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ELVEN

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La commune d' Elven (bzh.gif (80 octets) An Elven) est chef lieu de canton. Elven dépend de l'arrondissement de Vannes, du département du Morbihan (Bretagne). 

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ETYMOLOGIE et HISTOIRE de ELVEN 

Elven vient, semble-t-il, du breton "Plou" en "Elf (ou Elv) Guen" (la paroisse du peuplier).

Le "Plou" (pays) d'Elven fut sans doute fondé au VIème siècle par les Bretons immigrés d'outre-Manche. Aussi le patron d'Elven est-il Saint-Alban, soldat Romain décapité à Vérulam, à 50 kilomètres de Londres, vers l'an 209, parce qu'il refusait d'abjurer sa Foi. 

Le fief d'Elven ou de Largoët, démembré du comté de Vannes vers 907, s'étend, d'une manière approximative, du golfe du Morbihan jusqu'à la rivière de la Claie, et depuis le Loc jusqu'à Caden inclusivement. Mais vers le XIème siècle, toute la partie orientale, à partir de Larré, en est distraite, pour former la seigneurie de Rochefort. C'est en 910 que Plou Elven est mentionné pour la première fois. Un château y est édifié pour faire face aux attaques des Normands. C'est, semble-t-il, là que vit Derrien Ier, l'un des fils cadets d'Alain le Grand, et le premier seigneur d'Elven. A la fin du XIIème siècle, ce fief passe, par mariage probablement, à la famille des seigneurs de Malestroit, qui le gardent longtemps. En 1294, Payen III reconnaît devoir au duc cinq chevaliers d'ost, dont quatre pour sa terre de Largoët et un pour celle de Malestroit. En 1471, le fief de Largoët comprend : Elven, Larré en partie, Sulniac en partie, Treffléan, Saint-Nolff, Saint-Avé, Saint-Patern en partie, l'Ile-aux-Moines, Arradon, Baden, Ploeren, Plougoumelen, Pluneret en partie, Plumergat, Grand-Champ, Plaudren, Monterblanc, Trédion et Molac.

Une première église en bois périt dans les flammes et elle est remplacée par une église romane en 1121, bâtie par Even (seigneur de Largoët), d'Elven. Elle est incendiée par les Normands. 

Elven englobait, semble-t-il, autrefois le territoire de Trédion qui était soit une trève soit une frairie, et le territoire de Saint-Nicolas-d'Aguénéac, érigée en 1658. 

On rencontre les appellations suivantes : Elven (en 1427, en 1477, en 1536), Eleven (en 1427, en 1448), Ellven (en 1464, en 1481).

Note : Elven, sur la route de Vannes à Ploërmel, est l'une des grandes paroisses du diocèse. Avant qu'on lui eut retiré Trédion en 1820, sa superficie totale était de 8977 hectares, et se rapprochait de Languidic, de Cléguérec, de Carentoir, etc... En 1891, il lui reste encore 6401 hectares, dont un tiers environ est sous labour, un tiers sous prés, bois, etc., et le reste sous lande. Ce territoire, traversé par la rivière d'Arz et arrosé par plusieurs ruisseaux, produit en abondance du cidre, du seigle et du sarrasin. Le bourg, placé au centre de la commune, rend le service religieux et civil plus facile que dans des localités moins importantes. Sa population en 1891 est de 3326 habitants. Les Celtes ont laissé de nombreuses traces de leur séjour, dans la lande de Lanvaux, qui était jadis couverte de forêts, et qui en conserve encore des restes dans les bois de Kerfily, de Hanvaux, de Coetby... La majeure partie de Lanvaux appartenant aujourd'hui à Trédion, c'est là qu'il faut chercher la description des monuments mégalithiques qui couvrent son sol. Elven n'en garde qu'une partie, aux environs des villages de Kerbley, Saint-Germain, le Clestro, les Princes, Panistrel et Cornebo. « Tout cet espace est parsemé de dolmens ruinés, de menhirs debout ou renversés, et de pierres curieusement excavées. Il faut remarquer qu'en général ces monuments se trouvent sur la rive gauche de l'Arz ; la rive droite en est presque entièrement dépourvue », par suite des progrès de l'agriculture. Les Romains ont aussi laissé dans ce pays une profonde empreinte. La voie de Vannes à Rieux traverse l'extrémité méridionale de ce territoire, auprès des villages de Penro et du Halinier. C'est probablement de cette voie que provient une borne milliaire, de forme cylindrique, mesurant deux mètres de hauteur, transportée au village de Saint-Christophe à une époque reculée, creusée depuis en forme d'auge et appelée pour cette raison le « tombeau de Monsieur saint Christophe ». Signalée en 1842 par M. Than, et acquise par la Société polymathique, elle figure aujourd'hui au Musée archéologique. Elle porte l'inscription suivante que par un grand bonheur, le marteau avait épargnée : MAGNO - IMP. CAES. - AVRELIAN. – INVICTO – TRIB. POT. – III. P. P. – A. D. M. … La distance en milles fait défaut, mais la 3ème année du tribunat d'Aurélien permet de rapporter la colonne à l'an 272 de notre ère. Au même village de Saint-Christophe, M. Than découvrit, également en 1812, une villa gallo-romaine, composée de plusieurs pièces et munie d'un hypocauste. Il y rencontra une monnaie de Claude II, une fibule, une clef en bronze, une anse brisée, une patère en bronze et de nombreux fragments de poteries diverses, au milieu d'innombrables briques. On peut voir ces objets au Musée archéologique. En plusieurs autres endroits on trouve des briques à rebord et d'autres indices de constructions antiques ; à la Boissière, près du bourg, ces vestiges sont considérables, et une fouille pourrait être productive. Au village de Lescastel, se trouve un camp romain, de forme carrée, ayant environ cent mètres de côté ; il est situé sur un point très élevé, d'où l'on commandait la voie, qui passe à Penro. On rencontre aussi d'autres traces de retranchements à Léaulet, au Quelenec, à Truhélan, à Mérionec, à la Haye-Dréan, à Coh-Castel, au Feuvy, à Lesvis... ; mais plusieurs d'entre eux sont si incomplets qu'on ne sait s'il faut les rapporter à l'époque romaine ou au moyen âge. Il n'en est pas de même d'une enceinte presque ronde, qui se trouve à Keranderf dans le quartier de Camarec, et qui domine la voie de Vannes à Trédion ; elle est franchement romaine. Au moyen âge, Elven devint le centre d'un fief considérable, démembré du comté de Vannes vers 907, et s'étendant d'une manière approximative de Larré au Loc, et du Morbihan à la Claye. Son siège principal était dans la forêt ou le parc d'Elven, et s'appelait pour cela Argoet, et plus tard Largoet. (Joseph-Marie Le Mené - 1891).

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PATRIMOINE de ELVEN

l'église Saint-Alban (1525-1642), reconstruite en 1868 sous l'impulsion du recteur Jacques Fresque. Au XVIème siècle, à la suite d'un incendie survenu en 1525, on refait l'église : le choeur est reconstruit par les soins du chanoine Bertrand de Quilfistre et la nef recouverte par Guy de Quilfistre. Ces faits sont confirmés par plusieurs inscriptions aujourd'hui disparues : l'inscription de l'ancienne sablière du choeur, remplacée par une voûte d'ogives "Anno Domini millesimo vigesimo sexto, Bertrandus de Quilfistre, scolasticus et canonicus Venetensis, hujusque parrochialis ecclesie rector, a fundamentis fieri et fabricari hunc chorum curavit ... cat ei Altissimus. Amen" et l'inscription disparue de la sablière de la nef "M. cinq-centz trente seix fut ce boys yci asilz, lors d'ici estoit recteur venerable et discret Maistre Guy de Quilfistre, et de cest eupvre inventeur. A luy et aux oupvriers qui yci.....". La nef est de nouveau réparée en 1625 par le recteur Yves Audic, qui, en 1642, fait élever sur le croisillon Nord une tour carrée surmontée d'une flèche. De 1871 à 1879 sont démolis la nef et le transept, remplacés par un édifice de style gothique avec clocher sur le porche, d'après les plans de l'architecte Boismen, de Nantes. De la nouvelle église gothique, construite à partir de 1525, il reste le chœur à cinq pans avec sa corniche en bois polychrome représentant les familles nobles de ce temps (dont les contreforts sont amortis de pinacles joliment décoré, entre lesquels court une balustrade) et l'ancienne sacristie dont les deux contreforts, arrondis à la base, sont surmontés d'animaux fantastiques. L'ancienne charpente a été remplacée par une voûte d'ogives et des réseaux de fenêtres ont été refaits. On a conservé aussi, au croisillon Nord, une jolie porte flamboyante et, pour orner la porte du croisillon Sud, l'accolade qui surmontait l'enfeu de la famille Chohant, seigneurs de Kerleau (ou Kerlo) en Elven, avec sa curieuse inscription "Timentibus (soleil)....". La sacristie, accolée au choeur et entièrement lambrissée en bois, date de 1868-1877. En 1962, elle est restaurée et on y pose de nouveaux vitraux ;

