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LES TOMBEAUX DES DUCS DE BRETAGNE |
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La Bretagne n'a pas eu pour ses ducs un sanctuaire privilégié comme le Saint-Denis des rois de France ; ils reposent au contraire sur des points très éloignés de notre territoire, comme s'ils voulaient encore, sous leur armure de pierre, veiller à la défense de ce duché qu'ils ont si vaillamment défendu pendant leur vie. Cette dispersion doit tenir d'abord à ce que la Bretagne n'avait pas à proprement parler de capitale. Puis, la ferveur spéciale de nos princes pour certaines abbayes qu'ils avaient fondées guidait aussi leur choix pour le lieu de leur sépulture. Quoi qu'il en soit, ces tombes ainsi disséminées étaient plus exposées au vandalisme. Tant que nos ducs eurent le souverain pouvoir, leurs monuments furent en grand honneur ; mais, après l'alliance avec la France, alliance qui mit un demi-siècle à se consommer, de la reine Anne à son petit-fils Henri II notre dernier duc, le mépris pour les anciens gouvernants ne tarda pas à se manifester. C'était un moyen de montrer à la fois son peu de regret pour l'ancien régime et ses sympathies pour le nouveau pouvoir. Alors on délogea les tombes de nos ducs de leur place d'honneur et on les relégua dans quelque coin obscur de ces églises qu'ils avaient fondées et enrichies de leurs dons. Aussi, quand la Révolution vint niveler les vieux sommaire de notre patrie, elle trouva la besogne bien avancée. |
Malgré toutes ces causes de ruine, ce qui nous a été conservé est assez précieux pour attirer toute notre attention. Douze princes de la maison de Dreux ont régné sur la Bretagne ; une bonne partie de leurs tombes, plus ou moins dévastées, existent encore. Si cette étude peut aider à préserver de l'oubli et surtout de la destruction les derniers monuments de nos ducs, nous ne regretterons pas de l'avoir entreprise en l'honneur de ces princes qui, dans leurs longues luttes p6ur notre indépendance, ont trempé la Bretagne comme une lame d'acier et en ont fait cette patrie chrétienne et fidèle que nous aimerons toujours.
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TOMBEAU DE PIERRE I
Du haut Seigneur de qui j'attends merci,
Du haut Seigneur dont son tuit mi pensé...
Dame dou ciel, qui portastes Jhesu,
Par qui le mont fut tôt enluminé.
Deffendez moi que je ne soie vaincu
Par l'anemi qui est fol et desvé.
de Pierre DE DREUX
La tombe du premier duc de Bretagne de la maison de Dreux semble bien modeste si on la compare au somptueux mausolée de son dernier descendant, mais élevée dans les plus belles années de l'art français, elle a, dans sa simplicité même, une pureté de sentiment que l'on ne retrouve pas dans le chef-d'œuvre de Michel Colombe.
Dans le demi-jour de la splendide église de Saint-Yved, reposait, la face tournée vers le ciel, un chevalier, les mains jointes pour l'éternelle prière. Comme le bon roi saint Louis, son suzerain et son ami, il a les cheveux coupés sur le front et retombant en boucles sur le cou ; guerrier, il est vêtu de sa cotte d'armes et une large épée est suspendue à sa ceinture ; poète, il garde sur les lèvres comme un sourire d'insouciante jeunesse ; prince du sang royal et duc de Bretagne, il porte à son bouclier l'écusson de Dreux et l'hermine bretonne ; chrétien, il repose au pied de l'autel du Christ, et deux anges protecteurs veillent à ses côtés.
On dirait que, dans le silence du sanctuaire, il écoute au loin le bruit de la justice divine qui approche de jour en jour, prêt à se dresser à cet appel pour offrir au Souverain Juge, afin de relever la balance de ses fautes, l'épée qu'il a tant de fois tirée pour sa sainte cause.
Pierre Ier, à qui le surnom de Mauclerc et ses démêlés avec les évêques ont laissé comme un renom de mauvais croyant, fut au contraire pendant trente années l'héroïque champion de la foi et paya de sa vie son dévouement à la sainte cause.
Il accompagna le roi saint Louis à la septième croisade et fut grièvement blessé au combat de la Massoure. Joinville, qui le rencontra vers la fin de la bataille, nous le dépeint ainsi : « A nous vint le Comte Pierre de Bretagne qui venait tout droit de la Massoure et estait navré d'une espée parmi le visage, si que le sanc li chéait en la bouche. Sus un bas cheval bien fourni séait ; ses rênes avait getées sur l'arçon de sa selle et les tenait à deux mains pour ce que sa gent, qui estaient darières, qui moult le pressaient, ne le getassent du pas. Bien semblait qu'il les prisa pou ; car il crachait le sanc de sa bouche et disait : Voir pour le chief Dieu, avez veu a de ces ribeaus ! ». Après la délivrance du roi, « le samedi devant l'Ascension dit Joinville », le Comte de Flandres et le Comte de « Soissons en leur galies montèrent et s'en viendrent en France et en amenèrent avec eux le bon Comte Perron de Bretaigne, qui estait si malade qu'il ne vesqui puis que troiz semaines et mourut sur mer ».
La date de sa mort, qui n'a point été indiquée plus exactement, peut être ainsi fixée aux derniers jours de mai de l'an 1250.
Cette date a été donnée de bien des manières, mais aucune de ces variantes n'a une base aussi sûre que celle que nous trouvons dans le récit du sire de Joinville.
Les historiens bretons ne nous ont laissé que peu ou point de renseignements sur les funérailles et le dernier asile de Pierre de Dreux à Saint-Yved de Braine, et c'est là, au pays de Soissons, que nous avons dû les aller chercher.
