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L'ABBÉ AUGUSTIN CLEC'H (ou CLECH), vicaire de Plestin de 1780 à 1791.

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La révolution de 1789 ne fut qu'une poussée juive aux mains d'une bourgeoisie imbécile, inconsciente du rôle qu'on lui faisait jouer. Autrement, comment expliquer cette haine féroce, acharnée qu'elle a vouée au christianisme ? Sans doute, les doctrines encyclopédiques avaient, chez elle, altéré la foi. Mais ce n'était qu'une dépression qui, normalement, ne devait la jeter que dans le scepticisme et l'indifférence. Si elle a versé dans la tyrannie et les pires excès, c'est que, derrière elle, l'excitant, la faisant sa complice, agissait une secte puissante, intéressée, de tout temps, à la destruction de la religion chrétienne et, par voie de conséquence, de la nation française, son principal boulevard dans le monde. Le plan conçu et dont l'exécution, depuis lors, n'a cessé de se poursuivre méthodiquement, apparaît clairement : supprimer la religion, et, du même coup, enlever aux divers corps sociaux leur élément le plus puissant de cohésion et de défense. En conséquence, le clergé, spécialement et tout d'abord visé, subit le premier assaut. On estimait que, lui disparu, le reste se disloquerait tout seul. La suite démontra qu'on avait raisonné juste. On débuta par confisquer ses biens. Comme on ignorait l'accueil que ferait l'opinion publique, surprise et non préparée, à une mesure aussi contestable, que le désarroi des fonds publics invoqué ne justifiait qu'imparfaitement, on s'engagea, en échange des biens confisqués, à payer au clergé, sous forme de traitements, les revenus provenant de la vente de ces biens. On revêtait ainsi la spoliation d'une apparence d'équité. Pure hypocrisie. Au fond, on était bien décidé à ne rien payer du tout. On ne paya rien. Mais encore fallait-il, vis-à-vis l'opinion, ôter à ce qu'avait d'odieux ce manquement à la parole donnée, aux engagements pris. Rien de plus simple. On mettrait les prêtres en rébellion avec la loi, on en ferait des révoltés. La loi, ce fut la constitution civile du clergé. Fait étrange ! Se représente-t-on des voltairiens, des athées se posant en réformateurs des abus du clergé et voulant lui imposer les pratiques religieuses de la primitive église ? En effet, cette constitution enlevait au pape toute juridiction spirituelle, bouleversait de fond en comble toute la hiérarchie ecclésiastique et mettait à la merci d'éléments mélangés, souvent dangereux, l'élection de ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans le sacerdoce. Les prêtres furent appelés à prêter serment à cette constitution. On les attendait là. En cas de refus, on supprimerait le traitement, et, par là même, on engendrerait fatalement la dislocation du corps sacerdotal. Le but poursuivi se trouverait atteint. En effet, c'est ce qui arriva. Sur 134 évêques, que l'Eglise de France comptait à cette époque, 4 seulement prêtèrent le serment [Note : Gobel, évêque de Paris, se lia, aussitôt sa prestation de serment, avec Chaumette et les pires ennemis de l'Eglise. Traduit devant le Tribunal révolutionnaire avec ses complices et condamné à mort, il fut exécuté le 13 avril 1794. Il avait 67 ans. Pris de remords la veille de son exécution, et ne pouvant voir aucun prêtre, il écrivit sa confession et l'envoya, on ne sait trop comment, à Luthringer, un de ses vicaires, en le priant de se trouver sur son passage, lorsqu'il irait au supplice, pour lui donner l'absolution de ses péchés, sans oublier surtout le préambule : Ab omni vinculo excommunicationis. Savines, évêque de Viviers (Ardèche), fut frappé de folie le jour même de sa prestation de serment et renfermé à Charenton pendant plusieurs années. Revenu à la raison, il rétracta ses erreurs et mourut dans le plus grand repentir à Embrun (Hautes-Alpes), sa ville natale, à l'âge de 72 ans. Le cardinal de Loménie de Brienne, membre de l'Académie française vécut dans des transes perpétuelles par crainte de l'échafaud et mourut à Sens vers la fin de février 1794, à l'âge de 67 ans, couvert de dartres et accablé d'infirmités. Il fut bientôt suivi dans la tombe par toute sa famille guillotinée le 21 mai, le même jour que Madame Elisabeth, l'infortunée soeur de Louis XVI. Jarente d'Orgeval, évêque du Loiret, repentant, ne se réconcilia définitivement avec le saint Père qu'en 1804. En 1809, il fit un pèlerinage expiratoire ad limina à Rome et mourut en 1810.]. 130 repoussèrent avec horreur cet acte d'apostasie et de révolte contre la discipline et la constitution établies de l'Eglise.

