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LA PAROISSE DE PLOUBEZRE : LE GENERAL ET SES MEMBRES. |
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Avant d'aborder l'étude des membres laïques du général, il convient de connaître les personnalités les plus éminentes de la paroisse : les membres du clergé.
I. LE CLERGÉ.
Le personnage qui domine toutes les séances est sans conteste le recteur. C'est lui le vrai chef de cette assemblée paroissiale ; c'est à lui que s'adressent les seigneurs ou leurs délégués pour les réclamations qu'ils peuvent avoir à faire au général, pour exiger aveu et minu [Note : Cf ci-après dans la seconde partie l'explication des aveux et minus à propos des biens de la fabrique] des fabriques ou se faire payer les arrérages des droits féodaux ; c'est à lui aussi que sont adressé les mandements pour la répartition de l'impôt et il est chargé de transmettre aux fabriques et délibérateurs tout ce qui concerne l'autorité royale ou provinciale. C'est enfin lui qui au prône de la grand-messe demande la réunion du général ou transmet aux autres paroissiens les décisions de celui-ci.
Le recteur est donc le lien entre les paroissiens et la fabrique et entre celle-ci et les autorités supérieures. Mais au point de vue du général, sa responsabilité s'arrête dans ce rôle de messager et d'intermédiaire. Il ne lui est pas toujours possible d'influer sur les décisions du général, c'est pourquoi il arrive que des désaccords surviennent entre le recteur et la fabrique, à tel point même que des procès sont parfois nécessaires pour résoudre ces différents. Mais cela dépend en grande partie de la personnalité des recteurs.
En 1696, le recteur est un certain Yves LE BIVIC mais les délibérations ne lui laissent qu'un rôle trés effacé. Son successeur Alexandre de COATANSCOURE n'a guère laissé plus de souvenir. Il meurt en 1705 et "noble et discret Missire Marc CHRESTIEN docteur en Théologie de la Sorbonne" qui lui succède a une personnalité beaucoup plus marquée. Au cours son apostolat qui s'étendra de 1705 à 1718, il aura pendant quatre ans, de 1705 à 1709, des heurts incessants avec les héritiers d'Alexandre de Coatanscoure puis la fabrique pour obtenir des réparations nécessaires presbytère : c'est-à-dire "de faire plancher la chambre au dessus de la cuisine, la salle, de faire vitrer les fenêtres et construire un appentis" [Note : Délibération du 19 Avril 1705]. Cette affaire passera même devant la cour royale de Lannion. Le 23 Août 1705, les fabriques anoncent aux délibérateurs que le recteur va faire descendre sur les lieux les juges royaux de Lannion "devant lesquels la cause est pendante" pour faire procès-verbal de l'état des lieux et autoriser une levée extraordinnaire de deniers. Les délibérants accordent alors cent vingt livres, à leurs fabriques pour les frais nécessités par cette descente des juges. Le 20 Septembre de la même année les délibérateurs craignant de plus grands frais qui pourraient être occasionnés par un procès plus long, décident de faire une bannie à Lannion pour parvenir à l'adjudication des travaux de réparations, mais deux des assistants s'étant opposés à cette démarche, le marché n'a pu se faire et ce n'est qu'en 1709 qu'enfin le recteurs cesse ses réclamations.
Jusqu'en 1712, le recteur ne participe plus activement à la vie de la fabrique ; à cette date il demande la construction d'un nouveau tabernacle et retable pour le grand-autel. L'argent est difficile à trouver, mais il ne faudra plus recourir à la procédure pour satisfaire cette demande : le recteur sera chargé d'aliéner les emplacenents de tombes et enfeux tandis que les fabriques qui ont été en charge depuis dix ans sont invitées à rendre leurs comptes : ce n'est certe pas une opération qui peut s'effectuer rapidement : en Mars 1714, on en est encore à réclamer le reliquat des fabriques pourtant le retable, commandé à Maître GUERIN, sculpteur doreur et peintre sera placé en 1713 et coûtera douze cent livres qui seront payés en quatre termes.
