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BAZOUGES-LA-PEROUSE

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La commune de Bazouges-la-Pérouse (bzh.gif (80 octets) Bazeleg-ar-Veineg) fait partie du canton d'Antrain. Bazouges-la-Pérouse fait partie  de l'arrondissement de Fougères, du département d'Ille-et-Vilaine (Bretagne). 

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ETYMOLOGIE et HISTOIRE de BAZOUGES-LA-PEROUSE

Bazouges-la-Pérouse vient du latin "basilica" (marché, puis église) pour Bazouges, et "petra" (pierre) pour Pérouse. 

L'existence de la paroisse de Bazouges date, semble-t-il, du VIIème siècle. L'église, après avoir appartenu dès le XIème siècle à Notre-Dame de Fougères, passe vers 1163 à l'Abbaye de Rillé de Fougères, qui y fonde un prieuré-cure. 

Le nom de cette paroisse n'est, comme nous l'avons dit, que la forme altérée du mot basilica, basilca, basolgia, employé au moyen-âge pour désigner, particulièrement en France, une église desservie par des moines. Quant au nom de Pérouse, c'est une corruption, du mot pierreuse donné comme surnom à cette paroisse et tiré de la nature rocheuse de son sol, à moins qu'on ne veuille y voir une allusion au culte de saint Pierre, patron de la paroisse. « Nous n'avons aucune donnée, dit M. Maupillé, sur l'origine et les commencements de cette petite ville. Tout porte à croire qu'elle est très-ancienne et qu'elle remonte à une époque antérieure à l'établissement de la plus grande partie de nos paroisses rurales. Elle est désignée dans les anciens documents sous le nom de villa, et dès le XIème siècle elle nous apparaît avec un cortège d'institutions qui annoncent une organisation administrative que l'on ne rencontre pas ordinairement au berceau des agglomérations qui ont donné naissance à nos bourgs. Ainsi, dès cette époque, Bazouges avait son moulin seigneurial, son four, son marché et même sa coutume. Peut-on induire de là qu'elle remonte jusqu'aux Romains et qu'elle doit l'existence à une de ces villa qui étaient chez eux le dernier terme de l'agglomération civile, et qu'ils auraient élevées aux jours de leur occupation ? En l'absence de toute autre indication et surtout de tout vestige d'antiquités romaines dans la ville de Bazouges et dans les lieux circonvoisins, nous n'oserions pas hasarder une telle conclusion ; nous nous permettrons seulement de dire que les faits connus autorisent cette conjecture : que les intérêts civils aussi bien que les intérêts religieux ont concouru à sa formation » (Notice historique sur les Paroisses du canton d'Antrain, 35). Les origines paroissiales de Bazouges se rattachent à celles de l'église Notre-Dame de Fougères. Lorsqu'Auffroy, seigneur de Fougères, fonda cette dernière au commencement du XIème siècle, il lui forma une dotation fort importante dans laquelle furent compris, entre autres biens, la moitié de l'église de Bazouges, la moitié des droits du marché, du four et du cens de cette ville, en un mot la moitié de tous les revenus qu'il en retirait : « Dimidia ecclesia de Basocis, dimidium forum, dimidium furnum, dimidietas census et omnium reddituum suorum de predicta villa » (Bulletin de l'Association bretonne, III, 191). Main, seigneur de. Fougères, fils et successeur d'Auffroy, changea les dispositions de son père relativement à Notre-Dame, desservie jusqu'alors par des chanoines ; il substitua à ces derniers des Bénédictins de Marmoutiers, mais il laissa à ceux-ci tous les biens dont avaient joui leurs prédécesseurs, de sorte que ces Bénédictins prirent possession de l'église de Bazouges. Après Main, Raoul, seigneur de Fougères, son fils, renchérit encore sur les libéralités de ses ancêtres, et aux dons d'Auffroy il ajouta, en faveur des religieux de Notre-Dame, une certaine quantité de terre appelée olque, située près l'église de Bazouges, tout le moulin d'Arczon, toute la mouture des habitants de la ville et une mansure ou habitation dans cette même ville (« Dedit unam olcam terrœ sitam juxta ecclesiam ejusdem villœ, molendinum de Archun cum omni moltura burgensium, et unam mansuram terrœ in eadem villa » - Bulletin de l'Association bretonne, III, 191). Un peu plus tard, les Bénédictins de Marmoutiers perdirent l'église de Notre-Dame, donnée par le seigneur de Fougères à l'abbaye de Rillé, qu'il venait de fonder. Suivant toujours le sort de Notre-Dame, l'église de Bazouges fut dès lors unie à la nouvelle abbaye. Les chanoines réguliers de Rillé entrèrent donc en jouissance de tous les dons faits dans la paroisse de Bazouges par les seigneurs de Fougères ; il ne tardèrent pas vraisemblablement à fonder, vers le milieu du XIIème siècle, le prieuré-cure de Bazouges dont nous avons précédemment parlé, et ils administrèrent la paroisse jusqu'à l'époque de la Révolution. Aux religieux, prieurs-recteurs d'avant 1789, succédèrent de simples recteurs depuis 1803 ; mais une ordonnance royale en date du 21 juin 1826 érigea le rectorat de Bazouges en cure de deuxième classe (Pouillé de Rennes).

Saint Vincent Ferrier, dominicain espagnol, fait des prédications à Bazouges-la-Pérouse en 1418. La paroisse de Bazouges-la-Pérouse dépendait autrefois de l'ancien évêché de Rennes. 

Bazouges était jadis une châtellenie et possédait un droit de haute justice. Elle appartient en 1090 à Matfroy de Bazouges, puis à Raoul Ier de Fougères au début du XIIème siècle et reste entre les mains des barons de Fougères jusqu'en 1789. Elle est donnée à viage à Philippe de Montauban en 1498, puis à René de Montejean en 1524 et à Charles de Cossé duc de Brissac en 1600. Les fourches patibulaires de la Châtellenie de Bazouges se dressaient jadis à la Carrée de Landeroux, située sur  la route de la Fontenelle.

La maison seigneuriale de la paroisse de Bazouges-la-Pérouse était jadis le château de Ballue. La Ballue, reconstruit en partie en 1599, est érigée en marquisat en 1622 et exerçait à Bazouges-la-Pérouse un droit de haute justice, ainsi qu'un droit de quintaine près du cimetière, sur la route de Combourg. Au Moyen Age, Bazouges est le siège de la châtellenie de La Ballue, d'une juridiction royale et d'une subdélégation de l'intendance. La juridiction royale est accordée par Henri II en 1558, supprimée en 1565 par Charles IX et à nouveau rétablie par ce dernier en 1574. La juridiction s'étend sur quatorze paroisses et vingt juridictions seigneuriales en dépendent. Bazouges a aussi une subdélégation qui comprend douze paroisses. Elle dispose également à cette époque d'une cour de justice et d'une prison. Propriété successive des familles Chesnel (au XIIème siècle et en 1513), d'Acigné seigneurs de la Rochejagu (avant 1555), Claude de Rieux épouse de François de Coligny (en 1555), de Québriac seigneurs de la Harlaye (en 1556), Hérouville (en 1604), Ruellan seigneurs du Tiercent (en 1615 et en 1789).

En 1588, les Ligueurs établissent autour de la ville de Bazouges-la-Pérouse des fortifications. Les Royaux et les Ligueurs occupent et rançonnent tour à tour Bazouges-la-Pérouse, et Montbarot la pille en 1590 :"En 1588, la guerre civile fit songer à fortifier le bourg seigneurial. En 1590, les fortifications de Bazouges étaient loin d'être complètes : le capitaine la Villeblanche, qui y commandait pour Mercoeur, n'osa pas attendre Montbarot, gouverneur de Rennes, qui venait pour le surprendre avec 250 soldats, presque tous anglais. Ceux-ci s'en vengèrent en se livrant au pillage le plus effréné, dans la paroisse et dans l'église. Les habitants effrayés se réfugièrent au château seigneuriale de La Ballue, où l'on ne vint pas les attaquer ; mais il leur fallut racheter, par une rançon de 180 livres, les vitraux coloriés de leur église, que la soldatesque anglaise  menaçait de briser" (E. R. du Crest de Villeneuve). Bazouges-la-Pérouse fut plus d'une fois victime de la Ligue, et ces désastres forment toute son histoire. La commune de Bazouges-la-Pérouse conserve plus de 40 croix anciennes.  

