Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue !

LES ANCIENNES CHAPELLES DE RENNES

  Retour page d'accueil       Retour " Ville de Rennes "   

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Le Pouillé de Rennes (Guillotin de Corson) nous donne à la fin du XIXème siècle des informations sur plusieurs chapelles de Rennes, dont la plupart ont aujourd'hui disparu :

1° Saint-Melaine, église abbatiale d'hommes.

2° Saint-Georges, église abbatiale de femmes.

3° Saint-Cyr, (voir prieuré de Saint-Cyr).

4° Saint-Denis, (voir prieuré de Saint-Denis).

5° Saint-Martin, (voir prieuré de Saint-Martin).

6° Saint-Michel, (voir prieuré de Saint-Michel).

7° Saint-Moran, (voir prieuré de Saint-Moran).

8° Chapelle de l'Adoration perpétuelle, faubourg d'Antrain, en Saint-Aubin. Les Dames des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie, plus connues sous le nom de Dames de l'Adoration perpétuelle, forment une congrégation non autorisée, régulièrement constituée en 1804, et ayant sa maison-mère à Paris, rue de Picpus. « Né sous le régime de la Terreur, cet Institut eut pour berceau la ville de Poitiers. Les pieux fondateurs conçurent le plan de la congrégation d'après les besoins de ces temps de malheurs et de ruines. La réparation et l'enseignement sont le double but qu'ils voulurent atteindre en se dévouant à l'adoration perpétuelle de jour et de nuit et à l'éducation de la jeunesse, notamment celle des enfants pauvres » (M Keller, Les Congrégations religieuses en France, 434). La maison-mère fut fondée à Paris dès 1804 ; là et partout où elles sont établies, les Dames des Sacrés-Coeurs « tiennent à leurs frais une école gratuite pour les enfants pauvres et admettent aussi gratuitement, selon leurs ressources, dans leurs pensionnats et leurs externats, des enfants appartenant à des familles honorables, mais dont la fortune ne répond pas à la naissance » (M Keller, Les Congrégations religieuses en France, 434). Outre leurs maisons fondées en France, les Dames de l'Adoration perpétuelle ont, à la fin du XIXème siècle, des établissements dans l'Amérique du Sud et dans l'Océanie, où elles se dévouent tout spécialement à l'instruction gratuite des enfants pauvres. Ces religieuses ont deux maisons dans l'archidiocèse de Rennes. 1° Rennes. — Les Dames des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie vinrent en cette ville en 1819 et achetèrent les anciens bâtiments du monastère des Carmélites ; mais dès l'année suivante elles reconnurent la difficulté pour elles de s'installer convenablement dans ce vieux couvent, et elles le revendirent aussitôt. Elles firent alors l'acquisition de l'ancien Hôtel des Demoiselles ou maison de l'Enfant-Jésus, situé dans le faubourg d'Antrain. C'est encore là, dans la paroisse de Saint-Aubin, qu'elles habitent à la fin du XIXème siècle. Elles y ont un pensionnat et une école de petites filles pauvres ; leur chapelle, construite vers 1840, n'a guère de caractère architectural. 2° Saint-Servan. — Lorsque les Ursulines eurent abandonné l'ancien monastère des Récollets, situé à Saint-Servan, les Dames des Sacrés-Cœurs firent l'achat de ces bâtiments et y fondèrent un établissement qui existe encore à la fin du XIXème siècle ; elles ont agrandi la maison et restauré la chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-la-Paix. Elles tiennent en ce lieu un pensionnat de jeunes filles et une école d'enfants pauvres. Le public continue d'appeler leur maison Sainte-Anne, en souvenir des Ursulines qui, après la Révolution, y transférèrent leur communauté de Saint-Malo, dédiée à sainte Anne.

9° Chapelle des Augustins, devenue en 1803 église paroissiale de Saint-Etienne. Les Augustins étaient originairement des ermites que le pape Alexandre IV réunit en une même congrégation vers 1256, en leur confirmant la règle de saint Augustin, dont ils prirent le nom. D'après une tradition mentionnée par Le Baud dans son Histoire de Bretagne, et par Albert Le Grand dans sa Chronologie des Evêques de Rennes, et relatée également dans les Titres de la vicomté de Rennes, les ermites de saint Augustin occupaient à Rennes la chapelle de Toussaints à la fin du siècle. Vers cette époque, la vicomtesse Gwen-Argant, femme de Riwallon, premier seigneur de Vitré, transféra, dit la même tradition, la communauté des ermites de Rennes à Vitré (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, fonds de la vicomté de Rennes). C'est tout ce que nous savons de ce premier établissement des Augustins ; encore devons-nous faire remarquer que son existence n'est point appuyée sur des documents parfaitement authentiques, mais sur de simples traditions, assez respectables toutefois pour que nous ne les passions point sous silence. Le nouveau couvent de Rennes a comme armes « D'azur à un cœur d'or, enflammé de gueules, surmonté d'une croisette d'argent, et soutenu d'un agneau couché de même » (Armorial général ms. de 1697). Le 28 juillet 1662, Louis XIV écrivit en même temps au marquis de Coëtlogon, gouverneur de Rennes, et aux maire et échevins de cette ville ; le roi les priait de ne point s'opposer à l'établissement que désiraient faire à Rennes les Augustins du faubourg Saint-Germain de Paris, dépendant de la communauté de Bourges. Ces religieux sollicitaient, en effet, la permission d'avoir à Rennes une maison ou « hospice » où ils pussent se retirer quand les affaires de leur congrégation les appelaient dans la capitale de la Bretagne, ayant plusieurs couvents dans cette province (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). La reine Anne d'Autriche, qui jouissait alors du gouvernement de la Bretagne, écrivit aussi en faveur de ces religieux, et la Communauté de ville, ayant égard à ces lettres royales, consentit, le 22 août 1663, à ce que les Augustins fondassent leur hospice, composé seulement d'une maison et d'un jardin, au lieu dit la Perrière, au-delà des barrières du Bourg-l'Evêque (au haut du faubourg de Brest). Deux ans plus tard, le 12 décembre 1665, Mgr de la Vieuville, évêque de Rennes, donna son approbation à l'établissement des Augustins, en conséquence du consentement donné par la Communauté de ville et par le gouverneur de Rennes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). Les Augustins ne demeurèrent pas longtemps à la Perrière ; dès en 1670 ils achetèrent, par l'entremise du président Claude de Cornulier, deux maisons au carrefour Jouaust, « l'hôtellerie de Saint-Louis et l'hôtellerie du Heaume-d'Argent » (nota : En 1716, les Augustins possédaient au carrefour Jouaust un grand nombre de maisons, parmi lesquelles nous remarquons, outre l'emplacement de l'hôtellerie Saint-Louis, la métairie du Heaume et l'hôtellerie des Trois-Maures). Puis ils obtinrent en mai 1671 des lettres patentes du roi les autorisant à venir s'établir en ce quartier de la ville. Quatre mois après, le 7 septembre 1671, parut une lettre de Mgr de la Vieuville, déclarant très utile au public l'établissement des Augustins au carrefour Jouaust, à cause de l'éloignement de l'église paroissiale de Saint-Etienne, dont dépendait ce quartier (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). La Communauté de ville ne consentit toutefois à cette translation des Augustins qu'aux conditions suivantes : les religieux ne pourront pas s'établir dans la ville close, en quelque manière que ce soit ; ils ne pourront quitter désormais le carrefour Jouaust qu'avec l'agrément de la Communauté ; enfin, il ne pourront demander à cette Communauté de ville aucune contribution pour faire leur nouvel établissement. Cette convention fut signée le 28 septembre 1671, et, le 24 novembre suivant, le P. provincial des Augustins donna son approbation au nouveau couvent de son Ordre à Rennes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). Mais tout à coup, sans qu'on sache pourquoi, la Communauté de ville changea d'avis et s'opposa formellement, en 1672, à l'établissement des Augustins au carrefour Jouaust. Cette opposition, toutefois, ne dura pas ; les Augustins avaient de puissants protecteurs qui agirent vigoureusement en leur faveur, et, le 21 août 1676, la Communauté de ville passa un nouveau traité, définitif cette fois, avec ces religieux ; elle leur permettait par cet acte de transférer leur couvent de la Perrière dans les maisons de Saint-Louis et du Heaume qu'ils possédaient au carrefour Jouaust (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). De son côté, le P. général des Augustins s'empressa d'approuver le nouvel établissement, et, par lettre du 18 décembre 1676, unit le couvent des Augustins de Rennes à la communauté de Paris (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). Aussitôt les religieux commencèrent la construction de leur couvent, d'après l'alignement que leur donna la Communauté de ville, et le 12 décembre 1677 Gilles de Gain, chantre, chanoine et vicaire capitulaire de Rennes, bénit la nouvelle chapelle du monastère (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 H, 1). Mais ce n'était qu'une chapelle provisoire ou secondaire, car on entreprit vers le même temps la construction d'une église beaucoup plus vaste qui ne fut solennellement bénite que le 16 janvier 1700 (nota : « Le 16e janvier 1700, la grande chapelle des Pères Augustins a esté beniste, et l'après-dinée on y a porté le Saint-Sacrement qui estoit en la petite chapelle ; et le 17 on y a dit des messes » (Journal d'un Bourgeois de Rennes. — Mélange Histoire de Bretagne, I, 284). Les Augustins établirent dans leur église les confréries de Saint-Augustin, de la Ceinture de sainte Monique, du Précieux-Sang, du saint Nom de Marie et de la Conversion des Pécheurs, ce qui prouve l'empressement des fidèles à venir prier dans leur temple. Ils demeurèrent au carrefour Jouaust jusqu'à l'époque de la Révolution ; ils furent alors chassés de Rennes, et leur église conventuelle devint plus tard l'église paroissiale de Saint-Etienne. C'est un édifice assez vaste composé de trois nefs avec transepts et abside, le tout construit dans le style si froid des derniers siècles.

10° La chapelle de Beaumont se trouvait en 1455 dans la rue Saint-Yves, proche l'hôtel de la Prévalaye (Nota : Cet hôtel était alors le second au haut de la rue, du côté des murs ; le premier était celui du Boisorcant) ; elle était bâtie sur les anciens murs de ville, et il y avait « une allée et venelle pour aller de ladite rue Saint-Yves sur lesdits murs et à ladite chapelle de Beaumont » (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine – Ancienne réformation du Domaine). M. de la Bigne Villeneuve croit que cette chapelle avait été fondée par Jean de Beaumont, seigneur de Sainte-Foi, chanoine de Rennes en 1415 (Nota : Il existait au XVIème siècle une chapellenie de Notre-Dame de Beaumont, desservie en l'église abbatiale de Saint-Georges et présentée par le seigneur d'Espinay-à-Rennes. Pierre de Caradeuc (1644), Victor Méliaud, Michel Boyvinet (1671), N... Aulnette (1682), Jean Bara, Robert Morin (1718) et N... Germé furent chapelains de Beaumont ; ce dernier déclara en 1790 que son bénéfice consistait en une métairie sise près le champ de Montmorin (nunc Champ-de-Mars), affermée 600 livres, et en quelques autres petites rentes. Nous ignorons si originairement cette fondation se rapportait à la chapelle de Beaumont). Il existe encore près de l'ancien hôtel de Ligouyer (qu'avaient acheté en 1680 les Hospitalières de Saint-Yves, pour le réunir à ceux d'Anjou et de la Costardaye, dont elles avaient fait leur monastère) une vieille chapelle que nous croyons être celle de Beaumont. C'est un petit rectangle avec une jolie voûte d'arête retombant sur d'élégantes colonnettes engagées aux angles ; le chevet est orné d'une fenêtre ogivale de style fleuri et tout l'édifice annonce bien le commencement du XVème siècle. Ce petit sanctuaire est maintenant sécularisé.

11° L'Immaculée-Conception de Bellevue, en Notre-Dame. — Le manoir de Bellevue, situé dans la paroisse de Notre-Dame de Rennes, mais en dehors de la ville, près du Tertre de Joué, était au XVIIIème siècle une maison de campagne à l'usage des Jésuites, qui tenaient alors le collège de Rennes. Vendu après le départ de ces religieux, Bellevue devint en 1769 une propriété particulière. A la fin du XIXème siècle, la famille Blin de Saint-Aubin, qui possédait alors cette terre, la vendit, le 19 novembre 1841, aux Prêtres de l'Immaculée-Conception ; ceux-ci placèrent en ce lieu le noviciat de leur société, qui se trouvait auparavant d'abord à Malestroit (jusqu'en 1834), puis à la Mission de Rennes (de 1834 à 1842). Plus récemment, les Missionnaires ont créé à Bellevue un juvénat qui a été inauguré le 2 février 1876. Le petit manoir de Bellevue porte sur son fronton central le chiffre 1618, date probable de sa construction ; il a été restauré en 1858 par les Missionnaires et occupe le centre d'un carré qu'entourent des douves et terrasses à la façon des siècles derniers ; de jolis jardins garnissent ce carré. La chapelle actuelle est moderne; c'est un édifice gothique en forme de croix, dédié à l'Immaculée-Conception de la Très-Sainte Vierge ; la maison elle-même est sous le patronage de saint Méen et de saint Vincent-de-Paul.

12° Saint-Servais du Bois-l'Abbé. — Les religieux de Saint-Melaine possédaient à la porte de Rennes, dans la paroisse de Saint-Aubin, un manoir appelé le Bois-l'Abbé. En 1463, Mathelin, abbé de Saint-Melaine, et Jean Guillemaud, recteur de Saint-Aubin, eurent une contestation au sujet des oblations que l'on faisait à une image de saint Servais placée au pied d'un chêne dans le jardin de ce manoir (« Occasione unius ymaginis Sancti Servacii in orto manerii vulgariter nuncupati le Boays à l'abbé a monasterio (Sancti Melanii) dependentis, ad pedem unius arboris existentis omni coopertura detecte, in parochia Sancti Albani prope Redones »). Le recteur finit toutefois par renoncer à ces oblations et permit même l'érection d'une chapelle en ce lieu, moyennant une rente de 40 sols que l'abbé s'engagea pour lui et ses successeurs à payer chaque année à la cure de Saint-Aubin. Jacques d'Espinay, alors évêque de Rennes, fit faire une enquête à ce sujet, et, satis­fait du résultat, il approuva cette convention, avantageuse aux religieux de Saint-Melaine comme au recteur de Saint-Aubin (Charte inédite communiquée par M. de la Bigne Villeneuve). Ainsi fut fondée la chapelle Saint-Servais du Bois-l'Abbé, dont la présentation appartint naturellement à l'abbé de Saint­Melaine. Dom Robert Le Mercerel, ancien bénédictin, qui possédait ce bénéfice en 1634, le résigna en faveur des religieux de la Congrégation de Saint-Maur lorsque ceux-ci entrèrent à Saint-Melaine. Aujourd'hui, le Bois-l'Abbé n'est plus qu'une ferme dont la porte ogivale rappelle l'antiquité, et dans le jardin de laquelle on désigne encore l'emplacement de la chapelle, complètement rasée.

13° La chapelle du Boisnouveau est une construction moderne faite vers 1876 par Mme Trochu dans le jardin de ce manoir, situé en Saint-Etienne.

14° Chapelle du Bon-Pasteur, rue Hux, en Saint-Jean. Les pieuses dames portant le nom de Filles du Bon-Pasteur n'étaient pas, à l'origine du moins, des religieuses proprement dites ; elles se proposaient pour but d'offrir un lieu de retraite aux femmes repenties et aux filles en danger de se perdre qui voulaient d'elles-mêmes se convertir ou se préserver. Le couvent du Bon-Pasteur de Rennes fut fondé par une pieuse dame de cette ville, Jeanne du Temple, veuve de François Pugin. Pour accomplir les dernières volontés de son mari, elle acheta la maison et le jardin de Belair, situés dans la rue Hux (nunc rue de Paris), près la Motte-à-Madame, en 1718 ; puis elle demanda à la Communauté de ville la permission d'y fonder un établissement convenable pour l'oeuvre du Bon-Pasteur. Le 3 octobre 1733, la Communauté de ville accorda l'autorisation nécessaire, à la condition toutefois qu'on n'y retiendrait point malgré elles les filles pénitentes et qu'on ne ferait point de quêtes dans la ville. Au mois de novembre de la même année, le roi donna des lettres patentes pour cette fondation, et elles furent enregistrées au Parlement le 8 janvier 1734 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 29 H, 4). Mme Pugin fut la première supérieure de cette maison, et Perrine Odye fut la deuxième. Celle-ci rendit aveu pour son couvent et pour sa chapelle à l'abbesse de Saint-Georges, dans le fief de laquelle se trouvait le Bon-Pasteur. Elle fit aussi dresser les règlements et statuts de sa communauté, qu'approuva le 20 février 1740 Mgr de Vauréal, évêque de Rennes. Mme Pugin n'avait construit en 1721 qu'une chapelle provisoire avec une maison de demeure, et un atelier pour les femmes pénitentes ; Mme Odye résolut de bâtir une maison plus considérable. Elle fit élever celle qui existe encore à la fin du XIXème siècle, consistant en deux corps de bâtiments se joignant à angle droit, avec une chapelle construite dans cet angle. Cette nouvelle chapelle fut solennellement bénite le 17 juillet 1749, et Mme Odye y fut inhumée le 30 octobre 1758 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 29 H, 4). Le couvent du Bon-Pasteur fut saisi à l'époque de la Révolution et l'on en fit une prison ; depuis il est devenu une caserne conservant le nom de Bon-Pasteur.

15° Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, en Saint-Germain, rue Haute. La chapelle de Bonne-Nouvelle fut entièrement rebâtie en 1623. De l'angle oriental du cloître qu'elle occupait, elle fut reportée un peu plus au Nord et décorée magnifiquement par les soins du prieur Hyacinthe Charpentier, secondé par Mgr Cornulier, évêque de Rennes, et par la duchesse de Vendôme, fille du duc de Mercoeur. « On voit encore les murs de cette nouvelle chapelle, qui ouvre sur le cloître attenant par une vaste baie assez semblable à une arche de pont ; elle est carrée et éclairée par trois fenêtres en plein cintre, subdivisées par trois meneaux pareillement cintrés à leurs sommets, supportant au milieu une figure annulaire accostée de deux appendices allongés en forme de larmes ».  C'est dans cette chapelle qu'était déposé, avant 1789, le magnifique voeu offert par les habitants de Rennes en 1634, représentant cette ville avec son enceinte murale et ses monuments, le tout en argent massif (nota : Cet éclatant témoignage de la piété des Rennais envers Notre-Dame de Bonne-Nouvelle fut détruit pendant la Révolution ; mais il a été renouvelé en 1861 et déposé devant le tableau miraculeux dans l'église de Saint-Aubin).

16° La chapelle de Baud ou de Boon dépend de ce manoir, situé en Saint-Hélier, et appartenant en 1208 aux moines de Saint-Melaine. Elle fut bâtie par le propriétaire, Nicolas Raguenel de la Noë-Ferrière, officier de la monnaie et secrétaire en la chancellerie de Bretagne, et bénite le 2 septembre 1778 par le recteur de Saint-Hélier.

17° Notre-Dame et Saint-Patrice du Breil se trouve à côté de l'ancien manoir du Breil et du manoir actuel de la Lande-du-Breil. Il est fait mention en 1610 de cette chapelle, mais elle a été refaite en grande partie en 1709 et renferme un autel avec retable en bois orné de statues de cette dernière époque. Restaurée en 1850, elle est entretenue.

18° La chapelle de Bréquigny dépend du manoir de ce nom, situé jadis en Saint-Etienne, et appartenant en 1513 à Louis des Déserts. Les habitants du quartier de Bréquigny, étant fort éloignés de leur église paroissiale, songèrent jadis à avoir un vicaire résidant au milieu d'eux. A cet effet, René Le Meneust, seigneur de Bréquigny et président au Parlement de Bretagne, fit une fondation dans sa chapelle. Mgr de Cornulier accepta cette fondation, et par ordonnance datée du 31 août 1630 il permit au seigneur de Bréquigny et à ses successeurs de présenter à l'évêque un prêtre qui célèbrerait dans la chapelle de Bréquigny les messes fondées et pourrait « administrer aux habitants du trait de Bréquigny les sacrements de baptême, pénitence, eucharistie et extrême-onction, sans que toutefois pour ce les habitants dudit trait soient dispensés de communier à Pasques à leur paroisse de Saint-Etienne. Et à cette fin ledit chapelain résidera au lieu qui lui sera baillé par le seigneur de Bréquigny et tiendra registre de ceux qu'il aura baptisés, lequel il délivrera de six mois en six mois au recteur de Saint-Etienne pour les insérer sur son papier de baptême. Et pour l'administration des sacrements de baptême et d'eucharistie permet (ledit évêque) qu'il soit érigé des fonts dans ladite chapelle de Bréquigny et un tabernacle pour conserver le précieux corps de Nostre Seigneur tant que l'on entretiendra jour et nuit une lampe ardante devant iceluy et non aultrement » (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 51). A la suite de cette ordonnance l'on commença à baptiser à Bréquigny, et nous avons encore les registres des baptêmes faits en cette chapelle de 1632 à 1639 ; mais il semble qu'après la mort de Mgr de Cornulier ses successeurs sur le siège de Rennes refusèrent au chapelain de Bréquigny le pouvoir de baptiser. En 1680 le Chapitre pria l'un de ses membres, M. du Bouexic, de traiter avec le recteur de Saint-Etienne « au sujet d'un curé pour la chapelle de Bréquigny » ; il réussit à faire pourvoir Pierre Hobel, auquel fut rendu le droit de baptiser à Bréquigny, ce qu'il fit de 1681 à 1685. A cette époque, la vieille chapelle de Bréquigny, isolée du manoir, tombant en ruine, le seigneur du lieu obtint de l'évêque en 1686 d'en bâtir une nouvelle « au joignant même de sa demeure », ce qui fut exécuté. Mais l'on cessa de nouveau peu de temps après d'administrer le baptême à Bréquigny. En 1732, en effet, Mgr de Breteuil vint visiter la chapelle le 16 avril ; il remarqua qu'elle était « entièrement contiguë au mur de la maison de Bréquigny » ; qu'il s'y trouvait « de petits fonts baptismaux qui ne servent plus depuis plus de quarante ans, et une ampoule avec cette inscription : Paroisse de Bréquigny ». Apprenant aussi que la lampe n'était point tenue allumée devant le Saint-Sacrement, il défendit d'y conserver les Saintes-Espèces. Peu satisfait de cette décision, le seigneur de Bréquigny, alors Thomas de Morant, comte de Penzé, prétendit contraindre l'évêque de Rennes à pourvoir un curé de Bréquigny, disant que sa chapelle était une succursale. Mais il ne fut pas difficile à l'évêque de prouver que Mgr de Cornulier n'avait point érigé de succursale à Bréquigny, mais autorisé seulement la résidence d'un vicaire de Saint-Etienne en ce lieu. Comme les moyens de communication entre Bréquigny et son église paroissiale étaient devenus depuis 1630 beaucoup plus faciles par suite de la construction de nouveaux ponts sur la Vilaine, Mgr de Vauréal, en 1749, ne replaça donc point un vicaire à Bréquigny ; il permit toutefois au chapelain de ce manoir de conserver le Saint-Sacrement, en veillant plus exactement à l'entretien de la lampe (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 10 G, 2). Pierre Hobel (1681), Pierre Boussé (1722), Jean Méheust (1727), François Boussé des Forges (1732), François Bassac (1758), Christophe Collin, Pierre Louait (1772) et Michel du Rocher furent chapelains de Bréquigny ; ce dernier déclara en 1790 qu'il devait quatre messes par semaine (nota : en 1732, le chapelain, M. Boussé, déclara ne pas connaître les actes de fondation de Bréquigny, mais dit qu'il croyait que sa dotation se composait des trois anciennes chapellenies de Bréquigny, Lancé et Fontenay, dont les terres appartenaient au même seigneur), qu'il avait un logement au-dessus des remises, le chauffage et les légumes, plus 236 livres de revenu fixe ; il ajouta que le seigneur de Bréquigny lui donnait cependant 300 livres, parce qu'il se chargeait d'entretenir la lampe, de fournir le pain, le vin et les cierges, et de blanchir son linge (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). Cette chapelle existe encore, mais elle est abandonnée et se trouve actuellement en Toussaints.

19° Chapelle du Calvaire de Cucé, place de la Pompe, en Saint-Sauveur. Les Calvairiennes de Saint-Cyr obtinrent du roi, vers 1657, la permission de fonder une maison dans l'intérieur même de la ville de Rennes, pour y soigner leurs malades. Elles s'établirent alors dans l'hôtel d'Espinay, appartenant à Mme d'Assérac, et situé dans la rue des Dames, près la place de la Monnaie. La Communauté de ville, qui avait mis pour condition à la réception des Calvairiennes de Saint-Cyr qu'elles ne s'établiraient point dans l'enceinte de Rennes, vit de mauvais oeil leur installation à l'hôtel d'Espinay et résolut, par délibération du 8 septembre 1659, d'y mettre opposition ; de là un procès entre la ville et les religieuses (Archives municipales de Rennes, 504). Sur les entrefaites, Henry de Bourgneuf, marquis de Cucé et baron d'Orgères, premier président au Parlement de Bretagne, vint à mourir à Paris, le 21 octobre 1660 ; son corps fut apporté à Rennes et inhumé dans l'église conventuelle des Capucins. Mais sa veuve, Calliope d'Argentré, petite-fille du grand historien Bertrand d'Argentré, résolut d'élever un monument à sa mémoire en fondant un couvent dont les religieuses prieraient chaque jour pour lui, après que son corps eût été transféré en leur église. Le 25 novembre 1671, la marquise de Cucé donna donc aux Calvairiennes résidant à l'hôtel d'Espinay son propre hôtel de Cucé, situé sur la place de la Grande-Pompe, « avec ses logis, chapelle, bâtiments, cour, puits, etc. », à la condition que les religieuses s'obligeraient « à bâtir en ce lieu et à leurs frais une église au nom du Sang précieux de Notre-Seigneur », dans laquelle il y aurait « quatre chapelles, la première dédiée à la Sainte Trinité, la deuxième à la Sainte Vierge et à la Sainte Famille, la troisième aux Saints Anges, et la quatrième à tous les Saints ». Mme de Cucé ajouta qu'elle ferait porter dans cette église le corps de son mari et le déposerait dans un tombeau construit à ses frais, et que le jour même de cette translation elle entrerait en ce nouveau couvent « en qualité de soeur converse ou de bas-choeur ». Elle régla aussi que le sanctuaire de cette église lui serait prohibitif à elle et à son mari, parce qu'elle voulait après sa mort reposer dans le tombeau du marquis de Cucé ; que les armoiries de la maison de Cucé seraient gravées autour de l'église et au-dessus de la porte principale ; que le sceau du monastère qu'elle fondait porterait les armes de Cucé et d'Argentré ; enfin, que ce couvent prendrait le nom de Calvaire de Cucé (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H). La Communauté de ville, apprenant cette fondation de Mme de Cucé, renouvela son opposition envers les Calvairiennes et leur défendit de demeurer à l'hôtel de Cucé, qui était aussi bien que l'hôtel d'Espinay à l'intérieur de Rennes. Mais cette fois les religieuses eurent la victoire : Louis XIV ordonna en effet, par lettres patentes datées du 9 décembre 1671, aux bourgeois de Rennes, de recevoir les Calvairiennes dans leurs murs, et le Parlement de Bretagne enregistra ces lettres royales et rendit un arrêt enjoignant à la Communauté d'obéir aux volontés du roi (Archives municipales de Rennes, 311). Les religieuses du Mont-Calvaire s'installèrent donc paisiblement enfin dans l'hôtel de Cucé. En 1678, Calliope d'Argentré posa la première pierre de l'église conventuelle, qu'elle ne devait pas voir terminer, car elle mourut le 17 juillet 1680, avant l'achèvement de l'édifice. L'année suivante, Mgr de Beaumanoir, évêque de Rennes, vint bénir l'église du Calvaire de Cucé ; le monument funéraire ainsi que le corps du président de Cucé furent apportés le même jour du couvent des Capucins à celui des Calvairiennes (Journal ms. de Loret, 265). Cette église conventuelle des Calvairiennes diffère du type ordinairement adopté par ces religieuses ; la raison en est qu'elle fut construite d'après les plans de Mme de Cucé. C'est une rotonde couronnée par un dôme et ornée intérieurement d'une galerie circulaire qui repose sur d'énormes cariatides en bois sculpté. Le tombeau élevé au marquis de Cucé par sa veuve était un beau sarcophage, surmonté de la statue en bronze du défunt ; la Révolution l'a détruit, ainsi que le couvent dont elle chassa les religieuses, mais on retrouve une vue de ce mausolée dans le grand ouvrage manuscrit du président de Robien sur la Bretagne, déposé à la Bibliothèque publique de Rennes : on y voit le marquis de Cucé revêtu de son manteau de premier président, agenouillé et priant sur une table que supportent des pieds d'animaux ; à la base on lit ces mots : IN TE ONNES SUA FUNERA DOLENT ; au-dessus est un écusson renfermant les armes de Bourgneuf : d'argent au sautoir de sable, au franc quartier de gueules chargé de deux poissons rangés en fasce d'argent, et celles des familles alliées au marquis de Cucé, entre autres celles d'Argentré : d'argent à la croix pattée d'azur. Vendu nationalement en 1792, le monastère du Calvaire de Cucé, situé sur la place actuelle du Calvaire, est devenu à la fin du XIXème siècle une maison de commerce, et son église a été convertie en magasin.

20° Chapelle du Calvaire de Saint-Cyr. « D'or à une croix du Calvaire de gueules » (Armorial général ms. de 1698). En 1630, le roi Louis XIII adressa aux maire et échevins de Rennes une lettre dans laquelle il leur recommandait l'établissement que projetaient en cette ville les religieuses du Mont-Calvaire. Le 12 juillet de cette année-là, la Communauté de ville, ayant égard aux désirs du roi, autorisa la fondation du couvent des Calvairiennes, pourvu qu'il fût en dehors des murs de la ville (Archives municipales de Rennes, 310). Sur les entrefaites, Clément Aumaistre, prieur commendataire du prieuré de Saint-Cyr, membre de l'abbaye de Saint-Julien de Tours, offrit aux Calvairiennes une partie des logements de son prieuré inoccupés depuis que les moines avaient laissé tomber ce bénéfice en commende. Les religieuses acceptèrent avec d'autant plus d'empressement que la position de Saint-Cyr est une des plus belles de Rennes, et Clément Aumaistre leur céda la chapelle du prieuré, un vieux logis y joignant, la cour s'étendant devant, trois jardins et une portion de verger, le tout contenant 3 journaux de terre ; la seule condition imposée aux Calvairiennes fut de reconstruire en ce lieu un nouveau monastère et d'y habiter. Cette donation, faite en 1633, fut approuvée par les religieux de l'abbaye de Saint-Julien de Tours le 6 novembre 1638. Les religieuses du Mont-Calvaire se mirent aussitôt à l'oeuvre et bâtirent un monastère ; elles essayèrent d'abord de restaurer la vieille chapelle priorale du XIème siècle, que le peuple avait en grande vénération ; mais plus tard il fallut la reconstruire complètement, et la première pierre du nouvel édifice fut placée par l'évêque de Rennes au mois de mars 1670 (Mélange historique de Bretagne, I, 165). Cette communauté des Calvairiennes de Saint-Cyr adopta malheureusement une partie des erreurs jansénistes, et le roi fut obligé de transférer un certain nombre d'entre elles en d'autres monastères (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, C, 1247). Le Registre des vêtures et prises d'habit des religieuses du Calvaire, de 1716 à 1774, existe encore au dépôt des Archives départementales. Il reste de l'ancien monastère de Saint-Cyr — occupé à la fin du XIXème siècle par les Filles de Notre-Dame-de-Charité — un vieux bâtiment avec cloître et l'église conventuelle. Celle-ci se composait à l'origine d'une simple nef accostée au Nord de trois ou quatre chapelles et terminée par le choeur des religieuses ; sur la porte principale, à l'Ouest, on lit encore : HIC EST DOMUS DEI, DOMUS ORATIONIS ET PORTA COELI 1670. En 1808, le gouvernement, qui s'était emparé pendant la Révolution de l'ancien monastère des Calvairiennes de Saint-Cyr, en destina les bâtiments à former un refuge pour les femmes de moeurs dépravées. Il en confia la direction à une ancienne Fille de Notre-Dame de Charité, dont l'établissement à Rennes fut autorisé comme communauté indépendante le 14 août 1811 (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 486). Cette religieuse n'agit toutefois qu'en son propre nom ; elle réunit avec elle quelques pieuses femmes qui lui aidèrent à tenir la maison. Ce fut seulement en 1821 que la congrégation des Filles de Notre-Dame de Charité consentit à se charger elle-même de la maison de Saint-Cyr ; elle y envoya à cette époque plusieurs religieuses tirées du monastère de Caen et obtint de Louis XVIII des secours assez importants qui permirent de faire les réparations les plus urgentes aux bâtiments. A la fin du XIXème siècle, « la communauté de Saint-Cyr comprend une maison de refuge pour les repenties et une maison de préservation pour les jeunes filles orphelines ou abandonnées. Les soeurs leur donnent les premières notions de l'instruction et s'occupent surtout à les former à divers travaux manuels pour les mettre en état de gagner honorablement leur vie. Le concours des soeurs à ces deux oeuvres est entièrement gratuit » (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 486). Nous pouvons ajouter que les femmes et jeunes filles dont s'occupent les religieuses sont divisées à Saint-Cyr en huit catégories complètement séparées, cinq pour les pénitentes et trois pour les préservées. Les plus intéressantes de ces diverses classes sont les soeurs du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise et celles du Tiers-Ordre du Coeur de la Mère Admirable ; les premières sont des pénitentes converties et les secondes des jeunes filles préservées qui suivent toutes les règles de la vie religieuse et se consacrent entièrement au cloître. La maison de Saint-Cyr renferme à la fin du XIXème siècle environ quatre-vingt-dix religieuses de Notre-Darne de Charité, deux cent cinquante pénitentes et près de deux cents préservées. Les bâtiments de ce monastère sont naturellement considérables, car les pénitentes n'y ont aucun rapport avec les préservées ; ils sont bien posés sur le coteau dominant les cours de la Vilaine et de La chapelle est une partie de la nef de l'ancienne église conventuelle des Calvairiennes ; les différentes classes de pénitentes sont renfermées dans les chapelles latérales sous d'épaisses grilles qui leur enlèvent toute communication avec le public.

21° Chapelle des Capucins. En 1604, des lettres patentes d'Henri IV autorisèrent les Capucins à s'établir à Rennes ; la Communauté de ville, désirant faire plaisir à ce prince, s'empressa d'acheter dans la rue Réverdiais (nunc rue d'Antrain) le terrain nécessaire pour y construire un couvent, et elle nomma un commissaire pour recevoir les libéralités des personnes qui voudraient contribuer à cet établissement. Elle fit ensuite bâtir le monastère et le donna aux religieux « à titre d'aumône et charité », et sans charge d'aucunes prières ou fondations. Le dimanche 22 août 1604, la chapelle du nouveau couvent fut solennellement bénite, en présence de tout le clergé de la ville, de la Cour du Parlement de Bretagne et du Présidial de Rennes (Journal ms. d'un Bourgeois de Rennes - Mélange historique de Bretagne, I, 14). Mais le monastère ne fut construit que l'année suivante, et il semble même que la chapelle bénite en 1604 n'était que provisoire, car en démolissant dernièrement l'église conventuelle des Capucins on a trouvé dans les fondations de cet édifice une plaque de cuivre commémorative de la pose de la première pierre du couvent, avec la date du 31 mai 1605. Cette pierre fut posée ce jour-là par les présidents du Parlement de Bretagne René de Bourgneuf et Christophe Fouquet, et par le sénéchal de Rennes René Le Meneust, et le syndic de la Communauté de ville Jérôme Chauvel (Bulletin de la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine, XIX, 10). La Communauté de ville ne borna pas ses largesses à la fondation du monastère des Capucins ; en 1612, elle fit bâtir une autre chapelle à côté de celle dite de Notre-Dame, vers le bas de l'église, et « un petit logis de santé » dans le jardin ; puis, pour agrandir l'enclos, elle acheta une partie des terrains de la Cochardière et divers pourpris du côté de la rue Haute. Enfin, elle termina complètement la maison conventuelle en 1614, assista en corps à la dédicace de la chapelle faite le 4 juillet de cette année-là, et obtint de Pierre du Lyon, abbé de Saint-Melaine, l'amortissement des terrains de son fief qu'elle avait acquis pour les Capucins (Archives municipales de Rennes, 297). Au mois de décembre 1618 se tint à Rennes le chapitre général des Capucins ; en cette circonstance, la Communauté de ville envoya aux bons Pères « une pipe de vin blanc, une barrique d'huile et 300 livres en argent, pour les traiter en poisson pendant trois jours ; et fut de plus arresté que ladite Communauté assisterait en corps, tenant en main un cierge de cire blanche du poids de demi-livre, à leur pardon, en l'église Saint-Pierre » (Recueil historique, par Languedoc, ms. de la Bibliothèque de Rennes). En 1629, le P. Jean -Marie Anoto, général des Capucins, trouvant la province de Touraine trop grande, en sépara les couvents de son Ordre en Bretagne et forma la province de Rennes, composée de dix-huit couvents et de deux cent trente-deux religieux, et ayant à sa tête comme provincial le P. Elisée de Vitré (nota : Don très-humble fait à la séraphique province de Bretagne. Ce curieux manuscrit de 1663 contient la généalogie séraphique des mille premiers Capucins de la province de Bretagne - Bibliothèque de Rennes, ms., n° 167). Le couvent de Rennes et ses dépendances furent vendus nationalement en 1792. Plus tard, la Congrégation des Eudistes acheta cette propriété et y fonda un collège ecclésiastique. Depuis la fin du XIXème siècle, tous les bâtiments anciens ont disparu pour faire place à de nouvelles constructions. Nous avons encore vu debout l'ancienne église conventuelle : c'était une simple nef, accompagnée sur un côté seulement de trois ou quatre petites chapelles communiquant entre elles ; cet édifice était d'ailleurs complètement dépourvu de style, comme toutes les églises des religieux mendiants.

22° Chapelle des grands Carmes, en Saint-Germain. « D'azur à un JESUS MARIA entrelacés l'un dans l'autre, d'argent, surmonté d'une couronne ducale de même et soutenu d'un écusson de sable mantelé d'argent, accosté de deux palmes d'or et couronné d'une couronne ducale de même » (Armorial général ms. de 1697). C'est en 1448, par lettres patentes datées du 6 juillet, que François Ier, duc de Bretagne, autorisa l'établissement des Carmes à Rennes (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, II, 1427). Frère Olivier-Jacques, du couvent de Nantes, fut nommé prieur de la nouvelle maison, et c'est en cette qualité qu'il reçut les dons destinés à en assurer la fondation. L'un des principaux bienfaiteurs fut Jean, sire de Malestroit et de l'Argoët, vicomte de la Bellière et maréchal de Bretagne. Il fit don aux religieux Carmes, le 1er décembre 1450, de son propre hôtel situé dans la rue Saint-Denis (nunc rue des Dames), au coin de la rue du Griffon, et portant le nom de la Maison-au-Vicomte ; mais il se réserva le droit d'avoir un enfeu devant le grand autel de l'église conventuelle et de placer ses armes en lisière dans le choeur de cette église ; il voulut aussi jouir dans le couvent d' « une salle et logis ô deux lits pour lui et ses successeurs toutes les fois qu'ils viendroient à Rennes ». Enfin, les religieux s'engagèrent à chanter chaque jour, après vêpres, un répons et une oraison sur l'enfeu seigneurial précité, pour le repos des âmes des fondateurs (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 20 H, 4). Les Carmes, toutefois, ne purent songer à bâtir leur couvent dans la rue Saint-Denis, où ils manquaient d'espace ; ils ne s'y logèrent donc qu'en attendant mieux, et bientôt on leur offrit un autre local plus convenablement placé. Marie Madeuc, femme de Jean de Lorgeril, seigneur de Repentigné, leur donna son manoir de la Tourniole, situé près la rue Vasselot. Ce fut là que le frère Olivier-Jacques commença à jeter les fondations du nouveau monastère (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Mélange d'Histoire de Bretagne, II, 176). Par suite des adjonctions de terrains qui furent successivement faites à ce premier fonds, tant par dons particuliers que par acquisitions des religieux, l'enclos du couvent des Carmes s'étendit le long de la rue Vasselot sur une longueur de 272 pieds, et sa superficie totale atteignit environ 1 hectare 30 ares de terrain. Les religieux devinrent, en outre, propriétaires de plusieurs maisons, rentes et fiefs qui leur furent donnés et amortis par lettres du duc François II en 1475 et 1481, du roi Charles VIII en 1492, et d'Anne de Bretagne en 1498. Aussi les ducs de Bretagne se considéraient-ils, dès le principe, comme fondateurs du couvent des Carmes de Rennes, ainsi que l'attestent les lettres de Pierre II, datées de 1450, et celles de François II, de 1466, ordonnant que « les armes ducales seront posées aux portes de l'église des Carmes », et attestant qu'ils prennent ces religieux sous leur sauvegarde et protection (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 20 H, 4). La Communauté de ville voulut aussi être réputée, au moins en partie, fondatrice et bienfaitrice du couvent des Carmes. Depuis 1452 jusqu'en 1460 et plus tard, les miseurs des dépenses communes reçurent de fréquents mandements d'avoir à payer diverses sommes d'argent octroyées aux Carmes par les bourgeois, « pour avoir part à la fondation dudit couvent » (Archives municipales de Rennes, 295). Entre autres dons faits par la ville de Rennes au couvent des Carmes, nous remarquons une cloche fondue en 1655, ornée des armes de la ville et portant cette inscription : Marie de Rennes donnée par MM. les nobles bourgeois et habitans de Rennes aux religieux du couvent de Nostre-Dame des Carmes (Archives municipales de Rennes, 502 - Précédemment, le duc Pierre avait déjà donné aux Carmes de Rennes, en 1451, une autre cloche qui était auparavant en la tour Saint-James, près de la porte Jacquet). Enfin, le vicomte de Rennes, dans le fief duquel était le monastère des Carmes, prétendait aussi avoir le droit de placer ses armoiries dans la principale vitre de l'église conventuelle ; il voulait, de plus, être reçu processionnellement et complimenté par les religieux, à la porte de leur église, lorsqu'il y venait pour la première fois (Déclaration de la vicomté de Rennes en 1681). Dans une Notice ms. sur la fondation des Carmes de Rennes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 H, 3), on lit qu'en 1454, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le chapitre provincial de l'Ordre fut tenu au couvent de Rennes et présidé par le P. Jean Sorel, général des Carmes. Deux, bulles du pape Sixte IV, l'une de 1477, l'autre de 1482, accordèrent des indulgences en faveur de la construction des bâtiments du couvent de Rennes. La libéralité du peuple et de la noblesse bretonne répondit à cet appel, car dès la première année les aumônes montèrent à près de 10 000 livres (nota : Parmi les bienfaiteurs des Carmes figurent pendant trois siècles tous les nobles de Rennes : les d'Acigné, de Bégasson, de Quélen, de Bosnyvinen, de Botmeur, de Coëtlogon, de la Lande du Lou, Hay de Tizé, de Montauban, d'Andigné, de la Belinaye, de Taillefer, de Boisbaudry, du Boberil, Le Levier de Kerobiou, Nicol de Kervalo, de Bonabry, de Keraly, du Fail, de Rosmadec, de Becdelièvre, etc., etc. (Voir Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 20 H,1). Mais, au bout de six ans, les indulgences n'ayant pas été prorogées par le Souverain-Pontife, les religieux durent recourir à d'autres moyens pour solliciter la charité des fidèles. Des frairies furent érigées dans l'église du couvent. La frairie de Notre-Dame-du-Carme, qu'on appelait « la frairie blanche », attira un grand concours de peuple aux fêtes de l'Assomption et procura aux bons Pères d'assez abondantes aumônes. On peut en dire autant de la frairie de Sainte-Barbe, établie d'abord dans une chapelle au haut du cloître, joignant le mur méridional de l'église. Par suite de la contagion qui exerça ses ravages à Rennes en 1543, les religieux changèrent de place l'autel de cette frairie, le placèrent dans l'église du côté de la rue Vasselot, et firent peindre sur les parois de la muraille voisine l'image de Notre-Dame-de-Paradis et la légende de sainte Barbe, de grandeur naturelle. Ce fut un peintre flamand, nommé Le Béchot, qui exécuta ces peintures. Il ne voulut accepter aucun salaire « que ses dépens », et son travail, commencé en 1544, fut achevé l'année suivante. Enfin, la frairie du Scapulaire était aussi établie dans l'église des Carmes et y attirait de nombreux affiliés. Elle « est en grande devotion par tout l'évêché et quasi par tout le pays », dit l'auteur de la Notice précitée (Mélange Histoire de Bretagne, II, 179). Le couvent des Carmes de Rennes fut le berceau d'une réforme religieuse, oeuvre du P. Philippe Thibaut, dont D. Lobineau a raconté la vie (Vie du P. Philippe Thibaut, principal auteur de la réforme des Carmes de l'observance de Rennes - Vie des Saints de Bretagne, 379). Cette réforme commença bien, il est vrai, dès 1604 avec le P. Pierre Behourt, prieur du couvent de Rennes (nota : Né à Moulins, au diocèse de Rennes, en 1563, le P. Pierre Behourt prit l'habit religieux chez les Carmes de cette ville en 1582. Successivement prieur des couvents d'Orléans, d'Angers, de Dol et de Saint-Pol-de-Léon, il fut mis en 1604 à la tête de la nouvelle réforme; malheureusement, très dur pour lui-même et très sévère pour les autres, ce religieux fit faire peu de progrès à cette réforme. (Vie du vénérable Jean de Saint-Samson, par le P. Sernin-Marie, p. 69) , mais elle ne fut solidement établie que par le P. Thibaut, nommé prieur en 1608. Sous le gouvernement de ce dernier, on compta jusqu'à cent deux religieux Carmes à Rennes. Mais en 1758 il n'y avait plus dans la maison que quarante-deux religieux, y compris novices et frères, et à l'époque de la Révolution, lorsqu'en 1792 les Pères furent chassés de leur couvent, ils n'étaient qu'au nombre de vingt-huit. A cette dernière époque les Carmes jouissaient d'un revenu de 12 300 livres et d'une bibliothèque de 10 600 volumes (Mélange d'Histoire de Bretagne, II, 180 — Parmi les biens des Carmes nous remarquons beaucoup de maisons et jardins à Rennes, la terre de la Bezardaie en Guignen, celles de Caloeuvre et du Bas-Boussart en Betton, Launay en Chatillon-sur-Seiche, les Hupotières en Acigné, la Verrerie et le Cormier en Rennes, etc. -  Voir Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 20 H, 4) . Le sceau du couvent des Carmes de Rennes, de forme ovale, renfermait un écusson portant les armoiries décrites plus haut, accompagné de cette légende : SIGIL . PRIOR . CARM . REDON. (Armorial général ms. de 1697). L'église conventuelle des Carmes fut construite de 1460 à 1480 ; elle bordait au Nord les rues Vasselot et Saint-Thomas. « La nef figurait un rectangle allongé communiquant vers Midi avec le grand cloître ; un collatéral renfermant quatre chapelles régnait le long du côté Nord de la nef, se prolongeant vers l'Est presque jusqu'au chevet. L'extrémité orientale de ce bas-côté, accolée au choeur de l'église, formait une chapelle close dédiée à la Sainte Vierge ; trois fenêtres l'éclairaient ; on y voyait les enfeux des Coëtlogon, des Cornulier et des Robien, ainsi que les enfeux des seigneurs de Monterfil, Denyau de Chanteloup, Ruellan du Tiercent, Saliou de Chefdubois, Le Vayer de Clayes, etc.. A la suite de cette chapelle, un portail latéral ouvrait en face de la rue Saint-Germain ; puis, au-dessous, vers le bas du collatéral, s'alignaient trois autres chapelles : celle des Anges-Gardiens, celle de Saint-Samson, sous la tour du clocher, et celle de Notre-Dame-de-Pitié. Quatre arcades reliaient le collatéral à la nef. Il ne reste plus de cette église que le souvenir ; elle a été démolie en 1798. A travers l'emplacement qu'elle occupait on a percé une rue qui porte le nom de rue des Carmes » (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Bulletin de l'Association bretonne, II, 137). Dans cette église on voyait aussi le tombeau de Robert Cupif, évêque de Dol, décédé en 1659 et inhumé dans la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, à côté du frère Carme Jean de Saint-Samson, mort en odeur de sainteté le 14 décembre 1636, et dont D. Lobineau a écrit la vie (Vies des Saints de Bretagne, 373. — Le tombeau de Jean de Saint-Samson consistait en une dalle de marbre que fit placer Luc Godard, seigneur des Loges et président au Parlement de Bretagne, qui attribuait aux prières de ce saint religieux la guérison d'une grave maladie dont il avait été frappé. Le chef de ce bienheureux est conservé de nos jours dans le nouveau couvent des Carmes de Rennes). Il reste encore quelques débris du cloître des Carmes, où ces religieux se faisaient ordinairement enterrer : « Plusieurs de ses arcades, dit M. de la Bigne Villeneuve, sont encore debout, encadrant un chantier dans lequel on pénètre par le côté occidental de la rue des Carmes. Ces arcades sont ogivales et ornées de quelques moulures simples qui viennent mourir sur les pieds-droits » (Mélange Histoire de Bretagne, II, 178). On trouve aussi d'autres restes du couvent des Carmes dans la rue Vasselot, notamment au presbytère de Toussaints, à l'école municipale qui l'avoisine et dans une cour à côté, remarquable par ses escaliers et ses galeries en bois sculptées ; c'était, dit-on, l'entrée principale du monastère. Les Carmes de Rennes jouissaient aux XVème et XVIème siècles d'une grande vogue comme prédicateurs ; plusieurs d'entre eux ont aussi publié des travaux théologiques d'une certaine valeur. Terminons en signalant l'abnégation et la charité avec les quelles les Carmes de Rennes acceptèrent en 1779 l'établissement de l'hôpital militaire dans une partie de leur monastère ; ils voulurent bien alors se charger de soigner eux-mêmes les soldats malades.

