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LA ROCHE-BERNARD |
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La commune de La Roche-Bernard ( |
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de LA ROCHE-BERNARD
La Roche-Bernard vient de "Rupe Bernadi" ou "Roca Bernadi" (le rocher de Bernard). Bernard fait référence au vicking Bjarnhard. La création de La Roche-Bernard remonte aux invasions normandes du Xème siècle. Le bourg se développe à la fin du XIème siècle, lorsque Bernard II, descendant du fondateur, concède du terrain autour de son château afin d'y construire un "burgum" (lieu de marché).Un seigneur, du nom de Bernard, est mentionné dans une charte du XIème siècle, datée des règnes de Robert, roi de France, et d'Allain III, duc de Bretagne, et qui, par conséquent, doit être placée entre les années 1013 et 1031 ; elle se trouve dans le Cartulaire de l'abbaye de Redon. Un dénommé Simon, fils de Bernard, fonda avec l'abbé Hélogon, l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois en l'année 1026. En 1089, on retrouve Bernard de la Roche au nombre des témoins d'un jugement rendu par le duc Alain Fergent au profit des moines de Redon. Dans un acte de 1090, nous voyons que Bernard, IIème du nom, avait plusieurs fils : Rivallon, Bernard, Guihenoc et Judicaël. Bernard de La Roche prit l'habit de saint Benoît et se retira dans l'abbaye de Saint-Gildas-de-la-Lande, vers la fin de sa vie.
Saint Vincent Ferrier vient prêcher à La Roche-Bernard en février 1418. En 1689, le roi d'Angleterre Jacques II se rendant à Brest, séjourna à La Roche-Bernard, où le duc de Chaulnes, alors gouverneur de Bretagne, lui rendit les plus grands honneurs.
Au XVIIème siècle, Richelieu y installe un chantier naval. La Roche-Bernard, trève de Nivillac devient une communauté de ville en 1666. La Roche-Bernard est érigée en paroisse en 1802.Nota : c'est à la Roche-Bernard que l'ingénieur dieppois Charles Morieu construisit, en 1637, le premier vaisseau français de 74 canons.
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PATRIMOINE de LA ROCHE-BERNARD
| l'église Saint-Michel (entre 1876 et 1879), située Place de l'Eglise. Cette église remplace l'ancienne église tréviale, reconstruite au XVIIème siècle (vers 1633) et au XVIIIème siècle. En 1063, un dénommé Bernard, fils de Simon, donne aux moines de Saint-Sauveur de Redon la dîme de toute sa terre, "à condition qu'un prêtre de cette abbaye dirait à perpetuité la messe dans une église à construire pour le services des habitants du bourg et du château". Il ne reste rien de cet édifice du XIème siècle. Le cimetière qui l'entoure est transféré en 1832. L'édifice, menaçant ruine, est remplacé en 1878 par une nouvelle église, édifiée au moment où les habitants demandaient à être séparés de Nivillac, alors au diocèse de Nantes ; | |
la chapelle Notre-Dame (1063), située rue Haute-Notre-Dame et restaurée au XVIème et XIXème siècles. Il s'agit d'une ancienne chapelle seigneuriale fondée en 1063 (selon le Cartulaire de l'abbaye de Redon) et du premier Temple protestant de Bretagne, sous les auspices de Coligny (le 10 juillet 1561). Durant la période révolutionnaire, elle sert de tribunal révolutionnaire, puis en 1792, elle est utilisée comme grange à fourrage. Acquise en 1799 par le docteur Cornudet, elle est rendue au culte catholique en 1826 et bénite en 1827. Abandonnée, elle tombe en ruine vers 1865. En 1905, elle devient la propriété de la commune de La Roche-Bernard, puis elle est rachetée par une association (l'A.S.P.H.A.) en 1974 qui la restaure. Le retable date de 1828 ; | |
les anciens greniers à sel (XVème siècle), situés aux n° 12 et 14 de la rue de la Saulnerie ; | |
la maison du Canon (XVIème siècle). Cet édifice devient l'Hôtel de Ville en 1849 ; | |
la place du Bouffay (XVème siècle), située dans le Vieux Quartier. Cette place est occupée par les Halles de la ville jusqu'en 1877 ; | |
l'Hôtel Coligny (1555), situé rue du Docteur-Cornudet et édifié pour le cardinal Odet de Châtillon Coligny, frère du baron de La Roche-Bernard et de l'amiral de Colignac. L'édifice passe ensuite entre les mains de la famille Cornudet, puis de la communauté des soeurs du Saint-Esprit. L'édifice est restaurée en 1960 ; | |
le château des Basses Fosses (XVI-XVIIème siècle). Il était jadis entouré de douves et possède une tour carrée. Propriété succesive des familles Bernard, Laval, Rieux, Coislin (au XVIIème siècle), Boisgelin, Rouxel et Morice. Il est depuis 1983, propriété de la ville de La Roche-Bernard ; | |
l'ancien château de la Roche-Bernard, édifié par la famille Bernard (Xème-XIème siècle) et aujourd'hui disparu. La seigneurie de la Roche-Bernard couvrait 14 paroisses. Elle était successivement la propriété des familles Montfort (en 1364), Laval (en 1419), Coligny (vers 1548), La Trémoille (en 1606), Allègre (en 1622), Lorraine (en 1631), Cambout (en 1636) et Boisgelin (en 1744) ; | |
l'ancienne école Saint-Michel (XVIIème et XIXème siècles), située rue du Docteur Cornudet. L'édifice est reconstruit en 1891 ; | |
le vieux Port (XVIIIème siècle), situé quai Saint-Antoine ; | |
les entrepôts (XVIIIème siècle), situés quai Saint-Antoine et restaurés au XIXème siècle ; | |
le puits (1852), situé place du Dôme ; | |
le ponts (XIX-XXème siècle). Les travaux furent entrepris en 1836 et terminés en 1839. Ce monument a été exécuté sous la direction de l'ingénieur Leblanc ; | |
l'école Jacques-Prévert (1891) ; |
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ANCIENNE NOBLESSE de LA ROCHE-BERNARD
A la "montre" (réunion de tous les hommes d'armes) de Vannes du 8 septembre 1464 et du 4 septembre 1481, on comptabilise la présence d'aucun noble de La Roche-Bernard.