Quant au reste du clergé, composé de 64.000 prêtres environ, la plus grande partie suivit le noble exemple donné par les évêques et préféra la misère, l'exil, la déportation et la mort au parjure. Le clergé breton ne faillit pas à son devoir et paya à la Révolution un large et sanglant tribut. Mais les prêtres n'étaient pas les seules victimes à l'époque de la Terreur. Une image, un objet quelconque se rapportant au culte suffisaient pour vous rendre suspect et de l'état de suspect à la prison, à l'échafaud, le chemin souvent était rapidement franchi. Donner refuge à un prêtre insermenté, c'était la mort sans phrase. Tel fut le cas de l'abbé Clec'h et de trois malheureuses femmes de Morlaix qui l'avaient recueilli pendant quelques heures, seulement et dont voici la douloureuse odyssée.

Lorsque la Révolution éclata, Augustin Clec'h était vicaire à Plestin et avait 66 ans [Note : Le jugement de condamnation indique cet âge, mais c'est une erreur. Le registre des minutes des jugements du tribunal révolutionnaire porte 56 ans. C'était l'âge exact de l'abbé Clec'h. Il était né en 1738 et était le second de sept enfants, quatre garçons et trois filles]. C'était un prêtre très instruit et très remarquable, docteur en droit canon, très aimé et très vénéré pour ses vertus dans tout le pays. Mis en demeure, en février 1791, de prêter le serment à la Constitution civile du clergé, il s'y refusa avec les autres vicaires [Note : Jean-Français Le Guennec, Jacques Le Gallon. Toussaint Adam et Yves Thomas, le procurateur de cette immense paroisse]. Il désirait, disait-il, remettre à un autre temps un serment qui demandait la maturité et des réflexions. Pressé de nouveau le 4 octobre de la même année, de prêter serment, l'abbé Clec'h et les autres vicaires répondirent catégoriquement :

« Nous sommes citoyens, et, en cette qualité, nous sommes, corps et biens, pour contribuer, de tout notre pouvoir, au bien de la patrie. Mais nous désirons vivre et mourir dans notre opinion religieuse et le premier des droits de l'homme est de n'y être point inquiétés quand on se comporte en citoyens. Nous sommes attachés à la foi de nos pères que nous croyons être la foi de Jésus-Christ et celle de la sainte Eglise apostolique et romaine. C'est dans cette foi que nous avons été baptisés et c'est d'elle que nous avons notre opinion religieuse que notre conscience nous oblige de suivre. C'est cette conscience qui nous commande de finir avec M. le curé la communication in divinis que nous regrettons » (Extrait du registre des délibérations municipales du 4 octobre 1791).

Le curé, avec qui les vicaires de Plestin venaient de rompre, s'appelait Rouat. Il avait succédé en 1780 à Guillaume Rouget. Voici comment le cahier de la paroisse de Plestin résume le rôle odieux joué par ce triste prêtre pendant la période révolutionnaire : « Il fut très complaisant pour les révolutionnaires, prêta tous les serments qu'on lui demanda, livra l'argenterie, les vases sacrés et les ornements de son église, encouragea ses paroissiens à la spoliation dont il donnait l'exemple, se porta témoin contre son vicaire, l'abbé Clec'h, au Tribunal révolutionnaire, dit de salut public, à Brest, qui condamna à la peine capitale ce saint prêtre pour refus de prêter serment à la constitution civile du clergé. Il mourut à Plouaret après le Concordat dans l'état d'aliénation mentale ».