Au XVIème siècle, un trésorier de l'église de Braine (Voir la Monographie de l'ancienne abbaye de Saint-Yved de Braine, par M. Stanislas Prioux, Paris, 1859), du nom de Mathieu Herbelin, composa une histoire généalogique de la maison de Braine, dont le manuscrit renferme de précieuses indications sur les tombes de Saint-Yved. Voici le passage relatif à Pierre de Dreux : « Je veuil demonstrer ou son corps est inhumé, lequel par son testament commanda et baillia charge à Jehan le Conte, surnommé le Roux, son filz aysné, de conduire et admener son corps après sa mort en l'abbaye Saint-Yved de Brayne et supplia aux exécuteurs [Note : Les exécuteurs de ce testament furent Renaud, archevêque de Paris, et Gautier, prieur du Val-Saint-Eloi-sous-Chaille ; le texte de l'interprétation de ce testament (manuscrit Baluse à la Bibliothèque du roy) montre que Pierre de Dreux fit don aux Croisés des sommes qui lui étaient dues par le roy de France] dudit testament estre mis au plus près de ses prochains parens, parquoy son corps fust honnestement ensepvely, embaulmé et mis en ung cercueil de plomb, avecques gros dueil pour l'aporter en France en la dicte église Saint-Yved de Braine, ausquel lieu gist et repose le dict Duc dessoulx une tombe de cuivre moyennement eslevée, en laquelle est emporctraiturée avecques son escusson dudict Dreux et quelques petites parties des herminettes de Bretaigne, comme on peult veoir en icelle sépulture. S'ensuit l'épitaphe qui est à l'entour de la tombe dudit Pierre de Dreux, duc de Bretaigne, dict Mauclerc :
Petrus flos commitum Britonnum comes, hic monumentum
Elegit positum juxta monumenta parentum
Largus, magnanimus audendo magna probatus.
Magnatum primus regali flore stirpe creatus
In sancta regine Deo famulando moratus
Vite sublatus rediens jacet hic tumulatus
Celi militia gaudens de milite Christi
Summa letitia comiti comes obtinet isti.
Anno M CCXXXVIII
(Note : il y a une erreur de douze ans, fidèlement reproduite par le traducteur).
Aupres des monumens de ses nobles parens esleut icy sa sépulture la fleur des contes de Bretaigne ; c'estoit ung homme libéral, magnanime et de grandz entreprinses ; il fust premier Duc vassal de la couronne de France, lequel apres avoir longtemps demoure en saincte Religion pour mieulx servir à Dieu, après son retour du sainct voiage de Jherusalem, paya le deu de nature dont le corps gist icy. Dieu tout puissant qui se resjouit par la victoire de sa passion et de la convertion du pecheur le veuille mectre en gloire per-durable. Il trepassa l'an mil deux cent trente et huict, le cinquiesme jour de juillet » (Monographie de Saint-Yved, p. 64).
Le tombeau de Pierre I a été dessiné an XVIIème siècle par M. de Gaignières, cet admirable antiquaire qui, sous le règne de Louis XIV, parcourut nos provinces, sauvant de l'oubli et bientôt d'une disparition complète ces précieux souvenirs historiques dont beaucoup n'existent plus maintenant que dans son immense recueil. C'est là un service assez grand pour que la postérité lui en ait une impérissable reconnaissance, et toutes les sociétés archéologiques de France devraient s'unir dans un commun élan pour élever une statue à celui qui nous a conservé tant de précieux monuments de nos vieilles gloires nationales.
Le dessin de M. de Gaignières (f° 90 de la Collection des Princes du sang, cabinet des Estampes, Bibliothèque nationale) est bien supérieur à la planche donnée dans dom Lobineau ; il reproduit l'épitaphe dont les caractères gothiques décoraient le bord de la tombe ; les détails de l'armure, les motifs qui entourent le gisant sont aussi beaucoup mieux traités [Note : Le dessin de M. de Gaignières, ou du moins le calque prie à la Bodléienne d'Oxford, porte cette annotation : « Tombe de cuivre en relief, à main droite dans la nef de l'église de l'abbaye de Saint-Yved en Braine. Elle est de Pierre de Dreux, dit Mauclerc, duc de Bretagne, mort le 22 juin 1250, et autour est écrit : Petrus, etc. » (Voir l'inscription donnée plus haut)].
Le monument de notre duc se composait d'un soubassement peu élevé supportant l'effigie du prince dans une arcature trilobée posée sur deux petites colonnes. Deux anges gracieusement inclinés, les ailes ouvertes et tenant des encensoirs, remplissent les écoinçons du trilobe qui encadre le gisant. Les pieds du duc sont chaussés de mailles et appuyés sur un chien dont la tête et les membres sont trop trapus pour appartenir à un lévrier. Tout ce travail est en cuivre à grand relief.
Le bouclier posé sur l'épée est couvert des armes de Dreux, échiqueté d'or et d'azur, avec la bordure comme brisure ; le quart de l'écu est semé des hermines.
Un curieux problème historique se rattache à cet écusson : les hermines étaient-elles les armes anciennes de Bretagne, ou est-ce Pierre de Dreux qui nous les a apportées dans une brisure de son écusson ? Nous croyons avoir démontré ailleurs que toutes les difficultés soulevées à ce sujet venaient de ce que l'on avait confondu le franc-quartier, qui est une pièce d'honneur servant à placer les armes en alliance et occupe, enserre tout le quart du blason, avec le canton qui est seulement du neuvième de l'écu et sert de brisure de juveigneur.
Les princes de la maison de Dreux ont placé dans le franc-quartier de leur écusson les armes des maisons auxquelles ils se sont alliés : Limoges, Castille, Savoie. Pierre de Dreux a également pris le franc-quartier lors de son mariage avec la duchesse Alix, et ce sont indiscutablement les armes de l'héritière ou du fief de Bretagne que nous voyons représentées par les hermines.
Elles sont donc purement bretonnes, ces jolies mouchetures qui disent si bien : Malo mori quam fœdari ; toutes les subtilités ne changeront rien à la tradition recueillie par nos plus vieux historiens, et aux documents tels que le Chronicon Briocense, qui dit, en parlant du petit-fils de Pierre Dreux : « Plena arma Britanniae, id est herminas plenas assumpsit ». Ce n'est point un prince français qui nous les a apportées dans une brisure de son écusson ; elles étaient nos armes avant lui et le seront toujours.