23° Ancienne chapelle des Carmes déchaussés, en Saint-Jean. En 1632, les Carmes déchaussés demandèrent à la Communauté de ville la permission de s'établir à Rennes ; mais aussitôt les autres religieux mendiants de cette ville présentèrent à leur tour une requête, suppliant les bourgeois de s'opposer à cet établissement. La Communauté de ville ayant délibéré à ce sujet, refusa l'autorisation demandée. Sur les entrefaites, les Carmes repoussés de Rennes reçurent un don considérable de Toussaint de Perrien, seigneur de Bréfiliac, et fondèrent près de Carhaix, en 1644, le couvent de Saint-Sauveur, en la paroisse de Saint-Hernin, en Cornouailles. Un peu plus tard, les mêmes religieux, ayant reçu des héritiers du seigneur de Bréfiliac un capital de 40 000 livres en échange d'une rente constituée qui leur était léguée, employèrent cette somme à acheter, en 1669, une terre importante nommée Le Grannec. Cette seigneurie du Grannec, consistant en un vieux château, trois métairies, un moulin, une haute justice, etc., s'étendait dans les paroisses de Landelleau, Cléden et Plounevez-du-Faou, en Basse-Bretagne. Une fois maîtres de cette terre, les Carmes déchaussés se présentèrent de nouveau à Rennes, non plus comme mendiants, mais comme propriétaires. La Communauté de ville les reçut cette fois, à condition qu'ils s'établiraient hors l'enceinte de la ville et qu'ils s'abstiendraient de toute espèce de quêtes. La délibération des bourgeois et leur consentement sont du 11 mars 1690 ; au mois de septembre suivant, Louis XIV autorisa par lettres patentes l'établissement des Carmes déchaussés à Rennes (Archives municipales de Rennes, 296 - Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 H, 1). Cependant ces bons religieux demeurèrent pauvres, car leur couvent de Basse-Bretagne absorba la plus grande partie des revenus de la seigneurie du Grannec. En 1750, ils firent une Déclaration de ce qu'ils possédaient dans l'évêché de Rennes ; on y voit qu'ils avaient alors : leur maison dans la ville, les métairies de Launay-du-Han et du Lieu-Soret, en Montreuil­le-Gast, et celle de la Séplais, en Melesse, le tout montant à 1 620 livres de rente ; mais ils évaluaient leurs charges à 1 393 livres 17 sols, et par suite n'avaient de revenu net que 226 livres 3 sols. Aussi se plaignaient-ils de ce que « leur maison conventuelle à Rennes n'est encore qu'une maison séculière, n'ayant pu parvenir jusqu'ici à construire un monastère ; cette maison, située en la rue de la Quintaine, paroisse de Saint-Jean, dans le fief de l'abbaye de Saint-Melaine, est construite partie en bois et terrasse et l'autre moitié en pierre ; et y joignent une petite église qu'ils ont fait bâtir, une cour au milieu et un moyen jardin derrière ». La même Déclaration ajoute que « la communauté n'a plus que huit religieux, quoiqu'elle en ait eu douze et qu'elle dût en avoir au moins quinze » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 H, 1). Telle était la situation assez précaire des Carmes déchaussés de Rennes peu de temps avant la Révolution, qui les chassa de cette ville. En 1823 Mgr Mannay acheta l'ancien couvent des Carmes déchaussés, situé à Rennes, rue de Fougères, pour y loger ses Missionnaires. Cette vieille maison était dans un état pitoyable ; ce que voyant Mgr de Lesquen, il fit appel à la charité du clergé et des fidèles de son diocèse. On répondit généreusement à cette voix vénérée ; le P. Dinomais, l'un des Missionnaires, fit avec le plus grand zèle des quêtes qui produisirent d'abondantes aumônes, et le 1er janvier 1837 la maison actuelle fut commencée ; elle était terminée à la fin de décembre 1840. L'ancienne chapelle des Carmes avait été bâtie en 1693, et la première pierre en avait été bénite par Mgr de Beaumanoir. Elle menaçait ruine lorsqu'elle fut achetée en 1823 par Mgr Mannay : aussi Mgr de Lesquen et le P. Coëdro formèrent-ils le dessein de la reconstruire. M. Aussant, qui depuis se fit Dominicain, donna le plan d'un nouvel édifice ; M. Mellet, architecte, ne fit que continuer son oeuvre ; ce fut la première chapelle de style ogival construite dans la ville de Rennes. Mgr Saint-Marc en bénit la première pierre le 6 juillet 1841 et fit la bénédiction solennelle de l'édifice achevé le 11 décembre 1844. Cette chapelle, dédiée à l'Immaculée-Conception, est enrichie de vitraux peints et surtout de remarquables boiseries sculptées, oeuvre de M. Hérault ; elle se compose d'une nef terminée par une abside fort élégante, et présente extérieurement une jolie façade et un petit clocher octogonal très-élancé. La maison de la Mission, placée sous le patronage de saint Méen et sise dans la paroisse de Notre-Dame, est occupée par cette portion des Prêtres de l'Immaculée-Conception qui se livre spécialement à la prédication des missions et des retraites ; elle est, de plus, la résidence ordinaire du supérieur général de la société.

24° Nouvelle chapelle des Carmes déchaussés, en Notre-Dame. Nous avons vu que les Carmes déchaussés avaient été chassés de Rennes par la Révolution. Ils rentrèrent dans cette ville en 1856 et cherchèrent à s'établir dans la même paroisse qu'avaient habitée leurs prédécesseurs, c'est-à-dire en la paroisse de Notre-Dame, remplaçant aujourd'hui l'ancienne paroisse de Saint-Jean. Trois Pères s'installèrent d'abord, avec l'autorisation de Mgr Saint-Marc, dans une petite maison de la rue de Fougères ; mais leur modeste sanctuaire, bénit le 2 juillet 1856, devint bientôt trop étroit, et il leur fallut chercher un local plus vaste. Après un court séjour dans la rue de Paris, ils commencèrent, en 1864, la construction d'un véritable monastère avec une élégante chapelle et de beaux cloîtres, dans la rue de Belair. La chapelle, dédiée à l'Immaculée-Conception, fut consacrée par Mgr Saint-Marc le 5 avril 1867. Ce couvent, qui renfermait un scholasticat et quatorze religieux, semblait devoir prospérer lorsque parurent, le 29 mars 1880, les décrets enjoignant aux congrégations religieuses l'ordre de se faire autoriser par le gouvernement. Les RR. PP. Carmes ne crurent pas devoir demander cette autorisation et se virent alors en proie à une véritable persécution. Le 20 octobre, les portes de leur monastère furent brisées par ordre et en présence du préfet d'Ille-et-Vilaine, qui expulsa violemment les vénérables religieux de leurs cellules ; mais ceux-ci traversèrent la ville au milieu des acclamations d'une foule enthousiaste, jalouse de leur rendre hommage. A peine arrivés dans une maison hospitalière, ils y reçurent la visite de Mgr l'archevêque de Rennes, venant, leur dit-il lui-même, « saluer en eux des confesseurs de la foi ». Depuis cette triste journée, l'église conventuelle, dont les portes furent scellées par l'autorité civile, est restée fermée au public. Le prieur du monastère et le provincial y demeurent seuls, tolérés comme propriétaires de l'immeuble. Ils ont permis qu'une école libre, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes, se fisse dans une partie de leurs bâtiments claustraux devenus déserts.

25° Ancienne chapelle des Carmélites. « D'argent à une Vierge de carnation, vêtue de gueules et d'azur, ayant les mains croisées sur la poitrine et pleurant derrière un tombeau de sable, sur lequel est couché le corps mort du Christ au naturel » (Armorial général ms. de 1698). En 1618, les grands Carmes de Rennes présentèrent une requête à Messieurs de la Communauté de ville pour obtenir permission d'y fonder un couvent de Carmélites ; le 21 décembre, l'assemblée des bourgeois donna son consentement à cette fondation. Les Carmes s'adressèrent ensuite au nouvel évêque, Pierre Cornulier, qui venait d'arriver à Rennes, et ce prélat autorisa le même établissement le 20 décembre 1619. Enfin, au mois d'avril de l'année suivante, l'évêque et les bourgeois de Rennes choisirent pour établir le futur monastère le lieu de Toriel ou Touriel, situé entre les fossés de la ville et la rue Saint-Melaine ; comme c'était un terrain dépendant du fief de Saint-Melaine, on demanda le consentement de Pierre du Lyon, abbé de ce monastère, qui le donna volontiers (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 17). Mais bientôt après l'on remarqua que Touriel se trouvait trop près de la contre-escarpe de Saint-François, et la Communauté de ville défendit d'y construire le monastère. On jeta alors les yeux sur le côté opposé de la rue Saint-Melaine, et avec la permission de l'abbé Pierre du Lyon on résolut de bâtir entre cette rue et la rue Réverdiais, dans le champ de foire dépendant de l'abbaye de Saint-Melaine. La Communauté de ville accepta cette translation, et, pour montrer sa bonne volonté, elle promit 6 000 livres aux religieuses pour payer le terrain qui leur était nécessaire ; elle mit seulement pour conditions à sa générosité qu'elle serait considérée comme fondatrice du monastère, qu'elle y aurait en conséquence ses armoiries en tous les endroits honorifiques, que les religieuses ne mendieraient point en ville, et qu'elles ne vendraient point Touriel à d'autres congrégations monastiques (Archives municipales de Rennes, 313). Vers le même temps, le roi Louis XIII autorisa par lettres patentes cet établissement des Carmélites dans un faubourg de Rennes, et leur fit don des droits d'amortissement (Archives municipales de Rennes, 313). D'après le Journal d'un Bourgeois de Rennes, on commença dès 1620 les fondations de la chapelle conventuelle du Saint-Sépulcre des Carmélites, et le 16 avril 1622 ces religieuses furent mises en possession de leur nouveau monastère (Mélange historique de Bretagne, I, 30, 32). Mais il paraît qu'il s'agissait ici de la chapelle construite à Touriel et cédée en 1630 aux Visitandines, car le Journal de Loret dit que le 15 novembre 1682 l'évêque de Rennes bénit l'église des Carmélites, au faubourg Réverdiais, et y dit la première messe (Journal ms. de Loret, 267 - Bibliothèque de Rennes). Une fois établies à Rennes, les Carmélites reçurent bientôt beaucoup de la part des habitants de cette. ville. Parmi les fondations faites à leur monastère, nous remarquons celles des familles de Botherel, de Bourgneuf, de Vaurozé, de Kermasson, de Montholon, de Vaunoise, de la Bouëxière, de la Piguelaye, etc. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 17). La maison des Carmélites fut vendue nationalement à l'époque de la Révolution. En 1819, les Dames de l'Adoration perpétuelle vinrent en occuper une partie, mais elles n'y restèrent pas, et le monastère du Carmel devint le Grand-Séminaire diocésain. Les vieux bâtiments claustraux ont été depuis peu rasés, et il ne reste qu'une petite chapelle remontant à l'époque des religieuses.

26° Nouvelle chapelle des Carmélites, en Notre-Dame. Le Carmel moderne n'a point de maison-mère ; chacun de ses membres aime à vénérer le berceau de l'Ordre en France dans le premier couvent fondé à Paris en 1604 par les religieuses espagnoles filles et compagnes de sainte Thérèse. Unis entre eux par les mêmes règles et les liens de la charité que resserrent de fréquents rapports, les monastères du Carmel sont sous l'obéissance immédiate de leurs évêques respectifs et ne forment en France qu'une grande famille. Les Carmélites n'ont jamais possédé dans notre diocèse qu'un monastère, situé à Rennes ; nous avons dit que la Révolution les en chassa. Revenues en cette ville, elles y ont fondé une nouvelle maison ; en voici l'historique et la description en quelques mots, d'après une intéressante Notice ms. qu'on a bien voulu nous remettre et qui nous semble suffisamment complète. Nous ajouterons seulement que, d'après M. Keller, les Carmélites étaient en 1880, à Rennes, au nombre de soixante-cinq. « En 1841, les Révérendes Mères Carmélites de Troyes, cédant aux instances de pieux et respectables ecclésiastiques, avaient tenté une fondation à Brienne-le-Château, dans le même diocèse. Mais après seize années d'efforts persévérants pour s'y maintenir, elles durent en reconnaître l'impossibilité et songer à transférer ailleurs la communauté. Par l'entremise de la Révérende Mère prieure de Tours, l'autorisation de s'établir à Rennes fut sollicitée de Mgr Saint-Marc, alors archevêque de cette ville. Le prélat accueillit cette demande avec une grande bienveillance, et dès lors ne cessa plus de donner en toute occasion les marques d'un paternel intérêt à cette communauté si éprouvée. La translation eut lieu en 1857. Les religieuses firent l'acquisition au faubourg de Paris d'un terrain et d'anciens bâtiments dont une partie avait été tout récemment détruite par un incendie. C'est là qu'elles s'établirent d'abord, attendant de la bonté divine les moyens de poursuivre leur oeuvre. La Providence ne leur fit pas défaut, et par l'intermédiaire de coeurs nobles et généreux, comme en sait produire la terre de Bretagne, elle leur procura des secours suffisants pour permettre de bâtir d'abord une chapelle, puis un monastère régulier. M. le chanoine Brune voulut bien donner les plans et prendre lui-même la direction des travaux avec un dévouement qui lui a acquis des droits inaliénables à la reconnaissance des filles de sainte Thérèse. Les bâtiments du monastère se composent : d'une chapelle construite en 1861, dans le style ogival primitif ; elle est d'un aspect simple, gracieux et tout à fait monastique ; Mgr Saint-Marc en fit la bénédiction le 6 août 1862, sous le vocable de la Sainte Famille ; — et d'un cloître dont les arcades en ogives entourent un préau carré au centre duquel s'élève un calvaire en granit de Kerinan. Ce cloître donne entrée dans toutes les pièces importantes du rez-de-chaussée : le choeur des religieuses, dont la grille s'ouvre au côté gauche de l'autel majeur, le réfectoire, le chapitre, etc., et les sacristies situées au côté opposé au choeur et surmontées de l'infirmerie et d'une tribune ayant vue sur le sanctuaire. Enfin des cellules occupent en grande partie le premier étage. Une cour plantée d'arbustes et de fleurs précède la chapelle et l'entrée du monastère, qu'entoure un vaste jardin renfermant des ermitages dédiés à différents saints, et protégé de murs élevés qui forment clôture »

27° Chapelle de Catéchisme et de Congrégations, bâtie près l'église paroissiale de Notre-Dame et bénite par Mgr Saint-Marc le 4 novembre 1866.

28° La chapelle de la Chaussée fut bâtie au haut du jardin de cette maison, sise en Saint-Martin, par M. l'abbé Le Mintier ; elle fut bénite le 24 mars 1778 par M. Gérard, recteur de Saint-Martin.

29° Chapelle du Cimetière. — En 1782, les recteurs de Rennes s'assemblèrent pour nommer l'un d'entre eux membre d'une commission chargée de choisir l'emplacement d'un cimetière général (nota : Jusqu'alors les églises paroissiales et les monastères avaient chacun leur cimetière particulier placé à l’ombre de leur clocher) ; on jeta les yeux sur le champ de l'Etival, situé au bord du chemin de Saint-Grégoire, et en 1784 la communauté de ville demanda au Parlement l'autorisation d'y établir ce cimetière (Archives municipales, 540). Il parait qu'on y construisit peu après une chapelle, car en 1803 on demanda la conservation de « la chapelle du cimetière général en Saint-Etienne ». Cette ancienne chapelle a été remplacée vers 1840 par une rotonde à demi-ouverte qui forme l'entrée actuelle du cimetière.

30° Chapelle des Cordeliers, en Saint-Germain, rue Saint-François. « D'argent à un saint François à genoux et contourné, de carnation, vêtu des habits de la couleur de son Ordre et diadèmé d'or, regardant un séraphin en croix de gueules, duquel sortent cinq rayons de même qui vont aboutir aux mains, au côté et aux pieds du saint, le séraphin entouré d'un nuage au naturel, et le saint ayant derrière lui un arbre de sinople, mouvant du flanc dextre » (Armorial général ms. de 1697). Le P. Toussaint de Saint-Luc dit positivement que le couvent des Cordeliers de Rennes fut fondé au XIIIème siècle. Un incendie qui consuma, dans le XVIème siècle, la sacristie où était le dépôt des archives, anéantit les plus anciens titres ; mais on peut encore réunir plusieurs preuves attestant, en effet, l'existence du couvent des Frères-Mineurs à Rennes au milieu du XIIIème siècle. Ainsi, le Nécrologe de cette maison nous apprend que Mathieu de Laval fut inhumé dans le choeur de l'église conventuelle en 1242 (Martyrologium Franciscanorum Redonensium - Bibliothèque nationale, Baluze XLI, 29). Peu de temps après, Mahaut, dame de Pordic, fit un legs de 100 sols, par testament daté de 1247, en faveur des Frères-Mineurs de Rennes. L'on sait aussi que le chapitre provincial de l'Ordre de saint François fut tenu à Rennes en 1252, et que les Cordeliers achetèrent en cette ville, dans le territoire de Toriel (nunc enclos de la Visitation), un jardin sous le fief de l'abbaye de Saint-Melaine, en 1269. La Vie de saint Yves nous montre encore ce bienheureux suivant à Rennes les leçons d'un docte religieux de saint François, qui y enseignait l'Ecriture-Sainte vers 1280. On lit dans Du Paz que Geoffroy Tournemine, seigneur de la Hunaudaye, légua par testament, en 1264, 10 livres à la fabrique des Frères-Mineurs de Rennes. Enfin, en 1270, il y avait à Rennes un gardien (c'était le nom donné au supérieur d'un couvent de Cordeliers), qui fit avec le cellerier de Saint-Melaine le compte des rachats des voeux pour le voyage de Terre-Sainte, dans le diocèse de Rennes (Dom Lobineau, Preuves de l'Histoire de Bretagne, 448). Il résulte de tous ces faits que l'on peut raisonnablement reporter la fondation du couvent des Cordeliers de Rennes à environ l'an 1230, puisqu'en 1242 on inhumait déjà dans le chanceau de leur église. « Le local que les Cordeliers occupèrent à leur arrivée à Rennes, et qui leur fut donné par les ducs de Bretagne fondateurs de leur couvent, était un ancien hospice connu sous le nom d'hôpital Saint-Jacques. Il était de tradition dans la maison des Cordeliers de Rennes que les premiers Pères de leur Ordre qui vinrent se fixer dans cette ville desservirent d'abord, comme aumôniers, cet établissement charitable destiné dans l'origine à servir d'asile aux pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice ; on sait combien ce lieu célèbre de pèlerinage était fréquenté au moyen-âge. Aussi les religieux avaient-ils conservé pour patron de leur chapelle saint Jacques-le-Majeur, dont ils célébraient la fête avec solennité » (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Bulletin archéologique de l'Association bretonne, II, 114). Le couvent de Saint-François de Rennes acquit une grande importance ; les religieux y instituèrent, en 1474, une confrérie de dévotion à sainte Catherine d'Alexandrie, et le pape Léon X érigea en leur église, en 1517, une autre confrérie en l'honneur de Notre-Dame-des-Douleurs. Mais ce monastère se rendit tristement célèbre au milieu du XVIIème siècle, voici à quelle occasion. Les Cordeliers s'étaient divisés en plusieurs branches prenant les noms de Capucins, Récollets, Observantins, etc. ; les religieux de Rennes appartenaient à cette dernière catégorie ; or, les Récollets dits Clémentins, parce qu'ils suivaient la réforme du pape Clément VIII, obtinrent permission d'occuper le couvent de Rennes. Mgr de la Mothe-Houdancourt, évêque de cette ville, nommé commissaire apostolique en cette affaire, les y introduisit non sans peine en 1643, malgré les protestations des anciens religieux observantins. Ces derniers se retirèrent dans une maison particulière, au faubourg de la rue Hux (nunc faubourg de Paris), près la barrière ; mais, le 25 janvier 1644, ils rentrèrent par la force dans leur couvent et en chassèrent les Clémentins. Ils y demeurèrent ensuite, malgré l'évêque, plus d'un an. Toutefois, sur la promesse que leur fit le maréchal de la Meilleraye, lieutenant-général en Bretagne, de les soutenir près du roi, ils consentirent, le 23 mars 1645, à se retirer provisoirement à leur maison de la rue Hux. Les Récollets rentrèrent triomphants, mais leur victoire ne fut pas longue ; le Pape retira la commission apostolique à Mgr de la Mothe-Houdancourt, qui avait excommunié les Cordeliers rebelles, et confia le soin de l'affaire à Mgr Cupif, évêque de Léon. Celui-ci, par sa sentence du 18 novembre 1647, cassa tout ce qu'on avait fait contre les Cordeliers, les releva de l'ex­communication portée contre eux, leva l'interdit jeté sur leur couvent et ordonna aux Récollets de quitter Rennes au plus vite. Ainsi se termina cette querelle dont il serait trop long de raconter ici toutes les phases (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, I H, 10). Les rapports qu'eut le Parlement de Bretagne avec les Cordeliers de Rennes donnèrent beaucoup de considération à leur couvent. Ce Parlement, créé en 1553, tint ses premières séances. dans les salles de Saint-François dès l'année suivante, et y demeura jusqu'au 11 janvier 1655, qu'il prit possession du palais bâti à son usage. Cet édifice fut lui-même construit sur le terrain des Cordeliers, dont l'ancien cimetière occupait la place actuelle du Palais. Aussi les membres du Parlement affectionnaient-ils beaucoup le couvent de Saint-François, et ils avaient coutume d'y aller entendre la messe. Lorsque les Etats de Bretagne se tenaient à Rennes, c'était aussi dans les salles des Cordeliers qu'ils prenaient ordinairement séance, et ce fut là qu'ils se tinrent pour la dernière fois en 1789. A cette époque, les Cordeliers de Rennes possédaient 9 589 livres de rente ; leurs biens consistaient en maisons et en métairies, sans aucun fief ni aucune dîme (nota : les maisons en ville, très nombreuses, étaient affermées 8 212 livres ; il y avait, en outre, les métairies de la Trunaye, en Betton, et de la Tremblaye, en Nouvoitou) ; leurs charges montaient à 2 646 livres, de sorte qu'il leur restait un revenu net de 6 943 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 23 H, 37). Le sceau des Cordeliers de Rennes portait un écusson aux armes décrites plus haut, avec cette légende : SIGILL PATR. GUARD . CONVENT . MIN . RHED. (Armorial général ms. de 1697). Le couvent des Cordeliers occupait le terrain compris entre la rue Saint-François et la rue Louis-Philippe ; celle-ci a été tracée sur l'emplacement d'une partie de l'église conventuelle. Cette église était située au Midi des bâtiments claustraux et avait sa façade occidentale sur le placîs Saint-François, qui fait partie maintenant de la place du Palais. « Le plan de l'église des Cordeliers consistait dans une nef se terminant à l'Est par une abside à pans coupés ; le choeur des religieux occupait toute la partie orientale jusque vers le milieu de la nef. Un collatéral unique, suivant la forme traditionnelle observée dans les constructions de l'Ordre de saint François, longeait cette nef et le choeur dans tout le côté méridional, jusqu'à la naissance de l'abside, où il se terminait par un chevet droit ». C'est dans ce choeur que Bernard de la Roche-Bernard, seigneur de Lohéac, et Hermine de Lohéac, sa mère, élevèrent vers 1280 un beau maître-autel, orné de colonnes, décoré de tentures et pourvu d'un calice, d'un missel et tout ce qui était nécessaire au saint sacrifice de la messe (nota : 23a Xbris. — Obiit Bernardus de Rochabernardi dominus de Loheac sepultus in choro cum habitu nostro ; cum matre sua edificavit altare hujus ecclesiœ, dedit calicem, missale, columnas, cortinas et omnia necessaria ad altare ; anno domini 1282. - Necrol. Francisc. Redon). « Le collatéral communiquait avec la nef et le choeur au moyen de huit arcades, vis-à-vis lesquelles s'ouvraient au Midi plusieurs chapelles d'inégale largeur, éclairées par six fenêtres percées dans le mur Sud ; il n'y avait point de bas-côté vers le Nord ; seulement, au bas de la nef, une porte pratiquée vers l'angle septentrional donnait accès dans une petite chapelle accolée à l'église et fondée par les seigneurs de Laval » (Bulletin de l'Association bretonne, II, 115). Cette chapelle, appelée vulgairement chapelle de Dol ou de Saint-Méen, fut bâtie en 1539 par François de Laval, évêque de Dol, qui y fit graver ses armoiries sur la clef de voûte et sur la muraille, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le prélat y fit une fondation en 1551 et la laissa après son décès à sa famille. Mais en 1576 Guy, comte de Laval et vicomte de Rennes, afféagea cette chapelle avec tous ses droits de prééminences, d'enfeu et d'armoiries, à Bertrand d'Argentré, sénéchal de Rennes, qui y fut inhumé, et dont les descendants la conservèrent sous la mouvance des vicomtes de Rennes. Ceux-ci se réservèrent toutefois certains droits dans cette chapelle dont ils se trouvaient fondateurs ; aussi les Cordeliers devaient-ils faire pour eux « les prières nominales à la procession de chaque dimanche avant la grand'messe, dans ladite chapelle, où ils doivent s'arrester pendant lesdites prières » (Déclaration de la vicomté de Rennes en 1681). Plusieurs autres familles illustres avaient droit de sépulture dans l'église des Cordeliers et y avaient fondé des chapelles. Les sires d'Acigné s'y faisaient tous inhumer dans le chapitre. et dans la chapelle du Saint-Sépulcre ; là reposèrent Alain, décédé en 1306 ; Pierre III, décédé en 1347 ; Jeanne de la Lande, dame d'Acigné, décédé en 1367 ; Marie de Coëtquen, dame d'Acigné, décédé en 1388 ; Jean d'Acigné, seigneur de la Lande, décédé en 1403 ; Jean Ier, décédé en 1421 ; Catherine de Malestroit, dame d'Acigné, décédée en 1434 ; Jean IV, décédé en 1462 ; Jean V, décédé en 1497 ; Jean VI, décédé en 1525 ; Jean d'Acigné, vicomte de Loyat, décédé en 1525 ; Jean VII, décédé en 1539 ; Jean VIII, décédé en 1573 ; François d'Acigné, prieur de Combourg, décédé en 1509, etc., etc. (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, II, 864 - Du Paz, Histoire généalogique de Bretagne - Necrolog. Francisc. Redon). Les seigneurs de Fontenay, en Chartres, jouissaient d'un enfeu dans la chapelle Saint-François, où furent inhumés Thomas de Fontenay, décédé en 1302 ; Olivier de Fontenay, décédé en 1337 ; Thomas de Fontenay, décédé en 1379 ; Marie de Fontenay, décédé en 1385, et beaucoup d'autres membres de leur famille. Pierre de Rohan, seigneur de Pontchâteau, fut enterré en 1518 dans la chapelle de Notre-Dame-des-Douleurs ; — Thibault de Guael et Jeanne de Champagné, sa femme, en 1404, dans la chapelle de Saint-Martin ; — Yves Bothic, seigneur d'Erquy, en 1551, dans celle du Saint-Nom-de-Jésus (Necrolog. Francisc. Redon). Les seigneurs du Bouëdrier, en Toussaints, possédaient aussi la chapelle de Saint-Fiacre, qui leur était prohibitive ; située du côté de l'épître, elle renfermait leur enfeu armorié de leur blason : d'argent au chevron de sable, accompagné de trois tourteaux de gueules. Le seigneur de Bréquigny en jouis­sait en 1679, en qualité de seigneur du Bouëdrier. Elle avait été fondée en 1454 par Jean Bouëdrier (Archives nationales, P. 1713). Dans le choeur furent inhumés : en 1242, Mathieu de Laval ; — en 1270, Gilbert de Moréac ; — en 1284, Marguerite de Moréac ; — en 1305, Théophanie de la Motte, dame de Moréac ; — en 1282, Bernard de la Roche-Bernard, seigneur de Lohéac ; — en 1357, Jeanne de Nozay, dame de Montfort ; —  en 1374, Jean de Châteaugiron, seigneur de Malestroit ; —  en 1402, Henri de Dinan, seigneur de la Hunaudaye ; — en .... Guy de Laval, maréchal de France. Beaucoup d'autres grands personnages du moyen-âge reçurent aussi la sépulture dans l'église des Cordeliers ; notons parmi eux : Olivier de Machecoul et Eustachie de Vitré, dame de Machecoul ; — Isabeau de Machecoul, dame de Châteaubriant, décédée en 1316 ; — Guillaume de Saint-Gilles, décédé en 1286 ; — Thomase, dame de Châtillon, décédée en 1302 ; — le sire de Rougé, décédé en 1347 ; — Jean d'Espinay, seigneur du Boisduliers, décédé en 1537 ; —     Claude Anger, seigneur de Crapado, décédé en 1593 (Necrolog. Francisc. Redon). Au XVème siècle, Guillaume Hay, Jacques Bourgneuf, Olivier de Beaumont et plusieurs autres citoyens de Rennes déjà distingués, obtinrent aussi leur sépulture aux Cordeliers ; à une époque plus rapprochée de nous, on y vit aussi dans le sanctuaire le tombeau des Huchet, seigneurs de la Bédoyère. Entre le grand autel et celui du Saint-Nom-de-Jésus était l'enfeu des Montaran, possédé en dernier lieu par la famille Le Prestre de Châteaugiron ; — devant les autels du Saint-Nom-de-Jésus et de Sainte-Elisabeth se trouvait celui de Nosseigneurs des Etats de Bretagne ; — à côté du Crucifix celui des Duliepvre du Bois de Pacé ; — vis-à-vis la chaire celui des Viard dits de Jussé et de Mouillemusse ; — la famille de Rosmadec eut le sien dans la chapelle Saint-Charles, — et les Bruslon, seigneurs de la Muce, firent construire une chapelle prohibitive au bas de la nef, du côté de la rue Saint-Georges. —  Enfin, les familles Brandin, — Barrin de la Villegeffroy, —  de Guéhenneuc, — Fouquet de Chalain élevèrent, ainsi que plusieurs autres, des tombeaux dans l'église dont nous nous occupons. On voit que dans l'étroite enceinte de ce modeste sanctuaire des Frères-Mineurs de Rennes on pouvait lire sur les dalles usées par les siècles, où tant de générations avaient prié, les noms les plus illustres de notre contrée, tant dans la noblesse que dans la magistrature et la bourgeoisie. Quand vint la Révolution, les Cordeliers furent naturellement expulsés, et leur couvent fut affecté en partie au service militaire. La vaste salle des Etats y devint le siège des clubs révolutionnaires. Plus tard, sous l'Empire, le Petit-Séminaire diocésain fut installé dans ce vieux monastère, mais il fut transféré ailleurs sous la Restauration. L'église des Cordeliers fut ensuite rasée pour faire place au percé de la rue Louis-Philippe, qui la coupa dans son axe. Quant aux autres bâtiments conventuels, ils furent en partie détruits, en partie adaptés à de nouvelles constructions. Aujourd'hui il ne reste plus trace du cloître, mais le Musée archéologique possède encore quelques colonnes de granit qui en proviennent ; accolées deux à deux, elles devaient recevoir des arcades ogivales ; leur style se rapporte bien à ce que l'on connaît d'analogue en cloîtres du XIIIème siècle, et elles ne peuvent que faire vivement regretter le monument qu'a détruit le vandalisme de 1793.

31° Chapelle des Dominicains, en Saint-Germain, rue Haute ou de Saint-Dominique. « De gueules, à un lion, la queue fourchue, d'argent ; écartelé d'hermines » (Armorial général ms. de 1697). D'après la tradition des Dominicains, leur couvent de Rennes fut fondé par Jean IV, duc de Bretagne, à la suite d'un voeu fait par ce prince pendant la bataille d'Auray, en 1364 ; c'eût été en témoignage de sa reconnaissance envers la Sainte Vierge que Jean IV, demeuré vainqueur, eût élevé dans la capitale de son duché un sanctuaire de Notre-Dame appelé Bonne-Nouvelle, en mémoire de son succès. Mais D. Plaine, dans son Histoire du culte de la Sainte Vierge dans la ville de Rennes, a fait remarquer que dans les riches archives du couvent des Frères-Prêcheurs de Rennes, rien ne confirme cette tradition ; tout, au contraire, prouve que Jean IV ne fit d'abord qu'approuver une fondation faite par quelques-uns de ses sujets. C'est en 1466 seulement, un siècle par suite après cette fondation, qu'apparaît la première mention du nom de Bonne-Nouvelle, donné non point à l'église conventuelle, mais à un tableau de la Sainte Vierge placé dans le cloître du monastère et objet d'une grande vénération. Le 29 mars 1367, Pierre Rouxel, dit Bellehère, et Jeanne Rebillart, sa femme, bourgeois de Rennes, donnèrent aux Frères-Prêcheurs du couvent de Dinan « deux herbrégements, des terres, courtils et maisons, le tout situé en la paroisse Saint-Aubin, non loin du cimetière de Sainte-Anne et du grand chemin rennais par où l'on va à Saint-Etienne ; afin qu'en ce lieu soient fondés une église et couvent dudit Ordre des Frères-Prescheurs, à la charge auxdits religieux de célébrer à l'intention des donateurs une messe en une semaine aux jours de dimanche, lundi, mardi, mercredi, et en la suivante aux jours de jeudi, vendredi et samedi, et ainsi de suite alternativement à perpétuité » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 22 H, 1). Tel est le titre primordial de la fondation du couvent des Dominicains ; le duc Jean IV connaissait, il est vrai, les desseins de Pierre Rouxel, car dès le 10 février précédent il avait ordonné une enquête au sujet des terres que ce pieux bourgeois de Rennes voulait offrir aux Frères-Prêcheurs de Dinan « pour bastir une église et un couvent » ; mais le prince n'avait encore rien donné lui-même pour le nouveau monastère projeté. Tous ceux qui avaient quelques droits, féodaux ou autres, sur les terres concédées aux Dominicains, Jean Le Bart, abbé de Saint-Melaine, Honorée Raguenel, dame du Bordage, Jean du Rocher et Jeanne de Champagné, sa femme, s'empressèrent d'y renoncer en faveur des religieux. Ceux-ci firent aussi un accord avec le recteur de Saint-Aubin, dans la paroisse duquel ils allaient s'établir ; l'évêque et le Chapitre de Rennes se joignirent à eux pour solliciter et obtenir du pape Urbain V une permission de construire le nouveau couvent ; enfin, le duc Jean IV accorda des lettres d'amortissement pour toutes les terres données par Pierre Rouxel et sa femme (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 22 H, 1). Ces lettres ducales sont du 5 juin 1368. Le 30 novembre suivant, Jean IV en écrivit de nouvelles pour exhorter ses sujets à contribuer par leurs aumônes à l'édification du monastère dominicain ; il y ajoutait que lui et la duchesse sa femme entendaient bien être considérés comme les principaux fondateurs de l'oeuvre (nota : Cette clause et les travaux que nous allons voir Jean IV entreprendre semblent donner raison à la tradition qui fait de ce prince le fondateur du couvent des Dominicains ; remarquons cependant qu'autrefois il n'était pas nécessaire, pour qu'un seigneur méritât ce titre de fondateur, qu'il dotât ou construisit un établissement, il suffisait qu'il l'approuvât, s'il relevait féodalement de lui ; or, c'est le cas présent : le duc se dit fondateur parce qu'il encourage par ses largesses la fondation faite par Pierre Rouxel dans sa ville de Rennes). Son appel fut entendu, et les travaux se poursuivirent avec tant d'activité que deux mois plus tard on fut en mesure de procéder en grande pompe à la pose de la première pierre de l'église. Le 2 février 1369, fête de la Purification de Notre-Dame, le duc Jean IV présida lui-même la cérémonie et posa de ses mains la première pierre de l'édifice ; il avait à ses côtés l'évêque de Rennes, l'abbé de Saint-Melaine, les sires de Clisson, de Beaumanoir et de Matignon, et plusieurs autres personnages de distinction (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 22 H, 1). Le devis des travaux donnant idée du plan de cette église fut dressé par ordre du duc de Bretagne et existe encore. On y apprend qu'en 1371 l'église du « moustier » était déjà bâtie et « fondementée » depuis le chevet jusqu'au bas de la nef, et qu'elle affectait la forme d'une demi-croix ; que les chapelles projetées alors devaient commencer à partir de la croix, c'est-à-dire des bras du transept, et se poursuivre « jusques au pignon de embas ». Vingt fenêtres devaient éclairer la nef, divisées chacune par deux meneaux ; deux autres grandes baies, subdivisées par cinq meneaux, devaient orner les transepts. Il devait y avoir cinq autels : le maître-autel, derrière lequel s'en trouvait un autre placé dans une chapelle absidale (nota : C'est dans le vitrail de cet oratoire que Jean IV s'était fait représenter en casaque herminée et la couronne en tête, à genoux devant une image de Notre-Dame, à qui le présentait son bienheureux patron saint Jean-Baptiste - Vies des Saints de Bretagne, par Albert Le Grand), et trois autres autels placés vers le bas de la nef. Trois portails étaient projetés, « un pour l'entrée du cloître, les deux autres ès deux pignons de l'église » ; le portail occidental devait être muni d'un porche et enrichi d'élégants accessoires, voussures, pinacles, niches et dais, avec les statues de la Sainte Vierge, du duc et de la duchesse de Bretagne, et les écussons de Bretagne et de Montfort (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 22 H, 1). Pour exécuter ce plan, Jean IV ordonna qu'on prélevât 4 000 livres en quatre annuités sur ses recettes de l'évêché de Rennes. Malheureusement, les tristes démêlés de ce prince avec le roi de France et sa fuite en Angleterre arrêtèrent vraisemblablement l'élan donné à la construction de l'église des Frères-Prêcheurs, et en 1429, longtemps après la mort du duc, cette église « attendait encore son achevement ». Ce fut alors que le pape Martin V accorda de grandes indulgences à ceux qui viendraient en aide aux religieux dominicains de Rennes. A côté de cette grande église conventuelle s'éleva quelque temps après le célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. C'était « une petite chapelle dédiée spécialement à la Sainte Vierge et établie dès le principe dans le côté méridional du cloître, communiquant avec l'église par des voûtes ouvrant sur le choeur ». Là se trouvait le tableau miraculeux dont nous avons déjà signalé l'existence ; ce tableau, conservé maintenant dans l'église paroissiale de Saint-Aubin, représente la Sainte Vierge tenant son divin fils entre ses bras ; dès 1466 il était l'objet d'une grande vénération, ce qui détruit encore la tradition attribuant à la duchesse Anne le don de cette pieuse image. Il nous est impossible de raconter ici l'intéressante histoire du culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, nous renvoyons pour cela nos lecteurs à l'excellent petit volume de D. Plaine sur le culte de la Sainte Vierge à Rennes. Qu'il nous suffise de dire que cette ville eut toujours la plus grande affection pour le sanctuaire de Bonne-Nouvelle et, par suite, pour le couvent des Dominicains ; les ex-voto offerts par la population reconnaissante, à la suite de la peste de 1632 et de l'incendie de 1720, sont encore là pour prouver la protection maternelle de. la Sainte Vierge et la confiance filiale des habitants de Rennes. Au commencement du XVIIème siècle, le monastère des Frères-Prêcheurs de Rennes devint le berceau d'une importante réforme religieuse : le P. Jouaud y fonda l'Etroite-Observance de saint Dominique, connue sous le nom de Congrégation de. Bretagne (Dom Plaine, Histoire du culte de la Sainte Vierge à Rennes, p. 141). Le sceau du prieur du couvent de Bonne-Nouvelle en 1654 est de forme ovale et représente la Sainte Vierge assise dans un fauteuil, tenant l'Enfant-Jésus entre ses bras, et couronnée de onze étoiles ; la légende porte : t SIG. PR . CON . REDON . ORD . FR . PRAEDICAT (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 H, 5). Lorsque vint la Révolution, il y avait dix-sept religieux dans le couvent des Dominicains de Rennes ; ils jouissaient de quelques rentes constituées, d'un certain nombre de maisons à Rennes et de plusieurs métairies à la campagne (nota : Ces métairies étaient la Motte-au-Duc, en Saint-Hélier ; — la Motte-Beaucé, en Vezin ; — Launay-Thébert, en Pace ; — la Pironais, en Saint-Gilles ; — la Mulonnais, les Huberdières et Boeuffre, en Le Rheu ; — la Brétesche, en Saint-Grégoire ; — les Forgets, en Guignen ; — la Haie-Fossant, le Chêne-Manier, Treffieuc et les Janneaux, en Bréal-près-Montfort) ; le tout rapportait 11 773 livres de rente, mais les charges étant de 3 264 livres, il ne restait aux religieux pour vivre que 8 509 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). Après l'expulsion des Frères-Prêcheurs de Rennes, leur couvent fut converti en magasin à fourrages ; un incendie y éclata en 1821 et ne laissa de l'église que les murs debout. Ce sont ces ruines qu'il est intéressant de revoir aujourd'hui. On y retrouve encore à peu près complète la disposition primitive du plan de l'édifice : l'église forme un rectangle, mais une nef collatérale y est jointe dans la moitié environ de la longueur totale. « Ces deux nefs sont séparées l'une de l'autre par une série d'arcades en ogives presque obtuses. Ces arcades, à double archivolte épannelée, appuient leurs retombées sur de grosses colonnes ou piliers monocylindriques à bases hexagonales qui méritent d'être étudiés en détail ; il y a cinq travées dans la longueur de la double nef, ce qui nécessite quatre supports isolés et deux demi-piliers engagés. Les chapiteaux en sont tous courts, ramassés, et, comme les bases, de forme hexagone. Dans le mur oriental de la petite nef est un gracieux portail. L'ogive un peu évasée de son archivolte supérieure se profile en saillie par deux tores de grosseur inégale séparés par une canelure profonde ; elle va s'appuyer à droite et à gauche sur deux culs-de-lampe formés l'un de feuilles de vigne entremêlées de grappes de raisin, l'autre de feuillage de lierre. Trois colonnettes cylindriques à bases polygonales et munies de chapiteaux que, recouvrent des feuilles de chêne avec leurs glands et d'autres décorations végétales délicatement sculptées, reçoivent de chaque côté les moulures toriques qui dessinent les arcs redoublés d'une voussure peu profonde inscrite sous l'archivolte principale. Les deux colonnettes qui encadrent immédiatement la porte inclinent la moulure de leur arc en anse de panier, de façon à laisser entre le tore inférieur et celui qui délimite l'ogive enveloppante un tympan triangulaire où un élégant cul-de-lampe en feuillage découpé marque la place d'une statuette qui devait autrefois surmonter ce piédestal ; sans doute c'était celle de Notre-Dame. Vers le haut de l'église, près du chevet, dont le mur oriental a été reconstruit à une époque moderne, du côté de l'épître, on remarque une suite d'arcatures simulées, refouillées dans l'épaisseur de la muraille. Chacune des ogives est subtrilobée et dessinée par plusieurs moulures concaves ; chaque retombée de cette arcature est supportée par une console historiée figurant un ange aux ailes éployées soutenant entre ses mains un écusson. Serait-ce l'emplacement des crédences du maître-autel ? Presqu'en face, une mince et svelte colonnette s'applique à un angle faiblement indiqué dans la maçonnerie : ce doit être un débris de l'ornementation de l'ancien choeur. Le mur qui sépare l'église du cloître était percé jadis, dans la partie Nord-Est, de trois baies en arcades ; elles donnaient communication avec l'intérieur du cloître et la chapelle de Notre-Dame, qui en occupait l'extrémité orientale. Les anciennes fenêtres, dont on reconnaît encore l'emplacement, sont toutes bouchées, ainsi que le portail occidental » (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Bulletin archéologique de l'Association bretonne, II, 116). Au Nord de cette église conventuelle se trouvait le cloître des Dominicains ; le côté de ce cloître touchant l'église était d'une largeur double de celle des trois autres côtés du carré ; cela provenait de ce que cette partie du cloître servait d'avenue à la chapelle miraculeuse bâtie à l'angle Sud-Est ; de plus, cette portion du cloître était fermée du côté du préau par un mur plein, ouvert de cinq fenêtres à meneaux ; c'était donc comme un second collatéral de la nef de l'église conventuelle, et le mur qui l'en séparait était rempli d'enfeux en forme de tombes-arcades. Ce fut surtout à partir du XVIème siècle que les concessions de tombeaux dans la nef et dans le cloître attenant devinrent un objet d'ambition pour les familles pieuses et une source abondante de fondations pour les religieux. Parmi les possesseurs de tombeaux avec statues, de chapelles avec enfeu ou de simples dalles funéraires, on remarque les noms suivants : d'Artois, de la Bourdonnaye, de Bréhant, de Beaumanoir, de la Ville-Geffroy, de Cacé, du Quengo, de la Dobiais, de Monterfil, d'Acigné, de la Lande, Martin de la Vairie, Huart, de Tixue, Le Bel, de Becdelièvre, de Mauny, Godart, de Sévigné, de la Porte, d'Erbrée, de Tournemine, de Rieux, de Kersauson, de Coniac, Grignart de Champsavoy, Le Levier de Kerohiou, Ferret, de la Busnelaye, de Molac, de Carman, Gougeon, de la Renaudaye, de la Marzelière, de Cucé, etc. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 22 H, 1). Cette partie du cloître longeant le mur septentrional de l'église fut reconstruite en 1602 par le prieur Jean Jubin ; quant à la chapelle de Bonne-Nouvelle, elle fut elle-même entièrement rebâtie en 1623. De l'angle oriental du cloître qu'elle occupait, elle fut reportée un peu plus au Nord et décorée magnifiquement par les soins du prieur Hyacinthe Charpentier, secondé par Mgr Cornulier, évêque de Rennes, et par la duchesse de Vendôme, fille du duc de Mercoeur. « On voit encore les murs de cette nouvelle chapelle, qui ouvre sur le cloître attenant par une vaste baie assez semblable à une arche de pont ; elle est carrée et éclairée par trois fenêtres en plein cintre, subdivisées par trois meneaux pareillement cintrés à leurs sommets, supportant au milieu une figure annulaire accostée de deux appendices allongés en forme de larmes ». C'est dans cette chapelle qu'était déposé, avant 1789, le magnifique voeu offert par les habitants de Rennes en 1634, représentant cette ville avec son enceinte murale et ses monuments, le tout en argent massif (nota : cet éclatant témoignage de la piété des Rennais envers Notre-Dame de Bonne-Nouvelle fut détruit pendant la Révolution ; mais il a été renouvelé en 1861 et déposé devant le tableau miraculeux dans l'église de Saint-Aubin). « Quant aux trois autres côtés du cloître entourant le préau, ils sont encore plus modernes : c'est une suite d'arcades cintrées, avec archivoltes décorées de moulures et chargées, sur leurs pieds-droits extérieurs, de pilastres dans le style grec du XVIIème siècle tout au plus. Ainsi, tout ce qui reste de la chapelle et des cloîtres est postérieur au XVIème siècle, cela ne fait pas l'ombre d'un doute » (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Bulletin archéologique de l'Association bretonne, II, 120). Quelques parties seulement de l'église conventuelle peuvent, comme nous l'avons vu, remonter à l'origine du monastère. Voilà tout ce qui demeure de ce couvent des Frères-Prêcheurs, devenu si célèbre dans les derniers siècles sous le nom de Bonne-Nouvelle ; la dévotion du peuple envers l'image miraculeuse de Notre-Dame a seule survécu à la ruine du cloître et des religieux. 