On rencontre les appellations suivantes : Ecclesia de Basocis (au XIème siècle), Bazochœ, Bazogiœ Petrosœ (en 1516).

Note 1 : Il existe en cette paroisse un village de la Magdeleine assis au bord d'un ruisseau ; on n'y voit plus de traces de la chapelle qui lui a donné son nom et que mentionnait encore le Pouillé de Mgr de Crissé au commencement du XVIIIème siècle ; mais il se tient toujours à Bazouges, à la fin du XIXème siècle, une foire à la fête de sainte Magdeleine. D'après une tradition recueillie en 1692, les ducs de Bretagne fondèrent dans leur forêt de Villecartier (nota : cette forêt, mentionnée en 1163 "foresta de Villecaterii", est comprise tout entière dans les limites de la paroisse de Bazouges) la chapelle Saint-Nicolas-de-l'Hermitage, afin d'y avoir la messe lorsqu'ils venaient y chasser. Après la réunion de la Bretagne à la France, nos rois conservèrent le droit de présenter à l'évêque le chapelain de Villecartier, mais ils laissèrent tomber en ruines le vieux sanctuaire, comme le prouve la Déclaration suivante de François Gaultier, « prestre, conseiller et aumosnier du roi, chapelain de Saint-Nicolas dans la forest de Villecartier, paroisse de Bazouges ». Voici comment il s'exprimait le 12 août 1692 : « Ladite chapelle de l'Hermitage, sous le vocable de saint Nicolas, consiste en masières détruites et entièrement découvertes où il paraît qu'il y avait une chapelle à deux autels ; à costé estaient un logement, — un petit estang aussy ruisné, — une avenue qui conduit dans la forest, plantée de châteigners, — et au derrière deux jardins contenant demy arpent et loués 7 livres par an ». Le chapelain de l'ermitage Saint-Nicolas jouissait en outre, au moins dans l'origine, « d'une rente de 30 livres due par Sa Majesté sur l'état des domaines ; — d'une autre rente de 30 livres qui se payait autrefois dans la ville de Pontorson, sans qu'on en connaisse le débiteur ; — et enfin d'un droit de chauffage, usage et pacage dans la forest de Villecartier » (Archives départementales de la Loire-Inférieure). La chapelle de l'Hermitage était encore debout en 1638, car cette année-là la paroisse de Bazouges s'y rendit en procession. Il est probable qu'elle s'élevait sur la lisière de la forêt, dans un frais vallon où l'on voit encore à la fin du XIXème siècle une antique statue de bois, qu'on dit être celle de saint Mathurin, posée dans une niche en pierre et accompagnée d'une fontaine (Pouillé de Rennes). L'abbé de Billé nommait jadis le maître d'école de Bazouges-la-Pérouse. Au commencement du XVIIème siècle, les petites écoles de cette paroisse étaient tenues par Pierre Hirbert, prêtre d'Avranches (Livre des Paroisses - Archives de l'archevêché de Rennes).

Note 2 : liste non exhaustive des recteurs de la paroisse de Bazouges-la-Pérouse : Bertrand de Beaulieu (XVIème siècle). Jean Le Clerc (évêque de Macerata, auditeur de rote et archidiacre de Dinan, il fut nommé en 1541 prieur commendataire de Bazouges ; il rendit aveu au roi en 1543 pour son prieuré). Robert de la Châsse (chanoine de Rennes, il fit un accord avec ses paroissiens en 1567 au sujet des 10 mines de seigle que recevait le sacriste pour traitement). Jacques Bynel (en 1577). Guillaume Bouillie (prieur commendataire en 1604, il rendit aveu au roi en 1606 ; décédé en 1627). Frère Jean Le Lièvre (chanoine régulier comme les suivants, 1627-1663). Frère René Le Lièvre (1663, décédé en 1672). Frère Guy Le Maistre (pourvu en 1672, il rendit aveu au roi en 1678). Frère Jean-Baptiste Poussin (il rendit également aveu le 13 mai 1683 et fit une fondation dans son église ; décédé en 1704). Frère Jean Gaultier (pourvu par l'évêque le 11 décembre 1704, il rendit aveu en 1711 ; décédé en 1722). Frère Pierre des Hayes (il fut pourvu en 1722 ; décédé en 1741. De son temps il y avait neuf prêtres résidant à Bazouges). Frère Zacharie Berthelot (prieur de Paimpont, pourvu en 1741, il donna sa démission au bout de quelques mois). Frère Joseph Nivet (prieur de Saint-Moran de Rennes, il fut pourvu le 12 avril 1742 ; décédé en 1748). Frère Joseph de Beauvais (il succéda au précédent ; décédé en 1781). Frère Pierre Delaire (il fut pourvu le 30 mai 1781 et ne quitta Bazouges qu'en 1791). Paul-Charles-Nicolas Meignan (1803-1804). François-Jean Veillard (1804, décédé en 1824). François-Vincent Barbot (1824-1856). Jacques Rimasson (à partir de 1857), .....

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PATRIMOINE de BAZOUGES-LA-PEROUSE

l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (XIIème siècle), restaurée au XIXème siècle par plusieurs architectes (Jean Marie Anger, Charles Langlois et Arthur Regnault). Jusqu'au début du IXème siècle, deux églises accolées coexistent (la Basse-Eglise et la Haute-Eglise), comprenant chacune trois nefs (les six nefs variaient de longueur, de largeur et de hauteur de voûte). Les deux églises sont réunies au XIIème siècle. - La Haute Eglise (côté sud) date du XIIème, XIIIème et du XIVème siècles. La première nef au sud (beaucoup moins longue que les autres) et qui portait le nom de Chapelle de Saint-Gilles a disparu. La deuxième nef constitue le bas côté sud actuel et la partie est de cette nef est romane : elle s'appuie à l'extérieur sur trois contre-forts et formait autrefois le choeur du prieuré. A la suite se trouvait l'ancienne tour du XIIème siècle, reconstruite vers 1720 par M. Querré de Saint-Malo, puis foudroyée en 1859 et relevée depuis : les seigneurs des Portes possédaient jadis un enfeu dans la tour. La travée suivante, surmontée d'une voûte à nervures, était autrefois la nef du prieuré : elle contient une porte du XV-XVIème siècle. Le reste de cette nef date du XIIIème et du XIVème siècles : sa partie ouest (sacristie actuelle) présente une porte qui communiquait avec le prieuré. La troisième nef de la Haute Eglise date du XIIIème et du XIVème siècles : elle forme, avec la première nef de la Basse Eglise, la nef centrale actuelle : un des choeurs appelé Chanceau de la Ballue renfermait l'enfeu armorié des seigneurs de la Ballue. - La Basse Eglise renferme une nef construite en 1313 qui s'appelait jadis la Chapelle des Pélerins : cette nef est maintenant réunie à la troisième nef de la Haute église pour former la nef centrale. Les deux autres nefs de la Basse Eglise avaient été construites de 1568 à 1574 : la date de 1570 est gravée sur l'un des chapiteaux au nord de la nef actuelle. Le pignon est du collatéral nord est percé de deux fenêtres contenant une belle verrière datée de 1573 et de 1574 : on y voit les portraits d'un seigneur de Bazouges et de son épouse. L'église est réaménagée en 1856. Le clocher date de 1885. Le mobilier intérieur date de 1859. La cuve baptismale date du XVème siècle : elle est ornée des attributs des quatre Evangélistes et de banderoles. La Chaire date du XIXème siècle. Le clocher-porche sud date de 1240. On y trouve un chapiteau sculpté de 1313. Une piéta date du XVIème siècle. L'église renferme plusieurs pierres tombales et possédait jadis un tableau de l'Assomption qui est conservé aujourd'hui dans l'église de Rimou ; 