Il y avait juste quatre cents ans que notre duc reposait sous les belles voûtes de l'abbaye de Saint-Yved de Braine, construites en 1180 par l'aïeul de Pierre Ier, lorsque l'armée espagnole, sous le commandement de l'archiduc Léopold, occupa le pays environnant.
Le 28 août 1650, l'abbaye fut prise et saccagée ; on brisa une partie des tombes et le feu fut même mis aux bâtiments.
Cet horrible pillage dura trois semaines !
Il est difficile maintenant de connaître toute l'étendue de ces dévastations ; un manuscrit du siècle dernier, contenant le récit des événements de 1650, nous aurait donné des détails précieux : il a malheureusement disparu.
Cependant, même après ce désastre, l'abbaye possédait encore un grand nombre de ses riches mausolées et entre autres celui de Pierre de Dreux ; à la fin du XVIIème siècle, M. de Gaignières put y recueillir les dessins de ses tombes princières. Plus tard, vers 1730, dom B. de Montfaucon fit graver dans ses Monuments de la Monarchie française la série des tombes de la maison de Braine et de Roucy, ainsi que l'effigie de notre duc.
La Révolution fut plus impitoyable que les brutes soudards espagnols : elle détruisit tout.
Le 7 octobre 1792, nous apprend M. S. Prioux dans sa Monographie de Saint-Yved, le Conseil général de la commune autorisa la vente des métaux provenant des tombes de l'abbaye. Cette mesure ayant révolté les habitants, le Conseil dut prendre un nouvel arrêté.
On vendit les trésors historiques et religieux du monastère, comme on le faisait alors, c'est-à-dire comme un voleur qui se défait à bas prix de ce qu'il vient de dérober. Une chaire fut vendue trente sous et la bibliothèque du couvent adjugée pour 20 livres !
Que de riches patrimoines ont passé au même taux dans les mains des soi-disant acquéreurs, honteux complices de ces spoliations, dont les descendants s'acquittent envers la noblesse en lui vouant une implacable haine !
Avec le retour de la monarchie, un temps vint où, plus soucieux de nos chefs-d'oeuvre, on songea à restaurer l'église Saint-Yved, devenue église paroissiale. M. l'abbé Beaucamp, curé-doyen de Braine, obtint du roi les fonds nécessaires pour commencer les travaux de restauration. La Révolution de 1830 vint tout arrêter. « Pour acquitter les dettes faites sous l'ancienne administration, l'architecte fit démolir une partie de la nef et le portail qui avaient fait l'admiration de tant de siècles et dont il ne reste plus aujourd'hui que les fondations » (Note : S. Prioux, Monographie de Saint-Yved de Braine).
Lorsque je visitai l'abbaye de Saint-Yved de Braine, je fus frappé de ce désaccord entre la hauteur des voûtes et le peu de développement de la nef. Mais ce défaut, causé par les mutilations de nos modernes Vandales, s'oublie vite devant la rare pureté de ligne de cette belle nef.
M. le curé de Saint-Yved, à qui j'avais exposé le but de mes recherches, me conduisit vers le transept, et là, à quelques pieds du premier pilier de la tour centrale, il me montra la place où gisent encore les restes mortels de Pierre de Dreux. — En effet, par une rencontre providentielle, les sépultures n'ont pas été détruites pendent la Révolution, et voici comment : Suivant l'usage du temps, on convertit l'église en écurie pour la cavalerie ; afin de préparer la place aux animaux, on enleva la base des tombes et les dalles, de sorte que rien n'indiquait plus aux violateurs l'endroit où elles se trouvaient.
Plus tard, lors de la restauration de l'église Saint-Yved, des recherches faites avec un soin infini amenèrent la découverte des châsses et des sépultures ; le tout fut consigné dans un procès-verbal signé du recteur, du maire et de plusieurs témoins (Extrait du procès-verbal des fouilles de 1826 : « L'an 1826 — nous, curé de Braine... nous avons invité M. le maire de la ville de Braine à se transporter aussi sur les lieux pour constater avec nous les faits. Etant arrivée, nous avons scrupuleusement examiné les tombes et avons trouvé à huit ou dix pieds de distance la forme d'un corps ; on remarquait distinctement que les pieds avaient été mis du côté de l'autel et la tête vers les marches du sanctuaire. En poursuivant nos recherches, nous avons trouvé dans chaque tombe quelques parties du crâne, une partie de la mâchoire supérieure et inférieure, des côtes, une partie des fémurs et autres ossements dont il était facile de déterminer à quelle partie du corps ils appartenaient. De tout ce que ci-dessus, etc. Signé : Beaucamp, curé-doyen de Braine, Maczure, maire, etc. »).
Ainsi, comme il en avait exprimé le désir sur le vaisseau qui le ramenait mourant de ses blessures reçues à la Massoure, Pierre Mauclerc repose là près de son frère Robert III, dont la tombe, placée devant le maître autel, est dans l'axe de la grande nef, à son point de naissance le plus près du transept ; celle de Pierre Ier, placée à droite, lui est parallèle et se trouve juste à trois mètres au nord du grand pilier sud-ouest qui supporte la coupole.
En voyant cette place nue qui recouvre le corps de notre Pierre de Dreux, sans que rien ne rappelle son souvenir, je me demandais si la Bretagne ne songerait pas un jour à rendre plus d'honneur à ce duc qui, pendant vingt-cinq années, fut à la tête de notre pays. Il serait facile de faire tout au moins graver sur la pierre l'inscription qui entourait jadis son tombeau, et je suis certain qu'un jour ce voeu sera exaucé.
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TOMBEAU DU DUC FRANÇOIS I
Le duc François Ier, dans un testament conservé aux archives du Château de Nantes, avait ainsi ordonné le lieu de sa sépulture : « François, par la grâce de Dieu duc de Bretagne... recommandons nostre âme, sa piteuse créature, à nostre benoist Sauveur, èz SS. Anges et Archanges, monsieur S. François et à toute la benoiste compaignie du Paradis, et nostre corps (l'état du décès de nous quand à N. S. plaira advenu), voulons être enterré et ensepulturé au cuer du benoist moustier de Monsieur S. Sauveur de Redon, devant le grand aultier, ou plus près que convenablement faire se pourra des marchepieds et pas assis, devant iceluy grand aultier. Donné et faict en nostre ville de Rennes, le 22e jour de janvier, l'an 1449. Signé : François Isabeau... ».