Le 27 Mars 1718, les délibérateurs sont assemblés pour régler la succession de "deffunt noble et discret missire Marc Chrestien".
On ne sait rien du curé d'office Louis HAMON qui assure l'interim en attendant la nomination d'un nouveau recteur, il se contente d'assister aux réunions sans y participer. Pendant ce temps la fabrique fait l'inventaire des biens du défunt recteur car les héritiers ont renoncés à la succession.
En 1720, un nouveau recteur est enfin nommé : François LE RALLE, il ne restera dans la paroisse que jusqu'en Juillet 1721 : pendant son court ministère il vendit des enfeux pour réparer le pavé de l'église.
En 1721, Missire François LE LURON est nommé recteur de Ploubezre ; il mourra dans sa charge en 1764. Il semble avoir toujours eu d'excellents rapports avec le général, se contentant de réclamer des réparations à l'église qui lui sont toujours accordées rapidement. Cela ne l'empêche pas pourtant d'intenter deux procès en cour royale pour obtenir le paiement de rentes qui lui étaient dues depuis deux ans : l'un en 1732 pour un boisseau froment de rente contre François Isac, l'autre en 1762 pour un boisseau froment de prémice contre Bertrand L’Hollierou.
A sa mort, survenue le 7 Juin 1764, ses héritiers proposent la somme de six cent libres pour être acquittés des réparations à faire au presbytère et promettent même d'y laisser les meubles. Mais l'affaire n'en restera pas là et la succession du Sieur le Luron donnera lieu à toute une série d'audiences entre 1776 et 1783 devant la juridiction secondaire de Bois-Guezennec. Dès 1765, les fabriques de 1764 s'étaient opposés à la vente des biens du défunt recteur, et avaient eu recours aux trois avocats-conseils ; le 21 Avril on se met d'accord pour vendre ces biens à condition que la somme obtenue serve à réparer le presbytère. Mais en 1783, dans les papiers de Bois-Guezennec on trouve l'adjudication de ces biens pour 910 livres à Maître Briand agissant au nom du général de Ploubezre ; parmi ces biens se trouve le convenant Gouriou à Perros-Guirec. Il est reconnu d'ailleurs que le feu Sieur Le Luron avait laissé "une succession assez considérable tant en effets qu'en argent, et que de son vivant il avait comblé ses paroissiens tant riches que pauvres de bienfaits" ce qui peut expliquer les difficultés de sa succession.
De 1765 à 1780 Jan GUYOMAR est recteur. Après avoir longuement réclamé les réparations du presbytère toujours retardées par les péripéties de la succession du Sieur Le Luron, il accepte de payer trente livres par an à la fabrique pour jouir du presbytère et être dispensé des réparations de celui-ci. Il semble aussi qu'il ait prêté au général en 1769 une somme de quatre cent livres, malgré cela il ne peut toujours obtenir les réparations de son presbytère : en Avril 1776 il les réclame encore ; la fabrique décide alors de faire une levée de deniers mais les "nobles gentilshommes de la paroisse" refusent d'y participer.
Les délibérations manquant de 1777 à 1783 on ignore comment s'est terminé cette affaire.
C'est seulement son successeur, Jacques TOULLIC (1780-1791) qui verra la conclusion de la difficile succession de François Le Luron. Le nouveau recteur exige des réparations au chanvre (du presbytère ?) mais veut que cela soit fait à l'amiable.
"A partir de Juillet 1788 le recteur qui assistait jusque là à toutes les délibérations cessa d'y paraître ; peut-être était-il en froid avec ses paroissiens ?" [Note : J. P. PINOT: le clergé à Ploubezre pendant les premières années de la Révolution p. 2]
Pourtant le 1er Mars 1790 le recteur fut choisi comme l'un des cinq officiers municipaux, il cessera ces fonctions le 14 Novembre 1790, soit que le sort l'ait désigné comme devant quitter ce poste (l'assemblée se renouvellait par tiers au tirage au sort des membres sortants), soit qu'il cessa d'approuver la Révolution.
