 1488. La reine Anne de Bretagne visite Vitré lors de son voyage en Bretagne en 1505. Le protestantisme s'implante dans les années 1540 à Vitré : la baronne Renée de Rieux, Guyonne XVIII, contribue à sa diffusion. Les alliances avec la famille Coligny en font une place protestante, marquée par un long siège de cinq mois en 1589. Les Ligueurs, sous les ordres de Talhouët-Boisorhant, assiégent Vitré en 1589. Henri IV passe à Vitré en 1598 et visite l’église Notre-Dame. 

Une léproserie est mentionnée dès le XVème siècle dans le village de Saint-Etienne. Vitré est érigé en chef-lieu de district en 1790 et en chef-lieu d’arrondissement en l'an VIII. La paroisse de Vitré dépendait autrefois de l’ancien évêché de Rennes. 

On rencontre les appellations suivantes : ecclesia Vitriacensis (en 1070), Vitreyum (en 1516).

Nota 1 : Principaux personnages célèbres nés à Vitré :
. Pierre Landais, trésorier général de Bretagne, pendu à Nantes en 1485 ;
. Pierre Guibé, évêque de Tréguier, mort en 1513 ;
. Bertrand d’Argentré, historien et jurisconsulte (1519-1590) ;
. Pouppé des Portes,
médecin et membre de l'Académie des Sciences (1704-1748) ;
. Arthur le Moyne de la Borderie, historien de la Bretagne (1829-1901) ;

Nota 2 : liste non exhaustive des recteurs de la paroisse de Notre-Dame ou de Saint-Pierre : Hamelin (il se démit en 1138), Jonas (en 1138), Jacques Salmon (en 1208), Hervé (au XIIIème siècle), James Guérin (en 1420), N.. Godard (en 1430), Pierre Leclerc (en 1435 et 1445), Pierre Gesbert (en 1460), Robert de Grasmesnil (permuta en 1474 avec le suivant), Etienne Lecocu (précédemment chapelain ou prieur de Saint-Nicolas, fut pourvu en 1474), Pierre Houdry (en 1486), André Morel (en 1502), Pierre Mazurais (en 1506), Guillaume Chédane (en 1510), Julien Lefebvre (en 1514), Guillaume Tirel (en 1519), Jean de Romelin (décédé vers 1525), ....

Note 3 : liste non exhaustive des recteurs alternatifs de Notre-Dame et de Saint-Martin (nota : on ne connaît qu'approximativement la date de l'institution de l'alternative à Vitré) : 

— Jean Delalande (en 1525 et 1537), Robert Oger (1551-1568), Guillaume Tizon (1568-1588), Jean Lodiel (1588-1596), Jean Lespaigneul (1597-1624), Pierre Le Moyne (1624-1631), Dom Jean du Bouexic (en 1631), Dom François Joubin (1631-1654), Pierre Roulleaux (1654-1673), Julien Vallet (1673-1676), Jean-Baptiste de la Méhaignerie (1676-1705), Jacques Letexier (1705-1708), Jacques-Guy Arot (1708-1724), Pierre-Jean Saiget (1724-1725), Pierre-Etienne Ravet (1725-1754), Pierre-Nicolas de Gennes (1754-1767), Jean-Baptiste Bienvenue (1767-1775), Jean-Marie Moulin (1775-1793) ; 

— Jean Le Clavier (en 1530), François Prieur (en 1540), Louis Thomas (en 1540), Guillaume Geslin (1549-1569), Pierre Bonnieu (1569-1586), Pierre Bazin (1588-1598), Michel Touillon (1598-1604), Julien Blanchard (en 1604), André Berthault (1605-1613), Vincent Bernier (1613-1629), Dom René Hodemon (1629-1654), Jacques Baragnes (1654-1655), Pierre Duperron (1655-1692), Dom Julien Bourgonnière (1692-1693), Pierre Bidault (1692-1709), Eustache Gisquel (1710-1713), Paul Bely (1713-1740), Eusèbe-François Houvet (1740-1743), Jacques de Gennes (1743-1768), Joseph-François Viseiche (en 1768), Louis-Joseph Brunet (1768-1793) ; 

Nota 4 : liste non exhaustive des curés de la paroisse de Notre-Dame : François-Julien Levesque de la Mesrie (1803-1805), Dominique-Louis Marion (1806-1818), Pierre-François Joyer, chanoine honoraire (1819-1842), René Guilloys, chanoine honoraire (1842-1850), Gilles Aubrée, chanoine honoraire (1850-1881), Félix-Jean Lochet, chanoine honoraire (à partir de 1882), ....

Nota 5 : liste non exhaustive des curés de la paroisse de Saint-Martin : René-Sébastien Breteau de la Gueretterie, chanoine honoraire (1803-1840), Nicolas-Louis Chatel, chanoine honoraire (1841-1861), Mathurin-Joseph Collet, chanoine honoraire (1862-1866), Augustin Gavrard, chanoine honoraire (1867-1881), Léon-Marie Renault, chanoine honoraire (à partir de 1881), ...

Nota 6 : liste non exhaustive des recteurs de la paroisse de Sainte-Croix : André (en 1164), Pierre Le Petit (en 1275), Jean de la Châsse (en 1388), Guillaume de Launay (en 1417), Jean Picauld (en 1545), Jean Desprez (1567-1589), Jean Trublet (1589-1599), Michel Gérard (1599-1611), Maurice Bouvet (1613-1615), Jacques Le Maignan (1615-1629), Jean Rouesson (1629-1661), Jean Guibé (1661-1707), René Deseuche (1708-1722), Philippe Dallon (1723-1758), René-Augustin Duverger (1759-1763), François Pasquier (en 1763), François-Julien Levesque de la Mesrie (1763-1789), Pierre-Joseph Beaugeard (1803-1805), Joseph-Emmanuel Barbot-Chevri (1805-1824), Pierre-François Coconnier (1824-1861), Casimir Troprée (1862-1882), Jean Barré (à partir de 1883), ...

Nota 7 : La charte apocryphe de Conan IV, datée de 1182, dit que les Templiers avaient des droits sur trois habitants de Vitré, « tres homines in Vitré ». Un acte de vente, de 1455, fait aussi mention de la « rue aux Templiers », dans le faubourg du Rachapt, à Vitré (M. Pâris-Jallobert, Journal historique de Vitré, 131). La Déclaration de 1681 ajoute enfin que « le membre de Vitré, dépendant de la commanderie de la Guerche, a cours dans les ville et forsbourg dudit Vitré et ès paroisses d'Argentré, Etrelles et Erbrée ». Il consistait, à cette dernière époque, « en fief et juridiction » sur quelques habitants et en rentes sur quelques maisons, notamment sur certaines habitations du faubourg Saint-Martin et sur la « maison de la Croix, en la ville de Vitré ». Ce membre, comme l'on voit, n'avait plus d'importance au XVIIème siècle (Pouillé de Rennes).

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PATRIMOINE de VITRE

l'église Notre-Dame (XV-XVIème siècle). La nef et le transept datent du XV-XVIème siècle, période de grande prospérité à Vitré. En 1440-1442 est élevée la tour-clocher à la croisée, avec un départ de transept et une travée de la nef. En 1467, le trésorier Macé Vétier fait édifier les chapelles nord contre le cloître du prieuré. La façade sud est construite entre 1490 et 1540 (date sur le contrefort d'angle). La façade ouest date de 1540-1586. La chaire extérieure date de 1490-1500. La porte du milieu date de 1530-1609 (vantaux 1609 avec bas-reliefs XVIème siècle de l'Annonciation). L'entrée ouest, la principale, devient en 1578 un portail Renaissance en arc de triomphe : vantaux de 1586. La flèche, oeuvre de l'architecte L. Raffray, date de 1858. La chaire à prêcher intérieure, oeuvre du sculpteur Valentin et du menuisier Hérault, date de 1855. L'orgue date de 1851. L’autel et le retable du Chœur-aux-Moines datent de 1852. Les confessionnaux datent du XIXème siècle. Le monument funéraire du curé Aubrée date de 1881. Le bénitier en marbre blanc date de 1593. L'huile sur toile représentant le "Martyre de saint Sébastien", oeuvre du peintre Picard, date de 1640 (il s'agit d'une reproduction d'une gravure d'Hans von Aachen). Le tableau représentant le "Couronnement de sainte Cécile", oeuvre de Fournier, date de 1646. Les vitraux, situés dans le transept, sont de Chauvel et datent de 1868-1870. Dans le choeur, se trouve le tombeau de Marie de Retz, fille de Gilles de Retz (le Barbe Bleue), épouse d'André de Laval. Dans le collatéral gauche, l’enfeu du chanoine Pierre Hubert est édifié vers 1490. Dans le collatéral droit, se trouvent  : un vantail de l'ancienne sacristie (1491), le vitrail représentant l'Entrée du Christ à Jérusalem (oeuvre du maître verrier Pierre Symon et daté de 1537), le vitrail représentant la Résurrection (oeuvre du verrier Charles Champigneulle fils et daté de la fin du XIXème siècle), une statue de la Vierge et saint Jean, en bois, datée du XVème siècle. La Collégiale de Notre-Dame, fondée vers 1060 par Robert Ier de Vitré, est confiée d’abord à des chanoines, puis au début du XIIème siècle à l'Abbaye Saint-Melaine de Rennes qui y établit un prieuré. L’église sert aussi de paroisse dès les années 1070 à 1075 sous le vocable de Saint-Pierre. Il possédait un cimetière en 1116. Un petit cimetière appelé Cimetière neuf, Cimetière Saint-Pierre ou Cimetière des Pauvres est ouvert en 1550 au nord-ouest et au sud de l’église, et l’on y construit une petite chapelle qui est remplacée en 1748 par une chapelle nouvelle sur l’emplacement du presbytère actuel ; cette dernière est démolie vers 1825 ; 

Note 1 : Il semble bien qu'à l'origine existait à Vitré une église Saint-Pierre distincte de l'église Notre-Dame ; c'est du moins ce qui ressort des chartes de fondation du prieuré de Notre-Dame de Vitré. L'on y voit en 1116 l'évêque Marbode donner à l'abbaye de Saint-Melaine les églises de Notre-Dame, de Saint-Pierre et de Saint-Martin ; le pape Luce III, confirmant en 1185 les religieux de Saint­Melaine dans la possession de ces églises, est encore plus explicite : « Ecclesiam Sanctœ Mariœ de Vitreio cum omnibus appendiciis suis, ecclesiam Sancti Petri, ecclesiam Sancti Martini in eodem castro » (Cartulaire de l'abbaye Saint-Melaine). Cependant, M. de la Borderie croit que cette église Saint-Pierre ne fut jamais différente de celle de Notre-Dame. Il est néanmoins permis de faire observer qu'à l'intérieur du château de Vitré apparaissent encore à la fin du XIXème siècle deux voussures de portes romanes, formées de claveaux alternatifs de granit gris et de schiste noir. On les regarde comme les derniers vestiges d'un édifice religieux contemporain des origines de Vitré ; on a voulu y voir les restes de la première église de la Magdeleine, ce qui n'est guère vraisemblable, puisque la collégiale de Sainte-Magdeleine, bâtie à quelque distance de là, offrait elle-même des traces d'une semblable construction romane. C'était donc deux églises distinctes et contemporaines. Ne faudrait-il pas plutôt reconnaître dans ces vestiges antiques innommés soit la première église de Notre-Dame, soit celle de Saint-Pierre ? Quoi qu'il en soit, si les moines de Saint-Melaine reçurent en 1116 deux églises en acceptant Notre-Dame et Saint-Pierre, ils ne tardèrent pas, par économie, à en supprimer une, et ils se contentèrent d'entretenir l'église de leur prieuré, dédiée à Notre-Dame ; ils élevèrent toutefois dans ce temple un autel en l'honneur de saint Pierre. Cet autel fut d'abord placé dans une des chapelles de Notre-Dame, mais en 1625 on le mit au haut de la nef, adossé à un mur bouchant l'arcade occidentale de l'intertransept. Les moines se réservèrent seulement l'ancien choeur du prieuré, dédié à la Sainte Vierge, et abandonnèrent le reste de l'église aux paroissiens de « Saint-Pierre en Nostre-Dame » (Pouillé de Rennes).