Nota 1 : Au point de vue religieux, Elven figure, dès 910, comme paroisse, dans le Cartulaire de Redon, et l'on doit la compter parmi les plus anciennes du diocèse, à cause de l'étendue de son territoire. Son patron est saint Alban, premier martyr de la Grande-Bretagne, mis à mort à Vérulam, le 22 juin 303. Le village appelé le « Moustoir-Saint-Alban », ou simplement le « Moustoir », semble rappeler un petit établissement monastique, et l'on est tenté de l'identifier avec la terre de Lunen en Elven, donnée en 910 à l'abbaye de Redon. Dans tous les cas cet établissement ne parait pas avoir survécu aux ravages des Normands. L'église paroissiale elle-même avait dû souffrir de ces déprédations, et on trouve qu'en 1121 Even, seigneur de Largoet, était occupé à la reconstruire ; c'est pour ce motif qu'il ne donna que la moitié des dîmes de la paroisse d'Elven au prieuré de Saint-Martin de Trédion, attendant, pour lui céder le reste, l'achèvement de l'église. Cet édifice du XIIème siècle était nécessairement de style roman, et on peut se le représenter en forme de croix latine, avec une tour sur l'inter-transept, comme la plupart des églises de la même époque. A cette construction romane succéda une troisième église, de style ogival, qui a subsisté jusqu'à nos jours. La nef, large et spacieuse, avec entraits à têtes de crocodiles, le choeur et l'avant-choeur, plus élevés que la nef, étaient du XVIème siècle, comme le prouve l'inscription suivante, gravée sur les sablières : Anno Dni millio. quengentio. vigio. sexto, Bertrand de Quifistre, scolasticus et canonic Venetn, hujusq. prochial eccle rector, a fundamentis fieri et fabricari hunc chorum (curavit). Pcat ei Altissimus. Amen. La reconstruction du choeur avait été la suite d'un incendie arrivé en 1525. Dans la nef : M. cinq centz trente seix, fut ce boys yci asilz : lors d'ici estoit recteur vénérable et discret Maistre Guy de Quifistre, et de cest eupvre inventeur. A luy et aux oupvriers q. yci... La grande porte, au bas de la nef, était divisée en deux baies, en anse de panier, surmontées d'un grand arc plein cintre. Le côté gauche de l'avant-choeur renfermait l'enfeu des Chohan de Kerleau, avec leur sentence : Timentibus (Deum) .... (immortalitas). Le choeur, de forme polygonale, orné de contreforts à pinacles était entouré d'une galerie à jour. Un siècle après ces grands travaux, un autre recteur, nommé Yves Audic, y mit aussi son empreinte. Il répara la nef en 1625, construisit dans le cimetière, en 1626, un ossuaire à neuf ouvertures ogivales trilobées, avec l'inscription : Exultabunt Domino ossa humiliata, fit réconcilier, en 1631, par l'évêque de Vannes, son église et son cimetière, qui avaient été pollués par une violente effusion de sang humain, et bâtit en 1642, sur le transept nord du temple la tour carrée des cloches, surmontée d'une élégante flèche en ardoises. Désormais il n'y eut à l'église que de légères retouches, et il ne reste à citer que l'établissement, en 1756, d'un maître-autel, qui avait coûté 3,500 livres. Cependant, au bout de trois siècles de durée, la nef demandait de grosses réparations. Au lieu de les entreprendre, on préféra en 1868 la démolir, et commencer sur son emplacement une nouvelle église, avec des bas côtés. En même temps, on déplaça le cimetière et on nivela le sol. En 1871, après la guerre, on entreprit les deux transepts, et on les raccorda avec le choeur du XVIème siècle, qu'on avait conservé. En 1875, on put enfin jouir de la nouvelle église ; et bientôt le recteur de la paroisse, M. Jacques Fresche, qui avait été l'âme de l'entreprise, y reçut la sépulture. Son successeur n'eut qu'à terminer la tour, placer l'autel majeur et le mobilier, et provoquer la consécration de l'édifice, qui eut lieu le 22 septembre 1879. Le nouvel édifice est de style ogival, imitation du XIIIème siècle, et fait honneur à M. Boismen, architecte à Nantes. On peut voir, au transept nord, une porte sculptée provenant de l'ancienne église, et à la galerie du choeur des figures bizarres d'animaux, et notamment un ours appuyé sur son bâton. La flèche de la tour, entièrement en pierres de taille, est très élégante et s'aperçoit de fort loin. Le presbytère, avec sa cour et ses lucarnes monumentales, rappelle un manoir du XVème siècle. Dans le jardin on conserve trois écussons en pierre blanche, provenant de l'ancienne église. Le premier porte un écartelé de Rieux et de Rochefort, et sur le tout d'Harcourt. Le second porte un écartelé de Rieux, de Montmorency, de Rochefort et de Bourbon, et sur le tout un parti d'Harcourt et d'Aumale. Le troisième porte l'écureuil de Nicolas Fouquet. Les chapelles publiques d'Elven étaient les suivantes : — 1. La Passion, ou Notre-Dame de Pitié, dans le bourg, entourée d'un cimetière. Négligée après la révolution, elle a été démolie vers 1834 pour y construire la mairie et la gendarmerie. — 2. Saint-Clément, au village de ce nom, vers le sud de la paroisse, offrant encore des restes de vitraux peints et des traces de cimetière; elle est régulièrement desservie. — 3. Saint-Thomas, à Lescastel , construction en grand et moyen appareil, avec contreforts aux angles. — 4. Saint-Christophe, au village de ce nom, vers l'est ; bel édifice, régulièrement desservi. — 5. La Madeleine, près de la route de Malestroit, vers le nord-est, était jadis aux cordiers de l'endroit. — 6. Saint-Germain, au village du mème nom, vers le nord, mentionnée dès 1121 sous le nom de Pibidan. L'édifice actuel est du XVIème siècle. Sur les sablières se trouve l'écusson plusieurs fois répété de Rieux à 9 besants. Dans la verrière au-dessus de l'autel, on voit cinq écussons, parmi lesquels on remarque les armes de Rieux-Rochefort, Coetregal, Callac, Peschart, etc... A la porte de la chapelle se trouve un cercueil en pierre, appelé le « tombeau de Saint-Germain », long de deux mètres, peu profond par suite de mutilations, plus large aux épaules qu'aux pieds, et présentant une place réduite pour la tête : ce qui caractérise les cercueils de la période carolingienne. — 7. Saint-Martin de Trédion, chapelle prieurale, fondée vers 1121, chef-lieu de paroisse en 1820. (Voir Trédion). — 8. Saint-Nicolas, à Aguenéac, édifice sans caractère, trève en 1658, annexé à Trédion en 1820. Les chapelles privées étaient : celles de Largoet, de Kerleau, de Camarec, de Kerfily, et de Bellon. Les frairies étaient celles du bourg ou Saint-Alban, de Botcolo, de Saint-Clément, de Lescastel, de Saint-Christophe, de la Madeleine, de Saint-Germain, du Poulo ou Kerleau, de Camarec, de Bellon, de Trédion, et d'Aguenéac. On connaît les chapellenies suivantes : — 1. Celle de la Sainte-Trinité, fondée par Bertrand de Quifistre, recteur, à raison de trois messes par semaine, dont une, le dimanche, à la chapelle de Kerleau. — 2. Celle de Sainte-Croix, fondée par Guy de Quifistre, successeur du précédent, et chargée de trois messes à célébrer dans la chapelle de Kerleau. — 3. Celle de François Goret, dotée de 50 livres de rente sur une maison de Rennes, et chargée d'une messe à dire chaque samedi, à Kerleau. — 4. Celle de Kercointe, dotée d'une maison, jardin et verger, situés à Kerolo, et desservie à l'autel de saint Yves et plus tard à celui de sainte Anne. — 5. Celle de Pendelen, dotée aussi d'une maison, d'un jardin, d'un verger. 6. Celle des Nouel, dont on ignore la dotation et les charges. Pour acquitter ces fondations et pour aider au service de la paroisse, il y avait ici une communauté de prêtres, dont le chef naturellement était le recteur. Il ne faut pas entendre par ce mot de communauté une société d'ecclésiastiques menant une vie commune, mais seulement une association de prêtres ayant des intérêts matériels et des charges qui les regardaient en commun. Dès 1664, M. René de Trévegat, recteur d'Elven, commença, en faveur de cette communauté, une fondation de messes chantées, qu'il fixa ensuite à huit par mois, en déterminant minutieusement les jours de la semaine, les morceaux de chant, le nombre de cierges, etc... A cet effet il donna une maison située au bourg, une pâture, et toute la métairie de Kercaillo, dont il régla soigneusement l'administration, par acte du 2 juillet 1667. La communauté était sous le vocable du Saint-Esprit, et comprenait alors sept prêtres, sans compter le recteur. Quant aux dîmes, on a vu ci-dessus, qu'en 1121, Even, seigneur d'Elven, donna la moitié des siennes pour la fondation du prieuré de Trédion, se proposant de donner le reste après l'achèvement de l'église paroissiale. Cette dîme, perçue à la 11ème gerbe, ne s'étendait point sur toute la paroisse. En 1253, Guillaume de Questembert donna à l'abbaye de Prières, pour y fonder une chapellenie, toutes les dîmes qu'il possédait en Elven. Deux ans après, il y ajouta le don de sa tenue de Talenhoet, appelée depuis le Bois-des-Moines. En 1275, Nicolas de la Haye-Dréan, fils de Geoffroi, et Maurice son oncle, contestèrent ces dîmes et finirent par les reconnaître. Toutes ces libéralités diminuaient naturellement la part du recteur, en diminuant ses tributaires. Il ne percevait la dîme, au moins dans les derniers siècles, qu'à la 33ème gerbe. Néanmoins, en 1757, son revenu net était évalué à 1800 livres. A la même époque, le prieuré de Trédion rapportait un revenu net de 1200 livres. En 1772 furent fondées les « Petites Ecoles ». Le 3 novembre de cette année, procession et messe solennelle dans la chapelle de la Passion, pour célébrer « l'ouverture des écoles établies pour l'instruction des garçons de cette paroisse, par les soins de Mgr Charles-Jean de Bertin, évêque de Vannes, et par la libéralité et le zèle de haut et puissant seigneur Messire René-Jacques-Louis Le Prestre, seigneur de Châteaugiron, de Kerleau, etc... » (Registre paroissiale). Elven était jadis du territoire et de la sénéchaussée de Vannes. En 1790, il fut érigé en commune, et même en chef-lieu de canton, du district de Vannes, et comprit dans sa circonscription Elven, Sulniac, Treffléan et Saint-Nolff. En 1791, le recteur Julien Gombard refusa de prêter le serment exigé par la constitution civile du clergé, et mourut trois ans après, détenu au Petit-Couvent, à l'âge de 80 ans. L'intrus, qui prétendit prendre sa place, fut rejeté par la population. Pendant ce temps, on vendit nationalement la métairie du Bois-des-Moines, qui appartenait à Prières, celle du Halinier, qui appartenait aux Carmélites de Vannes, celles de Saint-Christophe, de la Haye-Belle-Fontaine et du Halinier, dépendant de la Visitation de Vannes, celle de Kerprado , appartenant aux Ursulines de la même ville, la maison et dépendances du prieuré de Saint-Martin, la dotation des diverses chapellenies et de la communauté des prêtres, et enfin un pré et deux champs appartenant à la fabrique. La conscription en 1793 irrita vivement le peuple et prépara l'insurrection des paysans. Le 4 novembre 1795, Georges Cadoudal marcha sur le bourg d'Elven, à la tête de sa division, et y attaqua un détachement de 400 grenadiers de l'Ain, commandés par Cerdon. Il les poursuivit jusqu'à l'église, les y assiégea, et se retira après avoir subi des pertes sérieuses. Le 30 novembre 1799, les Chouans, qui venaient de recevoir des armes et des munitions, furent attaqués sans succès par le général Harty, sur la route d'Elven et auprès de Kerleau. Les royalistes d'Elven étaient nombreux et déterminés et obéissaient à Guillaume Gambert, qui avait succédé à son frère Joseph. Ils prirent une part brillante, le 22 janvier suivant, à la bataille de Locmaria-Grand­champ qui termina la campagne. A la suppression des districts en 1800, Elven fit partie de l'arrondissement de Vannes, et en 1801 il fut maintenu comme chef-lieu de canton ; ce qui fut ensuite reconnu par l'Eglise. En 1815, pendant les Cent-Jours, les royalistes d'Elven reprirent les armes et combattirent à Sainte-Anne, à Muzillac et ailleurs, jusqu'au retour des Bourbons. En 1830, l'opposition se traduisit par le refus du service militaire de la part de quelques réfractaires, et l'échange de quelques balles avec les gendarmes : ce qui amena le casernement d'une compagnie de soldats au bourg, jusqu'en 1848 (Joseph-Marie Le Mené - 1891).

la chapelle Saint-Anne (1902), de style gothique et située au bourg d'Elven. Elle est édifiée en 1902 à l'initiative du recteur Gaudin. Sa porte est surmontée d'une accolade avec fleuron reposant sur des pilastres à pinacles fleuris. Les vitraux retracent la vie de Sainte Anne et celle des donateurs (entre autre celle de B. de Charette, en zouave pontifical). La flèche du clocher comporte de petits gables et des gargouilles ;

la chapelle Notre-Dame-de-la-Clarté (1830), située à Camarec, sur la route de Monterblanc. Cette chapelle succède à une ancienne chapelle qui a disparu ;

la chapelle Saint-Clément (XV-XVIIème siècle), située au village Saint-Clément, route de Treffléan. On y voit des fragments de vitraux anciens. La chapelle abrite deux statues de saints, un retable et de belles fresques des XVème et XVIème siècles, restaurées et représentant saint Hubert et saint Isidore ;

la chapelle Saint-Christophe (XV-XVIème siècle), située au village de Saint-Christophe, route de Carré. En forme de croix latine, elle a été reconstruite au XIXème siècle (en 1928). Elle abrite quelques vieilles statues en bois du XVIIème siècle ;

la chapelle Saint-Thomas (XVIème siècle), située au village de Lescastel. Il ne subsiste que des ruines. Une croix est incorporée à un mur ;

la chapelle Saint-Germain (XVIème siècle), située route de Trédion, au village du même nom. On la trouve mentionnée dès 1121, mais l'édifice actuel date seulement du début du XVIème siècle. Il s'agit d'une petite construction rectangulaire, à décoration flamboyante, dont les fenêtres en tiers-point, à réseau flamboyant, ont conservé quelques fragments de vitraux où l'on distingue des écus aux armes des familles Rieux, Rochefort et Callac. Son pignon est percé d'une porte en plein cintre et d'une fenêtre en arc brisé que décore un vitrail. La porte, construite en plein cintre, est ornée de moulures qui s'appuient sur deux colonnettes à pinacle fleuri. Au sommet, culmine un clocher abritant une cloche sous une arcade. La chapelle est ornée de boiseries dont une balustrade datant de 1784. On y trouve des fresques de l'époque Renaissance ainsi qu'un sarcophage du XIIème siècle, connu sous le nom de "tombeau de saint Germain" ;

la chapelle privative de Kerfily (vers 1858), dédiée au Sacré-Coeur ;

la chapelle privative de Kerlo ou Kerleau (XV-XVIème siècle), restaurée au XIXème siècle. Il s'agit de la chapelle privée du château de Kerleau ou Kerlo. L'édifice comprend une simple nef terminée par un choeur à trois pans. La chapelle possède un banc de pierre extérieur et une belle porte (XVème siècle) en anse de panier ;

la croix de Saint-Clément (XVème siècle). Le fût est encastré dans un soubassement rectangulaire. Elle a pour seul décor, cinq cupules qui évoquent les cinq plaies du Christ ;

la croix monolithe (IX-Xème siècle) de la chapelle Saint-Christophe. Il s'agit, semble-t-il, de la réutilisation d'un menhir ;

le calvaire (1896), situé près du cimetière. Il est pourvu d'un escalier monumental ;

le calvaire de le Kergousse (fin du XIXème siècle), édifié par Marie Joseph Nicolas ;

la croix (1899), située au carrefour du Kerdo et édifiée par la famille Boursicault ;

le château de Kerfily (XVII-XVIIIème siècle et 1858), propriété successive des familles Coëtquen (vers 1400), Sérent, de la duchesse de Narbonne, puis, par héritage, de la famille Charette de la Contrie (vers 1850). Le château actuel ainsi que la chapelle privée du Sacré-Coeur sont édifiés en 1858 (ou de 1860 à 1863) par Edmond (ou Armand) de Charette. Deux autres édifices, tous deux incendiés, avaient précédé l'actuel château. La porterie (XVIIème et XVIIIème siècles), surmontée de créneaux et de merlons en forme de pyramide, est l'un des rares vestiges des châteaux précédents (un écusson orne le sommet du portail). La façade principale du corps de logis actuel se compose d'un avant-corps sur chaque côté, et d'une tour centrale à cinq pans. Elle possède une chapelle privée (XIXème siècle) ;