Le 26 Juin 1791 on trouve pour la première fois la mention de l'abbé Nicolas-Joseph GODINEAU, curé [Note : A partir de 1791 le titre de curé remplace celui de recteur tandis que les anciens curés prenaient le titre de vicaires. Cf Pinot p. 5] tandis que la municipalité faisait signifier à "Messieurs Toillic, Pero et Le Guen, ci-devant recteurs et curés de cette paroisse et y demeurant", la décision de Directoire du Département ordonnant aux "curés, vicaires et autres ecclesiastiques réfractaires de s'éloigner de six lieues de la chapelle qu'ils desservaient". Peut-être les réfractaires sont-ils partis mais rien ne le prouve.
Le 24 Septembre 1791 l'abbé Godineau mourut subitement. A la fin d’octobre 1791, l'abbé LE GOFF pris possession de sa cure ; l’intérim avait été assuré par Dom Laurent DERRIEN "ci-devant prieur de Langonnet" dont on sait peu de choses.
La population catholique de Ploubezre "boude" pourtant les offices du clergé assermenté et se trouve beaucoup plus attirée par plusieurs ecclesiastiques réfractaires dont deux sont nommés dans la délibération du 5 Mars 1792 : le Pére QUELLEC résidant au manoir de Kergrist et le Pére JACQUEMOT, ancien prieur des Augustins de Lannion qui se trouvait au manoir de Coatillou.
Dans le procès-verbal de 1793 (seul document de cette année) il n'est fait aucune mention du clergé, n'y avait-il plus de prêtres, réfractaires ou non à Ploubezre ?
A coté du recteur, le clergé de Ploubezre comporte plusieurs curés, il semble qu'il y en ait eu longtemps deux. Ces curés se chargent des fondations et jouent souvent le rôle de chapelains. Ce n'est que par hasard qu'une délibération indique que la messe était dite par un curé de Ploubezre, aussi savons nous fort peu de choses sur eux.
Recteur et curés vivent dans le "manoir presbytéral" qui semble bien être l'actuel presbytère, à six cent métres de l'église, à l'ouest du bourg. Ces hommes, en plus du casuel, recevaient des rentes comme nous le verrons dans la deuxième partie, ce qui leur permettait de vivre décemment.
II. LES MEMBRES LAÏQUES.
Chaque année, un dimanche entre le 12 et le 30 Octobre, le général se réunit pour nommer les nouveaux membres qui entreront en fonction le jour de la Toussaint [Note : Dans les toutes premières délibérations les fabriques et délibérants rentraient en charge au 1er Janvier, mais cela ne dure pas].
A) LES FABRIQUES OU MARGUILLIERS.
Les fabriques du
maître-autel sont les membres les plus puissants du général. Ils sont au nombre
de deux élus par l'assemblée des délibérateurs en charge chaque année. C'est un
peu le sommet de cette carrière paroissiale.
On n'est pas fabrique du maître-autel deux années de suite et nous n'avons trouvés entre 1696 et 1792 que deux hommes qui avaient exercé cette fonction deux fois dans leur vie, encore s'agit-il de Alain Derrien (fabrique en 1714 et 1739) et de Yves Derrien (fabrique en 1748 et 1750). Mais ces noms étant extrémement répandues à Ploubezre il est impossible de savoir si ce son bien les mêmes hommes qui ont exercé deux fois la fonction ou si ce sont des homonymes.