Note 2 : Cette église Notre-Dame fort intéressante a été presque entièrement reconstruite au XVème siècle ; il ne reste de l'édifice primitif que l'intertransept et l'abside, qui semblent du XIIème siècle. Les seigneurs de Vitré contribuèrent à la réédification de Notre-Dame, car nous savons que François de Laval, qui devint plus tard Guy XI, baron de Vitré, donna à cet effet, vers 1485, une somme de 1 200 écus. L'édifice se compose de trois nefs à six travées, accostées de douze chapelles, des transepts et de l'ancien choeur des moines, formant aujourd'hui chapelle absidale. Examinons rapidement l'extérieur : « La tour centrale, commencée en 1420, fut terminée en 1442; la première flèche fut détruite par la foudre en 1704 et relevée en charpente et en ardoises ; celle que nous admirons aujourd'hui a été construite en 1858 sur les plans de M. Raffray ; elle est en pierre, octogone et découpée à jour. La hauteur totale du clocher dépasse 190 pieds. La façade du Sud, qui est la meilleure partie de cet édifice, a été construite à deux époques différentes : le transept méridional et les trois premières chapelles de 1480 à 1500 ; les trois dernières, avec la porte du milieu, de 1530 à 1540. A chaque chapelle latérale répond extérieurement un gâble ou pignon triangulaire, ajouré de grandes fenêtres remplies de moulures flamboyantes et flanqué de riches contreforts couronnés d'aiguilles » (M. l'abbé Pâris-Jallobert, Bulletin de l'Association bretonne, IX, 288). Sur cette façade méridionale on voit au-dessus de la porte du transept l'écusson d'André de Laval, maréchal de France, dont la femme repose dans l'église. « Près de cette porte, appuyée contre l'un des contreforts, se détache extérieurement une chaire en pierre, octogone, portée sur un pédicule, décorée d'arcatures trilobées et dont le dais ressemble au toit d'un clocheton garni de crochets ». On y arrive par un escalier intérieur et une porte ouverte au dossier même de la chaire. On y prêchait encore en plein air en 1663 pour réfuter les prêches des protestants (nota : les barons de Vitré avaient au XVIème siècle embrassé les idées de la Réforme et introduit par suite le protestantisme dans leur ville). Un peu plus bas, vers l'Ouest, s'ouvre la porte dite du milieu. « C'est la partie la plus soignée ; toutes les moulures sont conduites avec un soin, une rectitude et une pureté rares ; les festons qui décorent l'arcade supérieure, les feuilles frisées du contour de cette même arcade, de la fenêtre et du pignon, les guirlandes et feuilles courantes qu'on remarque sur l'arc Tudor servant de linteau et sur les bords du fronton, enfin les pinacles appliqués sur les faces des contreforts, tous ces détails sont traités avec une finesse et un poli que ne comportent pas généralement nos matériaux » (M. l'abbé Brune, Archéologie religieuses, 360). Au reste, toute cette décoration, qui annonce le commencement de la renaissance, appartient aux dernières années du XVème siècle, car nous lisons le millésime de 1499 sur l'un des contreforts voisins. La jolie porte en chêne sculpté qui ferme cette entrée ne date que de 1609. La façade occidentale, un peu plus chargée d'ornementation et d'un style moins pur, a été construite vers 1550 ; mais elle est surtout gâtée par une arcade en cintre surbaissé et par une porte d'une architecture néo-classique, datée de 1578. Les battants de cette porte, en bois de chêne et d'un travail remarquable, sont de 1586. En 1467 fut réédifié par les paroissiens le bas-côté septentrional de l'église, contigu au cloître du prieuré. L'ornementation très simple de cette partie de l'édifice voisine du monastère et des remparts se résume dans six croisées à meneaux, dans l'une desquelles l'on remarque trois hermines parfaitement formées en pierre. Pénétrons maintenant dans le temple et commençons par examiner la chapelle absidale ou le choeur proprement dit, dont l'extérieur est caché par les maisons voisines. Cette partie de l'édifice appartient au XIIème siècle, ainsi que le prouvaient naguère deux longues fenêtres cintrées aujourd'hui bouchées ; au XVème siècle on y perça plusieurs fenêtres gothiques, entre autres une grande baie dans le mur du chevet. On l'appelait autrefois le choeur aux moines, parce que les religieux se l'étaient réservé, comme nous l'avons déjà dit. Du côté de l'évangile se trouve en cette chapelle la sépulture d'une dame de Laval portant cette épitaphe : Cy gist Madamme Marie damme et héritière de Raix, jadis espouse de hault et puissant Monsieur André de Laval, en son temps seigneur de Lohéac, de Lanveaux et de Guergorlaix, maréchal de France, laquelle damme trespassa le premier jour de novembre l'an mil IIIIcc LVII. Les transepts renferment deux grandes verrières modernes, consacrées au Rosaire et à l'arbre de Jessé, oeuvre d'un peintre-verrier de Vitré, M. Chauvel. « Au flanc oriental de chaque transept, une petite chapelle, en forme d'abside, à pans coupés répond à chacun des bas-côtés et termine la perspective de la plus heureuse façon ». Dans la chapelle du Nord se dessert la confrérie des Anges-Gardiens, fondée en 1639. Il y avait jadis, en outre, dans cette église les confréries de Saint-Nicolas, fondée en 1330 ; du Saint-Sacrement, en 1348 ; du Rosaire, en 1612 ; du Port du Saint-Sacrement, en 1634 ; de l'Ange-Gardien, en 1639 ; de la Rédemption des Captifs, mentionnée en 1732 ; plus un grand nombre de confréries d'artisans placées en 1659 sous les vocables de saint Roch, la Trinité, l'Ascension, saint Eloy, saint Crespin, sainte Anne, saint Jean, saints Jacques et Philippe, saint Honoré (Journal historique de Vitré, 162). Nous avons dit que douze chapelles entouraient les nefs ; parcourons-les rapidement, en commençant par la première au haut du collatéral Nord : Saint-Mathurin, portant à sa clef de voûte les armes de Vitré, est aujourd'hui dédiée au Sacré-Coeur ; elle renferme le tombeau du curé, M. Aubrée, décédé en 1881 ; la statue du vénérable défunt, oeuvre de M. Valentin, le représente agenouillé sur un prie-Dieu. — L'Annonciation, où se réunissait jadis la confrérie des marchands de toile, fondée au XVème siècle. — Saint-Jean-Baptiste, fondée en 1469 par Pierre Landais, dont elle porte les armes : de gueules à trois badelaires d'argent posés en bande. — Saint-Sébastien, ornée des blasons de Bretagne, fut fondée, croit-on, pour recevoir de précieuses reliques de ce martyr envoyées en 1476 à Notre-Dame par Jeanne de Laval, femme du bon roi René d'Anjou. — Saint-Michel ou Saint-Roch, aux armes de Laval, avec quelques restes de verrières du suite siècle. — Saint-Hubert ou Notre-Dame-de-Pitié, fondée de messes en 1498 par Pierre Hubert, doyen de Vitré, recteur de la Chapelle-Erbrée et chanoine de la Magdeleine, qui s'y trouve inhumé ; son tombeau, malheureusement mutilé, est remarquable ; il est placé sous une arcade et orné de la statue du défunt, revêtu de ses ornements sacerdotaux. En remontant de l'autre côté nous trouvons les chapelles de : Sainte-Anne, nunc Saint-Laurent ; — Saint-François, renfermant un reste de verrière antique ; — puis l'entrée de la porte du milieu, qui occupe la place d'une chapelle : on y admire une superbe verrière datée de 1537 et figurant l'entrée triomphante de Jésus à Jérusalem ; — Saint-Clément, olim Saint-Joseph ; — Sainte-Anne, olim Saint-Pierre ; c'est là que se faisait l'office paroissial avant 1625 ; — enfin, l'emplacement de la douzième chapelle est occupé par une petite sacristie et une espèce de jubé portant la date de 1491. Dans l'une de ces chapelles se trouve un admirable tryptique contenant trente-deux petits tableaux en émail, partagés en quatre séries, et représentant toute l'histoire de la Sainte Vierge et de Notre-Seigneur. Derrière ces précieux émaux est une longue inscription dont nous tirons ce qui suit : Donné céans fut ce tableau - Par ung nommé Jehan Bricier, - Qui escripvit ce escripteau - Et le dicta tel que voiez - La veille de Noël, croiez, - Que l'on disoit mit et cinq cens - Quarante et quatre bien comptez; - Et lui cousta cinquante francs. - Les hystoires qui sont dedens - De Lymouges en apporta, - Et Robert Sarcel, point ne mens, - Le bois tailla et assembla, etc. Ce tryptique est signé de J.-B. Pénicaud, l'un des premiers émailleurs de Limoges au XVIème siècle. Terminons en signalant les orgues, dont les premières furent données et fondées en 1639 par René Nouail ; — une superbe chaire en bois sculpté, oeuvre de M. Hérault, — et le maître-autel en marbre blanc, placé à l'entrée de la grande nef, sous l'arcade de l'intertransept. Il n'y avait, à proprement parler, dans cette église que trois enfeus : celui des Bénédictins dans leur propre choeur, celui des Sévigné, seigneurs des Rochers, dans le choeur de la paroisse, et celui des Cholets, sieurs de la Mériais, dans le transept Sud, en la chapelle Saint-Christophe ou de la Miséricorde, proche le petit autel placé près de la sacristie. Cette sacristie est remarquable par ses sculptures en bois et présente cette inscription : Cete sacristie a esté bastie par l'aumosne des paroissiens, estant trésoriers Messieurs de la Sibonniere-Séré, du Mesnit-Bileu, de la Rouselière-Lemoyne, députés avec eux les sieurs Dubois-Lecoq et des Ormeaux-Lecorvaisier, en l'an 1666. ; mais plusieurs autres paroissiens avaient obtenu d'y être inhumés (Pouillé de Rennes).

