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CREHEN |
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La commune de Créhen ( |
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de CREHEN
Créhen vient du breton « ker » (village) et de Hen ou Ehen, nom dun personnage.
Créhen est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Ploubalay. Léglise de Créhen (Cherehen), dédiée à saint Pierre, est mentionnée dès 1163 dans une bulle du pape Alexandre III. Il s'agit d'une possession de l'abbaye de Saint-Jacut, dont elle devient un prieuré. L'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois se voit également octroyer au XIIIème siècle, des biens au bourg de Créhen. Au XIIème siècle, existe aussi, près du gué de l'Arguenon, une sorte d'hospice destinée à accueillir les pèlerins.
Créhen (Querhen) est cité comme paroisse en 1271 dans une charte de l'abbaye de Saint-Jacut (Anc. év. IV, 178 et 286). La paroisse de Créhen appartient, sous l'Ancien Régime, au diocèse de Saint-Malo. L'ancienne paroisse de Créhen relevait du roi et dépendait de la subdélégation de Dinan. La cure était de 100 livres : l'abbé de Saint-Jacut présentait et l'évêque conférait de plein droit. Créhen élit sa première municipalité au début de 1790. Par arrêté du 20 juillet 1826, la commune de Créhen échange avec celle de Trégon deux fractions de territoire près du village de Bouillon.
La fondation de la seigneurie du Guildo est due à la maison de Dinan. Cette seigneurie, anciennement unie à celle de Montafilant ne semble pas, ainsi que le château, remonter au delà de la seconde moitié du XIIIème siècle. Le fief du Guildo est fondé en 1315 en faveur de Marie de Dinan-Montafilant lorsqu'elle épouse Jean de Beaumanoir. Marie de Dinan, fille de Geoffroy de Dinan-Montafilant et épouse de Jean II de Beaumanoir fait passer dans cette famille la terre du Guildo, dans la personne de son fils Jean III de Beaumanoir, l'illustre héros du combat des Trente. Jean III de Beaumanoir épouse Marguerite de Rohan, dont il a plusieurs enfants, entre autre Jeanne de Beaumanoir qui épouse son cousin Charles de Dinan (décédé en 1364). Ces derniers ont six enfants (Henri, Rolland, Robert, Bertrand, Jacques et Thomine). Henri de Dinan (décédé sans enfant en 1403), fils de Charles et de Jeanne de Beaumanoir succède à sa mère aux seigneuries de Montafilant, de Beaumanoir, de la Hardouinaye et du Guildo. Rolland de Dinan (décédé sans enfant en 1419), frère de Henri est son héritier. On trouve ensuite comme seigneur du Guildo, Robert de Dinan, baron de Châteaubriand, troisième fils de Charles et de Jeanne de Beaumanoir. Il épouse Jeanne de Châtillon, fille de Jean de Châtillon et de Marguerite de Clisson. Il meurt aussi sans enfant en 1430. Jacques de Dinan, cinquième enfant de Charles de Dinan et de Jeanne de Beaumanoir, hérite des biens de son frère Robert. Il épouse Catherine de Rohan dont il n'a qu'une fille Françoise de Dinan. L'héritière, Françoise de Dinan, dame de Montafilant, de Beaumanoir, de la Hardouinaye, du Guildo et de beaucoup d'autres lieux, est né à Dinan le 20 décembre 1436 et meurt le 3 janvier 1499 (elle est enterrée dans l'église des jacobins de Dinan). Promise au sire de Gavre, fils aîné du comte de Laval, la belle Françoise est enlevée à l'âge de 12 ans par le prince Gilles de Bretagne, frère du duc François et troisième fils du duc Jean VI. Après la mort de Gilles de Bretagne, Françoise de Dinan, malgré son désir de n'épouser que son premier fiancé, est forcée de donner sa main au père de celui-ci et elle épouse Guy XIV, comte de Laval. La seigneurie du Guildo, par suite de ce mariage passe dans la maison de Laval. Le duc de Bretagne François II, par son testament nomme, Françoise de Dinan, dame de Châteaubriand, du Guildo, etc ... gouvernante de sa fille Anne de Bretagne. François de Laval, deuxième fils de Guy XIV et de Françoise de Dinan, devient seigneur du Guildo à la mort de son père et épouse Françoise de Rieux. Jean de Laval, successeur de François, épouse Françoise de Foix et meurt sans enfant, en 1543. La succession de Jean de Laval échoit à Philippes de Montespédon, arrière petite-fille de Thomine de Dinan (dernière enfant de Charles de Dinan et de Jeanne de Beaumanoir). Philippes de Montespédon épouse Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon et meurt sans enfant. La châtellenie du Guildo passe alors à Guy de Scépeaux, comte de Chemillé et baron de Mortagne. Vers 1579, Guy de Scépeaux échange la châtellenie du Guildo avec Jacques de Goyon, sire de Matignon, suivant acte déposé aux archives de Penthièvre, passé en la vicomté de Coutances, en date du 22 avril 1599, constatant que Jacques de Matignon, sieur du dit lieu et de Thorigny, et Guy Despeaux (pour de Scépeaux), comte de Chemilly et baron de Mortaing, ont fait l'échange suivant : "Le comte de Chemilly donne la châtellenie, terre et sieurye du Guildo lui provenant de la princesse de la Roche-sur-Yon, tenue mouvante au roi notre Sire, à cause de sa sénéchaussée et haute justice de Rennes, Dinan, Jugon et Lamballe. Le comte de Thorigny donne en échange le Perron, la Pierre et la Chesnaye, en Savoie, relevant de Thorigny". Ce Jacques de Goyon, né en l'an 1531 (ou en 1525), se rend célèbre par de beaux faits d'armes et épouse Françoise de Daillon. Il est fait maréchal de France par Henri III, en 1579, et gouverneur de la Guyenne en 1584. Il défait les huguenots à plusieurs reprises et se range du côté de Henri IV, au sacre duquel il remplit les fonctions de connétable. Il meurt en 1597. Jacques II de Goyon, sire de Matignon, a pour successeur son troisième fils Charles, sire de Matignon, né à Thorigny (Normandie) en 1564. Il est marié, en 1596, à Eléonore d'Orléans, fille du duc de Longueville. Charles de Goyon meurt à Thorigny, le 2 juin 1648. Par contrat, en date du 7 avril 1605, Charles de Goyon échange la châtellenie du Guildo, avec Jean II d'Avaugour, seigneur du Bois de la Motte, en Trigavou, qui lui cède en échange la seigneurie de Tréméreuc. Louis XIII érige le Bois-de-la-Motte en marquisat et la châtellenie du Guildo en baronnie par lettres-patentes datées du 16 juillet 1623. Guyonne de Montboucher (ou Mont-Boucher), nièce de Jean d'Avaugour et de Marguerite d'Entragues, fille de François de Montboucher, seigneur du Bordage, et de Bonaventure d'Avaugour, hérite, en 1654, de la baronnie du Guildo. Guyonne épouse, le 2 février 1633, Sébastien-René de Cahideuc, qui meurt, à Saint-Malo, le 27 mars 1670. Guyonne, elle-même, meurt à Rennes le 13 février 1688. François de Cahideuc, fils de Sébastien et de Guyonne, reçoit en héritage la baronnie du Guildo, lors de son mariage avec Guyonne de Langou-du-Bois, le 7 avril 1664. En 1712, la seigneurie du Guildo change de mains et appartient à Sébastien de Pontual qui, le 10 août 1750, cède sa propriété à son fils aîné Armand de Pontual. Armand de Pontual vend en 1752 sa terre et baronnie du Guildo à Mme veuve Picot de Beauchesne, dont le fils Michel Picot de Gallinée, la possède en 1776. En 1579, la juridiction de la châtellenie du Guildo s'étendait dans les paroisses de Créhen, Trégon, Ploubalay, Pleurtuit, Saint-Enoguet (Saint-Enogat) et Saint-Pôtan.
On rencontre les appellations suivantes : Eccl. S. Petri de Cherehen (en 1163), Querhien (au XIIème siècle), Querhen (en 1232, en 1269, en 1273), Querhen, Crehen (en 1297), Kerhan (vers 1330), Crehen (en 1423, en 1440).
