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ABBAYE NOTRE-DAME DE BEAUPORT

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Abbaye Notre-Dame de BEAUPORT - Kérity-Paimpol

L'abbaye de Beauport (ou Bellus Portus) est occupée dès 1202 par l'ordre des Prémontrés, fondé par Saint-Norbert, en provenance de l'abbaye de Lucerne (diocèse de Coutances) en Normandie et installé par le comte Alain de Goëllo (comte de Penthièvre), fils de Henri, de l'illustre maison des ducs de Bretagne. Cette abbaye médiévale succède à un premier établissement monastique édifié sur l'île Saint-Riom (ou Saint-Rion) dans la baie de Paimpol ("abbati Sancti Rioni in insula Carohenes"). Après avoir fait construire les bâtiments nécessaires, Alain de Goëllo la dote richement, comme on peut le voir dans la bulle d'Innocent III qui confirme cette fondation. Conan, frère d'Alain, donne son château de Ravendale et beaucoup de biens qu'il possède en Angleterre, dans le diocèse de Lincoln. Il y joint la patronage de 9 cures qui dépendent de lui. Innocent III approuve cette donation, et permet par une bulle à l'abbé de Beauport d'envoyer pour desservir ces paroisses ceux de ses religieux qui savaient la langue du pays. Beauport va souffrir de la guerre de la Ligue et de la commende. Comme les chanoines de Saint-Riom installés depuis la fin du XIIème siècle dans la baie de Paimpol, les moines de l'abbaye de Beauport exercent hors des murs dans 13 paroisses. Guillaume paraît avoir été abbé avant la fondation de Beauport. C'est en effet lui qui obtient en 1198 une bulle du pape Innocent III, par laquelle ce pontife prend sous sa protection le monastère de Saint-Rion dans l'île de Carohènes et les religieux de Saint-Victor qui y sont établis. Raoul, venu de l'abbaye d'Ardenne, est le premier abbé de Beauport. Simon, décédé un 25 juin, est un des exécuteurs testamentaires de Guillaume le Borgne, sénéchal de Goëllo, décédé en 1215. Roger meurt le 15 mai, suivant le nécrologe de son abbaye. Henri ou Hervé cède en 1249 aux chanoines de Sainte-Croix de Guingamp tous ses droits sur les dîmes de Pordic, et ces derniers lui cèdent tous leurs droits sur celles de Plouézec. Robert est indiqué comme abbé de Beauport dans un accord daté de l'an 1269, et qui est conservé dans les archives de Blain. Michel Binien ou Bivien ou Vivien s'est lié d'amitié avec saint Yves, et l'assiste à ses derniers moments. Il meurt le 4 octobre 1304, selon le nécrologe de son abbaye. Jean de Terre de Humo meurt le 13 octobre, suivant le même nécrologe. Michel Gautier meurt le 19 octobre, selon le même nécrologe. Guillaume de Pommerit meurt le 10 novembre 1355, suivant le même nécrologe. André Le Feuvre est appelé lors de l'enquête faite en 1330 pour la canonisation de saint Yves. Il dépose en cette qualité qu'il avait été miraculeusement guéri par l'invocation du saint d'une fièvre opiniâtre qu'il avait depuis 14 mois. Il meurt le 13 avril, selon le même nécrologe. Jean Canette meurt le 11 juillet, selon le même nécrologe. Jacques Moriceau meurt le 16 avril, suivant le même nécrologe. Jean Boschier est élu en 1398, se démet en 1442 et meurt le 11 mai de l'année suivante, après avoir comblé de biens son monastère. Son attachement à la maison de Penthièvre le rend suspect au duc Jean V, qui le fait arrêter en 1424, et nomme des commissaires pour entendre les témoins assignés contre lui. Mais il se justifie des accusations, et il est renvoyé à son abbaye. Pierre Huet, docteur en décret, est élu en 1442. Appelé à l'information des miracles de saint Vincent Ferrier par le cardinal de Coetivy, légat du Saint-Siége, il en obtient la permission de porter la mitre et les autres ornements pontificaux. Il vit encore en 1470. Son décès est marqué au 21 avril dans la nécrologe de l'abbaye. De son temps, vivait à Beauport un religieux prêtre d'une grande piété, nommé Belluec, décédé en 1464 (si l'on croit le nécrologe de Beauport, il aurait fait après sa mort plusieurs apparitions, comme si, dit le même nécrologe, il venait demander à être canonisé). Amauri de La Roche obtient du duc, pour son abbaye une sauvegarde datée du 28 février 