La baronnie
de La Roche-Bernard :
la petite ville de la Roche-Bernard n'appartenant point à la Loire-Inférieure,
la baronnie de ce nom ne devrait pas, à strictement parler, paraître sur ce
site sur la Bretagne. Nous l'y admettons cependant parce qu'au point de vue féodal
elle a toujours fait partie du Comté nantais, parce qu'elle a donné naissance
à deux autres grandes seigneuries, la Roche-en-Nort et la Roche-en-Savenay,
dont le territoire appartient encore à la Loire-Inférieure, et surtout parce
que la résidence des barons de la Roche-Bernard fut depuis le XVème siècle la
forteresse de la Bretesche en Missillac, demeurée l'un des plus beaux châteaux
de la Loire-Inférieure. La Roche-Bernard doit son nom à un seigneur normand,
Bernard, qui s'établit, semble-t-il, dans la seconde moitié du Xème siècle
au bord de la Vilaine. «Un texte
contemporain nous rapporte que Bernard Ier avait des ennemis acharnés et qu'il
succomba sous leurs coups. Son fils Rivallon Ier vengea sa mort en exterminant
ses meurtriers, mais il périt lui-même dans la lutte » (Léon Maître –
L'ancienne baronnie de la Roche-Bernard, 18). Simon Ier, second fils de Bernard
Ier, succéda à son frère Rivallon : il fut assez puissant pour fonder dans
ses fiefs en 1026 l'abbaye Saint-Gildas-des-Bois, où il fut inhumé. Bernard
II, fils de Simon, donna à la Roche-Bernard la chapelle de Notre-Dame aux
moines de l'abbaye de Redon et celle de Saint-Jacques à ceux de
Saint-Gildas-des-Bois (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I 422 et
493). Il vécut en 1063 et 1076 et dut mourir vers 1100, revêtu de l'habit
religieux à Saint-Gildas-des-Bois. Rivallon II, fils et successeur du précédent,
vivant en 1127 et 1131, eut trois fils qui n'ont pas laissé de souvenirs. Il
fut remplacé par son neveu Josselin, fils de son frère Simon. Ce Josselin Ier,
bienfaiteur de l'abbaye de Blanche-Couronne, épousa une femme du nom d'Agathe
dont il eut Olivier son successeur. Vers 1199 ce dernier fonda en l'église
abbatiale de Saint-Gildas deux chapellenies, pour racheter, dit-il lui-même, l'énormité
de ses fautes (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I 769). Josselin
II, arrière petit-fils de Josselin Ier, fit en 1239 inhumer sa femme Stéphanie
à l'abbaye de Blanche-Couronne, partit pour la croisade et se remaria à Mahaut
de Montfort qui lui donna un fils du nom d'Alain (Dom Morice, Preuves de
l'Histoire de Bretagne, I 912 et Archives de Loire Inférieure, H 1, 7 et 20). Vinrent
ensuite deux sires de la Roche-Bernard, Guillaume et Eudon Ier, dont les pères
sont inconnus. Ce dernier épousa en 1279 Hermine de Lohéac, dame dudit lieu.
Son sceau porte en 1298 les armoiries de sa maison : d'or l'aigle à deux têtes, éployé de sable, armé et becqué de
gueules (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, Planches des sceaux
n° 178). Les deux
fils d'Eudon Ier lui succédèrent l'un après l'autre. Bernard III, marié en
1301 à Amicie de Léon et mort sans enfants en 1306 — et Péan, époux
d'Isabeau de Laval et tué au siège de la Roche-Derrien. Le fils de ce dernier,
Eudon II, épousa Béatrice de Craon et périt lui-même à la bataille d'Auray
en 1364 (Léon Maître – L'ancienne baronnie de la Roche-Bernard, 21 et 22).