32° Chapelle des Dominicaines, rue Hux, en Saint-Jean. Fondées en Languedoc par saint Dominique, ces religieuses ne s'établirent à Paris qu'au commencement du XVIIème siècle. C'est de cette ville qu'elles envoyèrent quelques soeurs fonder, en 1625, le monastère de Dinan. Le 4 juillet 1636, la Communauté de ville consentit à l'établissement d'un couvent de Dominicaines de la réforme de sainte Catherine, appelées pour cela Catherinettes, à l'entrée du faubourg de la rue Hux (nunc faubourg de Paris). Ces religieuses venaient du monastère de Dinan. Mais elles éprouvèrent à Rennes une vive opposition de la part de l'abbesse de Saint-Georges ; toutefois elles purent vaincre cet obstacle, et la prieure de Dinan s'engagea à payer une pension de 100 livres à chacune des dix religieuses qu'elle envoyait à Rennes. Par contre, elle demanda au maire de Rennes l'attestation que sa communauté n'était pas à charge au public (Archives municipales de Rennes, 312, 492). Le 16 avril 1642, Mgr de la Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, approuva l'établissement des Dominicaines dans sa ville épiscopale, et au mois de mai suivant le roi Louis XIII donna les lettres patentes nécessaires à cette fondation. Les Catherinettes s'établirent donc dans le faubourg de la rue Hux, au logis des Champs-Baud, que leur vendit 9 346 livres le sieur de la Carpraie-Phelippot ; comme cette maison était dans le fief de Saint-Melaine et en la paroisse Saint-Jean, les religieuses demandèrent l'autorisation à l'abbé de Saint-Melaine, qui la leur accorda le 9 décembre 1645 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 30 H, 1). Les Dominicaines commencèrent aussitôt leur chapelle, qu'elles dédièrent à Notre-Dame-de-Grâce ; et en 1646 elles se rendirent processionnellement dans leur nouvelle clôture. Quelques années plus tard, se trouvant à l'étroit dans le vieux logis des Champs-Baud, elles construisirent tout un monastère au même lieu et en posèrent la première pierre le samedi 21 mai 1661 (Mélange historique de Bretagne, I, 92 - Journal ms. de Loret, 207). A cette époque, la prieure de Rennes était la mère Marguerite de Bresmes, dite de la Vierge, « d'une des premières familles du royaume, douée des plus belles perfections et du plus bel esprit du siècle ; car elle savait le grec, le latin, l'italien, et a composé quantité de beaux livres qui ont esté approuvés des docteurs, et savait aussi la philosophie et la poésie » (Journal d'un bourgeois de Rennes - Mélange historique de Bretagne, I, 140). Elle mourut à Rennes le 16 janvier 1663, et fut inhumée le 18 dans le choeur de son église conventuelle. Malheureusement le jansénisme entra chez les Dominicaines de Rennes et on leur interdit de recevoir des novices. Le 27 février 1768, un arrêt du Conseil d'Etat enjoignit à l'évêque de Rennes de procéder immédiatement à la suppression et extinction du couvent des Dominicaines de sa ville épiscopale. Le même arrêt donnait tous les biens, revenus et droits de ce monastère aux religieuses ursulines de Hédé. L'évêque, alors Mgr Des Nos, nomma son official, M. de Beauvais, pour exécuter cet arrêt, et il rendit lui-même, le 21 juin 1769, un décret supprimant le couvent de Sainte-Catherine de Rennes et unissant ses biens à celui des Ursulines de Hédé. Les lettres patentes de Louis XV, approuvant le décret précédent, donnèrent toutefois pour seule raison de la suppression de ce monastère l'insuffisance des revenus des religieuses pour pouvoir se soutenir à Rennes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 30 H, 1 - Archives du Parlement de Bretagne). Il paraît qu'il n'y avait plus alors au monastère de Rennes que quatre Dominicaines, dont une entra à Saint-Georges et les trois autres se firent Carmélites. En 1772, les Ursulines de Hédé vendirent ce couvent à l'évêque de Rennes, qui en fit son Petit-Séminaire. Quand vint la Révolution, le gouvernement s'empara de cette maison et la céda à la municipalité en échange de son Hôpital-Général ; la ville transféra alors ses malades aux Catherinettes, qui sont encore affectées à la fin du XIXème siècle au logement des femmes de l'Hôpital-Général.

33° La chapelle de l'Ecce Homo se trouvait dans le cimetière de l'hôpital Saint-Yves, en Saint-Etienne. Elle était fort ancienne et tombait en ruine quand en 1661 Jeanne Deshaies, veuve de Zacharie Hurel, conseiller-secrétaire du roi, présenta à la communauté de ville une requête pour avoir l'alignement nécessaire à sa reconstruction, Zacharie Hurel ayant, en effet, légué 3 000 livres pour relever ce sanctuaire. Les bourgeois de Rennes donnèrent l'alignement demandé, approuvèrent le plan et reçurent les travaux du nouvel édifice, qui fut terminé en peu d'années. Ils enregistrèrent le 30 décembre 1666 une donation de 1 000 livres faite par Anne de Sévigné, marquise de Cailly, à l'hospice Saint-Yves, pour la fondation d'une messe hebdomadaire en cette nouvelle chapelle de l'Ecce Homo (Archives municipales, 335 et 507). — Ce sanctuaire, situé au Nord du cimetière de l'ancien Hôtel-Dieu, est devenu un amphithéâtre à la fin du XIXème siècle et n'existe plus aujourd'hui.

34° Une autre chapelle de l'Ecce Homo se trouvait en Saint-Hélier, à l'intersection des routes de Châteaubriant et de la Guerche. « C'était un oratoire cher à la dévotion populaire. On y transportait, suivant un usage qui durait encore en 1767, les cercueils des défunts de la campagne avoisinante, en attendant la cérémonie des obsèques à l'église de Saint-Hélier ». Sur son emplacement a été élevée en 1832 une croix qui est une sorte d'ex-voto en souvenir du choléra qui sévit cette année-là à Rennes (Journal de Rennes du 24 avril 1876).

35° Chapelle de l'Ecole Normale, faubourg Saint-Malo, en Saint-Etienne.

36° Chapelle de l'Enfant-Jésus, faubourg Saint-Laurent (nunc faubourg d'Antrain), en Saint-Martin.

37° Chapelle des Soeurs de l'Espérance, rue Saint-Melaine, en Notre-Dame. La congrégation des Soeurs de la Sainte-Famille, ayant sa maison-mère à Bordeaux, a été fondée en 1820 et autorisée par ordonnance royale du 7 juin 1826. Cet Institut a des pensionnats, des salles d'asile, des crèches, des jardins d'enfants, des écoles et des orphelinats gratuits ; de plus, les religieuses soignent les malades à domicile et dans les hôpitaux. A la fin du XIXème siècle, la congrégation des Soeurs de la Sainte-Famille se compose d'environ huit cents soeurs qui ont des établissements soit hospitaliers, soit scolaires, dans tous les pays de l'Europe et dans diverses contrées de l'Asie et de l'Afrique (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 598). Cette pieuse société se subdivise en sept branches, et dans chacune d'elles les soeurs portent un nom particulier ; à la fin du XIXème siècle, dans notre archidiocèse se trouvent trois de ces branches, occupant en tout sept maisons : 1° Soeurs de l'Espérance. — Ces religieuses vont garder les malades à domicile ; elles sont établies à Rennes dans la paroisse de Notre-Dame, et à Saint-Malo ; dans l'une et l'autre de ces maisons elles ont des chapelles desservies et dédiées à la Très-Sainte Vierge. 2° Soeurs de l'Immaculée-Conception. — Celles-ci tiennent des écoles et visitent les malades pauvres ; elles sont établies à Bédée, Mordelles, Québriac et Saint-M'hervé. 3° Soeurs Marthes. — Ces dernières s'occupent à Rennes de la tenue de la maison de Mgr l'archevêque et de la porterie des Soeurs de l'Espérance.

38° La chapelle de l'ancien Evêché se trouvait dans les jardins de cet hôtel, rue de la Cordonnerie, près la cathédrale ; elle avait été bâtie au XIIème siècle par l'évêque Etienne de Fougères et dédiée à Notre-Dame et à saint Firmat. Elle a disparu comme l'évêché lui-même.

39° La chapelle du nouvel Evêché (aujourd'hui Archevêché) se trouve à l'extrémité orientale de cet hôtel, ancien manoir abbatial de Saint-Melaine.

40° Anciennes chapelles des Filles de la Sainte-Vierge, rue de Toussaints, au bout du Pré-Botté, puis rue Saint-Hélier. En 1676, Jeanne Brandin (Fille de Roch Brandin, seigneur de Belair, et de Léonarde Drouet), veuve de Jean Budes, conseiller au Parlement, accomplissant les dernières volontés de sa fille, Anne-Marie Budes, morte en 1674 à la Visitation du Colombier, forma une pieuse association de filles et de veuves faisant un simple voeu de chasteté et se destinant à l'oeuvre des retraites, à l'éducation des petites filles soit de la ville, soit de la campagne, et à l'instruction des protestantes converties (nota : En 1754, Mgr de Vauréal, évêque de Rennes, dispensa les Filles de la Sainte Vierge de tenir les petites écoles dans la campagne). L'autorité ecclésiastique, le duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne, la Communauté de ville de Rennes accueillirent avec bienveillance les ouvertures de Mme Budes, et le roi Louis XIV approuva sa fondation par lettres patentes du 15 septembre 1678 et du 15 juillet 1681. La pieuse veuve installa la nouvelle congrégation sur la paroisse de Toussaints, dans une maison située sur le Pré-Botté. Elle ne tarda pas à en soumettre les règles et statuts à l'approbation de l'évêque de Rennes, Mgr de Beaumanoir ; celui-ci reconnut l'association sous le titre de Séminaire des Filles de la Sainte Vierge, et par ordonnance du 21 juillet 1678 il en approuva les statuts. Le prélat nomma en même temps Mme Budes supérieure perpétuelle de la nouvelle congrégation et lui permit de bâtir une chapelle ; cet édifice fut bénit le 8 décembre 1682 par Urbain Bouessay, vicaire général de Rennes. Un an après, Mme Budes mourut saintement, le 29 novembre 1683 (Semaine Religieuse de Rennes, XII, 693). Les héritiers de cette dame molestèrent longtemps les religieuses qu'elle avait fondées, et celles-ci résolurent, au milieu du XVIIIème siècle, de changer de local. En 1758, elles vendirent leur couvent du Pré-Botté à la Communauté de ville, qui l'acheta 72 000 livres, et construisirent un nouveau monastère dans la paroisse et dans la rue Saint-Hélier. M. Le Moyne de la Borderie, vicaire général de Rennes, vint bénir les bâtiments, achevés le 3 août 1760, et qui existent encore à la fin du XIXème siècle. Mme Rose Le Barbier, supérieure des Filles de la Sainte Vierge, déclara en 1790 que tout le revenu de sa maison consistait en un constitut de 60 000 livres, reliquat du prix de vente de l'ancien couvent du Pré-Botté, et dans les produits du jardin, montant de 5 à 600 livres ; mais la congrégation devait 47 560 livres qu'elle avait empruntées pour construire le nouveau monastère, et elle payait 2 260 livres de rentes viagères, sans compter ses autres charges, montant à 848 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). On voit par là que les Filles de la Sainte Vierge étaient loin d'être riches. Ces bonnes religieuses furent expulsées le 17 novembre 1792 et leur maison devint une filature. Plus tard, quelques-unes d'entre elles purent racheter ce monastère de la rue Saint-Bélier, et elles y reprirent leurs saints exercices vers 1825.

41° Nouvelles chapelles des Filles de la Sainte-Vierge, rue Saint-Hélier, en Saint-Hélier. Nous avons dit précédemment que les Filles de la Sainte Vierge furent chassées de leur maison de la rue Saint-Hélier en 1792. Lorsqu'un peu de paix revint en France, l'une d'elles, Mlle Françoise Lévêque-Beaumard, voulut consacrer sa fortune au relèvement de sa chère communauté, et la laissa dans ce but aux mains de Mlles Esther-Pélagie Vatar et Marie-Anne de Trémereuc. Le ciel bénit ce projet : vingt-neuf ans après la dispersion, Mlles Vatar et de Trémereuc reprirent possession de l'ancienne maison de retraite et la rendirent à Dieu et à Marie. « Ce résultat n'avait pas été atteint sans traverses. Ne croyant plus à la possibilité d'acquérir leur ancien immeuble, ces dames avaient d'abord acheté l'ancien couvent des Carmélites, dont elles ne tardèrent pas à reconnaître l'insuffisance et la mauvaise distribution. Il fallut revendre avec perte. Peu de temps après cet échec, le gouvernement donna à l'abbé Carron, de vénérable mémoire, l'ancienne demeure des Filles de la Sainte Vierge en compensation des terrains qu'on lui avait confisqués au début de la Révolution. M. Carron, dont la bourse s'épuisait en largesses quotidiennes, manifesta l'intention de vendre. Mlles Vatar et de Trémereuc saisirent cette heureuse occasion. Elles furent promptement entourées et secondées par de courageuses compagnes , dont plusieurs appartenaient aux familles les plus chrétiennes et les plus estimées de Rennes. Pour se conformer à la loi, les Filles de la Sainte Vierge demandèrent à être autorisées par le gouvernement. Le Conseil d'État vérifia leurs statuts, et le 17 janvier 1825 une ordonnance royale autorisa définitivement la communauté. On vit bientôt renaître le beau temps des retraites. Ceux qui en suivaient les saints exercices se comptèrent par centaines » (Semaine Religieuse de Rennes, XII, 722). Afin d'arriver à la perfection que demande leur vocation, les Filles de la Sainte Vierge déclarèrent vouloir se lier désormais par des voeux. Aux trois voeux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, elles ajoutèrent celui de travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes conformément aux statuts de leur congrégation. Ces nouvelles règles, plus parfaites que les premières, furent approuvées par Mgr Saint-Marc, évêque de Rennes, le 24 mai 1856. Les Filles de la Sainte Vierge ne possèdent que leur seule maison de Rennes ; mais dans cet établissement, outre l'oeuvre des retraites prêchées par les Missionnaires diocésains, les soeurs s'occupent de l'instruction des petites filles et tiennent un pensionnat et une école. La chapelle, réédifiée à la fin du XIXème siècle avec une science et un goût archéologiques incontestés par M. le chanoine Brune, est dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. C'est un bel édifice de style ogival primitif, composé d'une nef avec une vaste abside polygonale bien décorée de vitraux peints. Dans l'enclos s'élève aussi un petit sanctuaire dédié à Notre-Dame de Lourdes : simple rectangle à chevet droit, de style ogival, cet édicule fort joli a été récemment construit en reconnaissance de la guérison de la supérieure de la maison, atteinte de cécité et guérie à la suite d'une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes.

42° Chapelle des Filles de la Charité, rue du Griffon, en Saint-Sauveur. La congrégation des Filles de la Charité fut fondée en 1633 par saint Vincent-de-Paul et Mme Le Gras, née Louise de Marillac, qui en fut la première supérieure. On appelle vulgairement ces religieuses Soeurs Grises, à cause de leur costume, ou Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Leur congrégation fut approuvée par lettres patentes du roi en 1646 et 1657. Le Pape accorda lui-même l'approbation et la confirmation aux Filles de la Charité le 8 juin 1668, et de nos jours elles ont été autorisées de nouveau en 1809. Elles sont à la fin du XIXème sièce plus de neuf mille religieuses répandues dans l'univers entier. En 1673, les Filles de la Charité furent appelées à Rennes, et voici à quelle occasion : Plusieurs personnes pieuses de cette ville avaient fondé en 1643 une Marmite pour le soulagement des pauvres honteux, malades, de Rennes et de ses faubourgs. Voulant s'assurer la coopération des Filles de Saint-Vincent-de-Paul, elles les appelèrent près d'elles, et par acte du 9 septembre 1673 elles donnèrent une rente de 450 livres à leur congrégation pour l'entretien de trois soeurs chargées d'administrer l'oeuvre de la Marmite des pauvres. L'année suivante, deux nouvelles soeurs furent adjointes aux premières et l'établissement fut approuvé par l'autorité diocésaine. Mgr de la Vieuville, évêque de Rennes, loua et ratifia les statuts qui lui furent présentés par les fondateurs ; son ordonnance porte la date du 4 avril 1674 (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Journal de Rennes, 23 janvier 1877). Bientôt après on s'occupa de donner un siège fixe à l'établissement. Par contrat du 11 août 1683, Pierre Loret, prêtre, Jean Le Marchant, sieur de la Rebourcière, et René Charmoy, sieur de la Mettrie, administrateurs de la Marmite des pauvres (nota : Les statuts de la Marmite portaient que la Compagnie serait composée de deux supérieurs spirituels, de quatre administrateurs dits « Pères des pauvres », d'une supérieure, d'une assistante et d'une secrétaire. On y admettait, sur l'avis du conseil de l'oeuvre, tel nombre de dames et demoiselles vertueuses dont les supérieurs jugeaient utile l'annexion), se portèrent acquéreurs d'avec François Ravenel, sieur du Plessix, et sa mère, Perrine Penhoët, pour une maison avec cour et jardin située rue du Griffon. C'est là que fut assigné pour la première fois le logement des Soeurs de la Charité. On ne tarda pas à y ajouter la maison voisine bordant la rue des Loriers. Bientôt après les administrateurs de la Marmite demandèrent à la Communauté de ville et obtinrent d'elle un alignement pour reconstruire la maison des Soeurs, à l'encoignure des rues du Griffon et des Loriers. C'est encore là qu'habitent les Filles de la Charité à la fin du XIXème siècle (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 4 H, 16 - Archives municipales de Rennes, 316). Ce fut aussi là le siège du Bureau de charité annexé à la maison des Soeurs ; il s'obligea à une rente de 60 livres pour obtenir du Chapitre de Rennes l'amortissement des maisons acquises, lesquelles dépendaient du fief du Chapitre. Le 8 août 1694, deux nouvelles Soeurs de Saint-Vincent furent appelées à Rennes pour prendre soin des prisonniers pauvres et de la chapelle des prisons. Vers le même temps, la Communauté de ville alloua une pension annuelle de 50 livres aux Filles de là Charité. Par testament du 7 mars 1717, le président au Parlement Charles Le Meneust de Bréquigny légua 200 livres de rente à la Marmite des pauvres, dont l'administration était confiée aux Soeurs. En 1763, Jean de Guersans, archidiacre de Rennes, fit fondation d'une nouvelle Fille de la Charité (M. de la Bigne Villeneuve, loco citato). Au mois de février 1762, le roi donna des lettres patentes enregistrées au Parlement le 5 mai suivant ; elles confirmaient l'établissement de la Marmite des pauvres, « tenue par les Filles de la Charité, et distribuant des secours aux pauvres honteux, prisonniers et autres, au nombre de plus de quatre cents par jour » (Archives du Parlement de Bretagne). Enfin, en 1785, l'abbé Carron fonda un ouvroir à la Piletière pour donner du travail aux pauvres, y annexa quelques années après un petit hôpital, et confia ce dernier établissement aux Soeurs de la Charité. Ainsi, pour résumer, les Filles de la Charité s'occupaient à Rennes de trois oeuvres distinctes : 1° la Marmite des pauvres ; 2° les prisons ; 3° l'hôpital de la Piletière. Ces religieuses ne trouvèrent pas grâce devant les fureurs destructives du parti révolutionnaire de 1793. Elles furent en butte aux persécutions et à la proscription qui atteignaient tous les Ordres religieux. Leur maison de Rennes, à la fin de 1790, comptait quatorze religieuses, et la supérieure en était soeur Elisabeth Rigault, qui mourut le 1er novembre 1791. Elle fut remplacée dans sa charge, périlleuse alors, par soeur Jeanne-Marie Montagnier, Lyonnaise, résidant à Rennes depuis 1750. Cette sainte et courageuse Fille de Saint-Vincent-de-Paul resta à son poste à travers tout l'orage révolutionnaire, échappant aux poursuites et à la persécution sans quitter Rennes, où elle mourut en 1806. A la fin du XIXème siècle, les Filles de la Charité ont quatre établissements à Rennes : — En Notre-Dame : Asile d'aliénés de Saint-Méen ; les soeurs y ont été appelées en 1847. — En Notre-Dame : Orphelinat de garçons fondé en 1850, près de l'institution Saint-Vincent-de-Paul, par Monseigneur Saint-Marc ; chapelle bénite par Mgr Place le 2 février 1879 (nota dans cette même paroisse de Notre-Dame, les Filles de la Charité s'occupaient aussi avant 1869 des détenus et de la chapelle de la prison départementale). — En Saint-Sauveur : Bureau de charité fondé en 1673 ; orphelinat de filles, ouvroir ; visite des malades ; chapelle. — En Saint-Etienne : Hôpital militaire ; les soeurs y sont entrées en 1858 ; chapelle.

43° Oratoire des Frères des Ecoles Chrétiennes.

44° Notre-Dame de la Guérinais. — Cette chapelle, dépendant de la maison de ce nom, se trouvait au village de Cleusné [nota : Cleusné est un des plus anciens lieux habités des environs de Rennes ; il est question en 1153 de son fief, déjà fort antique, « antiquum casamentum veteris villœ Cloonei » (Carte Sancti Georgii, 150 et 220). Ce fief relevait alors de Saint-Georges, mais une paie de la terre de Cleusné, « terra de Gloniaco », fut donnée au Chapitre de Rennes. Après l'édit de Nantes, on assigna en 1601 Cleusné pour lieu de réunion aux protestants de Rennes ; ils y bâtirent un temple qui, incendié en 1661 et 1674, fut démoli en 1685], près la lande de la Courouse, en la paroisse de Toussaints. Elle fut bâtie en 1675, « en l'honneur de Dieu et la Très-Sainte Vierge », par Noël Feudry, sieur de la Guérinais, messager royal de Rennes à Quimper, et Marie Morin, sa femme. Par acte du 30 mars 1676, ces deux époux fondèrent en cette chapelle une messe pour tous les dimanches et fêtes et assurèrent 80 livres de rente au chapelain, dont ils se réservèrent la présentation. L'ordinaire approuva cette fondation le 15 mai suivant (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 77). François Houvel en 1718 et François Bellay en 1744 furent nommés chapelains de la Guérinais. En 1803, les paroissiens de Toussaints demandèrent en vain la conservation de cette chapelle, abandonnée maintenant.

45° Chapelle de la Haute-Chaslais — Le 6 mai 1661, Jacques Horville, procureur au Parlement, et Gillette Anger, sieur et dame de Launay, fondèrent une messe tous les mardis dans leur chapelle du lieu noble de la Haute-Chaslais, sise en Saint-Etienne. Il paraît que ce sanctuaire venait d'être construit, car M. de Lorgeril, recteur de Saint-Etienne, en fit la bénédiction le 29 mai 1661. Mgr de la Vieuville approuva la fondation précédente le 7 juin 1662 et pourvut Raoul Butet de la chapellenie de la Haute-Chaslais (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 55).

46° La chapelle des Hautes-Ormes (nota : Jeanne, fille d’Aremberge des Ormes, « de Ulmis », avait fondé avant 1400 son anniversaire à la cathédrale) fut fondée près du manoir de ce nom, en Saint-Hélier, par un M. Le Breton, sieur de Bréquineu. Olivier Botherel, prêtre, en fut pourvu en 1639. Guy Macé, René Nivelot (1719), Hector Boislève et N... Serrant desservirent ensuite cette chapelle ; ce dernier déclara en 1790 qu'il jouissait de 80 livres de rente payées par le propriétaire, M. Des Rieux de la Villeaubert, conseiller au Présidial, et qu'il devait dire la messe en la chapelle tous les dimanches et fêtes (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). En 1825, M. l'abbé Des Rieux transféra cette fondation de messes en la cathédrale de Rennes, mais la chapelle n'en continue pas moins d'être entretenue et parfois desservie.

47° Ancienne chapelle de l'Hôpital-Général. Durant le XVIème siècle, la peste sévit à Rennes avec une vigueur effrayante. L'hôpital Saint-Yves ne pouvait contenir les enfants, les vieillards, les malades ordinaires et les pestiférés, qui répandaient la contagion et la mort autour d'eux. On sentait le besoin de les isoler. On en déposa le plus qu'on put dans quelques maisons de mince valeur que l'Hôtel-Dieu acheta en 1563 à la Croix-Rocheran, près la route de Nantes, paroisse de Saint-Germain. Mais ce local était insuffisant, et en 1607, sous la salutaire influence de leur évêque, Mgr Guillaume Larchiver, et du sieur Louvel, syndic de la Communauté, les habitants de la ville, sans argent préparé, se confiant à leur propre charité, résolurent d'établir à la Croix-Rocheran, sur le terrain appartenant à Saint-Yves, un hospice pour les maladies contagieuses, qu'ils appelèrent le Sanitat. On réalisa ce projet avec une ardeur sans pareille ; chacun mettait la main à l'oeuvre ou versait de larges offrandes. « Le clergé des paroisses et du Chapitre, les autorités, les nobles, bourgeois et citoyens assistèrent à la bénédiction du champ sur lequel devait s'élever l'édifice. Le 22 juin 1607, Mgr Larchiver, le seigneur de Bréquigny, président au Parlement, le sieur de Lombard, lieutenant de M. de Béthune, capitaine-gouverneur de la ville, et le sieur Louvel, procureur-syndic, posèrent la première pierre de la chapelle, et l'on y dit la première messe dès le janvier 1609 » (M. de Léon, Rapport historique sur les Hospices de Rennes, 6). Peu après, Mgr Larchiver abandonna le 26 février 1610, pour l'entretien de cette nouvelle chapelle et de son chapelain, les rentes que lui devaient un certain nombre de recteurs et prieurs de son diocèse pour droit de visite et de procuration ; ces rentes montaient au total de 1 203 livres, et le prélat ne demanda en échange qu'une simple messe basse dite à son intention chaque dimanche dans la chapelle du Sanitat (nota : Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 4 H, 16 - A l'origine, on appela cet hospice la Santé, plus tard le Sanitat). Dès le 19 décembre 1608, la Communauté de ville, réunie au palais épiscopal, avait adopté le règlement suivant pour le nouvel hospice : Le Sanitat n'étant que le développement de l'Hôtel-Dieu, « son administration était aux mains des prévôts de Saint-Yves, qui recevaient les libéralités qui lui étaient faites spécialement, disposaient des salles et jardins quand il n'y avait point de contagion et y envoyaient les convalescents respirer l'air de la campagne. Comme à Saint-Yves, l'aumônier faisait les fonctions de gardien et était nommé par les prévôts. Il fallait un dévouement peu commun pour accepter cette honorable et périlleuse mission. Quand une nomination devait avoir lieu, les recteurs des paroisses devaient prévenir tous les ecclésiastiques ; le candidat se présentait devant la Communauté de ville et prêtait serment de ne quitter l'hospice sous quelque raison que ce fût et quelque violente que fût l'épidémie. Il devait soigner et administrer les pestiférés, dire le mercredi et le vendredi de chaque semaine la messe sous l'invocation de saint Guillaume et de saint Sébastien pour tous les habitants de la ville et les fondateurs ; il desservait en outre sans honoraires les fondations et réglait tout à l'intérieur. Bon nombre de malades apportaient leurs lits, qui restaient la propriété de l'hospice ; le gardien devait les enlever des salles, les serrer avec soin et rendre un compte fidèle de sa gestion ; il recevait aussi les testaments des malades. Pour prix de tant de soins et de dangers, ses honoraires étaient de 200 livres dans les temps ordinaires et 400 livres dans les temps d'affliction ; il était, en outre, logé, nourri et soigné s'il était malade, ainsi que la personne qui devait le seconder dans ses travaux. Une clause du règlement défendait positivement d'enterrer dans la chapelle, afin que l'air y fût pur et que de justes appréhensions n'en éloignassent pas les fidèles. Le retour du fléau prouva bientôt combien on avait eu raison d'élever ce nouvel hôpital. En 1622, pour prévenir toute communication avec les contagieux, on fit clore sévèrement les murailles, portes et cours du Sanitat ; en 1632, on creusa le canal qui va à la rivière, pour assainir ces prairies marécageuses. En 1634, le voeu de la ville à la Vierge de Bonne-Nouvelle suspendit la contagion ; elle reparut en 1641, et ce ne fut qu'en 1643 que la peste disparut enfin pour ne plus revenir » (M. de Léon, Rapport historique sur les Hospices de Rennes). Pour la première fois alors depuis sa fondation, l'hôpital du Sanitat fut fermé, jusqu'en 1650. Mais cette maison ne tarda pas à s'ouvrir de nouveau pour une autre destination. En effet, dès 1608, la peste ayant cessé pendant quelque temps, la Communauté de ville avait résolu d'enfermer dans la maison du Sanitat les mendiants qui encombraient les rues de Rennes ; elle nomma même en 1615 diverses personnes en chaque rue de cette ville pour y quêter les aumônes nécessaires à la subsistance de ces pauvres gens. Mais la peste ayant recommencé ses ravages, le Sanitat se trouva de nouveau occupé par les pestiférés et on ne put continuer d'y envoyer les mendiants. C'est ce qui fit songer à fonder ailleurs un asile pour ces derniers. On résolut donc de faire un nouvel établissement charitable dans une grande pièce de terre joignant l'église et le cimetière de la paroisse Saint-Martin (nunc rue Saint-Martin) ; le clergé alla même processionnellement bénir ce terrain et y planta une croix (Recueil historique ms., par Languedoc). La Communauté de ville changea toutefois bientôt de dessein : effrayée vraisemblablement des dépenses qu'allait occasionner la construction de ce nouvel hôpital, et voyant d'ailleurs que depuis le voeu fait par les bourgeois à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle la peste abandonnait Rennes, elle consentit une seconde fois à l'établissement de l'asile des mendiants dans la maison du Sanitat, « à la condition que les pauvres en sortiraient en cas de peste », comme cela avait déjà eu lieu précédemment. Sur les entrefaites, le Parlement de Bretagne, sachant que les mendiants continuaient d'infester Rennes, rendit un arrêt par lequel il interdit la mendicité dans cette ville et ordonna aux indigents étrangers de déguerpir, et aux invalides domiciliés, femmes et enfants abandonnés, de transporter « leurs meubles ou ustensiles » dans les maisons du Sanitat, pour y vivre à l'aide du droit d'octroi concédé à la ville en 1597. A la suite de cette décision, la Communauté de ville résolut, en 1657, d'accroître les logements du Sanitat pour y recueillir tous les mendiants, vieillards et infirmes atteints par l'arrêt du Parlement. Les enfants y furent particulièrement traités avec une bienveillance paternelle et y apprirent des métiers pour gagner plus tard leur vie. Pour entretenir cette maison, des commissaires de quartiers continuèrent d'aller chez chaque bourgeois provoquer des souscriptions. Cependant comme le produit de ces quêtes n'assurait point le service ni les fonds nécessaires pour les constructions, la Communauté de ville demanda au roi de lui accorder les moyens de soutenir et de développer cette oeuvre. Louis XIV écouta favorablement cette prière et transforma le Sanitat en Hôpital-Général. « Par lettres patentes du mois d'avril 1679, il réunit tous les hôpitaux de la ville en un seul faisceau, nomma une administration unique de seize membres, qui partageaient entre eux la surveillance spéciale de chaque maison. Ils étaient investis de pleine juridiction sur les pauvres ; sous leurs ordres, des chasse-gueux, armés de hallebardes, assis aux portes de la ville, en éloignaient les mendiants, qui, en pénétrant dans l'enceinte des murs, s'exposaient aux peines du fouet, du carcan ou de la prison. Les donations qui n'avaient pas une destination spéciale étaient affectées à l'Hôpital-Général, ainsi que de nombreux et fructueux privilèges, tels que le tiers des anciennes fondations des églises, abbayes, prieurés et monastères ; certains droits payables par les fonctionnaires à leur entrée en charge, le droit exclusif de vendre de la viande en carême, et autres avantages » (M. de Léon, Rapport historique sur les Hospices de Rennes). Tout notaire, en faisant un testament, devait demander au testateur si son intention n'était pas de faire un don à cet hospice ; et les ecclésiastiques par leurs conseils devaient favoriser ces pieuses libéralités. Enfin, une somme de 12 000 livres de rente annuelle fut perçue sur les bourgeois par ordre du roi pour la nourriture des pauvres de l'Hôpital-Général. Mais cet impôt personnel était trop contraire aux usages de la Bretagne et trop inégalement réparti pour réussir ; il fut transformé, en 1702 en une taxe sur l'octroi (Archives municipales d'Ille-et-Vilaine, 326). Comme les prêtres n'avaient pas alors de retraite et manquaient souvent d'asile à l'heure de la vieillesse et des infirmités, le comte de la Bourdonnaye de Montluc et sa soeur la comtesse Le Maistre de la Garlaye, en 1767, élevèrent à leurs frais le pavillon Nord-Est de l'Hôpital-général, et y assurèrent le traitement de six vieux prêtres. Sur la façade de cet édifice resté debout on lit encore maintenant une inscription rappelant cette fondation et les noms des bienfaiteurs. Enrichi par des largesses privées et par une bonne administration, l'Hôpital-Général s'accrut rapidement et augmenta ses bâtiments, qui forment aujourd'hui le quartier de l'Arsenal. Au centre d'un vaste quadrilatère formé par la muraille bordant la rue et par trois grands corps-de-logis s'élevait la chapelle. Cette chapelle fut démolie vers 1839 (Marteville, Histoire de Rennes). En 1793, la main spoliatrice de la Convention s'étendit sur cet asile des pauvres et le transforma en arsenal et en caserne. En échange de ces constructions récentes et en parfait état, on donna aux hospices le couvent de l'ancienne abbaye de Saint-Melaine et le Petit-Séminaire, jadis propriété des Catherinettes, dont il conservait le nom. C'est dans ces deux maisons que se trouve à la fin du XIXème siècle encore installé l'Hôpital-Gnéral de Rennes. Dès la fin du XVIIème siècle, les dames hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve vinrent prendre soin de l'Hôpital-Général ; elles continuent à la fin du XIXème siècle de servir les pauvres vieillards et les jeunes orphelins que renferme ce vaste établissement là où il a été transféré.

48° Nouvelles chapelles de l'Hôpital- Général, place Saint-Melaine et rue de Paris, en Notre-Dame.

49° Chapelle de l'Hôpital-Militaire, rue Saint-Louis, en Saint-Etienne. C'est en 1779 seulement qu'eut lieu le premier établissement d'un hôpital militaire à Rennes. Il fut installé dans une partie du couvent des grands Carmes par l'intervention et les soins de M. Caze de la Bove, intendant de Bretagne, et de M. Tuffin du Breil, commissaire des guerres. Les Carmes furent chargés de le desservir, et leur prieur, le P. Eloy Piel de la Bellangerie, en fut le premier aumônier (Bulletin de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, 1856). Lorsque la Révolution eut chassé de Rennes les P. Carmes, l'Hôpital-Militaire fut transféré en septembre 1793 dans les bâtiments du Grand-Séminaire.

50° Chapelle des Hospitalières de Saint-Thomas, rue Saint-Louis, en Saint-Etienne. La congrégation des Hospitalières de Saint-Thomas fut fondée en 1661, à Lamballe, par le P. Ange Proust, prieur des Augustins de cette ville, et par quelques dames congréganistes de la Charité, Mmes Gillette de la Pommeraye, Laurence Dubreuil et Anne de Canton. Les nouvelles religieuses adoptèrent la règle du Tiers-Ordre de saint Augustin, mais elles se placèrent sous le patronage de saint Thomas de Villeneuve. Le premier but qu'elles se proposèrent fut de relever les petits hôpitaux des campagnes, alors bien abandonnés, et c'est pour cela qu'on leur donna le nom d'Hospitalières. Plus connues sous la simple dénomination de Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, ces religieuses n'en continuent pas moins de desservir à la fin du XIXème siècle beaucoup d'hôpitaux ; de plus, elles dirigent des orphelinats, des crèches, des pensionnats et des écoles libres et gratuites. Dans les établissements publics hospitaliers, elles ne reçoivent pas de traitement, mais simplement le vêtement et la nourriture. Cette congrégation a été autorisée le 16 juillet 1810 ; elle a sa maison-mère à Paris et se compose à la fin du XIXème siècle de huit cents religieuses (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 393). Nous ignorons quand les Hospitalières de Saint-Thomas furent appelées à Rennes ; mais comme leur première maison en cette ville fut établie du vivant du P. Ange Proust, leur fondateur, il faut nécessairement la remettre au-delà de 1697, puisque ce saint religieux mourut cette année-là, le 16 octobre. Leur couvent, à Rennes, se trouvait vis-à-vis du Colombier ; mais elles n'avaient point eu de lettres patentes. Elles prenaient soin des malades de l'Hôpital-Général, qui s'élevait alors à l'endroit où se trouve à la fin du XIXème siècle l'Arsenal. A la fin du XIXème siècle encore elles continuent de les soigner dans les bâtiments du même établissement. De plus, en 1735, les mêmes religieuses se chargèrent du soin des malades de l'hospice Saint-Méen, et elles sont même demeurées en cette maison jusqu'en 1847 (M. de Léon, Rapport historique sur les hospices de Rennes). Enfin, lorsqu'en 1780 fut fondé l'hôtel des Demoiselles, c'est-à-dire la maison de l'Enfant-Jésus, ce fut encore les Hospitalières de Saint-Thomas qu'on mit à la tête de cette noble et pieuse maison. Voici maintenant quelques mots sur les divers établissements, au nombre de onze, qu'elles possèdent à la fin du XIXème siècle dans l'archidiocèse de Rennes : 1° Baguer-Morvan. — Pensionnat fondé à la suite d'une donation autorisée par le gouvernement en 1849 ; externat et école gratuite pour les petites filles pauvres ; chapelle. 2° Bain. — Fondation d'un hospice autorisée par décret du 9 octobre 1854 ; pensionnat, externat et école gratuite ; chapelle dans l'intérieur de la maison, dédiée à l'Immaculée-Conception. 3° Bécherel. — Les Dames de Saint-Thomas vinrent en cette ville dès 1727 ; depuis la Révolution, leur établissement a été autorisé par décret du 19 octobre 1808 ; maison de retraite pour les séculiers des deux sexes ; pensionnat et école gratuite ; chapelle. 4° Marcillé-Robert. — Chargées en 1737 de la tenue d'un petit hospice à Marcillé-Robert, les Dames de Saint-Thomas en furent chassées en 1791 ; elles revinrent en 1857 et rachetèrent deux ans plus tard leur ancienne maison ; mais au lieu d'y tenir comme jadis un hôpital et une maison de retraite, elles ont un pensionnat, un externat, une école charitable et une salle d'asile ; leur chapelle, rebâtie sur l'emplacement de l'ancienne, est dédiée à l'Immaculée-Conception. 5° Redon. — En 1811, les Filles de la Sagesse s'étant retirées de l'hôpital de Redon, les Dames de Saint-Thomas les y remplacèrent ; elles dirigent encore cet établissement à la fin du XIXème siècle et ont aussi une salle d'asile annexée à l'hôpital. La chapelle de cette maison est dédiée à saint Pierre. De 1850 à 1856, les Dames de Saint-Thomas ont eu aussi le soin de la lingerie et de l'infirmerie de l'institution Saint-Sauveur. 6°, 7°, 8°, 9° Rennes. — Cette ville possède quatre maisons tenues par les Hospitalières de Saint-Thomas : a) — En la paroisse de Notre-Dame, l'Hôpital-Général, section des hommes, établi dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Melaine ; chapelle dédiée à saint Melaine. b) — Dans la même paroisse de Notre-Dame, l'Hôpital-Général, section des femmes, établi dans l'ancien Petit-Séminaire, rue de Paris ; chapelle. c) — Dans la paroisse de Saint-Etienne, rue Saint-Louis, noviciat pour les soeurs coadjutrices et maison de repos pour les religieuses âgées et infirmes ; pensionnat, ouvroir et école charitable. Cet établissement, qui occupe l'emplacement de l'ancien couvent des Minimes, a été fondé en 1825 ; chapelle dédiée à la Visitation de la Sainte Vierge. d) — Dans la paroisse de Saint-Laurent, près de l'église de ce nom, pensionnat et école charitable fondés en 1858 et autorisés par décret du 12 novembre 1860 ; chapelle dédiée à sainte Catherine. 10° et 11° Saint-Malo. — Les Dames de Saint-Thomas tiennent deux hôpitaux dans cette ville : a) — Hôtel-Dieu, où elles furent installées dès 1687 ; chapelle Saint-Sauveur. b) — Hôpital-Général, où elles se trouvaient dès 1693 ; chapelle Saint-Yves. 

51° Chapelle des Hospitalières de Saint-Thomas, à Saint-Laurent (voir n° 50).

52° La chapelle de l'Hôtel-de-Ville se trouve au centre de cet édifice, au-dessous de la tour de l'Horloge ; elle est sécularisée.

53° Chapelle de l'Hôtel-Dieu, rue de l'Hôtel-Dieu, en Saint-Aubin. Les Hospitalières cloîtrées, dites de la Miséricorde de Jésus ou de Saint-Augustin, furent d'abord établies à Dieppe ; de là elles se répandirent en Bretagne au commencement du XVIIème siècle. Elles s'occupent principalement des hôpitaux et tiennent aussi parfois des internats pour l'éducation des jeunes filles. Leurs maisons dans le diocèse de Rennes ont été autorisées le 15 novembre 1810. « D'argent à un saint Augustin de carnation, vêtu de sable, sur une terrasse de sinople, crossé et mitré d'or, tenant en sa main dextre un coeur enflammé de gueules, percé en barre d'une flèche de même » (Armorial général ms. de 1697). Vers 1635, les Hospitalières de Dieppe demandèrent à la Communauté de ville l'autorisation devenir s'établir à Rennes ; vers le même temps, René Le Corvaisier, conseiller au Parlement de Bretagne, donna 300 livres de rente à ces religieuses, qui obtinrent des bourgeois de Rennes la permission qu'elles sollicitaient. Quatre religieuses reçurent en conséquence leur obédience pour se rendre à Rennes, y fonder un couvent et se mettre au service des pauvres de l'Hôtel-Dieu de cette ville ; elles se nommaient : Catherine Le Clerc, dite de la Croix, supérieure ; Geneviève Duval de Beuzerelle, dite de l'Ascension, assistante ; Catherine Moisan, dite de Saint-Charles, maîtresse des novices, et Elisabeth Le Provost de Grandchamp, dite de Saint-François d'Assise. Elles arrivèrent à Rennes en mars 1644 et furent d'abord recueillies par le président du Pont des Loges ; mais elles ne tardèrent pas à acheter l'hôtel de la Costardaye, que leur vendit 34 000 livres Jean Glé, seigneur de la Costardaye ; c'était l'ancien hôtel de la Garde-Robe des ducs de Bretagne, et comme il avoisinait l'Hôtel-Dieu, il plaisait particulièrement aux religieuses. Ce fut le 27 juin 1644 que la Communauté de ville confia l'hôpital Saint-Yves ou Hôtel-Dieu aux Hospitalières. « Quand on voit à quelles conditions ces saintes filles obtinrent cet asile, on est tristement étonné. Ainsi, elles ne pouvaient prétendre à aucune part dans les fondations et legs ; elles reconnaissaient la suprême autorité des ecclésiastiques de la maison et s'engageaient à ne rien tenter pour avoir part à l'administration. Il leur était interdit de pouvoir recevoir ou expulser aucun pauvre, et elles reconnaissaient que toutes leurs fonctions étaient de soulager, servir et soigner les malades en qualité d'humbles servantes des membres de Notre-Seigneur. Enfin elles devaient prendre, de préférence à toutes autres et à des conditions raisonnables, les filles de la ville. En retour de cette abnégation complète d'elles-mêmes, la Communauté de Rennes déclarait ne vouloir contribuer en rien aux bâtiments dont elles auraient besoin ou à leur ameublement, et, pour comble d'injustice, elles pouvaient, faute de se conformer aux conditions, être expulsées de l'hôpital, sans aucunes récompenses, aucuns dommages ou intérêts » (Marteville, Histoire de Rennes - Archives des Hospices). Il est vrai de dire cependant que la Communauté de ville, si terrible dans ses contrats, s'adoucit devant la résignation des bonnes religieuses et leur donna 9 000 livres pour les aider à payer l'hôtel de la Costardaye. Les soeurs trouvèrent dans cet hôtel une ancienne chapelle renfermant une statue de la Sainte Vierge réputée miraculeuse ; elles ont toujours conservé avec soin cette madone, qu'elles possèdent encore à la fin du XIXème siècle dans le nouvel Hôtel-Dieu. En 1676, les Hospitalières obtinrent de la ville la permission de relier leur couvent avec la chapelle de l'hôpital, dédiée à saint Yves. La ville leur vendit à cet effet une maison qui les séparait de cette chapelle et leur concéda de pénétrer par là dans le choeur. Toutefois, il leur fut interdit de faire aucune quête ; de plus, elles s'engagèrent, pour le cas où la chapelle tomberait, à la reconstruire, et contractèrent envers l'hospice, pour l'achat de la maison contiguë, une rente foncière de 250 livres (Marteville, Histoire de Rennes). Les Hospitalières reconstruisirent leur monastère en 1711. Quand vint la Révolution, elles se trouvaient au nombre de trente, et elles déclarèrent en 1790 avoir 8 610 livres de rente, avec 2 183 livres de charges, et par suite un revenu net de 6 427 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). Les révolutionnaires chassèrent les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu, incarcérèrent la supérieure et plusieurs d'entre elles, et mirent des femmes séculières à leur place près des malades. En 1804, six Hospitalières purent toutefois rentrer dans leur couvent et reprendre leurs charitables exercices. Lorsque l'Hôtel-Dieu fut plus tard transféré et construit sur les terrains de la Cochardière, ces religieuses abandonnèrent Saint-Yves et suivirent leurs malades dans la nouvelle construction. Elles furent solennellement conduites par Mgr Saint-Marc dans le monastère qu'on leur avait bâti auprès de l'Hôtel-Dieu, le 21 novembre 1858. La chapelle, commune aux religieuses et aux malades, a été comme l'ancienne dédiée à saint Yves.

