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LA PAROISSE DE PLOUBEZRE : LE MONDE DE LA FABRIQUE.

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I. ORIGINE SOCIALE ET "CURSUS HONORUM".

Pour connaître l'origine sociale des membres de la fabrique, la source la plus intéressante est l'ensemble des rôles de capitation qui existent depuis 1702. Seul le rôle de 1743 donne une indication de métier : sur quatorze membres du général, il en donne douze comme étant "ménagers", n'indiquant aucune profession pour les deux autres. Ce sont donc des hommes vivant de l'agriculture, des hommes qui sont même au sommet de l'échelle sociale dans le monde paysan : en effet un ménager est "un homme aisé qui a une tenue à lui, sans dette" [Note : Grand Etalon de Riec de 1740, cité dans J. MEYER : La noblesse bretonne au XVIIIème siècle Chapitre 4. Tome II]. Ils sont encore au dessus de cette catégorie paysanne pourtant encore relativement aisée, qui est constitué par les laboureurs "qui ont leur tenue à eux mais ont des dettes". Cette supériorité est encore attestée par la situation financière de ces ménagers.

Une enquête portant sur vingt-sept années entre 1702 et 1789 (années où l'on possède à la fois les rôles de capitation et les noms des fabriques et délibérateurs) a donné les chiffres suivants :

Pour un total de deux cent quarante huit individus :

onze payent entre 1 et 3 livres ;
26 payent entre 3 et 5 livres ;
50 payent entre 5 et 8 livres ;
30 payent entre 8 et 10 livres ;
42 payent entre 10 et 15 livres ;
44 payent entre 15 et 20 livres ;
43 payent plus de 20 livres ;

Enfin les deux plus forts imposés payent respectivement : 60 et 58 livres.

Il en résulte que 93% des membres du général payent plus de 5 livres de capitation par an : ce sont donc des gens aisés ; environ 55 % payent plus de 10 livres par an ; quand à ceux qui paient plus de 20 livres, parfois même 30 livres par an, leurs revenus doivent être très élevés car il fallait encore prélever des sommes importantes pour payer les autres impositions, les droits seigneuriaux, les fermages, les rentes à la fabrique. De cette même enquête on peut relever que 158 membres du général sur 248 emploient un ou plusieurs domestiques : 82 n'ont qu'un domestique ou une servante, 51 en ont deux, 16 en emploient trois et neuf seulement en emploient quatre. Pour chaque domestique, les employeurs paient selon les années entre une livre et une livre dix sols de capitation en plus de ce qu’ils paient pour eux-mêmes.

C'est donc parmi les paysans les plus aisés que la fabrique recrute son personnel : en effet pour l'ensemble des habitants de la paroisse, plus de la moitié paient moins de 5 livres de capitation. Seuls les paysans aisés, qui dominent déja leurs semblables au point de vue de la fortune sont jugés capables d'administrer les biens de la fabrique.

C'est grâce à un autre genre d'enquête qu'a pu être fixé une sorte de gradation dans les divers postes occupés au sein de la fabrique.

Il aurait été logique de penser qu'un homme qui aurait débuté comme esgailleur puis collecteur dans sa frérie, aurait pu occuper les mêmes fonctions pour toute la paroisse puis devenir délibérateur, gouverneur de confrérie ou de chapelle et atteindre le sommet de sa carrière publique en étant nommé fabrique, peut-être après son année de charge, si le général s'était montré satisfait de sa gestion aurait-il pu redevenir délibérateur, et terminer ainsi sa vie en faisant profiter de son expérience l'assemblée du général.

Mais en consultant les 195 noms relevés entre 1696 et 1727 sur les registres de délibérations, on s'apperçoit que ce shéma idéal s'adapte mal à la réalité.

La grande majorité (110) n'a, au cours de sa vie exercé qu'une seule fonction dans le conseil : que ce soit en tant qu'esgailleur ou délibérateur. 26 ont exercé plusieurs fois la même fonction : une, deux trois ou même quatre fois délibérateur, rarement deux années de suite, en fait le plus souvent un ou deux ans se passent entre chaque fonction.

Parmi les 44 noms ayant exercé deux, trois ou quatre fonctions diverses, on peut déterminer quinze carrière différentes qui varient toutes entre esgailleur, délibérateur et fabrique ou gouverneur mais sans qu'un ordre fixe puisse être établi entre ces diverses charges.

Pour cinq fonctions s'il n'y a que neuf noms ayant exercé ce nombre de fois il y a pourtant cinq combinaisons différentes. Deux, par exemple ont une fois collecteurs de fouages puis trois fois délibérateurs, ensuite fabriques et pour une fois le "cursus" idéal semble enfin atteint. Mais deux autres sont quatre fois délibérateurs avant de devenir gouverneurs de chapelle, trois commencent par être fabriques avant d'être délibérateurs (deux fois) puis gouverneurs, deux enfin sont gouverneurs de confrérie avant de devenir délibérateurs.