Note 1 : La collégiale du Guildo est fondée vers 1410 par Charles de Dinan. En 1620, Jean d'Avaugour, seigneur du Bois-de-la-Motte, baron du Guildo, fonde une communauté de Carmes, qu'il installe dans la collégiale. Il obtient à cet effet des bulles du pape, des lettres patentes de Louis XIII et l'agrément de l'évêque de Saint-Malo, monseigneur le Gouverneur. Avant la Révolution de 1789, les Carmes du Guildo avaient le droit exclusif du passage de la rivière de l'Arguenon. Le combat du Guildo a lieu le 8-11 septembre 1758 : une centaine d'habitants des paroisses voisines, conduits par Rioust des Villes-Audrains, arrêtent au gué du Guildo une armée anglaise de 10 000 hommes, laissant aux régiments du duc d'Aiguillon le temps d'arriver sur les lieux. L'armée anglaise du général Blight était stationnée sur la rive de Créhen. En 1795, une vingtaine de chouans occupent le bourg de Créhen et y abattent l'arbre de la Liberté. En juin 1798, Robinault de Saint-Régent, dit Pierrot, envoyé du Comte d'Artois, débarque au port du Guildo. Au XIXème siècle, la maison mère de la communauté des religieuses de la Providence, fondée par l'abbé Homery, s'installe à Créhen, et l'hôpital Giblaine prend possession du manoir de La Hingandais.
Note 2 : la commune de Créhen est formée des villages : la Touche, la Menardais, la Pichardais, le Guildo, la Ville-Gesnouan, la Provotais, Bréjérac, le Villeu, la Ville-d'Est, la Ville-Morel, la Prioutais, le Perron, la Cotardais, la Chenelaye, Leumais, la Morinais, la Rigaudais, la Touche-à-la-Vache, la Chapelle, etc ...
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PATRIMOINE de CREHEN
l'église Saint-Pierre (XI-XIV-XIXème siècle). Fondée au XIème siècle, elle est mentionnée dans une bulle du pape Alexandre III en 1163. Elle dépend alors de l'abbaye de Saint-Jacut. Pillée et endommagée par les Anglais en 1758, elle est reconstruite de 1817 à 1831 et restaurée au XXème siècle. Le portail, vestige de l'ancien édifice, date du XIème siècle. Dans le fond du choeur, une ogive du XIVème siècle a été dégagée. On y voit le gisant dun chevalier datant du XVIIème siècle ; | |
le château ou manoir de la Pichardais (XVI-XVIIIème siècle), propriété de la famille Bernard de Courville (au XVIème siècle). Son colombier date du XIIème siècle. Dans la nuit du 9 au 10 janvier 1793, le marquis de la Rouërie passe la nuit au château de la Pichardais ; | |
les vestiges du château de la Touche-à-la-Vache (XIII-XIVème siècles). Propriété de Guyon La Vache en 1480. Le donjon carré, rendu plus fort aux quatre angles par des épaulements réguliers, date des XIIIème et XIVème siècles. Des douves remplies d'eau l'entouraient jadis. Ses ruines s'élèvent aujourd'hui au milieu d'un étang. On y remarque une belle porte gothique ; Note
1 : - Le Château Féodal
de la Touche.
Non loin de la route de Plancoët à Languenan, à une
demi-lieue de l'église de Notre-Dame de Nazareth, se dresse une colline
assez élevée et couverte de bois, dominant une profonde vallée. Si l'on
gravit le sentier rapide qui conduit au sommet de ce coteau, l'on se trouve
en présence d'un spectacle inattendu : au milieu d'un petit étang qui
n'assèche jamais, l'on aperçoit sortant de l'eau, les débris d'une grosse
tour ou plutôt d'une massive construction carrée, affectant la forme d'un
donjon. C'est l'ancien château de la Touche à la Vache, la seule
construction de ce genre, nous dit M. Gaultier du Mottay, que l'on trouve
dans les Côtes-du-Nord et probablement dans toute la Bretagne, où l'on bâtit
rarement de ces tours carrées, que l'on rencontre beaucoup plus souvent
dans les fortifications normandes. Selon cet archéologue, ce qui reste des
murailles construites en grande partie en pierres taillées et qui
atteignent encore de 10 à 12 mètres de hauteur, dans leur partie la mieux
conservée, paraît appartenir aux débuts du XIIIème siècle et tient tout
à la fois, de l'époque romane et de l'époque ogivale. D'après les
mesures prises en 1856, par M. du Mottay, chacune des faces du donjon présente
un développement d'environ neuf mètres. Les angles étaient fortifiés par
quatre tourelles ou contreforts carrés de trois mètres de côté. Trois de
ces angles seulement paraissent à l'extérieur, le quatrième se trouve
engagé dans la tour principale. Plusieurs murs de refend partageaient l'édifice
et les traces de crépissage à la chaux que l'on aperçoit encore sur les
murailles intérieures, semblent indiquer que cette construction a servi de
demeure jusqu'à une époque assez rapprochée de nous. L'on pourrait
discuter sans doute si le château de la Touche à la Vache a jadis vraiment
été une forteresse féodale dans toute l'acception de ce terme. En tout
cas, nous avons quelque droit à employer le mot forteresse, car cette
habitation fut très certainement autrefois un lieu fortifié. Au XIème et
XIIème siècle en effet, le sol de notre pays était couvert de petits
castels ou maisons fortes, qui se composaient souvent uniquement d'une tour ou d'un donjon et permettaient à leur possesseur de se mettre à
l'abri d'un coup de main ou d'une surprise de l'ennemi ; le château de la
Touche fut un de ces édifices. D'ailleurs quand nous parlons du château féodal
de la Touche, nous voulons surtout par là le distinguer du manoir tout
moderne qui l'avoisine et dont la construction doit remonter au XVIIIème siècle. Note
2 : - La
Maison des La Vache.
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les vestiges du château du Guildo (XIII-XIVème siècle). Il s'agit d'une des places fortes de Bretagne bâtie sur le bord même de l'Arguenon et baignée par la mer haute. C'est là qu'est arrêté le 26 juin 1446 l'infortuné Gilles de Bretagne, sur ordre de son frère le duc de Bretagne, François Ier. Le château commande complètement l'entrée de la Rivière. Sa construction a la forme d'un trapèze et ses deux côtés parallèles ont l'un 80 mètres de long, l'autre environ 70 mètres. Sa superficie, y compris la cour intérieure, est de 32 ares et 50 centiares, et les constructions occupent une superficie de 16 ares et 40 centiares. Ce château, baigné au Nord par la mer, était jadis protégé de ce même côté par des murailles de 36 mètres de hauteur sur 5 mètres de largeur. Des douves profondes l'environnaient de toutes parts. Il avait une cour d'armes de 93 pas de long, qui s'étendait au milieu de la forteresse, dans laquelle on ne pouvait pénétrer que par un pont-levis jeté sur les fossés. La façade du midi, côté de l'entrée, présente deux tours demi-cylindriques qui défendent le pont-levis. Dans l'angle de droite, et, reliée aux deux premières par une courtine de trois mètres d'épaisseur, est une troisième tour plus forte et plus élevée que celle du centre. L'angle gauche n'a plus que des ruines informes. Le côté Nord montre à ses deux angles deux fortes tours circulaires, réunies par des courtines, soutenues, vers le milieu, par un énorme contrefort carré. La tour du Nord-Ouest semble plus forte que l'autre, peut-elle servait-elle de donjon. Les courtines contenaient jadis les logements du seigneur. La partie Est renfermait les logements du personnel du château. Le côté Ouest est en état de dégradation. On n'y remarque plus que l'enceinte d'un vaste foyer dans lequel, dit la légende, on brûlait des chênes entiers, on rôtissait des boeufs entiers, et devant lequel, dit toujours la légende, le prince Gilles de Bretagne se chauffait à cheval. A l'angle du Sud-Ouest une tour a dû exister primitivement comme aux autres angles, et cette tour devait être reliée à celle du Nord-Ouest par une courtine. Cette tour du Sud-Ouest a disparu, et la courtine a été remplacée par un mur plein assez peu épais. L'aveu au roi de Jean Cahideuc, en 1680, mentionne formellement six grosses tours au château du Guildo. Le château fort du Guildo est pris et repris au XVIème siècle pendant les guerres de la Ligue. Le château du Guildo, défendu par une garnison de Mercoeur, est pris par les troupes royales de Henri IV en 1590. En 1597, le château du Guildo est assiégé par 2 000 hommes et pris pour le duc de Mercoeur par le capitaine de la Ligue Jean d'Avaugour de Saint-Laurent. Le château appartient à la famille de Dinan en 1400, à Gilles de Bretagne (qui le tenait de Françoise de Dinan) en 1446. Cette famille l'échange, en 1570, contre des seigneuries que Pierre, comte de Chemilly, possèdent près de Lisieux. Le château et la seigneurie sont acquis vers 1590 par Charles de Gouyon-Matignon et échangés le 8 avril 1605 contre la seigneurie de Trémereuc en faveur de Jean II d'Avaugour. En 1590, durant la Ligue, la garnison du château du Guildo est commandée par le sieur de Ray, lieutenant du duc de Mercoeur qui, à cette époque, est obligé de quitter la place. Mais, au mois de juin 1597, d'Avaugour-Saint-Laurent la reprend pour Mercoeur, à l'aide d'un corps de 2 000 hommes. En 1593, Saint-Malo se rend au roi. On peut supposer qu'à cette époque le château du Guildo a dû subir plusieurs sièges. Le château est démantelé en partie, en 1618, sous le règne de Louis XIII, et défense est faite, le 11 avril 1625, à Jean d'Avaugour, d'y faire aucune fortification. En 1665, la garnison du château du Guildo est composée de miliciens levés sur les paroisses de Créhen, Corseul, l'Abbaye, Quévert, Languenan, Bourseul, Plorec, l'Escouet, Plélan-le-Petit, Saint-Maudez et Tréméreuc. Les paroisses susdites devaient être approvisionnées de 175 mousquets de rechange, de 1 800 livres de poudre, 1 405 livres de plomb ou balles et de 945 mèches. Cette milice monte à 523 hommes, divisée en 20 escouades, et les noms de leurs commandants appartiennent à des familles biens connues dans le pays (voir nota 2). L'ensemble est acheté en 1752 par Picot de Gallinée. En 1793, un membre de la famille de Châteaubriand s'est tenu quelques temps caché dans les ruines du Guildo. Durant la Révolution française, la Société dite "Bande-Noire", achète le château du Guildo pour achever de le démolir, comme elle l'a fait pour tant d'autres monuments historiques. Elle en enlève les dalles des escaliers en spirales, ce qui reste des barbacanes et des machicoulis, les pierres d'encadrement des portes et des fenêtres. Beaucoup de maisons du Guildo et des environs ont été, dit-on, bâties avec des pierres arrachées au vieux château. Ce vandalisme prend fin grâce à M. Rioust de Largentaye qui achète les ruines en 1848. Ce château est encore surnommé le Guelido en 1256 (Anc. év. III, 127) et le Chastel du Guilledo en 1409 (Mor., Pr. II, 828). Depuis 1986, ce château est entretenu et valorisé par M. Paul Ladouce ; |
Nota 3 : quelques historiens font remonter la construction du château du Guildo au Vème siècle. Ils prétendent que Conobre y donna asile à Chramne, fils révolté de Clotaire, et, pour appuyer cette opinion, rappellent qu'on a trouvé dans un tumulus qui avoisine Créhen des ossements calcinés et des charbons (on sait que Chramne fut brûlé vif avec sa femme et ses enfants).