Qui sont ces fabriques ? Ce sont des hommes qui ont déjà fait leurs preuves dans l'administration paroissiale, en étant délibérateurs, esgailleurs, collecteurs ou toute autre fonction subalterne. Ce sont surtout des hommes connus de tous, dont la respectabilité n’est pas à mettre en doute, très probablement des paysans aisés car ils doivent pouvoir assumer des responsabilités financières sur leurs propres biens. Leur rôle est important : au cours de l'année de leur charge ils doivent gérer les biens de la fabrique qui sont assez considérables, recueillir toutes les rentes, poursuivre ceux qui ne veulent pas payer, régler toutes les dépenses et surtout équilibrer le budget pour ne pas être redevable sur leurs biens. Les fabriques représentent aussi le général dans les procès, peuvent faire appel... C'est un organe éxecutif avec un pouvoir étendu. C'est enfin un rôle honorifique que d'être fabrique : ils ont droit d'avoir leurs noms gravés sur les constructions faites l'année de leur charge : c'est ainsi que l'on peut lire, au dessus du portail de la tour de l'église de Ploubezre, cette inscription :
"CESTE TOUR FUST COMMEN..
PI. LE TAILLANTER S.M. [Note : S.M. =
Syndic-Marguillier] LE 8 MAI
ET LE S. LE BIHAN
PROCUREUR POUR LA
PAROISSE LORS EN L’AN 1577 ".
Chaque année les fabriques doivent rendre leurs comptes à leurs successeurs et déposer leur reliquat, mais ils s'en dispensent parfois ce qui provoque de longues et souvent vaines réclamations : ainsi en 1762 on veut faire rendre les comptes des fabriques qui ont étés en charge depuis vingt neuf ans, cela ne se termine pourtant pas par une poursuite judiciaire, du moins il n'y en a aucune trace . Une fois les comptes vérifiés, tout rentre dans l'ordre.
Ainsi les fabriques, s'ils ont les plus grosses responsabilités dans la gestion de la communauté paroissiale, en sont aussi les véritables chefs sans qui rien ne peut être décidé, toute la vie de la paroisse est marquée par eux à tel point que leurs noms restent liés à l'année de leur charge et sont employés dans la datation : " ...l'an 1724, Pierre Le Goffic et Pierre Hullou étant fabriques...".
Etre gouverneur de confrérie ou de chapelle semble être une pâle imitation des fabriques du maître-autel ; c'est aussi avant tout un rôle de trésorier et d'administrateur : chaque confrérie et chaque chapelle possédant ses biens propres, recevant des rentes employées à l'entretien des bâtiments et au paiement des prêtres assurant les divers offices. Mais les gouverneurs sont beaucoup plus indépendants que les fabriques : on peut rester gouverneur deux ou trois ans de suite, parfois beaucoup plus, la collégialité n'existe pas pour les gouverneurs : il n'y en a qu'un par confrérie ou par chapelle ; enfin les comptes sont vérifiés moins fréquement et les reliquats exigés avec moins de sévérité. C'est donc une fonction, qui si elle comporte moins d'honneurs, exige également du temps pour s'en occuper et des qualités d'administrateur, mais comporte aussi des risques moins grands d'être ruiné.
La paroisse de Ploubezra a trois confréries : le Sacre, le Luminaire et à partir de 1669, le Rosaire.
Quand aux chapelles, Ploubezre en possède six au XVIIIème siècle : Notre Dame de Kerfaouez la plus riche des chapelles de la paroisse : construite en forme de tau dans un lieu isolé au fond de la vallée du Guer, à un endroit très encaissé, c'est une fondation ancienne des seigneurs de Coatfrec'h. Détruite pendant la guerre de succession du Duché, elle fut reconstruite dans le premier quart du XVème siècle et remaniée par Guillaume de Penhoët après que la seigneurie de Coatfrec'h eut été érigée en sa faveur en baronnie le 13 Juin 1451. En 1559, l'aile sud dédiée à Saint Yves fut reconstruite dans le style Renaissance. La pièce principale du riche mobilier de cette chapelle est son jubé en bois sculpté et peint : la tribune est décorée de quinze tableaux sculptés ; on peut penser que ce jubé date d'environ 1481-1489 [Note : D'après René Couffon : Note sur la chapelle N. D. de Kerfaouez en Ploubezre. Bulletin Monumental T. CXVII-1959-4].