la Tour d'Elven ou château de Largoët (XIII-XVIème siècle), édifié, semble-t-il, par la famille de Malestroit (XIIIème siècle), passe entre les mains successives des familles Raguenel (en 1468), Rieux (en 1471), Coligny (en 1567), Rieux (en 1616), Fouquet (en 1656), Tréméreuc (en 1686), Cornulier (en 1689), Le Mallier (en 1793), Bot de la Grée de Callac (en 1840) et du comte Henri de Bréon. Les terres de la seigneurie avaient été érigées en Comté en 1660. Au XIVème siècle, la tour d'angle Nord-Ouest est rebâtie en belles pierres de taille. A la fin du même siècle est élevé le donjon octogonal dont la masse étonne tous les visiteurs. Son auteur est Jean II, de Châteaugiron, seigneur de Malestroit et de Largoët, qui décède en 1394. Son frère cadet Alain, seigneur d'Oudon, construit aussi un donjon, suite à l'autorisation qu'il obtient du duc Jean IV en 1392. A noter que le plan des deux donjons est le même : un octogone allongé, mais les proportions sont plus grandes à Elven qu'à Oudon. Elven a environ 44 mètres de hauteur, Oudon a 30 mètres, et les murs d'Elven ont plus de quatre mètres d'épaisseur, ceux d'Oudon ne dépassent pas trois mètres. Le château est accessible par un châtelet à deux tours circulaires de la seconde moitié du XIIIème siècle, sur lesquelles est venu se plaquer entre 1490 et 1494 un ouvrage dû au maréchal Jean IV de Rieux. L'intérieur de la tour ronde du XVème siècle avait été restauré vers le XVIIème siècle et en 1905. La porte fortifiée date du XVème siècle. Le donjon (énorme tour de six étages, haute de 44,80 mètres) date du XIVème siècle (entre 1375 et 1390) : il est du à Jean II de Châteaugiron-Malestroit. Chaque étage du donjon contient une pièce principale et deux pièces annexes. La chapelle du XVème siècle est en ruine. Au XVème siècle, Jean IV, seigneur de Rieux et maréchal de Bretagne, garde prisonnier au château, Henri Tudor, duc de Richmond, futur Henri VII d'Angleterre. A la fin du XVème siècle, le château est démantelé par Charles VIII. En 1474, le comte Henri de Richemond est interné au château de Largoët, et y passe deux ans ; il devient, en 1485, roi d'Angleterre. Le château est pris d'assaut par les Français en 1488 et partiellement dévasté. Le maréchal Jean IV de Rieux ayant obtenu de la duchesse Anne, en 1490, une indemnité considérable, rétablit le planchers et les toitures, et refait le portail de la cour, en y mettant ses armes. En 1533, Suzanne de Bourbon, veuve de Claude Ier de Rieux, donne un aveu pour son fils et reconnaît tenir du Roi : "En la paroisse d'Elven, le chasteau et forteresse d'Elven, o ses tours et cernes, machicoulis, pont-levis, herses, courts, jardrins, estang et retenue d'eau, avec le parc d'environ, cerné de murailles, à debvoir de guet, pennaige de bestes, frosts et appartenances. Item, la motte et bastille de Clézen, située ès appartenances du bourg d'Elven (presbytère ?), cernée de doufves, o ses yssues et appartenances, contenant environ un journal, jouxte le chemin par lequel l'on va du bourg au moulin dudit lieu. Item, en la paroisse de Saint-Nolff, la motte, forteresse et bastille ancienne, cernée de grosses doufves, o les moulins foulerets à drap de Loyson (Luhan), estant au-dessoubs de ladite motte, o leur estang et chaussées situez en la rivière de Condat". En 1594, pendant les troubles de la Ligue, plusieurs familles nobles des environs y trouvent un refuge, comme le prouvent les registres de baptêmes d'Elven. En 1613, Jean de Rieux, marquis d'Asserac, achète la seigneurie de Largoët, pour 66 000 livres ; mais son fils Jean Emmanuel fait des dettes, et il est obligé de la revendre. Le nouvel acquéreur, le fameux Nicolas Fouquet, fait dresser, au mois de mars 1660, un état des lieux très détaillé, et dont il faut donner ici le sommaire. Suivant ce rapport "le pont dormant du château est vieux et caduc et à refaire ; le grand pont-levis peut servir quelque temps encore, mais le petit est à refaire ; les portes en bois sont toutes à renouveler. Le portail, bâti en pierres de taille, est en bon état, mais le corps de garde au-dessus a besoin de grandes réparations ; les deux tours latérales sont presque ruinées, et n'ont plus de charpente ni de couverture. A gauche, en allant vers la tour de l'angle, se trouve une vieille masure à deux étages absolument ruinée. La tour susdite a cinq étages ; les poutres et les planchers sont en mauvais état ; le toit a besoin de réparations. La muraille donnant sur l'étang va de la petite tour jusqu'à une vieille masure de tour, qui forme l'autre angle de la cour. La grosse tour n'a plus de poutres ni de couverture ; elle est octogone et munie de mâchicoulis et de parapets ruinés ; son châtelet supérieur est également ruiné. Il y a une crevasse dans le mur du côté d'Elven, et une autre plus faible du côté de la cour. De dix grandes croisées, qui sont dans ladite tour, il n'y en a plus que deux qui aient des grilles en fer. Le grand escalier est complet, le petit a perdu quelques marches vers le haut. La tour, mesurée par dehors, a 65 pieds et demi ; sa hauteur, depuis le rez-de-chaussée de la cour jusqu'au sommet du donjon, est de 127 pieds. En sortant de la grosse tour, on voit un pan de muraille allant à une vieille tour d'angle ; dans ce mur, une porte et un petit pont-levis conduisaient jadis sur la chaussée. A la courtine du sud était appuyée une vieille cuisine, suivie d'une grande salle vers l'Ouest, le tout menaçant ruine. Près de la salle se trouvait une petite tour, puis le mur d'enceinte se terminait à la tour voisine de l'entrée. Outre la chapelle intérieure, ménagée dans la grande tour, il y avait une chapelle extérieure, près de la maison de ferme, mais elle était alors abandonnée et menaçait ruine" (J.M. Le Mené). M. le comte Hippolyte du Bot, héritier des Trémeneuc et des Cornulier, souhaitant réagir contre l'abandon de ces ruines, a restauré courant XIXème siècle la petite tour, dans le style du XIVème siècle ;