Nota 4 : Etat-Major de la garnison du château du Guildo, en 1665 : De Cahideuc (capitaine), De Mauny (lieutenant), De la Ville-Robert (cornette), De la Herviais (maréchal-des-logis). - 1ère escouade : De la Saulois (brigadier), De la Ville-Rouet (lieutenant), De la Haute-Ville (maréchal). - 2ème escouade : De la Ville-Gueury (brigadier), De Brégerac (cornette), De la Broune-Blondeau (maréchal). - 3ème escouade : De la Ville-Nieu ou Ville-Menen (brigadier), De la Brunais (cornette), Du Tertre-Boixière (maréchal). - 4ème escouade : De la Brunais (capitaine), De la Ménardais (cornette), De la Provôtais (maréchal). - 5ème escouade : De la Duchais (capitaine), De la Ravillais (cornette), Du Clos-Hérisson (maréchal). - 6ème escouade : De la Brémaudière (capitaine), De la Ville-Gueury (cornette), Du Pont-Gérault (maréchal). - 7ème escouade : De la Vieuville (capitaine), Du Bervison (cornette), Des Ponts (maréchal). - 8ème escouade : Du Vaurouault (capitaine), De la Comté (cornette), De la Coulbart (maréchal). - 9ème escouade : De la Baussaie (capitaine), De la Motte (cornette), De la Maisonneuve (maréchal). - 10ème escouade : De la Forestière ou Foresterie (capitaine), Du Plessix-Madeuc (cornette), Du Domaine-Halna (maréchal). - 11ème escouade : De la Crémerais (capitaine), De la Ville-Hatte (cornette), Guérin (maréchal). - 12ème escouade : De la Metterie ou Mettrie (capitaine), Du Breil (cornette), Du Clos-Seriseau (maréchal). - 13ème escouade : De la Rivière (capitaine), De la Ville-Vieu ou Ville-Even (cornette), De Clermont (maréchal). - 14ème escouade : De la Caulnelaye (capitaine), De la Gatinais (cornette), Huet (maréchal). - 15ème escouade : Du Bois-Riou (capitaine), De l'Isle (cornette), Hamon (maréchal). - 16ème escouade : Du Fresne (capitaine), Crochon (cornette), De la Coudrais (maréchal). - 17ème escouade : De la Billardais (capitaine), De la Pâquerais (cornette), Le Ganet (maréchal). - 18ème escouade : De la Bouessière (capitaine), Du Bois-Roland (cornette), Mauduit (maréchal). - 19ème escouade : Du Vau-Fleury (capitaine), De la Motte (cornette), Maingart (maréchal). - 20ème escouade : Du Bois-Adam (capitaine), De l'Orgeril (cornette), De la Cour (maréchal).
Nota 5 : Aveu au roi par le sire de Cahideuc, pour la terre et baronnie du Guildo, le 1er février 1680 : "Le château et place forte du Guido consistant en six grosses tours, ceinture de murailles, deux corps de logis, l'un desquels et partie des dictes tours sont présentement ruyneux, douves, pont-levis, esprons sur lesquels il y a présentement deux petits jardins. - Item, le parc, garenne, coulombier, grêve, autrefois en étang, avec un moulin ruyneux. - Item, droit de coutume et trépas qui se lève au dict lieu du Guildo, à St-Jagu, à St-Cast, à Quatre-Vaux, à la Jeannais, et généralement sur toute la rivière d'Arguenon, depuis la Roche d'Arguenon, située en mer, par dela l'isle des Hébihens, jusqu'à une grosse pierre située dans la dicte rivière, près de la maison de l'Argentaye qui est la séparation de la coûtume du dict Guildo et celle de Plancoët. Entre les dites mettes, fins, endroits en environs autant que la mer peut en couvrir et découvrir, laquelle rivière d'Arguenon descend de Plancoët au dict port du Guildo et de là dans la mer, pour lequel devoir de coûtume entière appartient à la dicte seigneurie du Guildo, par chacun tonneau de vin, sel, fer, bled, drap et toute autre sorte de marchandise passante et encombrante, menés et emportée, par mer, au dict lieu et environs ; iceux déclarés 4 deniers par tonneaux. - Item, à la dicte seigneurie du Guildo, entre les mètes et limites ci-dessous déclarées, appartiennent les bris et pêches de mer de toutes choses y avanturées, avec les esturgeons, marchoux (marsouins), saulmons et tous poissons y trouvés et pris. - Item, appartient à la dicte seigneurie une isle vulgairement appelée les Ebihens, située, en mer, entre la dicte roche d'Arguenon et la dicte pierre de l'Argentaye ; et généralement tous rochers, iles, fonds, rives que la mer peut couvrir et découvrir entre les dictes mètes. - Item appartient à la dicte seigneurie la supériorité, fondation et couvent, maison, église, chapelle et autres choses dépendant de la maison conventuelle des pères Carmes, du dict lieu du Guildo ; dans laquelle église il y a enfeu et tombeau prohibitif, ceinture, lisière, écussons, en relief et plate peinture, chargés des armes des seigneurs du dict lieu du Guildo. - Item, appartient : supériorité aux paroisses de Créhen et de Trégon, auxquelles paroisses il y a écussons armoyés (sic), des armes des dicts seigneurs du Guildo aux lieux les plus éminents et généralement tous droits appartenant à un haut seigneur et haut justicier. - Item, appartient encore à la dicte seigneurie le droit de faire tenir un marché, chaque jour de mardy ; lequel n'est pas encore établi. Une foire qui se tient au dict Guildo, le lendemain de la Quasimodo. Devoir de guet. Droit d'apprécis sur les vins, cidres et autres breuvaiges vendus en détail et par le menu en icelle juridiction. Et défense de non les vendre à autre prix que celui ordonné par les dicts officiers d'appréciement. - Item, appartient encore à la seigneurie du Guildo : droits de rachat sur les terres suivantes en Créhen : 1° La terre et châtellenie de la Touche-à-la-Vache ; 2° La maison seigneuriale de Brégerac ; 3° La métairie de la Prévôtais ; La Vieuville-Morin, l'Augerais, la Pichardais, la Ménardais et la Ville-Yvonnet".