Un an et demi après avoir pris ces dispositions dernières, le samedi 17 juillet 1450, d'après le nécrologe de Guingamp, le 19 du même mois, suivant la chronique de Nantes, le duc mourut à Vannes, au château de Plaisance, assisté de Guillaume de Malestroit, évêque de Nantes, qui lui donna les derniers sacrements. « Le corps du feu duc ayant été enseveli, nous dit dom Lobineau, fut porté à Redon, accompagné d'un nombreux cortège de barons, de prélats et de religieux, entr'autres de tout le Chapitre des Cordeliers qui se tenait pour lors à Vannes ».
La tombe de François Ier fut-elle dressée à l'endroit qu'il avait indiqué, « devant le grand aultier » de Saint-Sauveur ? Le texte du Cartulaire de Redon semble bien confirmer ce fait : « Franciscus I Britanniae dux, ante majus altare sepultus est » (Cartulaire de Redon, p. 451). Dom Morice nous dit également que « son corps fut transporté à Redon et enterré devant le grand autel ». Et Travers écrivait vers 1750 : « Son corps fut porté à Saint-Sauveur, où est sa sépulture, vis-à-vis le grand autel ».
Ce n'est point à cette place cependant que la tradition nous montre la tombe du Duc, mais bien dans la première chapelle de l'abside, du côté de l'Epitre. Tous ceux qui, depuis plus d'un siècle, ont parlé de ce tombeau, lui ont toujours assigné cette place. Il n'y a aucune divergence sur ce point.
Lors du premier Congrès de notre Association Bretonne à Redon, en 1857, après une inspection archéologique à Saint-Sauveur par MM. de la Villemarqué, de Kerdrel, de la Borderie, Ropartz, abbé Brune, etc., M. de la Bigne Villeneuve, résumant les observations de ses éminents confrères, écrivait : « Nous devons citer encore l'ancien mausolée de François Ier, duc de Bretagne, malheureusement bien mutilé aujourd'hui et dont l'arc flamboyant s'ouvre dans le mur méridional d'une des chapelles du rond-point, du côté de l'Epître. Il serait intéressant de savoir ce qu'est devenue l'effigie en marbre blanc qui décorait jadis la sépulture ducale ».
Comment concilier ces données, reçues aujourd'hui sans conteste, avec la place assignée si minutieusement par le Duc lui-même dans son testament et la note très formelle du Cartulaire de Redon : Ante majus altare ?
Si nous examinons la chapelle absidale désignée comme servant d'enfeu à François Ier, nous voyons qu'elle est surmontée d'une arcature ogivale dont les moulures et les fleurons appartiennent au style flamboyant. Comme en Bretagne le style employé retarde toujours très sensiblement sur l'architecture des autres parties de la France, il n'est pas admissible que ce travail puisse remonter à 1450, date du tombeau de François Ier. Ces remaniements des bas côtés de l'abside doivent être postérieurs à l'érection de la tombe ducale.
Je pense que le monument de notre Duc fut bien réellement élevé en face du maître-autel, dans le milieu du choeur, et qu'il resta à cette place jusqu'au terrible incendie de 1780. On profita sans doute des travaux nécessités par ce désastre pour enlever la tombe du prince qui devait être fort gênante pour les cérémonies des religieux, et on la transporta dans la chapelle la plus rapprochée de l'autel, à l'entrée de l'abside. En admettant ce fait, on expliquerait comment dom Lobineau, dom Morice et même Travers, en 1750, ont pu indiquer que la tombe était placée devant le maître-autel, tandis que Ogée, qui écrivait après 1780, nous la démit à la place où nous la retrouvons actuellement (1891). Le tombeau ou plutôt les débris du tombeau de François Ier sont placés sous un arc flamboyant au long duquel retombent des palmes éplorées (on les dirait trempées de larmes), d'un style et d'une sculpture admirables ; le sommet de l'ogive, orné de choux frisés très fidèlement travaillés, est surmonté d'une sorte de lanterne qui devait servir de support à une croix ou à une statuette. Une galerie, formée d'un rang d'arceaux et couronnée jadis de fleurons ou de boules, règne au dessus de l'arcade. Deux pilastres terminés par des clochetons fleuronnés, à moitié détruits, appuient cette galerie et encadrent le tombeau. Un angelot incliné et tenant un écusson décore chaque pilastre à la naissance du clocheton.
La pierre tombale, en calcaire très dur, est formée de deux dalles et d'un fragment. Le bord de ces dalles est décoré d'une guirlande de feuillages et de raisins. Le devant du tombeau est composé de trois parties : celle du milieu, qui correspond au fragment rapporté, est une grossière maçonnerie en moellons ; celle de droite du côté des pieds, représente un arceau encadré de moulures et une rosace avec un écusson au centre d'un rectangle. Celle de gauche, plus étroite, forme le pendant, mais sans arceau.
L'ensemble
de l'édicule est en pierre blanche ; les bases des pilastres, colonnettes, etc., sont en granit. Le tombeau lui-même
semble
reposer sur une simple maçonnerie.
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TOMBEAU DU DUC PIERRE II
En 1443, le prince Pierre de Bretagne et sa sainte épouse Françoise d'Amboise firent reconstruire le choeur de l'église Notre-Dame de Nantes et ordonnèrent l'érection de leur tombeau devant le maître-autel dans la nouvelle construction. Un acte, daté du 29 avril 1443 et conservé aux Archives de Nantes (E. B. XXIII), relate ce fait dans les termes suivants : « Mondit seigneur a choeisi et esleu, choisist son enterement et sépulture en nostre cueur de la dite église, ou melieu plus hault et honeste lieu, sans ce que jamais soit riens ensepulturé au-dessus de lui en tombe eslevée, excepté prince ou princesse de ce duché de Bretaigne, ou leur héritier présomptif ».