Nota 2 : Le château de Largoët, en Elven, est situé au milieu d’un parc de cent quatre-vingts hectares, clos de murs ; il est entouré d’un étang d’eaux vives et intarissables. Le château de Largoët se compose d’un donjon octogonal de quarante mètres de hauteur, il est surmonté d’une construction irrégulière à laquelle on accède par un escalier extérieur. De cette tour principale partent les murs d’enceinte, qui protégeaient au Nord et au Midi des bâtiments d’habitation, et rencontrent encore au Nord-Ouest une tour, ronde à l’extérieur, aplatie à l’intérieur et munie, comme la grande, d’une construction au dessus de la ligne des machicoulis. Ces machicoulis viennent se joindre à la porte d’entrée, munie d’une barbacane qui est crénelée et défendue par une herse et un pont-levis. Epoque de la construction du château. Une partie des archives de la seigneurie de Largoët sont en dépôt à Vannes et, d’après elles, il est facile d’indiquer l’époque de la construction du château. La tour principale d'Elven, le donjon à sept étages, est antérieur à l’invasion française de 1487. En effet, dans les comptes du receveur de la châtellenie, en 1481, nous trouvons la note suivante : « Pour le jeur et marché fait ovesque François Horslard et Pierre Le Moës de faire tous les gons et barres de vollans en la chambre de Madame au premier estaige de la grosse tour dudit chasteau, y mettre trois soliveaulx et une fenestre ; et au segond estaige, en la salle de Monseigneur, deux fenestres croésés, et au tiers estaige de ladite tour, en la garde robe de Madamoiselle, deux fenestres — et au quart estaige, en la garde robe de Monseigneur d'Asserac, abollir la fenestre croésée et demye croésée, en sa chambre faire une fenestre demye croésée — et au cinquième estaige, en la chambre de Pierre de Rieux, mettre sept soliveaulx, et en la chapelle dudit chasteau mettre deux fenestres ; et en l’estaige de sur le plan seix soliveaulx et une grande fenestre à la garde robe, et en la prouchaine chambre, chambre qui a un soliveaulx et une fenestre ; et au haut estaige d’icelui chasteau deux soliveaulx ; ....... et sur le grand vir (escalier) dudit chasteau quinze petites fenestres, et sur le petit vir faire fenestres par autant qu’il en sera mestier........ Et tout à faire pour la somme de trente livres monnoie, oultre leur baillir le boays et fournir les cordes pour lever lesdits boays et soliveaux ». La simple énumération des étages prouve bien qu’il s'agissait de la grosse tour et non de la petite. Il s’ensuit qu’elle existait déjà en 1481. Bien plus, les réparations faites à cette époque prouvent qu’elle est d’une date antérieure, c’est ce qu’indique encore cet autre article de compte : « A Olivier Michiels, pour avoir pavé et cymentés sur la grosse tour du chasteau d'Elven, ou lieu de la coupverture de plomb qui y seule estre et auxi pour avoir fait de neuff la voulte d’une grande fenestre estante en ladite grosse tour, au jusain estage d’icelle, XXXII livres, XVII sols, VI deniers ». Le compte précité forme un autre renseigne­ment : c’est la mention de la famille seigneuriale et la façon dont elle était casée dans le donjon : Au premier étage était la chambre de madame ; cette dame était Françoise Raguenel ou de Malestroit, née en 1447, mariée en 1462 à Jean IV de Rieux, et devenue en 1470, par la mort de son père, baronne de Malestroit et dame de Largoët. Elle mourut en 1481. Au second étage était la chambre de monseigneur, c’est-à-dire de Jean IV, seigneur de Rieux et de Rochefort, baron d'Ancenis, vicomte de Donges, comte d'Aumale, et, de plus, par sa femme, baron de Malestroit et seigneur de Largoët. Au troi­sième étage était mademoiselle, c’est-à-dire Françoise de Rieux, fille unique des précédents, laquelle recueillit les seigneuries de Malestroit, de Derval, de Châteaugiron, épousa en 1484 François de Laval, baron de Châteaubriant, et mourut en 1532. Monseigneur d'Asserac était François de Rieux, fils puîné du maréchal, mort sans alliance. Pierre de Rieux, logé au cinquième étage, était leur plus jeune frère. En reprenant les comptes de Largoët qui, malheureusement, présentent des lacunes, on trouve que la grosse tour de 1481 existait déjà en 1475 : « A Jehan Chevalier et Jehan le Cazdre pour ung jour fait ovesques eulx, le 24e jour de septembre 1475, de faire les réparations de couverture au chasteau d'Elven, savoir, de la grosse tour, les galeries, la cuisine, le portal, les mésons à l’environ, les estables, les granges, la chapelle. et es endroitz ou besoign en estoit, XXXIII livres, X sols ». Ainsi, en 1475, la couverture de la grosse tour avait déjà plusieurs années d’existence, puisque l’on y faisait des réparations considérables. Depuis combien de temps existait-elle ? Nous l’ignorons, parce que les comptes antérieurs nous font défaut : en prenant une durée moyenne de dix ans, nous remontons à l’année 1445. Or, à cette époque, vivait Jean Raguenel, baron de Malestroit, vicomte de la Bellière, seigneur de Largoët, maréchal de Bretagne et beau-père du sire de Rieux-Rochefort. C’était un grand constructeur ; c’est lui qui fit bâtir les murs de la ville de Malestroit en 1463 ; il pourrait bien avoir aussi construit la grosse tour d'Elven. Ce qui semble confirmer cette conjecture c’est le caractère architectural de l’édifice, qui accuse la seconde moitié du XVème siècle. La largeur des fenêtres, la régularité et la beauté de l’apparat, l’absence des voûtes pour soutenir les étages, enfin l’emploi simultané, tels sont les arguments allégués par M. Merimée et autres à l’appui de cette opinion ; d’ailleurs la forme des portes de communication, dans l’intérieur du donjon, caractérisée par deux modillons supportant le linteau se retrouve exactement semblable dans les galeries de la nef de la cathédrale de Vannes. Or, cette nef a été construite de 1454 à 1476. On peut donc, sans témérité, conclure que le donjon d'Elven est de la même époque. Et comme Jean Raguenel est mort le 24 décembre 1470, on a un point fixe au-dessous duquel on ne saurait descendre. Ainsi, en résumé, la construction de la grosse tour doit se placer entre 1460 et 1470. C’est donc dans cette tour que fut enfermé en 1474, le comte de Richemont, qui devint ensuite roi d'Angleterre sous le nom de Henri VII. C’est dans cette tour que nous avons vu faire diverses réparations en 1475, pendant le séjour du susdit prisonnier. C’est là encore que nous avons vu séjourner, en 1481, la famille de Jean IV de Rieux. C’est dans cette tour enfin, et dans le reste du château, que les Français, ayant envahi la Bretagne en 1487, commirent d’importants dégâts. En quoi consistaient ces dégâts ? La duchesse Anne nous l’apprend dans une lettre du 8 août 1490 : « Pour récompenser le sire de Rieux, en quelques manière. des pertes qu’il a souffertes de la part des François qui ont brûlé ou rasé ses places et châteaux d'Ancenis, Rieux, Rochefort, Elven et aultres maisons ; à icelui, pour ces causes, avons accordé la somme de cent mille écus d’or, que nous voulons et ordonnons estre prise sur nos revenus de Nantes, etc. » (Preuves, III, 474). Les mots brûlé et rasé, appliqués sans distinction aux divers châteaux du duc de Rieux, doivent être interprétés par l’histoire. Ainsi, nous savons que le château d'Ancenis fut démoli et rasé (D. Morice, II, 180), mais le château d'Elven fut simplement brûlé, le plancher et la toiture furent détruits, mais les murs restèrent intacts. En effet, les comptes de la seigneurie pour 1494 et 1495 mentionnent : « Le jeur et marché fait ovesques Pierres Dréan, Pierres le Chantour, Jehan N... et checun de faire et fournir le nombre de cent soliveaulx, et iceulx guynder et asseoir en la tour dudit lieu d'Elven, et acoursir des vieux soliveaulx y estans et les asseoir en ladite tour, selon l'absolvement du jeur, daté du 17e jour de Janvier 1495, payé 33 livres 15 sols ». Une note insérée dans ce compte mentionne une somme de 24 livres, 10 sols, restée sans paiement dans l’exercice précédent (1494 et 1495), ce qui prouve que les travaux exécutés en 1494-1495 n’étaient pas les premiers et que la restauration du château a dû commencer en 1491, c’est-à-dire aussitôt après la réception de l’indemnité allouée par la duchesse Anne. Les travaux partiels de charpenterie et de menuiserie n’étaient pas les seuls, il y avait aussi ceux de ferronnerie. « Le 25me jour de mai l’an 1494, fut fait jeur et marché ovesque Pierre Richard, claveurier, pour faire et fournir au chasteau d'Elven le nombre de cleffs, claveures et ferrures ci-amprès déclérées, savoir : A la grant porte du chasteau, une grosse claveure à bosse avec un grant crampon pour fermer ladite claveure, ung couroil à mettre sur la barre de ladite porte avecque une claveure à bosse par dedans, et une chaisne de fer de deux piez de long pour prendre le pont leveix et le fermer. Item, pour la petite porte, le corps d’une claveure à bosse. Item, pour une petite poterne joignant la grande porte, deux barres et une grande claveure à bosse à gauche ». Suivent des détails absolument semblables, et par conséquent inutiles à reproduire, pour les serrures des portes, dans les chambres et cabinets du 1er étage, du second, du troisième, du quatrième, du cinquième et du sixième. Payé pour le tout 58 livres. Outre la prison, située au bas de la tour, sorte de cachot dépourvu de lumière, il y avait d’autres prisons au sommet de l’édifice. C’est là du moins que le Mémoire précité semble les placer, car, après avoir parlé du sixième étage. il ajoute : « Item, sur les deux huys des deux prinsons, deux grosses claveures à bosse, avecque quatre grosses barres doubles de deux piez troys doiz de long. — Item, une barre sur la fenestre de la prinson nommée Katherine de deux piez trois doiz de long ». Du reste, la justice seigneuriale ne chômait pas, malgré les travaux qui se faisaient au château : « Payé, pour l’exécution d’un nommé Alain Le Bar, sententié et exécuté par mort au gibet d'Elven, suivant la relation d'Alain Baud, séneschal, du 2 Juign 1494, 11 l., 11 s., 10 d. Item, pour l’exécution d’un nommé Guillaume Regnaud, comdamné par la cour de Largoët, trayné et pendu en une potence près le manoir du Pargo, le 5e jour de février 1495 ». Le maréchal de Rieux aimait le séjour de Largoët, et il y amenait souvent sa famille ; il y perdit même, en 1495, sa seconde femme, Claude de Maillé, suffoquée par un feu accidentel. Quand il mourut, le 7 février 1518, le château d'Elven fut recueilli par son fils, Claude Ier, et en 1532 par son petit-fils, Claude II. L’aveu rendu l’année suivante cite : « Le chasteau et forteresse d'Elven, o ses tours et cernes, machicouleix, pont levis, basses courts, jardrins, estang et retenue d’eau, avec le parc d’environ, cerne de murailles, au debvoir du guet, pennaiges de bestes, forts et appartenances ». Pendant le XVIème siècle, un gentilhomme, appelé tantôt capitaine, tantôt gouverneur, y tenait la place du seigneur. En 1594, les registres de baptêmes d'Elven nous font voir que la tour servit de refuge à plusieurs familles nobles du voisinage, qui craignaient les ravages causés par les ligueurs, tantôt par leurs adversaires. Les seigneurs de Largoët ; « On croit avec raison, dit M. de la Borderie, que Largoët est une éclipse du comte de Vannes et forma le partage d’un des fils d'Alain-Le-Grand, comte de Vannes, roi de Bretagne, mort en 907. En effet, une charte du commencement du Xème siècle nous montre un certain Derrien, fils d'Alain, possédant alors la paroisse d'Elven, qui a été de tout lieu de croire que cet Alain père de Derrien, n’était autre qu'Alain-le-Grand ». (Cartulaire de Redon ; Preuves, de D. Morice). En 1021, nous trouvons un autre Derrien, seigneur d'Elven, c’est-à-dire de Largoët, qui avait un fils, nommé Even. Cet Even fut père d’un autre Derrien, qui eut lui-même cinq fils, à savoir : Even, Renaud, Geoffroy, Josselin et Rivallon. Le second Even, l’aîné des cinq frères, fut seigneur d'Elven ou Largoët. Au temps de Morvan, évêque de Vannes, c’est-à-dire de 1088 à 1128, il fonda le prieuré de Trédion, près d'Elven, pour les moines de Marmoutiers. En 1127, il assista à la réconciliation solennelle de l’abbaye de Redon qui avait été polluée par quelques seigneurs rebelles au duc (Ibid.). En sortant de cette famille, Largoët passa, on ne sait comment dans la maison de Malestroit. En 1294, le sire de Malestroit confessa devoir au duc cinq chevaliers d’ost, quatre pour sa terre de Largoët et un pour celle de Malestroit (Lobineau, p. 438). En 1408, le sire de Malestroit et Largoët assista aux conférences tenues à Vannes pour aviser aux moyens de s’entendre avec le duc de Bourgogne (Lobineau, p. 829). Le 14 octobre 1409, Jean V, duc de Bretagne, était au château d'Elven. Il donna procuration à son chambellan, Armel de Châteaugiron, pour aller, en son nom, rendre hommage au roi d'Angleterre pour le comté de Richemont. Le sire de Malestroit et Henri-le-Barbu, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, furent témoins (D. Morice, II, p. 827). A cette époque la famille de Malestroit était nombreuse, mais la branche aînée, celle du sire de Malestroit, dont nous nous occupons exclusivement. n’avait plus qu’une fille, nommée Jeanne. Elle épousa Jean Raguenel, vicomte de Bellan et Dinan, qui prit les nom et armes de sa femme, c’est-à-dire des Malestroit. Tous les renseignements suivants sont pris uniquement dans les archives de Largoët. Jean Raguenel Ier est mort jeune, mais Jeanne de Malestroit, son épouse, vécut jusqu’au 21 août 1468. Ils eurent un fils, qui porta le nom et les armes de Malestroit, et qui s’appelait Jean, comme son père. Or, le 14 septembre 1470, haut et puissant seigneur Jean, sire de Malestroit, vicomte de Bellan et Dinan, maréchal de Bretagne depuis 1448, rendit aveu au duc, son souverain, pour la seigneurie de Largoët, dont il devenait héritier par le décès de sa mère. L’aveu constate que Jeanne de Malestroit tenait cette terre de ses ancêtres. Jean II Raguenel de Malestroit mourut en 1470, deux ans après sa mère. Il avait eu en mariage sa parente, Gillette de Malestroit, dont il avait eu deux filles. L’une d’elles, Françoise, née en 1447, épousa Jean IV, sire de Rieux, et lui porta la baronnie de Malestroit, ainsi que le comté de Largoët. Le 1er mai 1471, Jean IV, sire de Rieux, seigneur de Rochefort, Ancenis, Aumale, Donges, Malestroit, et maréchal de Bretagne, rendit, conjointement avec sa femme, aveu au duc pour Largoët, au titre de foi, hommage et rachat. C’est trois ans plus tard, en 1474, que le comte de Richemont, qui, en 1485, devint roi d'Angleterre, fut obligé de fuir son pays après la bataille de Tewhsbury en 1471. Le navire qu’il montait fut jeté sur les côtes de Bretagne, où il fut d’abord bien accueilli par le duc François II. Mais celui-ci, réfléchissant que son hôte pourrait lui être une garantie contre l’ambition d'Edouard IV, le fit enfermer dans le château de Largoët et garder à vue de 1474 à 1476. Jean IV de Rieux mourut le 9 février 1518 ; il laissait de sa première femme, Françoise de Malestroit, un fils nommé Claude, qui hérita de Largoët. En 1512, Claude Ier de Rieux épousa Catherine de Laval, fille de Guy XVI, il en eut deux filles, Renée et Claude. Après la mort de Catherine de Laval, Claude de Rieux se remaria à Suzanne de Bourbon, fille de Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, et de Louise de Bourbon-Montpensier ; il en eut un fils, nommé Claude comme lui, en 1530, et qui mourut en 1532. Claude II de Rieux eut Largoët, et, en 1542, Suzanne de Bourbon. sa mère et tutrice, rendit aveu au roi de France pour ladite seigneurie. Claude mourut en 1558, à l’âge de dix-huit ans ; en lui s’éteignit la branche aînée et masculine de la maison de Rieux. Par suite de cette mort, les seigneurs, les seigneuries de Rieux, Rochefort, Largoët, etc., revinrent à Renée de Rieux, fille de Claude Ier et de Catherine de Laval. L’année précédente, elle avait déjà hérité des grands biens de la famille de Laval, à la mort de Guy XVII de Laval. En 1546, elle avait épousé Louis de Saint-Maure, marquis de Nesle, à qui elle laissa prendre le nom de Guy XVIII de Laval. Elle mourut en 1567. Paul de Coligny, fils de François de Coligny d'Andelot, né en 1555, devait hériter de Renée de Rieux, sa tante. En 1572, il avait pour tuteur Pierre de Coligny, sieur de Châtillon, amiral de France. En 1574, René de Rieux, sieur de la Feuillée et de l'Ile-Dieu, possédait Largoët, il prit le nom de Guy XIX de Laval. Marié à Anne d'Aligre, il en eut un fils, Guy XX. Guy XIX mourut en 1586, et, deux ans avant son décès, le 11 février 1584, il avait cédé le comté de Largoët à Mme d'Estannulle, mère de ses mi-frères et mi-soeur : Benjamin, François et Anne de Coligny. Le colonel d'Andelot, après la mort de sa première femme, s’était, en effet, remarié à Louise d'Estannulle, comtesse de Salm, et en avait eu ces trois enfants. Anne de Coligny survécut à ses deux frères, elle avait épousé Jacques de Chabot, marquis de Mirabeau, conseiller du roi, chevalier de ses ordres, lieutenant général en Bourgogne, etc. Le 11 juillet 1616. Anne de Coligny et Jacques de Chabot vendirent le comté de Largoët 66.000 livres à Jean de Rieux, chef de nom et d’armes, marquis d'Assérac, seigneur de l'Ile-Dieu, demeurant en son château de Rouroué. Mort en 1630. Jean de Rieux laissait Largoët à son fils Jean-Emmanuel, qui fit de mauvaises affaires. En 1643, il se trouva chargé de dettes, et ses créanciers firent vendre ses biens. Une vente eut lieu et, le 19 mars 1656, Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, devint adjudicataire de Largoët pour la somme de 175.000 livres. Les terres de Lanvaux et de Trédion étaient comprises dans le marché. Tout le monde connaît les folles dépenses de Nicolas Fouquet, sa disgrâce et sa ruine. Par suite de cet événement, les seigneuries de Lanvaux et d'Elven passèrent entre les mains de Marie-Magdeleine de Castille, sa femme, le 19 mars 1673, pour l’indemniser de sa dot et de ses autres biens aliénés. Elle en rendit aveu au roi le 22 juillet 1681. Le 10 janvier 1686, Marie-Magdeleine de Castille revendit les propriétés en question pour la somme de 150.000 livres à M. Louis de Trémereuc, chevalier, conseiller au Parlement de Bretagne. Louis de Trémereuc n’eut qu’une fille qui épousa, le 7 septembre 1689, M. Toussaint-Pierre de Cornulier, né le 1er novembre 1660, conseiller au Parlement en 1682, président à mortier en 1688. Le 17 juillet 1694, M. de Cornulier et sa femme rendirent aveu au roi pour le comté de Largoët. Ils eurent un fils, Charles et deux filles, Charles de Cornulier, héritier de la seigneurie d'Elven, épousa, le 2 janvier 1717, Anne de la Franchaye. En 1715, il était conseiller au Par­lement et devint président à mortier en 1727. Trois filles naquirent de ce mariage. L’aînée, Angélique-Marie-Sainte, héritière de Largoët, prit en mariage, le 19 juillet 1735, son cousin Toussaint de Cornulier, seigneur de Boumaqueau. M. de Cornulier mourut vers 1780 et sa femme le 31 décembre 1793 à Versailles. M. et Mme de Cornulier eurent une fille, Thérèse-Pauline-Sainte, qui épousa Charles-François-Marie du Bot et lui apporta Largoët. M. du Bot, né en 1748, mourut en 1826, à la Grée-de-Callac, en Monteneuf, laissant cinq enfants. Un de ses fils, Hippolyte-Marie-Corentin du Bot, hérita de Largoët et épousa Renée-Yvonne de Couësnon de la Lenceule, dont il eut deux enfants : Victorine et Hippolyte ; il mourut en 1862. Son fils Hippolyte-Armand-Victor, né en 1805, eut Largoët ; il épousa sa cousine Céleste du Bot et eut un fils unique, Charles-Marie-Victor, qui épousa, le 5 mai 1857, Valentine-Marie-Julie de Freslon de Saint Aubin ; il eut un fils unique, Hippolyte-Jules-Emmanuel du Bot, à qui il donna par contrat de mariage en 1882, la terre de Largoët, lequel la possède en 1900. Avant de terminer cette notice, nous croyons utile de dire un mot des vastes domaines qui faisaient partie de la seigneurie de Largoët que Nicolas Fouquet transforma définitivement en comté par l'obtention de lettres patentes de 1660. Ce comté avait deux juridictions qui s’exerçaient à Vannes et à Auray. La seigneurie s’étendait sur tout ou partie des paroisses suivantes : Elven, Trédion, Saint-Nolff, Treffléan, Saint Avé, Saint-Patern et Saint-Pierre à Vannes, Arradon, Plougoumelen, Baden, Ploeren, Plumergat, Carnac, Meudon, Grand Champ, Plaudren, Monterblanc, Saint-Jean-Brévelay, Sulniac, Larré, Pluherlin, Molac. Cent quarante terres nobles dépendaient des arrière-fiefs de Largoët, d’après lesquelles nous citerons, d’après l’aveu de Toussaint de Cornulier en 1686 : - En Elven : Kerleau, Lescadiguen, La Boixière, Camarec, Le Huelfaut, Kerfily, La Haye-Dréan. - En Saint-Nolff : Le Bezit, Le Beh, Talhoët, Valdeliée, Kerboulard, Kerglas. - En Treffléan : Roscanvec, Randrecar. - En Sain-Patern : Botcoarh, Camsquel, Coëttec, Plaisance, Liziec. - En Saint-Avé : Coëtdigo, Lesvellec, Triviantec, Berval, Rulliac, Kerozet, Beauregard, Lesnevé, Trébrat. - En Arradon : Moréac, Kerguen, Roquedas, Kerbiguec, Trehuelin, Le Guéric. - En Plaudren : Kergalher, Lahan, Kervary, Kerscouble, Fresnay, Kergurion, Le Nedo, Boudaly, Canbrigo. - En Saint-Jean-Brévelay : Keruzan, Kercado. - En Molac : Tregoët, Keranre. - En Grand-Champ : Penhoët, La Chesnaye, Keral, Magoero, Le Rest, Le Grisse. On voit que la puissance des seigneurs de Largoët égalait l’importance de leur château. Largoët avait toujours eu haute, moyenne et basse justice avec les prérogatives qui y étaient attachées. Il avait deux fourches patibulaires, l’une à Trédion, l’autre à Elven Il possédait au bourg d'Elven un four banal, un marché tous les mardis et trois foires dans le courant de l’année. En 1551, trois foires furent établies à Grand-Champ, les foires des Chapelles du Burgo, de Mongolerian et du Bondon, à Vannes. Elles dépendaient de la seigneurie qui y exerçait le droit de dîme. Principaux faits historiques dont Largoët fut le théâtre. - 1341 : Jean de Montfort l’occupe sans combat. - 1342 : Les partisans de Charles de Blois le prennent d’assaut et tuent les défenseurs. - Fin 1342 : Robert d'Artois qui tient pour Montfort ravage tout le pays. - 1373 : Le château se rend à Du Guesclin. - 1474 : Le duc de Bretagne François II charge Jean de Rieux de garder à vue dans le donjon le jeune Henri Tudor, comte de Richmond, futur roi d’Angleterre. Il y resta de 1474 à 1476. - 1487 : Après la défaite des Bretons à Saint-Aubin du Cormier [Note : le duc François II avait pris part à la révolte du duc d'Orléans contre Charles VIII] les propriétés du maréchal de Rieux furent rasées (Ancenis) ou brûlées : ce fut le cas des châteaux de Largoët et Rochefort. Sur le point d’épouser le vainqueur, la duchesse Anne voulu panser la plaie faite au défenseur de son père et donna 100.000 écus d’or au maréchal de Rieux pour compenser ses pertes, c’est alors que fut exécutée la 4ème et dernière campagne de construction, remise en état du donjon et de sa terrasse, porte d’entrée, etc... Visite (en 1938) : — En face de l’entrée (qui est au S. O.) et à côté de bâtiments de ferme du 16ème siècle, ruines d’une chapelle du 15ème. —   Porte d’entrée en grand appareil de granit collée en avant d’une autre porte plus ancienne. A droite et à gauche s’ouvrent les longues fentes ou venaient se loger les montants du pont-levis à bascule. A gauche poterne pour les piétons qui se fermait en se relevant par un petit pont dont le bras de levier allait se loger dans une rainure. Au dessus de la poterne, meurtrière permettant au guetteur de tirer dans toutes les directions. —   Derrière : porte du 13ème siècle fermée par une herse et flanquée de deux tours rondes. —   En tournant à gauche, des restes de la courtine du 13ème, puis la tour du 15ème. —   Après la tour, des restes d’un corps de logis du 14ème construit en même temps que le donjon. —   Le donjon. —   La courtine en grand appareil qui suit, paraît de la même époque que l’entrée. On y remarque une poterne surplombant le fossé. —   Enfin au Sud on retrouve les ruines d’une tour du 13ème et la courtine de la même époque à laquelle s’appuyait un bâtiment qui renfermait la cuisine.