Rouat, pour se venger de ses vicaires, leur refuse d'abord de dire la messe tant dans l'église de Plestin que dans les chapelles de la paroisse sous prétexte : « qu'ils étaient fauteurs de schisme, qu'ils troublaient ainsi les consciences et lui faisaient perdre la confiance de ses ouailles » (Cahier des délibérations municipales, signé Rouat, curé constitutionnel). Il les poursuivit ensuite par ses dénonciations et les força à quitter Plestin en décembre et à se cacher pour se soustraire à la persécution. L'abbé Clec'h, après avoir erré un peu partout, vint se réfugier chez son neveu Huon, notaire royal, à Lannion [Note : L'abbé Clec'h avait trois nièces, l'une était supérieure de la communauté des Ursulines de Morlaix, l'autre des Dames de Lanmeur. En 1780, il avait marié la troisième qui était restée orpheline fort jeune et dont il était le tuteur à M. Huon, grand père du bien regretté M. Huon de Penanster, sénateur des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor). L'abbé Clec'h était aussi l'arrière-grand-oncle de M. Louis Ollivier, de Guingamp, le père de M. L. Ollivier, ancien député des Côtes-du-Nord. C'est ainsi que s'explique la parenté qui existe entre les deux familles]. Ce refuge était des plus précaires. M. Huon, très suspect lui-même, avait été suspendu trois fois, puis incarcéré pour avoir recueilli des prêtres et favorisé les aristocrates. Grâce à de puissantes interventions, il avait été relâché. On comprend que, dans de pareilles conditions, il lui était impossible de dissimuler bien longtemps la présence chez lui de son oncle. Aussi fut-il dénoncé aussitôt et dût-il, pour échapper au péril, lui rechercher d'autres retraites en attendant qu'il fût possible de le faire passer aux îles anglaises. L'occasion s'en présenta bientôt. On loua un bateau qui devait partir de Trébeurden et le mener en rade de Morlaix à un sloop à la veille de faire voile pour l'Angleterre. Le départ eut lieu dans l'après-midi du 1er messidor (19 juin 1794), mais assailli par le gros temps à la hauteur des Triagos, par le travers de la baie St-Michel-en-Grève, le bateau fut forcé de gagner la côte et on alla débarquer non loin de Plougasnou. Ne connaissant personne dans le pays, et sa situation, par suite, pouvant y devenir périlleuse, l'abbé, chargé d'un pauvre paquet contenant des hardes et quelques menus objets qu'il avait emportés, prit aussitôt le chemin de Morlaix, distant de dix-huit kilomètres. Il y arriva vers dix heures du soir et alla frapper à la porte de la maison portant le n° 977 de la rue des Vignes [Note : En 1794, sans doute en raison du peu de longueur des rues, les maisons n'étaient pas numérotées par rue, mais sur l'ensemble des habitations de la ville, c'est ainsi que la maison habitée par les femmes Le Blanc portait le N° 977. Rue des Vignes. Cela donnerait à supposer que la vigne était cultivée à Morlaix, c'est très vraisemblable. M. de La Borderie, en 1891, a fait paraître dans le Bulletin de l’Association Bretonne un travail très curieux, intitulé : Sur la vigne en Bretagne avant le XIVème siècle. D'après ce travail il est certain que la vigne, à cette époque, était cultivée sur de nombreux points des cinq départements bretons et qu'on y faisait du vin. Mais il est permis de supposer aussi, comme vraisemblable, que toutes les vignes cultivées n'avaient pas pour objet la fabrication du vin, mais aussi d'en extraire le verjus alors universellement en usage comme condiment culinaire. Ces vignes même s'appelaient Verjus. Le verjus a été remplacé de nos jours par le vinaigre qui, du reste, a la même origine], où demeuraient des femmes qu'il connaissait, pour leur demander l'hospitalité.

Ces femmes, originaires d'Acadie [Note : L'Acadie, aujourd'hui nouvelle Ecosse, est une ancienne colonie française, cédée aux Anglais par Louis XIV, en 1713], vivant ensemble: étaient Anne Leprince, Ve Sylvain Leblanc, 80 ans, sa fille, Anastasie, 36 ans, et sa niece, Marthe Levron, 26 ans. Malgré le péril auquel elles savaient qu'elles s'exposaient en recevant un prêtre réfractaire, elles n'hésitèrent pourtant pas, étant donnés l'heure tardive et l'état lamentable du malheureux fugitif qui avait fait la route de Plougasnou à Morlaix sous une pluie battante, à l'accueillir de leur mieux, puis le firent monter dans une mansarde située au-dessus de leur logement. La journée du lendemain, 2 messidor, s'était écoulée sans incident et déjà les pauvres gens commençaient à se rassurer, lorsque, vers six heures, la veuve vit deux hommes arrêtés devant la porte de la maison. Effrayée et pressentant un malheur à la vue de ces deux hommes, il n'en fallait pas plus, à cette triste époque, pour inspirer de la terreur, elle monta en toute hâte, probablement un peu bruyamment, pour prévenir son hôte d'un danger probable. Les deux hommes, entendant du bruit, intrigués, entrèrent dans la maison et se précipitèrent dans l'escalier à la suite de la veuve. Ils la rejoignirent comme elle pénétrait dans la mansarde. Ces deux hommes étaient Germain Pitel, officier municipal de la commune, et Antoine Gousselin, commissaires nommés, en tournée pour visiter les maisons et y faire le rélevé des personnes indigentes qui pourraient s'y trouver.