l'église Sainte-Croix (XVIIème siècle-1827). L’église primitive du prieuré de Sainte-Croix est élevée au rang de paroisse en 1120-1123. Elle est incendiée par les Huguenots en 1591 ; elle est alors reconstruite et agrandie en 1672. Elle est presque entièrement reconstruite en 1828. Elle conserve un chœur du XVIIème siècle. Les fonts baptismaux datent du XVIIème siècle-1827. Le retable du maître-autel, oeuvre du sculpteur Gandon, date de 1804-1834. Le prieuré est vendu en 1783 ; il possédait autrefois un droit de haute justice ; 

Note 3 : De l'église de Sainte-Croix, bâtie au XIème siècle, il ne reste plus de traces ; il paraît qu'elle était à la fois priorale et paroissiale. Les huguenots brûlèrent ce vieil édifice en décembre 1591. Sainte-Croix fut relevée quelque temps après et agrandie considérablement en 1671. Le 11 septembre de cette année-là, Mgr de la Vieuville vint bénir la première pierre de cette reconstruction, que rappelle l'inscription suivante découverte à la fin du XIXème siècle dans le mur du Sud : Pietate, studio et cura D. Joannis Guibe rectoris, hoc templum de novo edificatum est anno ab incarnato J. Cheto MVIc LXXII. Cette nouvelle église, en forme de croix, n'avait pas grand mérite, semble-t-il ; on la reconstruisit presque en entier en 1828 telle qu'elle se présente aujourd'hui, et Mgr de Lesquen vint en faire la bénédiction le 24 juillet 1830. L'édifice se compose de trois nefs en plein cintre et son portail est d'ordre ionique (Pouillé de Rennes).

l'église Saint-Martin (1868-1885), oeuvre des architectes rennais Jacques et Henri Mellet. La nef et le chœur datent de 1883. Le maître-autel, oeuvre de Poussielgue-Rusand fils, date de 1891-1893. Les stalles, oeuvre du sculpteur Savary, datent de 1893-1895. Les mosaïques, oeuvre des frères Odorico, datent de 1894. L’ancienne église Saint-Martin s’élevait dans le premier cimetière de Notre-Dame, et elle est mentionnée dès le XIIème siècle. Quelques éléments du chœur remontaient au XVème siècle. Le chœur avait été reconstruit peu après 1659, la nef était de 1822. Le maître-autel datait de 1649. Les seigneurs des Rochers y avaient un enfeu. L’église dépendait autrefois de l'Abbaye de Saint-Melaine de Rennes, elle devient en 1437 succursale de Notre-Dame. Dans le cimetière, au sud de l’église, se dressait autrefois la Chapelle Saint-Gilles ; 

Note 4 : Il ne reste rien de l'édifice primitif de Saint-Martin, mentionné au XIIème siècle. L'église qui a été abandonnée, bâtie à l'origine dans le cimetière paroissial de Notre-Dame, était bien pauvre sous le rapport architectural. Quelques portions du choeur rappelaient toutefois le XVème siècle. Le clocher, ayant été renversé par un ouragan en 1659, avait été relevé quelque temps après ; quant à la nef, elle ne datait que de 1822. A l'intérieur, une seule chose attirait les regards : c'était les retables de style Louis XIII dont les autels étaient ornés. Le maître-autel, fort beau, avait, en effet, été construit en 1649, « à la diligence de René Hodemon, recteur de Notre-Dame et Saint-Martin » (Journal historique de Vitré, 137). L'on vient de construire dans un autre quartier de Vitré une nouvelle église plus en rapport avec l'importante population de la paroisse actuelle de Saint-Martin ; la première pierre en a été bénite par Mgr Saint-Marc le 15 novembre 1868 ; l'édifice terminé n'a encore reçu qu'une simple bénédiction, le 10 avril 1883, mais il ne tardera pas, semble-t-il, à recevoir les honneurs de la consécration. Cette église, l'une des plus considérables du diocèse, se compose de trois nefs, de vastes transepts, d'une abside avec déambulatoire et d'une chapelle absidale. Au-dessus de l'intertransept s'élève une coupole que surmonte extérieurement une statue de saint Martin. La façade de l'Ouest, terminée, sera monumentale. Sur les collatéraux de la grande nef règnent de vastes tribunes tenant lieu de triforium. L'aspect général est saisissant et grandiose, mais les détails d'architecture appartiennent par malheur à ce style néo-roman qui soutient difficilement la comparaison avec les chefs-d'oeuvre du XIIème siècle (Pouillé de Rennes).

 

la chapelle Notre-Dame-de-Galiot (XVIIème siècle), située au n° 66 bis rue de Rachapt. On y trouvait à proximité un cimetière mentionné dès 1315 et qui servait à l’hôpital ; 

la chapelle des bénédictines (XVIIIème siècle), située au n° 2 rue de la Mériais. Le maître-autel et le retable datent du XVII-XVIIIème siècle. L’ancien couvent des Bénédictines est fondé en 1625, transformé en gendarmerie en 1796, et devient ensuite le Couvent des Ursulines ; 

la chapelle Sainte-Anne (1856), oeuvre de l'architecte Droyaux. Sainte-Anne fut bâtie vers 1639 dans la rue dite de la Porte-Nantaise (aujourd'hui rue Sainte-Croix) par Jean Rouësson, recteur de Sainte-Croix, qui y fonda une messe tous les mardis le 5 octobre 1655, ce qu'approuva l'ordinaire le 17 octobre 1661. Cette chapelle, très vénérée à Vitré, tombant en ruine, fut reconstruite et bénite le 1er août 1856 par Mgr Saint-Marc. C'est un joli petit édifice de style ogival fleuri, orné d'une statue de sainte Anne, oeuvre de Barré (Pouillé de Rennes) ; 

la chapelle des Trois-Maries (XVIIIème siècle), située rue du Rachapt. Les Trois-Maries, située dans le faubourg du Rachapt, est un ancien sanctuaire où la procession du Sacre se rendait dès 1643 ; elle fut rebâtie en 1754 telle qu'elle est aujourd'hui et bénite le 24 mai 1755. Vendue nationalement, elle fut rachetée en 1824 par M. Joyer, curé de Notre-Dame, et érigée par l'ordinaire en chapelle de secours en 1843 (Pouillé de Rennes) ; 

l'ancienne chapelle Saint-Louis, aujourd'hui disparue. Lorsqu'en 1642 il fut défendu aux huguenots de Vitré d'exercer leur culte dans l'intérieur de la ville, on transféra dans leur temple (situé rue du Vieux-Bourg, depuis rue Saint-Louis) la maison de ville et l'auditoire du sénéchal, et en 1643 on y établit une chapelle. Celle-ci fut d'abord dédiée au Saint-Esprit, mais en 1645 on la mit sous l'invocation de saint Louis et de saint Henri. Le duc de la Trémoille y fit alors une fondation de trois messes par semaine aux jours d'audience, et la dota de 400 livres de rente. En 1683, la congrégation des hommes, instituée sous le titre de la Nativité de la Sainte Vierge, fut érigée en la chapelle de l'auditoire et y y resta jusqu'en 1723, époque à laquelle elle fut transférée dans la chapelle Notre-Dame de la Ricordais (Pouillé de Rennes) ;

l'ancienne chapelle de la Ricordais ou de la Congrégation (1723), aujourd'hui disparue. François de la Bouverie, membre de la congrégation de la Sainte-Vierge, fit bâtir dans la rue Ricordais une chapelle qu'il donna en 1723 à cette pieuse association. Vendue nationalement en 1796, cette chapelle a été rendue en 1822 à sa première destination  (Pouillé de Rennes) ; 

les anciennes chapelles des cimetières, aujourd'hui en majorité disparues. Il existait dans les cimetières de Vitré, outre l'église Saint-Martin, plusieurs chapelles : — la chapelle de Saint-Pierre. Cette chapelle, qu'il ne faut pas confondre avec l'ancienne église Saint-Pierre, ne fut bâtie qu'en 1550, lorsque les religieux de Notre-Dame autorisèrent les paroissiens à établir un petit cimetière à l'Ouest et au Sud de l'église de Notre-Dame. — la chapelle de Saint-Joseph remplaça la précédente et fut bénite le 19 juin 1748 ; on y établit vers 1750 une congrégation de jeunes gens. Appelé vulgairement la chapelle du cimetière neuf, ce sanctuaire fut détruit vers 1825 ; il occupait l'emplacement du presbytère actuel de Notre-Dame. — la chapelle de Saint-Gilles, située dans le grand cimetière, près de l'église Saint-Martin, avait été fondée de messes au XVème siècle par Jeanne du Grasmesnil, veuve de Benoît Dollier ; les seigneurs du Bois-Belin, descendants de cette dame, y avaient un enfeu. — la chapelle Notre-Dame de Galiot se trouve dans le cimetière de ce nom, cité dès 1315 et servant jadis à l'hôpital Saint-Nicolas. C'est un édifice insignifiant du XVIIème siècle, orné des statues de saint Yves et de sainte Marguerite, dont le costume semble rappeler le XVème siècle. — la chapelle de Saint-Sauveur ou Sainte-Claire. Bâtie en l'honneur de Saint-Sauveur, dans le cimetière de Sainte-Croix environnant l'église, cette chapelle fut bénite le 23 septembre 1731. Placée plus tard sous le vocable de sainte Claire, elle a été détruite par les travaux de la voie ferrée (Pouillé de Rennes) ; 

les autres anciennes chapelles, aujourd'hui en majorité disparues : — la chapelle Sainte-Magdeleine (église collégiale), — la chapelle des Augustins, — la chapelle des Dominicains, — la chapelle des Recollets, — la chapelle des Ursulines, — la chapelle Notre-Dame-de-Miséricorde de la Retraite, — la chapelle des Filles de la Charité (où se réunit la congrégation des Enfants de Marie, de la paroisse Notre-Dame), — la chapelle de l'Immaculée-Conception du collège, — la chapelle Saint-Nicolas de l'Hôtel-Dieu, — la chapelle de Saint-Yves, dépendant de l'hôpital de ce nom, — la chapelle de Saint-Joseph de l'Hôpital-Général, — la chapelle de Saint-Etienne, dépendant de la léproserie, — la chapelle du Sacré-Coeur de la Guilmarais, — la chapelle de la prison, — la chapelle Saint-Méen de Plaguet (lieu de pèlerinage pour se préserver ou se guérir de la gale), — la chapelle de l'Immaculée-Conception, jolie chapelle gothique bénite le 23 novembre 1879 et construite sur le boulevard des Jacobins (c'est le lieu de réunion de la congrégation des Enfants de Marie de la paroisse Saint-Martin) ;

le château de Vitré (XI-XIIème siècle). En 1209, le baron André II fonde la collégiale de la Madeleine avec douze chanoines, dans la basse-cour du château. Son fils, André III, reconstruit le château de 1200 à 1250 : il s'agit d'une forteresse plus étendue qui elle-même est reconstruite aux XIVème et XVème siècles. Du XIVème au XVIème siècle, ce château est la résidence des barons puis des comtes de Laval-Montmorency. Propriété successive des familles Rieux, Coligny, la Trémoille (en 1605), avant d’être racheté par la ville au XIXème siècle. Le Châtelet d’entrée date du XIVème siècle. La tour de la Madeleine, oeuvre de l'architecte Michel de Saint-François, date de 1420 : elle agrandit le logis vers le nord et elle est l'oeuvre de Michel de Saint-François pour Jeanne de Laval, veuve de Guy XII. La tour Saint-Laurent date du XVème siècle (des années 1430) : elle s'élève à l'angle Sud. Contre la grande salle du logis du XIIIème siècle, se trouve la chapelle Saint-Jean, consacrée en 1432 pour Jeanne de Laval. La tour romane reçoit, semble-t-il, un beffroi et devient la tour de l'Horloge. La tour de l’oratoire et la chapelle Saint-Michel datent de 1526-1531. Classé monument historique en 1872-1902, le château est restauré par l'architecte Darcy. L'Hôtel de Ville, situé dans la cours du château et oeuvre de l'architecte Paul Grout, date de 1902-1913. A signaler, le tombeau de Guy X, vers 1400, élevé par Guy XII pour son grand-père tué en 1347, ainsi qu'une cheminée datée de 1583 (oeuvre du sculpteur André Bonnecamp) et un retable renfermant trente plaques d'émaux peints retraçant la vie de la Vierge et du Christ (1544). Le château est pris par le duc Conan III le Gros vers le milieu du XIIème siècle. Il est livré au roi Charles VIII par Guy XV de Laval, le 1er septembre 1487. Le parlement de Bretagne s’installe quelque temps au château lors des épidémies de peste qui sévissent à Rennes en 1564, 1582 et 1583 ; 