Isabeau de la Roche, fille des précédents, dame de la Roche-Bernard et de Lohéac,
apporta ces baronnies à son mari Raoul VIII, sire de Montfort et de Gaël,
qu'elle épousa en 1353. Veuve en 1394, elle abandonna l'année suivante la
baronnie de la Roche-Bernard à son fils Raoul IX de Montfort, époux de Jeanne
de Kergorlay et décédé en 1419. Le fils aîné de ceux-ci, Jean de Montfort,
avait épousé dès 1404 Anne dame de Laval et de Vitré, à condition de
prendre le nom et les armes de Laval ; il devint par suite Guy XIII, sire de
Laval, et mourut avant son père en 1414. Guy XIV, comte de Laval, son fils aîné,
époux d'Isabeau de Bretagne, puis de Françoise de Dinan, constitua en 1453 à
l'un de ses cadets, Jean de Laval, sire de Belle-Isle, un apanage comprenant la
baronnie de la Roche-Bernard, la châtellenie de la Bretesche et la seigneurie
de la Roche-en-Nort (Léon Maître – L'ancienne baronnie de la Roche-Bernard,
23). Jean de Laval mourut en 1496, laissant de sa femme Jeanne du Perrier, dame
de Quintin, un fils unique Nicolas do Laval, Celui-ci hérita en 1500 de son
oncle Guy XV, comte de Laval, et devint Guy XVI de Laval ; il épousa
successivement Charlotte d'Aragon, Anne de Montmorency et Antoinette de Daillon
et décéda en 1531. Sa fille, Catherine de Laval, issue du premier lit, s'unit
en 1518 à Claude Ier sire de Rieux et eut en dot la baronnie de la
Roche-Bernard. Claudine de Rieux, leur fille, épousa en 1547 François de
Coligny, seigneur d'Andelot, qui fit hommage au roi, en 1549, pour les
seigneuries de la Roche-Bernard et de la Bretesche ; cette dame mourut au château
de la Bretesche et fut inhumée à la Roche-Bernard dans l'église de l'hôpital
où son mari lui éleva un monument. Le corps de ce dernier seigneur, décédé
en 1570, fut alors déposé près du sien. Ces baron et dame de la Roche-Bernard
y établirent un consistoire protestant et firent prêcher dans leurs nombreuses
et importantes terres la religion prétendue réformée (Vaurigaud – Histoire
de l'Eglise réformée de Bretagne). Leur fils aîné, Paul de Coligny, hérita
à son tour de sa tante Guyonne XVIII de Laval, devint Guy XIX, comte de Laval
et baron de la Roche-Bernard. Il mourut en 1586, laissant veuve Anne d'Alègre
qu'il avait épousé en 1583. Leur fils unique, François de Coligny, dit
Guy XX, comte de Laval et baron de la Roche-Bernard, abjura le protestantisme
dans lequel il avait été élevé. Il périt à la guerre en Hongrie en 1605,
sans avoir été marié. La belle succession des comtes de Laval échut à Henri
de la Trémoille, duc de Thouars, petit-fils d'Anne de Laval fille de Guy XVI.
En février 1606, Charlotte de Nassau, veuve de Claude de la Trémoille et mère
du jeune héritier, fit hommage en son nom au roi pour la Roche-Bernard. Mais
Henri de la Trémoille ne conserva point cette baronnie qu'il vendit en 1613
(Archives de Loire Inférieure, B212 et E440). Les
acquéreurs de la Roche-Bernard furent Guillaume de Haultemer, seigneur de
Fervaques, maréchal de France, et Anne d'Alégre sa femme. Leur héritier se
trouva être Charles de Lorraine, duc de Chevreuse, mais les créanciers de ce
dernier firent saisir la baronnie de la Roche-Bernard qui fut vendue à leur
profit et achetée judiciairement en 1636, pour 165 000 livres, par Charles du
Cambout, marquis de Coislin (Archives de Loire Inférieure, E439). Nous
connaissons ce seigneur, décédé à la Bretesche en 1648, et ses successeurs
Armand du Cambout duc de Coislin, mort en 1702, Pierre du Cambout, duc de
Coislin, décédé en 1710, et Henri du Cambout, évêque de Metz et dernier duc
de Coislin. A la mort de celui-ci arrivée en 1732, son cousin Louis de
Lorraine, prince de Lambesc, hérita de la baronnie de la Roche-Bernard qu'il céda
presque aussitôt, en 1741, à Charles de Lorraine, comte d'Armagnac (Archives
de Loire Inférieure, E394). Ce dernier la conserva moins de temps encore ; le
14 janvier 1744 il la vendit, moyennant 410 000 livres, à Renaud-Gabriel de
Boisgeslin, marquis de Cucé, qui à cette occasion fit hommage au roi en 1750
(Archives de Loire Inférieure, B1040 et E706). Epoux en 1723 de Jeanne du
Roscoat et en 1745 de Thérèse Le Prestre de Châteaugiron, le marquis de Cucé,
président à mortier au Parlement de Bretagne, mourut en 1774, laissant
plusieurs enfants de son premier mariage. Mais l'aîné de ceux-ci,
Jean-de-Dieu-Raymond de Boisgeslin, archevêque d'Aix, céda ses droits de
naissance à son frère Louis-Bruno qui devint ainsi baron de la Roche-Bernard.
Louis-Bruno de Boisgeslin fut le dernier à posséder cette baronnie ; époux de
Marie de Boufflers, il ne voulut pas émigrer ; arrêté en 1793 ainsi que sa
femme il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le 7
juillet 1794, et exécuté en même temps qu'elle.
Baronnie
d'ancienneté, la Roche-Bernard eut dès son origine une grande importance féodale.
Les domaines concédés à Bernard, son premier seigneur au Xème siècle, «
étaient immenses ; ils ne comprenaient pas moins de six paroisses d'une étendue
exceptionnelle, tellement vastes que certaines d'entre elles, comme Missillac et
Assérac, ont pu être découpées plus tard en trois circonscriptions. C'est en
parcourant le recueil des largesses faites aux religieux de Redon qu'on se rend
bien compte de l'omnipotence qu'exerçaient les fils de Bernard, de l'Océan aux
marais de l'Isac ; ils agissent en maîtres dans toute la région et disposent
du sol à Camoël comme à Saint-Gildas, sans invoquer la moindre approbation »
(Léon Maître – L'ancienne baronnie de la Roche-Bernard, 36). Aussi en 1294
le baron de la Roche-Bernard reconnaît-il devoir à l'armée du duc de Bretagne
« trois chevalier d'ost » dont la moitié se trouvait fournie par le
seigneur d'Assérac (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, 1112) ; ce
qui prouve que la châtellenie d'Assérac était un démembrement de la
Roche-Bernard, aussi bien que les châtellenies de Ranrouët, de Campzillon, de
Faugaret et de Saint-Aubin-des-Châteaux. Plus tard les sires de la
Roche-Bernard acquirent encore une foule d'autres fiefs et portèrent leur
autorité jusqu'aux limites orientales du Comté nantais : leur juridiction s'étendit
alors sur plus de trente paroisses, formant trois seigneuries distinctes : la
Roche-Bernard et la Bretesche — la Roche-en-Nort — et la Roche-en-Savenay.
