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ADMINISTRATION ET OEUVRES DE LA PAROISSE DE PLOUBEZRE.

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I. LES IMPOTS.

La paroisse est obligée, chaque année, de payer une certaine somme d’impôt : somme qui est décidée globalement par le gouverneur de la Province. Mais au niveau de la paroisse la perception est libre, ainsi que la répartition ; et que ce soit pour la taille et les fouages (ordinaires et extraordinaires comme fourage et logement des garnisons), pour la capitation à partir de 1695, le dixième à partir de 1710 et le vingtième en 1749, chaque année les fabriques demandent aux délibérateurs de nommer des esgailleurs et des receveurs entre Décembre et Février pour répartir et percevoir ces impôts qui ne pésent que sur les roturiers et leurs biens.

Avec la levée des fouages, la paroisse peut faire des "levées particulières de deniers" pour ses propres besoins ; ces levées sont réparties uniquement entre les contribuables aux fouages et perçues avec cet impôt, ainsi en 1705, François Morvan, ancien fabrique demande la levée de 68 livres 14 sols sur les contribuables de la paroisse.

En dehors de ces impôts directs et par deniers, d'autres charges pésent sur les paroissiens de Ploubezre : ces impositions sont d'abord la Milice garde-côte : la paroisse doit fournir deux hommes qui seront employés en cas de besoin au contrôle et à la défense des côtes : ces deux hommes sont tirés au sort parmi tous les hommes valides de dix huit à soixante ans, la paroisse doit les équiper et les entretenir grâce à des levées spéciales sur tous les paroissiens roturiers. Cette milice a été créé en 1688. Le 23 Avril 1758, est lu en conseil de fabrique, l'ordre de rassembler tous les jeunes gens et hommes mariés de dix huit à soixante ans pour la levée de deux soldats pour la milice ; dans chaque frérie, les délibérants devront désigner un homme pour inscrire tous les hommes de la frérie répondant aux conditions requises, et les défaillants seront obligés de payer 30 livres d'amende.

Autre charge qui pèse également sur tous les paroissiens roturiers : la corvée royale instituée en 1738 par Orry ou corvée des grands chemins, gratuite et obligatoire ; injustement répartie car ne sont soumis à cette corvée que les paroisses riveraines de routes importantes. La corvée emploie trente jours par an tous les contribuables au casernement, même les femmes et les mineurs taxés à 20 sols de capitation, dont la liste est dressée par le général de la paroisse.

Chaque année est nommé un syndic pour les grands chemins ; cette corvée se présente sous deux formes : de "harnais", c'est-à-dire charroi de pierres, ou de "bras" qui consiste à paver les routes.

Les deux tiers de la paroisse de Ploubezre sont chargés de travailler sur la route Guingamp-Lannion, comme l'indique la borne qui existe encore à Lannion au faubourg Saint Nicolas et sur laquelle on lit : "TACHE DE PLOUBEZRE 1760 TOISES - BANLI DE LANNION POUR GUINGAMP 76 TOISES" [Note : 1 toise = 1 métre 949] c'est-à-dire que la corvée de Ploubezre comportait un tronçon de 1760 toises sur la route de Lannion à Guingamp, à compter de la sortie de la banlieu de la ville à 76 toises de la borne.

Le tiers restant de la paroisse travaille sur la route de Lannion à Vieux-Marché et Carhaix qui passe par Ploubezre. Cette route a quarante pieds de large et la paroisse doit en entretenir 1302 toises [Note : Yves Briand : Les routes au pays de Lannion au XVIIIème siècle]. Cette route doit être en voie de construction ou de reconstruction au XVIIIème siècle puisque en 1761 on dit qu'il "faudra mettre la herse aux endroits les plus mauvais" et en 1775 Monsieur le comte Locmaria de Kergariou a mis dans la sacristie de Ploubezre, un modèle de requête au sujet des réparations au grand chemin Lannion Vieux-Marché : "ce chemin est impraticable et nuit aux treize foires de Vieux-Marché comme au transport des denrées au port de Lannion et coupe toute communication et commerce avec : Vieux-Marché, Plouaret, Pluzunet, Belle-Ile, Plounevez, Plougras, Guerlesquin, Callac et Carhaix dont tout le pays tire ses étoffes. De même pour l'engrais maritime. La paroisse de Ploubezre n'est employée que pour un tiers à ce chemin et pour le reste à des chemins éloignés elle devrait être totalement affectée à réparer cette route" ; mais les délibérants refusent d'adresser cette requête car ils trouvent que la route en question est praticable !

Enfin le 6 Janvier 1788, les fabriques transmettent au général une lettre du commissaire des Etats datée du 28 Aout 1787, pour savoir si les contribuables préféreront continuer de faire la corvée des grands chemins ou payer à la place une double capitation.

En plus de ces levées régulières existent quelques levées particulières : réquisition de voitures et chevaux pour servir aux troupes : en 1773, on demande de faire une liste de tous les chevaux disponibles dans la paroisse.