1487. Robert de La Vallée est pourvu par le pape Innocent VIII en 1490, et meurt le 9 septembre 1498. Jean Le Bigot est élu en 1498 et meurt le 4 mars 1540. Il était breton et frère de Jean Le Bigot, seigneur de La Villebougault, décédé en 1502. Jacques d'Annebaut, fils du connétable héréditaire de Normandie, paraît avoir été le premier abbé commendataire de Beauport. Il se démet de cette abbaye lorsqu'il est en 1539 élevé sur le siége épiscopal de Lisieux. Il devient cardinal du titre de Sainte-Susanne, et meurt le 7 juin 1558. Gilles Quemper de Lanascol, chanoine de Notre-Dame de Nantes, est fait coadjuteur de Beauport en 1536 et prête serment de fidélité au roi en cette qualité le 16 octobre 1539. Le titre d'abbé commendataire que lui donne le procès-verbal de la réformation de la coutume suppose que son prédécesseur s'est démis. Il meurt le 4 mars 1516, suivant le nécrologe de son abbaye. Simon de Maillé fait serment de fidélité au roi pour l'abbaye de Beauport en 1551. Charles Contin prête serment le 7 août 1577. Torquat de Gondy succède, semble-t-il, à Contin (à confirmer). Claude de La Rochepozay fait serment de fidélité par procureur pour l'abbaye, vacante par la résignation de Charles Treguate de Contin, le 12 août 1581. Ferdinand Chasteigner de La Rochepozay, fils d'un ambassadeur de France à Rome, est pourvu en 1603, prête serment de fidélité au roi et meurt à Paris en 1607, à l'âge de 28 ans. Nicolas David prête serment en 1618. Louis Chasteigner de La Rochepozay meurt, semble-t-il, en 1637 et était aussi abbé de la Merci-Dieu, de la Grenetière, de Preuilly et d'Ahun en Limousin. Anne Chasteigner de La Rochepozay, frère puîné de Louis, est pourvu de l'abbaye de Beauport à l'âge de douze ans, en 1637, après la mort de son frère, et possède toutes ses autres abbayes. Il vit encore en 1669. Henri Achille de La Rochefoucault, fils du duc de ce nom, pair de France, est successivement nommé à six abbayes. Il a celle de Beauport en 1679, et meurt en 1698. Louis Colbert, petit-fils du grand Colbert, obtient l'abbaye et la possède pendant quelques temps, mais il quitte ensuite l'état ecclésiastique et prend le parti des armes. Alexandre de La Rochefoucault de Verteuil, docteur de Sorbonne, prieur du Port-Dieu et de Bonne-Nouvelle de Rouen, abbé de Beauport et de Molène, meurt le 16 mai 1722. Il assiste aux Etats de Vitré en 1679. Louis François Vivet de Monclus, évêque de Saint-Brieuc, est nommé à l'abbaye de Beauport en 1725 et transféré sur le siége d'Alais en 1744. Il se démet de son abbaye en 1746 et meurt en 1755. N. de Fumal, prévôt de l'église métropolitaine de Cambray et vicaire général de ce diocèse, est nommé le 13 octobre 1746, et possède l'abbaye jusqu'en 1779. N. de Goyon, vicaire général de Rouen, est nommé abbé de Beauport en 1779, et meurt en 1785. Alphonse Constance de Pontevès, aumônier des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, devient abbé de Beauport en 1785, et la conserve jusqu'en 1790. En 1791, a lieu la translation des reliques de saint Riom et de saint Maudez de l'Abbaye de Beauport à l'église de Plouézec. Le chanoine Le Sage est le dernier chanoine régulier de l'Abbaye de Beauport. L'église abbatiale date du XIIIème et XIVème siècles. Le cloître date du XVème siècle. Au XVIème siècle, le mur nord de l'église abbatiale est renforcé par des arcs-boutants. L'abbaye de Beauport ferme en 1790. Vendue en 1797 à des négociants, elle est rachetée par la municipalité de Kerity qui y installe une école au XIXème siècle. Les bâtiments sont rachetés en 1845 par le comte Poninski. On peut y voir encore le lavatorium, le réfectoire, la salle du duc, le gisant de Pierre Huet (1472). On voyait jadis dans le sanctuaire de l'abbaye de Beauport deux monuments qui renfermaient les corps d'Alain et de son épouse, fondateurs du monastère. Il semble qu'il se trouvait un troisième corps dans la salle capitulaire, où l'on prétendait qu'avaient été déposés les restes de Jeanne de Bretagne (cette tradition est contestée par certains historiens qui assurent que cette dame avait été inhumée dans le choeur des Cordeliers de Guingamp, en 1384).