Les autres chapelles de la paroisse sont moins importantes : Saint Fiacre de Runefaou de plan rectangulaire, avec au sud du choeur une chapelle privative servant de chapelle funéraire aux chatelains de Kergrist (Note : Cette chapelle est actuellement la possession de la famille Huon de Penanster et sert de chapelle privée au chateau de Kergrist]. Saint Jacques Guirec, édifice rectangulaire avec chapelle au midi de 1698 [Note : Cf. R. Couffon : Répertoire des églises et chapelles du diocèse de St Brieuc et Tréguier. T.2]. Saint Christophe et Saint Etrurien [Note : Ces deux chapelles ont été entiérement détruites] ; enfin près du château de Coatfrec'h la chapelle Sainte Thécle [Note : L'actuelle chapelle Ste Thécle est une reconstruction du XIXème siècle].
B. LES DELIBERATEURS.
Ils sont au nombre de douze recrutés par cooptation : chacun choisissant celui qui devra lui succéder. Ils n'ont qu'un rôle consultatif, délibérant comme leur nom même l'indique, sur tous les problèmes qui peuvent se poser au général. Leur présence est obligatoire aux réunions, leurs noms sont signalés au début du procès-verbal de chaque réunion et la délibération se fait "aux risques et périls des absents" responsables sur leurs biens si la décision prise par les autres tourne mal. Le 15 Juin 1786, les absences étant fréquentes et nombreuses, on décide de condamner à dix livres d'amende tous les délibérateurs qui seront absents sans raison. Il est en effet très important que les délibérateurs assistent aux réunions car ils ont chacun droit d'opposition qui peut faire échouer une décision du général. Le 27 Septembre 1705, François Le Cuziat et Louis Le Dauphin se sont opposés formellement à la décision qui voulait faire bannir à Lannion pour obtenir adjudication des réparations du presbytère réclamées par Missire Marc Chrestien et éviter un procès : ces deux délibérateurs ont refusés énergiquement de signer ou de faire signer pour eux le compte-rendu de la délibération, la bannie n'a donc pas pu être faite. Le 29 Novembre de la même année les deux opposants, à la requête des fabriques sont appellés devant les juges royaux de Lannion pour retirer leurs moyens d'opposition et donner leur consentement aux réparations. On ignore la suite de cette affaire, le cahier suivant manquant, mais les deux hommes ont du renoncer à leur opposition car en 1708 les réparations du presbytère sont effectuées.
C. LES SYNDICS ET PROCUREURS.
Le syndic est le personnage chargé de représenter une communauté d'habitants, dans le cadre de la fabrique, il est donc le représentant du général. En 1703, Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse a acheté au Roi pour 54 500 livres, sans compter les deux sols pour livre, les offices de syndic pour "ses possessions en la province de Bretagne, savoir : le Duché de Penthièvre et les domaines de Lannion, pour faire exercer les dits offices par ceux qu'il connaîtra les plus capables de maintenir le repos et la tranquilité dans les paroisses" [Note : Extrait des registres du conseil d'Etat 27 Février 1703]. A partir de ce moment, à Ploubezre, la charge de syndic est confiée aux fabriques jusqu'en Mai 1712 où le Roi fait rembourser les paroisses du prix qu'elles auraient mis dans la charge d'office de syndic perpétuel : Ploubezre ou justement il n'y avait pas de syndic perpétuel reçoit 222 livres, et en 1724, on procède à l'esgail de 200 livres pour parvenir au paiement de la moitié de 400 livres pour l'achat de la charge de syndic perpétuel ! On ne trouvera d'ailleurs plus dans les délibérations la mention de syndic, ce titre est peut-être alors confondu avec celui de procureur.
Les procureurs-fiscaux jouent un grand rôle dans la vie de la fabrique : chaque juridiction seigneuriale se fait représenter par un procureur fiscal et c'est ce personnage qui est chargé des contacts avec la fabrique ou plus fréquement avec le recteur : ce sont eux qui assignent le génral au fournissement d'aveu, au paiement des droits de rachats.