Cette irruption subite a lieu de surprendre et donnerait à supposer que leur présence n'était peut-être pas motivée sur la seule recherche des indigents. En effet, les femmes Leblanc n'habitaient pas seules la maison. Elles occupaient le premier et la mansarde au-dessus et, au rez-de-chaussée, il y avait deux autres locataires, Louis Guivarch et Marie- Cécile Sainson qui, plus tard, furent cités comme témoins au procès. Faut-il les soupçonner d'avoir été les dénonciateurs ? Dans ces temps de délations et de terreur toutes les hypothèses sont admissibles, d'autant plus que les dénonciateurs touchaient une prime, variable suivant l'importance de la dénonciation. Elle était de 25 francs pour un prêtre réfractaire. Quoi qu'il en soit, Pitel et son collègue Gousselin dressèrent un procès-verbal d'arrestation dont voici les conclusions :

« Arrivés dans la mansarde, y avons trouvé un particulier auquel le citoyen Pitel lui a demandé d'où il était et s'il avait un passeport et nous a répondu que non et la personne que nous avons suivie et qui était entrée dans la chambre ou mansarde en même temps que nous, lui avons demandé si elle connaissait cet homme, nous a répondu que non et qu'il n'était chez elle que depuis hier soir, auxquelles paroles le citoyen Pitel lui a dit qu'elle avait grand tort de donner azille à des personnes qu'elle ne connaissait pas. En conséquence les avons sommés tous les deux de nous suivre jusqu'à la maison commune, où étant rendu, l'agent national près la commune les a fait conduire au Directoire du district.... ».

Voilà donc le pauvre abbé arrêté avec la veuve Leblanc et dans quel état si l'on songe que ses vêtements étaient encore tout humides depuis la veille. A peine étaient-ils au Directoire que le juge de paix Jézéquel [Note : Ce Jézéquel était ce même juge de paix qui arrêta Mlle de Forzans, âgée de 27 ans, exécutée à Brest, un mois après, pour recel d'un prêtre réfractaire, l’abbé Mével. Sa mort est restée célèbre par suite de l'odieux attentat commis sur sa personne par le juge Palis après son exécution], accompagné de son greffier et de deux administrateurs du district, se rendit au domicile de la veuve Leblanc pour y perquisitionner et déclara dans son procès-verbal qu'il y trouva des hardes et des linges à l’usage d'homme, une grosse montre en argent que Marthe Levron déclara appartenir à Clec'h, une boëte à bostie, quatre cierges et une pierre d'ardoise dite pierre sacrée [Note : La pierre sacrée constitue l'autel dans la plupart des cas. Autrefois, dans notre pays, les pierres sacrées se taillaient dans du schiste ardoisier ; maintenant, ce schiste a été remplacé par du marbre. Cette plaque est marquée de cinq croix, elle est carrée et de grandeur suffisante pour recevoir le calice et l'hostie. Elle est disposée et non scellée sur une table de pierre ou de bois. Comme elle est de petite dimension, rien n'est plus facile que son enlèvement. C'est elle qui constitue le véritable autel. La table sur laquelle elle est placée n'est que l'accessoire ; elle est indispensable pour célébrer la messe. Son vrai nom est autel portatif. L'évêque seul a le droit et le pouvoir de la consacrer, et la cérémonie à laquelle elle donne lieu est une des plus longues du pontificat].