Nota : Voici ce que dit le Pouillé de Rennes : Il est à remarquer que la paroisse de Bazouges est toujours désignée dans les chartes du moyen-âge par une appellation plurielle, Bazogiœ Petrosœ ; or, il existait naguère encore à Bazouges deux églises accolées l'une à l'autre, appelées vulgairement la haute et la basse église. Voici comme elles sont décrites par un archéologue contemporain : « Avant les travaux qui ont commencé à la transformer, l'église de Bazouges était, pour la forme extérieure et pour la distribution, la plus étonnante et la plus incompréhensible église, non pas du diocèse de Rennes, ou même du royaume de France, mais de tout l'univers catholique. Elle se composait de six nefs parallèlement juxtaposées, mais qui toutes différaient plus ou moins de largeur, de longueur et de hauteur de voûte. Il existait d'ailleurs entre les trois nefs du Nord et celles du Midi une différence de niveau d'environ 60 centimètres, qui était rachetée par quatre marches en granit ; et pour que rien ne manquât à cette prodigieuse irré­gularité, de tous les angles de ce vaste bâtiment il n'en était pas un seul qui ne fût de fausse équerre » (M. l'abbé Brune, Cours d'archéologie religieuse, 336). Enfin, outre cette différence de niveau entre la haute et la basse église, on remarquait des gonds en fer scellés dans les piliers qui séparaient ces deux églises et qui avaient dû supporter jadis des portes ou des balustrades séparant les deux édifices (nota : La haute église était la plus ancienne ; ce devait être, dans l'origine, un édifice roman ; de la basse église, une nef fut construite en 1313 et les deux autres furent réédifiées de 1568 à 1574). Voilà bien l'explication de la dénomination Bazogiœ Petrosœ ; mais ce qu'on n'a pu découvrir jusqu'ici, c'est la raison d'être de ces deux églises. On ne connaît point de société religieuse autre que celle de Rillé qui ait pu s'intéresser à Bazouges ; peut-être faut-il croire que les chanoines de cette dernière abbaye — comme leurs prédécesseurs les chanoines de Notre-Dame — ne reçurent, au milieu du XIIème siècle, que la moitié de l'église de Bazouges, « dimidia ecclesia de Basocis », et qu'ils n'obtinrent l'église tout entière qu'à une époque très-postérieure. Dans ce cas, il est probable que l'autre moitié appartenait aux paroissiens ; mais alors les chanoines de Rillé n'auraient donc pas, dès leur arrivée à Bazouges, administré cette paroisse ; ils auraient donc été pendant quelques siècles simplement prieurs, ayant leur église à côté de celle des recteurs. L'église de Bazouges est sous l'invocation des apôtres saint Pierre et saint Paul. Elle a été presque entièrement reconstruite à neuf il y a une vingtaine d'années, et un vaisseau à trois nefs, terminé à l'Ouest par une vaste abside servant de sanctuaire, a remplacé les vieilles et bizarres églises dont nous venons de parler. « Dans la reconstruction, on a conservé seulement la partie orientale de la première nef, du côté Sud, et la façade, dans laquelle se trouve la grande porte, sur la principale rue de la ville (nota : Cette porte a quelque mérite architectural ; son ornementation fleurie rappelle le dernier âge du style gothique). La partie la plus remarquable est sans contredit la travée au-dessous de la tour, dans laquelle sont placés aujourd'hui les fonts baptismaux. Elle est surmontée d'une voûte à nervures dont les retombées viennent s'appuyer sur quatre énormes piliers que leur structure et l'ornementation de leurs chapiteaux semblent rattacher à l'architecture de la fin du XIIème siècle. Les restes de trois contreforts romans, qui soutiennent le mur oriental, viennent encore appuyer cette conjecture. La construction de cette travée doit avoir précédé de près d'un siècle la construction de la travée adjacente dans le même collatéral. Celle-ci, dans laquelle s'ouvre la porte méridionale, est également surmontée d'une voûte à nervures. Des trois arcades qui soutiennent cette voûte, deux affectent la forme ogivale surbaissée ; la troisième, celle par laquelle le collatéral est mis en communication avec la grande nef, la forme du cintre brisé » (M. Maupillé, Notices historiques sur les Paroisses du canton d'Antrain, p. 45). La fenêtre du pignon qui termine à l'Est le collatéral Nord, est ornée d'une fort belle verrière sur laquelle on lit en deux endroits le millésime de 1574. Cette verrière, comme nous l'apprennent les Comptes des trésoriers de Bazouges [nota : Ces registres de Comptes offrent un grand intérêt et sont au presbytère de Bazouges. On y voit se succéder tous les travaux faits à l'église depuis 1561 jusqu'au milieu du XVIIème siècle, et l'on y retrouve les coutumes de l'époque. Ainsi, en 1568, on réédifia la chapelle Saint-Georges tombée en ruines ; — en 1571 et 1572, on releva plusieurs autres chapelles telles que celle de la Vierge et celle dite la Petite-Chapelle ; — en 1599, on reconstruisit le pignon de la chapelle des seigneurs de la Ballue ; — en 1605, on refit le pavé devant l'autel Saint-Jean et devant celui des Agonisants ; — en 1662, on fit encore des travaux à la chapelle de la Sainte-Vierge et à celle de Sainte-Magdeleine ; — en 1639, on restaura l'autel Saint-Roch et Saint-Sébastien ; — en 1652, on refit le maître-autel afin d'y placer un tabernacle, le sacraire ayant seul servi jusqu'alors. A côté de ces travaux on trouve signalées les nombreuses et longues processions usitées aux XVIème et XVIIème siècles. On se rendait au Mont Saint-Michel, à Bonne-Nouvelle de Rennes, à Broualan, à Lantiman, aux Iffs, à Noyal, à Marcillé, à Saint-Rémy, à Mézières, à Trans, aux chapelles de la Ballue, de l'Hermitage, de Saint-Fiacre, etc., et jusqu'en Normandie, à Macey et à Chenillé. En 1562, on distribuait une pipe de vin à la communion pascale, mais une barrique suffisait en 1636. — On acheta des orgues en 1634, et Jean Hamon fut le premier organiste, aux appointements de 100 livres, etc., etc.], coûta la somme de 552 livres. Elle avait été endommagée par le temps et brisée en quelques endroits, mais elle vient d'être restaurée à neuf, et elle représente aujourd'hui dans son ensemble un monument remarquable de l'art auquel elle appartient. Voici la description qu'en donne M. l'abbé Brune : « La belle verrière qui est encadrée dans la double fenêtre ogivale du pignon oriental se compose d'une douzaine de tableaux représentant, d'une part, les Mystères de la Sainte Vierge, et de l'autre les souffrances et la mort de son divin Fils. Le premier tableau à gauche et en bas représente l'Annonciation, puis, en s'élevant vers l'ogive, la naissance de Jésus-Christ, l'adoration des Mages, et enfin un tableau plus grand que les autres, qui semble retracer les derniers moments de la Sainte Vierge. Dans l'autre partie de la fenêtre se voient plusieurs scènes de la Passion, la descente de Jésus-Christ aux enfers et la Résurrection. Dans le tympan, Dieu le Père, revêtu des insignes des plus hautes dignités de la terre, la papauté et l'empire, reçoit dans la gloire Marie, le type de l'innocence, et en regard Eve, la femme coupable, mais régénérée par le sang de son descendant. L'ange l'accompagne avec le même glaive dont il la menaça autrefois en la chassant du paradis terrestre, mais qu'il vient déposer devant le trône de la miséricorde » (Archives religieuses, 339 - Bulletin archéologique de l'Association bretonne, II, 29). On remarque à droite et à gauche, à l'entrée de l'église de Bazouges, deux bénitiers qui méritent d'être signalés : « Le premier est une ancienne cuve baptismale de forme rectangulaire, longue d'environ 1 mètre et large de 50 à 60 centimètres ; elle est évasée à sa partie supérieure et ornée dans chacun de ses angles d'une moulure qui figure une sorte de colonnette. Chacune de ses faces présente un des attributs des quatre Evangèlistes : l'homme, le boeuf, le lion et l'aigle, assez grossièrement sculptés, et portant des phylactères sur lesquels on ne remarque pas la moindre trace d'écriture. Le second est un ancien chapiteau de colonne que l'on a découvert lors de la démolition de la vieille église, et que l'on a creusé pour le faire servir à sa nouvelle destination. Ce bénitier, qui est rond à sa base, affecte la forme carrée à sa partie supérieure. Sur la face principale on voit trois coquilles, deux en chef et une en pointe, et au-dessous l'inscription suivante, qui se poursuit sur toute la plate-bande représentant le tailloir du chapiteau « J. PELERIN ET SA FAME FIRENT FAIRE CETTE CHAPELLE EN NON DE DIEU DE LA VIERGE PUCELLE ET FUT COMMENCEE EN LAN MIL IIIc ET XIII » (M. Maupillé, Notice historique sur les Paroisses du canton d'Antrain, p. 47). L'écusson est accompagné à droite et à gauche de divers dessins représentant une tête humaine et les branches d'un arbre avec des fleurs et des feuillages. « Il résulte de cette inscription que la chapelle ou la nef bâtie par J. Pelerin  (nota : une famille Pelerin, de Penhoat, en Fégréac, portait les armoiries retrouvées à Bazouges : d'argent à trois coquilles de sable - Jusqu'en 1637, on dit à Bazouges un annuel de messes pour la famille Pelerin, et cela "de temps immémorial"), et que l'on nommait encore, il y a trente ou quarante ans, la chapelle des Pèlerins, fut ajoutée, au commencement du XIVème siècle, aux trois nefs supérieures sur le milieu desquelles était placé le vieux clocher. Cette partie de l'ancienne église avait été elle-même élevée sur les ruines d'un édifice roman dont nous avons trouvé des restes authentiques dans les fouilles de nos dernières constructions » (Note de M. de la Fosse citée par M. Maupillé). Terminons en disant que la tour de l'église de Bazouges, détruite par la tempête de 1705, puis reconstruite en 1720, fut frappée de la foudre en 1859 ; elle est restée depuis lors dans l'état où nous la voyons aujourd'hui (c'est-à-dire à la fin du XIXème siècle). En 1596, François Chaussière, natif de Bazouges, chanoine, scholastique et vicaire général de Rennes, recteur de Betton, fit une fondation de messes dans l'église de sa paroisse natale. Le seigneur de la Ballue prétendait avoir les droits honorifiques de prééminence dans l'église de Bazouges, où il avait une chapelle prohibitive, mais ces droits lui étaient contestés par le seigneur de la châtellenie de Bazouges (nota : la châtellenie de Bazouges fut presque toujours unie à la baronnie de Fougères, possédée dans les derniers siècles par le roi). La confrérie de l'Assomption fut enrichie d'indulgences par le pape Innocent X, en 1654.