54° Chapelle de l'Immaculée-Conception, rue de Fougères, en Notre-Dame. Il faut remonter aux années 1821 et 1822 pour trouver la double origine de cette société de prêtres, née sous l'épiscopat de Mgr Mannay, évêque de Rennes. D'une part, ce furent des prêtres auxiliaires réunis à Rennes pour donner dans le diocèse des retraites et des missions ; de l'autre, les directeurs d'une école ecclésiastique fondée à Saint-Méen. Il nous faut dire ici quelques mots des premiers débuts de ces prêtres missionnaires. Dès 1821, Mgr Mannay, voulant fonder dans son diocèse l'oeuvre des missions et des retraites, fut secondé dans ce dessein par MM. Hoguet, chanoine honoraire ; Beaulieu, curé de Saint-Sulpice de Fougères ; Corvaisier, curé de Tinténiac, et Coëdro, curé de Montauban. L'évêque ne voulut pas que les trois curés qu'il appelait à son oeuvre de prédilection se démissent de leurs titres ; il pourvut aux besoins de leurs paroisses de manière à ce qu'elles souffrissent le moins possible de l'absence habituelle de leurs pasteurs. Ce n'était qu'un essai. Ces quatre premiers Missionnaires (c'est le nom qu'on leur donna dès l'origine) furent d'abord logés chez le R. P. Blanchard, au Pont-Saint-Martin, où ils reçurent pendant quelques mois de ce saint prêtre l'hospitalité la plus cordiale. De là ils allèrent habiter la maison de retraite, rue Saint-Hélier, où venaient de rentrer les Filles de la Sainte Vierge ; ils résidaient d'ailleurs fort peu à Rennes, leurs travaux de missions se succédant alors presque sans interruption. Heureux témoin d'un succès qui dépassait ses espérances, Mgr Mannay, dûment autorisé par ordonnance royale du 22 janvier 1823, acheta à Rennes, le 9 avril de la même année, l'ancienne maison des Carmes déchaussés pour y placer ses Missionnaires ; ceux-ci y entrèrent le 17 octobre 1823. Mais, au moment même où se faisait cette translation définitive, M. Beaulieu reprit le ministère paroissial ; M. Hoguet, qui avait jusque-là exercé les fonctions de supérieur, voulut en être déchargé à cause de ses infirmités, et M. Coëdro dut se résigner à prendre la direction de la communauté et des missions diocésaines, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort. Pendant que se formait ainsi à Rennes un noyau de Missionnaires, Mgr Mannay obtenait une autre ordonnance royale, datée du 12 février 1823, l'autorisant à fonder une école ecclésiastique dans les anciens bâtiments de l'abbaye de Saint-Méen ; les prêtres auxquels l'évêque confia cet établissement formèrent de leur côté comme une seconde société religieuse, en germe du moins. « De bonne heure ces deux éléments eurent le désir de se fondre ensemble pour constituer une seule congrégation, afin d'assurer à leurs oeuvres la stabilité. Mais Mgr Mannay n'approuvait point ce projet ; il encourageait l'association et ne voulait rien de plus. C'est à son successeur sur le siège de Rennes, Mgr de Lesquen, qu'il fut donné de bénir cette union entre deux familles d'un égal dévouement. Il le fit dès le début de son épiscopat, au mois de juin 1825 ; et ce prélat, de si douce et si sainte mémoire, est à juste titre regardé comme le fondateur et le père de la congrégation » (Notice historique ms. sur la Société des Prêtres de l'Immaculée-Conception). Dès l'année suivante, en 1826, la société naissante obtint du Saint-Siège un premier encouragement et reçut de son supérieur général une ébauche de constitution. Ce premier supérieur n'était autre que l'abbé Jean-Marie Robert de la Mennais, l'ancien vicaire général de la grande aumônerie de France et le fondateur des Frères qui portent son nom (nota : né à Saint-Malo, le 8 septembre 1780, de Pierre-Louis Robert de la Mennais, armateur en cette ville) ; il était aidé dans sa tâche par son frère, l'abbé Félicité, le célèbre auteur de l'Essai sur l'Indifférence. Dans la pensée première de ses fondateurs, la congrégation devait se consacrer exclusivement, sous l'autorité des évêques, à la direction des séminaires et aux missions. Mais dès lors l'abbé Félicité de la Mennais avait vu dans cette société de prêtres, dont son frère était le supérieur général, un instrument propre à assurer la réalisation de ses desseins de rénovation philosophique, politique et religieuse. Il n'eut pas de peine à y faire pénétrer ses idées, et bientôt son influence y devint prépondérante. Des hommes d'un talent déjà mûri, des jeunes gens pleins d'ardeur et d'avenir venaient se grouper autour de lui ; il les fit entrer au noviciat et les y appliqua à des études dont il déterminait l'objet et le plan. A son instigation fut achetée l'ancienne communauté des Ursulines de Malestroit, destinée à devenir le centre intellectuel de la nouvelle école. Enfin, en septembre 1829, l'abbé Félicité fut élu supérieur général, son frère Jean-Marie recevant de lui tous ses pouvoirs et continuant sous le titre de vicaire général à gouverner la congrégation. L'ancienne constitution fut abrogée et l'on en promulgua une nouvelle. Les nouveaux statuts furent un résumé des idées du maître : « Les souverainetés temporelles de l'Europe ont cessé d'être catholiques depuis plusieurs siècles et tendent à asservir l'Eglise ; le sens privé de Descartes a été la cause de toutes les erreurs philosophiques et religieuses ; aucun Ordre religieux actuellement existant n'est propre à reconstituer catholiquement les gouvernements devenus despotiques et athées, à régénérer l'enseignement de la philosophie, de la théologie et de toutes les sciences ; il est donc nécessaire de fonder un nouvel Ordre approprié aux besoins de l'Eglise ; la congrégation qui prend le nom de Congrégation de Saint-Pierre sera cet Ordre ; elle ouvre une mission européenne » (Notice historique précitée). Malgré cette nouvelle constitution, les deux maisons fondées dans notre diocèse, à Rennes et à Saint-Méen, n'en continuaient pas moins leurs oeuvres dans les mêmes conditions que précédemment. Le mouvement d'idées provoqué par la Révolution de 1830, le programme exposé et défendu par le journal l'Avenir vinrent malheureusement jeter la fermentation dans les esprits. Les principaux membres de la congrégation crurent devoir adopter, soutenir et propager les principes de leur supérieur, qu'ils regardaient de bonne foi comme appelé à régénérer la société. Ils eurent leurs partisans, mais ils rencontrèrent aussi des contradicteurs ; deux partis se formèrent, des discussions irritantes s'ensuivirent, et de là naquirent contre eux des préventions qui eurent plus tard les conséquences les plus fâcheuses (Notice historique précitée). L'Encyclique Mirari vos, du 15 août 1832, ne mit pas fin immédiatement aux débats soulevés. Plusieurs crurent demeurer dans la pensée et dans les intentions du Souverain-Pontife en disant que l'Encyclique n'était pas un jugement doctrinal, qu'elle se bornait à désapprouver la lutte engagée et à imposer un silence devenu nécessaire sur des questions agitées imprudemment. On pouvait donc, suivant eux, conserver son opinion sur la légitimité des libertés réclamées, se réserver même de les soutenir et de les faire triompher plus tard, lorsque les circonstances seraient devenues plus favorables. L'abbé Jean-Marie de la Mennais adopta d'abord cette interprétation et s'efforça de la faire partager à ses confrères. Certes, les intentions étaient pures et la bonne foi indiscutable ; il n'y eut pas moins là une erreur de fait qui, jointe à certaines vivacités de langage, soulevait des défiances quelquefois passionnées et même malveillantes. Il fut donné alors aux Missionnaires de comprendre combien la voie où ils étaient engagés les jetait en dehors des conditions essentielles au succès de leur ministère, et quels obstacles au bien suscitaient ces polémiques, suite à peu près inévitable de l'état de chose inauguré en 1829. Un bref adressé à l'archevêque de Toulouse leur révélait d'ailleurs quel était le sens précis de l'Encyclique. Leur soumission ne se fit pas attendre. Après la déclaration de M. Coëdro, supérieur de la Mission de Rennes, pendant la retraite ecclésiastique de 1833, dont il prêchait les exercices, un acte d'adhésion pleine et entière à la doctrine de l'Encyclique fut adressé à Mgr de Lesquen par tous les membres de la congrégation réunis à Saint-Méen pour leur retraite annuelle (Notice historique précitée). Déjà, sur l'ordre de l'évêque de Rennes, Félicité de la Mennais avait dû abandonner ses fonctions ou plutôt son titre de supérieur général, et Jean-Marie, son frère, avait été élu pour le remplacer. De ce moment Félicité cessa de faire partie de la congrégation. On crut tout apaisé, et dans sa circulaire du 4 novembre 1833, Mgr de Lesquen se réjouissait de voir rétablie l'union des esprits et des coeurs ; mais de nouvelles difficultés surgirent tout à coup, plus graves peut-être encore que les précédentes. L'Encyclique Singulari vos, du 25 juin 1834, après avoir condamné les Paroles d'un Croyant qui venaient de paraître, censurait, sans le nommer toutefois, et en se bornant à en signaler l'opposition avec l'enseignement de l'Eglise, le système du sens commun. Le supérieur général n'avait pas attendu cet acte pontifical pour exprimer ses sentiments sur le nouveau livre de son frère. Dès la première publication qui en fut faite, il avait adressé à tous ses religieux la défense de le lire et d'en laisser pénétrer un seul exemplaire dans aucune de leurs communautés. Mais la forme de la censure qui frappait la philosophie du sens commun le porta de nouveau à croire que l'on exagérait la pensée du Souverain-Pontife. Ce que l'Encyclique appelait « système trompeur et tout à fait blâmable » n'était pas à ses yeux le fond du système lui-même, mais les commentaires erronés que quelques-uns y ajoutaient, les conséquences qu'à tort on en faisait sortir. Parmi les Missionnaires et à Saint-Méen, on était très convaincu, au contraire, que la doctrine condamnée était bien la philosophie du sens commun, telle qu'elle se trouvait formulée dans l'Essai et autres ouvrages écrits sous la même inspiration, telle qu'elle était enseignée à Saint-Méen et à Malestroit. Le jour même où l'Encyclique parvint à Saint-Méen, M. Haran, professeur de philosophie, en donna lecture à ses élèves et rétracta devant eux l'enseignement qu'il leur avait donné jusqu'alors. De leur côté, les Missionnaires et les principaux membres de la congrégation, M. Coëdro en particulier, pressaient M. de la Mennais de publier une profession de foi qui impliquât la réprobation de la doctrine condamnée. M. de la Mennais estimait qu'on allait au-delà de la parole pontificale ; d'ailleurs il craignait de blesser un frère qu'il aimait et de créer, en rompant avec lui, un obstacle insurmontable à un retour qu'il voulait toujours espérer. Il refusait donc absolument de se prêter à la déclaration que ses confrères sollicitaient de lui, qu'ils croyaient devoir à leur conscience et savaient être seule capable de dissiper les soupçons dont ils étaient l'objet. Il est aisé de comprendre que cette situation devenait de jour en jour plus difficile ; bientôt elle parut intolérable. Alors un très-grand nombre de profès de la congrégation allèrent se jeter entre les bras de leur évêque et lui témoignèrent le désir d'une rupture douloureuse, mais nécessaire. Mgr de Lesquen en jugea comme eux, et, le 2 septembre 1834, il écrivit à M. de la Mennais : « Je vois avec douleur, mon cher coopérateur, que la congrégation est divisée, malgré tous les efforts et les sacrifices  que j'ai constamment faits et les avis paternels que j'ai  donnés. Plusieurs des membres qui la composent demandent une séparation ; leurs raisons m'ont paru trop fortes pour m'y refuser. En conséquence, je crois devoir vous prévenir que je prends sous ma direction immédiate tous  ceux qui se séparent de vous, et que je les charge de mon Petit-Séminaire de Saint-Méen et de ma maison des Missionnaires. Je laisse une entière liberté à ceux qui voudront vous suivre...» (Notice historique précitée). La séparation était consommée. M. Coëdro réunit autour de lui le plus grand nombre de ses confrères et reprit avec eux l'oeuvre première sur les bases plus modestes, mais plus sûres, de 1825. L'évêque de Rennes, comme on vient de le voir, confia à la congrégation renaissant ainsi les missions de son diocèse et le Petit-Séminaire de Saint-Méen ; le 14 septembre 1834, M. Coëdro fut élu supérieur général. M. de la Mennais avait demandé à demeurer simple membre de la congrégation et l'on avait d'abord paru goûter ce projet. Mais de nouvelles réflexions amenèrent Mgr de Lesquen et M. Coëdro à penser que mieux valait une séparation complète. M. de la Mennais put dès lors se consacrer exclusivement à ses deux grandes oeuvres : les Frères de l'Instruction chrétienne et les Soeurs de la Providence de Saint-Brieuc. La congrégation entra dès lors dans une voie toute nouvelle. Le nouveau supérieur général, le R. P. Coëdro, fut assisté de quatre conseillers, les PP. Corvaisier, Lévêque, Enoch et Fontaine. Il comprit que son principal soin devait être de donner à cette société déjà si éprouvée la stabilité et la paix dans une organisation définitive. « Se mettant aussitôt à l'oeuvre, il traça d'une main ferme des statuts beaucoup plus complets que les premiers. Au voeu d'obéissance seul émis jusqu'alors, il ajouta ceux de pauvreté et de chasteté, introduisant ainsi dans l'Institut la vie religieuse avec toutes ses obligations. Puis, dans un vaste cadre de constitutions et de règles, il traita du gouvernement de la société, des oeuvres qu'elle se proposait d'entreprendre, de l'admission et de la formation des sujets, des vertus et des pratiques pieuses qui devaient y assurer une vie religieuse et sacerdotale ; il termina par les détails d'un coutumier et d'un cérémonial. C'était à vrai dire l'oeuvre d'un fondateur, et Mgr de Lesquen en y ajoutant, le 27 août 1840, la sanction de son approbation, posait avec le P. Coëdro les bases d'une société toute nouvelle, celle qui existe encore maintenant » (Notice historique précitée). Quelques mois après, le 5 décembre 1840, le P. Coëdro, chanoine honoraire et vicaire général de Rennes, mourut prématurément à Saint-Méen, âgé de cinquante-trois ans, sa congrégation ne comptant encore que vingt religieux. Si petit que fût ce nombre des Missionnaires, Mgr Brossais Saint-Marc, successeur de Mgr de Lesquen sur le siège de Rennes, réclama cependant leur concours quand il voulut, en 1842, établir dans sa ville épiscopale l'institution Saint-Vincent-de-Paul. Plus tard, il fit également appel à la congrégation pour la direction du collège de Saint-Malo, du Grand-Séminaire de Rennes et du collège de Vitré. En même temps que ces établissements lui étaient confiés, la congrégation avait conçu le désir bien légitime de se voir admise au rang des familles religieuses canoniquement reconnues et adoptées par l'Eglise universelle. Mgr Saint-Marc ne l'ignorait pas. Aussi quand il fut élevé à la dignité archiépiscopale jugea-t-il le moment opportun de solliciter cette faveur ; ce fut lui qui, de lui-même, pressa le R. P. Genée, supérieur général de la société, d'exécuter ce projet. Une supplique fut adressée à Rome au mois de janvier 1861. Outre la bienveillante recommandation de Mgr Saint-Marc, cette supplique était fortement appuyée par Mgr l'évêque de Saint-Brieuc et plusieurs autres évêques. Le bref « laudatif » ne se fit pas attendre : il est daté du 2 mars de la même année. Deux ans plus tard, le 22 août 1863, la congrégation recevait le bref « approbatif » de l'Institut ; elle y est désignée sous le titre de Société des Prêtres de l'Immaculée-Conception, de Saint-Méen, « pium Presbyterorum Institutum sub titulo Immaculatœ Conceptionis B. M. V. a Sancto Mevenno » (nota : Notice historique précitée. — Les Missionnaires n'avaient pris qu'en septembre 1854 ce nom de Prêtres de l'Immaculée-Conception ; mais dès 1825 l'Immaculée-Conception était déjà la fête principale de la société). La Sacrée-Congrégation des évêques et réguliers accompagnait ces décrets de certaines notes indiquant des corrections à faire dans les constitutions. En 1872, les Prêtres de l'Immaculée-Conception sollicitèrent et obtinrent du Saint-Siège quelques autres modifications. A la fin du XIXème siècle l'Institut est gouverné par un supérieur général qui est élu par les suffrages de son Chapitre. Voici la liste des supérieurs généraux de la société, tous chanoines honoraires de Rennes : Jean-Marie Robert de la Mennais (1825-1829), — Félicité Robert de la Mennais (1829-1832), — Jean-Marie Robert de la Mennais (1832-1834), — Pierre Coëdro (1834-1840), — Jean Corvaisier (1840-1844), — Louis Lebrec (1844-1848), — Prosper Brécha (1848-1858), — Gilles Genée (1858-1863), — Jean Le Mené (1863-1868), — Célestin Cartier (à partir de 1868). La charge de ce supérieur est de dix ans, mais il peut être réélu, sauf approbation du Saint-Siège qui détermine les conditions de la réélection ; il est assisté d'un conseil composé de quatre membres. Le noviciat se fait à Bellevue, près Rennes ; il dure un an ou deux, selon que les sujets sont prêtres ou non. Il est suivi de voeux temporaires de trois ans, après lesquels on doit prendre des engagements perpétuels ou se retirer. On reçoit dans la congrégation des ecclésiastiques et des frères-coadjuteurs. Le but assigné aux Prêtres de l'Immaculée-Conception est de se consacrer dans la pratique des conseils évangéliques : 1° Au ministère des missions et des retraites, de la prédication dans les villes et dans les campagnes ; 2° à la direction des collèges et des Séminaires ; 3° enfin aux missions étrangères, dans le cas où la chose deviendrait possible (Notice historique précitée).

La congrégation des Soeurs de l'Immaculée-Conception naquit à Saint-Méen en 1831, sous les auspices de Mgr de Lesquen, alors évêque de Rennes, et par les soins du Révérend Père Corvaisier, Missionnaire diocésain et curé de Saint-Méen. Ce vénérable prêtre fonda cette oeuvre avec Mlle Pélagie-Hélène Le Breton de Maisonneuve, devenue en religion soeur Saint-Félix. Une humble maison appartenant à cette pieuse fille fut le berceau de la communauté. Le but que se proposèrent les nouvelles religieuses fut de se dévouer à l'instruction des jeunes filles, au soin des pauvres et des malades. Cette congrégation commença, comme toutes les oeuvres de Dieu, en luttant contre les difficultés et les souffrances. Les premières années, de 1831 à 1835, furent des plus laborieuses pour la fondatrice, qui eut à subir des peines de toutes sortes, et qui eut alors besoin de toute l'énergie de sa foi pour supporter les combats que lui apportait chaque jour » (nota : Notice ms. sur la Congrégation des Soeurs de l'Immaculée-Conception, communiquée par la R. M. supérieure générale. — La mère Saint-Félix avait commencé par être religieuse de la Providence, à Saint-Brieuc. Sur le conseil de Mgr de Lesquen, elle quitta cette congrégation peu de temps avant la scission opérée entre MM. de la Mennais et les Missionnaires de Rennes, et se mit sous la direction de ces derniers). De 1835 à 1842, la petite famille religieuse ne fit que prendre des forces dans le secret de la prière et de la retraite ; se confiant en la Providence, elle attendait sous l'oeil de Dieu ses desseins sur elle. Mais en 1842 Mgr Saint-Marc daigna prendre sous sa haute protection la congrégation naissante et lui donna pour supérieur M. Maupoint, alors son vicaire général, devenu depuis évêque de Saint-Denis en l'île de la Réunion. Ce dernier fit le plus grand bien à la communauté de Saint-Méen en lui fournissant des sujets et en procurant des fondations aux religieuses déjà formées. En 1851, Mgr Saint-Marc voulut que les Soeurs de l'Immaculée-Conception occupassent à Saint-Méen une maison dite de l'Enfant-Jésus, plus spacieuse que celle qu'elles habitaient alors. Il fallut bientôt, au reste, agrandir cette maison elle-même en y ajoutant deux ailes, dont une est la chapelle de la communauté ; celle-ci a été achevée en 1861. Enfin, on construit encore un autre grand bâtiment d'habitation que rendait nécessaire l'augmentation du personnel de la congrégation, qui a été autorisée par décret du 8 novembre 1852. Les Soeurs de l'Immaculée-Conception ont à la fin du XIXème siècle quarante-quatre établissements dans le diocèse de Rennes, une vingtaine dans celui de Quimper, et quelques autres dans les diocèses de Saint-Brieuc, Vannes et Laval. Leur première maison fondée après celle de Saint-Méen fut celle de Tréflez (Finistère). Dans les Côtes-du-Nord, elles occupent les anciens bâtiments de l'abbaye de Saint-Jacut. Voici la nomenclature des maisons que la congrégation possède dans l'archidiocèse de Rennes à la fin du XIXème siècle ; chacun de ces établissements a son oratoire ou sa petite chapelle ; quelques-uns de ces sanctuaires sont desservis de temps à autre ; tous ont pour patrons la Sainte Vierge ou saint Joseph. 1° Saint-Méen. — Maison-mère et noviciat de la congrégation ; la chapelle principale est dédiée à l'Immaculée-Conception ; une autre chapelle de pèlerinage, dédiée à Notre-Dame, se trouve dans l'enclos. La Sainte Vierge, saint Joseph, sainte Anne et saint Méen sont les principaux patrons de la société., Pensionnat et externat ; école libre de filles, où les pauvres sont reçues gratuitement ; cent dix religieuses et novices (à la fin du XIXème siècle). 2° Vern. — Ecole libre de filles fondée en 1851 ; quatre religieuses. 3° Plesder. — Ecole libre de filles fondée en 1851 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 4° Hédé. — Ecole libre de filles fondée en 1851 ; pensionnat ; cinq religieuses. 5° Broons. — Ecole communale mixte fondée en 1851 ; trois religieuses. 6° Brécé. — Ecole communale mixte fondée en 1851 ; trois religieuses. 7° Tinténiac. — Ecole libre fondée en 1852 ; soin des malades pauvres ; cinq religieuses. 8° Plélan-le-Grand. — Ecole communale de filles fondée en 1852 ; six religieuses. 9° Montgermont. — Ecole communale mixte fondée en 1852 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 10° Pancé. — Ecole communale de filles fondée en 1852 ; trois religieuses. 11° Saint-Aubin-du-Cormier. — Ecole libre de filles fondée en 1852 ; cinq religieuses. 12° Tresboeuf. — Ecole libre de filles fondée en 1852 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 13° Pacé. — Ecole communale de filles fondée en 1852 ; soin des malades pauvres ; cinq religieuses. 14° Quédillac. Ecole libre de filles fondée en 1852 ; trois religieuses. 15° Betton. — Ecole communale de filles fondée en 1853 ; pensionnat ; cinq religieuses. 16° Servon. — Ecole communale de filles fondée en 1853 ; quatre religieuses. 17° Saint-Aubin-d'Aubigné. — Ecole communale de filles fondée en 1853 ; cinq religieuses. 18° Saint-Jean-sur-Vilaine. — Ecole communale de filles fondée en 1854 ; soin des malades pauvres ; quatre religieuses. 19° Guipel. — Ecole communale de filles fondée en 1854 ; quatre religieuses. 20° La Chapelle-du-Lou. — Ecole communale mixte fondée en 1854 ; trois religieuses. 21° Orgères. — Ecole libre de filles fondée en 1854 ; trois religieuses. 22° Boisgervilly. — Ecole communale de filles fondée en 1854 ; deux religieuses. 23° Saint-Suliac. — Ecole libre de filles fondée en 1855 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 24° Vezin. — Ecole communale mixte fondée en 1856 ; soin des malades pauvres ; quatre religieuses. 25° Thorigné. — Ecole communale de filles fondée en 1856 ; trois religieuses. 26° Saint-Grégoire. — Ecole communale de filles fondée en 1856 ; quatre religieuses. 27° Pleine-Fougères. — Ecole communale de filles fondée en 1857 ; cinq religieuses. 28° Saint-Domineuc. — Ecole communale de filles fondée en 1858 ; trois religieuses. 29° Gévezé. — Ecole communale de filles fondée en 1858 ; quatre religieuses ; chapelle bénite par Mgr Saint-Marc en 1866. 30° Vieuxviel. — Ecole communale de filles fondée en 1859 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 31° Rimou. — Ecole communale de filles fondée en 1859 ; trois religieuses. 32° Coesmes. — Ecole libre de filles fondée en 1859 ; quatre religieuses. 33° Saint-Thurial. — Ecole libre de filles fondée en 1861 ; trois religieuses. 34° Le Theil. — Ecole libre de filles fondée en 1861 ; trois religieuses. 35° Ossé. — Ecole libre de filles fondée en 1868 ; soin des malades pauvres ; quatre religieuses. 36° Vignoc. — Ecole libre de filles fondée en 1872 ; trois religieuses. 37° Renac. — Ecole libre de filles fondée en 1872 ; trois religieuses. 38° Trévérien. — Ecole libre de filles fondée en 1873 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 39° Muel. — Ecole libre de filles fondée en 1873 ; trois religieuses. 40° Rennes (Notre-Dame). — Ecole libre de filles fondée en 1874 ; externat ; quatorze religieuses. 41° Treffendel. — Ecole libre de filles fondée en 1874 ; trois religieuses. 42° Ercé-près-Liffré. — Ecole libre de filles fondée en 1876 ; trois religieuses. 43° Brie. — Ecole communale de filles fondée en 1877 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses. 44° Pleumeleuc. — Ecole libre de filles fondée en 1878 ; soin des malades pauvres ; trois religieuses.

55° Saint-Joseph des Incurables, rue de la Santé, en Saint-Sauveur. La pieuse congrégation des Filles du Coeur immaculé de Marie, plus connue sous le nom d'Hospitalières des Incurables, naquit à Rennes au XVIIème siècle. Elle eut pour fondatrice Mlle Olive Morel du Verger, qui se consacra tout entière au soin des pauvres malades incurables de l'Hôpital-Général, et qui eut d'abord pour compagnes Mlles de la Teurtrais-Bordelon, Cotel et du Breil. Ce ne fut pendant longtemps qu'une simple association qui n'était point liée par des voeux ; la plus ancienne des Hospitalières était supérieure de droit et n'avait sur les autres que l'autorité de l'âge ; mais de nos jours la société des Demoiselles des Incurables a été érigée en congrégation sous le nom d'Institut des Filles du Coeur immaculé de Marie (Notice ms. sur l'hospice des Incurables). D'après les traditions conservées parmi les religieuses du Coeur immaculé de Marie, ce fut en 1660 que Mlle Olive Morel du Verger commença à recueillir dans sa propre maison quelques pauvres malades ; elle en eut d'abord huit ; mais voyant bien d'autres malheureux autour d'elle, cette pieuse fille se mit à quêter dans la ville, portant au cou un sac de toile pour recueillir les aumônes, sac que l'on conserve encore comme une relique dans le monastère. Le produit de ces quêtes permit de recevoir un plus grand nombre d'infirmes. Vers le même temps, la Communauté de ville acheta, en 1677, la maison de la Gauretais, voisine de celle qu'habitait Mlle du Verger ; elle y transféra les incurables de l'Hôpital-Général, et voyant dans cette charitable demoiselle la plus zélée directrice d'hôpital, elle la pria de vouloir bien soigner ces malheureux. Ce fut ainsi que Mlle du Verger et ses compagnes se trouvèrent chargées de la tenue d'un véritable hospice, qui prit le nom de Maison de la Santé ou des Incurables. Ces religieuses sont demeurées pendant la Révolution dans cet hôpital, soignant leurs malades ; leur aumônier, M. de la Bigne, y continua lui-même ses fonctions. Ce ne fut qu'en 1842 que les Demoiselles des Incurables, —comme on les appelait alors, — obtinrent de l'évêque de Rennes la permission de faire des voeux, afin d'être encore plus définitivement unies à Dieu et aux pauvres malades. Mgr Saint-Marc chargea à cette époque M. Frain, un de ses vicaires généraux, de rédiger des règles pour cette congrégation. M. Frain mit en oeuvre la règle commune établie par Mlle du Verger et suivie par ses filles, et il obtint du prélat une approbation épiscopale en date du mois de février 1842. Le nouvel Institut prit alors le nom de Société des Filles du Coeur immaculé de Marie. Il a été autorisé, par décret du 9 juin 1875, comme congrégation hospitalière diocésaine. Voici quelle est la liste des établissements charitables tenus par cette congrégation : 1° Hospice des Incurables, à Rennes, paroisse Saint-Sauveur ; c'est la maison-mère de la société.  2° Hôpital-Général de Vitré. — Jusqu'en 1856 la congrégation des Filles du Coeur immaculé de Marie ne s'était point établie en dehors de l'hospice des Incurables de Rennes ; à cette époque elle accepta de tenir l'Hôpital-Général de Vitré, à la suite d'une donation de 30 000 fr. faite aux hospices de Vitré par Mlle de Freslon, à condition qu'une salle spéciale d'incurables fût créée à l'hospice général (Journal historique de Vitré, p. 310). La chapelle de cette maison est dédiée à saint Joseph. 3° Asile Le Graverend, à Bruz. — M. Le Graverend ayant légué son manoir des Pommerayes, en Bruz, à l'administration des Hospices de Rennes, celle-ci fonda en cette maison un asile pour les vieillards et le confia en 1874 aux soins des religieuses des Incurables. On y a construit récemment une chapelle dédiée à saint Joseph. 4° Hospice de Châteaubourg. — Ce petit hôpital, entièrement indépendant de toute administration civile, appartient à la congrégation. Il a été fondé spécialement pour les pauvres des campagnes qui ne peuvent être reçus dans les hospices des villes. Tous les pauvres abandonnés y sont reçus, soit momentanément, soit pour la vie, en aussi grand nombre que la maison peut en contenir. On y a bâti une jolie petite chapelle dédiée à Notre-Dame du Sacré-Coeur, mais la maison est sous le patronage de saint Joseph. 5° Asile de la Guilmarais, en Vitré. — En 1878, Mme Le Breton, née Emilie Philippe de Trémaudan, donna sa propriété de la Guilmarais, — sise en Saint-Martin de Vitré, à une demi-lieue de cette ville, — aux Filles du Coeur immaculé de Marie, pour y recevoir les pauvres qui ne peuvent être admis à l'Hôpital-Général de Vitré. Trois de ces religieuses y sont entrées au mois d'octobre 1878, et une chapelle dédiée au Sacré-Coeur de Jésus y a été bénite, le 18 septembre 1879, par M. Desnos, chanoine de Rennes (Journal historique de Vitré, p. 543). Pour dégager l'Hôpital-Général trop encombré par les malades, l'administration acheta de Henri Barrin, par contrat du 8 novembre 1677, la maison de la Gauretais et deux prés, pour y transporter ses incurables (Archives nationales, P. 1706) ; on nomma alors cette maison la Santé. Une pieuse demoiselle, nommée Olive Morel du Verger, prit soin de ces malheureux et créa la congrégation des Hospitalières des Incurables ou Filles du Coeur immaculé de Marie, qui continue de desservir cet hôpital. En 1700, on fit une fondation de messes tous les dimanches dans la chapelle des Incurables, et en 1717 on y plaça une statue de la Sainte Vierge qui passe pour être miraculeuse. Mlle du Verger avait d'abord fait construire elle-même une maison pour le service des pauvres ; en 1745, l'administration des hospices compléta cette maison en y ajoutant le pavillon occidental : c'est le grand corps-de-logis qui existe encore à la fin du XIXème siècle. Parmi les principaux bienfaiteurs des Incurables au siècle dernier, on signale les familles de Marbœuf, Masson, de la Bourdonnaye, Tuffin de la Rouairie, Champion de Cicé, de Langle, etc. (Notice ms. sur les Incurables). La Révolution n'osa pas chasser de leur hôpital les religieuses des Incurables, qui y font encore le bien. Saint Marcoulf est le patron de l'hospice. La chapelle, bâtie vers 1660 sous le patronage de saint Joseph, était intérieure ; devenue insuffisante, elle a été remplacée vers 1850 par celle que l'on voit à l'Est de l'hospice. Placé sous le même vocable de saint Joseph, ce nouveau sanctuaire est dû aux charités privées et au zèle de l'aumônier d'alors, M. Delacroix. Outre l'ancienne Vierge du siècle dernier, très vénérée dans le choeur, on y voit aussi une statue de Notre-Dame-des-Anges entourée de très-nombreux ex-voto. De plus, on admire à la sacristie de superbes ornements sacerdotaux du XVIIème siècle.

56° Chapelle des Jésuites, en Saint-Germain, devenue en 1803 église paroissiale de Toussaints. A côté se trouvait une chapelle dite de la Congrégation, nunc démolie. Les Jésuites ont été fondés à Paris par saint Ignace de Loyola et quelques jeunes gens appartenant comme lui à l'Université de Paris, parmi lesquels il faut nommer saint François-Xavier. Cette congrégation fut approuvée par le pape Paul en 1540, et le roi de France donna en sa faveur des lettres patentes en 1560. Les Jésuites se vouent tout particulièrement aux missions et à l'enseignement de la jeunesse, et leur général habite leur maison-mère à Rome. Les Jésuites, dont les armes sont « D'azur à un nom de JESUS d'or entouré d'un cercle en ovale rayonnant de même » (Armorial général ms. de 1697), ont tenu le collège de Rennes depuis 1606 jusqu'en 1762.

57° Sainte-Anne de la Lande-Coëtlogon. — La chapelle du manoir de la Lande, en Saint-Martin, est mentionnée en 1681 dans la déclaration de René marquis de Coëtlogon et seigneur de la Lande ; on y voyait alors peintes et sculptées les armoiries de la famille de Romelin, qui possédait ce manoir à l'origine. Rétablie à la fin du siècle dernier et dédiée alors à sainte Anne et à saint Louis, cette chapelle fut bénite, le 25 août 1784, par le recteur de Saint-Martin, en présence de Louis Charette de la Colinière, président au Parlement, et de Louise de Courtoux, sa femme (Registre de l'état civil – Notes ms. de M. Saulnier). Il est probable que ce dernier sanctuaire se trouvait dans une salle du manoir, car on ne voit nul vestige de chapelle autour de cette maison, appelée maintenant Coëtlogon.

58° Chapelle des Lazaristes, faubourg de Fougères, en Notre-Dame. Saint Vincent-de-Paul fonda au XVIIème siècle la société des Prêtres de la Mission, plus connus sous le nom de Lazaristes, à cause de leur maison de Saint-Lazare, à Paris. Cette congrégation fut approuvée par lettres patentes de mai 1627, du 15 février 1630 et du 1er avril 1733 ; elle se proposa principalement pour but le soulagement des misères spirituelles et corporelles des pauvres et l'éducation des clercs ; aussi s'est-elle toujours distinguée dans les missions et dans la tenue des séminaires. Autorisés de nouveau par décret du 7 prairial an XII et ordonnance du 2 février 1816, les Lazaristes ont leur maison-mère à Paris. Le sceau du supérieur général de la congrégation en 1712 était ovale et représentait le Sauveur du monde debout et étendant les bras pour bénir tous les hommes, avec cette légende : SUPERIOR. GENERALIS. CONGREG. MISSIONIS (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). La maison des Lazaristes ou Prêtres de la Mission a été fondée à Rennes en 1875 par de pieuses personnes qui voulaient fournir aux paroisses pauvres de notre diocèse l'avantage des missions. Par cette fondation même, les Lazaristes sont obligés d'être au moins quatre religieux à Rennes et de prêcher gratuitement dans toutes les paroisses de l'archidiocèse, lorsque les curés et recteurs les y invitent. Les seules villes de Rennes, Saint-Malo, Fougères, Vitré et Redon ne jouissent pas du privilège de la gratuité, et les Prêtres de la Mission n'ont pas d'ailleurs coutume d'y prêcher. L'établissement des Lazaristes de Rennes, si utile, comme l'on voit, pour nos pauvres campagnes, est rattaché à la province de l'Isle-de-France. Leur maison se trouve à Rennes dans la paroisse Notre-Dame, au faubourg de Fougères ; elle ne possède encore qu'une chapelle intérieure provisoire à la fin du XIXème siècle.

59° Chapelle des Lices. — Le 15 août 1772, on transporta solennellement une statue de la Sainte Vierge « qui estoit dans une petite oratoire ou chapelle située au bas de la Lice sous le titre de Notre-Dame-de-Charité. Elle fut portée dans l'église de Saint-Etienne à la requeste de plusieurs habitants et par délibération du général de la paroisse, afin que cette image ne fût pas exposée aux abus et profanations qui se commetoient dans cette chapelle » (Registre de l’état civil – Notes ms. de M. Saulnier).

60° La chapelle de Lillion dépendait du manoir de ce nom, sis en Toussaints, et appartenant en 1513 aux enfants mineurs de feu Jean Pofrays. Elle existe encore quoique abandonnée. C'est une jolie construction du XVème siècle, dont le chevet est orné d'une belle fenêtre flamboyante.

61° Chapelle du Lycée, avenue de la Gare, en Toussaints.

62° La Sainte-Trinité de Malifeu. — François de Guersans, seigneur dudit lieu, ayant bâti une chapelle en l'honneur de la Sainte-Trinité près de son manoir de Malifeu, en Saint-Etienne, y fonda, le 14 mars 1682, soixante-quinze messes par an pour tous les dimanches et certains jours de fête ; il dota de 45 livres de rente cette chapellenie dont il se réserva la présentation, et que l'ordinaire approuva le 18 avril 1682 (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 55). Vincent Picard fut nommé chapelain de Malifeu en 1728.

63° La chapelle de la Martinière, dépendant de ce vieux manoir sis en Saint-Aubin (nunc en Saint-Etienne), est signalée en 1678 dans la déclaration que fit alors Jean Barrin, seigneur du Bois-Geffroy et de la Martinière ; mais elle était déjà fort ancienne, car le 28 octobre 1594 le corps du sieur de la Muce-Ponthus y fut déposé par le marquis de la Marzelière en attendant qu'on le conduisît à Vitré (Vaurigaud, Histoire de l'Eglise réformée de Bretagne, II, 11).

64° Chapelle des Minimes, rue Saint-Louis. « D'azur au mot CHARITAS d'or, les trois syllabes posées l'une sur l'autre, le tout entouré d'un ovale rayonnant aussi d'or » (Armorial général ms. de 1698). Le 22 mars 1619, la Communauté de ville de Rennes délibéra au sujet d'une requête présentée par frère Gilles Camart, religieux minime, demandant permission de fonder un couvent de son Ordre dans un faubourg de Rennes ; la Communauté consentit à cet établissement, et Gilles Camart acheta aussitôt de Jean Le Gal, sieur de Blosne, un terrain « joignant le chemin qui conduit du carrefour Jouaust au couvent de Bonne-Nouvelle ». C'est aujourd'hui la rue Saint-Louis. Le 31 mai 1620, l'évêque Pierre Cornulier, assisté des députés de la Communauté de ville, donna aux Minimes l'alignement pour bâtir leur église et leur couvent (Archives municipales de Rennnes, 298). Ce prélat voulut même être le fondateur de ce nouveau monastère, et il passa un acte en conséquence le 9 juillet 1624, se réservant dans l'église projetée un enfeu pour lui et les siens. Mais dès le mois de juin 1622 on avait commencé les fondations du monastère, et le 8 juillet de la même année Mgr Cornulier avait posé lui-même la première pierre de la chapelle, qui fut dédiée à saint Louis. Voici l'inscription qu'on y grava : D. P. S. Anno Nativitatis Dominicœ M DC XXII, Gregorio XV Pont. Max. Ludovico XIII regnante et rebelles sui imperii hœreticos bellante, Petrus Cornullier, Rhedon. Episcopus, in suœ devotionis perpetuum monumentum, hunc primarium lapidem ac ipsius dissacrœ fundamentalem, fundator posuit, octavo idus Julii (Supplément à la Généalogie de la maison de Cornulier, P. 118). Mgr Cornulier fit donc beaucoup de bien aux Minimes, et il eut soin d'y faire construire dans le choeur le tombeau auquel il avait droit en sa qualité de fondateur du couvent. Aussi le Journal d'un Bourgeois de Rennes nous dit-il, à la date de 1625 : « Le tombeau de Mr de Rennes fut fait au milieu de la chapelle des Minimes » (Mélange historique de Bretagne, I, 49). Cependant, le bon évêque ne s'y fit pas enterrer ; mais plusieurs de ses parents vinrent y reposer après leur mort, notamment Françoise Deniau, marquise de Cornulier, décédée en 1682 ; — Jean-Baptiste de Cornulier, seigneur de Pesle, président de la Chambre des Comptes, décédé en 1708 ; — Toussaint de Cornulier, marquis de Châteaufromont, président au Parlement de Bretagne, décédé en 1727, — et Charles-René de Cornulier, également marquis de Châteaufromont et président au Parlement de Bretagne, décédé en 1738 (Deuxième Supplément à la Généalogie de la maison de Cornulier, 46). Le roi Louis XIII confirma aux Minimes de Rennes, en 1623, tous les privilèges de leur Ordre relativement aux droits de péage, passage, subsides et impôts. La Communauté de ville de Rennes voulut aussi prendre part à la fondation de leur couvent, et elle leur donna en 1624 3 000 livres pour les aider à construire leur maison. Plus tard, elle céda encore aux religieux une quantité de terrain « pour rendre toutes les murailles du couvent en droite ligne sur le pavé de la rue Saint-Louis ». Par reconnaissance, les Minimes s'engagèrent à célébrer à perpétuité, le premier jour de l'an, une messe solennelle précédée du Veni Creator, à laquelle ils promirent d'inviter la Communauté de ville à assister ; de plus, ils s'obligèrent à placer dans leur église une table de marbre rappe­lant les bienfaits de la municipalité de Rennes, et à poser les armoiries de cette ville aux extrémités de leur clôture (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 1). De même que l'église des Cordeliers était en quelque sorte l'église officielle des membres du Parlement, de même celle des Minimes devint l'église de Messieurs de la Communauté de ville. Ainsi, en 1659, une délibération porte que les membres de la Communauté de ville de Rennes seront inhumés aux frais de la ville dans l'église des Minimes ; en 1681, une autre délibération arrête qu'à l'avenir les services pour Messieurs de la Communauté se feront dans l'église des Minimes ; enfin, en 1716, la Communauté décrète qu'il sera construit au plus tôt dans cette même église une chapelle avec un enfeu qui seront prohibitifs et à l'usage de ses membres seulement (Archives municipales de Rennes, 504, 513, 525). Quelques seigneurs furent aussi les bienfaiteurs des religieux minimes. En 1629, Gilles Huchet, seigneur de la Bédoyère, fit construire à ses frais la chapelle Saint-François, qui était la première du côté de l'épître; il y fit placer ses armoiries et creuser son enfeu. En 1632, Jean de Francheville, seigneur dudit lieu, fonda de son côté la chapelle Sainte-Anne. Enfin, Charles Champion, baron de Cicé, les familles de la Vieuville, de Kermassonet, de Lesmeleuc, etc., voulurent aussi contribuer à l'oeuvre des religieux de saint François de Paule (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 1). Le supérieur du couvent des Minimes prenait le nom de correcteur. Ces religieux possédaient plusieurs maisons dans la rue Saint-Louis, quelques constituts, les métairies de la Chesnaye-ès-Barrières et de la Lande, en Saint-Grégoire ; de la Basse-Plesse et de la Maison-Neuve, en Betton, etc. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 1). A l'époque de la Révolution, le monastère des Minimes fut vendu nationalement et démoli, ainsi que l'église conventuelle. Depuis, l'ancien jardin de ce couvent a été acheté par les Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, qui y ont fondé une maison religieuse.

65° Lachapelle de Montbarot dépendait du manoir de ce nom, sis en Saint-Aubin (nunc en Saint-Etienne); elle se trouvait dans la cour et servait naguère de grange.

66° Une autre chapelle de Montbarot existait dans l'hôtel de ce nom, situé rue du Puits-du-Mesnil, et vendu en 1600 par le seigneur de Montbarot à la communauté de ville. Celle-ci ayant logé en cet hôtel le maréchal de Châteaurenault, décida, sur la demande de ce dernier, en 1709, qu'on réparerait cette ancienne chapelle, alors abandonnée (Archives municipales, 522).

67° La chapelle de la Motte-au-Chancelier se trouvait en 1678 près du manoir de ce nom, situé en Saint-Etienne. Pour accomplir les volontés de sa mère Anne de Caradeuc, Anne de Kerboudel, seigneur de la Courpéan, fonda le 13 juin 1682 dans cette chapelle, lui appartenant, une messe pour tous les dimanches et fêtes, et la dota de 60 livres de rente (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 55).

68° Saint-Sébastien de la Motte-Bruslon. — Au mois de septembre 1472, Jean Bruslon fit édifier, du consentement du recteur de Saint-Laurent, près de son manoir de la Motte, une chapelle « en l'honneur de Dieu et de Messieurs S. Sébastien et S. Roch ». Deux ans plus tard il y fonda deux messes par semaine, qu'il dota de 10 livres de rente. Mais Saldebreuil Bruslon, seigneur de la Muce, vendit à François de Couespelle, en 1626, la Motte-Bruslon, qui passa ensuite au siècle dernier aux mains de Claude Le Barbier, notaire à Rennes. Celui-ci avait un fils prêtre, Guillaume Le Barbier, qu'il fit pourvoir de la fondation de la Motte en 1744. Ce dernier exposa à l'ordinaire en 1764 que sa chapelle de la Motte­Bruslon tombait en ruine, et il fut autorisé à en dire les messes en l'église de Saint-Laurent jusqu'à ce qu'elle fût reconstruite. Guillaume Le Barbier fit alors raser le vieil édifice, mais il ne le releva point, ce qui fit son successeur dans le bénéfice le poursuivre en 1789. Voici les noms de quelques chapelains de la Motte-Bruslon : Jean Cado, remplacé en 1612 par Jean Millet ; Guillaume Cassin (1626), Nicolas Nicolle, Guillaume Le Barbier (1744) et Guy Génouel, recteur de Saint-Laurent. Ce dernier déclara en 1789 qu'il disait deux messes par semaine en son église paroissiale parce que la chapelle n'avait point été relevée, et que son revenu consistait en une maison avec jardin et pièce de terre, le tout affermé 180 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 10 G, 2, 3, 5 ; 1 V, 26). La chapelle de la Motte-Bruslon était très-vénérée au XVIIème siècle. Pendant que la peste sévissait à Rennes en 1625, la procession générale de cette ville s'y rendit deux fois très-solennellement, aux mois d'avril et d'août, pour implorer le secours de saint Roch. « Tout le clergé et les religieux de tous les couvents de la ville et forsbourg dudict Rennes assistèrent (à ces processions), ayant chacun son cierge blanc allumé et accompagnés de quatre torches ardentes » (Journal d’un bourgeois de Rennes – Mélanges d'histoire et d’archéologie bretonne, I, 47, 48). En 1878, sur l'emplacement de ce dévot sanctuaire, a été construit un élégant oratoire de style ogival. On y a placé une antique statue de la Sainte Vierge provenant de la chapelle primitive : Marie est représentée debout, portant le divin Enfant qui tient un petit oiseau. On appelle communément cet oratoire, qui n'a pas d'autel, Notre-Dame de Bruslon.

69° Notre-Dame de Bon-Secours, située à Saint-Laurent, fut bénite par Mgr Saint-Marc le 25 novembre 1866 ; c'est un joli petit sanctuaire gothique.  

Nota : La congrégation des "Soeurs du Bon-Secours" fut fondée dans le diocèse de Troyes par M. l'abbé Paul Millet, vicaire à Arcis-sur-Aube et desservant de Villette. Dans l'exercice du saint ministère paroissial, ce digne prêtre s'éprit de compassion pour les pauvres malades privés de soins convenables. Après avoir réfléchi et prié beaucoup, il jeta les yeux autour de lui et communiqua ses pensées à quelques âmes pieuses et généreuses. Ainsi se forma en 1840, à Arcis, le petit noyau des Soeurs du Bon-Secours. Le 24 février 1843, Mgr de Séguin des Hons approuva, par décision épiscopale, l'Institut naissant. Dès le 24 octobre de la même année, le zélé fondateur transporta à Troyes sa petite colonie, et le 22 septembre 1844 eut lieu une cérémonie religieuse comprenant six professions et six vêtures. Le lendemain, soeur Augustin, de pieuse mémoire, fut établie régulièrement supérieure de la nouvelle communauté. Dès lors la maison-mère fut fixée à Troyes et celle d'Arcis fut mise sous sa dépendance. Le but que se propose cette congrégation est le soin des malades à domicile ; les soeurs s'occupent des malades de toutes les classes de la société et à quelque religion qu'ils puissent appartenir ; les rétributions offertes pour leurs soins sont facultatives aux familles qui les demandent, mais les soeurs ne peuvent rien exiger d'elles-mêmes. Cette gratuité absolue des soins est un des caractères distinctifs de l'association. Les fondations des Soeurs du Bon-Secours commencèrent dès 1846, et fin XIXème siècle la congrégation avait ouvert cent seize établissements. Le Souverain-Pontife a daigné approuver l'Institut par décret du 16 mars 1877, et le gouvernement l'avait autorisé dès le 14 août 1852 (Notice historique, sur Paul Sébastien Millet, fondateur de la congrégation de Bon-Secours). A la fin du XIXème siècle, la congrégation du Bon-Secours de Troyes ne possède dans notre diocèse qu'une maison fondée à Rennes, le 15 juillet 1876. Les soeurs de la maison de Vannes étaient auparavant appelées souvent à Rennes par plusieurs familles qui désiraient les voir s'établir dans cette ville. M. de la Morlais en parla au cardinal Saint-Marc, qui approuva volontiers leur établissement chez nous. Les soeurs se fixèrent dans la paroisse de Toussaints, très-populeuse, et ayant par suite beaucoup de pauvres. Elles y occupent alors un simple appartement de la rue de l'Ecole-de-Médecine, où elles ont un petit oratoire ; mais elles se rendent pour les offices religieux à l'église de la paroisse.

70° Notre-Dame de la Cité. — Nous avons relaté les intéressantes traditions qui faisaient de cette chapelle le premier sanctuaire chrétien élevé dans l'enceinte de la cité gallo-romaine des Redons ; nous avons rappelé la grande dévotion que les ducs de Bretagne, les évêques et le Chapitre de Rennes témoignaient envers ce vénérable temple ; mais il nous reste encore quelque chose à en dire. Notre-Dame de la Cité devint, dès le XIIème siècle au moins, la propriété de l'abbaye de Saint-Georges. Les papes Alexandre III en 1164, Innocent III en 1208 et Eugène IV en 1442, confirmèrent successivement l'abbesse de ce monastère dans la possession de la chapelle de Notre-Dame et de ses dépendances : « Capellam Sancte Marie in parrochia Sancti Stephani cum pertinenciis suis » (Cartulaire de l'abbaye de Saint-Georges, 169, 173 et 279). Située au joignant des murs gallo-romains de la première enceinte de Rennes et non loin de la porte Mordelaise, à l'entrée du placis Conan, Notre-Dame de la Cité n'étant point, au XVIème siècle, entretenue de réparations, tombait en ruine en 1598. Elle fut alors reconstruite en entier par Claude du Bouexic, seigneur de la Chapelle-Bouexic, dont l'hôtel était voisin, et elle devint en 1631 l'objet d'une transaction passée entre ce seigneur et l'abbesse de Saint-Georges. Cette dame permit à M. du Bouexic de la rendre contiguë aux bâtiments neufs de son hôtel moyennant la réserve des droits de l'abbesse et de son monastère. Aussi en 1646 ce sanctuaire est-il ainsi décrit : « Ladite chapelle Nostre-Dame de la Cité fort encienne, rédiffiée de neuf par ledit sieur de la Chapelle du Bouexic, de laquelle il se sert, ayant porte et fenêtre dans icelle vers lesdits logis (du sieur du Bouexic), fait le carré et closture du derrière de ses deux corps de logis vers Occidant, laquelle chapelle a sa grande porte voustée et principale entrée vers Oriant, avisagée à l'Occidant, et contient icelle chapelle de Midy à Septentrion 44 pieds et demi de long et de laize d'Oriant à Occidant 25 pieds et demi, etc., mouvant prochement du roy, etc. ». - Registre de la Réformation du Domaine – Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). En 1722, Elisabeth d'Alègre, abbesse de Saint-Georges, concéda l'usage de cette chapelle à une congrégation d'hommes, érigée primitivement en l'honneur de la Sainte Vierge dans la chapelle de Notre-Dame-des-Neiges. En prenant possession de Notre-Dame de la Cité, les officiers de cette pieuse association constatèrent l'état de la chapelle dans les termes suivants : « Les murs en bonne réparation, l'autel fait de pierre de tuffe avec des colonnes de marbre fort propres, au milieu duquel sont deux petits gradins et un tableau de l'image de la Vierge où sont peintes les armes de la dame d'Alègre, abbesse de Saint-Georges ; au haut de l'autel, une image de la Sainte Vierge en bosse, placée dans une niche au-dessous de laquelle est cette inscription : Nostre Dame de ta Cité……. Aux deux costés de l'autel, deux grandes images en bosse, l'une de saint Georges, l'autre de saint Maximin, premier évesque de Rennes ; pareillement aux deux costés de l'autel les armes des différentes dames abbesses de Saint-Georges, placées et gravées sur la muraille ; et sur la porte de ladite chapelle, celles de Madame de la Fayette, aussi abbesse de Saint-Georges. De plus, un crucifix en bosse, attaché à un tableau dont le fond est en velours noir, etc. » (Procès verbal cité par M. de la Bigne Villeneuve – Bulletin de l'Association bretonne, II, 158). Ajoutons qu'en 1747 le pape Benoît XIV accorda des indulgences à « la devote congrégation de la Sainte-Vierge réunie en la chapelle de Notre-Dame de la Cité », et citons parmi les chapelains de ce sanctuaire présentés au XVIème siècle par l'abbesse de Saint-Georges : N... d'Acigné (1560), Guillaume Audepin et Robert Alain (1578).