La variété même de toutes ces combinaisons prouve que le "cursus" idéal est loin d'être atteint. Nous allons maintenant étudier plus particulièrement les trois hommes qui au cours de ces trente années ont exercé respectivement sept, huit et neuf fonctions.

Maître François LE BOURVA, notaire, connu dans les registres de délibérations parce qu'il a exercé longtemps le rôle de commis, procureur fiscal de Runefaou, syndic et procureur spécial du général de Ploubezre comme on le voit dans un procès de 1730 en cour royale, commença sa "carrière" dans la fabrique en 1711, en gérant les rôles du dixième pour les fréries de Kerugan, Kerguiniou, Ruguirec et Coatarzur. En 1717 il est chargé de faire le rôle et esgail de la capitation pour la paroisse, puis il est nommé fabrique pour 1718. En 1718-19 il est receveur de la capitation ; en 1720 il fait encore les rôles de la capitation, en 1722, ceux des tailles en 1726 enfin, ceux des tailles et fouages. Sa carrière ne s'arrête pas là ; elle est surtout orientée par son "métier" de notaire. C'est un homme important de la paroisse, il habite la frérie de Kerillis, c'est-à-dire le bourg de Ploubezre et en 1718 paie seulement 4 livres de capitation et a un domestique à son service pour lequel il verse une livre cinq sols.

Alain PASQUIOU, délibérateur en 1713, esgailleur de la capitation pour la frérie de Buzulzo où il habite de 1714 à 1717, est à nouveau délibérateur en 1718 et 1720. En 1721 il est nommé fabrique de Saint Christophe, en 1723 il fait des rôles de capitation, en 1726 l'esgail de la taille ; enfin en 1727 il est encore délibérateur. Si en 1713, il payait 14 livres de capitation, en 1727 il en paie 18 livres et a un domestique.

Yves AUREGAN, de la frérie de Keraniés, commença par être délibérateur en 1705 et 1709, puis il est fabrique en 1712, esgailleur de la capitation pour la frérie de Kernabat en 1714-1717 bien qu’il ne signe aucune délibération et qu’il soit donc bien improbable qu’il sache écrire, il redevient délibérateur en 1721, 1723 et 1724, en 1725 il fait l'esgail de la capitation pour la paroisse ; en 1726 il est encore délibérateur ; on le retrouvera en 1728, 1734, 1742 ; en 1749 il y a toujours un Yves Auregan Keraniés délibérateur : peut-être est-ce son fils ? En 1705 il payait huit livres dix sols de capitation et employait deux domestiques, en 1749 s'il paie dix livres il n'a plus qu'un seul domestique.

De tous ces cas il est difficile de tirer un cheminement logique et schématique, il semble que la carrière que l'on suit dans la fabrique est tout à fait arbitraire et laisse une grande part au hasard. Une seule chose ressort clairement : il faut appartenir à une famille honorablement connue dans la paroisse et avoir une certaine aisance.

 

II. LES GRANDES FAMILLES FABRICIENNES.

Il est possible de parler, arbitrairement d'ailleurs, de grandes familles fabriciennes dans la mesure ou une même famille, ou du moins des gens du même nom et sans doute de même origine, ont fait parti du général.

On peut ainsi distinguer cinq ou six familles dont les noms reviennent sans cesse dans les délibérations ; ainsi les Aurégan dont huit membres ont été cités entre 1696 et 1727 et dont on retrouve des mentions parmi les fabriques ensuite : le cas d'Yves Aurégan Keraniés étudié précedemment semble caractériser cette famille qui paraît être la plus notable de la paroisse si elle n'en est pas la plus riche.

Il faudrait encore citer les familles Derrien, Allain, qui comme les Aurégan ont encore des descendants à Ploubezre actuellement et sont restés parmi les familles les plus respectées de cette paroisse. Il y a aussi les familles Kermanac'h, Lodren, Pasquiou, dont les noms reviennent réguliérement dans les listes de délibérateurs ou de fabriques.

Qu'ils appartiennent à ces grandes familles ou qu'ils aient un nom moins connu et moins répandu dans la paroisse, il serait intéressant de connaître le degrés d'instruction de ces hommes.

Dans l'enquête faite entre 1696 et 1727, sur 135 noms de personnes exerçant un rôle de délibérateur ou fabrique, c'est-à-dire dont les signatures doivent obligatoirement apparaître à la fin de chaque délibération, l'année de leur charge, on n'a pu relever que 42 signatures personnelles, ce qui fait une proportion d'un peu moins d'un tiers seulement de ces gens qui savent signer. Encore les écritures de ceux qui signent sont-elles souvent appliquées et appuyées et prouvent des hommes peu habitués à manier la plume. Il est difficile d'en savoir davantage sur leur culture.

Il est tout aussi difficile de déterminer quelle est la mentalité des membres du général : une chose est certaine et apparaîtra pleinement avec l'étude des procédures : la fabrique en tant que telle, ne se laisse pas duper ; elle n'hésite pas à attenter des procès à tous ceux qui ne lui paient pas les rentes auxquelles elle a droit, même lorsqu’il s'agit seulement de quelques sols. Elle n'hésite pas non plus à ruiner des familles pour entrer dans ses biens que ce soit pour des reliquats de comptes dus par les fabriques ou comme il sera vu à propos d'un procès en paternité [Note : Cf. IIIème partie : procès Lucas].