 

- Nota -

Les Origines légendaires des Abbayes de Saint-Rion et de Beauport.

Cherchant à dégager les origines des abbayes de Saint Rion et de Beauport, les érudits se sont servis des légendes et des documents authentiques dont ils ont tiré trop souvent des conclusions fausses. Ils ont cru trouver dans ces sources des indications qu'elles ne contiennent point. Par contre, bien des données fournies par les textes leur ont échappé. Ils ont ainsi compliqué un problème relativement simple : si nous ne savons pas depuis combien de temps il y a eu un monastère à Saint-Rion, le problème des origines de l'abbaye de Beauport peut être résolu. Il suffit d'examiner d'un peu près les légendes et les textes pour dégager le vrai du faux.

Commençons par les premières.  

LA LEGENDE  DU PAON (Extrait du Courlis de Bréhat, année 1925, n° 21 et 22) Mériadek, comte de Goëllo, avait deux fils : Gouil et Ysselgert, qui, abandonnés au Grun-Ardent, pressuraient leurs vassaux, leur imposaient des tailles injustes, malgré les conseils de leur père Mériadek, et vivaient comme des mécréants. Aussi, bientôt, ne trouvèrent-ils plus de ressources dans leurs domaines dévastés. Les jeunes filles vierges se cachaient en les apercevant et les vassaux « préféraient la mort à une vie misérable ». Alors les deux frères « songèrent » à « piller » l'abbaye de Beauport, qui renfermait des richesses considérables. Ils vinrent la nuit, accompagnés de leurs écuyers, mais l'abbé refusa de leur ouvrir la porte du monastère. « Ils incendièrent la forêt et les chaumières dépendant du couvent », jurant « de revenir ». « L'abbé demanda aide et protection au seigneur de La Roche-Derrien qui envoya cinquante archers, cent arbalétriers et deux cents manants armés de faux et de piques pour protéger les hommes de Dieu. Le comte Mériadek, informé, enferma ses fils et donna satisfaction aux moines, car c'était un bon seigneur.  Mais Gouil et Ysselgert s'évadèrent et, aussitôt libres, ils songèrent à assassiner leur père pour avoir son héritage et pour tirer vengeance de l'obstacle qu'il avait mis à leurs desseins impies. Ils gagnèrent des vassaux en leur promettant le pillage et mirent le siège devant Château Goëllo. Mériadek, épouvanté, prit la fuite et se réfugia dans l'abbaye de Beauport où une religieuse effrayée vint un soir demander asile, se disant poursuivie par Ysselgert qui accourait à quelque distance. Les gardiens, sans défiance, lui ouvrirent les portes et furent aussitôt massacrés, car la religieuse n'était autre que Gouil qui fit entrer son frère et leurs hommes. Ils mirent l'abbaye à sac et pendirent les moines qui moururent en appelant sur eux la malédiction céleste. Mais ils ne purent retrouver Mériadek qui s'était réfugié dans un souterrain passant sous la mer, bien loin de là, où il vécut quelque temps en se nourrissant de serpents et de chauves-souris. Le prieur lui avait confié le trésor de l'abbaye et les deux frères, craignant qu'il ne trouvât du secours et qu'on ne leur fit expier leurs maléfices, invoquèrent le démon. Celui ci leur apparut sous la forme de Golo-Robin. Ils lui promirent leur âme s'il leur faisait retrouver Mériadek et l'or qu'il gardait »

Le pacte signé, l'esprit de tentation les conduisit sur des chevaux de feu à travers les airs et les déposa dans l'île de Bréhat où le souterrain aboutissait. « Leur père connut leur arrivée et voulut se sauver, mais le poids de l'or embarrassa sa marche et il fut atteint par eux au nord de l'île, malgré les habitants du bourg et de Pont ar-Prat qui tentèrent de s'opposer à leur passage. Alors Gouil et Ysselgert assassinèrent Mériadek et s'emparèrent de l'or ; puis, pour cacher les traces de leur crime, ils voulurent jeter à la mer le cadavre de leur père ; mais, comme il était fort lourd, ils le chargèrent sur leur épaules et montèrent sur la falaise, d'où ils voulaient le précipiter ». Mais ils sentirent leurs pieds s'attacher au sol, leurs membres s'alourdir et leurs fronts orgueilleux fléchir sous un poids inaccoutumé. Ils voulurent parler, mais leur langue était collée à leur palais et ils tombèrent avec leur fardeau au milieu des vagues. Alors une voix terrible sortit du sein des nuages et leur dit : Parricides, vous ne jouirez pas du fruit de vos forfaits, et vous porterez éternellement votre victime. Ils furent changés en énormes rochers et un gouffre sans fond se forma entre eux, de sorte qu'ils n'étaient liés que par le cadavre de leur père, et le trésor de l'abbaye fut englouti dans le gouffre » où il doit rester jusqu'à la fin des temps. 

Telle est la légende du Paon. Elle nous aide à connaître l'idée que les moines de Beauport se faisaient autrefois des origines de leur monastère et par là elle est intéressante à étudier, mais on ne peut en tirer aucun fait historique. 

Voyons si, en étudiant le sceau de Beauport, nous ne nous acheminons pas vers la solution du problème. 