71° Notre-Dame-de-Charité, à Saint-Cyr, en Saint-Etienne. Nous avons déjà raconté la fondation de cet Institut, créé pour tenir les maisons de refuge, et l'établissement des religieuses de Notre-Dame de Charité à Rennes, en 1673, au monastère de la Sainte-Trinité ; comme elles en furent chassées en 1792, il nous reste maintenant quelques mots à dire sur leur retour à Rennes. — En 1808, le gouvernement, qui s'était emparé pendant la Révolution de l'ancien monastère des Calvairiennes de Saint-Cyr, en destina les bâtiments à former un refuge pour les femmes de moeurs dépravées. Il en confia la direction à une ancienne Fille de Notre-Dame de Charité, dont l'établissement à Rennes fut autorisé comme communauté indépendante le 14 août 1811 (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 486). Cette religieuse n'agit toutefois qu'en son propre nom ; elle réunit avec elle quelques pieuses femmes qui lui aidèrent à tenir la maison. Ce fut seulement en 1821 que la congrégation des Filles de Notre-Dame de Charité consentit à se charger elle-même de la maison de Saint-Cyr ; elle y envoya à cette époque plusieurs religieuses tirées du monastère de Caen et obtint de Louis XVIII des secours assez importants qui permirent de faire les réparations les plus urgentes aux bâtiments. A la fin du XIXème siècle, « la communauté de Saint-Cyr comprend une maison de refuge pour les repenties et une maison de préservation pour les jeunes filles orphelines ou abandonnées. Les soeurs leur donnent les premières notions de l'instruction et s'occupent surtout à les former à divers travaux manuels pour les mettre en état de gagner honorablement leur vie. Le concours des soeurs à ces deux oeuvres est entièrement gratuit » (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France, 486). Nous pouvons ajouter que les femmes et jeunes filles dont s'occupent les religieuses sont divisées à Saint-Cyr en huit catégories complètement séparées, cinq pour les pénitentes et trois pour les préservées. Les plus intéressantes de ces diverses classes sont les soeurs du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise et celles du Tiers-Ordre du Coeur de la Mère Admirable ; les premières sont des pénitentes converties et les secondes des jeunes filles préservées qui suivent toutes les règles de la vie religieuse et se consacrent entièrement au cloître. La maison de Saint-Cyr renferme à la fin du XIXème siècle environ quatre-vingt-dix religieuses de Notre-Dame de Charité, deux cent cinquante pénitentes et près de deux cents préservées. Les bâtiments de ce monastère sont naturellement considérables, car les pénitentes n'y ont aucun rapport avec les préservées ; ils sont bien posés sur le coteau dominant les cours de la Vilaine et de l'Ille. La chapelle est une partie de la nef de l'ancienne église conventuelle des Calvairiennes ; les différentes classes de pénitentes sont renfermées dans les chapelles latérales sous d'épaisses grilles qui leur enlèvent toute communication avec le public.

72° Notre-Dame-des-Neiges. — Cette chapelle, sise dans le cimetière de Saint-Germain, au Nord et proche de l'église, tomba de vétusté au XVIIème siècle. Les membres de la confrérie de la Sainte-Vierge, qui s'y réunissaient, la firent relever à leurs frais ; elle fut bénite, le 8 août 1681, par le vicaire général Urbain Bouessay et « dédiée à Dieu et à Nostre Dame des Neiges dans son immaculée conception » ; ce qu'approuva Jean Le Gal, recteur de Saint-Germain (Registre de l’état civil – Notes ms. de M. Saulnier). Il paraît que ce nouveau sanctuaire ne subsista pas très-longtemps, car nous venons de voir les confrères qui l'avaient bâti choisir en 1722 Notre-Dame de la Cité pour lieu de réunion.

73° Notre-Dame-de-Toutes-Grâces. — Située faubourg d'Antrain, en Saint-Aubin, cette chapelle dépend de l'Oeuvre de la Jeunesse, dont nous sommes heureux de dire ici quelques mots. Cette oeuvre a été fondée à Rennes par la Société de Saint-Vincent-de-Paul vers 1840 ; son but est de procurer aux jeunes gens qui la fréquentent les moyens : 1° de sanctifier la journée du dimanche, 2° de se procurer des amis vertueux, 3° de se soutenir mutuellement dans le bien et la pratique de la religion, 4° de prendre quelques récréations honnêtes. M. l'abbé Augustin Bourdon fut prié par son évêque, Mgr Saint-Marc, en janvier 1846, quelques jours après son ordination au sacerdoce, de se dévouer à cette œuvre ; il en devint le directeur en 1860, lorsque la circulaire de M. de Persigny mit la perturbation dans les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul ; il a eu pour collaborateurs, d'abord les Frères des Ecoles Chrétiennes, puis les Missionnaires de l'Immaculée-Conception de Saint-Méen, et enfin les RR. PP. Eudistes de la maison de Saint-Martin depuis le mois d'octobre 1868. Jusqu'en 1858, l'oeuvre, n'ayant pas de local convenable, ne donna pas les résultats qu'on pouvait désirer. Ses offices religieux eurent lieu successivement à Saint-Aubin en Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, à la cathédrale, et enfin dans la chapelle des Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, rue Saint-Louis. Les associés prenaient leurs récréations, d'abord dans l'établissement des Frères des Ecoles Chrétiennes, rue Saint-Melaine, puis dans une des allées de la promenade du Thabor, située près l'hôpital Saint-Melaine, et le soir dans une des salles de la mairie, mise à la disposition de l'oeuvre par M. le maire. Le 15 mars 1858, M. l'abbé Bourdon fit l'acquisition d'une maison avec jardin, située faubourg d'Antrain, 45, sur les bords de l'Ille ; l'oeuvre en prit possession le 9 mai suivant et fut appelée Oeuvre de la Jeunesse de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces. Il y a près de Paris, dans le beau parc de la maison d'Issy, propriété de la Société de Saint-Sulpice, un petit oratoire dédié à la Très-Sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces ; M. Emery, supérieur de la Société de Saint-Sulpice, le fit construire au commencement du siècle en souvenir d'une autre chapelle de même nom qui existait dans un enclos que la reine Anne, duchesse de Bretagne, avait donné aux Minimes, et que la Révolution avait détruit. Pendant son séjour au Séminaire de Saint-Sulpice, M. Bourdon avait une grande dévotion à cette chapelle de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces : c'est le nom qu'il choisit pour l'Oeuvre de la Jeunesse. Le salon et la salle à manger de la maison acquise furent convertis en chapelle. L'oeuvre, une fois établie dans le nouveau local, n'a cessé de progresser et elle a donné des résultats de jour en jour plus satisfaisants. Elle compte, en janvier 1884, environ trois cents associés. Le 24 juillet 1859 eut lieu la bénédiction solennelle d'une belle statue de la Sainte Vierge, oeuvre de M. Valentin, placée sur un rocher factice d'où elle domine tout l'enclos. L'année suivante, M. Bourdon, nommé chanoine honoraire de Rennes, acheta une vaste usine contiguë à sa maison, rendit ainsi son établissement un des plus beaux de France, et fit de la salle principale la chapelle de son oeuvre. Mais une autre chapelle, définitive cette fois, fut commencée le 26 juin 1865 ; elle fut bénite le 5 avril 1866 par Mgr Saint-Marc, accompagné de ses vicaires généraux, de plusieurs chanoines et de tous les curés de Rennes, qui voulaient ainsi témoigner leurs sympathies à l'Oeuvre de la Jeunesse. Le maire et ses adjoints assistaient également à cette intéressante cérémonie (Semaine Religieuse de Rennes, II, 126 et 519). La chapelle de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces a été bâtie en style roman, sous l'habile direction de M. le chanoine Brune, mais l'abside reste à construire. L'autel, sculpté par M. Hérault, est accompagné des statues de Notre-Seigneur adolescent, la Sainte Vierge et saint Joseph, oeuvres de MM. Valentin.

74° Chapelle de l'Oratoire de Saint-Philippe de Néri, rue des Dames, en Saint-Sauveur. La maison de Saint-Philippe de Néri, connue vulgairement sous le nom d'Oratoire de Rennes, a été fondée en 1864 par M. Marie Guitton, vicaire général de Rennes. Mgr Saint-Marc en approuva le règlement le 17 février 1865. Cette oeuvre a pour but principal l'étude des sciences ecclésiastiques et celle des sciences naturelles et profanes dans leurs rapports avec la science sacrée ; son but secondaire consiste dans la prédication et l'exercice du saint ministère. L'Oratoire de Rennes occupe à la fin du XIXème siècle ce qui reste de l'ancien hôtel de la Trésorerie de Saint-Pierre ; il n'a pas de chapelle proprement dite et possède seulement un petit sanctuaire à l'intérieur de la maison.

75° Chapelle de l'Orphelinat de Saint-Vincent, faubourg de Fougères, en Notre-Dame.

76° Saint-Pierre du Pâtis des Ecotais. — En 1709, Pierre-Claude Morfouace et Gabrielle Petit, sieur et dame de la Communais, bâtirent une chapelle en l'honneur de saint Pierre et de saint Joseph près de leur maison des Ecotais, au lieu nommé le Pâtis, en Toussaints. L'année suivante, ils y fondèrent une messe pour tous les dimanches et la dotèrent de 80 livres de rente. Pierre Dubois, présenté par les fondateurs et pourvu le 20 juin 1710, fut le premier chapelain des Ecotais (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 67 et 77).

77° La chapelle du Parlement existe encore, quoique sécularisée, dans le beau palais du Parlement de Bretagne (nunc Palais-de-Justice) ; elle se trouvait en Saint-Germain, et les Cordeliers avaient coutume de la desservir ; on les voit recevoir pour honoraires 220 livres en 1690 et 225 livres en 1706 (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, B, 2670 et 2686).

78° L'Immaculée-Conception de la Piletière, faubourg de Paris, en Notre-Dame. En 1789, M. Carron, vicaire à Saint-Germain de Rennes, acheta la propriété de la Piletière, située en la paroisse Saint-Pierre en Saint-Georges, sur le bord de la route de Paris ; c'était une fabrique importante de toiles, possédant quatre-vingts métiers. M. Carron, dans le but de fournir du travail aux indigents, continua d'y faire travailler et n'employa pas moins de deux mille personnes dans cette manufacture. Cette multitude lui inspira la charitable idée de fonder à la Piletière un petit hospice pour ses ouvriers malades, vieux ou infirmes ; il le composa de trois salles contenant chacune six lits : les deux premières pour les malades, la troisième pour les vieillards. C'est aux Filles de la Charité que M. Carron voulut confier la tenue de cet hospice ; il passa donc un traité avec la supérieure de ces bonnes religieuses pour avoir trois d'entre elles, et il leur versa même immédiatement 800 fr. pour leur vestiaire et leurs frais de voyage. Mais on était alors en 1792, en pleine Révolution ; plusieurs Soeurs de la Charité avaient été expulsées de leurs établissements et demeuraient sans ressources. Le charitable abbé Carron résolut donc, tout en maintenant son oeuvre, d'offrir un asile à ces pauvres religieuses persécutées : au lieu de trois, il en demanda douze provisoirement à la Piletière, voulant ainsi les recueillir dans son hospice jusqu'à ce que les temps fussent devenus meilleurs. La mère Deleau, supérieure générale des Filles de la Charité, remercia M. Carron avec effusion et lui envoya les soeurs qu'on avait si injustement chassées d'Hennebont et de Piré. Toutefois, hélas ! l'oeuvre du saint prêtre n'eut qu'une lueur d'existence : les Filles de la Charité furent envoyées à la Piletière au mois d'avril 1792, et le 18 août de la même année M. Carron fut arrêté. Un mois après il était déporté en Angleterre, et en 1794 la Piletière était confisquée par la nation (Vie de M. l'abbé Carron, par un Bénédictin, I, 214, 264 ; II, 289). 

Aussitôt que la maison des Petites Soeurs des Pauvres de Saint-Servan eut grandi, la soeur Marie-Augustine partit pour Rennes, en 1846, afin de chercher les moyens d'y créer un asile pour les vieillards. Cette seconde fondation présentait un intérêt spécial : il s'agissait, en effet, de savoir si le miracle charitable de Saint-Servan pourrait se renouveler ailleurs. Aucune crainte n'arrête la Petite Soeur ; aussi sa plus grande préoccupation ne fut-elle pas de trouver un local : elle cherchait avant tout des pauvres, de vieux pauvres à soigner ; il n'en manquait pas à Rennes. « Elle s'installe avec ses vieillards dans une modeste habitation du faubourg de Nantes. Le voisinage n'est pas de premier choix. Qu'importe, il s'agit d'implanter l'oeuvre, et déjà elle existe, car les habitants et les soldats qui fréquentaient les cabarets du quartier ne marchandent pas leur sympathie à l'institution naissante. Bientôt on put trouver une maison plus convenable, et avec le concours des militaires on transféra les vieux indigents de l'asile provisoire dans le nouveau local » (M. Ribeyre, Histoire des Petites Soeurs, 23). Mais la ville de Rennes ne devait pas se contenter de figurer la seconde sur la liste des centres possédant cette institution charitable. L'oeuvre des Petites Soeurs était née dans la catholique Bretagne : c'est en Bretagne qu'elle devait avoir son centre et pour ainsi dire son coeur et son point d'appui. En 1852, l'évêque de Rennes accueillit avec faveur la pensée d'établir dans son diocèse la maison-mère, le noviciat de la nouvelle congrégation, et ce fut à la Piletière, près de  la ville de Rennes, à l'extrémité du faubourg de Paris, que s'établit le centre de l'institution. La Piletière forme un ensemble de vastes bâtiments construits d'une manière fort irrégulière, qui d'un côté sont bornés par la route de Paris, et de l'autre sont baignés par les eaux de la Vilaine. C'était, avant la Révolution, un vaste ouvroir fondé pour les pauvres par le vénérable abbé Carron, et dont nous avons eu occasion de parler. « Le 31 mars 1852, Mgr Saint-Marc vint bénir la chapelle. A son arrivée il fut reçu par le R. P. fondateur, par la bonne mère supérieure et par les supérieures locales, qui lui présentèrent vingt-quatre postulantes demandant l'habit de religion, et dix-sept novices qui le priaient de recevoir leur profession » (M. Ribeyre, Histoire de Petites Soeurs, 24). Quatre ans plus tard, les vastes constructions de la Piletière ne pouvaient plus contenir le noviciat des Petites Soeurs, et il fallut le transférer ainsi que la maison-mère à la Tour-Saint-Joseph. L'établissement de Rennes est sous la protection de saint Michel. La chapelle en est dédiée à l'Immaculée-Conception ; construite en plein cintre, elle est de la plus grande simplicité. Il y a, en outre, un oratoire particulier aux religieuses pour leurs exercices de piété. Les Petites Soeurs, au nombre de quarante, recueillent vers la fin du XIXème siècle plus de trois cents pauvres à la Piletière.

79° Saint-Sébastien de la Prévalaye. — Il est fait mention pour la première fois au XVIIème siècle de cette chapelle, dépendant du manoir de la Prévalaye (nota : La Prévalaye, sise en Toussaints, appartenant en 1427 à Raoullet Boyvin, devint ensuite la propriété de la famille Thierry, qui l'a possédée pendant plus de trois siècles. Le seigneur de la Prévalaye avait au moyen-âge la police des bouchers de Rennes, qui lui devaient chaque samedi « un gros os mollier de boeuf » quand il se trouvait à Rennes. La chasse qu'Henri IV fit à la Prévalaye, le 11 mai 1598, a rendu célèbre ce manoir, qu'entourent de vastes prairies) ; en 1625, les paroissiens de Toussaints, décimés par la peste, s'y rendirent en procession pour implorer le secours de saint Sébastien. En 1642 on desservait en cette chapelle deux fondations, l'une de Saint-Sébastien, présentée par le seigneur de la Prévalaye, et l'autre de Saint-Exupère, présentée par le seigneur de Sainte-Foi (nota : Comme Sainte-Foi appartenait alors au seigneur de la Prévalaye, c’était en réalité ce dernier qui présentait les deux chapellenies) ; elles consistaient ensemble en quatre messes par semaine. Ces fondations furent augmentées en 1719 par François Thierry, seigneur de la Prévalaye, exécutant les dernières volontés de son oncle, Maurice Thierry, recteur de Grandchamp ; ce dernier avait fondé à Grandchamp une messe du Saint-Sacrement tous les jeudis, mais la fabrique de cette paroisse refusa cette fondation, ce qui fit le seigneur de la Prévalaye la transférer dans la chapelle de son manoir ; il la dota de 50 livres de rente. Parmi les chapelains de la Prévalaye, notons François Thierry, nommé en 1642 en place de Jean Aubry, décédé ; Laurent Houitte (1671), Yves Beaudouin (1740) et N... Macé ; celui-ci déclara en 1790 qu'il jouissait de 240 livres de rente, que lui rapportaient la métairie de la Domjannière, près Cleuné, et une portion du pré du Comte (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 G, 48). La chapelle primitive de la Prévalaye n'existe plus ; elle a été remplacée au XVIIème siècle par une construction octogone surmontée d'une lanterne et portant la date 1683 ; au-dessus de la porte sont gravées les armoiries des Thierry, seigneurs de la Prévalaye. Elle est à la fin du XIXème siècle dédiée à sainte Anne et desservie tous les dimanches.

80° Chapelles des Prisons. — Les prisons de Rennes avaient été construites vers 1450, d'après Pierre Hévin, à côté du manoir de la Feillée — où siégeait la cour de justice du duc de Bretagne — et de la porte Saint-Michel (nota : Bulletin de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, VI, 406. — La porte Saint-Michel fut bâtie en 1405 avec les débris du château de Rennes, appelé au moyen-âge la Tour de Rennes ou le Chastel ; cette forteresse était, d'après la tradition, un ensemble de courtines reliées par six grosses tours, avec un donjon élevé sur une motte qui subsista jusqu'au XVIIème siècle ; cette motte occupait l'emplacement de l'hôtel actuel de la Rivière, rue Rallier). La chapelle qu'on y établit était aux siècles derniers entretenue par les Filles de la Charité, qui recevaient pour cela 50 livres par an de la communauté de ville. Ce fut longtemps aux recteurs de Saint-Aubin qu'incomba la charge de donner aux prisonniers les secours spirituels dont ils avaient besoin; ils recevaient pour cela du Domaine une rente de 50 livres, élevée plus tard à 75 livres ; tantôt ils desservaient eux-mêmes la prison, comme le faisait Jean Bonnier en 1682, tantôt ils en chargeaient quelques autres prêtres, tels que François Le Gallois (1680), Etienne Renouard (1692) et Rodolphe Bonnier (1700). Mais par acte du 30 mars 1719 René de la Bigotière, seigneur de Perchambault et doyen du Parlement, assura à un aumônier distinct du recteur de Saint-Aubin deux rentes, l'une de 111 livres 2 sols 2 deniers et l'autre de 50 livres, à charge pour cet aumônier de dire tous les jours la messe et la prière aux prisonniers, de chanter les vêpres et de faire un catéchisme tous les dimanches et fêtes, et, enfin, d'aider au recteur de Saint-Aubin à assister ces prisonniers dans leurs autres besoins spirituels. Cette pieuse fondation fut suivie de quelques autres semblables, car en 1790 l'aumônier, M. Martin, déclara jouir de 555 livres de rente ainsi composées : logement fourni par le roi, estimé 120 livres ; — rente sur le Domaine pour assister les prisonniers (payée par les mains du recteur de Saint-Aubin), 75 livres ; — fondation de M. de la Bigotière, 160 livres ; — fondation de soixante-douze messes par an, 72 livres ; — fondation d'une messe le jour Saint-Michel, suivie d'un Pater et Ave, 80 livres (sic) ; — autre rente sur le Domaine, 48 livres (nota : Archives municipales, 266. — Dans certains cas, les prisons des tours Saint-Michel ne suffisant pas pour renfermer les vagabonds, on utilisa les tours Le Bart et du Champ-Dolent ; c'est ce qui eut lieu notamment en 1676. Les recteurs de Saint-Pierre en Saint-Georges et de Toussaints furent alors chargés de dire la messe dans ces prisons, d’y catéchiser et d’y administrer les sacrements – Registre de l’état civil). A la fin du XIXème siècle, la Maison d'arrêt et sa chapelle, dédiée à saint Joseph, se trouvent rue de Fougères, en Notre-Dame ; les Soeurs de Marie-Joseph y remplacent les Filles de la Charité. Il y a, en outre, la chapelle de la Maison centrale, dédiée aussi à saint Joseph et sise en Toussaints, — et la chapelle de la Prison militaire, sise naguère en Saint-Aubin, et dédiée à la Sainte Vierge et à saint Joseph, mais aujourd'hui située en Toussaints.

La congrégation des "Soeurs de Marie-Joseph" prit naissance dans les prisons de Lyon en 1805. A cette époque, Mlle Elisabeth Duplex, habitant cette ville, touchée de l'état déplorable dans lequel se trouvaient les prisonniers, commença à leur faire des visites régulières. Bientôt quelques autres âmes pieuses se joignirent à elle, et peu à peu se forma de la sorte une petite société qui voulut avoir un règlement de vie et un costume uniforme. Un peu plus tard, un logement leur fut offert dans l'enceinte même d'une des prisons, et dès lors elles purent jour et nuit poursuivre leur oeuvre de dévouement. Apprenant le succès qu'obtenait Mlle Duplex, l'autorité ecclésiastique l'engagea à s'affilier, ainsi que ses compagnes, à une congrégation religieuse. Mlle Duplex entra par suite, en 1819, chez les Soeurs de Saint-Joseph à Lyon, et passa trois mois à la maison-mère pour en prendre l'esprit de la règle et l'habit ; elle reçut alors le nom de soeur Saint-Polycarpe. Les Soeurs de Saint-Joseph s'occupant exclusivement de l'enseignement, leur noviciat était peu propre à former des religieuses pour le service des prisons ; aussi établit-on un second noviciat à cet effet, et la soeur Saint-Polycarpe en fut nommée supérieure provinciale. En 1840, le gouvernement appela les Soeurs de Saint-Joseph (section des prisons) à la surveillance des maisons centrales de Montpellier et de Fontevrault. Prévoyant que l'oeuvre des prisons prendrait désormais de l'extension, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, donna toute liberté aux Soeurs de Saint-Joseph pour suivre chacune son attrait particulier les unes purent, comme par le passé, s'en tenir aux premières constitutions, et les autres furent autorisées à quitter le diocèse pour fonder une nouvelle congrégation. Ce fut en vertu de cette autorisation que la supérieure provinciale des Soeurs des Prisons vint, au mois de février 1841, suivie d'environ quatre-vingts professes, novices et postulantes, s'établir au Dorat, petite ville du diocèse de Limoges, où elle fut reçue avec grande bonté par l'évêque, Mgr de Tournefort. La société des Soeurs des Prisons prit à cette occasion le nom de Congrégation des Soeurs de Marie-Joseph, et celles-ci modifièrent leur habit religieux. En 1852, le gouvernement leur accorda la reconnaissance légale. Vers la même époque, de nouvelles constitutions, approuvées par l'évêque de Limoges, furent données à la nouvelle congrégation, qui, sous l'influence divine, continua de grandir et ajouta à l'oeuvre des prisons la création de plusieurs maisons de refuge pour les libérées et des maisons de préservation pour les jeunes filles. Le Souverain-Pontife Pie IX approuva les constitutions des Soeurs de Marie-Joseph d'abord pour dix ans, en 1863, puis définitivement en 1873 (Notice ms. sur la congrégation des Soeurs de Marie-Joseph). La congrégation suit la règle de saint Augustin. Elle possède dans notre archidiocèse trois maisons sises dans la ville de Rennes. 1° Prison centrale de femmes. — Les Soeurs de Marie-Joseph y sont venues en 1850, alors que cette prison se trouvait établie dans les anciens bâtiments du Petit-Séminaire. Maintenant, la prison centrale, entièrement bâtie à neuf, se trouve dans la paroisse de Toussaints ; sa chapelle a pour patron et titulaire saint Joseph. La fin particulière de leur Institut étant d'assister spirituellement et corporellement les prisonniers, les soeurs se dévouent à passer leur vie dans ce lieu de pénitence pour surveiller les femmes détenues, leur donner l'éducation religieuse et industrielle dont elles ont besoin, les former enfin aux vertus chrétiennes ainsi qu'aux habitudes d'ordre, d'obéissance, de travail et de tempérance. 2° Solitude de Marie-Joseph. — C'est une maison de refuge et de préservation fondée en 1852 et située dans le faubourg Saint-Hélier, non loin de l'église paroissiale de ce nom. La chapelle en est également dédiée à saint Joseph. Cet établissement est le complément de l'oeuvre des prisons ; il comprend deux sections : dans l'une sont reçues les femmes libérées, qui trouveraient difficilement à se placer honnêtement au sortir de la Maison centrale ; dans l'autre sont admises les orphelines pauvres que l'abandon conduirait infailliblement à la misère et au déshonneur. Dans cette maison les soeurs ont un ouvroir où elles enseignent à ces pauvres femmes et jeunes filles des états convenables qui leur permettent plus tard de vivre honnêtement en travaillant. 3° Prison départementale. — Les Soeurs de Marie-Joseph ont été appelées à la prison départementale d'Ille-et-Vilaine en 1869. Elles y ont une chapelle sise, comme la prison, dans la paroisse de Notre-Dame et dédiée à saint Joseph.

81° Chapelle des Soeurs de la Providence de Ruillé, rue Saint-Malo, en Saint-Aubin ; elle est dédiée à la Sainte Famille et appartient à la fabrique. M. Dujarié, nommé curé de Ruillé-sur-Loir, au diocèse du Mans, en 1803, trouva dans cette paroisse de Ruillé-sur-Loir deux pieuses personnes qui voulurent bien, à sa prière, s'occuper d'instruire les enfants et de visiter les pauvres malades ; il leur bâtit une maisonnette qui prit le nom de la Petite-Providence. D'autres bonnes filles s'étant jointes à ces deux premières et les curés du voisinage voulant fonder dans leurs paroisses des maisons semblables, M. Dujarié envoya ses soeurs se former à la vie religieuse au couvent des Incurables de Baugé. Elles y allèrent au nombre de sept, et après leur noviciat on leur donna un habit religieux et elles revinrent à la Petite-Providence se remettre sous la direction du bon curé de Ruillé. De 1806 à 1816, sept maisons seulement furent fondées par la petite société ; mais celle-ci ne tarda pas à prendre un rapide accroissement sous la direction de deux saintes femmes venues à Ruillé du fond de la Bretagne, Mlles Rolland du Roscoat et Cécile Lecor. Mlle du Roscoat, en religion soeur Marie-Madeleine, fut nommée supérieure générale de la congrégation naissante en 1820 ; mais elle mourut deux ans plus tard, ayant toutefois fondé dans ce court espace de temps quatorze maisons. Cécile Lecor, en religion soeur Marie, lui succéda dans le gouvernement général de la société ; elle était née en l'île de Bréhat (Côtes-du-Nord) et avait commencé par faire l'école à Pléhédel, paroisse où se trouve le château du Roscoat, ce qui lui fit connaître la mère Marie-Madeleine. Elle donna un grand essor à sa congrégation et mourut comme une sainte en 1873. En 1820, M. Dujarié avait donné des constitutions à la société qu'il avait formée ; mais en 1834 Mgr Bouvier, évêque du Mans, voulut revoir lui-même ces règles et approuva ensuite par ordonnance épiscopale la nouvelle congrégation. Enfin, les constitutions des Soeurs de Ruilé furent approuvées par le Souverain-Pontife Pie IX en 1861. A la fin du XIXème siècle, la congrégation des Soeurs de la Providence de Ruillé possède cent quatre-vingt-dix établissements répartis dans seize diocèses en France et dans celui de Vincennes en Amérique ; il y a environ neuf cents soeurs pour les desservir. L'Institut a été autorisé par ordonnance royale du 19 novembre 1826 (Histoire de la Congrégation des Soeurs de la Providence de Ruillé, 142). A la fin du XIXème siècle, la maison-mère se trouve au bourg même de Ruillé-sur-Loir ; c'est un vrai monastère, avec une fort belle église conventuelle consacrée en 1858 par Mgr Nanquette, évêque du Mans, en présence d'un grand nombre de prêtres, dont plusieurs appartenaient au diocèse de Rennes. La congrégation des Soeurs de Ruillé, ayant pour but l'instruction des enfants et le soin des malades pauvres, possède, en effet, à la fin du XIXème siècle, de nombreux établissements chez nous ; on n'en compte pas moins de cinquante-deux, dont voici la nomenclature 1° Andouillé. — Ecole de filles. 2° Argentré. — Ecole de filles. 3° Availles. — Ecole de filles ; hôpital. 4° Bains. — Ecole de filles. 5° Bazouges-la-Pérouse. — Ecole de filles ; soin des malades pauvres. 6° Bourg-des-Comptes. — Ecole de filles. 7° Bruz. — Ecole de filles. 8° Cancale. — Ecole de filles ; asile pour les enfants et les vieillards ; chapelle dédiée à saint Pierre. 9° Cesson. — Ecole de filles. 10° Chantepie. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 11° Chapelle-du-Lou (La). — Ecole mixte. 12° Domalain. — Ecole de filles ; hôpital. 13° Etrelles. — Ecole de filles. 14° Feins. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 15° Fougeray. — Ecole de filles. 16° Gennes. — Ecole de filles. 17° Guerche (La). — Ecole de filles ; salle d'asile ; ouvroir ; chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette. 18° Guichen. — Ecole de filles. 19° Guignen. — Ecole de filles. 20° Iffendic. — Ecole de filles. 21° lzé. — Ecole de filles ; chapelle. 22° Laillé. — Ecole de filles ; soin des malades pauvres. 23° Langon. — Ecole de filles. 24° Martigné-Ferchaud. — Ecole de filles ; soin des malades pauvres. 25° Maure. — Ecole de filles ; salle d'asile. 26° Messac. — Ecole de filles. 27° Montauban. — Ecole de filles ; chapelle dédiée au Sacré-Coeur de Jésus et bénite par Mgr de Lesquen le 23 octobre 1832. 28° Moulins. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 29° Moutiers. — Ecole de filles. 30° Noyal-sur-Vilaine. — Ecole de filles. 31° Piré. — Ecole de filles ; visite des pauvres et des malades. 32° Plerguer. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 33° Pleugueneuc. — Ecole de filles. 34° Rannée. — Ecole de filles. 35°, 36° et 37° Rennes. — En Notre-Dame : Ecole de filles, rue de Belair ; pensionnat et chapelle, faubourg de Paris. — En Saint-Aubin : Ecole de filles et salle d'asile. 38° Retiers. — Ecole de filles ; hôpital. 39° Romillé. — Ecole de filles et salle d'asile. 40° Saint-Didier. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 41° Saint-Gilles. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 42° Saint-Jacques-de-la-Lande. — Ecole de filles. 43° Saint-Just. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres. 44° Saint-Malo-de-Phily. — Ecole de filles. 45° Sainte-Anne-sur-Vilaine. — Ecole de filles ; soin des malades pauvres. 46° Sainte-Marie. — Ecole de filles. 47° Saint-Méloir-des-Ondes. — Ecole de filles. 48° Saint-Onen. — Ecole de filles. 49° Saint-Pierre-de-Plesquen. — Ecole de filles. 50° Saint-Servan. — Bureau de bienfaisance de Saineville, tenu avant la Révolution par les Filles de la Charité et confié en 1828 aux Soeurs de Ruillé ; chapelle dédiée à Notre-Dame du Sacré-Coeur. 51° Vignoc. — Ecole de filles. 52° Visseiche. — Ecole de filles ; visite des malades pauvres.

82° Chapelle des Soeurs de la Providence de Ruillé, rue de Belair, en Notre-Dame (voir n° 81).

83° Chapelle des Filles de la Providence de Saint-Brieuc, rue du Vieux-Cours, en Toussaints. En 1873, M. Gandon, curé de Toussaints, appela dans sa paroisse les Filles de la Providence (de Saint-Brieuc) pour tenir une école gratuite abandonnée alors par les Filles de Marie ; cette maison, située rue du Vieux-Cours, contient à la fin du XIXème siècle un pensionnat, un externat et une école gratuite ; elle élève chaque année plus de cinq cents enfants ; une chapelle est construite dans l'enceinte de l'établissement, elle appartient au curé de Toussaints, mais les soeurs en ont la jouissance ; vingt-deux religieuses.

84° Saint-Joseph des Récollets, faubourg de Redon, en Toussaints. En 1876, deux Pères Franciscains-Récollets, Frères-Mineurs de l'Etroite Observance, vinrent prêcher à Bourg-des-Comptes une mission dont cette paroisse a gardé un profond souvenir. Une circonstance particulière en solennisa la clôture. Le cardinal Saint-Marc, archevêque de Rennes, qui avait son château en Bourg-des-Comptes, vint présider la fin de cette mission. « Les pieux résultats obtenus par les deux religieux de Saint-François lui parurent tels qu'il exprima aussitôt le désir de les voir fonder un couvent de Récollets dans sa ville archiépiscopale. Un pareil voeu était digne du coeur si chaud de l'archevêque de Rennes ; il connaissait le caractère particulier des religieux auxquels il faisait appel, il savait leur infatigable dévouement aux classes laborieuses et les services que le clergé paroissial pouvait attendre de ces auxiliaires zélés. Quelques mois plus tard, au commencement de 1877, un immeuble était acheté, et l'on fondait le couvent dans le faubourg de Redon, à l'extrémité d'un quartier populeux éloigné de l'église paroissiale de Toussaints, habité surtout par des ouvriers, par des gens de travail peu favorisés de la fortune. Ce sont là toujours les premiers amis des disciples de saint François » (Expulsion des PP. Récollets à Rennes, 6 - Quelques années auparavant, en 1865, les Pères Oblats de Marie avaient essayé de fonder un couvent dans ce même faubourg de Redon ; mais, découragés de bonne heure, ils s'étaient retirés après un court séjour parmi nous). Ce nouveau couvent fut rattaché à la province de Saint-Bernardin de Sienne, la seule que possèdent à la fin du XIXème siècle en France les Pères Récollets. Bientôt, sur les dessins de M. le chanoine Brune, une belle et vaste église de style roman surgit de terre ; en peu de temps, ses trois nefs se développèrent et ses grandes lignes de granit s'élancèrent vers le ciel ; déjà le fronton sévère de l'édifice portait à son sommet une belle statue de saint Joseph, choisi comme patron par les Pères. En même temps s'élevait tout près, et s'appuyant aux bas-côtés de l'église, un monastère complet avec son cloître et ses cellules. Cependant toutes ces constructions n'étaient point achevées et les Récollets habitaient encore la vieille maison qu'ils avaient acquise en arrivant à Rennes, quand l'heure de la persécution sonna pour eux comme pour les Carmes. Dès la nuit du 13 au 14 juillet 1880, le couvent des Récollets fut assailli une première fois par une bande de soixante à quatre-vingts vauriens. « Après avoir mis en pièces le grand portail, ces misérables entrèrent dans la cour, s'armèrent de pierres, de tuiles, de pavés, et s'attaquèrent à la maison elle-même. Vitres, persiennes, volets, tout fut réduit en miettes, tandis que ces forcenés vociféraient d'affreuses menaces contre les religieux. Ceux-ci, pendant cet ignoble assaut, qui dura trois quarts d'heure, s'étaient retirés et mis en prière dans la chambre du supérieur » (Expulsion des PP. Récollets, 20). Le prétexte de cette agression sauvage était le refus que faisaient les Récollets de se soumettre aux décrets du 29 mars. Aussi le 29 octobre suivant le couvent fut-il de nouveau attaqué, non plus cette fois par une plèbe éhontée, mais bien par l'autorité civile elle-même représentée par le commissaire de police central. Comme chez les Carmes, les portes du couvent des Récollets furent brisées, les cellules furent envahies et les religieux furent expulsés. Avant de quitter leur couvent et après en avoir franchi la porte, les Récollets, au nombre de cinq, se jetèrent aux pieds de leur supérieur et lui demandèrent sa bénédiction, puis tous ensemble se dirigèrent vers une maison amie située à l'autre extrémité de la ville. Mais un spectacle imposant, que n'oublieront jamais ceux qui l'ont vu, se présenta alors : ce fut une foule immense, enthousiaste, agitant des chapeaux, des mouchoirs et criant : Vivent les Récollets ! Ce cri se répercuta dans tout le faubourg de Redon en se prolongeant jusqu'au placîs de la Croix-de-la-Mission et au-delà. « Aucune expression ne peut rendre, — dit un témoin oculaire, — cette magnifique marche triomphale qui traverse alors toute la ville. On se précipite sur le passage des Pères, on veut leur serrer les mains, toucher au moins respectueusement le bord de leurs vêtements. On se met à genoux sur leur passage pour recevoir leur bénédiction. La joie éclate sur tous les visages, des larmes sont dans bien des yeux, et pendant tout ce temps retentit ce cri formidable et non interrompu : Vivent les Récollets ! Vive la religion ! Vivent les Pères ! A bas les crocheteurs ! La foule est si compacte que les Pères et leurs amis sont pour ainsi dire portés. Il faut leur frayer un passage ». Le cortège gagne enfin le boulevard Sévigné et l'hôtel hospitalier offert aux Récollets. « Là un groupe nombreux stationnait aussi, attendant l'arrivée des Pères. Tous s'empressent pour serrer la main des confesseurs de la foi. La grille est ouverte, et le P. Paul, entre le P. Joseph et le P. Arsène, se tourne vers la foule au haut des marches du perron. A ce moment un profond silence se fait : ces milliers d'hommes et de femmes de toutes conditions s'agenouillent pour recevoir la bénédiction des trois vénérables religieux. Jamais peut-être la population de Rennes n'avait affirmé sa foi, son amour pour la religion, avec cette force et cette énergie » (Expulsion des PP. Récollets, 43, 44). A la fin du XIXème siècle, les travaux du couvent des Récollets sont interrompus ; leur chapelle provisoire est fermée, les scellés ayant été mis sur les portes de ce sanctuaire par le commissaire ; et le Père supérieur reste seul avec quelques frères, comme gardien de l'immeuble qui promettait de devenir un si beau monastère !

85° Sainte-Anne du Sacré-Coeur, faubourg de Brest, en Saint-Etienne. La congrégation des "Dames du Sacré-Coeur" a été fondée par la mère Sophie Barat, déclarée vénérable le 18 juillet 1879 par le Souverain-Pontife Léon XIII. Dirigée par les PP. Varia d'Ainvelle, de Tournély et Barat, — ce dernier son propre frère, — faisant tous partie de la société dite des Pères de la Foi, Sophie Barat ne tarda pas à marcher rapidement dans la voie de la perfection. Le but principal des Pères de la Foi était de prêcher des missions et de répandre le culte du Sacré-Coeur. Mais « il ne suffisait pas à leur zèle sacerdotal de travailler à relever la religion par les hommes. Les femmes, les mères de famille, les épouses chrétiennes, les jeunes filles vertueuses devaient avoir aussi une part très-considérable, et plus grande que jamais, dans la rénovation de la société. C'est pourquoi Tournély fut inspiré de fonder, parallèlement à son Institut de missionnaires, et presque sur le même plan, un Institut de femmes consacrées à l'instruction non-seulement des enfants pauvres, mais des classes élevées et influentes du monde. Se dévouer au Coeur de Jésus, disent les Mémoires du temps, ressusciter l'amour de Jésus dans les âmes et la lumière de sa doctrine dans les esprits ; pour cela prendre les sentiments et les dispositions intérieures de ce Coeur divin et les répandre par le moyen de l'éducation de la jeunesse : tel fut le but de Tournély dans la conception de cet Ordre de femmes. En conséquence, cet Ordre devait porter le nom du Coeur de Jésus, selon que le divin Maître lui-même s'en était ouvert à son serviteur » (Histoire de la vénérable mère Barat, I, 38). Ce fut le 21 novembre 1800 que Sophie Barat et trois pieuses compagnes se consacrèrent solennellement au Coeur de Jésus dans la petite chapelle des Pères de la Foi à Paris ; l'année suivante, la première maison de la congrégation des Dames du Sacré-Coeur fut fondée à Amiens, et Mme Barat en fut nommée supérieure. L'Institut se développa rapidement ensuite et fut approuvé par le Souverain-Pontife Léon XII en 1826. Obligé d'abréger cet aperçu historique, nous ne pouvons que signaler ici à nos lecteurs l'admirable Vie de Mme Barat, qui renferme toute l'histoire de sa congrégation, car cette sainte religieuse n'est morte qu'en Ise, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. A la fin du XIXème siècle le Sacré-Coeur a des maisons non-seulement dans toute la France, mais pour ainsi dire dans toute l'Europe, notamment dans l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, la Suisse, l'Autriche, la Hollande, l'Irlande, l'Ecosse, etc.; il s'étend, en outre, dans les deux Amériques et dans la Nouvelle-Zélande. Cet Institut a été approuvé d'abord par Napoléon Ier le 10 mars 1807, puis par Charles X en avril 1827, et enfin par Napoléon III au mois d'août 1853. Ce fut à la demande de l'évêque Mgr Saint-Marc, et sur l'initiative de M. l'abbé Carron, que le Sacré-Coeur s'établit à Rennes en 1846, dans une modeste maison entourée de jardins et appelée Bégasson, située dans la paroisse de Saint-Etienne. Cette propriété, relevant jadis féodalement du prieuré de Saint-Cyr, avait successivement appartenu aux familles Le Duc de la Bouquinaye, Blanchart, Le Bel de Lesnen, Le Gonidec des Aulnays, de Plouer, de Bégasson et de Sceaulx. C'est cette dernière famille qui vendit Bégasson aux religieuses du Sacré-Coeur. Celles-ci arrivèrent à Rennes conduites par une des premières compagnes de Mme Barat, la mère Catherine de Charbonnel de Jussac, femme éminente qui, sous la Terreur, s'était dévouée pour la foi, les ministres de l'Evangile et le soulagement des proscrits (Voir Histoire de Madame Barat, I, 85). Parmi les soeurs nouvellement installées à Rennes se trouvait aussi Marie Lataste, devenue célèbre par les révélations dont elle fut privilégiée : « Dieu, s'emparant de cette âme, l'avait envahie de sa lumière et de sa grâce, et depuis la fin de l'année 1839 Marie Lataste était avec Jésus-Christ en communication extraordinaire » (Voir Histoire de Madame Barat, II, 273). Cette sainte fille mourut à Rennes dès l'année suivante, à peine âgée de vingt-cinq ans, après avoir fait ses voeux sur son lit d'agonie : « Le 10 du mois de mai, vers quatre heures du matin, rapporte sa supérieure, lorsque autour de sa cellule une multitude d'oiseaux s'éveillaient dans les grands arbres et chantaient les louanges de leur Créateur, la soeur Marie Lataste prêta l'oreille, sourit, baisa le crucifix et rendit son âme à Dieu » (Vie de Marie Lataste, I, 122). L'humble cellule où elle exhala si doucement son dernier soupir est devenue un oratoire dédié au Sacré-Coeur de Jésus, et la confiance des fidèles y amène de nombreux pèlerins. L'ancien manoir de Bégasson étant insuffisant pour contenir le pensionnat fondé par les Dames du Sacré-Coeur, fut destiné par elles à renfermer une école gratuite de petites filles pauvres ; puis, en 1852, l'on bâtit une nouvelle maison, contenant le monastère et le pensionnat. C'est dans cette dernière demeure que fut reçu, pendant les tristes évènements de 1870-71, le noviciat général de la société, obligé de quitter Conflans, près de Paris. La communauté des Carmélites de Meaux y trouvait en même temps un asile. Pendant plusieurs années le Sacré-Coeur de Rennes dut se contenter d'une chapelle provisoire. La belle église de style ogival primitif qu'on y admire à la fin du XIXème siècle fut consacrée, ainsi que l'autel majeur, le 23 octobre 1861, par Mgr Saint-Marc, archevêque de Rennes. C'est un édifice en forme de croix, avec abside polygonale ; de riches verrières garnissent les nombreuses fenêtres du sanctuaire et des transepts, et d'élégantes stalles en bois sculpté occupent la nef entière. Toutes les maisons et chapelles du Sacré-Coeur sont de droit dédiées au divin Coeur de Jésus, mais chacune d'elles reçoit, de plus, un patron spécial : la maison de Rennes reconnaît sainte Anne pour sa patronne, et l'autel majeur de l'église est sous son vocable ; les autels latéraux sont dédiés à la Sainte Vierge et à saint Joseph. Un oratoire sous le vocable de Mater Admirabilis existe, en outre, dans l'intérieur de la maison (Notice ms. sur le Sacré-Coeur de Rennes).

86° Ancienne chapelle de la Sagesse, faubourg de la Perrière (nunc faubourg de Brest), en Saint-Etienne.

87° Sainte-Philomène de la Sagesse, rue du Manège, en Saint-Etienne. La société hospitalière des Filles de la Sagesse fut fondée à Poitiers, en 1703, par le vénérable P. Grignon de Montfort, de concert avec Mlle Louise Trichet. En 1720, elle s'établit à Saint-Laurent-sur-Sèvre, évêché de La Rochelle (nunc évêché de Luçon), où se trouve encore sa maison-mère. Cet institut embrasse aujourd'hui toutes les oeuvres d'enseignement et de charité ; il a été autorisé le 27 février 1811 et possède à la fin du XIXème siècle en France deux cent soixante-et-onze maisons et à l'étranger un grand nombre d'établissements ; il se compose de près de quatre mille religieuses (M. Keller, Les Congrégations religieuses en France). En 1724, Elisabeth Davaise, directrice de l'école charitable fondée récemment à Rennes par Henri Raccapé, marquis de Magnane, céda cet établissement à Louise Trichet, Marie Garnier et Magdeleine Renou, Filles de la Sagesse établies à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Les conditions furent que les religieuses feraient une école de charité aux jeunes filles de Rennes ; que cette école porterait le nom de la Sagesse ; qu'elles seraient au moins trois religieuses, ou davantage s'il était besoin (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 63). Quand arriva la Révolution, il y avait quatre religieuses dans la maison de la Sagesse de Rennes ; elles en furent chassées en 1792, mais elles ont repris plus tard à nouveau leurs exercices scolaires à Rennes. A la fin du XIXème siècle, les Filles de la Sagesse possèdent dans notre archidiocèse dix-neuf établissements, dont voici la nomenclature (V. le P. Fontenau, Histoire de la Congrégation de la Sagesse, 529, 530) : 1° Bais. — Maison d'instruction et de charité fondée en 1853 ; asile de vieillards ; chapelle dédiée à la Sainte Vierge. 2° Chapelle-Chaussée (La). — Maison d'instruction et de charité fondée en 1860 ; chapelle de Notre-Dame de Lourdes. 3° Dol. — Hôpital ; bureau de charité ; ouvroir ; salle d'asile ; les Filles de la Sagesse sont venues à Dol en 1875. 4° et 5° Fougères. — Deux établissements, fondés l'un et l'autre avant la Révolution. a) — Hôpital-Général, dans la paroisse Saint-Léonard ; chapelle dédiée à saint Louis. b) — Maison de la Providence, en la paroisse de Saint-Sulpice ; école de filles ; chapelle dédiée à la Sainte-Trinité. 6° Gaël. — Ecole de filles et maison de charité fondées en 1834. 7° Ifs (Les). — Ecole de filles et maison de charité fondées dès 1788. 8° Janzé. — Hôpital avec chapelle intérieure ; école de filles et maison de charité avec oratoire. 9° Louvigné-de-Bais. — Maison d'instruction pour les filles et de charité pour les pauvres fondée en 1751 ; chapelle. 10° Miniac-Morvan. — Ecole de filles et Bureau de charité fondés en 1764. 11° Montfort. — Hôpital avec chapelle ; maison de retraite ; école de filles et salle d'asile ; établissement fondé en 1773. 12° Paramé. — Maison d'instruction et de charité fondée en 1804 ; salle d'asile ; oratoire. 13° Pleurtuit. — Ecole de filles et maison de charité fondées en 1837 ; oratoire. 14° Rennes. — En la paroisse de Saint-Etienne, pensionnat et école charitable ; cette maison, fondée en 1724 au haut du faubourg de Brest, a été transférée après la Révolution dans la rue du Manège ; chapelle dédiée à sainte Philomène. 15° Roz-Landrieux. — Maison d'instruction et de charité fondée en 1871. 16° Saint-Briac. — Ecole de filles et visite des pauvres malades ; maison fondée en 1819 ; chapelle. 17° Saint-Coulomb. — Maison d'instruction et de charité fondée en 1815. 18° Saint-Servan. — Hôpital du Rosais ; les Filles de la Sagesse y sont venues en 1814 ; chapelle de la Sainte-Trinité. 19° Vivier (Le). — Ecole de filles et visite des pauvres ma­lades ; maison fondée en 1862.