le châtelet d'entrée du manoir de Martigné (moyen âge), situé route de Marcillé-Raoul. Ce manoir est reconstruit vers 1620. Il s'agit d'une sergentise féodée de Bazouges. Il possédait jadis des douves et une chapelle privée. Le manoir de Martigné appartenait en 1513 à R. Le Lièvre, en 1680 à Amaury Dupont, sieur de la Haye, et en 1751 à M. Huchet de Quénétain. Ce dernier possédait une chapelle « bâtie dans la cour » de son manoir ; elle fut visitée en 1751 par le prieur de Bazouges, délégué à cet effet par l'évêque, et fut trouvée « convenablement tenue » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 14). Quoique abandonnée, elle existe encore à la fin du XIXème siècle ; c'est un rectangle avec fenêtres ogivales et de vieilles statues en bois du XVème ou XVIème siècle (Pouillé de Rennes). Propriété successive des familles Bonnier (avant 1513), le Liepvre (vers 1513 et en 1557), de Fleurville (en 1559), de Romilley (en 1574), le Liepvre (vers 1597), Barrin seigneurs du Bois-Geoffroy (en 1635), le Liepvre (avant 1670), Ravenel (en 1670), le Liepvre (avant 1677), Saint-Main (en 1677), Huchet seigneurs de Quénétain (vers 1704), Demeur seigneurs de Lescarzon (en 1789) ; 

la chapelle de la Trinité (XV-XVIème siècle), restaurée au XXème siècle. Cette chapelle, située au village du Pont, est fréquentée par les pèlerins, mais non desservie ; la paroisse y allait en procession en 1652

la chapelle de la Poëtevinière ou Poitevinière (1584- fin XVIIème siècle), édifiée par Jean Garçon en 1584 et restaurée au XVIIème siècle. Elle est considérée en ruines à la fin du XIXème siècle (Pouillé de Rennes) ; 

la chapelle Saint-Sauveur de la Boudonnière vel du Grand-Bois (ou Grandbois), située route de Trans et édifiée de 1754 à 1756. Le Pouillé ms. de Rennes (1711-1723) mentionne cette chapelle « fondée d'une messe tous les quinze jours ». En 1786, sur la démission de Jean Anger, chapelain de ce sanctuaire, Mathurin Le Camus, « prêtre présenté par Louis Ruellan du Tiercent, seigneur de la Ballue », fut pourvu par l'évêque de la « chapelle de la Boudonnière, située près le village du Grand-Bois ». Il en prit possession le 12 septembre (Registre des insinuations ecclésiastiques de l'évêché de Rennes). On dit que cette chapelle fut rebâtie par les paroissiens en 1754 et rachetée par eux au sortir de la Révolution. Elle continue d'être desservie par le clergé de la paroisse à la fin du XIXème siècle (Pouillé de Rennes) ;

l'ancienne Chapelle de l'Hermitage, située jadis dans la forêt de Ville-Cartier (ou Villecartier) et fondée, semble-t-il, par les ducs de Bretagne. D'après une tradition recueillie en 1692, les ducs de Bretagne fondèrent dans leur forêt de Villecartier (nota : cette forêt, mentionnée en 1163 "foresta de Villecaterii", est comprise tout entière dans les limites de la paroisses de Bazouges) la chapelle Saint-Nicolas-de-l'Hermitage, afin d'y avoir la messe lorsqu'ils venaient y chasser. Après la réunion de la Bretagne à la France, nos rois conservèrent le droit de présenter à l'évêque le chapelain de Villecartier, mais ils laissèrent tomber en ruines le vieux sanctuaire, comme le prouve la Déclaration suivante de François Gaultier, « prestre, conseiller et aumosnier du roi, chapelain de Saint-Nicolas dans la forest de Villecartier, paroisse de Bazouges ». Voici com­ment il s'exprimait le 12 août 1692 : « Ladite chapelle de l'Hermitage, sous le vocable de saint Nicolas, consiste en masières détruites et entièrement découvertes où il paraît qu'il y avait une chapelle à deux autels ; à costé estaient un logement, — un petit estang aussy ruisné, — une avenue qui conduit dans la forest, plantée de châteigners, — et au derrière deux jardins contenant demy arpent et loués 7 livres par an ». Le chapelain de l'ermitage Saint-Nicolas jouissait en outre, au moins dans l'origine, « d'une rente de 30 livres due par Sa Majesté sur l'état des domaines ; — d'une autre rente de 30 livres qui se payait autrefois dans la ville de Pontorson, sans qu'on en connaisse le débiteur ; — et enfin d'un droit de chauffage, usage et pacage dans la forest de Villecartier » (Archives départementales de la Loire-Inférieure). La chapelle de l'Hermitage était encore debout en 1638, car cette année-là la paroisse de Bazouges s'y rendit en procession. Il est probable qu'elle s'élevait sur la lisière de la forêt, dans un frais vallon où l'on voit encore une antique statue de bois, qu'on dit être celle de saint Mathurin, posée dans une niche en pierre et accompagnée d'une fontaine (Pouillé de Rennes) ;