A cette époque néfaste, on ne perdait pas de temps pour commettre un assassinat juridique, car à peine le procès-verbal de perquisition était-il déposé au District par le juge de paix, que le Directoire, présidé par le citoyen Guimar, décidait de procéder, sur-le-champ, à l'interrogatoire de l'abbé Clec'h. Voici le procès-verbal in extenso de cet interrogatoire :

2 et 3 messidor an 2.
L'an deux de la République française une et indivisible, le deux messidor, au soir un homme dit être prêtre réfractaire et une fille chez laquelle on a dit qu'il avait été trouvé, ont été amenés au Directoire par une garde et ayant été dit que la découverte de ce prêtre avait été faite par le commissaire Pitel, officier municipal, celui-ci, prié de passer au Directoire, y est venu avec le commissaire Gousselin qui l'accompagnait lors de l'arrestation du prévenu ; le citoyen Pitel a été invité à rapporter son procès-verbal et à le faire passer sur-le-champ à l'administration et provisoirement le Directoire a fait constituer les prévenus en la maison de détention et charge les citoyens Verchin et Guillaume, deux de ses membres, d'accompagner à l'instant le juge de paix, requis à cet effet pour une vérification dans la maison où avait été trouvé ledit prêtre, laquelle maison ledit Pitel a dit être celle de la Vème Le Blanc, rue des Vignes.
Sur les dix heures le procès-verbal de cette vérification rapporté à l'administration et le commissaire Pitel ayant précédemment fait passer le sien, le Directoire a foit comparaître devant lui le prêtre en question, lequel interrogé de ses prénoms, noms, profession, lieu de naissance et de domicile, a dit se nommer Augustin Clec'h, être originaire et domicilié cy devants de Plestin, district de Lannion, département des Côtes-du-Nord, prêtre, simple desservant en l'église dudit Plestin.

A lui a demandé depuis quand il était dans la maison où il a été trouvé ce jour à Morlaix, a répondu qu'il y est depuis 2 jours.

Interrogé si la maison dont est cas lui avait été indiquée comme retraite ou s'il la connaissait comme telle.

— A dit qu'il avait une soeur cy devant carmélite qu'il savait qu'une des filles de cette maison l'était aussi et qu'en conséquence il avait cru qu'il y serait bien reçu.

A lui demandé d'où il était venu dans cette maison, a répondu qu'il arrivait des campagnes où il était errant.

Questionné sur le point de savoir s'il avait fait le serment, a dit que dans les assemblées primaires il avait fait le serment civique, mais qu'il n'a pas prêté celui prêté aux ecclésiastiques.

Interrogé s'il n'a pas été sommé (?) de faire ce dernier serment et s'il ne l'a pas refusé.

— A dit que la municipalité de Plestin le lui avait demandé et qu'il avait refusé de le faire, croyant qu'il n'y était pas tenu attendu qu'il n'était pas fonctionnaire public.

A lui représenté la montre et hardes saisies comme lui appartenant et interpellé de déclarer s'il les reconnaît pour être à lui, notamment sa veste de berlinge.

A répondu que rien ne lui appartenait que la montre.

A lui représenté la boîte, à calice et les cierges et lui demandé s'ils servaient à son usage dans la maison dont est cas.

A répondu ne pas les connaître non plus qu'une pierre jadis dite sacrée à lui représentée.

Interrogé s'il avait fait quelques fonctions de son ministère de prêtre dans la maison.

A répondu que non.

Lecture lui [est] donnée et interpelle de signer a déclaré le faire.

Interrogé avant les signatures si, à son arrivée, une jeune personne nommée Marthe Leblanc était en la maison.

Ledit Cleic'h a répondu que non, qu'il ne connaissait pas cette jeune personne, à moins qu'elle soit une qui est arrivée cet après-midy de la campagne.

A lui demandé comment il s'était emmené dans cette maison et comment il y avait été reçu, a dit qu'il s'était annoncé comme frère de la Clec'h, carmélite, qu'il avait témoigné le désir de la voir, qu'on lui avait répondu que cela ne se pouvait pas pour le présent et qu'il était resté là, espérant pouvoir la voir des premiers jours parce qu'elle est à l'hôpital de Mortain.

Interrogé quelles étaient les personnes qui se trouvaient à la maison à son arrivée.

A répondu qu'il n'y avait que la mère et la fille Le Blanc, sa fille.