le manoir de Bréjerac ou Brégerac (XV-XVIIème siècle), propriété de la famille Leroy Bouetoux et La Motte Rouge. L'édifice est remanié du XVIIème au XIXème siècle ; | |
le manoir de La Hingandais (XVII-XXème siècle), restauré au XXème siècle. Propriété successive des familles Hingand, Lebreton, Lemaire et de l'abbé Giblaine. Ce dernier transforme l'édifice en un Hôpital. L'hôpital est agrandi aux XIXème et XXème siècles ; | |
les anciens manoirs de la Ménardais et de la Ville-Yvonnet, aujourd'hui disparus. Le manoir de la Ménardais appartenait à la famille de Lesquen, avant la Révolution, puis à la famille O'Murphy ; | |
l'ancien couvent des Carmes ou manoir du Guildo (XVIIIème siècle), situé au port du Guildo. Ce couvent succède à une ancienne collégiale fondée par Robert de Dinan en 1420 : "Au commencement du XVème siècle, Charles et Robert, vicomtes de Dinan et seigneurs du Guildo, fondèrent, près de leur château, une église à laquelle ils attachèrent une maison conventuelle et quelques revenus. Ils y appelèrent huit prêtres ou chapelains". Cette fondation est approuvée et autorisée par Robert de la Motte, évêque de Saint-Malo, le 24 octobre 1420. Durant plus de deux siècles, ce collège, comme l'appellent les anciens titres, avait subsisté paisiblement, lorsqu'un différend arrivé, en 1618, entre Jean d'Avaugour et les chapelains, décide ceux-ci à abandonner leur communauté pour faire place à des religieux Carmes que d'Avaugour se propose d'y établir. Il s'ensuit une transaction en date du 8 mars 1619 approuvée le 20 du même mois, par Guillaume Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo et par lettres-patentes du roi, en date du 4 avril 1621, vérifiées au parlement de Rennes, le 23 novembre suivant, et à la chambre des comptes de Nantes, le 13 février 1622 et le 20 février 1630. En 1620, les Carmes sont solennellement installés dans les bâtiments conventuels du Guildo. Pour perpétuer le souvenir de cette fondation, les religieux placèrent dans leur église, du côté de l'évangile, une large table de marbre noir surmontée des armes de l'écu des sieur et dame d'Avaugour. Au-dessus de cet écu aux armoiries, en partie étrangères à la Bretagne, était gravée l'inscription suivante : "Ceste église a été premièrement fondée par les seigneurs barons du Guildo et dotée par Charles et Robert de Dinan, barons du dict Guildo et de Chasteaubriand, l'an 1420. De grands et amples revenus affectés à leur chapellenies desservies par leurs chapelains prêtres, à la charge de faire prier pour tous les seigneurs du dict lieu et leurs successeurs et de célébrer quatre messes, par jour, à leur intention, l'une chantée, à haute voix, dans la dite église. Depuis longtemps, l'indifférence du siècle avait apporté la corruption des moeurs, et les guerres survenues en 1588, la ruine de cette esglise. Elle a été augmentée et réédifiée par haut et puissant seigneur Messire Jean d'Avaugour, marquis du Bois-de-la-Motte et baron du dict lieu du Guildo qui a établi en icelle les religieux réformés de l'ordre du Mont-Carmel, l'an 1620. Auxquels il a donné les jardins et vergers du monastère, leur a octroyé les rentes et revenus assignés, comme fondateur et représentateur des dites chapellenies, aux mêmes conditions imposées par les dicts de Dinan et aultres. Sont obligés les dicts religieux au jour du décès du dict seigneur marquis, de dire un service, avec veille des morts et durant l'octave, chacun jour, à la dicte église, une messe à basse voix ; et les dicts jours de l'octave et bout de l'an, un service avec vespres des morts. Durant la vie du dit seigneur, les jours de fête de Notre-Dame, dont la litanie de la Vierge à son intention....". Marguerite d'Entragues, seconde épouse du sire d'Avaugour, décède le 8 février 1651 et elle est enterrée dans l'église des Carmes. En 1679, le prieur se nomme Nicolas de Saint-Placide. Le 24 mars 1755, les pères Carmes du Guildo "octroyèrent à M. Guy-André-Bernard de Courville, écuyer, ancien officier d'infanterie, demeurant dans son manoir de La Pichardais, près Le Guildo, en Crèhen, le droit de placer un banc fermé à accoudoir et armoyé de ses armes, dans leur église conventuelle du Guildo" (ce droit fut accordé par le frère Maximin de Saint-Jacques, prieur, et les frères Joseph-Marie de Saint-Martin, Silvestre de Saint-Louis, Fortunat de Saint-Guy, Honoré de Saint-Henry). Le 9 juin 1757, sont cités le Révérend père Pierre Boiron, prieur des Carmes du Guildo, le père Césaire de Saint-Joseph et le père Urbain Lejoûteux. Une expédition anglaise (dont les chefs étaient le général Bligh et l'amiral Howe) passe au Guildo en 1758. En 1786, la communauté des pères Carmes du Guildo ne compte plus que trois membres : le révérend père dom Armand Sauvée, prieur, et les révérends pères dom Saint-Gratien Ménager et dom Georges Quénélan. Le père F. Piet de la Bellangerie est le dernier des prieurs. Les Carmes du Guildo abandonnent leur couvent, vers le milieu de l'année 1791. Ce couvent qui devient bien national à la Révolution, est vendu à madame de Chappedelaine qui le revend peu après. Il devient plus tard la propriété de M. Mannoury-la-Cour, maire de Créhen. L'église disparaît au début du XIXème siècle en étant vendue pour la pierre ; | |
9 moulins dont les moulins à eau de Taillefer, Riot, Launay, Rault et le moulin à vent de Meneguen ainsi que les deux moulins à vent de La Lande, |
A signaler aussi :
l'allée couverte de la Ville-Guénouhan ou Ville-Genouan (époque néolithique). Elle est composée de cinq ou six grands dolmens juxtaposés. Ces dolmens passent dans le pays pour des autels païens ou druidiques ; | |
la découverte de haches en bronze, non loin du bourg ; | |
l'ancien tumulus aujourd'hui détruit et situé jadis au lieu-dit la Motte ; | |
la présence d'une villa romaine à la Touche ; | |
la communauté des surs de la divine Providence (XIX-XXème siècle). Cette communauté est fondée le 20 octobre 1822 par l'abbé Guy Homery (1781-1861), recteur de Créhen ; | |
le pont du Guildo est inauguré le 25 mai 1864. Un nouveau pont est inauguré le 30 juin 1974 ; |
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ANCIENNE NOBLESSE de CREHEN
L'histoire médiévale de Créhen se confond avec celle des deux principales seigneuries, à savoir La Touche à La Vache et le château de Guildo, construit par les Dinan-Montafilant. La terre du Guildo est érigée en baronnie pour Jean d'Avaugour, seigneur de Saint-Laurent, le 6 juillet 1623.
Les terres nobles de Créhen étaient : la Touche-à-la-Vache qui possédait un droit de haute justice, le château de la Menardais, et les terres de Lambaudaie et de La Hingandais (ou Hingodais).
Note
6 : Etendue
de la Châtellenie de la Touche au XVème siècle.
En
1421, Olivier La Vache paraît comme chevalier bachelier, en compagnie de
Jehan La Vache, écuyer ; tous deux faisaient alors partie les hommes placés
sous le commandement de Pierre de Tournemine, seigneur banneret de la
Hanaudaye (Dom Morice, Preuves II, col 1089). On appelait alors, chevaliers
bacheliers, les seigneurs qui possédaient un fief de haute justice, dit
fief de Haubert, allusion à l'obligation où étaient ceux qui jouissaient
de ces sortes de fiefs, de suivre leur prince à la guerre en équipage de
chevalier. Aussi cette appellation appliquée aux seigneurs de la Touche
suffit-elle à nous faire connaître l'importance de cette seigneurie, de
laquelle dépendaient outre les terres sises en Créhen, la terre dite « de
Saint-Eloy de Landebia » comprenant environ 200 journaux de terre situés
dans la paroisse du même nom, et « la seigneurie de Saint-Rieul »
contenant environ 613 journaux de terre, c'est-à-dire la quasi totalité de
la paroisse de Saint-Rieul. Ce dernier fief avait une origine ancienne, car
un acte de 1297, reproduit au tome troisième des Anciens Evêchés de
Bretagne, nous montre que, dès cette époque, la famille La Vache possédait
la seigneurie de Saint-Rieul. D'ailleurs ces deux terres, Saint-Eloy de
Landebia et Saint-Rieul, ne formaient autrefois qu'un seul et méme fief.
Leurs propriétaires furent les mêmes jusqu'en 1586, et sur les titres les
plus anciens, la seigneurie de Saint-Eloy de Landebia est toujours désignée
sous le nom de seigneurie de la Touche à La Vache (Archives départementales
des Côtes-d'Armor, E. 493). Les La Vache possédaient aussi des biens dans
d'autres paroisses que Créhen, Saint-Rieul et Landebia, car en 1429,
Olivier fit l'assiette de partage de sa soeur Jane à Sévignac et à Saint-Launeuc (Pontbriand.