L'histoire de l'église royale et collégiale de Notre-Dame do Nantes, par M. S. de la Nicollière, contient de précieuses recherches historiques et archéologiques sur la tombe de Pierre (Note : Voir Eglise royale et collégiale de Notre-Dame de Nantes, par Stéphane de la Nicollière, un beau volume in-80 avec planches. Forest et Grimaud, Nantes 1894). Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à ce beau travail les passages suivants : « Le monument qui reçut les dépouilles mortelles du prince se trouvait placé au centre du choeur, en avant de l'autel ; il était élevé depuis longtemps, car, dès 1443, époque de sa première donation, Pierre en avait décidé la construction, et, dans son testament, le duc s'exprima ainsi à ce sujet : « Nous voulons et ordonnons nostre corps estre baillé à la terre benoist, mis et ensepulturé en l'église collégiale de Nostre-Dame de Nantes, en laquelle nous avons fait faire et préparer le lieu de nostre sépulture ». L'aspect de la pierre tombale est parfaitement d'accord avec ce qui précède. Sous un dais d'un style un peu lourd, que dominent quatre petits anges, les époux, jeunes encore reposent endormis dans la mort. De chaque côté des coussins qui supportent leurs têtes sont représentées leurs armoiries, savoir : l'écusson en bannière, c'est-à-dire carré, aux armes de Bretagne brisées d'un lambel à trois pendants semé de fleurs de ce lis, pour le prince ; l'écu en losange, mi-parti au premier du précédent au deuxième coupé de Thouars et d'Amboise, pour la princesse. Un simple cercle sans fleurons entoure la tête de Pierre, emprunte d'un caractère monacal, auquel ajoute encore le capuchon rabattu sur le cou, les mains jointes, le long manteau dont les larges plis enveloppent la corps, et l'escarcelle attachée au côté droit. Les pieds s'appuient sur un lion. D'une stature plus élevée que celle de son mari, Françoise d'Amboise a la tête recouverte de la coiffure du temps, ornée de nombreuses pierreries ; son cou porte un massif collier ; sa taille est vêtue d'un riche corsage d'hermines. Les mains sont également jointes, et les manches étroites de sa longue robe boutonnées jusqu'au coude. Le bras gauche soutient la queue du grand manteau de cérémonie. Chacun des pieds repose sur un chien. Autour était inscrite : en gothique allongée, l'épitaphe suivante : CY GIST TRES HAULT ET TRES PUISSANT SEIGNEUR MONSr PIERRE DE BRETAGNE, Sr DE GUINGAMP ET DE CHASTEAUBRIAND, COMTE DE BENON, FILS DE TRES HAULT PRINCE MONSr LE BON DUC JEHAN, DUC DE BRETAIGNE, QUI TREPASSA EN L'AN DE GRACE MIL CCC LE CY GIST TRES HAULTE ET PUISSANTE DAME FRANÇOISE D'AMBOISE SA COMPAIGNE, FILLE AISNEE DE LOUIS, VICOMTE DE TOUARS, QUI TREPASSA LAN MIL CCC LE.
Souvent les fidèles agenouillés dans l'église Notre-Dame voyaient, surtout le matin, venir s'incliner sur cette pierre une noble et angélique figure, qui, longtemps prosternée, les édifiait par sa ferveur et excitait l'admiration par sa profonde et touchante piété : c'était la veuve de Pierre II, la bonne duchesse Françoise d'Amboise, fondatrice du monastère des Couëts et du prieuré de Bon-Don .
Cette dalle funéraire, en marbre blanc, et, s'il faut en croire la Bibliothèque annuelle et portative de Nantes, gravée en figure plate à la mosaïque, détail que ne donne pas Gaignières, était posée sur une base en marbre noir élevée d'environ un mètre. Elle mesurait à peu près 2m50 de longueur sur 1m50 de largeur. L'inscription n'a jamais été terminée, sans doute parce que Françoise n'y fut pas déposée. Le tombeau subsista jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, puisqu'il en est question en 1780, et fut détruit pendant la période révolutionnaire, probablement lorsqu'on transforma l'église en établissement industriel. Il s'y rattache une particularité qui mérite d'être examinée et étudiée avec quelque attention. L'ingénieur Pierre Fournier raconte ainsi l'ouverture du caveau de Pierre II : « J'ignore s'il lui fut érigé un monument, et même s'il fut placé une pierre tombale sur le lieu de sa sépulture. Cette église ayant été considérablement réparée et pavée à neuf au commencement du dernier siècle, il ne restait aucune trace de tombeau lors de la démolition de l'église, en 1803. Mais il est constant que 13 ans après la mort de ce prince, en 1470, on commença à travailler à un monument, et que l'on fit construire un caveau pour y déposer ses restes, qui ne furent point exhumés ou négligés, et, pour y suppléer, l'on fit un mannequin que l'on revêtit de riches habits et que l'on plaça dans un cercueil de bois de chêne, découvert, en effet, cette même année 1803. 333 ans après, des ouvriers ouvrirent le caveau ; j'y descendis, et je reconnus, sur quatre barres de fer, un cercueil en bois tombant en pourriture, dans lequel était un mannequin vêtu suivant l'usage du temps où il vivait ! Il avait un pantalon en drap rouge, des demi-bottines, une soubreveste en soie brodée, un manteau dont on n'a pu déterminer la forme. Il était ceint d'une épée en fer : sur l'un des côtés de la coquille, très bien travaillée et à jour, se voit une hermine passante, et, derrière elle, un petit drapeau placé debout. A la place de la tête, un casque commun en fer, la visière baissée, rempli d'étoupes. Aucune inscription n'accompagnait cette effigie... ».