Le recteur et les prêtres ne paient pas ces impôts mais versent les droits d'amortissements qui s'élevent en 1723 à 379 livres : ces droits portent sur les église et chapelles et sont donc payés en partie par les fabriques et gouverneurs, mais il ne sont perçus que tous les dix ans.

La levée de ces impôts ne s'est pas toujours effectuée facilement : il y a eu des protestations. C'est surtout la question de la répartition qui a suscité des controverses : quelques paroissiens n'ont pas hésités à intenter un procès au général pour se faire exempter d'impôts ; ainsi en 1708, Dame Jacquette Le Conniac veuve de "deffunt escuyer Jan Le Roux sieur de Porz Lan" déclare tenir par main le convenant Traouvesnou Bihan, frérie de Kerlan, pour qu'il ne soit pas employé au rôle des tailles. Les terres nobles sujetes au franc-fief sont exemptées en effet des fouages et tailles. Les procès de demande d'exemption d'impôts rencontrent en général l'hostilité de tous les paroissiens qui craignent d'être imposés davantage par la défection de plusieurs contribuables.

 

II. OEUVRES CHARITABLES.

Autre forme d'activité de la fabrique, c'est celle qui consiste dans l'assistance aux déshérités. Entre 1696 et 1790, la fabrique eut à s'occuper de quatre enfants abandonnés et à faire des distributions de grains aux pauvres en période de disette.

Le premier enfant dont la fabrique eut à se charger durant cette période est l'enfant bâtard dont une ordonnance du procureur du Roi de 1713 demande aux habitants de se charger : cet enfant de quinze jours est celui de Catherine Citée qui a accouché aux prisons de Lannion. Les délibérants répliquent que la dite Catherine n est pas originaire de Ploubezre, même si elle a habité quelques années dans le faubourg de Buzulzo et que depuis un an elle n'y a pas eu de domicile fixe. Les fabriques demandent d'être libérés de l'obligation de nourrir et entretenir l'enfant ; mais "s'il est question d'aider cette malheureuse créature par voie de charité" les fabriques sont d'avis de lever 15 écus sur la paroisse de Ploubezre, somme qui servira à l'enfant.

Le 10 Novembre 1720, le recteur a trouvé un enfant abandonné dans le portail de la tour de l'église. Louise Lopés nourrice demeurant au bourg propose de soigner l'enfant pour 3 livres par mois, ce que les fabriques acceptent.

Le 19 Janvier 1755, Yves Lucas ménager, assigne les fabriques à prendre la charge d'un enfant mâle exposé dans la cour de sa demeure pendant la messe du 6 Janvier et de lui restituer les sommes avancées pour la nouriture de l'enfant. C'est alors que les fabriques remarquent que le fils du dit Lucas est accusé d'être le père de l'enfant et que va commencer le retentissant procès que la fabrique gagnera puisque les LUCAS seront obligés de vendre leurs biens pour payer les frais et subvenir à l'entretien de l'enfant.

Enfin le 16 Avril 1770, il a été trouvé dans le portail sous la tour "un enfant femelle qui a été baptisé et nommé Barbe Jacquette Portail de la Tour qui a été mise en nourice chez Dame Perrine femme d'Yves Renaut, frérie de Kergroach pour 6 livres par mois". Les fabriques vont faire l'esgail sur les contribuables à la capitation d'une somme de 348 livres 17 sols 3 deniers pour l'entretien de l'enfant.

En cent ans la paroisse n'a eu à sa charge complète que deux enfants à entretenir : dans ce cas c'est toute la paroisse qui participe aux frais, ou du moins tous les contribuables à la capitation, ce qui, pour une paroisse aisée comme Ploubezre ne devait pas être une trop lourde charge.

La paroisse pendant cette période dut effectuer deux distributions de grains.

La première de ces distributions se situe en 1770 : d'après un arrêt de la cour du 19 Mai, suivant lequel il sera fait un emprunt de 600 livres qui sera employé : un quart dans le courant du mois en achat de blé ; en plus de ces 150 livres il sera fait une quête chaque mois dans chaque frérie et le produit de cette quête servira également à acheter du blé. Les trois quart restant des 600 livres seront employés de la même manière les trois mois suivants. Dans chaque frérie un homme sera chargé de faire un état de tous les pauvres de sa frérie avec leurs noms, le nombre de leurs enfants au dessus de huit ans et l'état de validité des dits pauvres. Une distribution générale devait avoir lieu huit jours plus tard chez le recteur et se répéter chaque semaine.

Mais cette distribution dut rester à l'état de projet car huit jours plus tard, à la réunion du 27 Mai 1770, les fabriques annoncent assez piteusement qu'ils n'ont trouvés personne pour faire l'avance des 600 livres.

Le 8 Avril 1786, lecture d'un nouvel arrêt de la cour pour parvenir à la subsistance des pauvres mendiants de chaque paroisse il sera mis 600 livres pour acheter des grains et en faire des pains qui seront distribués une fois par semaine aux pauvres dans le cimetière. Les fabriques acheteront cinq boiseaux et demi de froment par semaine jusqu'à la récolte prochaine et en tous les cas jusqu'à la dépense des 600 livres. Le Goff, boulanger au bourg, propose de cuire le pain pour 56 sols 6 deniers la fournée. Les délibérants nomment deux hommes chargés de surveiller la levée des grains.