Guy, comte de Laval et baron de la Roche-Bernard, les possédait encore toutes
en 1544, toutefois elles furent séparées dans la suite. Nous allons parler
successivement de chacune d'elles.
- 1° La
Roche-Bernard et la Bretesche. — Le baron de la Roche-Bernard, résidant
en son château de la Bretesche, mais ne possédant plus la Roche-en-Nort et la
Roche-en-Savenay, avait néanmoins en 1766 une juridiction en douze paroisses :
Nivillac, la Roche-Bernard, Missillac, la Chapelle-des-Marais, Saint-Dolay,
Herbignac, Férel, Camoël, Crossac, Sévérac, Drefféac et Assérac (Léon Maître
– L'ancienne baronnie de la Roche-Bernard, 41 et 42). Ce vaste domaine féodal
constituait le fond primitif de la baronnie. Celle-ci avait bien été unie à
la terre de Coislin, pour former en 1663 le duché de ce nom ; mais elle n'en
conserva pas moins son existence propre et quand disparut en 1732 le duché de
Coislin, la Roche-Bernard recouvra son autonomie comme baronnie d'Etats. Le sire
de la Roche-Bernard avait un sergent féodé, chargé de la recette des taxes féodales
et de la contrainte qu'entraînait leur recouvrement; c'était le seigneur de
Condest en Nivillac, qui devait aussi, entre autres choses, à son suzerain «
une paire d'esperons dorés ». La
haute justice de la baronnie s'exerçait, tous les mardis et jeudis de chaque
semaine, en la ville même de la Roche-Bernard ; ses fourches patibulaires à
six poteaux se dressaient non loin, au lieu dit les Garennes. Le seigneur de
Cadouzan, en Saint-Dolay, était tenu de fournir les exécuteurs des sentences
criminelles (Déclaration de la Roche-Bernard en 1681). Les mouvances nobles de
la Roche-Bernard étaient nombreuses et considérables ; relevaient du baron les
hauts justiciers d'Assérac (à l'origine du moins), de Ranrouët, Faugaret et
Beaubois, les seigneurs de la Roche-Hervé, la Haie-de-Ros, Lourmois, Téhillac,
Belesbat, la Cour de Sévérac, etc (Déclaration de la Roche-Bernard en 1681). Le
seigneur de la Roche-Bernard avait une maîtrise des eaux et forêts, dont le siège
se trouvait au bourg de Nivillac ; il avait droit à quatre forestiers francs,
ayant à leur tête comme grand forestier, le seigneur de la Haye-Eder auquel étaient
dues pour sa charge quarante-cinq charretées de bois. «
En vertu de son droit de police, le baron réglementait l'usage de la Grande-Brière
dans toute sa partie septentrionale, entre la fontaine de Kerlan, la douve de
Hocquart, le chêne de Pandille, l'Ile-Olivaud et Crevy ; il ne permettrait de
faucher et de couper la tourbe qu'après le 22 juillet, en payant 5 sous par
faux pour toute la saison et 2 sous, 6 deniers par famille. Les habitants de
Missillac étaient exempts de dette taxe parce qu'ils devaient des corvées au
château de la Bretesche » (Léon Maître – L'ancienne baronnie de la
Roche-Bernard, 40). Au sire de la Roche-Bernard appartenaient encore : un droit
de bris sur les navires échoués dans les eaux de la Vilaine et sur les
marchandises en provenant — un droit de coutume sur chaque vaisseau chargé de
poteries et naviguant sur la Vilaine ; «
doibt un pot (ledit vaisseau) et doibt appeler le coustumier du seigneur, pour
le recevoir, et s'il ne se présente peut le maistre dudit vaisseau mettre ledit
pot en la rivière et s'en aller » (Déclaration de la Roche-Bernard, en
1681) — droit de « banc et estanche sur
les vendants vin par détail en la ville de la Roche-Bernard, durant quarante
jours commençant à l'Ascension », droit de passage au Port-aux-Gerbes sur
la Vilaine (le baron de la Roche-Bernard avait concédé aux moines de l'abbaye
de Prières un autre passage de la Vilaine moyennant une rente annuelle de 35
sols, sons peine de confiscation du bac - Déclaration de la Roche-Bernard, en
1544) — droit de chasse prohibitive en la forêt de la Roche-Bernard, «
en laquelle peuvent cependant chasser le seigneur de Ranrouët jusqu'à Martinet
et le seigneur de la Roche-Hervé qui n'y peut courir que deux bestes par an
l'une noire et l'autre fauve » (Déclaration de la Roche-Bernard, en 1681).