Ensuite a dit que rectifiant sa réponse à l'interrogatoire relatif à Marthe Le Blanc, il déclare que la jeune personne dont on entend lui parler sous ce nom était présente lors de son arrivée chez la veuve Le Blanc, qu'il ne la vit qu'un moment et que le lendemain elle dut s'absenter et n'est revenue qu'aujourd'huy environ une demi-heure ayant qu'il a été arrêté.

Lecture lui [est] donnée des derniers interrogatoires et de ses réponses et de nouveau interpellé de signer, l'a fait.

AUGUSTIN CLEC'H, prêtre.

Au-dessus desquels interrogatoires auxquels il a été procédé pour suppléer au défaut de preuves dans les procès-verbaux du citoyen Pitel et du juge de paix que l'homme arresté fut un prêtre réfractaire, le crime de Clec'h et de son recel étant actuellement caractérisé, le Directoire renvoit à statuer en séance demain et l'agent national appelé sur les mesures ultérieures à prendre à l'égard de tous les impliqués dans cette affaire, et provisoirement a fait reconstituer ledit Clec'h dans la maison de détention et l'y a fait écrouer ainsi que la mère, la fille et la nièce Le Blanc.

Fait et clos environ une heure du matin, ce 3 messidor, sous les seings des administrateurs et du secrétaire.

GUIMAR, GUILLAUME fils aîné, VERCHIN, BRIANTE, André ROZEC (?).

Aussitôt après cet interrogatoire, sans désemparer, le Directoire arrête :

« Que lesdits prévenus seront demain suite et diligence de l'agent national, remis avec le procès-verbal des citoyens Pitel et Gousselin et celui des interrogatoires par original de Clec'h et la copie du procès-verbal du juge de paix par lui déposé à l'administration, aux mains de la gendarmerie nationale pour les prévenus être conduits à Brest à la disposition de l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire et les pièces déposées au bureau de l'accusateur public, rapportant les gendarmes à l'administration déchargée du tout ».

Conformément à cet arrêté, les quatre prévenus furent remis entre les mains de la gendarmerie le lendemain 4 messidor (23 juin) et conduits à Brest où ils furent incarcérés à la prison du Château.

Le 9 messidor un jugement dû Tribunal révolutionnaire contenant l'acte d'accusation et le décret dé prise de Corps contre les quatre détenus, notifié à la municipalité de Brest le 11, les renvoyait devant ce tribunal pour le jugement définitif qui fut fixé au 13 messidor, à huit heures du matin.

Au jour fixé, ils furent extraits de la prison [Note : Ici se place un détail curieux et peu connu qui ressort de ce fait qu'au lieu de faire sortir simplement les détenus pour les conduire au Tribunal, la gendarmerie signa leur levée d'écrou, comme nous voyons Deibler le faire pour les condamnés à mort. Aux yeux de la gendarmerie et du gardien-chef de la prison, étant donnée l'accusation, la condamnation à mort ne faisait aucun doute. Le registre d'ailleurs portait cette mention : sortis pour aller à la guillotine. Je tiens ces renseignements du docteur Corre, aujourd'hui décédé, qui a pu voir le livre d'écrou. Du reste, souvent on ne se gênait pas pour dresser l'acte de décès des condamnés avant leur exécution. Le fait, entre autres, s'est présenté, le registre de décès de l’an II, 2 prairial (21 mai), en témoigne pour les 26 administrateurs du Finistère. Exécutés à sept heures du soir, leur acte de décès avait été dressé deux heures plus tôt, à cinq heures] et conduits au Tribunal.

Ce tribunal tenait ses séances dans la chapelle du séminaire [Note : Cette chapelle dépendait d'un établissement construit par les jésuites pour servir au recrutement des aumôniers de la marine. Rendue au culte au moment du Concordat, elle prit le nom de Chapelle de la Marine. Tous les dimanches l'amiral préfet maritime y assistait à la messe, en grand uniforme, avec les officiers de son état-major. Cet établissement servit d'abord d'hôpital à la marine, puis il fut occupé par les pupilles de la marine et lorsque ceux-ci furent transférés à la Villeneuve, au fond du port, on y installa l'Ecole des mécaniciens de la marine qui l'occupe actuellement. A la fin de 1793, la chapelle, sur l'ordre de Jean-Bon Saint-André, fut désignée avec l'église Saint-Louis pour servir d'hôpital, mais elle ne reçut jamais cette destination. Le Tribunal révolutionnaire s'y installa le 21 pluviôse an II (10 février 1794), Sur sa façade était écrit Temple de la Justice. Cette inscription a disparu vers 1830. La chapelle a été détruite au début du XXème siècle (vers 1911)]. Au fond du sanctuaire devant une table sur laquelle étaient déposés les pièces et objets relatifs au procès, étaient assis les juges coiffés du bonnet rouge : Ragmey, président, Le Bars fils, Pasquier et Palis. A gauche de cette table se tenait l'accusateur public, Douzé-Verteuil. Derrière lui, il y avait une estrade sur laquelle se tenaient les douze jurés. En face, sur une autre estrade, se trouvaient les accusés encadrés de gendarmes le sabre au poing.