Nota 3C'est un état détaillé du château et de ses dépendances, dressé en 1660, à la requête de Messire Nicolas Fouquet, surintendant des finances, qui venait d'acheter le domaine de Largoët. L'acte, conservé aux Archives départementales, a été rédigé par les notaires royaux Le Clerc et Gobé, de Vannes, en présence de M. Jean Maupoint, de Paris, procureur de M. Fouquet, et des experts Cosnier, maître architecte, Brisson, maître maçon, Phélippot et Beslin, charpentiers et menuisiers, Carrer et Martin, couvreurs, en présence aussi de M. Courtois, représentant des vendeurs de la seigneurie, et de M. du Val, nouveau gouverneur du château. La commission visita minutieusement la propriété, les experts donnèrent consciencieusement leur avis sur chaque chose, et les notaires consignèrent le tout dans leur procès verbal. En comparant l'état du château en 1481 et en 1660, on voit qu'à la première de ces dates l'immeuble était habité et bien entretenu, et qu'à la seconde date il était presque abandonné.Cet état de 1660 renferme des détails intéressants : voilà pourquoi je le donne ici dans son intégrité, en retranchant seulement les formules des notaires et quelques longueurs pour les réparations à effectuer. Par ailleurs, le texte est fidèlement reproduit et l'orthographe ancienne conservée. Voici le texte du document : « Louis Le Clerc et Joseph Gobé, notaires royaux... Ferme. « Nous ont les architecte et masson montré et avons veu, au premier portal et entrée des cours du d. chasteau, que le d. portal et les murailles sont pour la pluspart ruisnées, et qu'il est nécessaire de les reffaire toutes à neuff et qu'il n'y a au d. portal aucune fermeture. A l'un des coings de lad. cour, vers le couchant, une maison ruisnée... et au proche une vieille maison couverte d'ardoise, qui sert de logement au mettayer, et dont les murailles menassent ruisne, et qu'il est requis de reffaire à neuff...

Au boult de la d. maison, vers la chapelle ; est un amplacement de maison ruisnée ; et deux autres ruisnes de maisons bastyes en apantiff, au bout desquelles est une ruisne d'une petite tour... Les murailles de la cour, depuis la d. tour jusque au bord de l'estang, sont ruinées. Dans la d. cour, au devant du chasteau, est une chapelle, dont les murs du costé de l'estang sont couleuvrés et menassent ruisne ; le remplissage de la grande vitre est tombé ; la table du grand autel est rompue ; les trois petits autels de la nef sont à réparer ; l'enduit des murailles est tombé ; il n'y a ny vitres ny portes ; seule la couverture est neuffve et faicte puis peu de temps ».

Château. « Le pont dormant de l'entrée du chasteau est vieux et caducq, et il est requis de le reffaire à neuff ; le pont-levis peut servir quelque peu de temps encore ; quant au petit pont-levis, il est de nulle valleur et il est requis de le reffaire à neufs ; les chaisnes estant trop foibles et mangées de rouille, il est requis en mettre deux au grand pont et une au petit, avecq des fermetures et serrures.

La grande porte de bois, la porte du petit pont, et une autre porte ouvrant sur la douve vers le soleil levant, sont vieilles, caducques et sans ferrures, et est requis d'y mettre des neuffves, avecq touttes les ferrures, barres de fer et serrures nécessaires.

Les poutres et planchers des chambres et corps de garde, qui sont au dessus de la bascule des ponts-levis, sont pourris et de nulle valeur, et est requis de les reffaire, à neuff ; et au dessus des d. chambres, il y a de la charpante et couverture en apantiff, qu'il est aussy nécessaire de réparer et garnir de chaux.

Le pillier, qui porte le boult du grand et du petit pont-levis et le boult du pont dormant est ruisné en partye, et il est nécessaire d'en reffaire quatre pieds de long du costé du midy, sur toutte la haulteur et épaisseur du d. pillier.

Le devant du portal et entrée du chasteau est basty de pierres de taille, et il est en bon estat, fors les massecoulis et parapets, qui sont pour la pluspart ruinés, et qu'il est requis de reffaire à neuff.

Le restant de l'entrée et corps de garde du d. chasteau, à la longueur de 40 pieds, menasse ruisne et prompte cheutte en quelques endroits, et il est requis de  desmollir et reffaire à neuf le costé droit en entrant, et la voulte de massonnage au dessus, à la longueur de 25 pieds, et réparer le surplus, et le tout en breff et incessamment, pour esviter les accidents qui pouroyent arriver par les d. cheuttes.

A chasque costé du d. portal, il y deux tours, qui sont à présent presque ruisnées, et ausquelles il n'y a aucune charpente ny couverture. Au dessus du corps de garde, prochain de la cour du chasteau, il y avait aultrefois un logement qui est à présent ruisné, et il n'y reste que trois petittes poutres, qui sont pouries et de nulle valeur.

Au costé du d. dernier corps de garde, à main gauche, est un vir de pierre de taille, qui est ruisné par le hault, et est nécessaire de le réparer.

Au proche du d. vir et escalier, entre le d. portal et la petitte tour, qui est au coign de lacour vers l'estang, est une vieille mazière de maison ruisnée, où il reste en ce qui se voit, du premier estage six poutreaux, et au second estage trois poutreaux qui sont tous pouris et de nulle valeur ; ce qui reste de muraille est de nulle valeur, et le tout n'est considérable que comme pierre en mulon.

Au devant de la d. mazière, est un pillier de pierre de taille debout, et les vestiges d'un autre pillier au devant de la tour où est le vir cy devant mentionné et ont dit les experts qu'ils estoyent pour suporter un transport (galerie), pour la servitude du hault de la d. maison ruisnée ».

Petite tour. — « Dans la pettite tour, qui est au coign de la d. cour vers l'estang, dans le bas d'icelle, au niveau de la cour, les sueillées des deux fenestres ou croisées sont rompues et il est nécessaire d'en remettre d'autres, et mesme remettre un croisillon de la croisée vers l'estang ..... à chacune des quelles croisées il y a une grille de fer en dehors. En la cave de la d. tour, il y a six poutreaux qui suportent la première place (plancher), et qui peuvent servir, mais la place au dessus de la d. cave est de nulle valeur et est à reffaire. Les poutres, qui suportent la place du second estage de la d. tour, sont vieilles et néantmoins peuvent servir, la place qui est vieille et de nulle valeur estant reffaite à neuff. Au troisième estage, il y a six poutreaux pour suporter la place, deux sont pourris par les boults et sont à changer, un septiesme manque et est à remplacer ; la place est de nulle valeur et à reffaire à neuff. Au quatriesme estage, pour le soustien de la place, il y a sept poutreaux, dont un est cassé et doit estre remplacé ; la place de nulle valeur est à reffaire à neuff. Au cinquième estage, pour suporter le plancher, il y a onze solives, quels sont vieux et pouris, et la place au dessus est de nulle valeur, et il est requis de changer les d. solives et reffaire la d. place à neuff.

(A chaque étage on indique minutieusement les réparations et réfections à faire aux portes, fenêtres et cheminées).

A la charpante de la d. tour, six filières sont gastées et pouries et il est requis de les changer ; à la couverture de la d. tour et au dessus de la montée et du chevallet d'entre-deux, il reste y faire des réparations de pierres faillantes et y changer quelques lattes.

Pour les parapets et massecoulis qui sont à l'entour de la d. tour, il est nécessaire de remettre des pierres de taille en huict ou neuff endroits des parapets, de longueur chacun des d. endroits d'environ trois pieds et de haulteur un pied.

Le tour de la d. tour, depuis le bas jusques au hault, et le vir au costé d'icelle ne sont aucunement garnies de chaux, et il seroit nécessaire de les garnir et joinctoyer pour les conserver.

Sortans de la d. petitte tour, avons veu un petit apanty de pierre de massonnage en partye ruisné, au dedans et au dessus du quel il n'y a aucun boisage.

Nous ont aussy monstre et avons veu un pan de muraille donnant sur l'estang, et qui joinct d'un boult à la petitte to u r et de l'aultre boult à une vieille mazière de tour, qui est à l'aultre angle de la d. cour, à vis de la grosse tour du d. chasteau ; laquelle muraille est ruisnée du costé de la d. cour jusques au niveau d'une terrace qui est apozée contre icelle, laquelle terrace est aussy ruisnée, et sert la d. muraille de closture de la cour du d. chasteau du costé de l'estang, et il est nécesaire de reffaire à neuff la d. muraille. Au joignant de la d. vieille mazière de tour, est une maison ruisnée pour la plus grande part, et en laquelle il n'y a qu'un seul poutreau poury, sans couverture ny autre boisage ».

Grosse tour. — « La grosse et principale tour du d. chasteau est située au hault de la cour, vers le bourg d'Elven, et n'est la d. tour boizée ny couverte de charpante ny ardoize, et paroist qu'elle a esté autrefois boizée et couverte, restant encore en icelle quelques vestiges de vieux bois et ardoizes sur les antichambres qui donnent vers la cour. Et est la dite tour bastye en forme d'octogone par le dehors, et au hault d'icelle s'ont des massecoulis, créneaux et parapels, dont la pluspart sont ruisnés ; et au hault de la d. tour sur le milieu d'icelle est basty un donjon ; aussy avec ses massecoulis et parapels, qui  sont pour la pluspart ruisnés.

Et le dedans de la d. tour contient six estages de 16 pieds de haulteur chacun ou environ, dont le premier est à huit pans, le second à six pans, et les quatre autres estages sont en angle droit ; et à costé de chacun des d. estages, vers la cour, il y a chambre et arrière-chambre ; un grand escalier de taille, qui est à l'entrée de la tour, et un autre petit escalier aussy de taille, qui est dans l'angle du costé du nort, lesquels escaliers servent depuis le bas jusques au hault, par lesquels l'on communique d'estage en estage dans tous les apartements.