88° Saint-Donatien-sur-les-Murs. — Cette antique chapelle se trouvait bâtie sur les murailles de la première enceinte de Rennes ; elle dépendait au XIIème siècle de l'abbaye de Saint-Georges, et les religieuses de ce monastère furent confirmées en la possession de ce sanctuaire et de ses dépendances, « ecclesia Sancti Donatiani super muros Civitatis cum pertinenciis suis », par les papes Alexandre III en 1164, Innocent III en 1208 et Eugène IV en 1442. L'abbesse de Saint-Georges mentionnait encore dans ses aveux en 1633 et 1665 ses droits à présenter le chapelain de Saint-Donatien-sur-les­Murs (Cartulaire de l’abbaye Saint-Georges, 169, 173, 279 et 356). Il ne reste plus trace de cette chapelle, mais il se pourrait bien que ce fût elle qu'on voyait encore naguère dans l'enclos de l'ancien hôtel de la Costardaye, devenu au XVIIème siècle le couvent des Hospitalières de la Miséricorde. Ces religieuses trouvèrent dans cette chapelle une statue de la Vierge réputée miraculeuse et qu'elles ont emportée avec elles en 1858 dans le nouvel Hôtel-Dieu. Comme on se préparait alors à raser ce petit sanctuaire, voici la description qu'on eut soin d'en faire : « Cette chapelle est construite sur le mur gallo-romain de l'enceinte primitive de la Cité, en appareil moyen régulier et soigné ; le mur oriental, peut-être plus ancien, est d'une maçonnerie plus confuse et bien moins régulière. A ce mur est adossé l'autel, consistant en une table de granit marquée à ses quatre angles et à son centre d'une petite croix, témoignage de sa consécration. Cette table est supportée par un massif angulaire de maçonnerie et par trois colonnettes à bases et à chapiteaux prismatiques. Un retable en pierre sculptée est appliqué au mur au-dessus de la table de l'autel ; sa forme, ses moulures et la guirlande de feuillages qui le décorent sont dans le style du XVème siècle finissant ; sous le badigeon qui l'empâte on reconnaît des traces de peintures. Une large baie à cintre surbaissé était ouverte dans le mur latéral au Nord ; c'était la communication de la chapelle à une galerie qui la reliait au corps de logis principal de l'hôtel » (Notes ms. de M. de la Bigne Villeneuve). C'est sur l'emplacement de cette chapelle qu'en partie s'élève aujourd'hui l'hôtel de Palys.

89° Saint-Donatien-de-la-Forêt. — Cette chapelle tirait son nom de sa situation dans la forêt au Midi de Rennes, couvrant jadis tout le territoire entre la Vilaine et la Seiche. Elle était fort ancienne, puisqu'il en est fait mention dans des chartes de 1096 et 1127 sous le nom de Saint-Donatien-du­Bois, « ecclesia Sancti Donatiani de Bosco ». Dès cette époque elle appartenait à l'abbaye de Saint-Georges, qui fut confirmée dans la possession de ce sanctuaire et de toutes ses dépendances, « ecclesia Sancti Donatiani de Foresta cum pertinenciis suis », par les papes Alexandre III en 1164, Innocent III en 1208 et Eugène IV en 1442 (Cartulaire de l’abbaye Saint-Georges, 140, 157, 169, 173 et 279). Saint-Donatien devint au XVème siècle une petite seigneurie relevant de la châtellenie du Désert et possédée successivement par les familles du Bouais, de Bourgneuf, Beaugret, etc. Néanmoins, l'abbesse de Saint-Georges maintenait encore en 1665 son droit à la présentation du chapelain de ce manoir. Vers cette époque, la chapelle fut relevée sur les fondations mêmes du premier édifice. C'est aujourd'hui une simple nef terminée par un chevet droit avec fenêtre ogivale ; au-dessus de la porte est un écusson gravé en pierre qui semble porter une fasce accompagnée de trois (coeurs ?), deux en chef, un en pointe. — Cette chapelle est abandonnée.

90° Sainte-Anne. En 1340, plusieurs confréries de métiers fondèrent un hôpital à Rennes ; ce furent « les frères et soeurs, les prévotz et esleus des frairies de Nostre-Dame Meaoust (de la mi-août), qui est tenue des boulangers, de Sainte-Anne, qui est tenue des texiers, de Saint-Berthélemy, qui est tenue des baudriers, de Nostre-Dame de Septembre, qui est tenue des drapiers, de Saint-Martin, qui est tenue des boursiers, de Saint-Philippe et de Saint-James, qui est tenue des merciers, de Saint-Eloi, qui est tenue des selliers et des mintiers, de Saint-Michel, qui est tenue des parcheminiers, de Nostre-Dame des Avents, qui est tenue des cordouanniers, et du Sacrement, laquelle est tenue des bouchers ». Ces dix confréries ouvrières se portèrent comme « fondours de la méson-Dieu fondée de nouvel à Rennes près l'église de Saint-Aulbin, en l'honneur de Dieu, de la glorieuse benoiste vierge Marie sa mère, et de Madame Sainte-Anne, mère de la mère de Jésus-Christ, pour recepvoir les pouvres personnes malades et les pèlerins passans, et pour faire et exercer les oeuvres de charité et de miséricorde ». De concert avec Nicolas, abbé de Saint-Melaine, dans le fief duquel se trouvait le nouvel hôpital, et avec Guillaume de la Motte, archidiacre de Rennes, les fondateurs nommèrent les premiers administrateurs, « procurours, recevours, gardes et dispositours de ladite méson-Dieu » ; ils s'appelaient « Messire Jehan Radiguer, dom Jehan Louet, Perrot Chouan, Olivier Rualen, Colin D..., Perrot Lebas, Perrot Lehouern et Raoul Bousan ». Deux siècles plus tard, en 1557, l'hôpital Sainte-Anne fut uni à l'Hôtel-Dieu et placé sous la direction des prévôts de Saint-Yves ; les malades furent conduits à l'Hôtel-Dieu, et l'on utilisa leur salle en en faisant une chapelle contiguë à celle de Sainte-Anne. C'est dans cette nouvelle chapelle que la confrérie de Saint-Roch et Saint-Eutrope plaça son autel. Il y eut dès lors deux chapellenies organisées à Sainte-Anne : le gardien ou prieur de Sainte-Anne y disait deux messes par semaine à l'autel Sainte-Anne, et le chapelain de la confrérie de Saint-Roch desservait l'autel de la chapelle voisine. Mais il y eut souvent contestation entre la Communauté de ville et la confrérie de Saint-Roch : la Communauté prétendait que le gardien de Sainte-Anne était chapelain-né de Saint-Roch et Saint-Eutrope ; mais les confrères voulaient avoir un chapelain ne dépendant que d'eux ; la Communauté se disait aussi propriétaire des deux chapelles, tandis que la confrérie réclamait la propriété de l'une d'elles. Comme cette confrérie de Saint-Roch et Saint-Eutrope, dont les statuts datent de 1548, était fort importante, ces difficultés se renouvelèrent souvent. En 1780, le gardien de Sainte-Anne, Nicolas du Liepvre, recteur de Gévezé, rendant aveu à l'abbaye de Saint-Melaine pour la chapelle Sainte-Anne, décrit assez bien les deux chapelles juxtaposées dont nous venons de parler : « Scavoir est la chapelle Sainte-Anne située en la paroisse de Saint-Germain (nota : la rue Haute dépendait alors de la paroisse Saint-Germain, et la chapelle Sainte-Anne servait de chapelle vicariale pour ce quartier), et jointe à cette chapelle une autre nommée Sainte-Marguerite ; auxquelles il y a quatre grandes croisées, dont trois à la chapelle Sainte-Anne, desquelles deux au Nord et une au chevet à l'Est, et une seulement en la chapelle Sainte-Marguerite, au chevet oriental » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 60 - Archives municipales de Rennes, 329). Cette chapelle Sainte-Anne était très-honorée à Rennes à cause des nombreuses confréries qui s'y réunissaient ; le pape Innocent XII (1691-1700) accorda des indulgences à tous ceux qui viendraient y prier ; le Chapitre de Rennes y faisait parfois des processions solennelles, notamment en 1547, et jusqu'au siècle dernier les confrères y vinrent toujours en grand nombre. En 1596, le chanoine et scholastique François Chaussière avait même fondé en cette chapelle une messe solennelle et une distribution de pain bénit le jour de la fête patronale, 26 juillet. Lorsque arriva la Révolution, le dernier gardien de Sainte-Anne, M. Collet, déclara en 1790 que les revenus de son bénéfice consistaient en loyers de divers appartements, montant au total de 336 livres ; sur cette somme il devait acquitter 54 livres de charges et faire l'office divin dans la chapelle tous les dimanches et fêtes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). La chapelle Sainte-Anne, devenue propriété particulière depuis 1792 et démolie récemment, offrait tous les caractères d'un monument de la fin du XVème siècle. Il suffisait pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les deux gables ou pignons aigus d'inégale hauteur qui formaient la façade occidentale de l'édifice. Le principal, celui qui était le plus en vue, était percé d'une grande fenêtre à meneaux prismatiques et à réseau flamboyant. Le contrefort venant s'appliquer obliquement à l'angle Nord-Ouest de la chapelle était orné d'une fort jolie niche avec pinacles simulés, dais brodés avec élégance et cul-de-lampe historié d'animaux rampants supportant un écusson. Au-dessous de la fenêtre ci-dessus décrite un portail offrait un arc surbaissé qu'enveloppait une gracieuse archivolte à contre-courbure dont l'amortissement formait pédicule et servait de support à une console destinée à recevoir une statuette. L'ornementation des deux fenêtres et de la porte latérale pratiquées dans le mur Nord bordant la petite rue Sainte-Anne rentrait dans le même style. L'une de ces fenêtres conservait encore, entre les compartiments ondulés de ses meneaux, quelques fragments d'un ancien vitrail du XVIème siècle ; on y remarquait un ange d'un bon style tenant un écusson aux armes des Bourgneuf, Champeigné et Bouëdrier (Bulletin de l'Association bretonne, II, 129). Enfin, on voyait à l'intérieur de la chapelle Sainte-Anne un système de corniches sculptées et historiées analogues à celles de la chapelle Saint-Yves ; ces deux édifices se ressemblaient beaucoup, au reste, et avaient dû être construits vers la même époque, à la fin du XVème siècle. Nous avons déjà parlé assez longuement de cette chapelle, dépendant à l'origine de l'hôpital de même nom. C'est en 1548 qu'y fut érigée la confrérie de Saint-Roch et Saint-Eutrope, pour être préservé de la peste désolant alors nos contrées ; elle fut approuvée cette année-là par l'ordinaire, mais elle ne reçut des indulgences de Rome qu'en 1621 du pape Grégoire XV (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 4 H, 16). Sainte-Anne était un objet de litige entre les recteurs de Saint-Aubin et de Saint-Germain : le premier prétendait qu'elle se trouvait sur le territoire de sa paroisse, mais le second obtint en 1712 et 1744 des arrêts du Parlement l'autorisant à faire les fonctions curiales en ce sanctuaire et l'y reconnaissant maître de l'autel majeur. En 1790, le recteur de Saint-Germain se servait encore de la chapelle Sainte-Anne pour administrer les sacrements à ses paroissiens habitant les rues voisines. Parmi les chapelains ou gardiens de Sainte-Anne, notons : Jean Lezot, décédé en 1661 ; Jean Bougret (1663) ; Charles Mazette, décédé en 1712 ; Joseph Boulogne, décédé en 1745; Nicolas du Liepvre (1780) et Nicolas Collet ; celui-ci déclara qu'il jouissait de diverses maisons sises place Sainte-Anne, qu'il affermait 336 livres ; il avait, en outre, sa demeure « jouxte ladite chapelle » (Registre d’état civil – Archives départementales d'lle-et-Vilaine, 1 V, 26).

91° Sainte-Anne, située dans les jardins du Grand-Séminaire, est un dernier débris de l'ancien couvent des Carmélites ; elle est entretenue et desservie encore à la fin du XIXème siècle.

92° Sainte-Foi-de-la-Forêt était une chapelle sise dans les bois au Sud de Rennes et appartenant au XIIème siècle à l'abbaye de Saint-Georges. Les papes Alexandre III en 1164, Innocent III en 1208 et Eugène IV en 1442, confirmèrent l'abbesse de ce monastère dans la possession de Sainte-Foi et de ses dépendances, « ecclesiam Sancte Fidis de Foresta cum pertinenciis suis » (Cartulaire de l'abbaye Saint-Georges, 169, 173 et 279). Cette chapelle n'existe plus depuis fort longtemps, mais elle donna naissance à un manoir situé en Toussaints, appartenant en 1428 au chanoine Jean de Beaumont, en 1513 à Jean de Beaucé, et plus tard au seigneur de la Prévalaye (nota : on visite à la fin du XIXème siècle près de la ferme de Sainte-Foi le chêne dit Henri IV).

93° Sainte-Magdeleine, faubourg de Nantes, en Toussaints. Les bulles des papes Alexandre III (1164) et Innocent III (1208), données en faveur de l'abbaye de Saint-Georges, mentionnent à Rennes une chapelle dédiée à saint Lazare, située dans la rue de ce nom et dépendant de ce monastère, « ecclesiam Sancti Lazari cum pertinenciis suis » (Cartulaire de l'abbaye Saint-Georges, 168, 172 — En 1236, Alain, évêque de Rennes, reconnut que feu Guillaume Mengot avait fondé une messe en la chapelle de Saint-Lazare ; il est fait mention dans cet acte de la rue, de la vigne et du pressoir de Saint-Lazare, « vicus Sancti Lazari, —  vinea et pressorium Sancti Lazari » - Archives de la vicomté de Rennes). C'était la chapelle de l'hospice ou maladrerie de Saint-Lazare, destiné à servir de refuge aux lépreux. Selon M. de la Bigne Villeneuve, la léproserie de Rennes devait remonter jusqu'au XIème siècle. Cet hospice disparut au commencement du XVIème siècle, comme nous le dirons plus loin. Quant à sa chapelle, dédiée à l'origine à Notre-Dame, Marie-Magdeleine et saint Lazare (ce que prouve un acte de 1490), ayant été reconstruite et agrandie vers cette époque, elle fut placée plus particulièrement alors sous le vocable de sainte Magdeleine. C'est par erreur que M. Marteville a attribué au duc de Bretagne Conan III la fondation de la léproserie de Rennes en 1103. A cette époque, en effet, ce prince bâtit bien sur l'une des tours de la ville de Rennes une chapelle dédiée à saint Lazare et à sainte Magdeleine, mais il la donna en 1141 à l'abbaye de la Roë. Or, la chapelle des lépreux de Rennes n'a jamais dépendu du monastère de la Roë. De plus, nos historiens anciens regardent la fondation faite par Conan III comme étant celle du prieuré de Saint-Michel du Vieux-Châtel, desservi à l'origine dans une chapelle construite sur la Tour-du-Comte, puis dans la cathédrale. Enfin, l'on ne peut raisonnablement admettre l'établissement d'une léproserie sur des murs de ville ; au moyen-âge, on se gardait bien de soigner les lépreux, si universellement abhorrés, dans l'enceinte même de la cité. Si l'on s'en rapporte à certaine tradition relatée dans un titre de la vicomté de Rennes, l'origine de la chapelle de Saint-Lazare ou de Sainte-Magdeleine est beaucoup plus ancienne. L'on sait qu'avant l'an 1008 Riwallon, premier seigneur de Vitré, s'attira l'affection de Geoffroy Ier, duc de Bretagne, qui lui fit épouser Gwen-Argant, vicomtesse de Rennes. Or, voici la tradition, que confirme en partie Le Baud dans son Histoire et le P. Du Paz dans son Catalogue des Evêques de Rennes ; nous laissons la parole à Gilles du Verger, sieur de Gohy, procureur fiscal de la vicomté de Rennes et auteur du Terrier de cette seigneurie. « Dans l'origine, dit-il, l'église de Toussainct de Rennes n'estoit qu'une simple chapelle occupée par des hermites qui avoient pour patron saint Augustin. La paroisse de ce canton n'avoit pour toute église que la chapelle de la Magdeleine, qui est aussi située dans le fief de la vicomté de Rennes. Grénégande (c'est une altération du nom breton Gwen-Argant), la vicaire ou vicomtesse de Rennes, mariée à Riwallon de Vitré, transféra en l'an 992 lesdits hermites en sa ville de Vitré, qui sont à présent les Augustins, et à ce moment la paroisse qui estoit à la Magdeleine fut establie en l'église de Toussainct, et de la chapelle de la Magdeleine, où estoit ladite paroisse, il en fut par après fait et étably un hôpital pour les ladres » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). Une enquête faite en 1394 prouve que les vicomtes de Rennes étaient considérés, en effet, comme les fondateurs de la léproserie de cette ville ; aussi était-ce à eux et à ce titre que les prieurs et les malades de cet établissement rendaient aveu comme à leur seigneur féodal. Durant le moyen-âge, on conserva même traditionnellement une cérémonie destinée à rappeler le souvenir de l'origine et de la fondation de la léproserie de Rennes : « Lorsqu'il était question de recevoir et installer des ladres dans cette maladrerie, cela se faisait processionnellement, en présence des juges, officiers et vassaux de la vicomté de Rennes, en présence desquels les ladres et mezeaux étaient obligés de dire une chanson avant d'y estre admis. Le dimanche, 14e jour de février 1429, furent par les processions conduits et menés au­dit lieu de la Magdeleine un nommé Roullequin et l'autre Perrin, ladres ; lorsqu'ils furent à l'endroit d'un ruisseau étant assez près du Puits-Mauger, lesdits paroissiens s'y arrêtèrent, et sur une grande pierre étant proche dudit ruisseau, au costé de la maison de Guillaume Loz, se mirent lesdits mezeaux, et là dirent chacun sa chanson en présence des officiers de M. le comte de Laval (alors vicomte de Rennes) et de ses sujets ; scavoir ledit Perrin : Ma chanson est sur la ronche, ma chanson n'est pas plus longue ; et ledit Roullequin : Je hay ma vie et désire ma mort ; et par M. François du Boais (c'était le seigneur de Coëtbouc, lors possesseur du lieu noble du Puits-Manger, tenu prochement de la vicomté de Rennes) fut à chacun d'iceux baillé du pain et un verre de vin, et l'on dit qu'il doit à chacun ladre conduit audit lieu de la Magdeleine, audit ruisseau, du pain et un gobelet d'estain plein de vin, et que la quarte ou pinte où est porté le vin pour mettre au gobelet est aux ladres » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). On conserve encore aux Archives municipales de Rennes plusieurs rentiers de 1400 où sont portés les revenus de l'hospice de la Magdeleine ; on y voit qu'à cette époque ces rentes s'élevaient à une assez grosse somme. Vers la fin du XVème siècle, la Communauté de ville reconstruisit une partie de sa léproserie ; le 13 janvier 1489 « fut vue la maison et édifice des ladres de la Magdeleine, près cette ville de Rennes, laquelle Michel Mesguer a prins à feur de ladite ville, et, vu l'oeuvre parfaite, a esté trouvé que la maison cy-dessus est bien et suffisamment faite selon les points et devis du marché fait ». Aussi chargea-t-on les receveurs Jehan Le Breton et Jehan du Mont de payer cet entrepreneur intelligent. Les travaux de cette nouvelle construction avaient d'ailleurs été dirigés, non sans peine, par Pierre Becdelièvre, procureur des bourgeois de Rennes, qui avait dû soutenir un procès à ce sujet contre Jehanne, veuve de Jehan Binet ; c'est ce que nous apprend le mandement fait, le 17 janvier 1489, aux miseurs de Rennes de payer à cette veuve « la somme de 100 sols monnoye pour les peines et mises » que lui a causées le procès soutenu par elle « touchant un édifice qu'a fait faire ledit Becdelièvre au-devant de l'église de la Magdeleine, ès forsbourgs de ceste ville, près une petite ruelle joignant la maison de ladite veuve, quel édifice est pour loger les ladres de ceste ville et neuf paroisses de Rennes » (Archives municipales de Rennes). Cette construction de Pierre Becdelièvre n'était pas, semble-t-il, suffisante, puisque l'année suivante 1490, le 14 mai, on fit un devis d'une nouvelle maison de la maladrerie de la Magdeleine : « Ladite maison devant être à deux estres, chacun de 24 pieds de long et de laize de 16 pieds ». Nous remarquons dans ce devis qu'on projetait de faire un édifice assez élégant, probablement dans le style ogival fleuri de cette époque, à laquelle appartenait aussi la chapelle de Sainte-Magdeleine. Ainsi, il est fait mention des sablières et des pignons, si communs en ce temps-là, « puis sera fait sur le devant desdits deux estres de maison, devers le pavé, une galerie sortante de 6-pieds de large, en la longueur de ladite maison, qui sera portée sur cinq pots, quels pots seront portés sur muraille ; oultre seront faites marches pour entrer en ladite galerie, qui seront de pierre d'Orgères » (Archives municipales de Rennes). Toutefois, ce beau projet ne fut pas vraisemblablement exécuté. Cependant, les lépreux se trouvaient à cette époque dans une situation très-précaire, car le 12 février 1490 « les povres malades qui sont à l'ostel-Dieu, près la chapelle de la Magdeleine, ès forsbourgs de ceste ville de Rennes », supplièrent très-humblement Messieurs du Conseil et le procureur des bourgeois de Rennes de pourvoir à leur subsistance. Dans cette requête, les lépreux déclarent « qu'ils ont grant nécessité de vivres et autres choses, qu'ils n'osent nullement aller se pourvoir en ceste ville » où il leur a été défendu de paraître ; que « leurs rentes sont bien réduites », et que les quêtes faites pour eux par les paroissiens ne rapportent presque plus rien ; enfin, ils se disent très-malheureux et bien abandonnés, « mesme y a une femme parmi eux, laquelle a eu un enfant qu'elle prie et requiert qu'il soit baillé à nourrir, car elle ne peut le nourrir ». Ils terminent leur lettre de doléance en priant Dieu qu'il donne aux bourgeois de Rennes, en récompense de leurs charités, « santé et joie et paradis à la fin. Amen » (Archives municipales de Rennes). La Communauté de ville ne repoussa pas cette supplique des pauvres lépreux, car le 22 février 1491, et plus tard, en 1493, elle donna ordre de payer « le nourrissage d'une fille de Jehan Baincel et de Jehanne sa femme, laquelle femme est en la maladrerie de cette ville » ; il est dit également que « ce nourrissage » coûta 25 livres par an en 1491, et que la mère de cette enfant était encore à la Magdeleine en 1493. Nous arrivons maintenant à notre dernière charte, concernant la léproserie de Rennes. Le 1er février 1536, la Communauté de ville délibéra sur la construction d'une maison à la Magdeleine. Dans cette réunion on constata d'abord l'existence « d'un povre ladre de la paroisse de Toussaints, nommé en surnom Fournier, qui n'a habitation ny demeure, et qui, ces jours passés, a esté audit lieu de la Magdeleine conduit et mené ». Puis l'on rappela que « avant ceste heure avoit été dressé un devis de la maison qui reste à faire pour les ladres de la ville et des neuf paroisses de Rennes, au devant de la chapelle de la Magdeleine » (nota : Cet acte de 1536, ainsi que le précédent de 1489, nous montrent la léproserie de la Magdeleine construite devant la chapelle de ce nom et non pas derrière cet édifice, comme l'a dit par erreur M. Marteville - Dictionnaire de Bretagne, II, 580), mais que cet édifice, ayant été mis en adjudication, les entrepreneurs en avaient demandé « trop grant et excessif prix ». Par suite de cette difficulté, et aussi probablement parce que la lèpre était devenue heureusement plus rare à Rennes, « fut délibéré et ordonné estre fait une petite maison pour recueillir ledit povre ladre, sans avoir égard au devis » (Archives municipales de Rennes). Ce Fournier fut, pensons-nous, le dernier lépreux de Rennes logé à la Magdeleine ; les archives municipales ne renferment plus rien concernant cette léproserie après cette date de 1536. Un mot maintenant de la chapelle de Sainte-Magdeleine, qui survécut à la maladrerie. Cet édifice, formant un simple rectangle, avait été construit ou restauré à trois époques différentes : la moitié de la nef, vers le bas, appartenait au XVème siècle, le chevet et le haut de la nef étaient des premières années du XVIème siècle, et enfin la façade occidentale avait été relevée aux XVIIème et XVIIIème siècles. En 1490, Maurice du Grohant était chapelain de ce sanctuaire ; à sa prière, l'official de Rennes lui permit de percevoir à son profit les oblations et offrandes faites en sa chapelle « vulgairement appelée la Magdeleine », oblations parfois considérables, surtout à la fête de sainte Magdeleine, « parce que de nombreuses indulgences étaient accordées à ceux qui visitaient la chapelle ce jour-là ». L'official concéda à Maurice du Grohant la faveur qu'il sollicitait, nonobstant les prétentions d'un certain Jehan Cordelier, qui cherchait chicane au chapelain, mais il obligea ce dernier à pourvoir aux réparations de l'édifice et à entretenir le sanctuaire de livres liturgiques, de vases et d'ornements sacrés (Archives municipales de Rennes, 330). Peut-être est-ce à ce Maurice du Grohant que nous devons la belle fenêtre flamboyante, la jolie charpente sculptée et les peintures murales aux fleurs de lys d'or sur champ blanc, dont on retrouvait naguère les intéressants vestiges dans la chapelle de la Magdeleine avant sa restauration moderne. L'affluence des pèlerins à la fête patronale de cette chapelle fut vraisemblablement l'origine de la grande foire de la Magdeleine qui se tenait jadis aux environs de ce sanctuaire le 22 juillet, et à laquelle devaient comparaître « à cheval, armés et équipés », les vassaux du vicomte de Rennes tenus au devoir de « la chevauchée ». Une preuve encore de la dévotion qu'inspirait autrefois la chapelle de Sainte-Magdeleine, c'est que chaque année, le vendredi lendemain de l'Ascension, le Chapitre de la cathédrale s'y rendait processionnellement avec les religieux de Saint-Melaine, les religieuses de Saint-Georges et le clergé des neuf paroisses de Rennes (Livre des Usages de l'Eglise de Rennes, ms. de 1415). Les vicomtes de Rennes étaient regardés, avons-nous dit, comme les fondateurs de la Magdeleine, et c'est à eux que rendirent aveu les chapelains Gaultier Guiton en 1383, et Bertrand Morice en 1682 ; la chapelle se trouvait, en effet, dans le fief de la vicomté. Mais le chapelain, nommé par l'abbesse de Saint-Georges, ne devait qu'obéissance féodale au vicomte et dépendait par ailleurs de l'abbesse. Les derniers chapelains de la Magdeleine furent Julien Josse, décédé en 1780, et Gilbert Gontier, secrétaire de l'évêque, puis recteur d'Erbrée ; celui-ci déclara en 1790 que les revenus de la chapellenie de la Magdeleine consistaient en une dîme et une ferme rapportant ensemble 545 livres, mais qu'il y avait en messes et portion congrue due aux prêtres de Toussaints 376 livres 3 sols 2 deniers de charges, ce qui réduisait son bénéfice à un revenu net de 168 livres 16 sols 10 deniers (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 28). Vers 1686, on voyait dans la vitre du maître-autel de la Magdeleine les armoiries de Guillaume Malescot, sieur des Hayes, qui disputait au duc de la Trémoille, vicomte de Rennes, les prééminences de cette chapelle, à cause de son manoir voisin de Villeneuve. Mais à la même époque l'abbesse de Saint-Georges, Mme de La Fayette, fit placer un nouvel autel dans le sanctuaire et mit ses armoiries dans la vitre et au-dessus de la grande porte. Le duc de la Trémoille lui intenta à ce sujet un procès dont nous ignorons le dénouement. A la fin du XIXème siècle la chapelle de la Magdeleine n'est plus reconnaissable. Restaurée avec beaucoup de goût par M. le curé de Toussaints, elle est desservie tous les dimanches par un vicaire de cette paroisse. Depuis la Révolution, en effet, elle était abandonnée et sécularisée, et sa restauration était vivement désirée par la population du faubourg de la Magdeleine, appelé maintenant faubourg de Nantes. C'est le 18 juillet 1877 que le cardinal Saint-Marc, archevêque de Rennes, bénit lui-même cette chapelle nouvellement réparée ; le dimanche suivant, 22 juillet, fête de sainte Magdeleine, on y célébra de nouveau la messe.

94° Sainte-Marguerite, rue Haute, en Saint-Germain. En 1412, Guillaume de la Motte, sieur de Pocé et du Maffay, fonda la chapellenie de Sainte-Marguerite et la dota de 30 livres de rente en fiefs nobles, « ès paroisses de Saint-Médard, Saint-Germain-sur-Ille et de Melesse » Le chapelain, présenté par les seigneurs du Maffay, était tenu d'abord à « l'assistance perpétuelle et personnelle » à toutes les heures canoniales, diurnes et nocturnes, et même aux petites heures de la Sainte Vierge dites par le Chapitre dans la cathédrale de Rennes ; il devait, de plus, dire ou faire dire trois messes par semaine « en la chapelle du Pont-Saint-Martin », dédiée à sainte Marguerite. Le père du fondateur ayant ensuite augmenté la fondation de son fils, ce chapelain devait en outre dire deux autres messes chaque mois. Il jouissait d'une maison située près l'hôtel de la Trésorerie et d'une « belle juridiction seigneuriale dans les paroisses précitées » (Livre des Usages de l'église de Rennes). La Réformation du domaine ducal en 1455 mentionne cet établissement sous le nom d' « hospital Sainte-Marguerite », mais il ne paraît pas qu'il ait jamais eu beaucoup d'importance ni qu'il ait eu une bien longue durée. Construit à la porte de la ville, sur le bord du chemin de Saint-Malo, ce devait être un hospice créé pour recueillir les pauvres voyageurs. En 1682, la chapelle Sainte-Marguerite, bâtie à l'extrémité Nord-Est de la rue Haute, à l'angle formé par la rencontre de cette rue avec le bout de la rue Basse, et voisine par suite du pont Saint-Martin (nota : Cette chapelle occupait vraisemblablement la place d'une auberge qui porte à la fin du XIXème siècle le nom d'Image Sainte-Marguerite), relevait féodalement du vicomte de Rennes, qui s'y attribuait les droits de « seigneur patron, fondateur et supérieur ». Elle avait alors le plan d'une demi-croix et contenait « de laize d'Orient à Occident 19 pieds et demi, et vers Midy la demye-croix et ailes d'icelle contient 37 pieds, et sur le pavé de la rue Haute, vers Orient, 36 pieds ; sur la rue Basse, la nef et ailes d'icelle chapelle contient de Septentrion à venir à Midy 36 pieds » (Bulletin de l'Association bretonne, II, 147). Le jour de la fête patronale de sainte Marguerite, le 20 juillet, le Chapitre avait coutume de se rendre processionnellement en ce sanctuaire et d'y chanter la grand'messe. C'était également les chanoines de Rennes qui instituaient, sur la présentation du seigneur du Maffay, les chapelains de Sainte-Marguerite. Voici les noms de quelques-uns d'entre eux : Payen de Champagné, décédé en 1476, — Jehan Frain, — Jehan Breillet (1498), — Michel de Pocé (1531), — Jean Le Bigot (1550), — Guillaume Mancel (1636), — Gilles Hay des Onglées (1640), — Claude Denyau, doyen d'Angers (1680), — Claude du Bois de Carcé (1690), — Hervé Esnouf (1705), — Georges Coubrée (1721), — Sébastien du. Chastellier (1749). Ce dernier chapelain déclara en 1790 que sa chapellenie de Sainte-Marguerite consistait alors en ce qui suit : Une chapelle « en indigence de réparation, parce qu'on en a décidé la démolition pour l'embellissement de la ville » ; — une maison en Saint-Etienne, affermée 224 livres ; — un fief en Melesse, dit fief de Sainte-Marguerite, valant 16 livres 11 sols 11 deniers 3 mailles, 65 boisseaux d'avoine, 3 poules, etc. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). Le baron du Tiercent, Gilles Ruellan, seigneur du Rocher-Portal, semble avoir eu l'idée de relever l'hôpital de Sainte-Marguerite en laissant par testament, en 1629, une rente de 10 000 livres pour la fondation d'un hôpital près du pont Saint-Martin ; mais ce legs important fut fort diminué à la suite d'un procès qui surgit entre le Bureau des pauvres et les héritiers de M. du Rocher-Portal, et on l'affecta au service de l'Hôpital-Général.

95° Sainte-Marguerite. — On appelait ainsi en 1780 la chapelle contiguë à celle de Sainte-Anne.

96° Sainte-Philomène. — C'est une chapelle de catéchisme établie rue Saint-Yves, dans une ancienne salle du couvent des Hospitalières de la Miséricorde ; elle dépend de Saint-Sauveur et a été bénite le 11 août 1865.

97° La Sainte-Trinité, rue de la Cordonnerie (nunc rue de la Monnaie). La congrégation des Filles de Notre-Dame-de-Charité fut fondée par le P. Eudes à Caen, sous le nom de Notre-Dame-du-Refuge ; le roi donna en sa faveur des lettres patentes, datées de novembre 1642. Le but de la société fut d'offrir un asile « aux femmes ou filles qui, après avoir mené une vie scandaleuse, s'y retireroient volontairement et pour quelque temps, afin de changer leur mauvaise conduite, avec liberté d'en sortir comme d'y entrer ». Les commencements de cette oeuvre furent pénibles, et la congrégation ne prit vraiment d'extension que lorsque le P. Eudes eut obtenu trois religieuses de la Visitation de Caen pour former sa nouvelle maison. L'une de ces religieuses était la vénérable mère Françoise Patin, fondatrice de la Visitation de Dol. Malgré sa répugnance à prendre la direction d'un nouvel institut, elle obéit à ses supérieures et à son évêque et entra, le 16 août 1644, dans la petite communauté du Refuge. Deux ans plus tard, la congrégation nouvelle prit le nom de Notre-Dame-de-Charité, qu'elle a toujours conservé depuis. Le Père Eudes lui donna des règlements presque semblables à ceux de la Visitation et établit que ses religieuses suivraient la règle de saint Augustin, et « seroient vestues d'une robe, ceinture, scapulaire et manteau d'étoffe blanche, et au dedans de la robe, à l'endroit qui est vis-à-vis le coeur, une petite croix bleue ; et enfin qu'elles porteroient à leur col un coeur d'argent sur lequel seroit en relief l'image de la Sainte Vierge tenant entre ses bras le saint Enfant-Jésus avec deux branches de chaque costé, une de lys et l'autre de roses ». Mgr Molé, évêque de Bayeux, d'abord fort prévenu contre le P. Eudes et ses oeuvres religieuses, finit cependant par approuver la congrégation de Notre-Dame-de-Charité le 8 février 1651. Un peu plus tard, le Souverain-Pontife Alexandre VII confirma lui-même l'érection de cet institut par une bulle en date du 2 janvier 1666. Deux ans après, la mère Patin mourut en odeur de sainteté le 31 octobre 1668, à la maison de Notre-Dame-de-Charité de Caen (Vie du R. P. Jean Eudes, par P. Martine). Les Filles de Notre-Dame-de-Charité n'ont jamais eu dans le territoire de l'archidiocèse de Rennes qu'une maison, située à Rennes. « D'argent, à un coeur de gueules chargé d'une Vierge tenant le petit Jésus sur son bras senestre d'argent, couronnée d'or, le coeur entouré d'une rose à dextre et d'un lys à senestre, de gueules, tigés et feuillés de sinople, passés en sautoir » (Armorial général ms. de 1697). Dès l'an 1655, les Etats de Bretagne, dans leur séance du 13 juillet, ayant appris que quelques pieuses dames de Rennes (nota : Yvonne Le Métayer, veuve de Siméon Brandin, seigneur de Belair, offrait alors 30 000 livres pour cette bonne oeuvre ; plus tard, Mme la présidente d'Argouges donna 16 000 livres et Mme de Brie 4 500 livres) se proposaient de fonder en cette ville une « maison de Filles de Sainte-Magdeleine », c'est-à-dire une maison de refuge pour les pauvres filles repenties, et d'y bâtir une église en l'honneur de saint Joseph, déclarèrent « louer et approuver » le zèle desdites dames, et non-seulement « consentir à l'établissement projeté, mais aussi se mettre sous la protection et sauvegarde de saint Joseph ». Ils nommèrent ensuite, le même jour, trois députés pour assister en leur nom à la pose de la première pierre de la future église de Saint-Joseph. Deux ans plus tard, les mêmes Etats accordèrent une somme de 1 000 livres aux directrices de la maison des filles repenties, pour encourager leur établissement (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, C, 2655, 2656). Cette maison fut établie dans un logis nouvellement bâti sur les murs de ville, non loin de la tour Saint-Moran. De pieuses demoiselles s'y réunirent pour s'occuper des pauvres pénitentes et des femmes condamnées à la réclusion à cause de leur mauvaise conduite. Elles se mirent sous la direction, en 1659, de Mlle du Plessix-Rouleau, qui gouverna l'établissement « avec beaucoup de sagesse et de charité ». Après la mort de cette dernière, Mlle Ménard lui succéda ; mais on ne voit point que le projet de construire une église en l'honneur de saint Joseph ait été exécuté. Sur les entrefaites, Mgr de la Vieuville, évêque de Rennes, demanda à la mère Patin des religieuses de Notre-Dame-de-Charité pour la maison des filles repenties fondée dans sa ville épiscopale ; cette maison n'était pas seulement gouvernée, en effet, par les pieuses dames que nous venons de nommer, elle l'était surtout par des administrateurs très-durs pour les pénitentes et que le prélat eût voulu voir remplacés par une communauté religieuse. Mais la société naissante de Notre-Dame-de-Charité, n'ayant encore que sa maison de Caen, se crut trop faible pour accepter cette proposition ; toutefois la mère Patin proposa d'envoyer à Rennes Mlle Heurtaut, ancienne religieuse de son monastère, qui avait dû quitter la congrégation à cause des extases extraordinaires auxquelles elle était sujette. Cette dernière fut reçue à Rennes « comme un ange du ciel par Mlle Ménard », qui lui remit aussitôt tout le soin de la maison. Mlle Heurtaut « commença dès lors à garder la clôture, prit un habit noir, une guimpe et une coeffe de taffetas étendue comme un voile. Elle s'appliqua d'abord à rendre la condition des pénitentes, qu'on y traitait avec beaucoup de dureté, plus douce qu'elle n'avait été sous les administrateurs de la maison, qui, ordonnant de tout, les faisaient emprisonner, jeter dans les cachots et mettre dans les fers. Ayant obtenu qu'on les lui remît entre les mains, elle gagna bientôt leur confiance et leurs coeurs et les mit en état de profiter de ses instructions. Mlle Ménard travailla ainsi, de concert avec elle, jusqu'en 1670, à former cette maison selon les règlements qu'elles avaient trouvés ou que l'expérience les obligeait d'y ajouter. Mais alors, ayant appris que les constitutions de l'Ordre étaient dressées, elle les fit venir aussitôt et les fit garder, autant qu'il se pouvait, dans ce gouvernement. Elle crut devoir changer la couleur de ses habits et en prit de blancs, elle et ses compagnes, ce que les supérieurs ne trouvèrent point mauvais. Cependant les grâces surnaturelles continuèrent à Rennes à son égard comme elles avaient fait à Caen » (Annales ms. de la Congrégation de Jésus et Marie, 464 — Ces Annales renferment une foule de détails curieux sur cette sainte religieuse : « Une fois que la maison n'avait que trente sols d'argent, un pauvre s'étant présenté à la porte, elle lui fit donner dix sols, après quoi il en vint un second qui en reçut autant, et enfin un troisième qui emporta le reste du bien de la maison, ce qui ayant affligé l'économe, qui ne savait où prendre le souper de la communauté, la supérieure, qui était accoutumée à recourir avec confiance à la providence du Père céleste, lui demanda le pain quotidien pour sa famille, et un moment après un homme inconnu apporta cent écus, disant qu'on ne s'informât point d'où cela venait, mais qu'en continue à se confier en Dieu. Le vin pour le Saint-Sacrifice ayant manqué et la sacristine l'en ayant avertie aussitôt, elle lui dit : Allez, ma soeur, prenez de l'eau bénite et en jetez sur la barrique avec le signe de la croix ; mais la soeur l'ayant suppliée de le faire en personne, elle s'y transporta, et l'ayant exécuté avec une grande foi, la barrique fournit du vin pour toute l'année ». La même chose arriva au sujet de la farine qui manquait dans la boulangerie : pendant que la soeur Heurtaut priait, la farine tombait par flocons comme de la neige dans les vases de la soeur boulangère). Mlle Heurtaut reprit à Rennes le nom de soeur Marie de la Trinité qu'on lui avait donné jadis à sa première prise d'habit à Caen, et sous lequel elle est demeurée célèbre dans sa congrégation. A sa demande, l'évêque de Rennes insista de nouveau, en 1673, pour obtenir des religieuses du monastère de Caen ; on lui envoya la mère Marie de Saint-Julien Le Blond et la soeur Angélique de Balde de Bellecourt, qui arrivèrent à Rennes le 20 mai 1673 ; le lendemain, la mère Saint-Julien fut confirmée par l'évêque en qualité de supérieure, et la soeur Marie de la Trinité fut admise à faire ses voeux solennels. Après quelques hésitations, Mmes d'Argouges et de Brie, qui avaient conservé certain droit de propriété dans la maison des filles repenties, les abandonnèrent aux Filles de Notre-Dame-de-Charité, et celles-ci y fondèrent définitivement leur monastère le 11 novembre 1673. Dix ans auparavant, les directrices de la maison des filles repenties avaient songé à acheter les bâtiments du prieuré de Saint-Moran, mais ce projet de 1663 n'avait pas eu de suites. Les religieuses de Notre-Dame-de-Charité le reprirent et l'exécutèrent. Julien des Noës, chanoine régulier et prieur de Saint-Moran, leur vendit en effet, par acte du 8 février 1691, « la maison de son prieuré, joignant le couvent desdites religieuses, et consistant en une vieille chapelle et un petit logis, le tout en ruines, pour une rente de 250 livres ». Cette acquisition, faite par les Soeurs de Notre-Dame-de-Charité, assistées d'Urbain Bouessay, vicaire général du diocèse, et de M. Le Marchand, sieur de la Rebourcière, leur directeur au temporel, fut approuvée le 18 mai 1691 par l'abbaye de Montfort, de laquelle dépendait le prieuré de Saint-Moran (Archives du Parlement de Bretagne). Sur cet emplacement les religieuses construisirent un monastère plus vaste que la maison qu'elles occupaient primitivement ; elles y joignirent une église dédiée à la Sainte Trinité et ouvrant sur la rue de la Cordonnerie, aujourd'hui rue de la Monnaie. Ayant ainsi agrandi leur établissement, les Filles de Notre-Dame-de-Charité ouvrirent une poterne dans la muraille de ville et obtinrent du roi l'afféagement d'une partie des fossés, alors abandonnés, pour en faire un jardin. La Révolution chassa de Rennes ces bonnes religieuses et fit une prison de leur monastère. Devenue plus tard le Séminaire diocésain, cette maison a fini par être complètement démolie pour permettre la création d'une place qui conserve seule le nom de la Trinité. Quant aux Filles de Notre-Dame-de-Charité, nous les verrons plus loin rentrer à Rennes et s'y établir dans l'ancien couvent des Calvairiennes de Saint-Cyr.

98° Saint-Erblon, sise dans la rue Saint-Sauveur, dépendait de l'archidiaconé du Désert ; le Chapitre s'y rendait processionnellement le mercredi après le troisième dimanche de carême. Cette chapelle fut détruite, aussi bien que l'archidiaconé, vers la fin du XVIIème siècle.

99° Saint-Exupère-sur-les-Murs était une chapelle appartenant à l'abbesse de Saint-Georges au XIIème siècle. Cette dame fut confirmée dans la possession de ce sanctuaire et de ses dépendances, « ecclesia Sancti Exuperii super muras Civitatis cum pertinenciis suis », par les papes Alexandre III en 1164, Innocent III en 1208 et Eugène IV en 1442. L'abbesse de Saint-Georges maintenait encore en 1633 et 1665 son droit à la présentation du chapelain de Saint-Exupère-sur-les-Murs (Cartulaire de l'abbaye de Saint-Georges, 169, 173, 279 et 356). Le Chapitre de Rennes se rendait aussi en 1415, le vendredi de la Passion, processionnellement à cette chapelle, et il est dit dans le Livre des Usages que cette procession avait été fondée par le chanoine Jean de Beaumont, seigneur de Sainte-Foi ; or, nous avons vu qu'en 1642 on desservait à la chapelle de la Prévalaye une fondation de messes dite de Saint-Exupère, présentée par le seigneur de Sainte-Foi ; peut-être cette fondation avait-elle été faite à l'origine dans la chapelle de Saint­Exupère-sur-les-Murs. On croit que cet antique sanctuaire, disparu depuis longtemps, se trouvait sur les murailles de la Cité, aux environs de la rue Saint-Yves, mais nous n'osons préciser son emplacement.

100° Saint-Gilles. — Il est fait mention dans le Livre des Usages d'une chapelle Saint-Gilles, à laquelle en 1415 le Chapitre se rendait processionnellement la veille de la fête de saint Gilles. Toutefois, nous n'affirmons pas qu'il y eût un sanctuaire de ce nom isolé de la cathédrale, car il n'en est point question ailleurs ; peut-être cette procession se faisait-elle simplement à l'autel Saint-Gilles, en la cathédrale même. Là, en effet, Jehan Rabin avait fondé en 1277 une chapellenie qu'il avait dotée de dîmes levées en La Chapelle-des-Fougeretz. Outre sa messe quotidienne, le chapelain de Saint-Gilles devait « service et résidence continuelle au choeur et fournir audit choeur un serviteur bachelier » (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine).

101° Saint-Guillaume. — Sise dans la rue qui conserve son nom, cette chapelle, dit l'auteur d'un Mémoire rédigé pour le Chapitre vers 1722 (nota : Dans ce Mémoire il est dit que le Chapitre possédait à l'origine huit chapelles bâties autour de la cathédrale pendant sa reconstruction, aux XIIIème et XIVème siècles, pour le service des fondations faites précédemment en cette église), fut prise d'assez bonne heure par l'évêque pour augmenter l'enclos de son palais épiscopal. Les chanoines avaient coutume, en 1415, de s'y rendre en procession le vendredi après le quatrième dimanche de carême. — Nunc détruite.

102° Saint-Herbaut est mentionnée dans le même Mémoire ; il y est dit qu'elle occupait l'emplacement d'une des maisons semi-prébendales.