l'ancienne chapelle Saint-Georges. Elle se trouvait dans jadis le cimetière de Bazouges-la-Pérouse. Au XVIIème siècle, Georges Robineau y fonda une messe hebdomadaire et la dota de 25 livres de rente. Cet édifice est tombé en ruine, mais on vient de construire une nouvelle chapelle de style ogival dans le cimetière, et à côté s'élève un beau calvaire breton sculpté par Hernot (Pouillé de Rennes) ;  

l'ancienne chapelle de Sainte-Magdeleine. Il existe en cette paroisse un village de la Magdeleine assis au bord d'un ruisseau ; on n'y voit plus de traces de la chapelle qui lui a donné son nom et que mentionnait encore le Pouillé de Mgr de Crissé au commencement du XVIIIème siècle ; mais il se tient toujours à Bazouges une foire à la fête de sainte Magdeleine à la fin du XIXème siècle (Pouillé de Rennes) ;

l'ancienne chapelle Notre-Dame de l'Hôpital. Il s'agit de l'oratoire d'un petit hospice fondée jadis à Bazouges-la-Pérouse ;

la croix de Montauger (1625) ; 

la croix de Montigné (1699) ; 

la croix de Ragondin (1746) ; 

la croix de Meslay (1770) ; 

le château de la Ballue (1616-1620), situé route de La Fontenelle. Il était jadis fortifié : on y voyait en 1603 une tour flanquant le logis, un portail et un pont-levis avec deux tours, le tout cerné de murs et de fossés. Il possédait autrefois un colombier et deux chapelles privées. Il y avait deux chapelles au manoir de la Ballue : l'une appelée la grande chapelle, dédiée à saint Martin, l'autre nommée la petite chapelle. Le 1er août 1699, Marie Ruellan, femme d'Hyacinthe de Quatrebarbes, marquis de la Rongère, fonda cinq messes basses, avec un catéchisme le dimanche, pour être dites « partie dans la grande chapelle de Saint-Martin, située proche son château de la Ballue, partie dans la petite chapelle de ce même château ». Cette dame donna à cet effet au chapelain la métairie du Rocher, située près la Ballue. Mais en 1754 Joseph Ruellan, baron du Tiercent et seigneur de la Ballue, retira cette métairie et donna en place au chapelain une rente de 150 livres, hypothéquée sur sa métairie de la Porte. En 1724, René Ruellan, seigneur de la Ballue, présenta à l'évêque Claude Lodin, prêtre du diocèse, qui fut pourvu le 3 décembre en place de Jean-Baptiste Gaultier, démissionnaire. En 1788, Julien Brard, prêtre, fut nommé chapelain de la Ballue après la mort de Guillaume Manchon (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 14). De même que la chapelle de Grandbois, celle de la Ballue fut conservée en 1803 comme oratoire public desservi par un vicaire, mais cet état de choses ne dura point, et il ne reste plus de trace des sanctuaires de la Ballue (Pouillé de Rennes). Le roi Henri IV en fait cadeau au duc de Brissac (pour service rendu). La famille Brissac vend le château en 1615 à Gilles Ruellan, baron du Tiercent, qui le reconstruit entièrement en 1620, alors que la terre est érigée en marquisat. Les jardins datent du XVI-XVIIème siècle (François Hébert-Stevens, aidé de Paul Maymont ont recréé un jardin dans l'esprit du XVIIème siècle). Ce château a accueilli Balzac, Victor Hugo, Musset et Châteaubriand ;  

le manoir du Colombier (XVIème siècle), propriété du seigneur Lemarchand. L'ancienne Maison du Colombier, sert actuellement d'hôtel. Il s'agit de l'ancienne demeure des seigneurs de Bazouges qui avait fait don à l'église du vitrail de 1574 ; 

le manoir de la Boucharderie (XVIIIème siècle) ; 

la fenêtre d'angle (1604) située place de la Poterie ; 

la maison (XVIIème siècle), située 22 rue de l'Eglise ; 

des maisons du XVI-XVIIème siècle, situées place de la Poterie et rue de l'Eglise ; 

l'oratoire de Saint-Mathurin (XVIIème siècle) ; 

le puits de La Haie-Jension (XVIIIème siècle) ; 

7 moulins dont le moulin de Leurmont, de la Demonais, de Vaux, de la Forêt,… 

A signaler aussi : 

le rocher du Gros Chêne dit "Pierre de sacrifice" ; 

la colonne des Chouans (1826), située en forêt de Villecartier ; 

une borne milliaire, située en forêt de Villecartier ;

la voie romaine de Rennes à Avranches ; 

l'ancien manoir prioral, situé sur l'emplacement du presbytère actuel. Le prieuré-cure dédié à Saint-Pierre et Saint-Paul est un ancien membre de l'abbaye de Rillé. Le Pouillé de Rennes stipule que l'église paroissiale de Bazouges appartint pendant le XIème siècle et une partie du XIIème siècle à l'église Notre-Dame de Fougères. Lorsque Henri, seigneur de Fougères, fonda vers 1163 l'abbaye de Rillé, il donna, comme nous l'avons dit, à ce nouveau monastère l'église Notre-Dame et toutes ses dépendances. Les chanoines réguliers de Rillé prirent donc par suite possession de l'église de Bazouges (Bazouges-la-Pérouse), et c'est probablement vers cette époque qu'il faut placer l'origine du prieuré-cure de ce nom fondé par les nouveaux religieux. Le prieuré de Bazouges fut occupé depuis cette époque presque constamment par un chanoine régulier de Rillé jusqu'au moment de la Révolution. L'abbaye de Rillé avait reçu de son fondateur, entre autres biens en Bazouges : une dîme, une métairie et la moitié des cens de cette ville, la moitié du four banal, du moulin et du marché, « decimam de parte Domini in Basogiis, meditariam unam et medietatem censuum totius villoe, dimidium furnum, dimidium molendinum, dimidium forum » (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 651). Mais lorsque fut établi le prieuré de Bazouges, tous ces biens ne lui furent pas concédés par l'abbé de Rillé. Nous voyons, en effet, frère Guy Le Maistre déclarer en 1678 que le temporel de son prieuré de Bazouges consiste seulement en ce qui suit : la maison priorale, sise proche le cimetière, et ses dépendances, telles que colombier, grange, cour et jardins ; — une prairie sise au-dessous de la ville, appelée le Pré-au-Prieur, contenant près de 9 journaux, et dont le foin doit être fané par les tenanciers du fief du Chastelet et charroyé par ceux de Bourrienne ; — quatre autres pièces de terre, restant seules d'un domaine plus considérable aliéné au XVIème siècle ; — les fiefs de Bourrienne et du Chastelet ; — une rente de 119 sols monnaie, — et l'exercice d'une basse justice dans les susdits fiefs (Déclaration du prieuré). La même année 1678, Pierre d'Espinose, abbé de Rillé, déclara qu'il possédait lui-même le fief de la Barre, en Bazouges ; — la moitié de la coutume et du cens de cette ville ; — la moitié de son four à ban — et la moitié du moulin à vent d'Arczon, situé près Bazouges (Déclaration de l'abbaye de Rillé). Comme l'on voit, les religieux de Rillé avaient partagé la donation de Bazouges entre leur abbaye et leur prieuré. Aussi en 1564 le prieur-recteur commendataire de Bazouges, Robert de la Châsse, chanoine de Rennes, déclara que tous les revenus de son prieuré n'atteignaient pas 400 livres (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). Pour assurer le strict maintien des droits qu'ils tenaient des seigneurs de Fougères sur la coutume de Bazouges, les chanoines réguliers de Rillé étaient autorisés à faire accompagner le coutumier, fermier ou prévôt du seigneur, de leur propre receveur ou fermier, « portant une gaule et une bourse au bout d'icelle, avec une boîte pour mettre la recette desdits devoirs, afin d'en estre fait le département entre eux par moitié » (Déclaration de Rillé en 1678) ;

le manoir de Castel-Marie, de l'époque Louis XIII ;

le manoir de Bourlande, aujourd'hui reconstruit. Propriété des familles de Bourlande ou de Boulande (en 1180 et en 1459), Couaisnon sieurs du Breil-Manfany (en 1513), de Vauborel (en 1569 et en 1629), de Ruellan, seigneurs de la Ballue (en 1789) ;