Encore un Ancien Armorial breton, page 39.
Lafolye, Vannes 1894).
Note
7 : Les
derniers membres de la famille La Vache.
Olivier
La Vache mourut en septembre 1422. Sa veuve Honorée du Bois lui survécut
jusqu'en juillet 1431. Elle reçut en douaire des mains de Geoffroy Baluczon,
receveur à Lamballe, le tiers des produits de la seigneurie. D'un
aveu qu'elle rendit en novembre 1422, au nom de son fils Gilles La Vache,
nous voyons que cette famille était en possession d'un droit de bouteillage
à la foire de Saint-Eloy de Landebia qui tombe le 25 juin. « Le dit droit
consistant à prendre deux pots par pipe de chaque liqueur que vendent les
taverniers, le tout pouvant rapporter 30 livres par année » (Archives des
Côtes-d'Armor, E 493).
Note
8 : Extinction
de la branche aînée des La Vache.
Guyon La Vache (Note : Guyon La Vache fit hommage le 5 mars 1495 pour une pièce
de terre sise près du Plessis Balisson et contenant 17 journaux de terre)
qui parut le 8 janvier 1489, à la montre de la noblesse tenue à Dinan, et
fut invité dans la circonstance « à fournir des hommes d'armes, archiers
et coustilleurs selon que sa richesse le montre », ne dut pas laisser d'héritier
mâle. Nous voyons en effet Jeanne La Vache, sa fille selon les uns, sa
soeur, selon les autres, propriétaire de la seigneurie de la Touche et
faisant aveu en 1496 et en 1511 (Archives des Côtes-d'Armor, E, 493).
Jeanne
La Vache, dame d'honneur de la reine Anne de Bretagne, fut mariée deux
fois : la première fois, nous dit Courcy, avec Jean de Québriac ; la
seconde fois avec Jean Guibes, seigneur de Montfouché, capitaine de Rennes
et vice-amiral de Bretagne. Nous
nous demandons ici si Guillemette La Vache, qui, veuve du sire de Trémigon,
épousa en 1480, Rolland du Breil de Rays (en Ploubalay) n'était point
soeur de Jeanne La Vache ? En tout cas, l'honneur d'une telle union. —
Rolland du Breil était président des parlements de Bordeaux et de Toulouse, — nous dit assez la réputation dont jouissait en Bretagne la
maison des La Vache [Note : Nous ne noue sommes guère occupé jusqu'ici que
de la généalogie en ligne directe de la famille La Vache. Mais elle
comptait plusieurs branches cadettes. C'est ainsi que lors de la Réformation
de 1440, Olivier La Vache demeurait à Plélan-le- Petit, à son hôtel du
Miroüer. Il laissa un fils mort avant 1513, qui fut Pierre La Vache, sieur
du Miroüer (Réformations de l'ancien diocèse de Saint-Malo, édition La
Salle). Courcy dans son Armorial cite encore les La Vache comme ayant été
seigneurs d'Ossé dans la paroisse d'Availles ; du Tertre en Saint-Aubin des
Châteaux, et de la Touche en Saint-Vincent des Landes, diocèse de Nantes]. Nous
ne savons non plus si Jeanne La Vache laissa des enfants de son mariage avec
Jean Guibes, le neveu du fameux Landais, le favori du duc François II. Ce
qu'il y a de certain, c'est que le 2 mars 1529, un Guion de La Motte,
seigneur de la Touche à La Vache, paraît en qualité de procureur du sire
de Montafilant, à l'assemblée de la noblesse de Bretagne, réunie aux fins
d'aviser aux moyens de faire contribuer les gentilshommes au paiement de la
rançon du roi François Ier, prisonnier en Espagne (Lobineau, II, col.
1599). Qu'était-ce
que ce Guion de la Motte ? — Nous ne l'avons trouvé figurant sur aucun
autre document ; mais peut-être pourrait-on l'identifier avec Guyon La
Vache, père de Françoise La Vache que nous allons trouver tout à l'heure
comme propriétaire de la terre et châtellenie de la Touche.
Note 9 : Les Plorec, seigneurs de la Touche. Nous voyons en effet le 16 octobre 1538 (Archives des Côtes-du-Nord, E, 493) Françoise La Vache, fille de Guyon et de Raoulette Ruffier faire aveu avec son mari Julien de Plorec, seigneur dudit lieu, du Bois-Bily et du Plessis-Plorec. En 1556 Françoise rendit aveu pour la terre de Saint-Rieul avec haute-justice en Saint-Rieul et Landebia (Archives des Côtes-du-Nord, E, 134). Le 28 décembre 1557, elle parut en qualité de dame de la Touche à la Vache à la montre des gentilshommes de l'évêché de Saint-Malo tenue à Dinan. (Morice, Preuves, col. 1207). Elle dut décéder avant 1559, car nous voyons sa fille faire aveu à cette date pour les propriétés maternelles. Avec elle s'éteignit la dernière descendante de la branche aînée des La Vache (Note : Nous ne savons comment concilier nos indications puisées aux archives des Côtes-d'Armor avec ceux qui font Julien de Plorec épouser en 1545 Catherine de Rosmadec — Julien de Plorec, selon M. de Carné, aurait été chevalier de Saint-Michel).
Note 10 : Les d'Acigné de Grandbois, seigneurs de la Touche. Claude de Plorec, fille et principale héritière de Julien de Plorec et de Françoise La Vache, épousa Louis d'Acigné, l'un des plus riches seigneurs de Bretagne, si nous en jugeons par ses titres de propriétés. Il s'intitulait en effet dans un aveu de 1577, sire de la Roche-Jagu, Grandbois, Troguindy, Lannoy, La Villemariou et Treleven, vicomte de Quemper-Guezennec et Pontrieu-Frinaudour (Archives des Côtes-d'Armor, E, 2845). D'Hozier cite aussi son nom parmi les chevaliers de Saint-Michel. La famille dont il descendait, figurait parmi les plus illustres. Nous trouvons ses premiers membres connus combattant dès le XIème siècle pour l'indépendance de la Bretagne. Vers la fin du XIVème siècle, un Pierre d'Acigné, compagnon d'armes du comte d'Anjou, fut grand sénéchal de Provence ; tandis qu'à la même époque, son frère Jean se couvrait de gloire à la bataille de Nicopolis. Les armoiries des d'Acigné étaient d'hermines à la fasce alésée de gueules, chargée de trois fleurs de lys d'or. Ils avaient pour devise ces trois mots : « Neque terrent monstra ». Malgré tout le renom des d'Acigné, leur passage à la Touche ne fut cependant pas heureux pour cette châtellenie. Mais n'anticipons pas l'ordre des événements. Le 22 juillet 1560 Louis d'Acigné et Claude de Plorec font aveu pour la partie de la seigneurie de !a Touche à la Vache qui relevait du Penthièvre. Ils mentionnent dans cette pièce qu'ils ont droit « de fourches patibulaires à trois pots ». Dans un autre aveu rendu en 1571, à cause de la juridiction de la châtellenie de la Touche, ancien fief, ils déclarent posséder une haute justice à quatre juges, ainsi qu'un droit de sergentise féodée. Quelques années auparavant, le 7 mars 1569, Claude de Plorec, dame la Touche, figure à Dinan sur le rôle de la noblesse établi par les soins des commissaires du roi, comme devant deux arquebusiers pour le service de sa Majesté (Morice, Preuves III, col. 1539). La châtelaine de la Touche mourut probablement dans les environs de 1580 et son mari l'avait déjà précédée dans la tombe, si l'on s'en tient à un aveu rendu en 1584, par leur fils et héritier principal Jean d'Acigné, pour les manoirs et métairies de la Grande Gibonnais, en T rév ron et du Pont-Ruffier, en le Hinglé (Archives de la Chambre des