Note 5 : Plusieurs chapelles, outre l'église collégiale de la Magdeleine, furent construites dans le château de Vitré : — la chapelle Saint-Jean fut consacrée le 10 août 1432 par Guillaume Brillet, évêque de Rennes ; elle fut sécularisée en 1626. — la chapelle Saint-Julien, également détruite maintenant, se trouvait en 1575 au pied de la tour de Montafilant et dépendait comme cette tour de l'évêque de Dol. — la chapelle Saint-Michel est mentionnée en ces termes dans un aveu de 1681 : « Au bout d'une galerie du chasteau, du costé de septentrion, il y a une petite chapelle nommée la chapelle de Saint-Michel, bastie pour la commodité des seigneurs de Vitré pour y faire célébrer la sainte messe ». Extérieurement, l'abside de cette chapelle attire l'attention : elle est à pans coupés et ouverte par trois arcades cintrées que soutiennent d'élégants pilastres, chargés, comme tout l'édicule, de rinceaux, d'arabesques et de figurines d'un travail exquis. On y voit aussi gravés les écussons de Guy XVI, comte de Laval et baron de Vitré, et de ses deux dernières femmes, Anne de Montmorency et Antoinette de Daillon, — ce qui prouve que cette jolie chapelle fut construite vers 1526, — et cette devise tirée du Livre de Job : Post tenebras spero lucem (Pouillé de Rennes).

le château des Rochers-Sévigné (XV-XVII-XVIII-XIXème siècle). Le château doit sa notoriété à Mme de Sévigné. Il relevait de la baronnie de Vitré. Il possédait autrefois des douves, une chapelle et une fuie. La chapelle Notre-Dame et Saint-Christophe des Rochers fut bâtie dans la cour du manoir des Rochers, en 1670, par Marie de Rabutin-Chantal, veuve d'Henri marquis de Sévigné et seigneur des Rochers, à l'instigation de son oncle Christophe de Coulanges, abbé de Livry, mais la première messe n'y fut dite que le 15 décembre 1675. Le 4 du même mois, Mme de Sévigné fonda en ce sanctuaire trois messes hebdomadaires tous les dimanches, mercredis et vendredis, et dota le chapelain des maisons et terres de la Ruchonnière et de la Cour-Neuve, en Etrelles. Charles de Sévigné, fils de la fondatrice, joignit à cette chapellenie celle de la Cochonnière, desservie à Etrelles, et dont la présentation lui appartenait. L'ordinaire approuva tous ces actes le 24 décembre 1675 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 84). Les Rochers se trouvant alors en Vitré, Mme de Sévigné obtint en 1683 de l'évêque de Rennes l'annexion de sa maison et de sa chapelle à la paroisse d'Etrelles. Mais l'ordinaire voulut que « en recognoissance de cette distraction », le seigneur des Rochers donnât dès lors chaque année 3 livres aux recteurs alternatifs de Vitré et un cierge, le jour de la Chandeleur, au prieuré de Notre-Dame. Les Rochers sont revenus à Vitré à l'époque de la Révolution et se trouvent aujourd'hui en Saint-Martin. La chapelle, de forme octogone, bâtie par Mme de Sévigné, subsistait toujours à la fin du XIXème siècle (abbé Guillotin de Corson). Une aile a été ajoutée au château au XVIIIème siècle. Le parc est dessiné par Lenôtre. Propriété des familles Mathefelon (en 1144), Sévigné (vers 1410), Hay, barons des Nétumières (en 1715). Il est reconstruit par Guillaume V de Sévigné (décédé en 1490) ou par son fils Guyon III (décédé en 1521). La chapelle privative, reconstruite par Mme de Sévigné, date de 1671-1675. Le jardin à la Française est édifie par Charles de Sévigné vers 1690. La petite-fille de Mme de Sévigné, Pauline de Grignan, marquise de Simiane, vend les Rochers en 1715 à Jean Paul Hay des Nétumières, conseiller au parlement de Bretagne. Cette famille ajoute un petit logis au sud du manoir. En 1784, Marie Paul Hay des Nétumières construit en 1789 une ferme et ses dépendances ; 

le château de la Baratière (XVI-XVII-XVIII-XIXème siècle), situé boulevard de Châteaubriant. Il est anobli en 1445 en faveur de la famille Gaudy. Puis il devient successivement la propriété des familles Chevallerie, Legge (au début du XVIIème siècle), la Bigotière (en 1698), le Gonidec (en 1744). La famille le Gonidec, propriétaire du château, acquiert à la fin du XVIIIème siècle les droits seigneuriaux du prieuré Sainte-Croix. La conciergerie est édifiée vers 1900 ; 

le prieuré Notre-Dame (XVIIème siècle), situé rue des Bénédictins. Au XIème siècle, les chartes citent une église collégiale sous le vocable de Notre-Dame et une église paroissiale sous celui de Saint-Pierre. En 1116-1132, les chanoines sont remplacés par les bénédictins de l'abbaye Saint-Melaine de Rennes. Tombé en commende au XVIème siècle, le prieuré est donné en 1658 à la Congrégation de Saint-Maur. Cet ancien prieuré bénédictin, relevant de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes, est reconstruit au XVIIème siècle par les mauristes. Après un premier projet de reconstruction sur un plan en 1659, le plan du père Georges Lebret est accepté en 1661. Les travaux dureront de 1662 à 1671. Les bâtiments anciens sont rasés et remplacés par un jardin. Le monastère est disjoint de l'église. Cinq ou six moines y résident jusqu'à la suppression du prieuré en 1790. Les bâtiments du Prieuré étaient occupés par la Sous-Préfecture et le Tribunal (jusqu'en 1925), ainsi que par la mairie jusqu’en 1912-1913 ; 