Le baron de la Roche-Bernard avait encore droit de tenir en cette ville deux
marchés par semaine, les mardi et jeudi, et quatre foires par an aux fêtes de
Saint-Mathieu, Saint-Lucas, Saint-Jacques et le jeudi après la Pentecôte —
plus trois autres foires : en Saint-Dolay, à Missillac le jour Saint-Pierre-ès-Liens,
et en Nivillac près la chapelle priorale de Moutonnac, à la fête de
l'Invention de la Croix. Il levait des droits de coutumes sur toutes les
marchandises étalées en ces foires et marchés, aussi bien que sur toutes
celles que transportaient les bateliers de la Vilaine. Les poissonniers passant
près du château de la Bretesche étaient également tenus d'y faire un dépôt
de leurs marchandises, sous peine d'amende (Déclaration de la Roche-Bernard, en
1681). Nous avons déjà dit que le seigneur de Condest devait au sire de la
Roche-Bernard « une paire d'esperons dorés
» : d'autres tenanciers en Missillac lui devaient aussi, l'un « une
paire de gants », l'autre « un gant de fauconnier », un troisième
« un chaperon pour oiseau de proie » (Déclaration de la Roche-Bernard,
en 1544). Il était dû trois soules au baron de la Roche-Bernard par les
derniers mariés de Nivillac et de Missillac ; la première était jetée dans
la ville de la Roche-Bernard le jour du Mardi gras, les deux autres au bourg de
Missillac le dimanche précédant la fête des Rois et également le Mardi gras.
Selon M. Maître, les garçons étaient obligés de poursuivre ces soules ou
pelottes et de se les disputer sous peine d'amende (Déclaration de la
Roche-Bernard, en 1681). Chaque année aussi, à la fête de saint Etienne (26 décembre),
les nouveaux mariés de la ville de la Roche-Bernard «
couchant la première nuit de leurs nopces en ladite ville » étaient tenus
de courir quintaine, non pas sur terre, mais en bateau sur la Vilaine «
à vis et au bas de ladite ville ». Suivant la règle, il leur fallait
rompre une lance contre l'écusson de bois planté au milieu dès eaux du fleuve
ou se racheter par une forte amende. Les religieux de l'abbaye de Prières,
propriétaires du bac de passage à la Roche, étaient obligés en cette
circonstance de fournir un bateau garni de six avirons et monté par six hommes
(Déclaration de la Roche-Bernard, en 1681). Enfin
le baron de la Roche-Bernard était fondateur et prééminencier de l'abbaye
Saint-Gildas-des-Bois, d'une chapelle de l'église abbatiale de Blanche-Couronne,
des églises paroissiales de Nivillac, Missillac, Sévérac, Saint-Dolay, la
Roche-Bernard, Herbignac, Camoël, et Avéssac, des chapelles priorales de
Saint-Jacques et Notre-Dame de la Roche, Moutonnac, Pembé et Penestin. Outre
les enfeus, bancs et armoiries qu'il possédait dans tous ces sanctuaires, le
baron jouissait encore d'un tombeau seigneurial dans l'église conventuelle des
Jacobins de Nantes.
Parlons
maintenant du domaine proche de la baronnie. Il est certain que Bernard établit
son premier donjon sur le promontoire qui conserve de lui le nom de la
Roche-Bernard ; mais il est difficile d'affirmer si cette forteresse fut
construite à l'extrémité des rochers dominant immédiatement la Vilaine ou un
peu plus à l'intérieur des terres, là où se trouve encore dans la ville, sur
la place, du Bouffay, une vieille tour du XIIIème siècle. Quoi qu'il en fut,
ce château fut détruit au XIVème siècle, probablement pendant la guerre de
la succession de Bretagne à laquelle prirent part les deux derniers descendants
de Bernard, Péan et Eudon de la Roche-Bernard. Les sires de Montfort et de
Laval, qui leur succédèrent avaient d'autres nombreuses résidences
seigneuriales et ne furent pas tentés de relever les ruines de la Roche-Bernard.
Quant à la ville de
ce nom, née autour du château, elle ne fut jamais ceinte de murailles ; elle
n'avait pas d'ailleurs besoin de clôture étant suffisamment protégée par sa
pittoresque position. Raoul
VIII de Montfort, mari d'Isabeau de la Roche-Bernard héritière de cette
baronnie, fut, semble-t-il à M. Maitre, le constructeur du château de la
Bretesche en Missillac. Toujours est-il qu'à la mort de leur fils, Raoul IX de
Montfort, arrivé en 1419, le minu, fourni à cette occasion au duc de Bretagne,
comprit « les chastel, douves et foussez
de la Bretesche » ; l'acte ajoute que tous les ans, le samedi de chaque
semaine de Carême, les vassaux assujettis à la corvée de la plesse le renforçaient
au moyen de haies et de palissades. De
1433 à 1470, les comtes de Laval augmentèrent si bien les constructions de la
Bretesche qu'ils en firent un vrai château-fort composé de six grosses tours,
avec deux antres tours défendant l'entrée. En 1591 le duc de Mercœur assiégea
et endommagea considérablement cette forteresse, que releva plus tard le
marquis de Coislin. Mais en 1793, la Bretesche fut livrée aux flammes et
demeura ensuite longtemps abandonnée. A la fin du XIXème siècle,
heureusement, les propriétaires de ce château, M. Perron d'abord, M. de
Montaigu plus tard, en entreprirent l'intelligente restauration et lui rendirent
sa primitive beauté. Outre
les Châteaux de la Roche-Bernard et de la Bretesche, le domaine proche de la
baronnie de la Roche-Bernard comprenait : en la ville même de la Roche-Bernard,
les halles, l'auditoire, la prison et un four banal ; — en Nivillac : «
les landes de la Garenne où estoit autrefois plantée la justice de la baronnie
et où l'on tire à présent le papegay » (Déclaration de la Roche-Bernard,
en 1681 – le tir du Papegault avait été établi à la Roche-Bernard par
lettres royales en 1551) ; l'étang du Rodouer et ses deux moulins ; l'étang et
le moulin de Pommenar ; les moulins à vent de la Garenne et des Métairies ;
— en Missillac : un four à ban au bourg ; la forêt de la Roche-Bernard ou de
la Bretesche, la métairie de Liburin et le parc de la Couillardaye ; les étangs
de la Bretesche et de Bozeron avec leurs moulins ; les moulins à vent de
Guignard, la Grée et les Perrières — en Saint-Dolay enfin : plusieurs vastes
prairies, l'étang de Kernay ou étang Neuf, l'étang de Roho et ses deux
moulins, le moulin à vent de Loisellière (Déclaration de la Roche-Bernard, en
1681).