Comptes de Nantes, B, 1295). Les autres enfants de Louis d'Acigné et de Claude de Plorec furent : selon du Paz : Claude, dame de la Gibonnaye, qui se maria à François du Breil de Rays, Elisabeth, qui épousa Claude du Nevet et devint mère de Jacques, baron du Nevet, assassiné en 1616, par le seigneur du Guémadeuc, en Erquy, pour une question de préséance. Enfin la cadette prit pour époux le seigneur du Guébriand et mourut sans postérité. L'héritier principal de Louis d'Acigné, avons-nous dit, fut son fils Jean qui dans un acte du 8 juin 1583, s'intitulait seigneur de Grandbois en Landebaëron ; la Touche à la Vache ; le Gibonnaye ; Dommenesche, en Sion, évêché de Nantes ; le Plessis-Plorec en Erquy ; Plorec et Landebia (Note : En 1585 Jean d'Acigné rendit aveu pour les seigneuries du Plessis Plorec, et Saint Rieul - Archives des Côtes-d'Armor, E 147). Selon du Paz, il se maria à Jeanne du Bueil, (d'autres disent Anne du Breil). Toujours d'après cet auteur, il vivait encore en 1620. D'Hozier, dans ses notes sur les Chevaliers de Saint-Michel, l'appelle sire et marquis d'Acigné, comte de Grandbois, vicomte de Quimper, baron de Montejan, sire de la Rochejagu, etc., gentilhomme ordinaire à la chambre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes et chevalier de l'ordre du Roi. Une transaction, conclue le 21 novembre 1599 entre lui et son beau-frère François du Breil de Rays, porte expressément que Jean d'Acigné demeure ordinairement à la Tousche à la Vache, paroisse de Créhen (Nos Chevaliers de Saint-Michel, Preuves, page 310). Son fils aîné Honorat d'Acigné épousa la fille du seigneur du Lezay (Laval-Lezay). On lui connaît encore une fille nommée Anne, mariée au seigneur de Kergoët et un fils appelé Jean que du Paz qualifie de seigneur de la Touche. Ce dernier s'allia avec Marguerite Fleuriot, dame de Carnavalet. Nous avons en mains un convenant du 7 juillet 1639, dans lequel ce Jean d'Acigné prend le titre de baron de la Touche. Il agissait alors en qualité de curateur d'un de ses fils qui portait comme lui le nom de Jean et était marié, quoiqu'il dut être fort âgé, à Jeanne du Dresnay, fille et héritière du seigneur de la Roche-Huon. Quelques années plus tard, en 1651, un autre convenant nous montre ce Jean d'Acigné et son épouse se faisant appeler seigneur et dame de Carnavalet. Enfin en 1656, Jeanne du Dresnay paraît seule sur les baux, ce qui semble indiquer que son mari était mort. Laissa-t-il des enfants, nous n'en savons rien : en tout cas, la Touche revint à son cousin germain, Honorat-Auguste d'Acigné, comte de la Roche-Jagu. Mais nous ne saurons affirmer que ce fut par héritage. Bien que la famille d'Acigné compta parmi l'une des premières de Bretagne, nous n'avons pu trouver en somme que peu de renseignements sur les seigneurs de la Touche au cours du XVIIème siècle. Ce qui a rendu, à ce point de vue, notre tâche difficile encore, c'est que la partie de la Touche à la Vache située dans la paroisse de Créhen relevait directement du roi ; aussi les Archives des Côtes-d'Armor ne contiennent-elles rien à son sujet. Nous avons relevé sur les registres paroissiaux de Saint-Pierre en Saint-Georges de Rennes : "Le 26 janvier 1636, noble et puissant Honorat d'Acigné, comte de Grandbois, de la paroisse de Cleffs (ou Clefs), évêché d'Angers, et marié en premières noces à Jacqueline de Laval, dame de Lezay, se remaria à Marguerite de Coëtnempren, déjà veuve de Guy de Keraldanet et de Charles de Sévigné. le même jour, son fils aîné Honorat-Auguste, comte de la Roche-Jagu se mariait à Renée de Keraldanet" (Note : le 10 novembre 1670, Honorat-Auguste d'Acigné, comte de Grandbois et de la Roche-Jagu, et autres chevaliers et le sieurs de Kernavalet, firent reconnaître leur noblesse comme d'ancienne extraction et chevalerie. Les tous chevaliers, demeurants en la ville de Paris, rue du Bac, place Saint-Sulpice, portaient d'Hermines à une fasce de gueule chargée de trois fleurs de lys d'or - Pontbriand, Un ancien Armorial breton). Veuf de cette dame, il épousa plus tard Marie Loz de Kergouanton, dont il n'eut pas d'enfant. A sa mort, il se retira à l'Oratoire ; il y mourut en 1673 (Archives de la Loire-Inférieure, B, 1662).
Note 11 : Démembrement de la terre de la Touche. Honorat-Auguste d'Acigné continua le démembrement de la terre de la Touche à la Vache, déjà commencé en 1586, par son grand-père, lors de la cession de la seigneurie de Saint-Rieul. Le 20 décembre 1666, noble et puissant Honorat d'Acigné, chevalier, seigneur comte de Grandbois, en Landebaëron ; baron de la Rochejagu, en Ploëzal ; vicomte de Quemper, en Quemper-Guezennec, disant alors résider au château de la Touche à la Vache, passa contrat avec René Ier de Kergu (en Mégrit), chevalier, seigneur du Bois-Gerbault, en Ruca ; le Tertre des Nos et autres lieux, résidant au manoir du Tertre des Nos, en Planguenoual. Par cet acte, Honorat d'Acigné vendait à René de Kergu la terre de Saint-Eloy de Landebia, avec le droit de fondation et supériorité de l'Eglise, du cimetière et de l'hôpital de la paroisse de Landebia qui étaient attachés à la possession de ce fief, lequel cessa dès lors de porter le nom de la Touche à la Vache pour prendre celui de Saint-Eloy de Landebia (Archives des Côtes-d'Armor, E. 273). Le petit-fils de René Ier, René III de Kergu, époux de Jacquemine de la Motte, rendit aveu en 1693, à la princesse de Bourbon, duchesse de Penthièvre pour la terre de Landebia. Comme cette pièce, qui contient entre autre une très curieuse description de l'ancienne église de Landebia, ne fait que relater des droits dont avaient joui autrefois sur la terre de Landebia, les seigneurs de la Touche, nous allons résumer ici brièvement cet acte. René III déclare posséder sur la foire et assemblée de Saint-Eloy des droits dont nous avons déjà fait mention ailleurs. Il dit avoir aussi haute, basse et moyenne justice « et tout ferme droit et création de tous officiers pour justice exercer » ; « plaids généraux tenus sans assignation, le lendemain de la foire de M. Saint-Eloy, pour y faire les adjutages et bouteillages et autres exercices de juridiction ». Et de plus, continue le même aveu, le seigneur de Kergu comme successeur des seigneurs de la Touche, se déclare « fondateur et dotateur de l'église et chapelle de Landebia et posséder tant au choeur qu'en la nef, enfeu, tombeau, escabeau, ceinture et lizière (Note : Le droit de ceinture et lisière consistait à cette époque dans une bande noire que l'on faisait peindre sur tout le contours tant intérieur qu'extérieur d'une église, et sur laquelle de distance en distance, le seigneur faisait figurer ses armoiries) au dedans et au dehors, et tous autres droits honorifiques, prééminences et prérogatives, avec toute coercion sur ses hommes obligés au guet dans son château du Plessis Trehen, en cas d'hostilité ».