LE SCEAU DE BEAUPORT. Le sceau de Beauport représente un navire voguant sur l'eau. On y voit deux personnages : « Devant, à droite, un ecclésiastique chapé et mitré, tenant la croix processionnelle, et, à gauche, un religieux tenant une crosse » (Anatole de Barthélemy : Note sur quelques sceaux inédits - Revue Archéologique, 1854, A IX, 750-756). D'après Anatole de Barthélemy, il s'inspirerait d'un type plus ancien que l'abbaye : « La forme du navire, dit cet érudit, celles de la crosse et de la mitre sont empruntées à l'ancien sceau ». De la Monneraie (Essai sur l'Architecture religieuse en Bretagne pendant la durée des XIème et XIIIème siècles, Rennes, Catel, 1851, in 8°) s'est demandé s'il ne s'agissait pas de la commémoration du passage des moines de Saint Rion sur le continent. Cette hypothèse est à rejeter. De la Monneraie croit plutôt que cette scène est l'emblème du gouvernement spirituel du monastère, représenté par la barque et confié à l'abbé sous la direction du père commun des fidèles. En effet, la barque symbolise souvent le gouvernement de l'église catholique. Le religieux pourrait fort bien représenter saint Pierre et ses successeurs, c'est à dire la papauté à qui le Père éternel a confié la barque de l'église catholique. L'ecclésiastique chapé et mitré représenterait Dieu le Père qui dirige toute l'Eglise. Aucun document ne confirme l'exactitude de celle seconde hypothèse et de la Monneraie ne l'a point soulevée dans le tirage à part de son article. Il n'est d'ailleurs pas sûr que le sceau de Beauport au XVIIème siècle ait été le même que le sceau de l'abbaye au XIIIème. A en croire l'Armorial Général de France, le ms. fr. 20.891 de la Bibliothèque Nationale et le blason de Jean Boschier, abbé de Beauport de 1390 à 1441, cette scène était reproduite sur les armoiries de Beauport. 

L'explication donnée est sensiblement différente : « L'ecclésiastique chapé et mitré, tenant la croix processionnelle, serait saint Mandez le religieux tenant la crosse, saint Rion » (Anatole de Barthélemy : Art. cit. p. 730). Est-ce exact ? Pour répondre à cette question, examinons la vie de ces deux saints : 

Commençons par celle de saint Maudez. L'abbaye de Beauport célébrait son anniversaire le 18 novembre en suivant un rite solennel en neuf leçons, le saint étant, avec saint Rion, l'un des deux patrons de l'abbaye. D'après la première vie de se saint, du XIème siècle, éditée par La Borderie (Mémoire de la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, XXVIII, 1890, I vol in 8°, p. 202-246), ce religieux vécut au temps de Childebert et fut abbé. Il était fils d'Ercléus, roi de l'Ulster en Irlande, et de Boutusa. Ses parents le destinèrent à percevoir la dîme et le consacrèrent à Dieu. Ils le mirent à l'âge de sept ans dans une Ecole où il faisait des miracles. Il y fit ses humanités et y étudia ln philosophie. Il passa sur la côte nord de l'Armorique avec ses deux compagnons : Thudetus (appelé aussi Tudinus) et Bod Maelus. Tous trois s'installèrent dans l'île de Gueld Enes qui porte aujourd'hui le nom de saint Maudez. Elle était infestée de serpents que ce saint chassa en vertu d'un décret de Dieu. Il y bâtit un petit oratoire et habitait une cellule y attenant, cellule où il demeura jusqu'à la fin de ses jours. Quelques compagnons vinrent l'y rejoindre. Ils durent édifier plusieurs cellules. Aidés des Bréhatins et des habitants des paroisses voisines, ils agrandirent l'église. Ses compagnons recueillirent son dernier soupir. 

Dans le dernier quart du IXème siècle, ou plutôt au début du Xème, les moines de ce monastère, fuyant les Normands, se réfugièrent à Bourges, emportant avec eux leurs reliques. 

Le comte Alain de Goëllo, apprend-on par le plus ancien propre de Dol, réussit à obtenir des archevêques de Bourges le chef de notre saint. Ce comte le donna à l'archevêque de Dol qui le déposa à Saint-Rion où nous le retrouverons. D'après le père Hugo (Hugo le père Ch. Louis : Sacri et canonici ord nis Praemonstratensis annales …, I, 1754, in fol, p. 314), le comte Alain de Goëllo aurait obtenu la restitution de l'avant-bras gauche de ce saint. Or, aucun texte ne mentionne la présence de cette relique à Saint-Rion. Voilà ce que nous savons sur saint Maudez. Les données que nous possédons sur saint Rion sont bien moins précises. Du temps d'Anatole de Barthélemy (Revue archéologique, A IX, 1853, p. 731. Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, Saint-Brieuc, Guyon, Paris, Didron, II, 1856, p. 22), beaucoup de personnes confondaient saint Rion avec Riovon, religieux de l'abbaye de Redon, archevêque de Bourges, et aussi avec saint Rion ou Riovon ou Rioon, lui aussi archevêque de Bourges. Ces différentes conjectures ne sont pas suffisamment établies. 

Anatole de Barthélemy et les auteurs de la seconde édition du dictionnaire d'Ogée (Voir I, 76) font de saint Rion l'un des deux compagnons de saint Maudez venus en Armorique avec lui. Ainsi s'expliquerait le portrait de ces deux personnages voguant sur un navire, portrait qui figure dans les armoiries de Beauport. Mais, en retraçant la vie de saint Mandez, nous avons vu que cette tradition est erronée. En 907, à la mort d'Alain Ra Braz, les reliques de saint Rion, devant l'invasion normande, quittèrent la Bretagne. Au XVIIIème siècle, les moines de Beauport croyaient même que ce saint avait été archevêque de Bourges, mais son nom ne figure pas dans le catalogue des archevêques de ce diocèse. 