Note 6 : l'ancien prieuré Notre-Dame de Vitré : « D'or à une demi-croix de gueules chargée de quatre coquilles d'argent posées 3 sur le montant et 1 sur la traverse, et cantonnée à dextre de huit alérions d'azur, 4 au 1er canton et 4 au 3ème canton ; parti d'hermines plein » (Armorial généram ms. de 1697). Vers l'an 1060, Robert Ier, seigneur de Vitré, transféra le château de ce nom, construit d'abord au lieu qu'occupe à présent l'église Sainte-Croix, sur le promontoire de roches abruptes où il se dresse encore aujourd'hui. « C'est à ce moment, au plus tard, que fut fondée l'église Notre-Dame, un peu à l'Est du château, dont elle dut être la première chapelle. Le baron de Vitré y établit un corps de chanoines, — réguliers ou séculiers, cela est incertain ». Ce qui ne l'est pas malheureusement, c'est le désordre qui ne tarda pas à s'introduire parmi eux. « On vit, au commencement du XIIème siècle, les chanoines de Notre-Dame dilapider les biens de leur église sans en faire le service, et se rendre par leur arrogance également désagréables à leurs seigneurs temporels et à leurs supérieurs ecclésiastiques ». C'est pourquoi, en 1116, l'évêque de Rennes Marbode, du consentement du baron de Vitré et du de de Bretagne, leur retira Notre-Dame pour la donner aux religieux de l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes « avec tous ses biens, terres et domaines, et aussi avec les divers revenus des églises que possédaient les chanoines, savoir : l'église. Saint-Pierre et l'église Saint-Martin, dans la même ville de Vitré ; les églises rurales de Balazé, de Mécé et de Saint-Didier, et l'église Saint-Symphorien en la ville de Rennes » (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 531). « L'église Saint-Pierre de Vitré, ici nommée, n'était point différente de celle de Notre-Dame, seulement on lui donnait de préférence le premier de ces deux noms quand on la considérait comme paroissiale et non comme collégiale, sans doute parce que la paroisse se desservait à un autel dont saint Pierre était le patron » (M. de la Borderie, Les Paroisses de Vitré). Quoique les chanoines dépossédés ne fussent plus qu'au nombre de trois, ils ne se soumirent point à la décision épiscopale ; ils en appelèrent à Rome et plaidèrent si habilement leur cause que le pape Calixte II ordonna aux moines de Saint-Melaine de quitter immédiatement Vitré, et comme ils tardaient à le faire, il lança contre eux une sentence d'excommunication, en 1120, et ordonna à Marbode de faire rentrer à Notre-Dame les chanoines que ce prélat en avait expulsés ; il maintint même l'excommunication jusqu'à ce que Raoul, abbé de Saint-Melaine, fût venu avec quelques-uns de ses religieux s'excuser à Rome même. Mais lorsque les moines de Saint-Melaine, justement effrayés, eurent gagné la Ville-Eternelle, ils surent à leur tour si bien prendre le Pape et si bien défendre leurs intérêts, que Calixte leur pardonna et prit l'abbaye de Saint-Melaine sous sa protection ; toutefois les chanoines demeurèrent en possession de Vitré (M. Hauréau, Gallia christ., XIV, 773). Mais ces derniers ne se conduisirent pas mieux que précédemment ; la désolation et le deuil régnaient toujours avec eux dans l'église de Notre-Dame. Hamelin, évêque de Rennes, et le pape Innocent II en furent informés et durent sévir de nouveau contre ces chanoines scandaleux (« Cum subreptione et dodo (canonici) matrem suam vexaverant et in desolatione et luctu eam detinebant » - D. Morice, Preuves de l'Hist. de Bret., I, 567 ). A la prière de Conan III, duc de Bretagne, et sur l'ordre même du Souverain-Pontife, l'évêque de Rennes chassa définitivement les chanoines de Vitré de l'église de Notre-Dame en 1132, et rendit cette église aux Bénédictins de Saint-Melaine, ce qu'approuvèrent grandement les archidiacres et le Chapitre de Rennes (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 566). En 1157, Guillaume Chalopin, abbé de Saint-Melaine, fit ratifier par Etienne de la Rochefoucaud, évêque de Rennes, toutes les donations faites précédemment au prieuré de Notre-Dame de Vitré par les barons de Vitré. On voit dans cette intéressante charte que André Ier et Robert II, seigneurs de Vitré, comblèrent de leurs faveurs les moines de Saint-Melaine rétablis dans le monastère de Notre-Dame. Ils leur donnèrent les églises de Saint-Pierre et de Saint-Martin de Vitré, avec tous leurs revenus ; — le bourg Notre-Dame et le bourg Saint-Martin, ainsi que le cimetière, également avec tous leurs revenus excepté le droit de bouteillage, le four banal et les moulins de Crochot ; — la huitième partie des coutumes des foires de Saint-Pierre et de mars, les coutumes entières des hommes de Notre-Dame dans ces foires, et la moitié de la foire de Pocé ; — l'église de Balazé et la partie du bourg en dépendant ; — l'église de Mécé et trois parties de son cimetière ; — Marpiré tout entier ; — la moitié de l'église de Saint-Didier ; — l'église de Saint-Symphorien de Rennes. — Enfin, comme l'église de Billé, ainsi que sa dîme et son cimetière, avaient été violemment et avec effusion de sang enlevés aux religieux, les sires de Vitré promirent de la leur faire restituer. Robert II leur donna aussi un droit d'usage dans ses forêts pour faire paître leurs porcs, sans payer de droit de pasnage, et pour y prendre le bois nécessaire au chauffage et même aux constructions du prieuré ; puis il les confirma dans la possession de plusieurs terres et métairies dont les noms sont difficiles à retrouver maintenant. De leur côté, l'abbé et les religieux de Saint-Melaine s'engagèrent à abandonner à leurs frères du prieuré de Vitré, pour contribuer à leur entretien, tout ce qu'ils possédaient dans les paroisses de Pocé, Saint-Aubin-des-Landes, Saint-Didier, Louvigné-de-Bais, Bais, Moulins, Saint-Jean et Saint-Melaine-sur-Vilaine, la Bouëxière, Acigné et Mouazé. On voit par ce qui précède que dès l'origine le prieuré de Vitré fut très richement doté par ses fondateurs (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 630). Ce prieuré de Notre-Dame eut à souffrir plus tard de la commende, comme tous les monastères au moyen-âge ; mais, en 1658, Siméon Hay du Chastelet, chanoine et archidiacre de l'Eglise du Mans, prieur commendataire de Vitré, cédant aux sollicitations d'Henry de la Trémoille, baron de Vitré, se démit de son prieuré en faveur des religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Il se réserva toutefois une pension annuelle de 3 000 livres pendant sa vie, qu'il finit pieusement à Saint-Germain-des-Prés, où il s'était fait transporter. La congrégation de Saint-Maur employa pendant quelques années les revenus du prieuré de Notre-Dame à le rebâtir depuis les fondements et à mettre en état les lieux réguliers, car tout s'y trouvait en ruine. Il existe aux Archives Nationales un plan de l'ancien prieuré de Notre-Dame de Vitré en 1636. On y voit que le cloître se trouvait au Nord de l'église, le long de la nef ; à l'Est du cloître était la salle du chapitre, et au-delà, près la muraille de la ville, le logis du prieur ; le presbytère et son jardin, ainsi que le four à ban, étaient derrière le chevet du choeur, et la sacristie au Nord de ce chevet. L'église était elle­même divisée en deux parties : l'église paroissiale occupait les nefs et l'église priorale était le choeur. A l'entrée occidentale de l'église était le « cimetière des pauvres », ou cimetière Saint-Pierre . Puis la Congrégation de Saint-Maur y envoya des religieux à la place des six prêtres séculiers qui, faute de moines, faisaient l'office depuis plusieurs années. Le rétablissement des Bénédictins et de la régularité dans le prieuré de Notre-Dame de Vitré fut solennellement célébré le 28 septembre 1671, et D. Raguideau, prieur de l'abbaye de Saint-Melaine, nomma D. Yves Laurent pour gouverner le nouveau monastère en qualité de prieur claustral. On ne reprit toutefois le choeur de l'église pour y faire l'office des religieux que le 8 septembre 1672. Quoique le prieuré de Notre-Dame de Vitré soit retombé en commende presque aussitôt après son rétablissement par la congrégation de Saint-Maur, la règle conventuelle n'y persévéra pas moins jusqu'au moment de la Révolution, et cinq ou six religieux, gouvernés par un prieur claustral distinct du prieur commendataire, y chantèrent l'office divin jusqu'à cette époque. Dans les siècles derniers, voici quel était l'état général de fortune du prieuré de Notre-Dame : Tout d'abord, la maison conventuelle ou prieuré, joignant  l'église de Notre-Dame, appartenait aux moines, qui avaient dans cette église, aussi bien que dans celle de Saint-Martin, les droits honorifiques et les oblations. Ils se réservaient aussi, à Notre-Dame, l'ancienne partie de l'édifice appelée choeur des moines, et formant aujourd'hui la chapelle absidale. Ils avaient, en outre, les métairies nobles de l'Elberte en Bais, la Blanchardière et le Radray en Saint-Aubin-des-Landes, la Grande-Haye en Vitré, l'Endormière en Erbrée, et primitivement les métairies de Brimbault en Brielles, des Bignons et de Loussignière en Erbrée, qui furent aliénées au XVIème siècle. Les dîmes recueillies par les religieux formaient la plus forte partie de leurs revenus : c'était celles de Notre-Dame et de Saint-Martin de Vitré, affermées en 1709 2 708 livres, — la moitié de celles de Cornillé, affermée 910 livres, — le tiers de celles de Louvigné, affermé 1 349 livres, — les dîmes de Marpiré, les deux tiers de celles de Balazé, — quelques autres petites dîmes en la Bouëxière, Saint-Jean-sur-Couesnon, Pocé, etc. Le prieur de Notre-Dame possédait à l'origine un fief et une juridiction seigneuriale, un moulin et un four à ban ; mais, en 1637, il échangea ces biens contre une rente de 350 livres que lui assura le duc de la Trémoille, seigneur de Vitré à cette époque. Toutefois, le prieur obtint en plus de ce seigneur le privilège de faire moudre franc un boisseau de grain chaque semaine au moulin seigneurial de Vitré, et de faire cuire sans payer le pain du prieur au petit four banal de la baronnie. Le prieur de Notre-Dame jouissait aussi du droit de lever sur les bestiaux amenés aux foires de Vitré, le 16 août et le 9 septembre, un denier pareil à celui que levait le seigneur de Vitré lui-même. Il était encore dû d'autres rentes à Notre-Dame : le recteur de Saint-Aubin-des-Landes lui devait 254 boisseaux de grains, celui de Chasné 31 boisseaux, celui de Mécé 30 livres, et le prieur d'Izé 56 boisseaux. De plus, des fondations avaient été faites au prieuré par les seigneurs des Rochers, du Bois-Teilleul, du Vaufleury et de la Conterie, ainsi que par un ancien prieur, Auffray Le Vayer ; tous avaient donné des rentes ou de belles terres à cette occasion. Pour résumer, les revenus du prieuré étaient divisés, au XVIIIème siècle, en deux parts : 1° la mense priorale, comprenant tout ce que nous venons d'énumérer, sauf les métairies de la Blanchardière et de l'Endormière et quelques petites rentes ; cette mense priorale, dont jouissait le prieur commendataire, avait, en 1790, 14 612 livres 5 sols de revenu brut, avec 11 356 livres 17 sols 5 deniers de charges; — 2° la mense conventuelle, laissée aux religieux habitant le prieuré sous la conduite du prieur claustral, se composant du tiers de la mense priorale dû par le prieur commendataire, des métairies de la Blanchardière et de l'Endormière, affermées 850 livres, et de quelques petites rentes montant à 124 livres ; cette mense conventuelle n'atteignait guère, au total, qu'un peu plus de 5 000 livres (Déclaration de 1790 - Journal de Vitré, 421, 528). Tel était l'état de l'établissement bénédictin de Vitré quand éclata la Révolution. A cette époque, le prieuré de Notre-Dame fut supprimé et les bâtiments furent déclarés propriété nationale ; ils existent encore aujourd'hui, avec leur cloître du XVIIème siècle, bien conservé, et sont occupés par les services de la mairie, de la sous-préfecture et du tribunal de Vitré. Quant à l'ancienne église priorale, elle est simplement paroissiale de nos jours (abbé Guillotin de Corson).

Note 7 : liste des prieurs de Notre-Dame de Vitré : - Rotoald (1138). - Robert Fauvel (1157). - Guillaume (1190). - Hervé (1247). - Pierre (1278). - Pierre de Rennes (1319). - Pierre de la Roche (1332). - Guillaume devint abbé de Saint-Méen en 1344. - Guillaume Nouail (1350). - Pierre de Crennes (1377). - Olivier Hay, fils de Guillaume Hay et de Rollande Nepvou (1398) ; décédé en 1422. - Raoul Ferron (1424-1447). - Guillaume du Matz (1464-1493). - Dom Auffray Le Vayer, fils de Georges Le Vayer et de Clémence de Bintin, religieux de Saint-Melaine, fut aussi prieur de Saint-Nicolas de la Guerche. Il résigna en 1507 le prieuré de Vitré, en faveur du suivant, mais avec faculté de le reprendre si bon lui semblait, et devint en 1509 abbé de Saint-Aubin-des-Bois. - Dom Julien Rouxel, Bénédictin de Saint-Melaine (1507). - Dom Auffray Le Vayer reprit le prieuré de Vitré en 1511 et y fonda une messe hebdomadaire et une distribution de pains aux pauvres de la paroisse de Notre-Dame (1513). - François Le Vayer, neveu du précédent, lui succéda en 1523 au prieuré de Vitré, et fut comme lui abbé commendataire de Saint-Aubin-des-Bois. - Lancelot de Langan (1544). - Georges de Langon (1550). - Louis d'Espinay, protonotaire apostolique, abbé du Tronchet, chanoine et chantre de Rennes (1558). - Gilles Robidou (1572 à juillet 1573). - Julien Leroux (septembre 1573). - Isaac Hay, fils de Jean Hay, seigneur du Plessix et des Nétumières, et de Perrine Chevallerie, naquit à Vitré en 1561 et fut baptisé selon le rite protestant. Devenu catholique, il fut nommé prieur de Notre-Dame et de Sainte-Croix de Vitré, recteur d'Etrelles, ensuite d'Erbrée, et doyen de Saint-Tugdual de Laval. Il mourut le 6 mars 1631 et fut inhumé le 13 en l'église d'Erbrée, « en une voûte qu'il s'était fait faire peu de temps auparavant ». Voici l'épitaphe qu'il avait fait graver lui-même et qu'on lit encore sur une plaque de marbre transportée de nos jours dans la nouvelle église d'Erbrée, proche l'autel de la Sainte-Vierge : Cy gist le corps de vénérable, noble et discret Missire Isaac Hay, vivant prieur des prieurés de Vitré, doyen de Sainct Tugal de Laval, recteur de céans, sgr de la Goderie, etc., qui fist construire le présent autel et sépulture cy-dessous, l'an 1626, et décéda le ......... Priez Dieu pour luy. - Siméon Hay du Chastelet, fils de Daniel Hay, seigneur de la Motte, le Chastelet et Vaufleury, et de Perrine de Pellineuc, neveu du précédent prieur, lui succéda à Notre-Dame ; il devint aussi conseiller et aumônier ordinaire du roi, chanoine et archidiacre du Mans. Il fut le dernier prêtre séculier prieur commendataire de Notre-Dame de Vitré, et résigna en 1658 ce prieuré en faveur des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur ; il habitait alors Le Mans, mais il alla mourir saintement à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Dom Gaspart Martinet, premier prieur de la congrégation de Saint-Maur (1661-1671). - Dom Charles Rateau (1671-1675) . - Dom Georges Louvel prit possession le 25 décembre 1675. - Dom Pierre Gingast, prieur claustral de Saint-Magloire de Léhon, fut pourvu du prieuré de Vitré le 25 octobre 1678. - Dom Julien Garnier prit possession le 17 février 1708, sur la résignation du précédent ; mourut à Saint-Germain-des-Prés le 3 juin 1725. - Dom René-Jean Rouaud, pourvu par le Chapitre de Saint-Melaine, le siège abbatial étant vacant, prit possession le 31 août 1725. Le roi donna ce bénéfice comme vacant en régale à D. Martin Lallier, qui prit à son tour possession le 19 septembre suivant ; mais ce dernier fut débouté par arrêt du Parlement de Paris en 1726. D. Rouaud, devenu paisible possesseur du prieuré de Vitré, le résigna en 1769, ayant été nommé dès 1763 abbé de Saint-Vincent du Mans. - Dom Joseph Malherbe, prieur de Saint-Aubin d'Angers, prit possession de Notre-Dame de Vitré le 17 mai 1769, et conserva ce prieuré jusqu'au moment de la Révolution.