L'interprétation donnée par Fournier d'une rencontre aussi étrange n'est pas appuyée de raisons très concluantes. D'abord il avoue qu'il ne restait aucune trace de tombeau, et ignore même qu'il en avait été érigé un. Des ouvriers découvrent fortuitement un caveau dont il ne prend aucun soin de préciser la situation. Il y descend, et, sans hésitation, le reconnaît pour celui de Pierre II, mais construit 13 ans après la mort du prince, et qui dément toutes les données historiques, basées sur de bonnes preuves, qu'on vient de lire, et se trouvent par conséquent inadmissibles, de même que l'emploi attribué au simulacre dans un service solennel, circonstance purement hypothétique.
En résumé, il nous parait beaucoup plus rationnel de croire qu'au milieu du grand nombre de tombes, d'enfeux, de caveaux de toutes sortes dont était rempli le sol de la collégiale, l'ingénieur Fournier, égaré par le souvenir de la sépulture du duc Pierre, se sera trompé d'attribution, en prenant pour la tombe de ce prince un emplacement plus ou moins rapproché, qu'il n'a point déterminé, et dans lequel il avait été fait une inhumation simulée, constatée seulement par le bas choeur, dans un but ou pour un motif inconnu.
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TOMBEAU DU DUC ARTHUR III
Le duc Arthur III, le glorieux vainqueur des Anglais, succéda à son neveu Pierre, mais ne régna guère plus d'un an. Il mourut au château de Nantes, sur les six heures du soir, le lendemain de Noël de l'an 1458. Malgré son état de souffrance, il entendit à genoux la sainte messe, le matin même du jour où il mourut. « Le corps du Duc fut ouvert, dit une Chronique du temps, et gardé jusques au jeudi ensuivant (28 décembre), auquel jour fut enterré par Révérend père en Dieu l'évêque de Nantes, nommé Guillaume de Malestroit, èz Chartreux, plusieurs seigneurs présents ».
Arthur III, s'il n'est le fondateur des Chartreux de Nantes, eut du moins une très large part à leur établissement. Il dota richement leur monastère, et la Duchesse sa femme, Catherine de Luxembourg, y fit aussi de grandes fondations. « Elle fit achever les cloîtres, nous dit Travers, et embellir l'église des Chartreux ; elle leur donna le précieux reliquaire de son mari et de riches ornements ».
En 1750, le chapitre venait le lundi des Rogations chanter le Libera devant le tombeau du Duc.
Jusqu'à présent, il n'a jamais été publié ni description, ni gravure du monument d'Arthur III. Mais nous avons retrouvé dans la très précieuse collection du chevalier de Gaignières un dessin à la plume, rehaussé de couleurs, qui donne bien l'aspect général du tombeau de notre Duc. A ce dessein est jointe la note suivante : Tombeau de pierre au milieu du choeur de l'église des Chartreux de Nantes, il est d'Arthur III du nom, Duc de Bretagne, et de Catherine de Luxembourg sa 3ème femme.
On remarquera avec surprise que le style de ce monument ne concorde guère avec la date de la mort d'Arthur III, 1458. Il appartient pleinement au style italien qui ne pénétra en France que trente ans plus tard. On y voit sur le côté trois pilastres Renaissance, surmontés de chapiteaux et décorés de pinceaux et de médaillons. L'écusson de droite est d'hermine plein avec la couronne ducale ; celui de gauche est à mi-parti : au 1er de Bretagne ; au 2ème d'argent au lion de gueules, la queue passée en sautoir, couronné, armé et lampassé d'or, qui est Luxembourg. Les pièces du blason sont indiquées par des tons différents ; il y a dans les pilastres et les moulures du socle des oppositions de couleurs dans le goût de la Renaissance ; tout cela nous entraîne assez loin de 1458.
Etonné de cet écart de date, j'ai tenu à m'assurer que le dessin original de Gaignières, maintenant à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, est bien tel que nous l'a donné le calque de Frappa. Il n'y a aucune erreur ; notre reproduction est parfaitement exacte. Du reste, il est impossible de douter que ce soit bien le tombeau d'Arthur III, puisque nous y voyons ses armes et celles de sa femme.
Comment le fils du vainqueur de Charles de Blois vient-il toucher par sa tombe l'époque de la Renaissance ? Pour expliquer cette étrangeté, il faut nous souvenir qu'Arthur III était déjà fort âgé lorsqu'il épousa sa troisième femme, Catherine du Luxembourg. Celle-ci survécut 35 ans à son mari, et en veuve fidèle elle ne cessa de prier au monastère des Chartreux, près duquel elle s'était retirée, pour l'âme de son glorieux époux. A sa mort, on éleva le monument que nous voyons et qui réunit le corps du Duc et de la Duchesse. On était alors à l'aurore de la Renaissance et l'emploi de motifs du style italien s'explique aisément. Déjà cette ornementation avait pénétré en Bretagne, et nous voyons, au château de Goulaine, élevé en 1496 ou 98, des fenêtres cantonnées de pilastres ayant le même décor italien.
Il n'y a aucun gisant sur la table de marbre blanc qui couvre le dessus du tombeau. Le manuscrit du roi d'armes Berry, reproduit dans Montfaucon, nous représente Arthur III l'épée au poing, la chape de fer sur la tête, ayant près de lui un écu de Bretagne à 4 pendants. L'écusson sculpté sur son tombeau ne porte aucune brisure, parce qu'alors il était chef de la maison ducale.
Le 13 mars 1514, lorsque l'on rapporta de Blois le coeur d'Anne de Bretagne, il fut déposé d'abord sur la tombe d'Arthur III. Depuis cette date, le monument de notre Duc resta confié aux RR. PP. Chartreux jusqu'à la Révolution.
Des documents conservés aux archives départementales de Nantes nous apprennent que, le 18 janvier 1792, le sieur Lamarie, statuaire, fut chargé par les administrateurs du district de Nantes d'enlever le tombeau d'Arthur III de l'église des Chartreux, et de le transporter, avec le mausolée de François II, dans la Cathédrale.
Une lettre de Lamarie, du 12 juin 1792 (Archives départementales de Loire-Inférieure), contient la réclamation aux membres du district d'une somme de 100 livres pour ce travail. Le sieur Lamarie « a suivi et surveillé la démolition et le transport du tombeau de François II qui était dans l'église des Carmes et celle dartur (sic) qui était dans l'église des Chartreux. Ce déplacement hors de ses ateliers lui a employé beaucoup de temps, etc. Signé : Lamarie, statuaire ».