Le culte de saint Rion, purement local, s'établit de bonne heure dans la région. D'après le père Hugo et Habasque (Op. cit., I, 314. Habasques. Notions historiques, géographiques, statistiques et agronomiques sur le littoral des Côtes du Nord, II, Saint-Brieuc, Guyon, 1832, in 8°, p. 218) les Augustins possédaient le chef et un os brachial de ce saint. Aucun document ne confirme cette possession, mais la présence de reliques de saint Rion dans un monastère placé sous son vocable ne peut faire de doute. 

L'office de saint Rion était célébré à Beauport avec solennité. D'après les titres de cette abbaye de la fin du XIIème siècle et du XIIIème, ce saint avait des chapelles à Ploubazlanec, à Plouézec, à Ploury et à Plourivo. Il passe pour avoir évangélisé un des premiers le pays de Paimpol. 

Telles sont les légendes concernant les origines de nos deux abbayes. Leur étude nous indique les idées que les religieux de Beauport se faisaient à la fin de l'Ancien Régime sur les origines de leur monastère. Mais, en collationnant ces légendes avec les documents, on s'aperçoit que ces idées étaient vagues, souvent même erronées. Aussi est-il nécessaire de sortir de la légende pour entrer dans l'histoire proprement dite. 

 

Histoire de l'Abbaye de Saint-Rion et Fondation de celle de Beauport  

HISTOIRE DE L'ABBAYE DE SAINT RION

Entre 1184 et 1189, Alain d'Avaugour, comte de Penthièvre, de Goëllo et de Tréguier, installa les Augustins dans l'île de Guirwinil (Note : Archives des Côtes du Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor, H. 62. - Publications dans dom Morice, Preuves, I, 32. - Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, Anciens évêchés de Bretagne, histoire et monuments, IV, Paris, Hérold. - Saint Brieuc, Guyon, 1864, in 8°, p 8, Saint Rion, Pièce justificative no I). Il les plaça sous le vocable de saint Rion et enrichit l'abbaye de nombreuses donations en Bretagne et en Angleterre. 

En 1189, le comte Alain de Goëllo prit sous sa protection l'abbaye de Saint-Rion et les possessions octroyées à ce monastère par ses prédécesseurs et par lui-même (Archives des Côtes-du Nord, H. - Publications dans Dom Morice, Preuves, I, 844. Fréminville Christophe Paulin de la Foix, chevalier de. - Antiquités de Bretagne, III, Brest, Lefournier et Desperiers. 1837, Côtes du Nord, p. 104-106. - Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, op. cit., IV, 9, Saint Rion, Pièce justificative n° II). 

Nous apprenons par cet acte que les prédécesseurs du comte Alain ont fait des donations à ce monastère. Donc celui-ci existait avant 1184 et il a dû tomber en décadence au moment des invasions normandes, ou par suite des difficultés de communiquer avec la terre. 

En 1198, Innocent III prit l'abbaye sous sa protection (Archives des Côtes-du-Nord, Publications dans Dom Morice, Preuves I 732-734. - Non integra dans Geslin de Bourgogne et A. de Barthélemy, op. cit., IV, g. Saint-Rion. Pièce justificative no III). Cet acte nous montre que les biens de l'abbaye s'étaient développés depuis l'arrivée des Augustins. 

Le 30 mai de la même année, Innocent III dut confirmer de nouveau aux religieux la possession du village de Ker en Buron, ainsi que les dîmes du moulin de Châtelaudren et du moulin aux chiens (Archives des Côtes-du-Nord. H. 62. - Non integra dans Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, op. cit., IV, 62, Saint-Rion, Pièce justificative n° IV). 

La même année encore, les abbés de Bégard, de Sainte-Croix de Guingamp et de Coêtmolouen (aujourd'hui Coatmalouen), délégués par Innocent III, ordonnèrent à Inisan, prêtre desservant la chapellenie de Bocquého, de donner annuellement à Nicolas, prêtre de Plouagat, vingt deniers à Pâques, vingt autres à la Toussaint et autant à Noël (Archives des Côtes-du-Nord, H. 62. - Geslin de Bourgogne et A. de Barthélemy, op. cit. IV, 12, Saint Rion, pièce justificative n° IV). En compensation, Inisan devant garder le tiers des dîmes et des provendes que tous deux pourraient acquérir. 

Le livre déal donne ensuite l'analyse d'une lettre non datée écrite par le seigneur de la Roche-Jagu dans laquelle ce dernier demande aux religieux l'autorisation de chasser dans leur île, où ils avaient seuls le droit de chasse et de pêche. On ignore la réponse qui lui fut faite. 

Puis nous perdons la trace de cette abbaye jusqu'en 1202. Cette année-là, les abbaye de Saint Rion et de Beauport existaient toutes les deux, comme on le voit par un acte du comte Alain connu par un vidimus conservé aux Archives Nationales (Vidimus sur parchemin du 6 mars 1313, N. st. Archives Nationales J 241 A. Pièce 26. 3). 