le monastère Saint-Nicolas (1675), situé au n°1 rue Rachapt. Les religieuses hospitalières de la Miséricorde, de l'ordre de saint Augustin, arrivent à Vitré en 1655. Elles construisent en 1657 un premier monastère près de l’hôpital Saint-Nicolas fondé à la fin du XIIème siècle : il subsiste, de cette époque, le choeur des religieuses séparé de la chapelle par une grille de fer forgé. En 1675, il est décidé la construction d'un nouveau monastère, plus grand, sur plan carré à quatre ailes avec cloître. Le portail date de 1675. Le cloître date de 1675. La chapelle Saint-Nicolas date du XIIIème siècle ; elle est reconstruite dans le dernier quart du XVème siècle. Le choeur est redessiné vers 1830, lambris de couvrement vers 1870. Le chevet da la chapelle Saint-Nicolas est édifié vers 1500. Les peintures murales autour du choeur (l'Incrédulité de saint Thomas, Saint-Georges terrassant le dragon, Saint-Christophe) datent des années 1500. On y trouve le tombeau de Robert de Grasmesnil (vers 1500), chanoine de la Collégiale de la Madeleine, prieur et administrateur de l’hôpital de Saint-Nicolas : c'est lui qui a fait réédifier la chapelle. Le maître-autel baroque en bois doré de la chapelle Saint-Nicolas date de 1710-1715 ; 

Note 8 : Dès l'an 1654 quelques habitants de Vitré, voyant le triste état où se trouvait l'hôpital Saint-Nicolas de cette ville, résolurent d'y établir des religieuses hospitalières et en demandèrent au monastère de Rennes. Mgr de la Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, s'empressa de consentir à ce nouvel établissement, et le duc de la Trémoille, baron de Vitré, approuva également ce dessein (Journal historique de Vitré, 146). Alors MM. de la Maisonneuve-Le Moyne et de la Morandière-Duverger s'occupèrent du monastère projeté et achetèrent des maisons situées près l'église de l'hôpital, qu'ils cédèrent ensuite aux religieuses. Toutefois, quelques obstacles firent traîner en longueur la réception de ces dernières. Ce que voyant, les Hospitalières de Rennes profitèrent de la tenue des Etats de Bretagne à Vitré pour venir en cette ville, espérant y trouver des protecteurs en cette circonstance. Elles arrivèrent cinq à Vitré le 3 août 1655, à savoir : les mères Nicolle Le Roux, dite de la Nativité, élue supérieure ; Anne Le Nue, dite de Sainte-Claire, assistante, toutes deux professes de Dieppe ; Marie de Saint-Joseph et Marie Dorson, dite des Anges, professes de Rennes, et la soeur converse Marguerite du Moussel. Elles furent reçues avec joie par Guillemette Duverger, veuve de Jean Le Clavier, sieur du Rocher, qui les logea chez elle et les y garda pendant six semaines. Malgré certaines difficultés, les Hospitalières réussirent dans leur entreprise et passèrent un contrat le 10 août 1655 avec les bourgeois de Vitré, qui les admirent dans leur hôpital. Mais il fallut aux religieuses subir les mêmes conditions à Vitré qu'à Rennes. Le 10 septembre suivant, elles furent conduites à Saint-Nicolas par le clergé et les magistrats de Vitré et mises en possession de leurs droits. Elles avaient obtenu de la Communauté de ville la permission d'ouvrir à leurs frais des ouvertures dans la chapelle Saint-Nicolas, dépendant de l'hospice, de sorte qu'elles purent user de cette église et se contentèrent d'élever à côté un monastère, dont la construction fut commencée en 1657 (Journal historique de Vitré, 147). En 1790, les Hospitalières de Vitré déclarèrent avoir 7 422 livres de rentes et 4 591 livres de charges. Elles possédaient alors les terres de la Billonnière en Etrelles, de la Sellerie et de la Guitonais en Pocé, de la Galliénais en Notre-Dame de Vitré, quelques jardins et maisons dans la rue du Rachapt et quelques rentes constituées (Journal historique de Vitré, 423). La Révolution n'osa pas chasser les Hospitalières de Vitré ; elles demeurèrent près de leurs malades dans les plus mauvais jours de la Terreur, et elles desservent encore à la fin du XIXème siècle l'hospice Saint-Nicolas et l'hospice Saint-Yves, son annexe (abbé Guillotin de Corson) ;

 