Note 12 : Les derniers d'Acigné, seigneurs de la Touche. Nous n'avons que peu de chose à dire sur les seigneurs de la Touche à la fin du XVIIème siècle. Les d'Acigné avaient délaissé complètement ce vieux manoir et se contentaient de percevoir les revenus de ce domaine, pour lequel ils avaient vraisemblablement passé un bail. Nous avons en effet trouvé un contrat dressé le 31 janvier 1673, entre Pierre Nicolaye, demeurant au château de la Touche à La Vache et Gilles Menard et Lejeune son beau-père, demeurants au manoir noble de la Cordonnais (ou Cordonnaye), en Trégon (Archives des Côtes-d'Armor, E, 273). Ce Pierre Nicolaye a tout l'air dans la circonstance d'être locataire du château ; aussi croyons-nous, n'est-ce pas aux d'Acigné qu'il faut attribuer le vaste manoir qui s'élève tout à côté du vieux castel féodal des La Vache et dont les constructions paraissent remonter aux débuts du XVIIIème siècle. D'ailleurs, si nous nous en tenons aux auteurs des Anciens Evêchés de Bretagne, les derniers d'Acigné n'habitaient plus dans cette province et, nous disent ces historiens, ce n'étaient pas précisément les bénédictions de la foule qui accompagnèrent la dernière épouse d'Honorat-Auguste d'Acigné, Marie Loz de Kergouanton, la dernière fois que cette châtelaine quitta le magnifique manoir de la Rochejagu (ou Roche-Jagu) pour regagner la capitale, traînée dans son superbe carrosse à six chevaux. Nous savons par un aveu de la Chambre des Comptes de Nantes, classé sous la côte B. 1662, que son mari Honorat-Auguste mourut en 1673, laissant toutes ses terres à sa fille Marie-Anne issue de son mariage avec Renée de Keraldanet. Un autre aveu de l'époque nous donne le détail des possessions de cette riche héritière ; nous les citons ici pour mémoire : c'étaient La Rochejagu (ou Roche-Jagu), Grandbois, la Ville-Marion, Botloy-Lezardré, Portrieu-Frinaudour, Quemper-Guezennec, Troguindy, La Touche à la Vache, Kerveniou et Kergariou. Malheureusement tout ce que nous savons de la Touche à la Vache à cette époque, c'est qu'alors cette châtellenie était soumise à un droit de rachat envers la baronnie du Guildo (Note : Archives Chambre des Comptes, B, 2206 et B, 2211, d'après des aveux rendue en 1680 et 1694, par les barons du Guildo). La nouvelle châtelaine épousa le propre frère de son père, Jean Léonard d'Acigné, seigneur de la Motte-Souzay, en Touraine, qui devint du chef de sa femme, comte de Grandbois et d'Acigné. Lors de la réforme de l'ordre de Saint-Michel, il eut le rare honneur de recevoir le collier de cet ordre, le 18 avril 1665, après avoir préalablement justifié de ses services et de sa noblesse, selon la teneur des récentes ordonnances royales. Jean Léonard mourut le 3 mai 1703, âgé de 86 ans. Malgré l'étroite parenté qui l'unissait à sa femme, nous doutons cependant que les deux époux vécussent en bonne intelligence, car des aveux de 1678 et de 1682 nous font savoir quo Marie d'Acigné était alors séparée de biens d'avec son mari. Une seule fille naquit de l'union du comte et de la comtesse d'Acigné. Ce fut Anne-Marguerite qui fut recherchée en mariage par Louis-Armand du Plessis, pair de France, prince de Mortagne, duc de Richelieu et de Fronsac et déjà veuf une première fois. Elle l'épousa le 30 juillet 1684, et cette union eut pour résultat de faire passer l'antique seigneurie des la Vache dans la maison qu'avait à jamais illustrée le grand Cardinal de Richelieu. Nous ne savons cependant si la duchesse de Richelieu vit la chose s'accomplir, car elle mourut jeune encore, le 19 août 1698. Malgré tout, la chose est possible, car la comtesse d'Acigné avait mis sa fille en possession anticipée de quelques-unes de ses terres. C'est ainsi qu'un aveu (Archives des Côtes-d'Armor, E, 1797) conservé aux Archives des Côtes-d'Armor nous montre la duchesse de Richelieu faisant hommage avec son mari pour la seigneurie de Grandbois, du vivant de sa mère, qui ne mourut, croyons-nous, que vers 1725 (Note : Archives des Côtes-d'Armor, E, 925 : Minu rendu pour le rachat de dame Marie-Anne d'Acigné par Pierre Jeffrezies, procurateur de Louis du Plessis de Richelieu et autres héritiers). Anne-Marguerite d'Acigné laissa quatre enfants, dont l'aîné Louis-Armand-François, le futur vainqueur de Mahon, devint célèbre autant par ses vices, que par son renom militaire. L'aînée des filles, Catherine-Armande épousa le marquis du Chatelet ; quant à ses sœurs Elisabeth et Marie-Gabrielle, elles se firent religieuses.
Note 13 : Les Scot seigneurs de la Touche. Un certain nombre d'actes conservés aux Archives des Côtes-d'Armor nous apprennent que le jeune duc de Richelieu ne tarda pas à se débarrasser par la vente, de plusieurs des seigneuries sises en terre bretonnante, dont la mort de sa grand'mère l'avait mis en possession. Bien que nous n'ayons, trouvé aucun document positif concernant ce sujet, nous pensons cependant que c'est aussi par acquêt qu'il faut expliquer le passage de la Touche aux mains de messire Jacques Scot de Balvery. Quant à la date de cette vente, nous croyons pouvoir la reculer au moins jusqu'après 1734. Nous trouvons en effet que le 3 mai de cette même année, écuyer Jacques Scot et Jacquemine Poulain, son épouse résidaient ensemble en la ville de Lamballe : or l'acte auquel nous faisons allusion ne semble nullement indiquer que la Touche fit alors partie de leurs domaines. Quoi qu'il en soit, M. Scot appartenait à une vieille famille écossaise passée depuis plus de deux cents ans au service de la France et dont l'un de ses membres M. Scot de Martinville (Note : Martinville, en Pluduno) devait se distinguer à la bataille de Saint-Cast, où il servait en qualité de volontaire. A l'occasion de cette mémorable affaire, nous trouvons la note suivante insérée par le recteur de Créhen, à la fin du registre des baptêmes et des mariages de cette année de cette paroisse : « M. Ruellan, homme d'affaire de M. Scot, seigneur de cette paroisse, et Joseph Gautier, maitre menuisier, postés sur la rive opposée du côté de Saint-Potan, et couverts par un petit mur de jardin, firent feu sur l'avant-garde de l'armée anglaise lorsqu'elle tenta le passage du Guildo et la firent reculer ». Le possesseur de la Touche s'appelait alors Messire André-Joseph Scot, époux de dame Anne du Pontavice. Il mourut le 9 janvier 1759 et fut inhumé dans la chapelle du château de la Touche. Quelques mois avant son décès, il s'intitule dans un acte notarié, seigneur fondateur de l'église paroissiale de Créhen, et vend en cette qualité à M. Victor de Lesquen de la Menardais, le droit de posséder dans l'église de Créhen, « un banc fermé, à dossié et accoudoüer, et armorié de ses armes, le tout pour une somme de quatre livres à payer annuellement au trésorier de la fabrique de Créhen ». (Notes de M. Dubois, ancien notaire de Plancoët). Le 7 janvier de cette même année 1758, un frère d'André Scot, messire François-Hyacinthe-Jean Scot, âgé de quarante-quatre ans, lieutenant du roi à Saint-Malo et autres lieux, chevalier de Saint-Louis, originaire de Lamballe, fils de Jacques Scot, seigneur de la Touche et de Jacquemine Poulain, fit baptiser à Saint-Malo, le premier-né de son mariage avec Louise Mousset (Registres paroissiaux de Saint-Malo, édition Paris-Jallobert). L'enfant reçut les prénoms de Malo-Pierre-François. Son parrain fut Pierre Le Breton de la Vieuville, maire de Saint-Malo, qui le nomma au nom de toute la ville ; les premiers personnages de la cité tinrent à signer au registre ; malheureusement l'enfant ne vécut pas et nous trouvons son acte de décès daté du 7 septembre 1761. Quant à son père, François-Hyacinthe Scot, il mourut âgé de soixante et un ans, le 27 septembre 1772. Ses armoiries, comme celles de sa famille étaient « d'or à trois têtes de lion, arrachées de gueules, deux et un, lampassées d'azur ».. André et François Scot ne furent pas les seuls enfants issus du mariage de Jacques Scot et de Jacquemine Poulain ; nous connaissons encore les noms de Claire Scot, qui le 10 février 1739, épousa Toussaint Gesril du Papeu, dans la chapelle du château de la Touche. Ce fut encore là, que le 13 octobre 1744, Anne Scot, sa sœur, épousa Pierre de Gouyon, originaire de Saint-Père et domicilié à Plévenon. Elle eut pour dot la métairie de la Martinais, en Corseul qui valait alors 400 livres de revenu. Elle mourut en 1806, âgée de quatre-vingt-dix ans et fut inhumée dans le cimetière de Nazareth (Note : Anne Scot parait avoir continué d'habiter soit le château de la Touche, soit l'hôtel que sa famille possédait à Plancoët. Chose singulière, sur les actes de baptêmes de ses enfants, son mari prend le titre de seigneur de la Touche). Enfin André Scot, assigna en dot à Catherine, une autre de ses soeurs, la métairie de Bellevue, en Pléven, qui était louée à cette époque 400 livres par an. Cette demoiselle épousa peu après, le 22 avril 1758, dans la chapelle du château de la Touche, Henri-Urbain de Gouyon, seigneur de Beaucorps. André Scot mourut en 1784 et ses biens demeurèrent indivis entre René-Paul-Marie Scot et son frère François.
Quelques actes d'état-civil se rattachant à la famille Scot :
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1751. 11 janvier. — Baptême de
Jean-Henri Gouyon, fils de Mre Laurent-Pierre
Gouyon, chevalier, seigneur de la Touche ,et de dame Anne-Françoise Scot,
demeurant à la Touche, paroisse de Corseul (?) évêché de Saint-Malo. Cet
enfant baptisé par permission de M. le recteur de Plancoët,
dans l'Eglise du dit lieu.
Parrain : Mre Jean Gouyon,
chevalier seigneur des Brians, et du Bois Laurent, marraine : dame Claire-Denise Scot, dame du
Papeu.