Et dans l'époisseur de la muraille d'icelle tour il y a plusieurs petits cabinets et cheminées et autres esligements, et entre autres au quatriesme estage dans l'un des pans de la d. tour, donnant sur la chaussée de l'estang, est une forme de chapelle, prise dans l'espaisseur de la muraille.

Et dans le d. quatriesme estage s'est trouvé que la voulte d'une des croizées est tombée et entièrement ruisnée, et pareillement tout le hault du petit escalier est aussy ruisné et tombé, et plusieurs des marches sont rompues et escornées par le devant ; le petit escalier, qui servoit à monter de la plateforme au donjon, est entièrement ruisné. 

Aussy quatre sueillées ou couvertures des grandes croizées sont rompues, et deux montans et croizillons des d. fenestres pareillement rompus ; et dans le pan où est située la chapelle avons veu, tant par le dehors que dedans, une fracture ou crevasse, qui est depuis le bas jusques au hault, et une autre fracture ou crevasse dans le pan de la muraille qui donne sur la cour, et où sont les d. chambres et arrière-chambres.

Et la d. tour, mesurée par les experts, contient de largeur de dehors en dehors 65 pieds et demy, et par le dedans 29 pieds, à l'endroit du troisiesme estage ; et de haulteur depuis le rez de chaussée de la cour jusqu'au dessus des massecoulis, 101 pieds, et les parapels 5 pieds de haulteur au dessus des massecoulis, et le donjon 23 pieds de haulteur, et au dessus du donjon y a un parapel sur les massecoulis de 3 pieds de hauteur.

De dix croisées qui sont dans la d. tour, il n'y en a que deux, du costé de la chaussée de l'estang, qui sont grillées de grilles de fer pendantes, et aux autres paroist y avoir autrefois, eu des grilles, les boucles y estant encore restées, et mesme au vitrail de la chapelle, à la plus basse desquelles croizées reste une barre de fer placée en montant ». 

Logis. — « Sortans de la d. grosse tour, avons veu un pan de muraille de pierre de taille en dedans et dehors, joignant d'un boult à la d. tour, et de l'aultre boult à une ancienne cuisine, à présant servant d'escurye ; dans lequel pan de muraille il y a une porte à présant condampnée de massonnage, laquelle porte servoit autrefois pour sortir de la cour du chasteau par sur un petit pont levis à aller sur la chaussée.

Au dessus du d. pan de muraille il y a des créneaux sans aucuns parapels, et est le d. pan de muraille ruisné et caducq, et partye tombé du costé de la cour et par le dehors, et le surplus menasse ruisne.

Entre le d. pan de muraille et la d. cuisine, sur le bord de l'estang (douve), avons veu une vieille mazière de tour entièrement ruisnée.

Dans la d. cuisine, le pignon vers le d. pan de muraille et la longère vers la cour menassent ruisne, et il est nécessaire de les reffaire à neuff ; dans la chambre au dessus de la d. cuisine, le manteau de la cheminée est rompu et la hotte au dessus ruisnée ; les poutres et les planchers du premier estage et du second sont à renouveler ; la charpente et le toit de la d. cuisine faits en apantiff sont ruisnés et à reffaire à neuff. 

Dans la grande salle au boult de la d. cuisine, la muraille du costé du midy, donnant en dehors sur les fossés du chasteau, sur laquelle il y a des massecoulis, et y avoit autrefois des parapels, est vieille , caducque, couleuvrée et ventreuse ; le pignon du boult vers la cuisine est en mauvais état ; la longère du côté de la cour est vieille, surplombée et menasse ruisne ; l'autre pignon est aussy caducq et de nul valeur : le tout à reffaire...

Les poutres du premier estage, et du second sous le grenier, sont à remplacer et les planchers à renouveler ; la couverture du costé de la cour est quelque peu ruisnée et demande quelques réparations, l'aultre costé vers la douve est en plus grande indigence de réparations...

Au proche de la d. grande salle est une muraille qui joinct d'un boult à une petite tour qui donne sur l'estang, et de l'aultre boult à une vieille mazière de tour proche de l'entrée du chasteau, dans laquelle muraille y a une grande croizée, garnye d'une grille de fer pendante en dehors ; laquelle muraille menasse ruisne, et il est nécessaire de la reffaire.

A main droite, en entrant au portal du d. chasteau, au proche du pont-levis, est un petit escalier de pierre de taille, servant à monter au dessus du d. portal et à tous lieux proches, lequel escalier est ruisné par le hault, et il est nécessaire de le réparer et mettre en estat de servir ».

Parc. « La chaussée de l'estang est bonne et en bon estat, fors qu'il n'y a point de bonde, en sorte que l'eau du d. estang ne se peut évacuer, et il est nécessaire de faire une bonde ; ensemble de couper les bois et nettoyer les douves qui sont à l'entour du chasteau.

Le parq a sept cantons différents, l'un nommé le Hault du marais, le second nommé Chasteau-Courtault, le troisiesme nommé Terre des baliveaux le quatriesme nommé la Maison des chiens ; le cinquiesme nommé Folle-pensée, le sixiesme nommé le Petit-marais et Montigny et le septiesme nommé le bois des Corneilles.

Procédant au mesurage et toisage des murailles qui enferment et entourent le d. parc, il constate que les d. murailles contiennent de tour et circuit 2,665 toizes, de six pieds chaque toize ; la plus grande part et ce qui est de plus ancien a esté basty de pierres sèches et le restant avecq mortier de terre ; la plus grande haulteur des dites murailles contient à présant environ huict pieds, laquelle haulteur ne se rencontre que sur environ 400 toizes, entre autres du costé du septentrion ; le surplus des d. murailles est ruisné...

En faisant le d. circuit, avons veu quatre ouvertures de barrières, trois desquelles sont fermées de vieilles barrières de bois, au lieu desquelles, pour la seureté et conservation du d. parcq, il est nécessaire d'y faire quatre portes de pierre de taille... »

De tout quoy avons raporté le présant acte et procès-verbal sur les lieux, soubs les seignes, des intervenants... et les nostres les 8, 9, 10 et 11 mars 1660. Signé : Le Clerc, not. royal. — Gobé, not. Royal (Largoët B, Expéd. papier).

 

le château du Helfau. Siège d'une ancienne seigneurie ayant appartenu successivement aux familles Helfau (propriété du sieur d'Uhelfaut en 1427), Le Comte, Saint-Martin, et Martin ;

le manoir de la Chesnaie (XXème siècle). On y voit une échauguette d'angle ;

le manoir ou château de Kerlo (XV-XVI-XVIII-XIXème siècle). Kerlo ou Kerleau est une ancienne seigneurie ayant appartenu successivement aux familles Eon du Lay ou Ducay (en 1426), Quifistre (en 1506), Chohan (au XVIème siècle), Descartes (XVIIème siècle), Le Prestre de Châteaugiron, La Noé (XIXème siècle) et Bredoux. L'ancien édifice du XV-XVIème siècle comporte des tourelles. La partie moderne du XIXème siècle comporte trois tours : la tour centrale sépare le corps de logis en deux parties dissymétriques. On y voit une porte (XV-XVIème siècle) en anse de panier, finement moulurée. La chapelle privée a été restaurée au XIXème siècle ;

le manoir de Camaret ou Camarec ou Kamarec (XVI-XVIIIème siècle), berceau de la famille Camaret. Propriété de Pierre, sieur de Camarec, en 1464 et en 1481. Il possédait autrefois une chapelle privée. On voit y un puits ;

le manoir de la Boissière. Il passe pour avoir été un établissement des templiers. Propriété successive des familles Pouëtier (au XVIème siècle), Croze (en 1643), Gouvello, Servandes, Kermeleuc (au XIXème siècle), puis Delpuech. Il abrite une petite chapelle, un puits et un four ;

le manoir de Bellon. Siège d'une ancienne seigneurie ayant appartenu à la famille Thomelin, puis Talhoet. Il possédait autrefois une chapelle privée ;

le manoir de Lescoat (XVIIème siècle). Un linteau de la porte principale porte la date de 1635. Les boulins du pigeonnier s'alignent sur toute la longueur de la façade. Une tour ronde abrite l'escalier des dépendances, et une autre carrée, celui du logis principal ;

le manoir de Coët er Garff. Occupé par la famille Ars durant la Révolution. Une tourelle d'escalier est placée en avant de la façade. On y trouve un puits ;

l'Atlante (XV-XVIème siècle), situé près de l'ancien manoir de Kerlo. La tour et la porte datent du XV-XVIème siècle ;

le presbytère (XVIème siècle), édifié par le recteur de la paroisse, Bertrand de Quifistre. Son corps de logis est flanqué d'une tour. Dans la cour se trouve un puits monumental et un petit calvaire-bénitier ;

la fontaine de Camaret (XVIème siècle). Elle a la forme d'un petit oratoire surmonté d'une croix métallique ;

le four à pain, situé à La Haie-Belle-Fontaine ;

le puits de Lesvel (1834) ;

les moulins de Trute (XIXème siècle) et de Kerfily (1883) ;

A signaler aussi :

le lech (ou stèle gauloise) situé près de la chapelle Saint-Christophe (Vème siècle avant Jésus-Christ) ;

la stèle de Gohélis (XXème siècle) ; 

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ANCIENNE NOBLESSE de ELVEN

La seigneurie d'Elven (ou de Largoët) appartenait au Xème siècle à Derrien Ier, fils d'Alain-le-Grand, puis le fief de Largoët passe au XIIIème siècle à la famille Malestroit