l'ancien manoir de la Barre, situé route de Trans. Propriété successive des familles le Liepvre sieurs de Martigné (en 1655), Anger sieurs de la Haye-Gention (seconde moitié du XVIIème siècle), Lesfroy sieurs de Belair (en 1706) ;

l'ancien manoir des Portes. Une motte s'élève à proximité du manoir. Propriété de la famille de Langan seigneurs du Boisfévrier en 1483, puis de la famille Tuffin seigneurs de la Rouërie en 1590. Les seigneurs des Portes possédaient jadis un droit de haute justice et un droit de quintaine alternatif avec ceux de la Ballue, à cause de leur fief de la Rivière en la Fontenelle : ce droit de quintaine s'exerçait dans le Champ de la Quintaine en La Fontenelle ;

le vieux château de la Motte, situé sur la lisière de la forêt et le bord du Couësnon. Il possède deux tours en ruines ;

les anciennes maisons du village de Meslay ;

le village de la Verrerie situé route d'Antrain et qui possédait jadis une verrerie ;

l'ancien manoir de la Blanchardière, situé route d'Antrain ;

l'ancien manoir du Houx, situé route d'Antrain. Propriété de la famille le Liepvre en 1662. En 1662, Jean Le Lièvre, prieur de Bazouges, propriétaire de la maison du Houx, en cette paroisse, bâtit, avec la permission de l'évêque, une chapelle dans un terrain qu'il afféagea « dans la forêt de Villecartier, là même où s'était manifestée la gloire de sainte Anne par plusieurs miracles et où l'on honorait l'image de cette sainte placée au pied d'un arbre ». Il dédia naturellement sa chapelle à sainte Anne et à son propre patron saint Jean l'Evangéliste, et il y fit célébrer la messe tous les dimanches et fêtes. Malheureusement pour Jean Le Lièvre, les commissaires du roi, députés pour la réformation des forêts en 1665, le dépossédèrent de son afféagement et firent démolir sa chapelle (nota : cette chapelle devait se trouver dans la partie de la forêt de Villecartier appelée encore aujourd'hui le Breil Sainte-Anne, la même probablement où s'élève une croix nommée aussi croix de Sainte-Anne. Voyant cela, le bon prêtre ne se découragea pas ; il fit reconstruire la chapelle sur son propre domaine du Houx, lui conserva le même vocable et y transféra la fondation de messes qu'il avait déjà faite, dont les revenus consistaient en maison et terres. L'évêque de Rennes approuva volontiers ces fondations le 30 mai 1662 et le 22 août 1670 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 9 G, 14) ;

l'ancien manoir du Bas-Boulande, situé route de Rimou. Propriété des seigneurs de Boulande en 1180 et en 1459, puis des familles Couaisnon seigneurs de Brémanfany (en 1513), de Vauborel (en 1569 et en 1627), de Ruellan seigneurs du Tiercent et de la Ballue jusqu'en 1789 ;

l'ancien manoir du Clos-Boulande, situé route de Marcillé-Raoul. Il conserve une porte du XVIème siècle ;

l'ancien manoir de Leurmont, situé route de Marcillé-Raoul. Il possédait jadis un droit de haute justice. Propriété successive des familles de Québriac (en 1513), Chastellier seigneurs du Plessis-Marcillé (en 1540), Abraham seigneurs de la Tuslance (vers 1602), de Sévigné comtes de Montmoron (en 1657). Il est uni au comté de Montmoron en Romazy jusqu'en 1789 ;

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ANCIENNE NOBLESSE de BAZOUGES-LA-PEROUSE

Tout porte à croire que la petite ville de Bazouges-la-Pérouse est très ancienne. « Dès la fin du XIème siècle elle nous apparaît avec un cortège d'institutions qui annoncent une organisation administrative que l'on ne rencontre pas ordinairement au berceau des agglomérations qui ont donné naissance à nos bourgs. Ainsi, dès cette époque, Bazouges avait son moulin seigneurial, son four, son marché et même sa coutume » (Maupillé, Notices historiques sur les paroisses du canton d'Antrain). Durant tout le moyen-âge Bazouges fut le chef-lieu d'une châtellenie à laquelle elle donnait son nom. Il semble qu'à l'origine cette seigneurie fût limitée à la paroisse de Bazouges, mais elle devint plus tard le siège d'une juridiction s'étendant en plusieurs autres paroisses voisines. Bazouges eut-elle des seigneurs particuliers ? Sauf un cas dont nous parlerons plus loin, M. Maupillé ne le croit pas. Pour lui, la châtellenie de Bazouges appartint au baron de Fougères « dès l'instant de sa création ». Cette châtellenie suivit donc assez généralement la destinée de la baronnie de Fougères, dont elle formait une importante annexe. Cependant nous l'en voyons détachée trois fois dans le cours de notre histoire. Ce fut d'abord en 1498 : la duchesse Anne la donna alors à Philippe de Montauban, chancelier de Bretagne, pour reconnaître les importants services qu'il lui avait rendus, surtout en empêchant son mariage avec le duc d'Albret. Puis, en 1524, le roi François Ier disposa de Bazouges, après la mort de Philippe de Montauban, en faveur de René de Montejean, à qui, un an plus tard, il donna la baronnie de Fougères tout entière (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, III, 792 et 891). Enfin, en 1600, Henri IV en gratifia Charles de Cossé, duc de Brissac, en même temps que de la châtellenie d'Antrain. Mais à la mort de ce dernier, arrivée en 1621, Bazouges fit retour à la terre de Fougères, dont elle ne fut plus séparée dans la suite. Les revenus fixes de la Châtellenie de Bazouges, à la fin du XVIIème siècle, pouvaient s'élever en argent à la somme de 722 livres et en grains à 54 hectolitres de froment. A quoi il faut ajouter le produit des droits seigneuriaux et les autres revenus casuels. La seigneurie de Bazouges jouissait d'une haute justice dont les fourches patibulaires se dressaient à la Carrée de Landeroux, à la bifurcation des routes de Vieuxviel et de La Fontenelle, en Bazouges. Le ressort de la juridiction de Bazouges était fort étendu ; il ne comprenait pas moins de douze paroisses, savoir : Bazouges-la-Pérouse, Marcillé-Raoul, Rimou, Saint-Remy-du-Plain, Sens, Sougeal, Vieuxviel, Vieuxvy, Neyal-sons-Bazouges, La Fontenelle, Roz-sur-Couasnon et Tremblay (Archives d'Ille-et-Vilaine). Les mouvances nobles de la châtellenie n'étaient pas moins considérables ; on comptait dix hautes justices et deux moyennes justices relevant de Bazouges : les principales étaient les seigneuries du Boisbaudry, de Bréhant, de Bouessay, de Beauvais-Moulines, de la Ballue, de la Haye d'Iré, du Plessix de Marcillé, des Portes, d'Orange, etc.. Y eut-il jamais un château à Bazouges? L'histoire n'en parle point et la tradition reste également muette à son sujet. Il faut cependant remarquer qu'il existe encore à Bazouges, près de l'église paroissiale et dans un jardin, une butte de terre faite de main d'homme et appelée la Motte. Vers 1638 on planta par ordre du roi seize ormeaux sur « la Motte de la ville ». Peut-être cette motte rappelle-t-elle l'antique demeure féodale de Matfroy de Bazouges, le seul seigneur que l'on connaisse portant le nom de la petite ville : il vivait à la fin du XIème siècle et, selon M. Maupillé, se trouvait beau-frère de Raoul Ier baron de Fougères, ayant épousé Godeheust, sœur de ce seigneur. D'après le même auteur, c'était par suite de son mariage avec cette dame que Matfroy était devenu seigneur de Bazouges ; mais il ne dut point laisser de postérité, puisque la châtellenie de Bazouges se retrouve, dès cette époque reculée, entre les mains des barons de Fougères, qui s'en dessaisirent rarement, comme nous l'avons vu (abbé Guillotin de Corson).