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1752. — Baptême
d'Anne-Françoise
Gouyon, fille des mêmes (décéda le
7 décembre 1806, rue de l'Abbaye, âgée de 55 ans). L'enfant née hier, à l'Abbaye, a été baptisée le 23 janvier 1752,
dans l'église de Plancoët
par le curé de l'Abbaye, avec permission du Prieur de Corseul, et du recteur
de Plancoët. Parrain
: Mre François Scot, de
Gardisseul, capitaine au régiment de Royal Infanterie,
chevalier de Saint-Louis. Marraine :
Catherine Scot, épouse de Mre Henri-Urbain Gouyon, chevalier, seigneur
de Beaufort. Signé J. Rathier, curé de l'Abbaye de Corseul.
- 1756. 8 juin. — Baptême de Jeanne-Louise Gouyon, fille de Laurent Pierre, sr de la Touche, administré par Christophe Poullain, recteur de Créhen. Parrain : Joseph du Quengo, chevalier seigneur, vicomte de Tonquédec. Marraine : Jeanne Bertho, dame de la Villefosse.
- 1757. 6 août. — Baptême de Reine Gouyon fille des mêmes précédents. Parrain : François Scot, seigneur chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Royal Infanterie et commandant pour le Roi la ville et le château de Saint-Malo. Marraine : Apoline de Bedée, épouse de René-Augustin de Chateaubriand, sr. du dit nom. Signé Rembert, curé de Corseul. (Eglise Saint-Maur).
Note 14 : La Touche et la Révolution. Nous n'avons pas jusqu'ici trouvé de renseignements pouvant indiquer d'une façon certaine comment les Scot étaient entrés en possession de la Touche, mais nous savons du moins comment, durant la Révolution, ils furent sur le point de perdre ce beau domaine et de quelle manière il leur fut conservé. Jusqu'à ce moment, la châtellenie de la Touche demeura toujours en possession d'une haute justice qui s'exerçait au bourg de Créhen, (Ogée et Ruffelet). C'était même le sénéchal de la Touche, qui était chargé avant 1790 de parapher les registres de la paroisse de Créhen, en l'absence du sénéchal de Dinan. (Gautier du Mottay, Annuaires des Côtes-du-Nord, année 1856). En 1789, René-Paul-Marie Scot châtelain de La Touche à la Vache, s'associa à la manifestation de la noblesse de Bretagne qui refusa d'envoyer des députés aux Etats Généraux pour protester contre la violation des libertés et franchises de la Bretagne, puis il émigra en 1791 avec une partie des gentilshommes du pays. Aussi en vertu de la loi du 28 ventôse, an IV, la maison principale de la Touche, retenue, métairies et terres avec colombier et chapelle, l'avenue de la petite Lande, la Grande Avenue, le Mail et l'avenue des Grands Bois, la métairie de la Touche, celle de la Porte, le Moulin Rault et moulin Talva, la vallée Notre-Dame et la vallée sous Bois, furent-ils mis en vente comme appartenant aux sieurs René et François Scot. Le tout fut adjugé sur soumission, le 21 thermidor, an V1 (8 août 1798), pour la somme de 83750 livres, montant de l'estimation, à Marie-Anne Scot, épouse de Pierre Gouyon, et à Françoise-Joséphine-Théodose Apuril Kerloguen, veuve de René-Paul-Marie Scot et mère de Henry-Marie Scot encore mineur. Jean Pierre Carillet, de Plancoët, leur servit de procureur dans cette affaire (Archives des Côtes-d'Armor, série Q, travée 2, rayon 4, carton 6533). Mais déjà auparavant, le 22 septembre 1792, une vente de « comestibles » avait été faite Plancoët, au domicile des « Scot émigrés ». Cette opération rapporta 1361 livres au séquestre. Six jours après, le 28 septembre, une vente du même genre eut lieu au château de la Touche. Elle s'acheva le 29 septembre et produisit 433 livres (Notes de M. Dubois, ancien notaire de Plancoët).
La vente de la Touche à la Vache [vente par soumission le 21 thermidor, an 6 (8 août 1798)] : En vertu de la loi du 28 ventôse an 4, Jean-Pierre Carillet faisant pour Françoise-Joséphine-Théodose Apuril de Kerloguen, veuve de René-Paul-Marie Scot, tutrice de Henry-Marie Scot, son fils mineur, et comme procurateur de Marie-Anne Scot, femme Gouyon, est déclaré adjudicataire des biens ci-dessous dénommés. 1° La maison, cours et déports de la Touche à la Vache, les trois jardins en dépendant, le colombier, la chapelle, l'avenue de la Petite Lande, la grande avenue, le Mail, l'avenue des Grands Bois. 2° Les métairies de la retenue de la Roche de la Porte, le Moulin Rault, le Moulin Talva, la prairie du Grand Bois et celle de Taillefer, une pièce de terre près le Moulin Talva et la vallée Notre-Dame, les vallées sous Bois de la Ville Orieu, de la Tourelle, de sous le Domaine, du Vaubily, du Bois Pigeon, le clos de la Chenière, la vallée de Derrière, la vallée dom Gilles, et le bois du Coin. 3° La métairie de la Ville-Orieu, à l'exception des pièces des Petites Planches, du Verger, des Mares an Boeuf et la grande pièce des Petits Bois. Ces biens appartenaient à la République aux termes de la loi du 12 février 1792. Ils étaient indivis entre la Nation aux droits de René et François Scot, émigrés et les citoyennes Henriette-Marie Scot et Anne Scot, républicoles et ils sont échus à la République aux fins d'arrêté de partage des 4 et 5 messidor dernier. Suit ensuite l'estimation des biens : "- pour le 1er objet : estimés les bâtiments (de revenu : 120 F ; et en capital : 2.160 F) ; estimés les jardins (de revenus : 54 F ; et en capital : 1.188 F) ; estimés les bois de futaye (en capital : 3. 000 F) – pour le 2ème objet : estimés les bâtiments et usines (de revenus : 596 F ; en capital : 10.620 F) ; estimés les terres (de revenus : 2.233 F ; et en capital 49.126 F) ; estimés les bois (en capital : 9.055 F) – pour le 3ème objet : estimés les bâtiments (de revenus : 25 F, et en capital : 450 F) ; estimés les terres (de revenus : 370 F 50 ; et en capital 8.151 F). Total : 83.750 F". La vente est donc faite pour la somme de 83.750 F (Série 19, Travée 2, rayon 4, cartons 65).
Note 15 : Les derniers propriétaires de la Touche. Françoise de Kerloguen, veuve du dernier seigneur de la Touche avant la Révolution, s'était mariée deux fois. De son premier mariage avec le comte de Quesnoy, naquit une fille, Françoise-Colombe qui épousa M. du Bouëxic de la Driennays, en Saint-Malo de Phily, d'une vieille famille parlementaire bretonne. De sa seconde union avec M. René-Paul Scot, baron de Balvery et seigneur de la Touche à la Vache, nous ne connaissons qu'un seul descendant, Henry Scot, qui devint officier de marine sous le premier Empire et mourut à l'hôpital de Cadix, en Espagne, âgé de vingt-trois ans, sans postérité. Par suite de son décès, sa soeur utérine hérita de la terre de la Touche et la fit passer dans la famille du Bouëxic. Depuis lors, la Touche a successivement appartenu à M. Georges, puis à M. Médéric du Bouëxic. Ce dernier vendit en 1862 ce beau domaine à M. Rioust de l'Argentaye. Il appartient ensuite au fils de ce dernier, M. Frédéric de l'Argentaye, ancien député des Côtes-d'Armor (notes d'Auguste Lemasson).
Dans la liste des feudataires (teneurs de fief) des évêchés de Saint-Malo et Dol en 1480, on comptabilise la présence de 14 nobles de Créhen :
| Jehan DE BIENASSIS (10 livres de revenu) : défaillant ; | |
| Catherine DE LAUNAY (20 livres de revenu) : défaillant ; | |
| Bertrand DE LESPINAY (15 livres de revenu) : porteur dune brigandine ; | |
| Jehan DE TAILLEFER de la Menardais (80 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît armé dune jusarme ; | |
| Charles ESTIENNE (15 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît en archer ; | |
| Gilles HINGANT (50 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît en archer ; | |
| Guillaume LA CHOUE (15 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît en archer ; | |
| Guyon LA VACHE, sr de la Tousche (800 livres de revenu) : comparaît comme homme darmes ; | |
| Jacques LE BRETON (15 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît en archer ; | |
| Jehan LE RESTIFF (5 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît en archer ; | |
| Guyon LE ROY (15 livres de revenu) : défaillant ; | |
| Perrine SAUDRAYE (2 livres de revenu) : défaillant ; | |
| Jehanne SAULDRAYE (2 livres de revenu) : défaillant ; | |
| Michel TALVAZ (80 livres de revenu) : porteur dune brigandine et comparaît armé dune pertuisane ; |
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