- 2° La
Roche-en-Nort. — Dès le XIIème siècle siècle les sires de Nozay, du
nom de Le Boeuf, possédaient dans la paroisse de Nort un fief important dont le
nom primitif n'est pas venu jusqu'à nous. Dans les premières années du XIVème
siècle ce fief était passé dans la maison de la Roche-Bernard et, du nom de
son nouveau possesseur, n'était plus désigné que sous la dénomination de la
Roche-en-Nort. Les sires de la Roche-Bernard en firent le chef-lieu d'une foule
d'autres fiefs voisins constituant une importante seigneurie. Bernard III, sire
de la Roche-Bernard, rendit aveu au duc de Bretagne en 1305 pour ses baronnies
de la Roche-Bernard et de la Roche-en-Nort, ce qui prouve que dès lors elles étaient
réunies dans la même main, sans cependant être confondues, puisque chacune
d'elles est déclarée sous son nom particulier. Les barons de la Roche-Bernard,
successeurs de Bernard III, conservèrent la Roche-en-Nort pour laquelle ils
rendirent aveu en 1419 et 1462. Mais en 1518 Catherine de Laval porta la
Roche-Bernard dans la maison de Rieux, tandis que la Roche-en-Nort demeurait en
celle de Laval. En 1605 la Roche-en-Nort passa, avec les autres biens des comtes
de Laval, à Henri de la Trémoille qui parmi tous ses titres princiers n'omit
point celui de baron de la Roche-en-Nort (De Cornulier, Généalogie de la
maison de Cornulier – 1889, p. 233). Néanmoins cet Henri, duc de la Trémoille,
vendit le 25 février 1626, la baronnie de la Roche-en-Nort, moyennant 40 000
livres, à Louis de Rohan, prince de Guémené, et à Anne de Rohan, sa femme.
Ceux-ci la revendirent la même année à Marguerite Tillon, douairière de la
Roche-Giffart et veuve de Louis de la Chapelle ; cette dame en fit hommage au
roi en 1631 et lui en fournit l'aveu en 1641, au nom des enfants mineurs de son
défunt fils Samuel de la Chapelle (Archives de Loire Inférieure, B1009). Les
fils et petit-fils de ce dernier, Henri Ier et Henri II de la Chapelle,
successivement seigneurs de la Roche-Giffart et marquis de Fougeray, possédèrent
ensuite la Roche-en-Nort. Lorsque cet Henri II de la Chapelle s'exila en
Hollande en 1685, il vendit la Roche-en-Nort au maréchal de Créquy, au détriment
de ses nombreux créanciers qui avaient déjà saisi cette baronnie ; M. de Créquy,
fut forcé de renoncer à son acquisition (Archives de Loire Inférieure, E557)
et la Roche-en-Nort fut de nouveau mise en vente et acquise judiciairement en
1686 par Jean de Cornulier, seigneur de Lorière, et Françoise Dondel, sa femme
(Lainé – Généalogie de la maison de Cornulier). Lorsqu'en 1704 Jean de
Cornulier perdit cette épouse inhumée dans l'église de Nort, leur fils aîné
Claude de Cornulier entra en possession de la Roche-en-Nort qu'il fit ériger en
comté en 1713. Peu de temps après, toutefois, le 1er février 1720, ce
seigneur vendit la Roche-en-Nort, pour la somme de 90 000 livres à Julien de
Larlan de Kercadio, comte de Rochefort. Mais Louis-Henri de Bourbon, prince de
Condé, obtint la cession de cet achat par retrait, féodal et réunit ainsi la
Roche-en-Nort à sa baronnie de Châteaubriant. Cet état de chose se maintint
jusqu'en 1789. Par lettres patentes du roi datées de septembre 1640 et
enregistrées le 4 janvier 1641, la seigneurie de la Roche-en-Nort fut reconnue
baronnie d'ancienneté, comme démembrement de la Roche-Bernard. Nous venons de
dire qu'elle fut en 1713 érigée en comté, mais les lettres de cette nouvelle
érection ne furent pas enregistrées. La
Roche-en-Nort se composait en 1419 d'un domaine assez considérable dans la
paroisse de Nort et de nombreux fiefs disséminés aux alentours. A la fin du XVème
siècle, ce domaine foncier de 250 hectares et sa haute Justice particulière
furent détachés de la juridiction baronniale qui avait son siège à Nort, et
acquis par Robert Guibé, depuis évêque de Nantes et cardinal, qui lui imposa
le nom de Lucinière et y construisit un château-fort détruit pendant la
Ligue. Après le cardinal Guibé l'ancien domaine de la Roche, devenu seigneurie
de Lucinière, appartint au neveu du prélat, François Hamon mort évêque de
Nantes en 1532, puis à Françoise Hamon décédée en 1571 et enfin à Robinette
Hamon. Celle-ci, femme de Claude de Maillé, seigneur de Brezé, vendit sa
seigneurie en 1585 à Pierre Cornulier, seigneur de la Touche en Nozay, et la
famille de Cornulier possède encore Lucinière à la fin du XIXème siècle (Généalogie
de la maison Cornulier). Depuis que le domaine de Lucinière eut été détaché
de la Roche-en-Nort, cette baronnie ne consista plus qu'en «