 

Le marquisat de la Ballue : La terre seigneuriale de la Ballue semble avoir été dès le XIIème siècle l'apanage de la famille Chesnel dont plusieurs membres figurent avec distinction dans les annales de la baronnie de Fougères. 

En 1163, Georges Chesnel donne à l'abbaye de Rillé la dîme de ses moulins et approuve une autre donation faite au même monastère par Raoul de Sens et son frère, ses vassaux, ce qui prouve que déjà sa maison était puissante dans le pays. En 1235, Robert Chesnel est choisi comme exécuteur testamentaire de Gédouin de Dol et en 1235 par Raoul, seigneur de Fougères, comme expert dans l'estimation des biens de la succession d'Eudon comte de Porhoët (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 651, 884, 913). En 1371, Geffroy Chesnel, chevalier, dépose dans l'enquête relative à la canonisation de Charles de Blois dont il avait été l'écuyer et le chambellan. Georges Chesnel, capitaine de Saint-Aubin-du-Cormier en 1402, fut dix ans plus tard témoin du contrat de mariage de la princesse Anne de Bretagne avec le fils aîné du duc de Bourbon. Enfin Raoul Chesnel fut échanson du duc de Bretagne en 1403, et Jeanne Chesnel demoiselle d'honneur de la comtesse de Montfort en 1430 (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, II, 21, 24, 709, 737, 873, 1236).

Le 15 décembre 1419, Regnaud Chesnel, seigneur de la Ballue, rendit aveu pour cette terre à la baronnie de Fougères ; il y mentionna son droit de moudre aux moulins du Pontavice appartenant en partie à son suzerain. Mais la seigneurie de la Ballue relevant partie de Fougères, partie de Combourg, le 25 mars 1459 Jean Chesnel, chevalier, seigneur de la Ballue, rendit à son tour aveu au seigneur de Combourg (Archives du château de Combourg). Georges Chesnel, seigneur de la Ballue en 1475, avait épousé dès 1450 Catherine de Rohan. Devenu veuf il se remaria à Françoise Hamon. De chacune de ses alliances naquit une fille : l'aînée, Catherine Chesnel, épousa Guillaume de la Bouëxière, dont elle eut Jacques de la Bouëxière, seigneur de la Ballue, marié à Jeanne de Boisadam ; — la cadette, Françoise Chesnel, s'unit à Jacques d'Acigné, seigneur de la Rochejagu.

Ce furent ces derniers époux qui conservèrent définitivement la seigneurie de la Ballue pour laquelle ils rendirent aveu au roi, en sa qualité de baron de Fougères, le 27 mai 1541, et au sire de Combour (ou Combourg) le 24 juin 1545. Louis d'Acigné leur fils était seigneur de la Ballue en 1551. Se trouvant à son château de la Rochejagu, il vendit le 11 juillet 1555 ses manoir, terre et seigneurie de la Ballue, à Claude de Rieux, dame d'Andelot, femme de François de Coligny ; mais un an plus tard, par contrat du 17 mai 1556, cette dame vendit à son tour la terre seigneuriale de la Ballue à Raoul de Québriac, seigneur de la Hirlaye, et y demeurant en Baguer-Morvan (Archives du château de Combourg). Pierre de Québriac, seigneur de la Hirlaye et de la Ballue en 1565, épousa Hélène de la Touche ; celle-ci était en 1571 veuve et tutrice de son fils Louis de Québriac et habitait alors la Ballue. Ce Louis de Québriac, seigneur de la Ballue et chevalier de l'ordre du roi, épousa Odette de Coëtquen, laquelle, devenue veuve, se remaria à Vincent du Louet. Louis de Québriac rendit au roi en 1603 un aveu de la Ballue très détaillé et très intéressant : mais étant mort peu de temps après sans postérité, ses terres et seigneuries passèrent, en 1604, à Gaspard d'Hérouville, fils de Jean d'Hérouville, seigneur dudit lieu en la vicomté de Caen, et d'Amaurye de Québriac, et à Renée d'Hérouville, femme de Pierre Bouttin, seigneur de Victot, probablement sa soeur. Ceux-ci ne conservèrent pas longtemps la Ballue : le 11 avril 1615, ils vendirent cette terre seigneuriale avec toutes ses dépendances à Gilles Ruellan, baron du Tiercent pour 84 000 livres, plus  1 000 livres d'épingles (Archives du château de Combourg). Le baron du Tiercent mourut en 1627, après avoir obtenu l'érection de la Ballue en marquisat en 1622 ; il laissa cette seigneurie à son fils Gilles Ruellan, qui fut lui-même père d'autre Gilles Ruellan, également baron du Tiercent et marquis de la Ballue. Ce dernier se maria deux fois et eut deux enfants : Marie et Gilles Ruellan. Pour une raison que nous ignorons, le marquisat de la Ballue fut mis en vente judiciairement et acheté le 27 juin 1689 par Marie Ruellan. Cette dame, déjà veuve du marquis d'Argouges et de M. de Nouville, était alors remariée en troisièmes noces avec Hyacinthe de Quatrebarbes, marquis de la Rongère, mais était séparée de biens d'avec lui, et à sa mort, arrivée vers 1700, la terre seigneuriale de la Ballue retourna à Gilles Ruellan son frère. A partir de ce moment, les Ruellan, barons de Tiercent, possédèrent le marquisat de la Ballue jusqu'à la Révolution, époque à laquelle Charles-Louis de Ruellan, dernier marquis de la Ballue, émigra de France. La Ballue et toutes ses dépendances furent alors vendues par la nation. La seigneurie de la Ballue fut érigée, avons-nous dit, en marquisat, l'an 1622, pour Gilles Ruellan ; on y avait annexé les terres seigneuriales de la Bouëxière, en Sougeal, et de la Rivière, en la Fontenelle. 

En 1680, le domaine proche de la Ballue comprenait : les château, métairie et moulin de la Ballue, — les manoirs seigneuriaux de Boulande en Bazouges, la Bouëxière en Sougeal, la Rivière en la Fontenelle et le Rozet en Pleine-Fougères — enfin les métairies du Rocher, Saint-Germinier, la Chauffetaye, la Maison-Neuve, etc. Quant aux fiefs, ils étaient nombreux et s'étendaient en Bazouges, Noyal, Antrain, Sougeal, la Fontenelle, etc. Ils jouissaient d'une haute juridiction exercée à Bazouges. Le seigneur de la Ballue prétendait avoir les prééminences des églises de Bazouges, Antrain, la Fontenelle, Noyal et Pleine-Fougères, des droits d'usage, chauffage, pâturage, etc., en la forêt de Villecartier, le droit à la moitié de la coutume levée par le roi à Antrain, et plusieurs autres privilèges. Les vassaux de la Ballue étaient tenus, en effet, de remplir certains devoirs envers leur seigneur (Aveux de la Ballue en 1603 et 1680). Ainsi le propriétaire de la maison des Douves, en la ville d'Antrain, lui devait « à la Chandeleur chacun an un cierge de cire pesant demy livre »

Le seigneur de la Ballue se disant fondateur d'une partie, sinon de toute l'église de Bazouges — qui était alors le plus singulier temple du diocèse de Rennes n'ayant pas moins de six nefs parallèles — il y avait dans un choeur appelé « le chanceau de la Ballue », un enfeu et un banc armoriés. C'est dans ce banc que les vassaux des grands fiefs de Noyal-sous-Bazouges devaient, le Vendredi-Saint, lui apporter « une paire de gants blancs et un denier monnoie dans le maistre doigt desdicts gants ». Le même jour du « vendredy benist » avait lieu « l'offerte », c'est-à-dire l'offrande, « lors de l'adoration de la croix en ladite église de Bazouges ». Lorsque cette offrande était terminée, et avant que le recteur en eût recueilli le montant, M. de la. Ballue envoyait un de ses hommes « le sergent féodé de la voirie de Vaux » prendre « trois deniers monnoie de rente à luy deubs sur ladite offerte » (nota : l'origine de cette rente était la cession faite par le seigneur de la Ballue du terrain nécessaire à la construction du portail du prieuré-cure de Bazouges ; cette paroisse était, en effet, gouvernée par un prieur-recteur, chanoine régulier de l'abbaye de Rillé, près Fougères). 