103° Saint-Jacques. En 1213, le Chapitre de Rennes fonda une « maison-Dieu » et donna certaines vignes pour l'établissement de cet hôpital. M. de la Bigne Villeneuve croit qu'il s'agissait là de l'hospice Saint-Jacques, et voici les preuves qu'il en offre : « Le registre de la Réformation du Domaine en 1646 et années suivantes, document authentique et précieux sous plus d'un rapport, dit en termes formels que le couvent de Saint-François, autrement des Cordeliers, était autrefois, et avant la venue à Rennes de ces religieux, nommé hôpital Saint-Jacques. En outre, il était de tradition constante, dans l'ancienne maison des Cordeliers de Rennes, que lors de l'établissement de leur Ordre à Rennes, au XIIIème siècle (vers 1230), on leur donna à desservir, à titre de chapelains et aumôniers, l'église de l'hôpital Saint-Jacques, ainsi appelé parce qu'on y recevait les pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, ou qui en revenaient. La place située vis-à-vis l'entrée du monastère des Cordeliers (aujourd'hui partie de la place du Palais) s'appelait encore avant la Révolution le cimetière Saint-Jacques, et jusqu'à l'incendie de 1720 il y existait une croix fort ancienne, disent les documents qui en font mention. Une notice manuscrite sur le couvent des Cordeliers ajoute que lorsqu'on baissa le terrain de la place du Palais, et lorsqu'après l'incendie les religieux firent bâtir leur grande maison formant l'encoignure de ladite place et de la rue Saint-Georges, on trouva beaucoup d'ossements humains. Enfin, lors de l'érection de la statue équestre de Louis XIV, en 1730, sur la même place du Palais, M. de Brou, intendant de Bretagne, ordonna la suppression de la croix du cimetière Saint-Jacques, à la sollicitation de M. Rallier, maire de Rennes. Il semble que la position du couvent des Cordeliers de saint François et la nature des terres de leur enclos, où, d'après les réformations de 1455 et de 1646, on voit encore figurer des vignes, ne laissent pas de doute que ce monastère, qui avait été au XIIIème siècle l'hôpital Saint-Jacques, ne fût identique à l'ancien hôpital mentionné dans l'acte de 1213, où il est aussi question de vignes données par le Chapitre pour la construction d'une Maison-Dieu » (Mélange Histoire et Archéologie de Bretagne, I, 65 et 66).

104° Saint-James. — L'origine de cette chapelle remontait, d'après la tradition, aux premiers siècles du christianisme ; ce qui nous paraît certain, c'est qu'elle ne différait point de l'antique église de Saint-Symphorien, dont il nous faut d'abord parler. Les Bénédictins de l'abbaye de Saint-Melaine possédaient au XIIème siècle à Rennes une ou deux chapelles sous l'invocation de saint Symphorien. Nous disons une ou deux, et voici sur quoi nous nous appuyons. En 1116, Marbode, évêque de Rennes, enleva aux chanoines de Vitré et donna aux religieux de Saint-Melaine l'église de Saint-Symphorien située dans la ville de Rennes, « ecclesiam Sancti Symphoriani in villa Redonensi ». C'est ce sanctuaire que mentionne le Livre des Usages de l'Eglise de Rennes de 1415, disant que le 21 août, fête de saint Symphorien, le Chapitre de Rennes doit « aller en procession dire la messe à Saint-Symphorien en la Cité ». Mais du temps de Philippe, évêque de Rennes de 1179 à 1181, nous voyons les moines de Saint-Melaine posséder une église de Saint-Symphorien située dans un faubourg de Rennes, « ecclesia Sancti Symphoriani in ipso suburbio Redonis ». Une bulle du pape Luce III, datée de 1185, ne s'exprime pas autrement au sujet de ce sanctuaire, car elle met en bloc les quatre églises de Saint-Jean, Saint-Aubin, Saint-Martin et Saint-Symphorien, sises toutes dans les faubourgs de Rennes, « que in suburbio Redonensi constitute sunt ». Il semble donc que l'abbaye de Saint-Melaine possédait deux églises de Saint-Symphorien, l'une dans la Cité, l'autre dans les faubourgs, comme l'abbaye de Saint-Georges avait deux églises de Saint-Donatien, l'une sur les murs de la ville, l'autre dans les champs voisins de Rennes. En 1174, les moines de Saint-Melaine renoncèrent à leurs droits sur l'église Saint-Symphorien en faveur du Chapitre de Rennes, et en 1181 Josse était chapelain de cette église. Il paraît bien que Saint-Symphorien avait alors une certaine importance, car les chanoines de Rennes, en recevant cette église, abandonnèrent en revanche aux Bénédictins celle de la paroisse d'Acigné. L'acte d'échange indique un procès soutenu précédemment par les deux parties au sujet de Saint­Symphorien, procès terminé par la transaction susdite (« Ecclesiœ B. Symphoriani renunciaverunt (monachi) et suam super illa ecclesia calumpniam penitus dimittentes, eamdem ecclesiam cum suis pertinenciis canonicis in pace habendam concesserunt » (Cartulaire de l’abbaye Saint-Melaine, 54). Tels sont — avec un acte de Josse, archevêque de Tours, confirmant les religieux de Saint-Melaine, en 1158, dans la possession de Saint-Symphorien — les actes anciens se rapportant à ces vieux sanctuaires du XIIème siècle. Depuis lors, nulle trace des églises de Saint-Symphorien n'apparaît dans l'histoire, et nous en sommes encore à nous demander s'il y avait bien réellement deux chapelles de ce nom. Un peu de jour semble se lever toutefois sur cette question maintenant, car nous venons de retrouver l'emplacement de l'une de ces chapelles, Saint-Symphorien de la Cité. Le 18 juillet 1413, dom Guillaume Noblet, prêtre, « au nom et comme chapelain de la chapellenie de Saint-Symphorien et Saint-Jacques, fondée et située en la Cité de Rennes, près les murs d'icelle », confessa être sujet du duc de Bretagne et tenir de lui « une meson et quantité de courtil estant au derrière d'icelle meson, avec le dedans d'une tour joignant ladite meson et près les murs de ceste ville de Rennes près ladite chapelle Saint-Symphorien et Saint-Jacques ; et joint icelle meson et courtil d'un cousté aux murs de ladite ville et d'autre cousté à meson à héritier de deffunt Guillaume Le Ray et d'autre bout à meson à Estienne Legay et d'autre à ladite chapelle » (Archives départementales de la Loire-Inférieure). Voilà bien la chapelle Saint-Symphorien de la Cité, où précisément vers cette même époque, en 1415, le Chapitre de Rennes avait coutume d'aller processionnellement chanter la messe le 21 août de chaque année. Un siècle plus tard, dom Pasquier Morinays, le 15 octobre 1506, et Jehan Paysnel, le 11 octobre 1512, rendirent également aveu au duc de Bretagne en qualité de chapelains de « Saint-James et Saint-Symphorien ». Ce dernier chapelain fit une nouvelle déclaration le 4 janvier 1515. Dans cet acte, Jehan Paysnel se dit simplement « chapelain de Saint-James près le Bout de Cohue » ; mais il ajoute aussitôt : « laquelle chapelle est fondée en l'honneur de saint Jacques et saint Symphorien, joignant d'un costé à la tour de l'Horloge et ès vielles murailles de la ville ». Laissons encore passer un siècle et demi, et le 5 mars 1679 nous trouvons Louis Le Tourneux, semi-prébendé de la cathédrale de Rennes et chapelain de la « chapelle Saint-Jacques et Saint-Philippe dite Saint-James », déclarer au roi qu'il possède ce bénéfice et jouit par suite d'une « chapelle sise à l'Orient de la petite rue qui va du Champ-Jacquet au Petit Bout de Cohue, proche la Grande Horloge, dont la tour est au Nord d'icelle chapelle » (Archives départementales de la Loire-Inférieure). Il est évident qu'il s'agit dans toutes ces déclarations du même sanctuaire, situé près du Champ-Jacquet, à côté de la tour de l'Horloge et des murs de la première enceinte de Rennes, primitivement en la paroisse de Toussaints, puis en celle de Saint-Sauveur (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 9 G, 70). On voit que cette chapelle porta successivement les noms de Saint-Symphorien, puis Saint-Symphorien et Saint-Jacques, puis encore Saint-Jacques et Saint-Philippe, et enfin simplement Saint-Jacques, ou plutôt Saint-James. Cependant cette antique chapelle fut victime de l'incendie de 1720, mais on la reconstruisit à peu de distance de son ancien emplacement. Nous lisons, en effet, dans l'acte de présentation du chapelain Pierre du Boishamon, en 1744, ce qui suit : « La chapelle Saint-James sise, avant l'incendie arrivé en cette ville en 1720, sous le Gros Horloge près le Champ-Jacquet, est à présent située au coin de la rue Dauphine et de celle de Châteaurenault, au-dessous de ladite place du Champ-Jacquet ». Elle subsista jusqu'à la Révolution. C'était un édifice en forme de rectangle surmonté d'un petit clocher, mais sans architecture ; il paraît qu'il se trouvait alors en Saint-Germain. On desservait en cette chapelle plusieurs fondations : la plus importante, celle de Saint-Jacques ou Saint-James, était présentée dans les trois derniers siècles par le seigneur de Cucé ; une autre, dite des Trois-Maries, y est signalée en 1504 ; enfin, une troisième, dite des Onze Mille Vierges, y était présentée au XVIIème siècle par les trésoriers de Saint-Sauveur. Voici les noms des titulaires de la chapellenie de Saint-James : Geffroy Couguin (1383), Jehan Beaulabaille (1400), Guillaume Noblet (1413), Pasquier Morinays (1506), Jehan Paysnel (1512), Guy Pigorel, Yves Gautier (1576), Julien Baril (1591), Pierre Radenatz, Jean Radigois (1621), Pierre Radigois (1650), Pierre de Bordeaux, Louis Le Tourneux (1676), Yves Blesseau (1709), Julien Tondeux, Pierre du Boishamon (1744), Jacques Le Buf (1765), Yves Leker (1769). Ce dernier déclara en 1790 n'avoir pour revenu que 60 livres de rente, que lui payait alors la communauté de ville. « La chapelle Saint-James…  Cette chapelle, " située entre la Porte-Jacquet et le Grand-Bout-de-Cohue ", dépendait d'abord de plusieurs seigneurs particuliers, puis du marquis de Cucé, qui la rebâtit à neuf en 1731. Elle existait déjà vers 1670, témoin un arrêt du conseil, établissant le budget de la ville de Rennes pour 1673-1674 et attribuant au chapelain de Saint-James une somme de 60 livres. En 1682, cette même chapelle servit aux offices de la paroisse de Saint-Sauveur, pendant la reconstruction de son église, qui s'était écroulée le 16 mars 1682. En 1791, M. Trohyard, acquéreur de la chapelle Saint-James, obtint du corps municipal, la permission de bâtir un étage au-dessus de la nef (V. Ogée, Dictionnaire de Bretagne) » (J. Baudry) (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 10 G, 4 ; 1 H, 13 ; 1 V, 26, etc.).

105° Saint-Julien. — Cette chapelle se trouvait dans la rue Saint-Hélier ; elle est signalée en 1646, « contenant 15 pieds sur le pavé et 20 pieds de profondeur ». Elle était contiguë à l'auberge de l'Aigle-d'Or, dont le propriétaire en 1666, le sieur Fontaine, s'avisa de faire une porte faisant communiquer sa maison avec la chapelle ; le général de Saint-Hélier fit boucher cette porte et prouva ainsi que Saint-Julien appartenait aux paroissiens. Le vicomte de Rennes se disait en 1682 « patron, fondateur et seigneur supérieur » de cette chapelle, qui n'existe plus.

106° Saint-Just. — Sise à la Barre-Saint-Just, non loin de l'abbaye de Saint-Melaine, dans la rue de la Quintaine, cette chapelle passait pour avoir été bâtie sur le lieu même où saint Just, évêque, souffrit le martyre au IIème siècle. Toutefois ce sanctuaire, dont le titulaire était à la présentation de l'abbé de Saint-Melaine, fut sécularisé par les moines de ce monastère ; ils en firent une grange qu'ils louèrent 60 livres à la communauté de ville en 1762 et 1775, puis à l'intendant de Bretagne en 1780 (Archives municipales).

107° Saint-Lazare, rue Saint-Lazare (nunc faubourg de Nantes). Voir Sainte-Magdeleine (n° 93).

108° Saint-Martin, rue d'Antrain, en Saint-Aubin. Le Père Blanchard (nota : Le P. Blanchard, né à Carantilly, au diocèse de Coutances, en 1755, avait été élu supérieure général par quelques Eudistes le 26 janvier 1798, après son retour à Rennes - voir le P. Martine, Vie du P. Eudes.) avait été obligé de quitter le Petit-Séminaire de Rennes, dont il était supérieur. Il en sortit au mois de décembre 1812, l'année qui suivit la fermeture de l'établissement, après avoir donné au Diocèse de Rennes la maison des Cordeliers, qui lui appartenait en propre. Mais le P. Blanchard n'en continua pas moins de se consacrer tout entier à l'éducation de la jeunesse. Il se retira dans une maison près du Pont-Saint-Martin, à la porte de Rennes, maison qu'il fit bâtir dans un champ acquis de ses deniers ; c'est à la fin du XIXème siècle l'Ecole Normale (nota : La ville de Rennes acheta cet établissement 81 000 fr. en 1838). Il y ouvrit un pensionnat en 1815 et y recueillit d'abord de pauvres enfants de la campagne, au nombre de douze ; mais dès 1819 il en eut quarante-neuf, et en 1824 cent dix-huit, quand les bâtiments de sa propriété eurent été augmentés. La plupart de ces jeunes gens se destinaient à l'état ecclésiastique et, malgré l'éloignement, suivaient les cours du collège royal, au moins pour les classes supérieures. Nommé par la Restauration proviseur de cette dernière maison, le P. Blanchard devint bientôt recteur de l'Académie de Rennes et supérieur général des Eudistes ; il n'en continua pas moins de résider le plus souvent au milieu de ses élèves du Pont-Saint-Martin. Mais, le 2 juin 1828, il acheta l'ancien couvent des Capucins, situé dans la paroisse Saint-Aubin. La division des grands vint s'y établir au mois d'octobre de l'année suivante, et le Pont-Saint-Martin fut complètement évacué à la fin de 1831. Sur les entrefaites éclata la Révolution de Juillet et mourut le P. Blanchard ; ce saint et savant prêtre, qui avait rendu tant de services au diocèse de Rennes, décéda au Pont-Saint­Martin le 14 septembre 1830. Jérôme-Marie Loüis de la Morinière, ex-professeur de rhétorique au collège royal de Rennes, destitué par le gouvernement de Louis-Philippe, lui succéda en qualité de supérieur de la maison de Rennes et de supérieur général des Eudistes (nota : le R. P. Loüis naquit à Amanlis, diocèse de Rennes, le 27 février 1790 ; nommé supérieur général le 14 septembre 1830, il mourut à Rennes le 30 janvier 1849). Pour conserver le souvenir de la paroisse Saint-Martin, dont l'église, avant sa démolition, était voisine du couvent des Capucins, les Eudistes donnèrent le nom de Saint-Martin à la pension qu'ils avaient créée dans cet ancien monastère. A partir de 1849, les élèves de quatrième et des classes supérieures abandonnèrent le collège royal pour suivre les cours de l'institution Saint-Vincent, ouverte à cette époque par Mgr Saint-Marc, évêque de Rennes. Le noviciat des Eudistes fut établi dans la maison de Rennes le 29 septembre 1837, mais plus tard, en 1850, on le transféra à la Roche-du-Theil, près de Redon. Le 6 avril 1858 furent commencées les nouvelles constructions de l'institution Saint-Martin de Rennes. En place du vieux couvent des Capucins, fort délabré, s'élevèrent un beau corps-de-logis, pouvant renfermer trois cents élèves, et une charmante chapelle, de style ogival primitif ; ce dernier édi­fice, dédié à saint Martin, fut solennellement consacré, le 6 août 1872, par Mgr Guynemer de la Hailandière, ancien évêque de Vincennes. Dans cette chapelle, — véritable église construite avec beaucoup de goût par M. le chanoine Brune, — on remarque en outre du maître-autel, du côté de l'évangile, les autels de la Sainte-Vierge, des Saints-Coeurs de Jésus et de Marie, Saint-Stanislas Kostka et Saint-Théophile, et du côté de l'épître ceux des Saints-Anges, de la Sainte-Famille, Saint-Louis de Gonzague et Sainte-Anne. La nef, fort vaste, est terminée par une belle abside polygonale et accostée d'une double série d'élégantes chapelles ; dans les arcatures de cette nef sont de beaux bas-reliefs sculptés en pierre, représentant les stations du Chemin-de-Croix. La fête patronale de cette chapelle est l'invention du corps de saint Martin, célébrée le 4 juillet. Au bas de l'édifice, deux petits édicules renferment les coeurs des RR. PP. Blanchard et Loüis, supérieurs généraux et restaurateurs de la société des Eudistes, dont les corps reposent aujourd'hui dans le cimetière de la Roche-du-Theil.

109° Saint-Méen, faubourg de Paris, en Notre-Dame. Au XVIIème siècle, de nombreux pèlerins atteints d'une affection particulière nommée le mal Saint-Méen traversaient la ville de Rennes pour aller chercher guérison à la fontaine miraculeuse de l'abbaye de Saint-Méen. D'après la tradition, ce pèlerinage devait être fait à pied et en demandant l'aumône, quelque riche que l'on fût. Un pieux bourgeois de Rennes résolut d'offrir un asile à ces pauvres malades voyageurs ; il se nommait Guillaume Régnier et était fils d'un conseiller au Parlement de Bretagne. En 1627, il acheta d'avec Guy de Lopriac une maison et quelques pièces de terre en dépendant, le tout situé au Tertre de Joué, à peu de distance de la ville, et en affecta l'usage au service des pèlerins. Peu après, en 1652, Guillaume Régnier bâtit une chapelle et la fonda, obligeant le chapelain « de recevoir les pauvres passants attaqués du mal Saint-Méen pendant une nuit seulement, et de leur distribuer à chacun pour deux liards de pain et une chopine de cidre, ou la valeur d'un sol, à la volonté des malades ». Le nombre de ceux-ci pouvait être alors de douze cents par an ; le chapelain était obligé d'en tenir registre ; il devait, en outre, enseigner le catéchisme aux pauvres enfants voisins du Tertre de Joué. Le 1er janvier 1654, l'évêque de Rennes approuva cette fondation (M. Le Menant des Chesnais, Notice historique sur le petit Saint-Méen). Guillaume Régnier avait un fils nommé Gilles qui se fit prêtre et fut le premier aumônier de l'hôpital Saint-Méen. A leur mort ils furent l'un et l'autre inhumés dans un même tombeau placé dans la chapelle qu'ils avaient fondée, avec cette épitaphe : Cy gissent les corps de Mre Guille Régnier fondateur de cette chapelle et hôpital St Méen en son lieu du Tertre, l'an 1652, décédé le 10 janvier 1664, et de Mre Gilles Régnier, ptre, son fils, Ier directeur d'iceluy, décédé le 17 may 1707. Un pater et ave. Les pèlerins ne devaient coucher qu'une nuit ou deux à l'hospice du petit Saint-Méen ; mais comme beaucoup ne pouvaient en sortir et y mouraient, on s'accoutuma à en conserver quelques-uns pendant un certain temps, puis on y admit des aliénés vers 1725 ; enfin, dix ans plus tard, les religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve s'y établirent, le 19 décembre 1735, pour prendre soin des malades. Dans la seconde moitié du siècle dernier, le petit Saint-Méen devint aussi une sorte de prison politique : on y renfermait beaucoup de personnes appartenant à toutes les classes de la société. A la fin du XIXème siècle, cet établissement a pris une très-grande importance ; il appartient au département, qui en a fait exclusivement un asile d'aliénés. La chapelle est toujours celle qu'éleva le fondateur en 1652 ; convenable, elle n'offre rien d'intéressant au point de vue de l'art. En 1847, les Hospitalières de Saint-Thomas y ont été remplacées par les Filles de la Charité.

110° Saint-Melaine-le-Petit. — La chapelle du Petit-Saint-Melaine, située à Rennes dans la rue du Four-du-Chapitre, au coin de la rue de la Mitterie (« Prope domum in Mitteria ante capellam B. Melanii Parvi » - Necrol. Sancti Petri Redon.) (nunc rue de Montfort), ne semble pas, quoi qu'en ait pensé Languedoc, avoir eu pour fondateurs les moines de Saint-Melaine. Ce fut une fondation du Chapitre de Rennes qui, en 1266, affecta à ce sanctuaire les dîmes de Montreuil-le-Gast données par Guy de Champagné, et y installa chapelain l'un de ses membres, Durand Salomon, chantre et chanoine de Rennes. Depuis lors, le Chapitre conserva toujours la présentation de ce bénéfice, et il avait coutume de se rendre processionnellement à cette chapelle le vendredi après Reminiscere, en carême. Voici, du reste, comment le Livre des Usages, dans son supplément (d'environ l'an 1470), parle de ce sanctuaire : « La chapelle du Petit-Saint-Melaine en la ville de Rennes est sise en la rue du Four-du-Chapitre et est une des chapellenies de l'Eglise et en la présentation des chanoines chacun en son mois. Par cause de ce est deub à l'Eglise de Rennes par celui qui en est chapelain résidence continuelle et personnelle au service du choeur de l'Eglise à toutes heures. Et à cette chapelle doivent estre dites, suivant la fondation, trois messes par chacune sepmaine de l'an, oultre aultres choses, et est fondée de plus de 30 livres de rente en dixmes deues à Montreuil-le-Gast et de plusieurs aultres revenus en aultres lieux ». Au XVIIème siècle la chapelle du Petit-Saint-Melaine menaçait ruine, et le chanoine Salomon de Herbamez, qui en était titulaire, vint à mourir vers 1612. Alors le Chapitre ne jugea pas à propos de conférer de nouveau ce bénéfice, et il annexa aux revenus de la psallette de la cathédrale les dîmes affectées au service du Petit-Saint-Melaine. Puis, lorsqu'un siècle plus tard cette chapelle ne fut plus qu'un amas de ruines, il en afféagea l'emplacement au sieur de Gennes (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 5 G, 1 – En 1638, on fit encore un mariage en la chapelle du Petit-Saint-Melaine, sise alors en Saint-Etienne). Comme l'on voit, il n'est nullement question dans tout ce qui précède des religieux de Saint-Melaine. Mais voici comment ils vinrent s'établir à côté. Pendant le siège de Rennes par les Anglais, en 1356, l'abbé de Saint-Melaine et ses moines furent obligés d'abandonner leur monastère, situé en dehors des murs et saccagé par l'ennemi ; ils se réfugièrent dans l'enceinte fortifiée, qu'on appelait alors la Cité, et achetèrent de Guillaume Morin et Catherine, sa femme, une partie des logis du Petit-Saint-Melaine, savoir : « Un herbrégement et maison touchant au mur et herbrégement que tient dom Joachim de Moucon à cause de la chapelle de Saint-Melaine-le-Petit », dont il était vraisemblablement chapelain. Ces deux maisons se trouvaient au Midi de la rue du Four-du-Chapitre, vis-à-vis la chapelle de Saint-Melaine. L'acte de vente fut signé le 4 mai 1356, et le même jour les religieux achetèrent de Michel Le Bourgeois et Macée, sa femme, une autre partie des maisons du Petit-Saint-Melaine. Ils obtinrent en même temps du Chapitre la permission de se servir de la chapelle de Saint-Melaine-le-Petit moyennant certaines conditions. Plus tard, les Bénédictins reconstruisirent, en 1426, leur logis du Petit-Saint-Melaine, et ils y adjoignirent un porche qu'on voyait encore au commencement du XIXème siècle. Sur les piliers, dit-on, étaient sculptées des statuettes représentant des religieux de l'Ordre de saint Benoît. L'abbé de Saint-Melaine conserva cet hôtel jusqu'à l'époque de la Ligue et ne l'afféagea qu'à la fin du XVIème siècle (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 H, 21).

111° Saint-Nicolas. — Il est fait mention de cette chapelle dans une charte de 1123 qui se termine ainsi : « Actum in capella Sancti Nicholai que sita est juxta monasterium Sancti Melanii in claustro infirmorum » (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Melaine, 169). C'était, d'après cela, la chapelle d'un cloître de Saint-Melaine réservé aux religieux infirmes.

112° Saint-Sauveur, fillette de Toussaints, érigée en 1667 en église paroissiale.

113° Saint-Symphorien. Voir Saint-James n° 104.

114° Saint-Thomas. Saint-Thomas était un établissement religieux appelé indifféremment hôpital ou prieuré, parce que l'administration en était confiée à un prieur. Il est fait mention pour la première fois de cette maison au commencement du XIIIème siècle, sous l'épiscopat de Pierre, évêque de Rennes, et du temps du trésorier Guillaume de Pincé. A cette époque figurent dans une charte les frères aumôniers de Saint-Thomas de Rennes, « fratres eleemosinarii Sancti Thome Redonens » (Cartulaire de l'abbaye Saint-Melaine, 104). Le prieuré devait être alors tout récemment fondé, puisqu'il était dédié à saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, canonisé en 1173. Un peu plus tard, Main, évêque de Rennes, reconnut, en 1236, que feu Guillaume Mengot avait fondé une chapellenie dans la maison de Saint-Thomas, « in domo Sancti Thome » (Archives de la vicomté de Rennes). Ainsi, dès le commencement du XIIIème siècle, existait à Rennes un hôpital de Saint-Thomas desservi par des religieux dont il est difficile de préciser l'Ordre, mais que gouvernait un prieur nommé Godoc, en 1281 (Cartulaire de l'abbaye Saint-Georges, 246). Cet hôpital se trouvait près de la porte Blanche, dans le fief de la vicomté de Rennes et dans la paroisse de Toussaints ; aussi, en 1388, Jehan Collas, « prestre administrateur de la méson-Dieu de Saint-Thomas près Rennes », rendit-il aveu au sire de Vitré, vicomte de Rennes, pour cette maison et pour ses dépendances, situées dans les paroisses de Toussaints, Saint-Germain et Saint-Hélier. Il déclara devoir à ce seigneur 44 sols 12 deniers de rente féodale (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). Le Chapitre de Rennes avait jadis coutume de se rendre processionnellement, le jour Saint-Marc, à la chapelle de Saint-Thomas ; il y disait la messe et y faisait une prédication. Il y retournait le vendredi avant la Pentecôte, en compagnie des religieux de Saint-Melaine et du clergé des neuf paroisses de Rennes, et y chantait encore la grand'messe. C'est ce que nous apprend le Livre des Usages de l'Eglise de Rennes rédigé en 1415. En 1408 et en 1470, Nicolas de Hormit et Pierre Régnier, successivement prieurs de Saint-Thomas, rendirent aveu pour ce bénéfice au duc de Bretagne (Archives départementales de la Loire-Inférieure). C'est probablement à cette même époque du XVème siècle qu'appartient un sceau du prieuré de Saint-Thomas dont voici la description : ogival et présentant dans une niche surmontée d'un dais à pinacles saint Thomas de Cantorbéry revêtu des ornements épiscopaux, la mitre en tête, une croix dans la main gauche et bénissant de la main droite ; un glaive traversant la tête du saint indique le genre de martyre qu'il eut à souffrir ; la légende porte : S. DE LA COURT DU PRIOUR DE S. THOMAS. En 1455, l'hôpital Saint-Thomas bordait une rue qui portait son nom et sur laquelle ouvrait une voûte avec portail pour donner accès dans l'enclos. Plusieurs maisons de cette rue et des rues voisines relevaient féodalement de la juridiction du prieur et lui devaient des rentes. Vers 1536, Pierre Le Faye, « prieur et administrateur du prieuré et hôpital de Saint-Thomas », céda son bénéfice à la Communauté des bourgeois de Rennes, avec l'assentiment de l'abbesse de Saint-Georges dont il dépendait alors féodalement, moyennant une pension annuelle de 50 livres. Il n'agit ainsi que pour faciliter l'établissement d'un collège dont la ville de Rennes sentait alors le besoin. L'extinction du titre de ce bénéfice fut obtenue en cour de Rome, et le consentement du roi François Ier mit le dernier sceau aux formalités nécessaires pour permettre à la Communauté de ville d'y installer ses écoles publiques (Archives municipales de Rennes, 281). Ainsi disparut l'hôpital Saint-Thomas, dont les revenus aussi bien que les bâtiments furent unis au collège de même nom dont nous parlerons plus loin. Voici, d'après une déclaration de 1790, quels étaient ces revenus du prieuré de Saint-Thomas : rentes féodales, 6 livres 17 sols ; — rentes foncières, 88 livres ; — juridiction et greffe, 20 livres ; — dîmes en Chantepie, 366 livres ; — dîmes en Nouvoitou, 430 livres ; total : 910 livres 17 sols Mais de cette somme il fallait déduire les charges, montant à 321 livres 8 sols, de sorte que le revenu net n'était que de 589 livres 9 sols (Archives départementales d'Illle-et-Vilaine, 1 V, 26).

115° Saint-Vincent. — Cette chapelle est mentionnée dans les traditions relatives à la fondation du couvent des Dominicains. Elle existait lorsque ceux-ci vinrent à Rennes, et l'on dit qu'ils y firent d'abord leur office, parce que le recteur de Saint-Aubin s'opposait à leur établissement. Il faut en conclure qu'elle se trouvait dans la rue Haute, appartenant à la paroisse de Saint-Germain. Elle fut englobée dans la construction du monastère de Bonne-Nouvelle.

116° Saint-Vincent-de-Paul, rue de Fougères, en Notre-Dame. Institution Saint-Vincent de Rennes. En 1842 commença la vaillante lutte des catholiques pour la liberté de l'enseignement. « Mgr Saint-Marc ayant constaté dans le cours de philosophie du collège royal de Rennes des erreurs de doctrine sur des points graves, les déféra au ministre de l'instruction publique ; n'ayant pas obtenu satisfaction, il retira l'aumônier. Dès lors sa grande préoccupation, sa grande oeuvre fut de doter sa ville épiscopale d'une maison d'éducation offrant au point de vue religieux toutes les garanties possibles. Il improvisa immédiatement (au mois d'octobre 1842), dans la maison des Missionnaires diocésains, un pensionnat qui était obligé de conduire ses élèves aux classes du collège, mais dont la direction, confiée à un prêtre du plus grand mérite, M. Brécha, rassurait absolument les familles chrétiennes. En même temps il jetait les fondements d'un vaste édifice, destiné à devenir un grand collège ; sans compter et sans regarder derrière lui, il engageait sa fortune dans cette vaste entreprise. Aussi, quand la loi de 1850 vint donner la liberté, il était prêt le premier : l'institution Saint-Vincent ouvrait ses portes et comptait bientôt ses élèves par deux et trois cents » (M. de la Borderie, Revue de Bretagne et Vendée, XXXVIII, 312). Cette maison de Saint-Vincent-de-Paul, construite rue de Fougères, dans la paroisse de Notre-Dame, fut naturellement confiée aux Prêtres de l'Immaculée-Conception ; ceux-ci s'honoraient, en effet, d'avoir en leur congrégation le P. Brécha, élu bientôt par eux supérieur général, et véritable fondateur avec Mgr Saint-Marc de l'institution Saint-Vincent. L'établissement de Saint-Vincent fut ouvert dès le mois d'octobre 1844, mais les directeurs continuèrent de conduire leurs élèves au collège royal jusqu'en 1849 ; à cette époque ils purent, grâce à la protection de M. de Falloux, enseigner chez eux, et bientôt après ils jouirent des bienfaits de la loi de 1850. Les Missionnaires ont encore à la fin du XIXème siècle plusieurs d'entre eux à la tête de la maison dont nous nous occupons. Quant aux édifices de Saint-Vincent, malgré leurs vastes proportions, ils n'ont rien de monumental, mais ils occupent le centre d'un fort bel enclos. Leur chapelle, intérieurement de style ogival, occupe le rez-de-chaussée d'un des grands corps­de-logis.

117° Saint-Yves, rue Saint-Yves, primitivement en Saint-Etienne, puis en Toussaints et enfin en Saint-Sauveur. En 1788 la confrérie de Saint-Job et Saint-Gilles s'y réunissait. En 1358, un prêtre du diocèse de Tréguier, nommé Eudon Le Bouteiller, consacra son manoir avec toutes ses dépendances, situés dans la cité de Rennes, près de la porte Esvière, à la fondation d'un hôpital (« Herbergamentum, cum pertinenciis ipsius universis, quod situm est in civitate Redonensi, prope portam Aquariam, quod inibi pro quodam hospitali seu domo Dei fundanda acquisivi et ædificari feci » - Archives municipales de Rennes). Par l'acte de donation, le fondateur de la nouvelle Maison-Dieu la dédia à Dieu et à la Sainte Vierge ; mais cet hôpital ne tarda guère à être placé sous la protection de saint Yves, dont le culte était alors en grande faveur. Le recteur de Saint-Etienne, dans la paroisse duquel fut fondé cet établissement, renonça, pour lui et ses successeurs, au droit d'y exercer ses fonctions curiales, ce qui fut confirmé beaucoup plus tard par arrêt du Parlement, le 26 août 1658. Voici le résumé des statuts établis par Eudon Le Bouteiller pour diriger et gouverner la maison qu'il fondait : Deux chapelains y étaient préposés et chargés d'y célébrer l'office divin et d'assister les malades. La nomination de ces chapelains était dévolue au prieur claustral et à l'aumônier de l'abbaye de Saint-Melaine, assistés de deux bourgeois des plus notables de Rennes, « duobus de supereminencioribus burgensibus viilæ Redonensis, probis viris et justis ». Après l'élection faite, les deux bourgeois présentaient les nouveaux élus aux vénérables chanoines du Chapitre de Rennes, qui donnaient l'institution en leur conférant les pouvoirs d'exercer leur charge. L'un des deux chapelains recevait, en vertu du choix des électeurs sus-indiqués, le titre de principal gouverneur et administrateur de l'hôpital ; c'était lui qui ordonnait, lui qui disposait des revenus de la maison, qui faisait les baux des biens et touchait les recettes. Il devait tenir, mois par mois, registre des oblations et des autres émoluments que percevait l'hôpital, afin d'en rendre compte à l'aumônier de Saint-Melaine et aux deux notables conjointement. Cette reddition de compte avait lieu une fois l'an, dans la semaine qui suivait la Toussaint. Ce régime dura jusqu'à la fin du XVème siècle. La réunion des deux hôpitaux de Saint-Yves et de Sainte-Anne, en 1557, consacra les changements introduits peu à peu par la Communauté, qui avait déjà accaparé l'élection des deux chapelains. A partir de cette époque, il n'y eut plus qu'un seul prêtre-gardien, révocable à volonté  (nota : Le gardien de Saint-Yves était toutefois assisté dans les siècles derniers de quatre prêtres « pour administrer les sacrements aux malades et acquitter les fondations et services » - Recueil historique ms., par Languedoc), et trois prévôts administrateurs de l'Hôtel-Dieu (nota : Ces trois économes ou prévôts furent d'abord « un procureur au Parlement, un procureur au Présidial et un marchand, lesquels étaient tenus de prêter serment en la chapelle de l'hôpital, devant le magistrat dudit Présidial, la veille du jour Saint-Yves ». Plus tard, en 1717, ces trois prévôts furent choisis dans les trois corps du Chapitre, du Présidial et de la Communauté de ville - Recueil historique ms., p. Languedoc), tous nommés par la Communauté de ville et le Chapitre réunis (M. Paul de la Bigne Villeneuve, Bulletin de l'association bretonne, II, 132). A la mort des chapelains, tout leur mobilier, et même les immeubles qu'ils avaient acquis depuis leur nomination, devaient retourner à l'hospice. De plus, l'Hôtel-Dieu héritait du mobilier de toutes les personnes qui décédaient dans ses lits ; aussi vit-on dans la suite bon nombre de gens aisés aller, tant par piété que par humilité, mourir à l'hôpital Saint-Yves pour le faire profiter de cette clause. En 1522, Guillaume de Languedoc, administrateur, augmenta sensiblement les revenus de la maison par l'érection d'une confrérie de Saint-Yves et de Saint-Bertrand. Les indulgences accordées aux confrères par le Pape procurèrent des aumônes considérables à l'hôpital. En 1583, la Maison-Dieu renfermait quatre-vingt-deux lits, savoir : trente-quatre dans la vieille salle, quarante dans la nouvelle, trois dans la chambre des femmes sur la cuisine et cinq dispersés dans les pièces voisines (Archives municipales de Rennes). « Pierre Alleaume, chanoine de Rennes, nommé gardien de Saint-Yves en 1591 par la Communauté de ville, exerça cet office avec un zèle et une charité admirables pendant vingt-neuf ans consécutifs. Il est justement honoré comme le restaurateur et le principal bienfaiteur de cette maison. Tous ses biens furent consacrés à maintenir, réparer et agrandir les logements destinés aux pauvres et aux malades. C'est sous son administration que furent fondés, en 1617, les deux grands bâtiments bornant la cour à l'Est et au Sud, au prix de 50 000 livres » (M. de Léon, Rapport historique sur les Hospices de Rennes, 4). Ces constructions n'étant pas encore suffisantes, la ville éleva en 1628 les salles à l'Ouest de la cour. Un procès-verbal de 1630 constate qu'à cette époque il y avait à Saint-Yves deux cent vingt pauvres, tant hommes que femmes et enfants (Archives municipales de Rennes). Cette nouvelle extension donnée à l'établissement hospitalier fit sentir la nécessité d'augmenter le personnel du service. Durant trois siècles, les gardiens et administrateurs n'avaient employé sous leurs ordres que des domestiques à gages. En 1644, les religieuses hospitalières de la Miséricorde de Dieppe furent admises à venir à Saint-Yves « soigner les malades en qualité d'humbles servantes des membres de Notre-Seigneur ». Elles y demeurèrent jusqu'à la Révolution, furent chassées en 1792 et rentrèrent en 1804. Les édifices de l'Hôtel-Dieu furent complétés en 1728 par la construction du bâtiment destiné à servir de grenier pour les blés et de caves pour les cidres des hôpitaux de Rennes. Lorsque l'on construisit au XIXème siècle les quais de la Vilaine, les salles des malades de Saint-Yves furent condamnées par les alignements ; les autres édifices étaient en mauvais état, l'espace manquait pour bâtir, et l'administration résolut de transporter cet établissement dans le quartier de la rue Haute, sur les terrains de la Cochardière. Le nouvel Hôtel-Dieu élevé en cet endroit a été inauguré en 1858. Depuis cette époque, les anciens bâtiments de l'hôpital Saint-Yves ont été vendus à des particuliers ; la chapelle reste encore debout à la fin du XIXème siècle, convertie en magasin ; comme c'est un édifice fort intéressant, nous en donnons ici la description, regrettant vivement qu'elle ait perdu sa pieuse destination. Cette chapelle n'est pas le sanctuaire primitif de l'hôpital ; dès le XIVème siècle il y avait une chapelle à Saint-Yves, mais il ne reste rien de cette antique construction mentionnée dans l'acte de 1358. La chapelle qui existe encore à la fin du XIXème siècle borde la rue Saint-Yves sur une longueur d'environ 35 mètres ; sa forme est un long rectangle. Le mur septentrional est appuyé par six contreforts à retraites décorées de niches s'amortissant en accolades, brodées en panneaux et chargées d'écussons sur leurs socles et à leurs sommets. Les cinq intervalles ménagés entre les éperons sont occupés par quatre fenêtres et deux portes latérales. « La première fenêtre à l'Est présente dans les moulures prismatiques de ses meneaux, dans leurs arcs trilobés, dans les broderies en coeurs de son réseau, tous les caractères du style flamboyant (nota : toute cette description de la chapelle Saint-Yves est l'oeuvre de M. Paul de la Bigne Villeneuve - Bulletin de l'Association bretonne, II, 133). Entre le second et le troisième contrefort il n'y a pas de fenêtre, mais seulement un portail dont l'archivolte, décrivant un arc tudor, a sa gorge ornée d'une guirlande de feuilles de vigne avec des grappes de raisin. L'extrados est garni de feuilles frisées en crochets ; un écusson, sommé de la couronne ducale, est plaqué sur l'amortissement de l'accolade, dont la pointe se relève en pédicule et vient supporter un piédestal veuf de sa statue. Il y en avait trois sans doute dans les trois niches accolées qui surmontent ce portail ; leur couronnement se compose de dais élégamment ouvragés, à moulures pannelées, à frontons fleuronnés et festonnés. Sous la corniche qui sert de base à leur ensemble court un cordon de feuilles entablées d'une exécution délicate ; ce sont des feuillages d'aulne, de mauve, de figuier, etc. Les deux contreforts qui viennent ensuite encadrent un pignon aigu dont la saillie, à peine sensible sur le corps de l'édifice, marque le transept. Outre sa grande fenêtre il a aussi une petite porte latérale, bouchée comme la précédente, et qui étale une ornementation semblable, mais moins riche. Ces deux portes sont accompagnées de bénitiers extérieurs, sculptés dans le granit et engagés dans le flanc des contre­forts voisins. Le mieux conservé est celui de la seconde porte : une croix composée de feuillages en panache s'épanouit au-dessus de l'ouverture arquée du bénitier, entre deux pinacles munis de crochets, le tout en application ; la vasque est supportée par deux dragons entrelacés qui se tordent sous la partie inférieure. La fenêtre occupant le haut du gable a perdu les compartiments ondulés de son tympan. Restent les deux dernières ouvertures percées entre les trois contreforts les plus rapprochés du bas de l'église. La disposition de leurs meneaux, d'une grande simplicité, est curieuse en ce qu'elle signale la transition de l'ogive au plein cintre, accusant ainsi une époque plus moderne que la fin du XVème siècle. L'une de ces fenêtres a trois divisions verticales dont les arcs arrondis soutiennent une figure annulaire au centre, accostée et surmontée de trois segments de cercle tranchés par l'intrados de l'ogive ; l'autre fenêtre, sans aucune broderie au sommet, rappelle le style perpendiculaire, sauf que trois arcs cintrés coupent à des hauteurs inégales les lignes verticales de ses meneaux. Le sixième contrefort du mur septentrional, qui appuie en même temps l'angle Nord-Ouest de la façade occidentale, s'y applique non pas parallèlement au mur, mais faisant face à l'angle ; il est plus décoré que les autres, à cause de sa double destination ; des niches du même style que celles des autres contreforts occupent ses trois faces ; un pinacle en application, dont les rampants sont chargés de crochets, couronne l'ensemble. Le grand portail occidental, flanqué à droite et à gauche de niches avec dais brodés et culs-de-lampe à écussons, offrait, avant les mutilations dont il a été victime, une riche ornementation du style ogival tertiaire. C'est toujours l'arc surbaissé, dont l'archivolte se décore d'une guirlande de feuilles laciniées ; seulement ici, à l'extrados de l'arc, l'accolade se relève trois fois pour former un triple pédicule sous trois écussons qui avaient jadis chacun leurs supports variés, anges, lions et griffons ailés : au centre figurait l'écusson de Bretagne aux hermines pleines. Une rangée de niches semblables à celles du portail latéral décrit plus haut remplit de ses panneaux à arcatures le trumeau qui la sépare d'une grande fenêtre ogivale aux trois quarts bouchée par une ignoble maçonnerie, mais dont le réseau a conservé ses ramifications flamboyantes. L'ensemble de ces deux baies se trouve encadré d'une ogive enveloppante, délimitée par plusieurs moulures prismatiques en retraite les unes sur les autres, qui partant du seuil s'élancent jusqu'à la pointe légèrement contre-courbée de son archivolte, dont l'extrados est garni de crosses végétales et d'un bouquet terminal de feuilles frisées. De chaque côté de la grande ogive, un pilastre en application et subdivisé en plusieurs panneaux dresse son aiguille hérissée de crochets. Le mur méridional de la chapelle Saint-Yves forme un des côtés de la cour intérieure de l'Hôtel-Dieu ; il est percé de trois fenêtres : l'une, au bas de l'église, a le même agencement de meneaux que la quatrième du côté du Nord ; les deux autres, divisées en quatre panneaux par des meneaux trilobés et lancéolés à leur sommet, déploient dans les broderies de leur tympan les courbes allongées et capricieuses du style ogival fleuri ». A l'intérieur de la chapelle « il y a seulement à noter les filières en corniches saillantes, dans lesquelles sont engagées à leurs extrémités les poutres transversales qui soutiennent le comble ; elles sont historiées de têtes humaines grotesques, d'animaux bizarres, de feuillages sculptés en relief. Les deux bouts des poutres figurent des gueules de dragon d'où sort le fût. Tous ces détails sont dans le goût et le style du XVIème siècle. Quelques débris de vitraux échappés à la destruction ne sont pas indignes d'être remarqués. Dans la fenêtre méridionale du choeur, au milieu du compartiment cordiforme qui remplit la pointe de l'ogive, on distingue encore très-bien un écu aux armes pleines de Bretagne ». Dans d'autres verrières, parmi quelques restes de scènes religieuses, on remarquait les écussons des familles Le Duc, du Rouvre et du Liepvre. Enfin, plusieurs tombeaux apparaissaient dans la chapelle Saint-Yves ; c'étaient ceux de : Jean de Kergu, recteur de Brie, décédé vers 1489 ; — Renée Botherel, dame du Tiercent, qui fit une fondation à l'Hôtel-Dieu en 1595 ; — Jeanne Pinczon, dame de la Meslée, décédée en 1599 ; — Arot, gardien de l'hôpital, décédé en 1742, — et Joseph Boursoul, également gardien , décédé en odeur de sainteté en 1774. On découvrit aussi le coeur de Charles d'Ailly, duc de Chaulnes et gouverneur de Bretagne, décédé en 1698. Nous nous sommes arrêté longuement à décrire la chapelle Saint-Yves, parce que toute défigurée et abandonnée qu'elle soit, elle n'en est pas moins le spécimen le plus complet de l'art ogival à la fin du XVème siècle que possède la ville de Rennes.

118° Saint-Joseph de la Solitude, à Saint-Hélier. La Solitude de Marie-Joseph est une maison de refuge et de préservation fondée en 1852 et située dans le faubourg Saint-Hélier, non loin de l'église paroissiale de ce nom. La chapelle en est également dédiée à saint Joseph. Cet établissement est le complément de l'oeuvre des prisons ; il comprend deux sections : dans l'une sont reçues les femmes libérées, qui trouveraient difficilement à se placer honnêtement au sortir de la Maison centrale ; dans l'autre sont admises les orphelines pauvres que l'abandon conduirait infailliblement à la misère et au déshonneur. Dans cette maison les soeurs ont un ouvroir où elles enseignent à ces pauvres femmes et jeunes filles des états convenables qui leur permettent plus tard de vivre honnêtement en travaillant.