fiefs volants » répandus dans quinze paroisses : Nort, Nozay, Quilly,
Saint-Mars-la-Jaille, Saint-Julien de Vouvantes, le Pin, Vritz, Soudan,
Louisfert, Saint-Vincent-des-Landes, Saint-Aubin-des-Châteaux, Maumusson,
Saint-Herblon, Anetz, et Rochementru (Déclaration de la Roche-en-Nort en 1544,
1679 et 1713). Si l'on considère la carte féodale de la Bretagne qu'a publiée
M. de la Borderie, on voit que ces paroisses formaient quatre groupes isolés
les uns des autres et qu'on peut désigner par les noms de la principale
paroisse de chacun d'eux : Nort, Saint-Vincent-des-Landes, le Pin et Maumusson ;
on doit même y ajouter un cinquième groupe peu important Quilly. Bien que la
juridiction de la Roche-en-Nort n'atteignît point les bords de la Loire, elle
n'en était pas moins inféodée du droit de prélever un péage sur les bateaux
passant devant Ancenis, suivant la nature de leur chargement ; elle s'exerçait
même en haute justice sur tous les navigateurs en Loire depuis la Pierre d'Ingrande
jusqu'au château d'Ancenis. Ces droits, émanés originairement d'Ancenis,
provenaient, paraît-il, comme appoints du partage effectué au XIVème siècle,
entre les Rieux, alors barons d'Ancenis, et les Montfort, barons de la
Roche-Bernard, dans la succession des Le Bœuf, sires de Nozay (De Cornulier –
Généalogie de la maison de Cornulier, 235). Une foule de grands seigneurs
relevaient de la Roche-en-Nort : tels étaient en 1544 le baron de Châteaubriant
à cause de ses terres de Nozay et Rieux-en-Nort, les seigneurs de la
Motte-Glain, de Vritz, de Saint-Aubin-des-Châteaux, etc., les abbés de
Saint-Nicolas d'Angers, de Melleray et de Pontron, l'abbesse de Nyoiseau, les
prieurs de Rochementru, de Vritz, de Beaulieu, les prieures de Couëtoux et de
l'Ile-Fleurie, etc. ; le sire de Téhillac qui devait 30 sols de rente le
dimanche après la Saint-André, sur une tombe du cimetière de Quilly ; celui
de Beauregard tenu d'offrir à son suzerain « un pasté de venaison » le jour de la foire de la Magdeleine en
Saint-Vincent-des-Landes, etc. (Déclarations de la Roche-en-Nort en 1544 et
1713). Il était encore dû, au baron de la Roche-en-Nort « en toute l'estendue de sadite baronnie, les hures de sangliers et les
cimiers de cerfs pris ou tués, et ont pour cela tous les vassaux et arrière-vassaux
droit de chasser dans l'estendue de ladite baronnie » (Déclarations de la
Roche-en-Nort en 1713). Enfin
au sire de la Roche-en-Nort appartenaient tous droits prééminenciers de «
supériorité et fondation » dans toutes les églises des paroisses
relevant de lui (Déclarations de la Roche-en-Nort en 1713).
-3° La
Roche-en-Savenay. — Dans la paroisse de Savenay et en quelques paroisses
voisines les barons de la Roche-Bernard avaient plusieurs fiefs formant une
seigneurie appelée la Roche du nom de ses possesseurs. Ces fiefs furent donnés
en dot à Catherine de la Roche-Bernard — fille du baron Eudon II et de Béatrice
de Craon — lorsqu'elle épousa vers 1370 Renaud de Thouars, seigneur de
Pouzauges (De Cornulier – Dictionnaire des terres nobles du comté nantais,
249). Plus, tard, Catherine de Thouars — fille de Miles de Thouars et de Béatrice
de Montejean et petite-fille de Catherine de la Roche-Bernard apporta à son
tour, en 1420, la baronnie de la Roche-en-Savenay à son mari le fameux Gilles
de Rays, mais celui-ci la vendit vers 1435 à Guillemette, veuve de Guillaume Le
Ferron. Devenue veuve elle-même en 1440, Catherine de Thouars se remaria avec
Jean de Vendôme, vidame de Chartres, et essaya vainement de rentrer en
possession de la Roche-en-Savenay. Elle mourut en 1462 sans avoir vu la fin des
procès qu'avaient fait naître la vie désordonnée et la fin tragique de son
premier époux. En 1467 Jean de Laval, baron de la Roche-Bernard, était en
possession de la Roche-en-Savenay, peut-être par achat d'avec Geffroy Le Ferron,
fils de Guillaume. Jean de Laval eut pour fils Guy XVI, comte de Laval, mort en
1531, et pour petit-fils, Guy XVII, aussi comte de Laval, qui rendit aveu au roi
en 1544 pour sa baronnie de la Roche-en-Savenay. Ce dernier seigneur mourut sans
postérité en 1547 ; la Roche-en-Savenay devint alors la propriété dés
enfants de sa soeur Catherine de Laval, femme de Claude Ier sire de Rieux et
vicomte de Donges. Cette dame était, en effet, morte alors et ce fut Suzanne de
Bourbon, seconde femme et déjà veuve de Claude Ier de Rieux, qui fit hommage
au roi, en 1548, au nom des enfants de son mari, pour leur seigneurie de la
Roche-en-Savenay (Inventaire des titres du château de Nantes). De ces enfants