On croit avec assez de raison, dit M. de la Borderie, que Largouët (ou Largoët) est une éclipse du comté de Vannes, et forma le partage d'un des fils d'Alain le Grand, comte de Vannes, roi de Bretagne, mort en 907. En effet, une charte du commencement du Xème siècle nous montre un certain Derrien, fils d'Alain, possédant alors la paroisse d'Elven, qui a été de tout temps chef-lieu de Largouët, et il y a tout lieu de croire que cet Alain, père de Derrien, n'est autre qu'Alain le Grand (Cartulaire de Redon, preuves de D. Morice). En 1021, nous trouvons un autre Derrien, seigneur d'Elven, c'est-à-dire de Largouët, qui avait un fils nommé Even. Cet Even fut père d'un autre Derrien qui eut lui-même cinq fils, savoir : Even, Renaud, Geoffroy, Josselin et Rivallon. Ce second Even, l'aîné des cinq frères, fut seigneur d'Elven ou Largouët. Au temps de Morvan, évêque de Vannes, c'est-à-dire de 1088 à 1128, il fonda le prieuré de Trédion, près Elven, pour les moines de Marmoutier. En 1127, il assista à la réconciliation solennelle de l'abbaye de Redon, qui avait été polluée par quelques seigneurs rebelles au duc (ibid.). En sortant de cette famille, Largouët passa, on ne sait comment, dans la maison de Malestroit. En 1294, le sire de Malestroit confessa devoir au duc cinq chevaliers d'ost, quatre pour sa terre de Largouët et un pour celle de Malestroit (Lobineau, p. 438). Tout nous porte à croire que, pendant le XIVème siècle, les sires de Malestroit continuèrent à posséder cette seigneurie. En 1408, le sire de Malestroit et Largouët assista aux conférences tenues à Vannes pour aviser aux moyens de s'entendre avec le duc de Bourgogne (Lobineau, p. 829). Le 14 octobre 1409, Jean V, duc de Bretagne, était au château d'Elven. Il y donna procuration à son chambellan, Armel de Châteaugiron, pour aller, en son nom, rendre hommage au roi d'Angleterre pour le comté de Richemont. Le sire de Malestroit et Henri Le Barbu, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, furent témoins. (Dom. Morice, II, p. 827). A cette époque la famille de Malestroit était encore nombreuse, mais la branche aîné, celle des sires de Malestroit, dont nous nous occupons exclusivement, n'avait plus qu'une fille, nommé Jeanne. Elle épousa Jean Raguenel, vicomte de Bellière et Dinan, qui prit les nom et armes de sa femme, c'est-à-dire de Malestroit. Maintenant nous puisons nos renseignements uniquement dans les archives de Largouët, dont l'acte le plus ancien remonte à l'an 1470. Nous devons cette communication à M. Paul Audren de Kerdrel, du Brossais en Saint-Gravé, et, comme il est juste, nous le remercions de son obligeance. Jean Raguenel Ier semble être mort assez jeune, mais Jeanne de Malestroit, son épouse, vécut jusqu'au 21 août 1468. Ils eurent un fils qui porta aussi le nom et les armes de Malestroit, et qui s'appelait Jean comme son père. Or, le 14 septembre 1470, haut et puissant seigneur Jean, sire de Malestroit, vicomte de Bellière et Dinan, maréchal de Bretagne depuis 1448, rendit aveu au duc, son souverain, pour la seigneurie de Largouët dont il devenait héritier par le décès de sa mère. L'aveu constate que Jeanne de Malestroit tenait cette terre de ses ancêtres. Jean II Raguenel de Malestroit mourut en 1470, deux ans après sa mère. Il avait eu en mariage sa parente Gillette de Malestroit, dont il avait eu deux filles. L'une d'elles, Françoise, née en 1447, épousa Jean IV, sire de Rieux, et lui porta la baronnie de Malestroit ainsi que le comté de Largouët. Le 1er mai 1471, Jean IV, sire de Rieux, seigneur de Rochefort, Ancenis, Aumale, Donges, Malestroit, et maréchal de Bretagne, rendit, conjointement avec sa femme, aveu au duc pour Largouët, au titre de foi, hommage et rachat. Pendant la vie du maréchal de Rieux, il se passa deux faits à son château d'Elven, que nous devons signaler. Le comte de Richemond qui, en 1485, devint roi d'Angleterre, fut obligé de fuir son pays après la bataille Tewhsbury en 1471. Le navire qu'il montait fut jeté sur les côtes de Bretagne, où il fut d'abord bien accueilli par le duc François II. Mais celui-ci, réfléchissant que son hôte pourrait lui être une garantie contre l'ambition d'Edouard IV, le fit renfermer dans le château de Largouët et garder à vue de 1474 à 1476. On sait qu'en 1487 les Français occupèrent tout le pays de Ploërmel à Vannes. Il parait que le château d'Elven, ainsi que ceux de Rochefort et Rieux, furent plus ou moins rasés et incendiés. La duchesse Anne, par ses lettres en date du 9 août 1490, accorda au maréchal de Rieux cent mille écus d'or pour le dédommager de ses pertes (Dom. Morice, pr.). Jean IV de Rieux mourut le 9 février 1518. Il laissait de sa première femme, Françoise de Malestroit, un fils nommé Claude, qui hérita de Largouët. En 1518, Claude Ier de Rieux épousa Catherine de Laval, fille de Guy XVI. Il en eut deux filles, Renée et Claude. Après la mort de Catherine de Laval, Claude de Rieux se remaria à Suzanne de Bourbon, fille de Louis de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon, et de Louise de Bourbon-Montpensier. Il en eut un fils nommé Claude comme lui, en 1530. Claude Ier mourut le 19 mai 1532. Claude II de Rieux eut Largouët, et, en 1542, Suzanne de Bourbon, sa mère et tutrice, rendit aveu au roi de France pour ladite seigneurie. Claude mourut en 1548, à l'âge de 18 ans, et en lui s'éteignit la branche aînée et masculine de la maison de Rieux. Par suite de cette mort, les seigneuries de Rieux, Rochefort, Largouët, etc. , revinrent à Renée de Rieux, fille de Claude Ier et de Catherine de Laval. L'année précédente elle avait déjà hérité des grands biens de la famille de Laval, à la mort de Guy XVII de Laval. En 1546, elle avait épousé Louis de Saint-Maure, marquis de Nesle, à qui elle laissa prendre le nom de Guy XVIII de Laval. Elle prit elle même le nom de Guyonne, et le malicieux public l'appela Guyonne la folle. Elle mourut en 1567. Paul de Coligny, fils de François de Coligny, sieur d'Andelot, et de Claude de Rieux, né en 1555, devint héritier de Renée de Rieux, sa tante. En 1572, il avait pour tuteur Pierre de Coligny, sieur de Chatillon, amiral de France ; en 1574, René de Rieux, sieur de La Feuillée et l'Ile-Dieu, possédait Largouët, et il prit le nom de Guy XIX de Laval. Marié à Anne d'Alligre, il en eut un fils, Guy XX. Guy XIX mourut en 1586, et deux ans avant son décès, le 11 février 1584, il avait transporté et délaissé le comté de Largouët à Mme d'Estannulle, mère de ses mi-frères et mi-soeur Benjamin, François et Anne de Coligny. Le colonel d'Andelot, après la mort de sa première femme Claude de Rieux, s'était en effet remarié à Louise d'Estannulle, comtesse de Salm, et en avait eu ces trois enfants. Anne de Coligny survécut à ses deux frères, et elle avait épousé Jacques de Chabot, marquis de Mirabeau, conseiller du roi, chevalier de ses ordres, lieutenant général en Bourgogne, etc. Le 11 juillet 1616, Anne de Coligny et Jacques de Chabot vendirent le comté dé Largouët 66,000 livres à Jean de Rieux, chef de nom et armes, marquis d'Assérac, seigneur de l'Ile-Dieu, demeurant à son château de Rouroué. Mort en 1630, Jean de Rieux laissait Largouët à son fils Jean Emmanuel, qui fit de mauvaises affaires. En 1643, il se trouvait chargé de dettes, et ses créanciers firent bientôt saisir ses biens. Une adjudication eut lieu, et, le 19 mars 1656, M. Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, devint adjudicataire de Largouët pour la somme de 175,000 livres. Les terres de Lanvaux et Trédion étaient comprises dans le marché. Tout le monde connaît les folles dépenses de Nicolas Fouquet, sa disgrâce et sa ruine. Par suite de cet évènement, les seigneuries de Lanvaux et d'Elven passèrent entre les mains de Marie-Magdeleine de Castille, sa femme, le 19 mars 1673, pour l'indemniser de sa dot et de ses autres biens aliénés. Elle en rendit aveu au roi le 22 janvier 1681. Le 10 janvier 1686, Marie-Magdeleine de Castille revendit les propriétés en question la somme de 150,000 livres à M. Louis de Tremereuc, chevalier, conseiller au parlement de Bretagne, sieur de Tremereuc et de Château-Fremont. Louis de Tremereuc n'eut qu'une fille, Anne-Louise, qui épousa, le 7 septembre 1689, M. Toussaint-Pierre de Cornulier, né le 1er novembre 1660, conseiller au parlement en 1682, président à mortier en 1688. Le 17 juillet 1694, M. de Cornulier et sa femme rendirent aveu au roi pour le comté de Largouët. Ils eurent un fils, Charles, et deux filles. Charles de Cornulier, héritier de la seigneurie d'Elven, épousa, le 2 janvier 1717, Anne de la Tronchaye. En 1715 il était conseiller au parlement ; il devint président à mortier en 1727. Trois filles naquirent de ce mariage. L'aînée, Angélique-Marie-Sainte, héritière de Largouët, prit en mariage, le 19 juillet 1735, son cousin Toussaint de Cornulier, seigneur de Boismaqueau. M. de Cornulier mourut vers 1780, et sa femme le 31 décembre 1793, à Versailles. 

Après avoir épuisé la liste des seigneurs de Largouët jusqu'à la Révolution, parlons un peu de la seigneurie elle-même. Les archives de Largouët ne renferment aucun titre qui puisse nous initier aux constructions et transformations du remarquable château d'Elven. Les aveux, de 1470 à la Révolution, se succèdent et se copient, et nous exposent, toujours dans les mêmes termes, que ledit château est une forteresse flanquée de tours, cernée de murs à machicoulis, avec douves au-dehors, pont-levis, basse-cour, chapelle, jardins, étang et retenues d'eau, situés dans un parc garni d'arbres, environné de murs dès avant le XVème siècle et renfermant environ 370 journaux. En tête d'un registre terrier du XVIIIème siècle, on fait remarquer que, quoique les édifices du château soient inhabités et en ruine depuis bien longtemps, il existe cependant toujours des voûtes, des escaliers, des cheminées et autres bonnes constructions qui, procureraient encore, de beaux logements avec peu de dépenses pour les approprier. L'opinion de M. Arrondeau qui prétend que le château d'Elven fut construit à la fin du XIIIème siècle par les seigneurs de Malestroit, la tour, qui survit, élevée par le maréchal de Rieux entre 1490 et 1510, semble la seule vraie. Du reste, l'écusson de Rieux que porte cette tour vient confirmer les documents écrits. La seigneurie de Largouët avait toujours relevé directement des ducs de Bretagne, et, après eux, des rois de France, prochement et ligement, à titre de foi, hommage et rachat. Avant 1660, les titres disent indifféremment la seigneurie ou le comté de Largouët. Le 13 mars de cette année, M. Nicolas Fouquet obtint des lettres-patentes du roi qui déclarèrent que ce serait désormais exclusivement un comté. Or, le comté avait au moyen-âge deux siéges de juridiction un à Auray qui s'exerçait de droit dans l'auditoire royal, et dont le greffe, au XVIIIème siècle, était affermé 450 livres ; un autre à Vannes qui s'exerçait dans la maison de ville, anciennement la chambre des Comptes, et dont le greffe, au XVIIIème siècle, était affermé 1000 livres. Le comté avait droit de premières menées aux plaids de la sénéchaussée de Vannes. Une maîtrise des eaux et forêts avait été créée en sa faveur, à l'instar de celles du roi, par lettres-patentes du roi obtenues par Guy XIX de Laval le 20 juillet 1582. Cette maîtrise avait été affranchie du ressort ordinaire des appellations. Le comté avait toujours eu haute, moyenne et basse justice, avec toutes les prérogatives qui y étaient ordinairement attachées. Les officiers jouissaient des mêmes vacations que ceux des baronnies. Il avait deux fourches patibulaires, l'une à Trédion et l'autre à Elven, sur la route de Vannes. La seigneurie s'étendait plus ou moins sur les paroisses suivantes : Elven, Trédion, Saint-Nolff, Treffléan, Saint-Avé, Saint-Patern et Saint-Pierre, Arradon, Plougoumelen, Baden, Ploeren, Plumergat, Carnac, Mendon, Grand-Champ, Plaudren, Monterblanc, Saint-Jean-Brévelay, Sulniac, Larré, Pluherlin, Molac. Les minus donnent le détail de toutes les terres comprises dans ces paroisses, qui en dépendaient et relevaient. Cent quarante terres nobles relevaient aussi de Largouët, et parmi ces terres il y avait un bon nombre de gros châteaux : comme Kerfily et Kerleau en Elven, Tregouët en Molac. Elle avait au bourg d'Elven un four banal, un marché tous les mardis et trois foires dans le cours de l'année. En 1551, trois foires furent établies à Grand-Champ. Les foires des chapelles du Burgo et Montgolérian, et celle du Bondon dépendaient aussi de la seigneurie. Au XVIIIème siècle, les droits de coutume du tout montaient à 205 livres. Les domaines de Largouët consistaient en métairies, moulins, tenues congéables, qui produisaient de bons revenus, toujours bien assurés avant 1562. Alors les seigneurs furent autorisés, par lettres-patentes du roi, à aliéner, afféager et arrenter, à titre souvent de pure obéissance féodale, ce qui n'augmentait pas les ressources. D'un autre côté, depuis plusieurs siècles les seigneurs ayant cessé d'habiter le château, les affaires se trouvèrent négligées, les aveux rarement ou défectueusement rendus par les vassaux, les biens de main-morte accrus sans indemnité, les infractions aux droits féodaux sans sanction ni pénalités. Malgré tout cela, dans les derniers temps, les chefs de rentes, fort minimes souvent, approchaient encore de deux mille. La forêt de Brohun ou de Trédion appartenait à Largouët. En 1763, M. Toussaint de Cornulier acheta la vieille seigneurie de Quintin, dont, le chef-lieu avait été situé, dans un endroit nommé Coch-Castel, proche le Pont-Guillemet en Elven, et qui avait toujours relevé prochement et directement des ducs et des rois. Il donna pour elle la somme de 2720 livres. En 1754, il avait aussi exercé le droit de retrait féodal sur la partie de la terre de Lescouët en Elven, qui relevait de Largouët, et qui fut estimé 15,500 livres. Dans l'ancien temps, il y avait plusieurs provôtés féodées, dont les titulaires nobles étaient obligés de faire à leur compte la cueillette des rentes de la seigneurie dans les limites de leurs ressorts respectifs, et d'aider les officiers de la juridiction dans la répression des crimes et délits. Elles furent négligées et disparurent ; au XVIIIème siècle, une seule demeurait, celle qui était attachée au manoir du Beizit en Saint-Nolff. Chose rare et peut-être exceptionnelle dans la province, les vassaux de Largouët étaient exempts du droit de rachat avant le XVIIème siècle. Cependant, dans les titres, rien ne prouve qu'ils fussent soumis aux charges que ce droit avait remplacées. Depuis cette époque, quelques terres, par suite d'acquisition et d'arrangements, y furent soumises. Le comté avait tous les droits de prééminences et privilèges dans les églises d'Elven et autres, attribués aux seigneurs fondateurs et supérieurs suivant les causes et les usages civils. Il me semble avoir pris dans les titres de Largouët tout ce qu'ils renferment de plus important. Au point de vue local, on trouverait des détails qui pourraient intéresser, mais qui ne peuvent entrer dans notre aperçu général. Je fais seulement cette remarque que les actes donnent toujours le nom de la seigneurie sans apostrophe et l'écrivent Largouet. Qu'on veuille bien nous permettre de soulever une question à l'occasion du château d'Elven. S'il y a une solution, nous ne la connaissons pas. Les chroniques de Froissart nous apprennent qu'après la prise du château d'Auray, en 1341, le comte de Montfort alla avec ses troupes « devant un autre château-fort, assez près de là, que on appelle Goy-la-forêt. Celui qui en était châtelain voyant que le comte avait grand ost et que tout le pays se rendait à lui, s'accorda audit comte et lui fit féauté, et demeura gardien dudit châtel de par le comte ». L'année suivante, « quand Gautier de Mauni vit le château de Goy-la-forêt, qui était merveilleusement fort, il dit à ses chevaliers et seigneurs qui étaient avec lui, qu'il n'irait pas plus loin, quoique fatigué qu'il ne l'eût assailli. Li eut fort assaut dedans et deshors jusqu'au soir. Les fossés remplis de paille et de bois, les assaillants firent aux murs un trou d'une toise de large, entrèrent par force et tuèrent tous ceux qu'ils y trouvèrent..... Le lendemain ils se mirent en chemin et allèrent par telle manière qu'ils vinrent à Hennebont ». Vers la fin de la même année 1342, « Robert d'Artois assiégea Vannes avec mille hommes d'armes et trois mille archers, et courait tout le pays d'environ, le brûlait et ravageait jusques à Goy-la-forêt, Sucinio et la Rochebernard ». Enfin le château de Goy-la-forêt, ou Gouet-la-forêt comme écrit Lobineau  se rendit au connétable du Guesclin en 1373. Dom Morice hasarde une explication ; et dit que le château en question était situé dans la paroisse de Landerneau. Cette opinion est inconciliable avec le récit de Froissart, qui seul nous donne les faits. D'après lui, Goy-la-forêt était assez près d'Auray, à une journée de marche d'Hennebont, les troupes qui assiégeaient Vannes pouvaient l'atteindre. Il faut donc le chercher à une distance limitée et non trop étendue de ces trois villes. Tous ceux qui ont lu Froissart savent qu'il écrit très mal, fort souvent, les noms d'hommes, de villes, châteaux, etc. Terminons en disant, sauf meilleur avis, que la narration du chroniqueur semble s'adapter au château de Largouët (abbé Piéderrière - 1860).