119° Anciennes chapelles du Grand-Séminaire, en Saint-Etienne. — Le Concile de Trente ordonna dans chaque évêché la création d'un Grand-Séminaire, mais ses décrets sous ce rapport ne furent exécutés dans notre diocèse qu'au XVIIème siècle. C'est Mgr de la Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, qui songea le premier sérieusement à créer un établissement de ce genre. Il projetait de l'établir à Billé, près de Fougères, lorsqu'il fut en 1661 transféré du siège de Rennes sur celui d'Auch, ce qui l'empêcha d'exécuter son dessein. Son successeur à Rennes, Mgr de la Vieuville, résolut d'exécuter en partie ce projet, mais voulut avoir son Séminaire dans sa ville épiscopale. Tout d'abord il demanda au roi et obtint de lui des lettres patentes approuvant la fondation d'un Grand-Séminaire à Rennes ; ces lettres furent datées du mois de mai 1662. Mgr de la Vieuville fit en conséquence, en 1665, l'acquisition de deux maisons avec jardins, situées entre la rue Basse et la rue d'Echange, appartenant à Jean Aulnette, sieur de la Grennelais, et à Gillette Monneraye, sa femme ; — puis d'une autre maison également avec jardin, sise rue d'Echange, et propriété de Jacques Frangeul, sieur de la Brosse, et de Jeanne de la Touche, sa femme. L'évêque de Rennes paya tous ces immeubles 22 300 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 1). Sur les entrefaites, le R. P. Eudes étant venu en 1669 prêcher avec un grand succès à Rennes une mission qui ne finit qu'en 1670, Mgr de la Vieuville résolut de confier la direction de son futur Séminaire à la Congrégation des prêtres de Jésus et Marie fondée par ce saint missionnaire. Par acte du 8 mars 1670, l'évêque fit donation au P. Eudes des biens indiqués ci-dessus, ainsi que des meubles nécessaires à l'établissement du Séminaire ; il lui alloua, en outre, une somme de 2 000 livres pendant six années consécutives. Mais il stipula en même temps que la Congrégation de Jésus et Marie aurait toujours à Rennes au moins cinq prêtres et quatre frères pour tenir le Grand-Séminaire, former les clercs et donner des missions dans le diocèse. Il autorisa toutefois le supérieur général de la Congrégation à nommer le supérieur du Grand-Séminaire de Rennes, et permit dans cet établissement la célébration solennelle avec octaves des fêtes des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 1). C'est ainsi que la fête du divin Coeur de Jésus a pu être célébrée à Rennes avec solennité dès 1670, c'est-à-dire plusieurs années avant que la bienheureuse Marguerite-Marie eût sa première révélation à ce sujet. Les bâtiments acquis pour le Grand-Séminaire n'étant pas en bon état, les Eudistes obtinrent des Etats de Bretagne, dès 1671, une somme de 4 000 livres qu'ils employèrent à reconstruire l'une de ces maisons ; c'est celle qui existe encore à la fin du XIXème siècle le long du côté oriental de la rue Basse ; ses petites ouvertures grillées rappellent sa destination religieuse. En 1674, diverses transactions et échanges se firent entre l'évêque de Rennes, d'une part, et le Chapitre et quelques seigneurs de l'autre ; de ces derniers relevaient féodalement, en effet, les biens acquis par Mgr de la Vieuville, et la mouvance de ces biens fut transférée directement à l'évêque. Depuis cette époque jusqu'en 1686, le Grand-Séminaire s'arrondit, agrandissant peu à peu ses dépendances ; il acquit successivement diverses petites maisons situées le long de la rue d'Echange, et quelques autres vers la rue Saint-Louis ; la majeures partie de ces immeubles lui fut vendue par Julien Chévrier, sieur du Verger, pour la somme de 5 500 livres. Il acheta aussi, par acte du 12 octobre 1687, pour 9 000 livres, de Charles Ferret, conseiller au Parlement, une maison nommée le Pélican, accompagnée d'un jardin et sise rue Saint-Louis (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 1). Dans cette maison du Pélican se trouvait un vaste jeu de paume ; les Eudistes approprièrent cette salle pour en faire une chapelle plus grande que celle qui leur avait servi jusqu'alors ; cette dernière continua toutefois d'être employée pour les exercices privés de la communauté ; mais les offices publics se firent désormais dans la nouvelle chapelle. Nous ignorons malheureusement sous quels vocables étaient ces deux sanctuaires. Le plus récent et le plus vaste existe encore à la fin du XIXème siècle, quoique sécularisé ; sa façade, tournée vers la rue Saint-Louis, conserve encastrée dans la maçonnerie une tablette de marbre noir sur laquelle on lit l'inscription suivante, qui fait connaître la date de la bénédiction de l'église : NON EST HIC ALIUD NISI DOMUS DEI ET PORTA COELI — 1690. Un aveu du 20 août 1694, rendu par le Grand-Séminaire au seigneur de Montbarot, de qui relevait la maison du Pélican, nous fait voir qu'à cette date « l'église du Séminaire, cy-devant jeu de paume », était achevée, qu'elle avait des deux côtés des chapelles plus basses que la nef, et que sa longueur était de 92 pieds sur 31 de largeur. Suivant ce même acte, on venait de bâtir au Nord de l'église une sacristie dont la couverture affectait la forme d'un dôme. C'est un peu plus tard que fut construit le vaste hôtel servant à la fin du XIXème siècle d'hôpital militaire. La première pierre de cet édifice fut posée le 16 septembre 1724 par Pierre Perrin, vicaire général de Mgr Le Tonnelier de Breteuil. Mais les travaux durèrent longtemps et paraissent avoir continué jusque sous l'épiscopat de Mgr Bareau de Girac ; car, si l'on en croit la tradition, ce fut seulement du temps de cet évêque et par ses soins que furent terminées les ailes de ce beau corps-de­logis. Désirant avoir une maison dans la campagne environnant Rennes, les prêtres du Grand-Séminaire achetèrent vers 1684, de René de Kerret, seigneur de Quillien, le manoir seigneurial de Champagné et ses dépendances, le tout situé dans la paroisse de Pacé. Outre cette terre, ils possédaient aussi en 1776, dans cette même paroisse, la métairie de l'Etang. Pour payer ces acquisitions, plusieurs personnes charitables durent mettre leur bourse à la disposition du Grand-Séminaire. Nous voyons, en effet, bien des donations faites en sa faveur : Gilles de Gain, chanoine et grand-chantre de Rennes, lui donna en 1680 sa métairie de Vermiscelle, en Nouvoitou ; le chanoine Claude Ferret lui légua sa bibliothèque en 1727 ; Mgr de Beaumanoir, Mme du Boisfévrier et bien d'autres lui témoignèrent leur intérêt en faisant en sa faveur de pieuses et libérales fondations (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 1, 5, 6). Mais parmi les plus généreux bienfaiteurs du Grand-Séminaire il faut compter les deux derniers prieurs de Saint-Sauveur-des-Landes, Jérôme de Bragelonne et Jean Gravois ; ces deux prieurs commendataires résignèrent, l'un après l'autre, leur bénéfice fort important en faveur du Séminaire. L'abbé de Marmoutiers, de qui dépendait Saint-Sauveur, refusa d'approuver la résignation de Jérôme de Bragelonne, mais il fut forcé de donner son consentement à celle de Jean Gravois. Les Bénédictins de Marmoutiers, suivant l'exemple de leur abbé, approuvèrent eux-mêmes, le 7 juillet 1700, l'union définitive du prieuré de Saint-Sauveur-des-Landes au Grand-Séminaire de Rennes, que vinrent confirmer en 1701 une ordonnance épiscopale de Mgr de Beaumanoir et des lettres patentes de Louis XIV (nota : Les Eudistes affermaient en 1788 leur prieuré de Saint-Sauveur 4 200 livres). L'on est peut-être surpris de voir qu'en fondant son Grand-Séminaire l'évêque de Rennes ne réclama de la Congrégation de Jésus et Marie que cinq prêtres pour tenir cette maison ; encore les chargea-t-il de faire des missions dans son diocèse. C'est qu'avant la Révolution les Séminaires différaient beaucoup de ceux de nos jours. Cinq prêtres pouvaient donc, en 1670, suffire à la direction du Grand-Séminaire de Rennes. A leur tête furent souvent des hommes éminents, tels que le P. Blouet de Camilly, le saint ami du P. Eudes, qui inaugura l'établissement, — les Pères Jacques du Douit et Vincent Beurier, dont la vie si édifiante a été écrite par l'abbé Tresvaux (Vie des Saints de Bretagne, V, 1, 453). — et enfin le P. Guillaume Morin, qui, chassé du Grand-Séminaire le 16 juin 1791, revint à Rennes dès qu'un peu de calme le permit, pour y reprendre avec le vénéré P. Blanchard la direction des jeunes clercs du diocèse. La Révolution s'empara du Grand-Séminaire et en fit un hôpital militaire, qui s'y trouve encore maintenant établi.

120° Nouvelles chapelles du Grand-Séminaire, en Notre-Dame. Les Prêtres de l'Immaculée-Conception ayant dirigé pendant vingt ans le Grand-Séminaire de Rennes, c'est ici l'occasion pour nous de parler de cet établissement depuis la Révolution jusqu'à nos jours. Nous avons dit précédemment que les Eudistes tenaient le Grand-Séminaire lorsque éclata la tempête révolutionnaire ; maîtres et élèves furent alors dispersés. Quand revinrent des jours un peu plus calmes, le R. P. Pierre Blanchard, Eudiste et ancien supérieur du Petit-Séminaire, quitta l'Espagne, où il avait cherché un refuge contre la persécution, et rentra à Rennes dès la fin de 1797. Ayant été nommé vicaire général de Mgr Bareau de Girac, alors le seul évêque légitime de Rennes, il chercha aussitôt à combler les vides que la Révolution avait faits dans le sanctuaire et réunit dès 1798 autour de lui quelques élèves, tant humanistes que théologiens. Le P. Blanchard trouva d'abord un asile chez M. Talhouët de Brignac, ancien conseiller au Parlement de Bretagne, dans l'hôtel duquel il resta caché pendant un certain temps, n'osant encore se montrer trop ouvertement. Mais en 1800 il crut pouvoir s'installer avec quelques jeunes gens à la Mettrie, maison de campagne située près de Montgermont, à peu de distance de Rennes. En 1801, il afferma, tout près de là, la Hautière, en Saint-Grégoire, y trouvant un logement plus convenable pour ses élèves. « M. Blanchard était là tout à la fois supérieur, économe, professeur d'humanités, de philosophie, de théologie ; en même temps, en qualité de vicaire général, il gouvernait seul le diocèse de Rennes, plaçait les prêtres qui revenaient de l'exil, répondait aux lettres nombreuses qu'on lui écrivait dans ces temps difficiles, et, en outre, desservait la paroisse de Montgermont. Son incroyable activité faisait face à tout » (M. Valleray, Les vrais Amis du Peuple, 27). Bientôt la Hautière se trouva trop étroite pour contenir tous les disciples du savant et vertueux Eudiste. M. Talhouët de Brignac, dont il élevait les trois fils, vint encore à son secours et mit à sa disposition les mansardes de son hôtel, situé place du Palais, à Rennes. Le P. Blanchard s'y établit et y réunit jusqu'à trente élèves, dont quelques-uns demeuraient en ville. « Il commença à les y nourrir gratuitement, avec le secours de quelques aumônes, le produit des dispenses accordées dans le diocèse, et aussi le fruit de ses travaux. Les salles du rez-de-chaussée furent transformées en une chapelle publique. Plusieurs prêtres de science et de zèle, entre autres MM. Morin et Beuchère, anciens Eudistes, MM. Hoguet et Gautier, se joignirent à M. Blanchard, soit pour la célébration de l'office divin et l'administration des sacrements aux fidèles, soit pour l'instruction des jeunes gens » (M. Valleray, Les vrais Amis du Peuple). Cependant, le nombre de ces derniers allant toujours croissant, le P. Blanchard chercha une maison à louer. M. Brossais Saint-Marc, riche négociant en toiles, père de S. Em. le cardinal Saint-Marc, consentit à lui affermer, au prix de 1 200 fr. par an, l'ancien couvent et le choeur de l'église des Cordeliers, situés place du Palais, qu'il avait achetés 31 700 fr. Ce qui tenait lieu alors de Grand et de Petit-Séminaire, c'est-à-dire les élèves du latin, de philosophie et de théologie, furent donc installés aux Cordeliers dès le 24 juin 1802. Deux ans plus tard, M. Saint-Marc, voyant ces jeunes étudiants faire l'édification de toute la ville par leur piété, leurs vertus et leurs succès, légua au P. Blanchard, par son testament du 8 mai 1804, la pleine et entière propriété du local qu'occupait ce dernier, et mourut le 26 du même mois, sans lui avoir rien dit de cette disposition. En 1808, les cours de théologie furent séparés des cours d'humanités ; alors s'établirent d'un côté le Grand-Séminaire, dont nous allons continuer à parler, et d'autre côté le Petit-Séminaire, qui nous occupera plus tard. Dès 1803, le Grand-Séminaire de Rennes avait été rétabli de droit par le Concordat, mais il ne le fut de fait qu'en 1808, par les soins de Mgr Enoch. Napoléon 1er ayant, le 14 juin 1807, concédé l'ancien couvent de la Trinité pour contenir cet établissement, le Grand-Séminaire y fut installé l'année suivante, après une cérémonie solennelle faite à la cathédrale. Déjà aussi, en 1803, le P. Guillaume Morin, ancien Eudiste et supérieur du Grand-Séminaire avant la Révolution, avait été prié par Mgr de Maillé, dont il était grand-vicaire honoraire, de reprendre ses fonctions ; mais comme il vivait avec le P. Blanchard dans la maison des Cordeliers, commune aux théologiens et aux humanistes, son supériorat était plutôt nominatif qu'effectif. Aussi considère-t-on généralement comme premier supérieur du nouveau Grand-Séminaire M. René Breteau de la Guérétrie, nommé à ce poste en 1808 et mort en odeur de sainteté, curé de Saint-Martin de Vitré, en 1840. Son successeur fut M. Jean-Baptiste Millaux, qui gouverna le Grand-Séminaire de 1809 à 1823, et mourut évêque de Nevers ; puis vinrent MM. Théodore Salmon (1823­1843) et René Bessaiche (1843-1852). Le Grand-Séminaire demeura à la Trinité jusqu'en 1820 ; à cette époque, l'administration diocésaine acheta l'ancien monastère des Carmélites et y transféra cet établissement. Depuis lors, le Grand-Séminaire se trouve dans la paroisse dite aujourd'hui de Notre-Dame. Mais il n'occupe plus les vieux bâtiments claustraux du Carmel : ceux-ci ont été complètement rasés, et l'on a construit dans leur enclos, vers 1860, un vaste édifice qui se recommande sinon par sa beauté architecturale, du moins par son intelligente distribution. L'église conventuelle des Carmélites ayant été détruite à la suite de la Révolution, on convertit d'abord en chapelle un côté du cloître ; plus tard, on construisit une chapelle de style néo-grec qui existe encore à la fin du XIXème siècle, dédiée au Sacré-Coeur. Quand le nouveau Grand-Séminaire fut rebâti, on y joignit une nouvelle chapelle, dédiée à l'Immaculée-Conception, ressemblant plutôt à une salle quelconque qu'à un sanctuaire. C'est cette dernière qui sert aux exercices religieux des séminaristes. Outre la chapelle du Sacré-Coeur, il existe aussi dans les jardins du Grand-Séminaire une petite chapelle, dernier débris de l'établissement des Carmélites en ce lieu. Cet oratoire, dédié à sainte Anne, est un édifice du XVIIème siècle. Mais nous voici bien loin des Prêtres de l'Immaculée-Conception ; il est temps de revenir vers eux. Nous avons vu que depuis la restauration des études théologiques à Rennes, le Grand-Séminaire avait été jusqu'en 1852 entre les mains des simples prêtres du diocèse ; les PP. Blanchard et Morin, quoique anciens Eudistes, n'étaient, en effet, considérés alors que comme des vicaires généraux de l'évêque de Rennes, leur Congrégation de Jésus et Marie n'étant point encore reconstituée. En 1852, Mgr Saint-Marc confia la direction de son Grand-Séminaire à la Congrégation des Prêtres de l'Immaculée-Conception, et cette société la conserva jusqu'en 1872. Pendant ce temps, les supérieurs du Grand-Séminaire furent successivement les RR. PP. François Enoch (1852-1855), — Jean Allain (1855-1863), — Jean Le Mené (1863-1865), — Théodose Labbé (1865-1872). A cette dernière époque Mgr Saint-Marc rendit son Grand-Séminaire au clergé séculier de son diocèse ; il mit à la tête de cet établissement d'abord M. Théodose Labbé, qui, ayant quitté la congrégation des Missionnaires, continua d'être supérieur pendant un an (1872-1873), puis M. Constant Guillois, qui gouverne le Séminaire à partir de 1873.

121° Chapelle du Petit-Séminaire, rue Saint-Hélier. En 1684, MM. Ferret, chanoines de Rennes, demandèrent à M. Chanciergue, de Paris, un prêtre formé par lui pour établir à Rennes un Petit-Séminaire, afin d'y élever les pauvres clercs et les pauvres écoliers se destinant à l'état ecclésiastique. Il leur envoya M. Adrien de Saint-Aubin, né à Compiègne, qui s'établit dans la rue de la Parcheminerie, puis dans celle d'Orléans, sur la paroisse de Saint-Aubin, et se retira à Paris dès 1697. En 1698, Mgr de Beaumanoir appela les Eudistes pour tenir ce Petit-Séminaire, dont la direction fut donnée au P. de Mauny. Sous le successeur de ce dernier, entre 1701 et 1706, l'établissement fut transféré rue d'Echange, dans le presbytère de Saint-Etienne, attenant à l'église de ce nom. Mais comme cette maison était trop éloignée du collège des Jésuites, dont les théologiens et les humanistes suivaient les cours, l'évêque de Rennes décida sa translation à l'entrée de la rue Saint-Hélier (Notice ms. par le R. P. Haudebourg, eudiste). En conséquence, Mgr de Beaumanoir demanda et obtint, au mois de mai 1708, des lettres patentes du roi approuvant la fondation qu'il avait faite dans sa ville épiscopale d'un Petit-Séminaire, dit « Séminaire des pauvres écoliers », pour l'éducation des jeunes gens dépourvus de fortune qui se destinaient à l'état ecclésiastique, et autorisant sa translation. La même année, l'évêque de Rennes acheta des enfants de Claude Cassart « la maison appelée Bouzillé, où pendait autrefois l'image de saint Michel, avec toutes ses dépendances », pour la somme de 7 900 livres. L'année suivante, le prélat fit l'acquisition d'une maison contiguë à la précédente, « appelée autrefois Groix et à présent la Flèche », avec le jardin en dépendant. Enfin, en 1712, comme ces deux maisons joignaient les fortifications de Porte-Blanche, l'évêque acheta encore « un logis avec jardin derrière et droit à la rivière de Vilaine, le tout situé près du second pont de Porte-Blanche et anciennement nommé le Corps-de-Garde ». Cette dernière acquisition fut faite d'avec Louis Picard, sieur d'Argenteul, moyennant 800 livres, « à la charge expresse de porter à la Maison de ville, tous les premiers jours de l'an, les clefs de ladite maison, et de laisser en temps de guerre l'embas dudit corps-de-garde aux soldats envoyés par M. le gouverneur de Rennes » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 7 G, 1 ; H, 88). Sur tout cet emplacement, sis à l'entrée de la rue Saint-Hélier, fut fondé le Petit-Séminaire, en faveur duquel Mgr de Beaumanoir donna des lettres d'institution le 7 février 1709. Son successeur, Mgr de Breteuil, publia ensuite une ordonnance en 1726, pour le recommander aux charités de ses diocésains. On construisit en ce lieu une chapelle et un corps-de-logis dont la façade était sur le jardin. En 1711, il s'y trouvait déjà cinquante élèves, théologiens et latinistes, résidant toute l'année scolaire. Le P. Beurier fut supérieur de ce Petit-Séminaire avant d'être supérieur du Grand. Du temps qu'il s'y trouvait (1746-1753), le Petit-Séminaire était si pauvre « que les écoliers n'y mangeaient que du pain à souper. Le bon Père trouva moyen de leur donner le soir une portion de viande les jours de dimanche et de fête, et sollicita longtemps pour leur obtenir le même secours tous les soirs » (Abbé Carron, Modèles du Clergé). Un peu plus tard, en 1769, la communauté des Dominicaines de Rennes ayant été supprimée et leur monastère ayant été donné aux Ursulines de Hédé, l'évêque de Rennes demanda au roi l'autorisation d'acheter ce couvent pour en faire son Petit-Séminaire. Il obtint des lettres patentes royales, datées de mai 1771, approuvant ce projet, fit en 1772 l'acquisition de cette maison située dans la rue Hux (nunc rue de Paris), et y transféra ses élèves. A la suite de cette translation, l'évêque vendit les anciens bâtiments du Petit-Séminaire, qui devint un dépôt de mendicité en 1772. C'était naguère la prison centrale des femmes ; et à la fin du XIXème siècle, un conseil de guerre. Peu de temps après, Mgr de Girac obtint, grâce au bon vouloir du prieur d'Izé, Nicolas Leker, la suppression de ce prieuré et l'union de ses revenus au Petit-Séminaire de Rennes ; l'abbaye de Saint-Florent, dont dépendait Izé, consentit à cette annexion, que confirmèrent des lettres patentes du roi datées de 1778 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 7 G, 6). Enfin, en 1786, François Pillerault, prieur d'Allion, consentit de son côté à céder ce bénéfice au Petit-Séminaire de Rennes. Nous avons vu précédemment que les religieux de l'abbaye de Gastines, dont dépendait ce prieuré, donnèrent leur acquiescement à cette pieuse donation. Jeanne Brandin, veuve de Jean Budes, fit aussi beaucoup de bien au Petit-Séminaire de Rennes : c'est en grande partie à cette noble dame que cet établissement dut les métairies de la Haye de Pan, de la Rivière-Bizaye, de Lorguenais et de Belair, situées en Bruz, ainsi que les fiefs de Tellé et la Rivière-Bizaye, s'étendant en Bruz, Laillé, Orgères et Saint-Erblon, qu'il possédait en 1775. A cette dernière époque, le Petit-Séminaire déclara jouir d'un revenu de 4 608 livres 7 sols 7 deniers. Mais en 1790 le prieuré d'Izé, estimé 3 965 livres de rente, et celui d'Allion 1 452 livres, lui étant unis, il résultait qu'au moment de sa destruction par les révolutionnaires le Petit-Séminaire devait avoir environ 10 000 livres de rente (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 7 G, 1). Le gouvernement s'empara, le 15 juin 1791, du Petit-Séminaire, et en chassa le P. Pierre Blanchard, alors supérieur, ainsi que les autres Eudistes ; puis il céda les bâtiments à la ville de Rennes pour qu'elle en fit son Hôpital-Général. Depuis lors, cette maison (que le peuple continue d'appeler la maison des Catherinettes, en souvenir des Dominicaines de Sainte-Catherine) est affectée au logement des femmes de l'Hôpital-Général.

Nous venons de voir le P. Blanchard reconstituer tout à la fois le Grand et le Petit-Séminaire de Rennes de 1798 à 1808. Lorsqu'à cette dernière date le Grand-Séminaire eut été transféré à la Trinité, le Petit-Séminaire demeura seul aux Cordeliers, sous la direction du bon P. Blanchard. Mais quelque temps après le gouvernement impérial exigea sous peine de destitution, que les chefs d'établissements ecclésiastiques d'instruction secondaire s'engageassent à y enseigner toutes les doctrines professées par l'Université d'alors ; le P. Blanchard refusa de faire cette promesse, et le Petit-Séminaire fut en conséquence fermé le 11 décembre 1811. Toutefois la maison des Cordeliers appartenait en propre au Père Blanchard, lui ayant été personnellement léguée par M. Saint-Marc. Aussi le 23 juin 1812 le P. Blanchard donna-t-il au diocèse de Rennes ce vieux monastère pour qu'on pût y rétablir un Séminaire. Mgr Enoch s'empressa de réaliser ce projet et rouvrit, dès la fin de la même année, son Petit-Séminaire aux Cordeliers ; il le mit sous la direction de M. Yves des Rieux, autorisé à cet effet par le grand-maître de l'Université, et que l'évêque nomma chanoine en 1815. Le successeur de ce dernier fut M. Théodore Salmon, qui gouverna de 1818 à 1823. De son temps, le Petit-Séminaire fut transféré, en 1820, des Cordeliers à la Trinité. On commençait alors, en effet, le percé de la rue Louis-Philippe, qui détruisit l'église et une partie du vieux couvent des Cordeliers ; en même temps, la Trinité se trouvait vide, le Grand-Séminaire se transportant à cette époque dans l'ancien monastère des Carmélites. Le Petit-Séminaire demeura peu de temps à la Trinité ; les bâtiments de cet antique couvent menaçaient ruine, et dès 1825 l'on dut songer à les évacuer. L'évêque de Rennes ordonna alors la translation de cet établissement à Vitré ; la maison de la Trinité fut démolie, et sur ses fondations fut dressée la place qui porte encore son nom. Le collège de Vitré, établi alors dans l'ancien couvent des Ursulines, et dont nous reparlerons bientôt, devint donc Petit-Séminaire diocésain. Mais cet état de choses ne dura que six ans, car ce collège-séminaire fut fermé par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine en date du 28 mai 1831. Le Petit-Séminaire avait alors pour supérieur M. Ruault, qui avait remplacé en 1830 M. Noue!, supérieur lui-même depuis 1823. Après la fermeture de l'établissement de Vitré, le Petit-Séminaire fut transféré à Saint-Méen, où se trouvait établie une maison d'instruction dont il nous faut maintenant faire connaître l'origine. L'ancienne abbaye de Saint-Méen était devenue en 1645 le Grand-Séminaire du diocèse de Saint-Malo. La Révolution détruisit évidemment ce Séminaire, dont les Lazaristes avaient la direction, ayant à leur tête comme supérieur le R. P. Julien Grardel. Quand la paix fut rendue à notre contrée, un décret de 1807 attribua à la commune de Saint-Méen la propriété des édifices, cours et jardins de l'ancien Séminaire, à la condition d'y établir une école secondaire enseignant jusqu'à la classe de quatrième inclusivement. Le P. Grardel, qui pendant toute la période révolutionnaire était demeuré caché dans le pays, s'offrit pour tenir ce nouvel établissement et fut accepté ; il se mit immédiatement à l'oeuvre et réunit quelques élèves. En 1810, M. Bédel, fondateur au Lou-du-Lac d'une école de même genre, amena ses jeunes gens à Saint-Méen et ne tarda pas à prendre, sur la prière du P. Grardel, la, direction de la maison. Les troubles de 1815 dispersèrent les élèves de Saint-Méen, et M. Bédel fut nommé curé de Montfort. En 1818, le P. Grardel, appelé par l'évêque de Rennes et le Conseil Municipal de Saint-Méen, et agréé par l'Université, releva le collège de Saint-Méen et en reprit la direction, qu'il conserva jusqu'en 1823 (Notice historique ms. sur le Petit-Séminaire de Saint-Méen). C'était, comme l'on voit, un collège communal soumis à l'Université ; mais la ville de Saint-Méen se trouvait hors d'état d'entretenir les bâtiments anciens et délabrés de cette maison ; aussi se fit-elle autoriser en 1823 à céder au Diocèse de Rennes toutes ces vieilles constructions et leurs dépendances pour l'établissement d'une école ecclésiastique ; toutefois, elle ne céda que la jouissance indéfinie et conserva la propriété, dans le cas où l'école cesserait d'exister. Mgr Mannay accepta cette convention et nomma en 1823, sur la prière du P. Grardel, âgé et infirme (nota : Le P. Julien Grardel mourut chanoine honoraire le 1er mars 1831, âgé de 80 ans), supérieur de l'école ainsi reconstituée le P. Dubreil, qui devint en même temps curé de Saint-Méen en 1826 (nota : Les Prêtre de l'Immaculée-Conception ont conservé la jouissance de la cure de Saint-Méen jusqu'en 1852). Le P. Enoch, successeur du P. Dubreil en 1827, dirigeait la maison de Saint-Méen lorsque Mgr de Lesquen, voyant son Petit-Séminaire fermé à Vitré, transféra en 1831 cet établissement à Saint-Méen et le confia aux Missionnaires, qui l'y tiennent encore à la fin du XIXème siècle (nota : Le P. Enoch conserva la direction de Saint-Méen jusqu'en 1852, qu'il devint supérieur du Grand-Séminaire. Après lui ont successivement gouverné Saint-Méen : les PP. Morel, Lecomte, Frotin, Lemoine et Lemarié). De nouvelles négociations furent entamées en 1837 entre Mgr de Lesquen et la municipalité de Saint-Méen. Après l'ordonnance royale du 22 mai 1841, et par acte du 12 juillet suivant, la commune de Saint-Méen vendit, sans restriction cette fois, au Diocèse de Rennes, la propriété du Séminaire et ses dépendances, sauf l'aile méridionale et le jardin de l'Aumônerie (nota : Dès 1792 cet aile du bâtiment principal et ce jardin avaient été affectés par la commune au logement du curé de Saint-Méen ; ce fut le presbytère jusqu'en 1853, époque à laquelle Mgr Saint-Marc échangea avec la commune ces immeubles contre un terrain où fut bâti un nouveau presbytère, pour la somme de 20 000 fr. La chapelle actuelle du Petit-Séminaire fut bâtie vers 1845 et placée sous l'invocation de la Sainte Vierge ; la maison elle-même demeura sous le patronage de saint Méen. Reconstruits en grande partie à la fin du XIXème siècle sous l'épiscopat de Mgr Saint-Marc, les bâtiments du Petit-Séminaire de Saint-Méen n'offrent rien de bien intéressant.

122° La chapelle de Servigné, située au village de ce nom, en Saint-Etienne, est sécularisée ; elle dépendait de l'ancien manoir de Servigné, appartenant en 1427 à Jean Chouart.

123° La chapelle de Tesgués avoisinait l'ancien manoir de ce nom, en Saint-Etienne.

124° La chapelle des grandes Ursulines, rue du Pré-Botté, en Saint-Germain. « D'azur aux noms de JESUS et MARIE d'or, sommés d'une croisette soutenue de trois clous de la Passion appointés et entourés d'un cercle de rayons de même » (Armorial général ms. de 1697). Les premières Ursulines de Rennes vinrent du couvent de Paris, peu de temps après que le pape Paul V eut approuvé leur congrégation en 1612. C'est, en effet, le 3 février 1614 que Mgr François Larchiver, évêque de Rennes, donna son assentiment à la fondation d'un monastère d'Ursulines en sa ville épiscopale ; les lettres patentes du roi confirmant cet établissement, datées d'avril 1615, furent enregistrées au Parlement le 22 mai suivant (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 69). Arrivées à Rennes, les Ursulines y achetèrent 16 000 livres la maison du Chapeau-Rouge, le 10 janvier 1614 ; elles reçurent ensuite de la Communauté de ville un emplacement sur le Pré-Botté, nommé alors les Ponts-Neufs, pour pouvoir agrandir leur clôture ; la ville leur prêta même une cloche et fit dresser procès-verbal du terrain concédé par elle. Ce don des bourgeois est du 10 août 1623. Dès le mois suivant, les religieuses commencèrent la construction de leur monastère et de leur église « sur le Pré-Botté, près la rivière ». Parmi les bienfaiteurs des Ursulines, il faut distinguer Louise de Maure, femme de Gaspard de Rochechouart, seigneur de Mortemart. Elle commença par fonder le 8 mai 1615 une messe en la chapelle des Ursulines de Rennes, puis en 1617 elle donna à ces religieuses les prieurés de Chantereine et de Landal , et les chapellenies de Sainte-Catherine de Maure, Notre-Dame de Guipry, Sainte-Magdeleine de la Rigaudière, Saint-Blaise de Breslon, Saint-Michel et le Crotel, en Saint-Julien-de-Concelles ; mais cette donation n'eut point de suites, à cause des difficultés qu'occasionnait l'annexion de ces nombreux bénéfices. Le 27 juillet 1628, Mme de Mortemart refit donc complètement sa fondation aux Ursulines : elle fonda alors en leur église une messe basse quotidienne et s'engagea à leur payer une rente de 900 livres assise sur son comté de Maure (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 69). On commença à donner l'habit religieux aux premières novices du couvent de Rennes le 20 août 1619 ; mais les Ursulines prospérèrent si vite, qu'en 1648 elles se trouvèrent au nombre de soixante-huit. Elles avaient alors dans leur pensionnat six classes progressives comme celles d'un collège. La Révolution chassa les Ursulines de Rennes, et leur couvent devint une caserne de gendarmes ; vendu ensuite par le département, il a été en partie détruit, en partie approprié à des habitations particulières. On voyait encore naguère dans la rue du Pré-Botté quelques vestiges de son principal portail.

125° La chapelle des petites Ursulines, rue Reverdiais, en Saint-Jean. Ce second établissement d'Ursulines, désigné sous le nom de petites Ursulines pour le distinguer du précédent, était une fondation des Ursulines de Bordeaux. Ces religieuses obtinrent en janvier 1677 des vicaires capitulaires et de Mgr de Beaumanoir, évêque nommé de Rennes, ainsi que de la Communauté de ville, la permission de venir s'établir à Rennes, pour y fonder une maison d'éducation pour les jeunes filles. Des lettres patentes du roi Louis XIV vinrent en avril suivant confirmer ce projet d'établissement. Dans le même temps, Jeanne du Chasteigner, dame de la Thébaudais, acheta le 4 janvier 1677, de Jean Frémont et Perrine Bardin, sieur et dame du Verger, une maison et jardin situés dans la rue Réverdiais, paroisse Saint-Jean, près du couvent des Capucins ; puis, le 8 février suivant, elle donna cette maison aux Ursulines à cause de l'affection qui l'unissait à la prieure du couvent projeté, soeur Sainte-Agnès, dite Brindeau. Toutefois Mlle du Chasteigner se réserva dans le monastère un appartement ; voulut qu'on plaçât ses armoiries sur la porte principale du couvent et dans la chapelle ; ordonna qu'on l'inhumât après sa mort avec l'habit religieux, et que sa soeur la douairière de Launay-Comatz, et sa nièce la marquise du Brossay, eussent leur entrée libre dans le monastère ; enfin, les religieuses devaient recevoir sans dot une autre nièce de la fondatrice, Mlle de Gouyon, et célébrer chaque année un annuel de messes et un service solennel pour Mlle du Chasteigner, après sa mort (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 90). Le couvent des petites Ursulines fut construit à l'angle de la rue Réverdiais (nunc rue d'Antrain) et de la rue de la Cochardière ; le 15 mars 1678, la première pierre en fut posée par M. Huart, trésorier de la cathédrale, et par Mme de Coëtlogon, femme du gouverneur de Rennes (Journal d'un bourgeois de Rennes). La Révolution chassa les petites Ursulines comme les grandes, et leur couvent, d'abord hôpital militaire sous le nom de la Concorde, est ensuite devenu propriété particulière. Aujourd'hui il ne reste plus de traces ni du monastère, ni de l'église.

126° Ancienne chapelle de la Visitation, en Saint-Jean. « D'or, à un coeur de gueules percé de deux flèches d'or empennées d'argent, passées en sautoir au travers du coeur, qui est chargé d'un nom de JESUS d'or, à une croix de sable fichée dans l'oreille du coeur ; le tout entouré d'une couronne d'épines de sinople, les épines ensanglantées de gueules » (Armorial général ms. de 1697). Vers 1627, Renée du Quengo, veuve d'Olivier du Chastellier, seigneur de la Haultaye et président au Parlement de Bretagne, demanda à Mgr Cornulier, évêque de Rennes, la permission d'appeler en cette ville des religieuses de la Visitation ; elle sollicita en même temps des lettres patentes du roi pour leur établissement. Le 1er septembre 1628, la Communauté de ville de Rennes, à la prière de la même dame, autorisa la fondation des Visitandines, à la condition qu'elles ne mendieraient point et qu'elles demanderaient à la ville un alignement pour bâtir leur couvent. Dans le même mois, Louis XIII donna les lettres patentes nécessaires, et il les réitéra en mars 1632 (Archives municipales, 488, 505). Dès 1628, Mme de la Haultaye alla chercher des religieuses au monastère de la Visitation d'Orléans, et elle amena à Rennes la mère Claude-Agnès de la Roche avec quelques soeurs (nota : La mère Claude-Agnès, fondatrice du premier monastère de la Visitation de Rennes, appartenait à une famille noble de Savoie ; elle était fille de M. de la Roche-Dalery et de N... de Locasel ; elle mourut à Rennes dans de grands sentiments de piété dès le 30 décembre 1630 - Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 2 H, 104). Sur les entrefaites, les Carmélites, qui avaient commencé à s'établir au lieu de Touriel, entre la rue Saint-Melaine et les fossés de la ville, résolurent de se transporter ailleurs, et elles cédèrent Touriel aux Visitandines en 1630. Le 20 mars 1631, Mgr Cornulier autorisa ces dernières à s'établir en ce lieu, et Pierre du Lyon, abbé de Saint-Melaine, dans le fief duquel se trouvait Touriel, donna également son consentement le 29 décembre de la même année (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 90). Ainsi fut fondé le premier couvent de la Visitation de Sainte-Marie à Rennes, là où il se trouve encore à la fin du XIXème siècle. En 1659, les Visitandines commencèrent la construction d'une belle église « à vis du cimetière Sainte-Anne » ; cet édifice fut ouvert le 22 mai 1661 et bénit le 19 mars de l'année suivante par Mgr de la Vieuville, évêque de Rennes, qui le dédia à saint Joseph. Cette cérémonie fut très solennelle, et l'abbesse de Saint-Georges sortit même de sa clôture pour y venir assister (Journal ms. de Loret, 203). Chassées de leur monastère par la Révolution, les Visitandines ont pu y rentrer en 1815 ; mais elles ont perdu leur ancienne chapelle, transformée en magasin, et elles ont dû en bâtir une autre dans leur enclos.

127° Nouvelle chapelle de la Visitation, en Notre-Dame. Nous avons vu la Révolution chasser de leurs monastères les deux communautés de la Visitation-Sainte-Marie de Rennes ; voici ce que devinrent ensuite ces saintes filles, d'après une touchante Notice ms. qu'on a bien voulu nous communiquer « Les religieuses expulsées tant du premier que du deuxième monastère de Rennes se réunirent dans une maison de cette ville, située rue du Four-du-Chapitre ; mais la Nation les obligea à se disperser pour ne demeurer que quatre ou cinq ensemble. Elles prirent donc de petits loyers aussi rapprochés que possible. Pour observer leur règle comme aussi pour vivre du peu qui leur était donné, on ne fit la cuisine que chez la supérieure, la très-honorée mère Amélie Hay de Bonteville, et une courageuse soeur converse, nomme Marie-Françoise Briand, se chargea de porter dans des paniers de clisse, à l'heure marquée par les constitutions, le repas frugal destiné à chaque ménage. Mais à midi toutes venaient chez la supérieure prendre leurs obédiences ». La faible indemnité fournie par le gouvernement ne suffisant pas toutefois à faire vivre ces pauvres femmes, elles usèrent de leurs petits talents et s'appliquèrent surtout à enseigner les enfants. « La plupart de leurs familles leur firent mille offres avantageuses, comme de recommencer les partages, ou de les recevoir chez elles, mais ces véritables épouses de Jésus-Christ, heureuses dans la pauvreté et la persécution pour la justice, préférèrent à toutes choses demeurer unies dans ce lien de dilection qui faisait leur gloire et leur consolation ». Beaucoup moururent dans l'espace de vingt ans qu'elles durent passer ainsi, et leurs compagnes ne songèrent qu'en 1817 à reconstituer une communauté. Dans cette intention elles louèrent d'abord une petite maison dans la rue Basse, mais bientôt des sujets se présentèrent, et il fallut songer à agrandir le local ; malheureusement les fonds manquaient presque totalement. « Dieu, qui avait résolu le rétablissement du premier monastère de la Visitation de Rennes, suscita alors une riche veuve qui se crut destinée à lui servir d'instrument. Mme de Kerisnel, née de Poulpiquet, avait perdu son mari dans des circonstances qui rappellent le veuvage de la sainte fondatrice de la Visitation ; elle racheta une partie de l'ancien emplacement du premier monastère, car les bâtiments claustraux n'existaient plus. Pendant quatre années, cette pieuse novice sacrifia son ardent désir d'être consacrée à Dieu par la sainte profession pour se livrer à toutes les fatigues et à toutes les privations que réclamaient la reconstruction du monastère et le rétablissement de la communauté. Elle vit enfin ses efforts couronnés de succès et elle mérita de devenir la mère de celles à qui elle avait rendu le bonheur en leur redonnant la vie religieuse ». A la fin du XIXème siècle, le couvent de la Visitation est situé dans la paroisse de Notre-Dame ; il renferme une cinquantaine de religieuses, dont une partie s'occupent de la tenue d'un pensionnat de jeunes filles. La chapelle principale est dédiée à la Très-Sainte Vierge ; c'est un édifice moderne sans aucun style. Il y a dans les jardins une autre petite chapelle élevée en l'honneur de saint Joseph.

128° Chapelle de la Visitation du Colombier, en Toussaints. Vers 1632, le couvent de la Visitation ne pouvant plus contenir les nombreux sujets qui s'y présentaient, les supérieurs résolurent de fonder un autre monastère à Rennes. Par l'entremise de M. Barrin du Bois-Geffroy, les religieuses achetèrent le lieu noble du Colombier, anciennement appelé Beaumont, et situé dans la paroisse de Toussaints ; ce furent Guillaume Subtil et Anne Chapon, sa femme, qui le leur vendirent le 29 octobre 1633. Apprenant cela, Mgr de Cornulier, évêque de Rennes, qui estimait beaucoup les Visitandines, permit aussitôt à la mère supérieure du premier monastère de Rennes de fonder en ce lieu un nouvel établissement et d'y envoyer des religieuses. Peu de temps après, Henry, duc de la Trémoille et vicomte de Rennes, dans le fief duquel se trouvait le Colombier, donna son consentement à la nouvelle fondation des Visitandines (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, H, 108). La Communauté de ville hésita d'abord, semble-t-il, à autoriser ce second établissement de la Visitation ; mais le roi lui fit savoir qu'il désirait le voir réussir, et les bourgeois de Rennes s'empressèrent alors d'acquiescer à la volonté royale. Les Visitandines s'installèrent au Colombier en 1641 ; leur première supérieure fut la mère Julienne Gillet, décédée avec grande piété le 1er août 1645 (nota : Cette religieuse appartenait à une famille noble et était nièce de Mme de la Haultaye, la bienfaitrice du premier monastère de la Visitation de Rennes). Elles n'eurent d'abord qu'une chapelle provisoire, mais en 1674 elles commencèrent la construction d'une église conventuelle dans la cour de leur monastère (Journal ms. de Loret, 258). Les Visitandines ont l'habitude d'écrire des notices biographiques consacrées à celles d'entre elles qui se sont distinguées par d'éminentes vertus ; le dépôt des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine possède trois gros cahiers manuscrits in-folio de ce genre. Parmi les soeurs des deux monastères de Rennes qui figurent dans ce recueil se trouvent Marie-Henriette de Prunelay, supérieure du premier monastère, décédée en 1639 ; — Jeanne Le Breton, décédée en 1639 ; — Marie-Gertrude de Thierry, décédée en 1644 ; — Françoise Magon, décédée en 1658 ; — Marie-Gertrude Peschart, décédée en 1662 ; — Anne-Catherine Le Botteuc, décédée en 1663 ; — Julienne-Thérèse du Bouëxic, décédée en 1667 ; — Marie-Magdeleine Godard, décédée en 1667, etc., etc. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 2 H, 104, 105, 106. — L'abbé Tresvaux a également consacré des notices historiques à quelques Visitandines de Rennes : Jeanne Pinczon, dame de Forsanz du Houx, décédée en 1677 ; — Renée Le Duc du Petit-Bois, décédée en 1681 ; — Marie-Agnès d'Andigné, décédée en 1682 ; — Françoise Le Jacobin, décédée en 1685 ; — Louise de Brezal, décédée vers 1690 - Voir Vies des Saints de Bretagne., IV, 421 ; V, 13, 21, 22). La Révolution chassa du Colombier les religieuses de la Visitation ; plus tard, ce monastère, vendu nationalement en 1792, fut acquis par l'Etat, qui le transforma en un quartier d'artillerie. Il n'y reste plus de vestiges de l'ancienne église.

Nota : Anne-Marie de Budes, petite nièce du maréchal de Guébriant, qu'on appelait à Rennes « la grande héritière, » mourut avant d'avoir réalisé le projet qu'elle avait formé de fonder une maison de Retraite sous la direction de religieuses dites « Filles du Séminaire de la Sainte Vierge ». Elle légua son dernier voeu à sa mère qui l'exécuta, en procurant cet établissement à la ville. Par reconnaissance pour leurs fondatrices, les religieuses adoptèrent le nom de « Dames Budes », sous lequel elles ont subsisté jusqu'à la Révolution [Note: Elle est la fille de Jean Budes, conseiller au Parlement, et de Jeanne Brandin de Belhair. Née en 1651, elle mourut le vendredi 16 novembre 1674, au Couvent de la Visitation du Colombier où elle a été enterrée. Elle est à l'origine de la fondation de l'ancien couvent de la Retraite à Rennes].

129° l'ancienne chapelle hospitalière de Sainte-Anne. En 1340, plusieurs confréries de métiers fondèrent un hôpital à Rennes ; ce furent « les frères et soeurs, les prévotz et esleus des frairies de Nostre-Dame Meaoust (de la mi-août), qui est tenue des boulangers, de Sainte-Anne, qui est tenue des texiers, de Saint-Berthélemy, qui est tenue des baudriers, de Nostre-Dame de Septembre, qui est tenue des drapiers, de Saint-Martin, qui est tenue des boursiers, de Saint-Philippe et de Saint-James, qui est tenue des merciers, de Saint-Eloi, qui est tenue des selliers et des mintiers, de Saint-Michel, qui est tenue des parcheminiers, de Nostre-Dame des Avents, qui est tenue des cordouanniers, et du Sacrement, laquelle est tenue des bouchers ». Ces dix confréries ouvrières se portèrent comme « fondours de la méson-Dieu fondée de nouvel à Rennes près l'église de Saint-Aulbin, en l'honneur de Dieu, de la glorieuse benoiste vierge Marie sa mère, et de Madame Sainte-Anne, mère de la mère de Jésus-Christ, pour recepvoir les pouvres personnes malades et les pèlerins passans, et pour faire et exercer les oeuvres de charité et de miséricorde ». De concert avec Nicolas, abbé de Saint-Melaine, dans le fief duquel se trouvait le nouvel hôpital, et avec Guillaume de la Motte, archidiacre de Rennes, les fondateurs nommèrent les premiers administrateurs, « procurours, recevours, gardes et dispositours de ladite méson-Dieu » ; ils s'appelaient « Messire Jehan Radiguer, dom Jehan Louet, Perrot Chouan, Olivier Rualen, Colin D..., Perrot Lebas, Perrot Lehouern et Raoul Bousan » (Archives municipales de Rennes, 327). Deux siècles plus tard, en 1557, l'hôpital Sainte-Anne fut uni à l'Hôtel-Dieu et placé sous la direction des prévôts de Saint-Yves ; les malades furent conduits à l'Hôtel-Dieu, et l'on utilisa leur salle en en faisant une chapelle contiguë à celle de Sainte-Anne. C'est dans cette nouvelle chapelle que la confrérie de Saint-Roch et Saint-Eutrope plaça son autel. Il y eut dès lors deux chapellenies organisées à Sainte-Anne : le gardien ou prieur de Sainte-Anne y disait deux messes par semaine à l'autel Sainte-Anne, et le chapelain de la confrérie de Saint-Roch desservait l'autel de la chapelle voisine. Mais il y eut souvent contestation entre la Communauté de ville et la confrérie de Saint-Roch : la Communauté prétendait que le gardien de Sainte-Anne était chapelain-né de Saint-Roch et Saint-Eutrope ; mais les confrères voulaient avoir un chapelain ne dépendant que d'eux ; la Communauté se disait aussi propriétaire des deux chapelles, tandis que la confrérie réclamait la propriété de l'une d'elles. Comme cette confrérie de Saint-Roch et Saint-Eutrope, dont les statuts datent de 1548, était fort importante, ces difficultés se renouvelèrent souvent. En 1780, le gardien de Sainte-Anne, Nicolas du Liepvre, recteur de Gévezé, rendant aveu à l'abbaye de Saint-Melaine pour la chapelle Sainte-Anne, décrit assez bien les deux chapelles juxtaposées dont nous venons de parler : « Scavoir est la chapelle Sainte-Anne située en la paroisse de Saint-Germain (nota : La rue Haute dépendait alors de la paroisse Saint-Germain, et la chapelle Sainte-Anne servait de chapelle vicariale pour ce quartier), et jointe à cette chapelle une autre nommée Sainte-Marguerite ; auxquelles il y a quatre grandes croisées, dont trois à la chapelle Sainte-Anne, desquelles deux au Nord et une au chevet à l'Est, et une seulement en la chapelle Sainte-Marguerite, au chevet oriental » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 60 - Archives municipales de Rennes, 329). Cette chapelle Sainte-Anne était très-honorée à Rennes à cause des nombreuses confréries qui s'y réunissaient ; le pape Innocent XII (1691-1700) accorda des indulgences à tous ceux qui viendraient y prier ; le Chapitre de Rennes y faisait parfois des processions solennelles, notamment en 1547, et jusqu'au XVIIIème siècle les confrères y vinrent toujours en grand nombre. En 1596, le chanoine et scholastique François Chaussière avait même fondé en cette chapelle une messe solennelle et une distribution de pain bénit le jour de la fête patronale, 26 juillet. Lorsque arriva la Révolution, le dernier gardien de Sainte-Anne, M. Collet, déclara en 1790 que les revenus de son bénéfice consistaient en loyers de divers appartements, se montant au total à 336 livres ; sur cette somme il devait acquitter 54 livres de charges et faire l'office divin dans la chapelle tous les dimanches et fêtes (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). La chapelle Sainte-Anne, devenue propriété particulière depuis 1792 et démolie à la fin du XIXème siècle, offrait tous les caractères d'un monument de la fin du XVème siècle. Il suffisait pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les deux gables ou pignons aigus d'inégale hauteur qui formaient la façade occidentale de l'édifice. Le principal, celui qui était le plus en vue, était percé d'une grande fenêtre à meneaux prismatiques et à réseau flamboyant. Le contrefort venant s'appliquer obliquement à l'angle Nord-Ouest de la chapelle était orné d'une fort jolie niche avec pinacles simulés, dais brodés avec élégance et cul-de-lampe historié d'animaux rampants supportant un écusson. Au-dessous de la fenêtre ci-dessus décrite un portail offrait un arc surbaissé qu'enveloppait une gracieuse archivolte à contre-courbure dont l'amortissement formait pédicule et servait de support à une console destinée à recevoir une statuette. L'ornementation des deux fenêtres et de la porte latérale pratiquées dans le mur Nord bordant la petite rue Sainte-Anne rentrait dans le même style. L'une de ces fenêtres conservait encore, entre les compartiments ondulés de ses meneaux, quelques fragments d'un ancien vitrail du XVIème siècle ; on y remarquait un ange d'un bon style tenant un écusson aux armes des Bourgneuf, Champeigné et Bouëdrier (Bulletin de l'Association bretonne, II, 129). Enfin, on voyait à l'intérieur de la chapelle Sainte-Anne un système de corniches sculptées et historiées analogues à celles de la chapelle Saint-Yves ; ces deux édifices se ressemblaient beaucoup, au reste, et avaient dû être construits vers la même époque, à la fin du XVème siècle.

 © Copyright - Tous droits réservés.