D'après cet acte, le comte Alain de Goëllo prend sous sa protection tout ce qu'on savait appartenir à Saint-Rion et à Notre-Dame de Beauport, la terre, les hommes et ses « autres droits et les dons qui ont été faits en aumône aux susdits monastères et à leur frères » par ses prédécesseurs et par d'autres hommes. «  Et je leur ai concédé — ajoute-t-il — les hommes qu'ils y amenèrent d'ailleurs. De plus, je leur ai donné et leur ai concédé, par amour de Dieu et par esprit et charité, autant de terre qu'il en reste après le reflux » de la mer autour de Saint-Rion pour territoire. 

Mais l'abbaye était en ruines (Archives des Côtes-du-Nord. H. 34. - Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthelemy, op cit. IV, 47). Il n'y avait plus qu'un abbé et trois chanoines. Vu sa situation, il n'y avait pas lieu d'espérer qu'elle se relevât jamais. Or, il fallait assurer le service dans l'abbaye et dans les paroisses incorporées. Les reliques devaient aussi être gardées. 

Aussi, dès 1202,  le comte Alain donna à Beauport cette île à titre de Minihy c'est-à-dire de lieu de refuge (Archives des Côtes-du-Nord H. 34. - Vidimus sur parchemin du 6 mars 1313 aux Arch. Nat. J 241 A n° 26.3. - Copies, non authentiques sur papier à Nancy, 1750 992 3) ff. 318 320, Bibl. Nat. Ms. fr. Anc. fonds. 16.654, 20 891, ff. 83-84, 22 337, f. 126. - Publications dans Dom Lobineau, II, 327. - Hugo, op. cit. Pièces justificatives, I CCCLV - CCLVIII. - Dom Morice, Preuves III, 1769. - Geslin de Bourgogne et A. de Barthélemy, op. cit. IV, 45, Pièce justificative n° I). Il y ajouta tous les autres biens de l'abbaye des Augustins. 

Mais l'abbaye de Saint-Rion constituait une enclave de l'évêché de Dol dans celui de Saint Brieuc. Il en allait de même des paroisses de Kérity, de Bréhat, de Lannevez et de Perros-Hamon dont le recteur était présenté par les Augustins. L'évêque de Dol, Jean Meschin, vulgairement appelé La Mouche, devait, lui aussi, veiller à la bonne exécution du service. 

Or, à en croire le père Hugo (Op. cit. I. 307-308), Jean Meschin aurait supporté de mauvaise grâce la cession de Saint-Rion aux Prémontrés. Il n'approuvait pas non plus la cession à Beauport du droit de présenter un prieur-recteur à la cure des paroisses de Bréhat, de Kérity, de Lannevez et de Perros-Hamon qui donnaient des agneaux à leur évêque. Ce dernier escomptait le retour des Augustins impossible à cause des difficultés des communications. 

Si l'on en croit Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, « l'évêque de Dol regrettait de ne pas avoir Beauport sur son territoire. Il résista tout d'abord mais finit par céder sous l'influence de l'archevêque » de Tours. 

Il dut aussi obéir à un ordre du comte de Goëllo. L'accord se fit à Tours dès 1202, devant l'archevêque, entouré de ses suffragants, auxquels le comte Alain s'était joint. 

Approuvé par son chapitre, Jean Meschin, évêque de Dol, accepta la démission de l'abbé ainsi que celle des chanoines. Il donna à Beauport Saint-Rion et le droit de présenter un prieur-recteur à la cure des paroisses de Bréhat, de Kérity, de Lannevez et de Perros-Hamon avec les reliques gardées par les Augustins. Deux chanoines furent tenus de résider à Saint-Rion pour y assurer perpétuellement le service. Lorsque l'évêque de Dol viendrait dans le monastère, les religieux seraient tenus de le recevoir gratuitement. L'évêque de Dol exigea, en outre, de l'abbé de Beauport, l'assistance au synode diocésain, soit en personne, soit en y envoyant un représentant. 

Ainsi finit Saint-Rion. Le désir d'assurer le soin des âmes et la conservation des reliques, voilà l'explication de la translation de l'abbaye ruinée de Saint-Rion à celle de Beauport, du droit de présentation d'un prieur-recteur à diverses paroisses, ainsi que des chefs de Saint-Maudez et de Saint-Rion. Le rôle et l'histoire de Saint Rion étaient finis. Ceux de Beauport commençaient. 