Cette distribution dut avoir un grand succès car le 15 Juin 1786, les fabriques déclarent que le nombre des pauvres augmente chaque jour et qu'il faut prendre 225 livres du coffre pour continuer d'acheter des grains.

Le nombre des pauvres est donc important à la veille de la Révolution ; les récoltes insuffisantes des disettes dans toute la Province qui ont nécessité la mise en place de ces mesures de charité.

Les réunions du général, les comptes, tant pour les biens possédés que pour les dépenses effectuées, les procédures, ont permis de découvrir certains aspects de la vie des paroissiens de Ploubezre, ou du moins de ceux qui à quelque titre que ce soit ont participé à la vie de la fabrique au cours des XVIIème et XVIIIème siècle. Bien des aspects cependant sont restés dans l'ombre : la vie quotidienne, par exemple, n'est pas apparue ; pourtant, l'ambiance générale de la période transparait à travers les prix du froment, les revendications des fabriques ou délibérateurs à propos de droits seigneuriaux ou d'impositions.

La fabrique, organe paroissial, par les biens mêmes qu'elle doit administrer, a à s'occuper d'une foule de choses et à s'immiscer constament dans les affaires des paroissiens. Cette fabrique est constituée des membres les plus importants du Tiers Etat de la paroisse et à l'époque révolutionnaire, il va y avoir un passage très naturel de la fabrique à la municipalité.

C'est la fabrique qui au début de l'année 1789 va élire les députés de la paroisse qui devront se réunir à Lannion pour nommer un député aux Etats généraux. C’est aux réunions du général qu'a été rédigé le cahier de Doléances du tiers [Note : Cf. En supplément : copie de ce cahier], cahier qui revendique essentiellement l'égalité devant l'impôt, des réglements pour les domaines congéables, des réformes dans la justice et l'assistance aux pauvres : il n'y a aucune originalité dans ce cahier, sans doute a-t-il été copié sur un modèle général.

Le 21 Février 1790, les fabriques fixent au 1 Mars suivant la réunion, dans l'église, "pour parvenir à la formation d’une municipalité". C'est le 7 Mars 1790 que sur le vingt cinquième registre de délibération de la fabrique, "Jean-François ROUZAUT, maire, Jacques DERRIEN, Yves LE ROLLAND, Missire TOULLIC, recteur, Henri LE CUZIAT et Nicolas MERRIEN officiers municipaux, et Jacques LE BARZIC syndic de la commune déclarent se servir du présent registre pour enregistrer les arrêtés et délibérations concernant les rentes dues tant au général qu'au clergé" : ce passage du registre de délibération de la fabrique au registre du conseil municipal s'effectue avant même la première réunion des Etats Généraux.

Le 24 Juin 1790, on procède à la formation de la garde nationale qui devra prêter serment le 14 Juillet suivant : les officiers et une partie de la troupe vont prêter ce serment sans hésiter mais le reste, "en plus, grand nombre a refusé et s'est retiré".

Le 24 Octobre 1790, on nomme encore de nouveaux fabriques. Le 14 Novembre on doit renouveller la municipalité par tirage au sort : la moitié des officiers municipaux doit sortir de charge : Missire Toullic, recteur, va être parmi les officiers sortant de charge. Le 5 juin 1791, une pétition est adressée au Directoire de Lannion pour faire établir une trêve dans la chapelle Saint Fiacre : l'Assemblée en effet était en train de supprimer certaines paroisses et d'en former des constitutionnelles : la majorité des paroissiens proteste et la trêve sera conservée à l'église paroissiale.

Le 31 Octobre 1791, on continue toujours à nommer des fabriques mais depuis le mois de Juillet il y a un curé constitutionnel, les réfractaires ayant été priés de s'éloigner du territoire de Ploubezre.

Le 19 Mars 1792 est établie la liste des "grands propriétaires qui ont émigré en haine de la constitution" (cinq nobles pour Ploubezre).

Enfin le 19 Janvier 1792, la patrie est déclarée en danger et la municipalité décide que tous les citoyens devront monter la garde et faire des patrouilles. Le 5 Août de la même année trois parcelles de terre faisant partie des biens nationaux sont mis en vente.

Le passage de la fabrique à la municipalité s'est fait sans heurts et sans discontinuité : les délibérations sont rédigées de la même manière et ce sont les mêmes personnes qui signent au conseil de fabrique et aux réunions municipales : ce qui montre bien que la fabrique a toujours été un organe représentatif du Tiers au niveau de la paroisse. Avec le serment constitutionnel exigé des membres de la garde nationale, une première scission va s’effectuer au sein de l'opinion des paroissiens qui ne fera que s'accentuer avec l'apparition du clergé assermenté. Mis à part les problèmes d'ordre purement religieux, les préoccupations du conseil municipal sont les mêmes que celles de la fabrique.

Pour tout le XVIIème et le XVIIIème siècle, la fabrique a sans doute été la seule manière d'expression de tout le monde paysan de Ploubezre.

(M. E. Ugland).

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