Un extrait des registres du Directoire du département en date du 11 août 1792 nous donne un arrêté ordonnant le payement à Lamarie de ladite somme de 100 livres.
A partir de cette date, il n'est plus fait mention du tombeau de notre Duc. Mais de même que le mausolée de François II, il ne fut pas transporté à la Cathédrale, fort heureusement, du reste, car il n'aurait pas échappé à la rage des Vandales qui dévastèrent l'église l'année suivante. Maintenant encore, malgré le temps écoulé, on peut espérer d'en retrouver au moins quelques fragments.
« Les restes d'Arthur III, nous dit Mellinet, reposaient dans l'église des Chartreux, lorsque les passions brutales mêlées à l'enthousiasme révolutionnaire portèrent une atteinte sacrilège aux tombeaux qui s'étaient conservés depuis des siècles sous la protection des autels. Une personne pieuse a pu recueillir les ossements d'Arthur III et les confia à M. l'abbé Gély, à son retour d'Espagne. Ils ne pouvaient être remis en de meilleurs mains. M. l'abbé Gély plaça dans une boite scellée les ossements d'Arthur III et les déposa en 1802 dans le caveau du petit cimetière de Saint-Jean, situé entre la Cathédrale et l'Evêché ».
Le registre des délibérations capitulaires nous donne, à la date du 17 août 1817, la mention suivante : « Le chapitre délibérant a arrêté que les ossements d'Arthur III, duc de Bretagne, comte de Richemont et connétable de France, sauvés de la destruction de l'église des Chartreux, où ce prince, décédé le 26 décembre 1468, avait été inhumé, se trouvaient déposés provisoirement dans le caveau destiné à la sépulture des entrailles des Evêques de ce Diocèse, seraient transférés du susdit caveau avec toutes les cérémonies religieuses usitées en pareil cas, le jeudi 28 courant, à onze heures précises, inhumés et déposés, d'après le désir de la Municipalité, dans le tombeau de François II, et que le procès-verbal qui en sera fait par la Mairie sera déposé dans nos archives. Fait et arrêté en assemblée capitulaire le 14 août 1817. « DE BRUC. DELAMARE, ch. Secr. »
Ainsi nous possédons encore les précieux restes de notre vaillant duc Arthur III, et le monument de François II est devenu la tombe de son très illustre devancier. Sur une plaque de bronze placée au haut de l'horrible grille qui emprisonne le chef-d'œuvre de Michel Colombe, on lit l'inscription suivante :
TOMBEAU DE FRANÇOIS DEUX
LES RESTES D'ARTHUR III DUC DE BRETAGNE,
COMTE DE RICHEMONT, CONNETABLE DE FRANCE,
MORT A NANTES LE 26 DECEMBRE 1458, Y ONT ETE DEPOSES
LE 28 AOUT 1817
Cette plaque de quelques centimètres, un nom de rue et une statue sans nez, bonne à mettre dans un jardin pour faire peur aux oiseaux, c'est tout ce que nous avons pour honorer le héros qui délivra la France à Formigny, et l'une des plus pures gloires de la Bretagne.
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LE TOMBEAU DE FRANÇOIS II
Sur le marbre couchés, le Duc et sa compagne
Semblent dormir en paix et respirer encore
Et leur fier lévrier, au collier bouclé d'or,
Veille à leurs pieds, portant l'écusson de Bretagne.
Autour du lit ducal, saint Louis, Charlemagne,
Apôtres et Vertus, descendus du Thabor,
Protègent le dernier souverain de l'Armor,
Et lui gardent sa place à la sainte montagne.
0 sculpteur ! ton ciseau cher à nos coeurs bretons
En dentelant la pierre anima ses festons :
De l'immortalité ton oeuvre a l'assurance ;
A tes noms empruntant une double beauté,
De la blanche colombe elle a pris l'élégance
Et du grand saint Michel l'austère majesté.
R. KERVILER.
Le sonnet de M. Kerviler n'est qu'une note, mais une note singulièrement juste dans le concert de louanges qui s'élève depuis tant d'années autour de ce chef-d'oeuvre. S'il fallait citer toutes les notices, tous les écrivains qui ont parlé du tombeau de notre dernier Duc, ce travail de bibliographie demanderait de bien longues pages. Le monument de François II est donc trop connu pour que nous ayons la présomption d'en donner ici une nouvelle étude. J'estime du reste qu'il est malaisé de dire en prose tout l'enthousiasme et le sentiment de profonde admiration qu'inspire cette radieuse merveille. Bornons-nous donc à donner par ordre quelques documents, les uns inédits, les autres peu connus.
Le tombeau de François II a été commencé en 1502 et achevé en 1507. Une lettre de Jean Perréal au secrétaire Marguerite d'Autriche, publiée par Bin Fillon (Poitou et Saintonge, p. 10), contient le curieux passage que voici : « Monseigneur, je vous ay envoyé le patron de la sépulture du duc de Bretaigne tout ainsy qu'elle est faite, sans y adjouter ni diminuer. Les Vertus on VI pieds de hault, les gisants VI et demy. Ledit patron j'ay fait juste : j'ay été toujours quand on le faisait ou le plus du temps. Je l'ay posé en son lieu, comme autrefois vous ay conté. Quand au marbre on l'a fet venir de Gènes. Michel Coulombe besongnait au mois et avait pour mois 20 ecuz l'espace de sinc ans ; il y avait deux tailleurs de maçonnerie antique italiens qui avaient chacun 8 écus pour mois, l'espace de sinc ans. Il y avait deux compagnons tailleurs d'images soubz Michel Coulombe, qui avait chacun 8 écus pour mois. On paiait tous fers asserés, tous outilz. Finalement la chose a esté si bien achevée que je l'ay posée au lieu désiré par la dite dame (Anne de Bretagne) et cousta à poser, tant pour faire la voute, pour mettre les corps que pour les engins, pour l'enrichir d'un peu d'or, la somme de 560 livres, car j'en ai tenu le compte ».