D'ordinnaire les rapports s'arrêtent là, à moins qu'un procès ne soit engagé entre la fabrique et la seigneurie, auquel cas le procureur représente son seigneur. Mais il peut arriver aussi que certains procureurs désirent contrôler de plus près la fabrique, ainsi François LE GALL, sieur de la Boissière, procureur fiscal de la juridiction et comté de Runefaou, a fait signifier le 8 Aout 1734 à la fabrique, qu'une des trois clefs des archives devait lui être remise, pour qu'il puisse vérifier les affaires de la paroisse, mais les délibérateurs refusent. Le 3 Avril 1735, Maître François Le Gall se présente pour demander à nouveau la clef des archives et et signifier aux fabriques qu'ils seront obligés de l'avertir huit jours avant de s'assembler, ce que les marguilliers refusent énerquement, et le recteur répond même avec une véhémence qui ne manque pas d'humour "qu'il n'avait qu'une seule clef qui ne servait à rien et que si le dit sieur procureur fiscal voulait emporter l’église de Ploubezre, il n’avait qu’a le faire" [Note : Délibération du 3 Avril 1735. Cahier N° 9] après quoi "ledit Sieur recteur et les fabriques se sont retirés sans vouloir signer". Le procureur dû pourtant faire suffisament pression sur le général car le 31 Juillet 1735 on se réunit "pour donner une clef des archives au sieur de la Boissière et pour faire l'inventaire des dittes archives". C'est d'ailleurs le seul cas pour Ploubezre d'ingérence brutale d'un procureur fiscal dans les affaires du général et les rapports sont d'habitude beaucoup plus administratifs et distants.
D. LES AUTRES MEMBRES DE LA FABRIQUE.
Les premiers procès-verbaux de délibération étaient rédigés par des notaires royaux de la cour de Lannion, puis par de simples notaires des juridictions seigneuriales du voisinage, enfin on nomme un commis, sans signaler s'il est ou non notaire, pour tenir les registres, que ce soit les délibérations, les comptes, les copies nécessaires : en Décembre 1725, Maître François LE BOURVA, notaire, est nommé, il accepte ce poste pour trente six livres par an, les frais de timbre et de papier étant en dehors de ce paiement ; il est convenu aussi qu'il fera les rôles d'imposition.
A part la confection des rôles, les impôts exigent les services des esgailleurs et des collecteurs : ce sont les membres de la paroisse qui sont chargés de répartir (esgailler) et de percevoir les différentes impositions qui frappent les paroissiens roturiers et leurs biens tels que fouages, capitation, dixièmes et à partir de 1755 pour Ploubezre les vingtièmes. Ils sont nommés par le général tous les ans au mois de janvier : deux esgailleurs et collecteurs pour l'ensemble de la paroisse aidés d'esgailleurs et collecteurs responsables seulement pour leur frérie ou pour deux ou trois fréries ; ces hommes sont responsables de la bonne répartition et de la rentrée des deniers et peuvent être redevables sur leurs biens des erreurs commises.
Enfin le tableau du "personnel" touchant de près ou de loin à la fabrique ne serait pas complet si on omettait de mentionner les avocats-conseils choisis souvent à vie, au nombre de trois, parmi les avocats de la ville de Lannion. Ils sont chargés de suivre les affaires de la fabrique devant la cour royale ou devant les juridictions secondaires : ainsi le 20 Aout 1747 on demande la nomination d'un avocat-conseil pour remplacer le sieur de Kerloury Coupé, décédé, qui partageait cette fonction avec les sieurs du Plessix Josou et de Kerriou Le Bourva. Le sieur du Plessix ou son fils sera très longtemps avocat pour la fabrique de Ploubezre.
Après avoir étudié les différents membres de la fabrique de Ploubezre il serait intéressant de connaître le milieu dont ces hommes sont issus et l'état d'esprit de ces paroissiens du XVIIIème siècle.
(M. E. Ugland).
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