ce fut Claudine de Rieux, mariée en 1547 à François de Coligny, seigneur d'Andelot,
qui eut en partage la Roche-en-Savenay. Comme cette dame possédait déjà la
Roche-Bernard, à cette baronnie fut pour la troisième fois réunie la
seigneurie de la Roche-en-Savenay. En
1557 François de Coligny et Claudine de Rieux firent hommage au roi pour leur
baronnie de la Roche-en-Savenay (Inventaire des titres du château de Nantes). Nous
avons dit qu'ils moururent l'un en 1570, l'autre dès 1561. Quelques années
plus tard, en 1576, la Roche-en-Savenay se trouvait aux mains d'un cousin de
Claudine de Rieux : c'était Guy Ier de Rieux, sire de Châteauneuf et vicomte
de Donges (Archives de Loire Inférieure, E443). A partir de ce moment et
jusqu'en 1789, la Roche-en-Savenay demeura unie de fait à la vicomté de Donges
dont nous avons fait connaître les possesseurs. Cette union pendant près de
trois siècles de la Roche-en-Savenay à la seigneurie de Donge a fait souvent
regarder la première de ces terres comme un démembrement de la seconde, mais
nous venons de voir qu'elle avait été, au contraire, très certainement détachée
de la Roche-Bernard. Par suite de son origine, la Roche-en-Savenay était considérée
comme baronnie d'ancienneté ; moins importante que la Roche-en-Nort, elle n'étendait
sa haute juridiction que dans cinq paroisses : Savenay, Prinquiau, Bouée,
Malville et Cordemais. Le seigneur de la Roche-en-Savenay levait des rentes dans
toutes ces paroisses et y jouissait dans les quatre églises de Savenay,
Malville, Bouée et Cordemais « de prééminences, bancs et enfeus probitifs
» ; il avait les mêmes privilèges dans l'église abbatiale de
Blanche-Couronne et dans la chapelle conventuelle des Cordeliers de Savenay (Déclaration
de la Roche en Savenay, en 1650). Le même baron avait les «
coustumes et trépas » de sa ville de Savenay, plus un « droit d'ancrage et coustume » sur tous les bateaux s'arrêtant
et déchargeant des marchandises « dans
l'estier de la Vallée-Coqueraye » en Bouée et dans celui de la Giraudaye
en Cordemais (Déclaration de la Roche en Savenay, en 1650). Une
quantité d'hommages, « mangiers et rachapts » étaient dus au baron de
la Roche-en-Savenay : par le vicomte de Donges, les seigneurs de la Haye de
Lavau, la Haie-Mahéas, la Cour de Bouée, la Haye de Besné, etc.., l'abbé de
Blanche-Couronne, les prieurs de Her, du Tertre et de Rohart, les recteurs de
Savenay, Prinquiau, Cordemais et Malville, le chapelain du Chastellier, etc. (Déclarations
de la Roche en Savenay, en 1544, 1650 et 1683). Le
droit de tenir foires et marchés en, la ville de Savenay appartenait aussi au
baron de la Roche-en-Savenay, savoir : un marché tout les mercredis et cinq
foires par an, le jour Saint-Vincent (dite foire du Petit-Noël), à la
translation de Saint-Martin (4 juillet, foire dite de Saint-Jean), aux fêtes de
Saint-Armel, Sainte-Croix de septembre et Saint-Thomas ; à tous ces marchés et
foires il prélevait les « droits d'estalage,
coustume, mesurage, estalonnage et police » (Déclaration de la Roche en
Savenay, en 1650). Le
sire de la Roche-en-Savenay jouissait aussi de « dismes de vins et bleds »
dans les quatre paroisses de Savenay, Cordemais, Bouée et Malville. A l'origine
le domaine proche de la Roche-en-Savenay n'était pas considérable ; il
consistait en 1544 en ce qui suit : l'auditoire et la geôle de Savenay, le four
à ban de Maure également à Savenay — les moulins à. vent du Breil et de la
Roche en Savenay et celui du Haut-Chemin en Bouée — les prairies du Goust en
Cordemais, de la Farouère en Malville et les prés de Bouée — les bois de la
Roche en Savenay et de Vallion en Malville (Déclaration de la Roche en Savenay,
en 1544). Mais vers
le commencement du XVIIème siècle les barons de la Roche-en-Savenay acquirent
le manoir et la seigneurie du Matz en Savenay. Cette terre comprenait un beau
pourpris, un moulin à vent et plusieurs métairies, tant en Savenay qu'en la
Chapelle-Launay : dès lors le Matz devint naturellement le chef-lieu de la
baronnie de la Roche-en-Savenay, dont il dépendait à l'origine ; certains
vicomtes de Donges y fixèrent même leur résidence et c'est en ce manoir que décéda,
le 9 décembre 1637, Guy II de Rieux, sire de Châteauneuf, vicomte de Donges et
baron de la Roche-en-Savenay ; son corps fut solennellement déposé dans l'église
des Cordeliers de Savenay, sous un magnifique mausolée composé d'un sarcophage
de marbre noir supportant sa statue en marbre blanc, agenouillée sur un
prie-Dieu (abbé Guillotin de Corson).
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