Ainsi Jean Perréal, peintre ordinaire du roi Louis XII,flut chargé du plan et de la direction des travaux ; Michel Colombe, aidé de deux élèves, Guillaume Regnaud, son neveu, et Jean de Chartres, exécuta les figures et les statues. L'ornementation fut confiée à deux artistes italiens, que B. Fillon croit être Domenico et Bernardino de Mantoue, qui seraient venus en France à la suite de l'expédition de Louis XIII dans le Milanais.
J'ai trouvé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale le fac-simile d'un tableau encadré de noir avec deux moulures jaune d'or, jadis placé « contre la muraille dans l'église des Carmes de Nantes, au côté gauche de la tombe de François II duc de Bretaigne ». Sur ce tableau est peinte l'inscription suivante : François 2 duc de Bretagne et Marguerite de Bretagne sa première épouse ayant été sept ans ensemble sans avoir d'enfonts, firent voeu de donner à N. D. des Carmes de Nantes, si par son intercession ils avaient un fils, son pesant d'or, ce qu'ils exécutèrent le 27 d'août 1463, comme il est porté par l'article du dit même jour devant Dubois, Trésorier, la Duchesse ayant obtenu par l'intercession de cette Vierge un fils qui fist nommé comte de Montfort et mourut jeune un peu auparavant la Duchesse sa mère. Le Duc retira le dit trésor avec les autres joyaux qui restaient dans ce couvent à la valeur de 30 marcs d'or, pour s'ayder contre ses ennemis, comme il est porté par le contrat du 19 avril 1488.
Le tombeau de notre dernier Duc n'attendit pas pour être violé les sombres jours de la Révolution. En 1727, sur la demande du Procureur syndic, du maire et des échevins de la ville, on procéda brutalement à l'ouverture du tombeau. Un extrait des registres du greffe de Nantes nous donne sur ce fait les indications suivantes : L'an 1727, la jeudi 16 d'octobre, entre midy et une heure, Nous Gérard Mellier, nous sommes transportés avec notre greffier dans le choeur de l'église des Carmes et fay venir devant nous les ouvriers par nous nommés d'office ..... (Suit la description extérieure du tombeau et de la balustrade qui l'entourait) .... Entre laquelle balustrade a été trouvée, sur du vélin, l'inscription suivante : Le corps du duc François II et des deux duchesses Marguerite de Bretagne et Marguerite de Foix ses épouses, avec le cœur d'Anne de Bretagne, héritière Duchesse de Bretagne, fille du duc et de Marguerite de Foix, et deux fois Reine de Bretagne, gisent sous ce royal et magnifique tombeau que cette Reine fit construire à la mémoire du très haut et très magnanime prince et duc de Bretagne, François II son père, par l'art et l'industrie de M. Michel Colombs, premier sculpteur de son siècle, originaire de l'évéché de Léon. Et au surplus le dit tombeau est en face du grand autel dont il est éloigné de 17 pieds, et le dit tombeau est isolé dans le chœur de la dite église. Et ayant fait l'ouverture de la pierre tombale qui a 4 pieds 10 pouces de large sur 3 pieds 10 pouces, nous avons fait entrer dans ledit tombeau un des ouvrier. Et l'ouverture du dit caveau ayant été faite assez grande pour y descendre, avons vu, par la dite ouverture, trois grands cercueils de plomb. Celui du milieu est parsemé d'hermines en relief. Vers la tête et au côté droit est une inscription où est écrit ce qui suit en caractères gothiques : Cy dedans gist le corps du Duc François second de ce nom, lequel régna trente ans, Duc de Bretagne, puis trépassa à Couaron, le neuf septembre l'an 1488, et fust céans ensépulturé. Au bout dudit cercueil, à la tête, est un écu des armes de Bretagne en relief, sur une table de plomb, avec une couronne au-dessus ».
Sans nous arrêter à cet acte brutal de vandalisme, à cette violation de sépulture par voie administrative, remarquons le passage de ce texte qui nous donne l'ancienne physionomie du mausolée tel qu'il était en sortant des mains de Michel Colombe. Dressé dans la partie la plus élevée du sanctuaire, bien éclairé par les verrières du choeur qui projetaient leur jour doré sur ses blanches statues, le monument de notre dernier duc devait avoir une merveilleuse beauté qu'il nous est difficile de retrouver aujourd'hui. Placé maintenant de plain-pied dans un des côtés sombres de la cathédrale, il n'est plus au point voulu par les maîtres qui l'ont exécuté. De plus, on la entouré d'une grosse grille de fer qui sert de vestiaire aux fidèles pendant les offices ; c'est à travers une haie de parapluies, de manteaux et de chapeaux que l'on entrevoit les idéales figures du chef-d'oeuvre de notre Renaissance !.
A la Révolution, le 17 février 1792, l'église des Carmes ayant été vendue nationalement, les sieurs Crucy, architecte, Lamarie, sculpteur, et Recommencé, sous-ingénieur du département, furent chargés de diriger la démolition du tombeau ducal et de le faire reconstruire dans la chapelle Saint-Claire de l'église cathédrale. Mais, dès le mois suivant, nous voyons, par les registres du Directoire du département, que ce projet de reconstruction fut abandonné. Les précieuses statues du tombeau des Carmes furent heureusement sauvées par M. Crucy.
Après la Révolution, un autre danger vint les menacer. Sous l'Empire, on eut le dessein bizarre d'utiliser les quatre figures du tombeau pour les placer à la base d'une colonne élevée à la mémoire des braves ! La Tempérance, la Sagesse ont sans doute paru hors de place dans cet agencement, et une lettre de Lucien Bonaparte, datée du 22 thermidor an VIII, notifie au préfet de Nantes l'abandon de ce malencontreux projet. Sous le règne de Louis XVIII, on restaura enfin l'admirable tombeau de François II, tel que nous le voyons aujourd'hui (P. de Lisle du Dréneuc).
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