Nota : Derrien Ier, l'un des fils d'Alain-le-Grand, fut le premier seigneur d'Elven ou de Largoet. En 910, il concourut avec le comte Tanguy, son parrain et peut-être son oncle, pour donner à l'abbaye de Redon la terre de Lunen en Elven (Cartulaire de Redon, p. 226). Derrien II d'Elven souscrivit, en 1021, avec son fils Even, et beaucoup d'autres barons, à la confirmation de la juridiction épiscopale de Redon, faite par Judicael, évêque de Vannes (Ib. p. 308). Derrien III, descendant des précédents, vivait à la fin du XIème siècle, et laissa cinq fils, nommés Even, Rouaud, Géoffroy, Gosselin et Rivallon. Even, avec l'agrément de ses frères, fonda le prieuré de Saint-Martin de Trédion, vers 1121 ; il parut aussi en 1127 à la réconciliation de l'église de Redon. A cette première dynastie succéda, plus tard, par mariage probablement, la famille des seigneurs de Malestroit. Payen III, en 1294, reconnut devoir au Duc cinq chevaliers d'ost, dont quatre pour sa terre de Largoet et un pour celle de Malestroit (Pr. I, 1112). Geoffroy, son fils, quitta le parti de Charles de Blois pour celui de Jean de Montfort, et fut, pour ce motif, arrêté par trahison à Paris et décapité en 1343. Payen IV, seigneur de Malestroit et de Largoet, fils du précédent, fut tué au siège de la Roche-Derrien en 1347, sans laisser de postérité. Sa soeur Jeanne épousa Jean de Châteaugiron. Leur fils Jean de Châteaugiron, dit de Malestroit, seigneur de Largoet et de Malestroit, ne laissa en 1394 qu'une fille nommée Jeanne, et mariée à Jean Raguenel. Jean Raguenel, leur fils, dit aussi de Malestroit, recueillit Malestroit en 1451, Largoet en 1468, et mourut en 1471, laissant sa fille aînée, Françoise, mariée à Jean IV de Rieux. Ici commence une nouvelle dynastie. Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, prêta en 1474 son château de Largoet, pour garder le comte de Richemont, qui devint ensuite roi d'Angleterre, sous le nom de Henri VII. Quelques années après, en 1488, les Français prirent et dévastèrent ce château ; deux tours rondes et ruinées, qui se trouvent derrière la porte d'entrée, et qui sont d'un travail grossier, sont peut-être les seuls restes de cette forteresse primitive. En 1490, la duchesse Anne de Bretagne ayant accordé au sire de Rieux une somme de cent mille écus d'or, pour l'indemniser de la ruine de ses châteaux d'Ancenis, de Rieux, de Rochefort et d'Elven, le maréchal se mit aussitôt à l'oeuvre, et avant la fin du XVème siècle, il avait construit la grosse tour octogone de Largoet et la porte à pont-levis qui la précède : ses armes sont sculptées sur ces deux parties. Quant à la petite tour, à peu près cylindrique, on n'est pas aussi fixé sur son âge. Le maréchal de Rieux aimait le séjour de Largoet, et il y amenait sa famille ; il y perdit même en 1495 sa seconde femme Claude de Maillé, suffoquée par un feu accidentel. Claude Ier de Rieux, son fils, lui succéda en 1518, et transmit ses biens à son fils Claude II en 1532, puis à sa fille Renée en 1548, et enfin à son petit-fils Paul de Coligny appelé Guy XIX de Laval (1567-1584). A partir de cette date, la seigneurie de Largoet fut l'objet de nombreuses transactions. Louise d'Estannule, dame de Coligny, l'obtint en 1584, et y entretint un gouverneur. Sa fille, Anne de Coligny, femme de Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, vendit Largoet à Jean de Rieux, marquis d'Asserac, pour 66,000 livres en 1616. Jean-Emmanuel de Rieux, fils de l'acquéreur, fit de mauvaises affaires et vit saisir ses biens. Nicolas Fouquet, le fameux surintendant des finances, acquit en 1656, les terres de Largoet, Trédion et Lanvaux, pour la somme de 175,000 livres, et les fit ériger en Comté en 1660. Sa veuve, Marie-Madeleine de Castille, vendit Largoet en 1686 à Louis De Trémereuc, conseiller au Parlement, pour le prix de 150,000 livres. Anne-Louise de Trémereuc recueillit ce comté en 1689, et le porta à son mari Toussaint-Pierre de Cornulier, président à mortier au parlement. En 1702, son fils Charles de Cornulier devint comte de Largoet et baron de Lanvaux, et transmit en 1738 ces biens à sa fille aînée Angélique-Marie-Sainte, qui mourut à Versailles le 31 décembre 1793. La fille de cette dernière épousa Daniel-Henri Le Mallier, comte de Chassonville, recueillit la propriété de Largoet, et mourut en 1840. Les du Bot de la Grée de Callac en ont hérité et possèdent encore le château d'Elven. Les restes de cette forteresse féodale consistent en deux tours, liées entre elles par des murs formant un carré irrégulier. La grande tour, construite en belles pierres de taille, est encore bien conservée, malgré l'abandon de ses propriétaires. Les murs, excessivement épais au rez-de-chaussée, vont en diminuant à chacun des cinq étages. Au-dessus de la plateforme, entourée de machicoulis, s'élève un petit châtelet, d'où l'on domine une vaste étendue de pays ; on est là à 40 mètres au-dessus des douves. La petite tour, construite également en bel appareil, est aussi surmontée d'un châtelet. La porte d'entrée, munie jadis d'un pont-levis, est tournée vers le sud-ouest. Les murs d'enceinte sont en ruines, et les douves à moitié comblées ne reçoivent plus l'eau du ruisseau voisin. Le château d'Elven, moins étendu que celui de Sucinio, est bien mieux construit, et aucune tour féodale dans le Morbihan n'égale son donjon. 

Les autres châteaux ou manoirs d'Elven étaient :

1.   Kerleau, aux Quifistre, aux Cboban, aux Des Cartes, puis aux le Prestre de Châteaugiron.

2.   Kerfily, sur les bords de l'Arz, domaine des Coetquen, des Brignac, des Sérent, et aujourd'hui des Charette.

3.   Camarec, berceau d'une famille de ce nom.

4.   Bellon, propriété des Thomelin, puis des Talhoet.

5.   Bodual, jadis Bot-Duval aux Stoubennec.

6.   La Boissière, auprès du bourg.

7.   Coet-er-Garf, ou Coetregal, berceau d'une famille.

8.   La Haye-Dréan, aux La Haye, puis aux Bonnefoy.

LA HAYE-DRÉAN. Seigneurie et manoir noble en la paroisse d'Elven, évêché de Vannes. Appartint aux de la Haye, puis aux Bonnefoy. En était seigneur Simon Maydo, en 1448. Isabeau Maydo, fille et unique héritière d'Yvon Maydo, l'apporta en dot, avant 1528, à Guillaume de Lantivy. En 1666, la seigneurie de la Haye-Dréan, avec les métairies de la Porte et de Kergounas (sic), appartenait aux mineurs du feu sieur de Kerec-Chevalier (Théodore Courtaux, 1899).

9.   Le Helfau, aux Huelfau, puis aux Le Comte, Saint-Martin...

10.  Keranézo, vers le nord.

11.  Kerbley, près de la rivière d'Arz.

12.  Kerboluen, vers le sud.

13.  Kercointe, aux Philippot, aux La Chapelle.

14.  Kerhon, près de Largoet.

15.  Lescadiguenn, aux Descartes.

LESCADIGUEN. Lieu et manoir noble en la paroisse d'Elven, frairie du Poullo, appartenait en 1554 à Françoise Maydo ; en 1589 à Olivier de Lantivy. Le 17 novembre 1694, le manoir et lieu noble de Lescadiguen, avec son pourpris, ses appartenances et dépendances, à Marguerite de Cléguennec, dame de Lescadiguen. (Archives Nationales, P. 1721, f° 322 verso). A été aussi la propriété des des Cartes (Descartes). Nunc Lescadiguenne, hameau, commune d'Elven (Théodore Courtaux, 1899).

16.  Lescoet, aux Guillaume.

17.  Logodec, aux Le Comte.

18.  Menaru, vers le sud.

19.  Panistrel, à Pierre de Beauchesne en 1400.

20.  Péh, à Jean Bizien en 1400.

21.  Tréhulan ou Tréluhan, aux Crésolles et Le Comte.

22.  Trémondet, aux Gaberic, aux Talhoet et Des Cartes.

(Joseph-Marie Le Mené - 1891).

Lors de la réformation de 1427, on comptabilise la présence de plusieurs nobles à Elven : Eon Ducay (Kerleau), Johannette du Val (Lescadiguenne), sieur de Kamarec (Camarec en Boqueleste, Le Resto en Le Guern), Jouhan de Talazre (Bellon, en Keranlen), le sieur de Coequin et son épouse Jehanne de Malestroit (Kerfili, en Kerblaye), Eon Phelipot (Boteleau, en Kerblaye), Hervé Kermelin (Plebidan), le sieur d'Uhelfaut (Helfaut), Guillo du Val (Trédion), Jouhan Hormeraud (Trédion), Jehan de Cressolles (Tréhulan, en Le Len), Guillo Guillot (Merionnec), Guillo Le Coente (au bourg d'Elven), Jouhan Conanou (au bourg d'Elven), Thomas Chane (au bourg d'Elven), Perrot Le Febvre, Allain Guillaume et Jehan Beaussire (au bourg d'Elven), les sieurs de Malestroit (au château d'Elven), Lucas Le Fauchours (au bourg d'Elven), Jehan Le Boulourec (le Grazo), Eon de Quernevé dit Bolore (Guernevé), Eon Jouhannou et Allain Guillaume (Lescoët), Eon Phelipot (Elven). 

A la "montre" (réunion de tous les hommes d'armes) de Vannes du 8 septembre 1464, on comptabilise la présence de 11 nobles d'Elven :

Guillaume CONNANNO (40 livres de revenu) : porteur d'une brigandine et d'une salade (casque), comparaît armé d'une vouge et d'une épée ;

Pierre BEAUSIRE (15 livres de revenu) : porteur d'un paltoc et d'une salade (casque), comparaît armé d'une vouge et d'une épée ;

Pierre CAMBOUT (30 livres de revenu) : porteur d'une brigandine et d'une salade (casque), comparaît armé d'une épée et d'un arc;

Jehan BEAUSIRE (30 livres de revenu) : porteur d'une brigandine et d'une salade (casque), comparaît armé d'une épée et d'une vouge ;

Eon KERMELIN (20 livres de revenu) : excusé ;

Jehan GUILLAUME (35 livres de revenu) : porteur d'une brigandine et d'une salade (casque), comparaît armé d'une épée et d'un arc ;

Jehan MAYDO (60 livres de revenu) : comparaît armé d'une vouge et d'une épée ;

les héritiers de Pierre GUILAUME (40 livres de revenu) ;

Guyon PHELIPOT (60 livres de revenu) : porteur d'une brigandine et d'une salade (casque), comparaît armé d'une vouge et d'une épée ;

Guyon de COETCAS, sieur du Helfaut : excusé ;

Pierre, sieur de KAMAREC (Camarec) : excusé ;

A la "montre" (réunion de tous les hommes d'armes) de Vannes du 4 septembre 1481, on comptabilise la présence de 16 nobles d'Elven :

Jehan LE CONTE (300 livres de revenu), remplacé par Guillaume Le Conte : comparaît en homme d'armes ;

Pierre, sieur de CAMAREC (800 livres de revenu), remplacé par Guyon Le Pauteat et Guillaume Plaudé : comparaissent en archers ;

Yvon PHELIPOT (600 livres de revenu), remplacé par Robin Le Clanche qui comparaît en archer, et François Haellart qui comparaît armé d'une vouge ;

Jehan CONNANO (60 livres de revenu), remplacé par son fils Jehan : porteur d'une brigandine, comparaît en archer ;

Jehan CONANO (20 livres de revenu), remplacé par Yvon Marion : comparaît en archer ;

Pierre CAMBOUT (30 livres de revenu), remplacé par son fils Jehan : comparaît en archer ;

Silvestre de QUIFFISTRE (800 livres de revenu), remplacé par son fils Nicolas : comparaît en archer et armé d'une vouge ;

Pierre BEAUSSIRE (15 livres de revenu), remplacé par Jehan Guillaume : porteur d'une brigandine, comparaît armé d'une vouge ;

Jehan GUILLAUME (20 livres de revenu) : comparaît armé d'une vouge ;

Les héritiers Eonnet KERMELIN ;

Les héritiers Jehan BEAUSSIRE (30 livres de revenu), remplacé par Guillaume du Helen : comparaît en archer ;

Jehan LE COURTOIS (20 livres de revenu) : comparaît en archer ;

Jehan MAYDO de la Haye (Haye Dréan) (20 livres de revenu) : comparaît en archer ;

François BARDOUIL (30 livres de revenu) : comparaît en archer ;

Robert LE BASTARD (10 livres de revenu), remplacé par Guillaume Le Bastard : porteur d'une brigandine, comparaît armé d'une vouge ;

Les héritiers Allain GUILLAUME et André GUILLAUME, remplacé par Robin de Lisle : comparaît armé d'une jusarme ;

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