 

FONDATION DE BEAUPORT 

L'ordre des Prémontrés, auquel appartenait l'abbaye de Beauport, fut fondé par saint Norbert le jour de Noël de l'année 1120. Il se développa très rapidement. En 1146, il comptait déjà une quarantaine de maisons. Pour faciliter l'administration et la surveillance de tant de monastères, les abbayes de l'ordre furent divisées en provinces ou circaries. Celle de Normandie avait son chef-lieu à Mondaye près de Bayeux. De lui dépendait l'abbaye mère de Beauport, l'abbaye de la Sainte-Trinité de la Luzerne d'Outremer (Bibliothèque Nationale, M. lat, 17049, F. 685), donnée en 1143 au diocèse d'Avranches. Le comte Alain de Goëllo ayant demandé à Ausgole, abbé de cette dernière, d'envoyer à Beauport vingt-cinq religieux, l'abbé de la Luzerne donna satisfaction à ce désir et procéda lui-même à l'installation des religieux. Il mit à leur tête Raoul, du monastère d'Ardenne au diocèse d'Avranches, et l'abbaye bretonne devint la fille de l'abbaye normande. 

Quand eut lieu cette fondation ? Le Baud, le premier, plaça, avec raison, en 1200 la fondation de l'abbaye. Dom Lobineau (I, 188) la reporta par erreur à l'année 1202. L'hypothèse de l'existence de l'abbaye en 1200 fut reprise par Anatole de Barthélemy et par Guimart dans leur Note sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord. Ces deux érudits avaient fondé leur opinion sur une charte de 1202 dont voici le début : Noverint universi quod Alanus, Henrici comitis filius, comes de Goilou, edifficavit abbatiam secundum ordinem Premonstratensem inloco qui dicitur BELLUS PORTUS

On lit, d'autre part, les lignes suivantes dans la charte de confirmation de la fondation (?) de l'abbaye de Beauport par le chapitre de Saint-Brieuc : « Dedit adhuc predicitis canonicis in omnibus forestis suis Britannie ad libitum sua ligna ad facienda omnia edificia sua nova et ad reporanda vetera » (Archives des Côtes-du-Nord, H. 34. Vidimus de 127). 

Mais on ne peut conclure de ces documents que ces bâtiments étaient occupés par des religieux. De plus, dans ce rapport, ces deux érudits ont seulement résumé quelques notes prises par eux sur quelques monuments de la Basse-Bretagne qu'au cours d'une tournée archéologique ils ont voulu signaler à la société française d'archéologie. Un rapport n'étant pas une monographie, ils n'ont pas tout dit et, en particulier, ils n'ont pas cherché à déterminer d'une façon plus précise la date de la fondation de Beauport. 

Aussi de la Monneraie (Op. cit.) reprit-il la question. Il s'était rendu compte de l'existence de notre monastère avant 1202. Il avait dégagé ses conclusions des premières lignes de la prétendue fondation de Beauport qui commence ainsi : Notum sit omnibus tam futuris quam presentibus quod ego, Alanus, comes de Goelou, Henrici comitis filius, assensu P., uxaris mee et Stephani, et Conani, fratrum meorum, baronumque meorum consilio, eddificavi abbatiam secundum ordinem Premonstrati in loco qui dicitur BELLUS PORTUS ad honorem Dei et Sancte Marie omniumque sanctorum prosalute anime mee et Henrici comitis, patris mei et Matildis, matris mee, et P., uxoris mee, et omnium predecessorum et successorum meorum, dedique Deo et canonicis regularibus in prefata abbatia Deo servientibus, in puram et perpetuam elemosinam locum ipsum quo cadem abbatia sita est, etc... Cet acte ne prouve pas non plus qu'il y ait eu des religieux à Beauport avant 1202. 

Revenons donc aux théories d'Anatole de Barthélemy et de Guimart. Ces deux érudits changèrent d'avis malheureusement. Dans son histoire des évêques de Saint Brieuc (Charles Guimart : Histoire des évêques de Saint-Brieuc, Saint-Brieuc, 1852 in-8°, p. 34) parue en 1852, Guimart place à tort en 1202 la fondation de Beauport. Dans sa note sur quelques sceaux inédits (Revue archéologique, 1853, p. 730), Anatole de Barthélemy place la fondation de Beauport au début du XIIIème siècle. Dans une étude sur la châtellenie de la Roche-Suhard parue au tome Ier de ses Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, Anatole de Barthélemy indique l'année 1202 comme étant celle de la fondation de Beauport. Anatole de Barthélemy fait suivre cet article d'une élude sur les origines de plusieurs fiefs des diocèses de Saint-Malo, Saint-Brieuc et Tréguier (p. 32-95) où il est question des origines de l'abbaye de Beauport. Elle aurait été fondée en 1202. Ces deux travaux sont suivis d'un certain nombre de pièces justificatives parmi lesquelles les deux premières doivent retenir notre attention. Suchard, fils du vicomte Eudes, « a concédé » et tient pour « ratifiées toutes les donations qu'Alain, fils du comte Henri », son « seigneur, a faites à son abbaye de Beauport sise en Plouézec Goëllo pour les posséder toutes perpétuellement et quittement en et de » son « fief, comme il est contenu dans les chartes du seigneur Alain », son « seigneur » (Archives des Côtes du Nord. H. 34, Beauport, Déal I. Publications dans Anatole de Barthélemy, op. citat. I, 95, 96, Pièce justificative n° I. - Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, op. cit. , IV, 50. Pièce justificative n° VIII). Cet acte porte la date de 1200 ? 

Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy l'ont republié dans leurs anciens évêchés de Bretagne en le datant de l'année 1202. 

Un simple coup d'oeil jeté sur le document original permet de s'assurer que cette dernière date est la bonne. La seconde pièce justificative d'Anatole de Barthélemy est une donation de deux justes de seigle à la mesure de Châteauneuf de Quintin, faite par Suchard à notre abbaye en franche aumône à Pleinevitre, dans la tenure d'Herbert de Blémo, à percevoir chaque année à la Saint-Michel par la main du possesseur de la tenure (Publications dans : Anatole de Barthélemy, op. cit. I 966. - Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy, op. cit. IV, 57. Pièce justificative n° VIII). Cet acte est daté de 1200 ? 

Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy l'ont republié au tome IV de leurs anciens évêchés de Bretagne en le datant de 1200 ? dans le texte, mais de 1202 dans la marge. 

Dans ces conditions, une étude minutieuse de l'acte s'impose. Nous n'avons pas pu le retrouver. Nous ne pouvons donc pas en tirer la date précise de la fondation de l'abbaye. 

Dans son étude sur l'abbaye de Beauport, parue au tome II de ses Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, Anatole de Barthélemy persiste à écrire que l'abbaye de Beauport n'a pas été fondée avant la chute définitive de Saint Rion. Nous savons qu'il s'agit d'une erreur (Pp 12-13). Dans le travail qu'il a publié avec la collaboration de Geslin de Bourgogne, Anatole de Barthélemy écrit encore que l'abbaye de Beauport n'a été fondée qu'en 1202. Est ce vrai ? La femme de Conan de la Roche-Derrien, frère d'Alain de Goëllo, possédait à Plourivo deux gerbes de dîmes, la pêcherie de saumons de Lotron, deux moulins à eau sur le Leff et une autre pêcherie située près du moulin Fullon (Archives des Côtes du Nord H. 62. Publications dans Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy. Op. cit IV. Pièce justificative n° VI). Elle les donna à son mari qui les passa à Beauport. Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélemy datent cet acte de 1200 (?) dans le texte, de 1202 dans la marge. Nous avons eu la chance de retrouver l'original de cet acte. Il est en si mauvais état que des parties entières, y compris la date, sont devenues illisibles. J. Monnier (J MONNIER : Guingamp, Avaugour, Penthièvre, Rennes 19.3 in 8° p. 37) place sans preuve en 1197 l'inauguration des bâtiments de la nouvelle abbaye. Un document a échappé aux érudits (Archives des Côtes-du-Nord, Série H, Beauport liasse non cotée Goudelin A9). Pour ce motif, nous le publions en appendice. Henri Leclercq, chevalier, donna en 1200 à notre abbaye sa dîme en Goudelin. Donc, l'abbaye existait bien à cette date.

 

CONCLUSION. Telle est l'histoire de l'abbaye de Saint-Rion et telles furent les origines de l'abbaye de Beauport. On le voit, à serrer de près légendes et documents authentiques, il n'est pas possible d'éclairer complètement cette histoire. A quelle époque y eut-il un monastère à Saint-Rion ? Pourquoi Jean Meschin, évêque de Dol, ne s'entendit-il pas tout de suite avec les religieux de Beauport ? Ces deux points sont encore mystérieux. Le reste est clair. L'abbaye de Saint Rion était trop mal placée pour pouvoir persévérer longtemps. Les Augustins furent remplacés en 1202 par les Prémontrés, installés dès 1200 dans l'abbaye de Beauport, bien mieux située. Dès les premières années du XIIIème siècle, les biens de ce monastère prirent une rapide extension. 

 

APPENDICE. 1200 - Henri Leclercq, chevalier, donne aux religieux de Beauport sa dîme de Trémel en Goudelin [Archives des Côtes-du-Nord, Série H. Beauport. Liasse non cotée (Goudelin A9. —  Sceau sur double queue de parchemin)]. Sciant omnes tan presentes quam futuri quod ego, Henricus Clericus, miles, dedi Deo et Abbatie Sancte Marie de Bello Portu, et canonicis regularibus Premonstratensis ordinis ibidem Deo servientibus in puram et perpetuam elemosynam pro salute anime mee et parentum meorum totam decimam meam de Tremel de jure libera et quiete perpetuis temporibus possidendam. Quod ut fyrmum et stabile remedium in perpetuum et sigilli mei munimine confirmavi. Actum est hoc anno ab Incarnatione Domini M CC°.

Société d'Emulation des Côtes-du-Nord - 1935 

Voir aussi  abbaye de Beauport Chartes et Bulles papales de l'abbaye de Beauport 

Voir aussi  abbaye de Beauport Description détaillée de l'abbaye de Beauport en 1920 

Voir aussi  abbaye de Beauport Vente de l'abbaye de Beauport, après la Révolution 

Voir aussi  abbaye de Beauport Photos de l'abbaye de Beauport prises en 2008 

 

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