l'ancien prieuré de Sainte-Croix : « D'azur à une croix d'or » (Armorial général ms. de 1698). Du temps de Main, évêque de Rennes, et de Barthélemy, abbé de Marmoutiers, c'est-à-dire de 1064 à 1076 (Barthélemy devint abbé en 1064 et Main mourut en 1076), Robert Ier, seigneur de Vitré, avec l'assentiment d'Innoguent sa mère, de Berthe sa femme, et d'André et Robert ses fils, donna aux religieux de Saint-Martin l'emplacement de l'ancien château de Vitré qu'il avait abandonné pour en reconstruire un autre plus loin, « terram quae est sita juxta castellum Vitriacum in qua fuit olim vetus castellum ». Il autorisa les moines à y construire un bourg et un monastère, « ad burgum aedificandum et ad cellam construendam » ; c'est ce qu'on appelle encore, à Vitré, le Bourg-aux-Moines et l'église Sainte-Croix. Il leur donna une manse de terre et approuva l'acquisition qu'ils avaient faite de deux autres manses vendues par Hervé de Martigné ; il y ajouta deux étangs, avec faculté d'y construire des moulins, et le droit de pêche dans son propre étang ; enfin, il leur concéda tous les droits de coutume et une juridiction seigneuriale sur les hommes de leur bourg, se réservant seulement de permettre ou de refuser à ses propres vassaux de passer dans le fief des moines. Ainsi fut fondé le prieuré de Sainte-Croix, sous l'invocation de la Sainte Croix et de saint Blaise, « sub invocation Sanctae Crucis et Sancti Blasii martyris ». Le seigneur de Vitré en investit d'abord Ervodius, moine de Marmoutiers, à Vitré même, en présence de beaucoup de personnes de toutes sortes de conditions. Mais Robert Ier, ayant ensuite entrepris un voyage à Rome, passa par Tours, et, entrant à Marmoutiers, il investit de nouveau l'abbé Barthélemy par un couteau qu'il lui donna et qu'il déposa sur l'autel. Il demanda en même temps à l'abbé qu'il envoyât douze moines au prieuré de Vitré, et témoigna le désir de voir le prieuré de Marcillé-Robert uni à celui qu'il venait de fonder ; enfin, il stipula que si l'abbé acceptait le service de quelque église dans le pays de Vitré, il n'enlèverait peint pour cela quelqu'un des moines de Sainte-Croix, qui devraient toujours être au nombre de douze. L'abbé de Marmoutiers accepta toutes ces conditions et vint à Vitré en compagnie de Main, évêque de Rennes ; le seigneur de Vitré, qui s'y trouvait de retour, pria l'évêque de désigner l'emplacement du nouveau monastère. Main y consentit volontiers : il traça avec son bâton pastoral le circuit du cimetière et l'aspergea d'eau bénite. Cette bénédiction solennelle des fondations du prieuré par l'évêque diocésain fut accueillie avec la plus grande joie par tous les assistants, « exultantibus hominibus et dicentibus qui aderant : feliciter, feliciter ». Quelques-uns d'entre eux voulurent même prendre part à la fondation et donnèrent : Oric de la Marche, son droit de fournage ; Raoul le Vicaire, sa vicairie, et Gaultier, fils d'Ebrault, son droit sur la vente du pain et du vin (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 424, 425). « Sainte-Croix ne fut d'abord qu'un couvent, non une paroisse, dit M. de la Borderie, et pour bien régler les droits de chacun, une convention intervint entre les prêtres de Notre-Dame (alors seule paroisse de Vitré) et les moines de Marmoutiers, par laquelle ceux-ci s'engagèrent à ne point recevoir les droits et devoirs ecclésiastiques (dîme, sépulture, etc.) des individus domiciliés à Notre-Dame, mais obtinrent la faculté d'en agir tout autrement avec les chevaliers, vassaux du baron de Vitré, qui venaient tenir garnison dans le château de cette ville pour satisfaire à leur devoir féodal, attendu que ces derniers ne pouvaient être considérés comme domiciliés dans la paroisse. Cet accord fut conclu en présence et du commun consentement de l'évêque Main, de l'abbé Barthélemy et de Robert Ier de Vitré, par conséquent fort peu de temps après la fondation du prieuré de Sainte-Croix ». Un peu plus tard cependant la paroisse de Sainte-Croix fut fondée, comme nous aurons occasion de le dire un jour. « Les religieux de Marmoutiers servirent Dieu en paix et avec édification au prieuré de Sainte-Croix du vivant de Robert de Vitré, leur fondateur ; mais après sa mort, Gautier de Pouancé, surnommé le Haï, Oditus, leur fit une persécution si ouverte qu'on ne doit pas s'étonner d'où lui est venu le surnom de Haï. Ce seigneur, on ne sait pas sur quoi fondé, prétendit avoir droit de gîte au prieuré de Sainte-Croix, en sorte que toutes les fois que bon lui semblait, il voulait y loger avec un grand train et y être traité de manière convenable à sa qualité. Les religieux, qui ne reconnaissaient pas ce droit prétendu, lui firent toutes les remontrances possibles pour le mettre à la raison ; mais n'ayant pu en venir à bout, et d'ailleurs ne se sentant pas assez forts pour résister à ses violences, ils aimèrent mieux quitter le prieuré que de perdre leur repos, et être obligés de faire tête à un grand seigneur, ou lui abandonner le bien qui ne leur avait été donné que pour nourrir des serviteurs de Dieu. Ils s'en revinrent donc à Marmoutiers, d'où l'abbé renvoya au seigneur Gautier, Eudes, prieur du monastère, Guillaume de Ramera et Guillaume, autrefois archidiacre de Nantes et pour lors moine de Marmoutiers, lesquels avec plusieurs des prieurs d'alentour de Pouancé (Rainaud, prieur de Pouancé ; Hamelin, prieur de Béré ; Haimon, prieur de Vitré ; Bernard, prieur de Carbay) vinrent le trouver, et traitèrent avec lui de son prétendu droit de gîte pour une grosse somme qu'ils lui donnèrent, achetant ainsi la paix qui ne peut être trop payée, et donnant à leurs successeurs un rare exemple de désintéressement. Cette transaction fut signée par Basilie, épouse de Gautier, et par leurs fils Gautier et Geffroy, et Emme leur fille » (D. Martène, Histoire de Marmoutiers, I, 417, 418). Les revenus du prieuré de Vitré s'augmentèrent par les donations qu'y firent plusieurs particuliers. Entre ceux-là on doit noter Robert, chapelain de cette ville, qui y donna une maison, et, de plus, se consacra lui-même à Dieu dans l'abbaye de Marmoutiers, où il fit profession de la vie monastique ; et comme apparemment il avait la voix belle, dit dom Martène, il fut fait chantre de ce monastère. En 1093, Hervé, fils de Goranton, avec l'assentiment de sa mère Béatrice, donna aussi aux moines de Sainte-Croix toutes les coutumes qui lui étaient dues par leurs vassaux aux foires de Vitré, en y comprenant même la coutume du sel (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 481). Cependant Robert III baron de Vitré, oubliant que son père s'était fait lui-même religieux à Marmoutiers sur la fin de ses jours (Robert II, dit le Vieux, seigneur de Vitré, fit profession au monastère de Marmoutiers en 1155), ne craignit pas d'inquiéter les moines de Sainte-Croix au sujet des droits dont ils avaient toujours joui dans leur bourg, mais que ce seigneur voulait usurper. Toutefois, il céda aux remontrances d'Etienne, évêque de Rennes, et accepta l'arbitrage d'hommes âgés et probes qui, d'un commun accord, rendirent témoignage en faveur des religieux ; l'affaire fut donc terminée à l'avantage du prieuré en 1158. Quelques années plus tard, en 1172, ce même Robert III, devenu tout à fait l'ami des Bénédictins, donna au prieur de Sainte-Croix la moitié de la foire qu'il établit le jour Saint-Blaise dans le Bourg-aux-Moines (D. Martène, Histoire de Marmoutiers, I, 119). Mais André II, son fils, alla bien plus loin dans la guerre injuste qu'il déclara aux religieux de Sainte-Croix. Il leur fit des vexations si excessives qu'Herbert, évêque de Rennes, fut obligé d'opposer à ses violences les censures ecclésiastiques, de l'excommunier et de mettre ses terres en interdit. Cela fit rentrer en lui-même le seigneur de Vitré, qui, pour réparer les torts qu'il avait faits aux moines, leur céda pendant dix ans 20 livres de taille que lui payaient les vassaux du prieuré de Sainte-Croix, c'est-à-dire un total de 200 livres, dont ses barons et les bourgeois de Vitré se rendirent garants l'an 1196 (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 666, 725). Le prieuré de Sainte-Croix fut ruiné pendant la guerre que soutint Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, contre le roi de France. Par une transaction passée en août 1237 entre André III, seigneur de Vitré, et les religieux de Marmoutiers, ce seigneur donna en dédommagement 150 livres aux habitants du Bourg-aux-Moines, dont il avait détruit vingt-quatre maisons pour construire les fortifications de Vitré ; plus une même somme de 150 livres au prieur de Sainte-Croix pour relever l'église et le cloître de son monastère, qui avaient été détruits, avec la permission de prendre dans ses forêts tout le bois nécessaire à cette reconstruction ; il accorda encore vingt-quatre emplacements de maisons sur le Champ-Goranton aux vassaux du prieuré pour s'y établir, tout en demeurant sous la juridiction des moines ; enfin, il leur remit à perpétuité la somme de 20 livres de taille qu'il avait coutume, comme nous venons de le dire, de lever tous les ans dans le bourg de Sainte-Croix, se contentant qu'à l'avenir ils lui payassent seulement 5 livres le jour de la Nativité de la Sainte Vierge (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 905). Les comtes de Laval, qui succédèrent aux sires de Vitré dans cette dernière seigneurie, traitèrent aussi favorablement les religieux de Sainte-Croix. En 1249, Guy de Laval, voulant entreprendre le voyage de Terre-Sainte et attirer sur lui la bénédiction du ciel, donna aux moines de Vitré le droit d'usage dans ses forêts (nota :  C'est cet usage que mentionne une Déclaration du prieuré en 1679, en ces termes : « Droit d'usage en la forest du Pertre pour chauffage, bois à merrain et pasnage, avec droit d'avoir chaque année un tizon de Noël, qui doibt estre un chesne ou fouteau » - Archives Nationales, P. 1719 ) ; en reconnaissance de quoi les religieux de Marmoutiers l'admirent à la participation de leurs prières. Ce même seigneur, ayant épousé l'héritière de Vitré, prétendit toutefois que le prieur de Sainte-Croix et ses vassaux de Mondevert (nota : Mondevert était une annexe du prieuré de Sainte-Croix. Riwallon, prieur de Vitré, avait acheté vers l'an 1090 cette terre, qui était alors une foret déserte, et l'avait fait défricher ) devaient lui payer certains droits passablement onéreux connus sous le nom d'achat, taille d'achat, taille de rançon, taille de mariage. Mais les religieux s'y opposèrent énergiquement et maintinrent la liberté de leurs vassaux. Ce que voyant, le sire de Laval, qui avait de la piété, comme on vient de le voir, consulta des personnes sages et consciencieuses, finit par reconnaître qu'il ne lui était rien dû et renonça à ses prétentions par un acte public daté du mois d'avril 1254 (D. Martène, Histoire de Marmoutiers, II, 231). En 1319, Jean de Mauléon, abbé de Marmoutiers, vint visiter le prieuré de Sainte-Croix de Vitré ; il n'y trouva plus les douze religieux de la fondation primitive, mais seulement quatre moines, le prieur Pierre Cordelier et les frères Girard du Buisson, Pierre de Laulne et Geffroy d'Aventeniac (nota : l'abbé de Marmoutiers revint à Vitré en 1325 et y retrouva le même prieur de Sainte-Croix, assisté des frères Le Maréchal, Guy de Cailleme et Pierre de Saint­Sérénique ), suivant religieusement leur règle et chantant l'office de jour et de nuit. Les édifices claustraux étaient d'ailleurs en bon état, les terres et les vignes bien cultivées et le prieuré suffisamment garni de provisions ; mais le prieur devait 60 livres. Les revenus du prieuré de Sainte-Croix consistaient alors en ce qui suit : environ 60 livres de rentes censives ; — la dîme de Mézières, valant 40 mines de grain ; — la dîme de Luitré, valant 40 quartiers ; — la dîme de Princé, 24 quartiers ; — la dîme d'Erbrée, 60 quartiers ; — la dîme et la ferme de Mondevert, déduction faite des frais de culture, valant 20 quartiers ; — Marcillé-Robert, rapportant 40 quartiers. — Quant aux vignes et aux prairies, elles furent estimées valoir environ 6 livres 4 sols de revenu. De ce prieuré dépendaient enfin les églises de Sainte-Croix de Vitré, Marcillé-Robert, Moutiers, Erbrée et Princé, dont les recteurs, aussi bien que celui de Mézières, étaient présentés à l'évêque de Rennes par l'abbé de Marmoutiers à cause du couvent de Vitré (Archives départementales d'Indre-et-Loire). Le Livre des Prieurés de Marmoutiers dit aussi en 1587 que celui de Sainte-Croix de Vitré n'était plus que pour quatre moines, « trois compagnons avec le prieur ». Ces religieux devaient à la mense abbatiale 18 livres, aux officiers de Marmoutiers 38 sols, et à l'aumônier de ce monastère 6 septiers de seigle. Vers 1604, les religieux de Marmoutiers envoyèrent à Vitré l'un d'entre eux pour desservir le prieuré ; c'était dom Cyprien Brissard, qui refusa d'abord de se rendre à ce poste. Il y alla cependant, mais revint peu après. Le novembre 1605, le Chapitre de Marmoutiers intima à ce moine l'ordre de « retourner audit prieuré de Sainte-Croix de Vitré pour y demeurer par obédience et en iceluy faire son devoir, porter son habit décent, robe, colleron et bonnet carré, principalement à l'église ; acquitter le service dû et accoustumé d'ancienne fondation audit prieuré, spécialement trois messes basses par semaine, faire l'office en l'acquit du sieur prieur (Isaac Hay, alors prieur commendataire) aux quatre festes annuelles et le jour du patron, scavoir vespres premières et secondes et matines avec la grand messe, assister le curé aux jours qu'il conviendra dire vespres comme aux dimanches et festes, etc. » (Journal historique de Vitré, p. 65). Cet acte prouve bien que le monastère de Sainte-Croix n'existait plus de fait, puisqu'on avait peine à y faire résider un seul moine. Au XVIIIème siècle, les moines de Marmoutiers ayant quitté complètement Vitré, la maison priorale de Sainte-Croix fut louée à différents particuliers. C'était cette grande cour entourée d'habitations que l'on voit encore au-dessous de l'église Sainte-Croix. Voici de quoi se composait en 1751 le prieuré de Sainte-Croix de Vitré : L'ancien logis prioral, avec son jardin ; — les droits honorifiques et seigneuriaux dans l'église paroissiale de Sainte-Croix, dont était curé primitif le prieur ; — un four à ban, avec sa cour et son jardin, où tous les vassaux devaient faire cuire leur pain ; — un verger près du cimetière ; — les métairies de Mondevert et du Buef ; — les fiefs dont les noms suivent : 1° fief de Sainte-Croix, comprenant toute la paroisse de ce nom, à Vitré ; 2° fief de Pesselle, en Notre-Dame de Vitré ; 3° fief de Meurillais, en Etrelles ; 4° fief de Mésard, en Erbrée ; 5° fief de Mondevert, en Mondevert ; 6° fief du Prieuré, en Marcillé-Robert : tous ces fiefs jouissant des droits de haute, moyenne et basse justice ; — des droits de bouteillage, lods et ventes, etc. ; — des dîmes dans les paroisses suivantes : Sainte-Croix de Vitré, Erbrée, Mondevert, Marcillé-Robert, Princé, Mézières, Luitré, Argentré et Moutiers ; — enfin, diverses rentes dues par le baron de Vitré, les Augustins, les Bénédictines, les Hospitalières, les Ursulines, la Collégiale, l'hôpital Saint-Nicolas et l'Hôpital-Général de Vitré (Déclaration du prieuré). Dans le fief de Sainte-Croix, il y avait quelques droits féodaux particuliers au prieuré. Ainsi, dans un aveu de 1699, nous voyons que « chaque estager du Faubourg-aux-Moines et de celui de Sainte-Croix doit au prieur de Sainte-Croix, chaque année, au jour et feste de saint Vincent, le septain denier, valant neuf deniers tournois ; et lesdits estagers qui épousent en l'église et paroisse de Sainte-Croix dudit Vitré lui doivent aussi une paire de gants ; et le dernier desdits mariés doit présenter audit sieur prieur ou à ses officiers une soule au jour et feste de saint Estienne, le lendemain de la feste de Noël » (Archives de Sainte-Croix de Vitré). En 1731, le prieur-visiteur de Marmoutiers se trouvant à Vitré, abolit ce droit de soute dû au prieuré de Sainte-Croix ; il le commua en l'obligation pour le dernier marié de fournir un cierge de dix livres, mis à brûler devant le Saint-Sacrement dans l'église Sainte-Croix (Communication de M. de la Borderie). Le prieuré de Sainte-Croix n'existant plus comme monastère, les religieux de Marmoutiers et les prieurs commendataires, qui depuis plusieurs siècles le possédaient, s'intéressaient médiocrement à la conservation de ses anciens bâtiments ; nous venons de dire qu'ils étaient en location au siècle dernier. Ce que voyant, le gouvernement projeta d'en faire une caserne. Mais le prieur d'alors, Louis Le Beau du Bignon, craignant peut-être des difficultés avec l'Administration, résolut de se débarrasser de toute la partie du prieuré qui ne lui rapportait que quelques honneurs et fort peu d'argent ; c'était agir en vrai prieur commendataire. Le 28 avril 1783, ce prieur vendit donc à Magdeleine-Renée de la Bigotière, veuve d'Olivier Le Gonidec, seigneur de Traissan : 1° la maison priorale de Sainte-Croix, son four banal, ses jardins et vergers ; — 2° la seigneurie de Sainte-Croix, ses droits honorifiques et ses rentes dans tous les fiefs du prieuré énumérés plus haut ; — 3° les rentes dues par les couvents et hôpitaux de Vitré ; — 4° les droits de bouteillage, lods et ventes, avec la juridiction du prieuré en haute, moyenne et basse justice. Mme Le Gonidec paya tout cela 41 440 livres. Des lettres patentes du roi, en date de février 1784, confirmèrent cette vente (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 13 H, 1 - Archives du Parlement de Bretagne). Le prieur de Sainte-Croix se réserva, comme l'on voit, toutes les dîmes, — la métairie de Mondevert (nota : la métairie de Mondevert, qu'on appelait le Prieuré, et qui existe encore à la fin du XIXème siècle dans le bourg de Mondevert, était affermée en 1758 1 400 livres, parce qu'outre un domaine assez considérable, les moines y jouissaient d'une partie des dames d'Erbrée et de Mondevert, d'une rente de 32 boisseaux de grains due par le recteur d'Etrelles, de 8 boisseaux dus par le meunier de Montperron, et de plusieurs autres rentes féodales) et celle du Buef, pensons-nous, — quelques petits domaines en Sainte-Croix et en Princé, — les rentes dues par le baron de Vitré, la collégiale de la Magdeleine, le recteur d'Etrelles, et deux autres rentes sur le moulin de Montperron et sur l'Hôtel-de­Ville de Paris. Toutes ces réserves formaient encore un assez joli revenu (de beaucoup supérieur à celui de la partie vendue). Le dernier prieur, Louis Le Beau du Bignon, dans sa déclaration du 30 décembre 1789, reçue par la municipalité de Vitré le 24 février 1790, estima, en effet, le revenu de ce qui lui restait du prieuré de Sainte-Croix à 15 250 livres. Sur cette somme il avait à payer 3 901 livres pour portions congrues des recteurs de Sainte-Croix de Vitré, Marcillé-Robert et Princé, et de leurs vicaires ; pour trois messes par semaine dites dans l'église Sainte-Croix ; pour quelques rentes féodales dues à l'abbaye de Marmoutiers, à la baronnie de Vitré et à la collégiale de cette ville, etc. Il lui restait par conséquent un revenu net de 11 349 livres (abbé Guillotin de Corson).  