La quintaine était un exercice d'adresse assez commun en Bretagne. On nommait quintaine un poteau enfoncé en terre jusqu'à hauteur de cheval, sur lequel on posait un mannequin représentant un chevalier armé d'une main d'une masse ou jacquemart, et portant de l'autre un écu. Ce mannequin tournait sur un pivot et l'adresse de ceux qui « couraient quintaine » consistait à frapper l'écu au moyen d'une lance, sans que la masse d'armes vînt leur rendre le coup. Souvent — et c'était probablement ainsi à Bazouges — la quintaine consistait dans un simple poteau surmonté d'une sorte de tringle pivotant au-dessus, et qu'il fallait frapper à son point central sous peine d'être atteint par elle. Dans ce cas, une gaule armée d'un fer appelé « graffe » ou « rocquet » remplaçait la lance, et il suffisait d'engager cette gaule dans la fente que présentait le milieu de la tringle pour arrêter celle-ci : c'est ce qu'on appelait « rompre la lance » parce que la gaule s'y brisait ordinairement. Les courses de quintaines avaient lieu à Bazouges même, le jeudi après la Pentecôte, près du cimetière, dans le grand chemin de Bazouges à Combourg ; tous les mariés de l'année « ayant couché la première nuit de leurs noces en Bazouges » étaient tenus d'y prendre part. Les mêmes exercices se renouvelaient quelques jours après « le jour et feste de la Trinité » au bourg de la Fontenelle, et les nouveaux mariés de cette dernière paroisse en étaient les héros. Pour courir quintaine à Bazouges, il fallait d'abord se munir d'un cheval « garny de selle et harnois », d'une « graffe de fer », d'une paire d'éperons, et « d'une gaule en bois à laquelle ladite graffe doibst estre mise ». Le cheval et ses accessoires devaient être fournis aux coureurs par le seigneur de la Morlais, en Bazouges. Tous les nouveaux mariés se réunissaient ensuite autour du poteau de quintaine, « quel post le sergent de la chastellenie de Bazouges doibt fleurir cedit jour ». Ils déclaraient s'ils voulaient courir la quintaine ou s'ils préféraient s'en abstenir ; dans le cas affirmatif, ils montaient, chacun à leur tour, sur le cheval, après avoir chaussé les éperons, saisissaient la gaule de bois armée de la graffe de fer et s'escrimaient en courant devant le poteau ; s'ils doutaient de leur adresse et craignaient les railleries du public, ils pouvaient « s'accommoder » avec les officiers du seigneur, et, moyennant finances, se faire exempter d'une course qu'ils redoutaient. Dans tous les cas, lesdits mariés devaient débourser quelque chose, « soit en vins ou aultrement » ; aussi le seigneur de la Ballue réclamait-il le droit de jouir de « deux quintainiers » à Bazouges, c'est-à-dire que les sergents féodés de ses grands fiefs de l'Archevêché et de la Gahidraye, en Bazouges, pouvaient choisir parmi les hommes devant courir la quintaine deux jeunes mariés et tirer d'eux le plus possible « d'émoluments ». En revanche, ce sergent féodé de l'Archevêché devait fournir les cordés pour lier les condamnés à mort, tandis que celui de la Gahidraye fournissait « le drap convenable », pour leur bander les yeux, lorsqu'avait, lieu quelque exécution de criminels au gibet dressé par la justice royale sur une lande près la ville de Bazouges. 

Quant à la quintaine de la Fontenelle, elle appartenait alternativement, chaque année, au seigneur de la Ballue à cause de son fief de la Rivière, et à celui des Portes en Bazouges : « et doibyent lesdicts seigneurs fournir les nouveaux mariés de la Fontenelle de rocquet, d'escu et de cheval, le dimanche de la Trinité ». Le poteau de quintaine de la Fontenelle devait être décoré de verdure et de fleurs par le sergent bailliager du fief de la Rivière. Aujourd'hui encore, il se tient, le jour de la Trinité, une assemblée à la Fontenelle, où l'on montre toujours le champ de la quintaine. 

Quand arrivait la fête du Sacre, le seigneur de la Ballue se rendait de bonne heure à l'église de Bazouges et y prenait place en son banc ; lorsque sonnaient neuf heures, certains tenanciers du village de la Buffetaye se présentaient à lui, le saluaient et lui offraient fort poliment « un bouquet de roses bien et duement faict et ordonné ». Tel était leur devoir qui permettait à M. de la Ballue d'offrir lui-même des fleurs au Saint-Sacrement porté en procession solennelle. La fête de l'apôtre saint Barnabé, célébrée le 11 juin, ne passait point inaperçue à Bazouges. Le seigneur de la Ballue avait obtenu du roi (nota : Louis XIII accorda à Gilles Ruellan, seigneur de la Ballue, par lettres de décembre 1617, le droit d'avoir deux foires en sa seigneurie les jours saint Barnabé (11 juin) et saint Martin (11 novembre). Ces lettres royales furent enregistrées au  Parlement en 1618), en effet, le droit de tenir une foire ce jour-là près de son château de la Ballue. Le même jour certains habitants d'Antrain devaient offrir à ce seigneur « un paigne à chevaulx et une es­ponge, sous peine de soixante sols d'amende ». Le jour de saint Michel, quelques tenanciers du village de la Blochaye, en Bazouges, étaient tenus d'apporter au seigneur de la Ballue un gant de cuir convenable à la fauconnerie et une paire de sonnettes d'argent pour attacher aux faucons. A la Toussaint, le possesseur d'une pièce de terre au fief de la Gaudaye, en Sougeal, devait fournir à M. de la Ballue et dans son château même une bécasse ; car l'aveu dit expressément « une bécasse de rente au terme de la Toussaincts ô portage à la Ballue ». D'autres tenanciers de Sougeal, habitant le fief du Papillon, devaient apporter à leur tour au seigneur de la Ballue deux chapons à la Pentecôte et « une caille vive » à Noël. Comme seigneur de la Bouëxière et de la Rivière, M. de la Ballue avait en l'église paroissiale de la Fontenelle une chapelle prohibitive dédiée à saint Julien et dans cette chapelle un banc seigneurial. 

C'est dans ce banc qu'à la messe du point du jour, à Noël, lui était payée certaine rente par les possesseurs d'un jardin nommé le Haut-Courtil de la Porte, situé en la Fontenelle : cette rente consistait « à l'élection desdits détempteurs, en un chapeau de roses ou cinq deniers monnoie ». Il est probable que les roses étant fort rares à Noël, les tenanciers en question préféraient souvent payer les cinq deniers et privaient ainsi M. de la Ballue de son « chapeau de roses » qui n'était autre chose qu'une couronne de fleurs de rosier. L'ancien château de la Ballue avait été fortifié. En 1603 on y signale une tour flanquant le manoir et « un portal et pont-levis avec deux tours, le tout circuité et environné de murailles et fossés ». Pendant les guerres de la Ligue, certains habitants de Bazouges s'y réfugièrent et le clergé de la paroisse y transféra le trésor de son église ; mais il ne reste aucun vestige de ces vieilles constructions. Le château actuel est une grande habitation du XVIIIème siècle assez délabrée et sans caractère : c'est un corps de logis flanqué d'ailes et présentant un haut pavillon central. Il fut évidemment construit par les Ruellan qui l'habitèrent presque constamment durant les deux derniers siècles, de préférence à leur château féodal du Tiercent. On y voit encore l'ancien colombier, mais la chapelle dédiée à saint Martin et fondée en 1699 de cinq messes par semaine par la marquise de la Rongère ne subsiste plus. La position du château est assez belle : adossée à la forêt de Villecartier, la Ballue, entourée de longues avenues, jouit au midi d'un horizon fort étendu sur la pittoresque vallée du Couesnon (abbé Guillotin de Corson).

(à compléter)

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