Le trait le plus marquant des délibérations est sans doute ce goût de la procédure, cet intérêt qui fait fi des intérêts particuliers et qui semble parfois être mal vu des autres paroissiens.

 

III. LES AUTRES PAROISSIENS.

Parmi les autres paroissiens, le mieux connu est certainement le sacristain.

Le 12 Septembre 1734, les délibérateurs sont réunis pour remplacer défunt François HUON, qui fut sacriste pendant soixante ans ; ils chargent Yves HUON de remplacer son défunt père et de s'occuper également de l'entretien de l'horloge placée dans la tour de l’église : pour ce travail il recevra dix huit livres, que la fabrique, les confréries et les chapelles contribuent à lui payer.

Le 17 Septembre 1741, Pierre LE SERIL, maître menuisier est nommé à la place de son beau-père décédé : Yves Huon. Le 14 Avril 1768 c'est Louis LE SERIL, fils du précédent qui est nommé, mais il doit s'absenter car le 22 Novembre 1772, c'est sa mère Anne Pasquiou, veuve de Pierre Le Seril qui occupe la fonction de sacriste. En 1777 c'est à nouveau Louis Le Seril.

Bien que choisie, en principe par le général, la fonction de sacristain se pratique en fait de père en fils et reste le plus possible dans la même famille.

A part le soin de l'horloge, le sacriste doit entretenir l'église, sonner les cloches chaque jour aux trois angélus et aux offices. Pour ces travaux, il reçoit une rente de trois boisseaux froment, mesure de Lannion [Note : Un boisseau froment mesure de Lannion vaut 5 Dec. 499], payés selon l'apprécis de justice de l'année et une somme en argent, variable. A partir de 1776, le sacristain est chargé "de coucher dans la sacristie de l'église du 1° Novembre au 30 Avril pour écarter les malfaiteurs qui se sont multipliés et ont donné lieu par leurs effractions dans les églises à des pertes et des réparations considérables. Des vols ont été commis dans l'église de Cornu, dans la nuit du 31 Octobre au 1° Novembre, dans celle du Teil le 7 Novembre et dans celle de Saint Etienne de Rennes la nuit du 9 au 10 novembre" [Note : Extrait du registre du Parlement du 12 Nov. 1776, copié après la délibération de 24 Nov. 1776] : les délibérants sont responsables sur leurs biens s'il arrivait quelque chose à l'église pendant que le sacristain n'y couche pas.

Le 23 Février 1777, on trouve une mention assez extraordinaire : les délibérants défendant à Louis Le Seril, sacriste "de toucher à l'avenir aucune rente en froment ni argent appartenant à la fabrique car les fabriques le paieront suivant son mérite". Y avait-il eu des abus, le sacriste s'occupait-il trop des biens de la fabrique, se trouvait-il trop peu payé ou n'en faisait-il pas assez au gré des fabriques ? Ce ne devait être que l'action malhonnête d'un homme qui a causé ces restrictions, car en 1788 Guillaume LE DAUPHIN, nouveau sacristain reçoit : douze livres pour l'entretien de l'horloge, 47 livres 3 sols pour avoir couché dans l'église et entretenu celle-ci et trois boisseaux de froment appréciés à 5 livres 16 sols 9 deniers chaque. Le 3 Juin 1792, le même Guillaume Le Dauphin reçoit encore 18 livres pour avoir couché dans l'église les six mois de 1792, la Révolution n'a donc pas mis fin à cette pratique.

Pour connaître les autres paroissiens il existe peu de sources : le rôle de la capitation de 1743 porte après l'énoncé des contribuables, la liste des prêtres et des nobles de la paroisse qui sont : Messieurs de Kergrist de Kergariou, de Kergrist de Kergrist, de Kergariou, Le Divezat de Kerarel, du Trévou, et les quatre demoiselles Le Lay de Landrevennsc. En plus du recteur les deux prêtres sont : les sieurs Le Tallec et Ausquer.

Le même rôle signale que la paroisse a environ soixante dix pauvres.

Les autres membres de la paroisse, paysans plus ou moins aisés, sont, surtout connus par les rentes qu'ils versent aux confréries, aux chapelles et à l'église parossiale : ils seront étudiés à propos des biens de la fabrique. Il faut pourtant remarquer que ce sont encore des gens relativement aisés, capables de verser au moins quelques sols de rente annuelle pour des fondations ou de payer la capitation, les autres, les journaliers, les domestinues, les pauvres n'apparaissent pas dans ces documents si ce n'est une ou deux fois à propos des oeuvres charitables de la fabrique : le tableau des paroissiens de Ploubezre au XVIIème et XVIIIème siècle ne peut donc être qu'incomplet.

(M. E. Ugland).

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