Note 9 : liste des prieurs de Sainte-Croix de Vitré : - Orric (1093). - Haimon (vers 1100). - Odéric (1115). - Bernard (1120). - Hervé (1161). - Riwallon (1170). - Bernard de Dinan (1180). - Bertrand planta des vignes à Marcillé en 1185. - Emeric (vers 1190). - Geffroy de Lamballe (1207). - Pierre Cordelier (1319 et 1325). - Guillaume Louis (1369 et 1387). - Geoffroy de Launoy (1408). - Jehan de Cahideuc (1422). - Dom Salmon Chevalier (en 1430). - Guy du Boschet (1466). - Robert Guibé, décédé cardinal en 1513. - Antoine Fumée, seigneur de Génillé, chanoine et archidiacre de Tours, prieur de Saint-Martin de Josselin (1521-1543). - François du Fau (1561). - Christophe de Marafin (en 1567). - Dom Christophe du Verdier rendit aveu au roi le 5 janvier 1574. - Jean de la Porte résigna en 1599 en faveur d'Issac Hay. - Isaac Hay, fils de Jean, seigneur des Nétumières, né en 1561, prieur de Notre-Dame de Vitré, doyen de Saint-Tugdual de Laval, etc., décédé en 1631 et inhumé en l'église d'Erbrée. - Daniel Hay, neveu du précédent, qui résigna en sa faveur en 1618, et fils du seigneur du Chastelet, en Balazé, était né en 1596 ; il fut abbé de Chambon, doyen de Laval, official du Mans et membre de l'Académie française ; décédé à Laval le 20 avril 1671. - Luc de Rives (en 1671). - Arthur de Lyonne, clerc tonsuré, frère de l'abbé de Saint-Melaine, prit possession le 30 avril 1671. - Pierre du Boisbaudry de Langan, docteur en Sorbonne (1677-1679). - Salmon Chevalier (1695). - Jérôme Gourreau, seigneur de la Proustière (1696 et 1698). - François Robert, docteur en théologie, conseiller-clerc en la Grand'Chambre de Paris, prieur en 1699, permuta en 1704 avec le suivant, prieur de Saint-Theoffroy de Gordes, diocèse de Cavaillon. - Armand-Pierre de la Croix de Castries, docteur en théologie, prieur de Gordes, fut pourvu en 1704, devint aumônier de la duchesse d'Orléans, archidiacre de Narbonne, archevêque de Tours, puis d'Alby, et résigna Sainte-Croix en 1727 en faveur du suivant. - Dom Benoît de la Borde de la Salle, diacre, Bénédictin, prit possession le 19 février 1727. Il résidait en 1768 à l'abbaye de Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon, et résigna l'année suivante, en se réservant une pension de 2 000 livres. Louis-Clair Le Beau du Bignon, prêtre de Nantes, licencié en théologie, protonotaire apostolique, vicaire général de Bordeaux, puis d'Amiens, membre de l'Académie des Arcades de Rome, pourvu par le roi le 7 mai 1769, prit possession le 20 septembre suivant et fut le dernier prieur de Sainte-Croix. Il fut exilé, vers 1775, dans son prieuré de Vitré pour écrits politiques.

l'ancien couvent des Augustins (XV-XVIIème siècle), situé au n° 1 rue des Augustins. Le couvent est fondé dès 1240 et incendié par les Huguenots en 1592, puis reconstruit en 1600. Son église renfermait autrefois une chapelle appartenant aux seigneurs des Nétumières. « D'or, à un coeur enflammé de gueules percé de deux flèches en sautoir de sable ferrées d'argent » (Armorial général ms. de 1698). D'après la tradition, les ermites Augustins de Rennes eussent été appelés à Vitré par la femme de Riwallon, premier baron de Vitré, dès la fin du Xème siècle. Cette dame, dit le P. Le Grand, « leur édifia un petit monastère près l'église de la Trinité, au pied de son château de Vitré » (Chronologie des Evêques de Rennes). Mais, de son côté, M. l'abbé Tresvaux dit que le couvent des Augustins de Vitré ne fut fondé qu'en 1240 et qu'il apparte­nait à la réforme de Bourges (Eglise de Bretagne, 606). Le 17 juin 1592, Montmartin, capitaine huguenot, fit brûler l'église et le couvent des Augustins, à Vitré, sans donner aux religieux le temps de rien emporter ; « la chapelle Saint-Jean-Baptiste fut seule miraculeusement conservée, contre tous les efforts des hérétiques, qui s'efforcèrent en vain de l'embraser ». Ce couvent fut reconstruit en 1600 « par les libéralités des habitants de Vitré, toujours fort affectionnés à cette maison ». La réforme y fut établie en 1618, et un chapitre provincial s'y tint en 1622 (Journal historique de Vitré, 46, 60, 71 et 82). Les Augustins de Vitré possédaient en 1790, d'après la Déclaration de leur prieur, le P. Veillard, sept closeries : la Mochetière en Argentré, la Furairie en Balazé, le Petit-Pont en Sainte-Croix, le Grand-Breil et le Bas-Chemin en Izé, la Roncinière en Saint-Martin et les Bas-Teilleuls en Pocé ; — deux dîmereaux en Erbrée et la Chapelle-Erbrée ; — quatre maisons et un jardin en Notre-Dame, et deux maisons et un jardin en Sainte-Croix de Vitré ; — enfin, 705 livres de rentes foncières. Le total de leurs revenus était de 3 322 livres 16 sols 4 deniers, et leurs charges montaient à 1 073 livres 14 sols 9 deniers (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 28). Le couvent des Augustins de Vitré se trouvait au pied du château de cette ville, au bord de la rivière ; il n'en reste plus rien d'intéressant (abbé Guillotin de Corson) ;

l'ancien couvent des Dominicains. « D'argent, mantelé, arrondi de sable ; le champ, chargé d'un chien aussi de sable, tenant en sa gueule un flambeau de même allumé de gueules » (Armorial général ms. de 1698). En 1620, François Guesdon, sieur du Martinet, marchand de Vitré, appela en cette ville les Dominicains de la réforme de Rennes ; il donna à Hyacinthe Charpentier, prieur de Bonne-Nouvelle, « le lieu, terre et appartenances de la Grange, situé près le forbourg Saint-Martin dudit Vitré », à la