A l'heure indiquée, on introduisit les quatre accusés, l'abbé et ses trois complices, les trois pauvres femmes du peuple. Ils ne furent pas interrogés. L'affaire ne comportait ni débats ni défense, la simple constatation d'identité suffisant pour entraîner la condamnation. Celle-ci ayant été établie par la déposition de 11 témoins dont 7 de Morlaix, parmi lesquels se trouvaient les deux personnes habitant la même maison que la veuve Leblanc, indiqués au début de ce récit, Louis Guivarch et Marie-Cécile Samson, et quatre pour Plestin dont Rouat l'indigne prêtre apostat, Ragmey déclara les débats clos et posa aux jurés les deux questions suivantes :

1° Est-il constant qu'à Morlaix, le 2 messidor, présent mois (21 juin), il ait été commis un recelé de prêtre réfractaire ?

2° Anne Leprince, veuve Sylvain Leblanc, Anastasie Leblanc, Marthe Levron, Sont-elles auteurs ou complices du dit recelé ?

La réponse du jury ayant été affirmative pour les trois premiers accusés et négative pour Marthe Levron, l'abbé Clec'h, la veuve Leblanc et sa fille Anastasie furent condamnés à mort. Marthe fut acquittée.

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Jugement qui condamne Augustin Clech, prêtre déporté à la peine de mort [Note : Le registre des minutes des jugements du tribunal révolutionnaire porte : Prêtre sujet à la déportation et non déporté, ce qui est une erreur, l'abbé Clec'h ne l'ayant jamais été].


LIBERTÉ OU LA MORT.
Jugement du Tribunal révolutionnaire, établi à Brest, à l'instar de celui de Paris, qui déclare Augustin Clec'h, prêtre réfractaire, avoir été sujet à la déportation, en conséquence ordonne qu'il sera livré sur-le-champ à l’exécuteur des jugements criminels, pour être mis à mort, dans les vingt-quatre beures. Condamne à la peine de mort Anne Leprince, veuve du Silvain Le Blanc, et Anasthasie Le Blanc, sa fille ;
Et déclare Marthe Levron, sa nièce, acquittée des accusations portées contre elle, en conséquence ordonne sur-le-champ sa mise en liberté, si elle n'est détenue pour autre cause.
Du 13 messidor l’an second de la République une et indivisible (2 juillet 1794).

Au nom du peuple française.

Le tribunal a rendu le jugement suivant :

Vu par le tribunal révolutionnnaire établi à Brest l'acte d'accusation dressé par l'accusateur public près celui, contre Augustin Clec'h, âgé de 66 ans, prêtre réfractaire, natif de la commune de Plestin, district de Lannion, y demeurant, département des Côtes-du-Nord ;

Anne Leprince, veuve Silvain Le Blanc, âgée de 80 ans, tricoteuse, native d'Arcadie, demeurant à Morlaix ; Anasthasie Le Blanc, sa fille, âgée de 38 ans, tricoteuse, native d'Arcadie, demeurant à Morlaix ;

Et contre Marie-Marthe Levron, âgée de 25 ans, marchande, native de Morlaix et y demeurant, tous trois du département du Finistère ;

Duquel acte d'accusation la teneur suit :

Joseph-Françoise-Ignace, Douzé-Verteuil, accusateur public près le tribunal révolutionnaire séant à Brest à l'instar de celui de Paris,

Expose que le 2 messidor présent mois, un officier municipal, et un autre citoyen de Morlaix ont trouvé en la demeure de la veuve Le Blanc, dans la même commune, Augustin Clec'h qui y était réfugié.

Le même jour, le juge de paix, son greffier et deux administrateurs du district de Morlaix ayant fait perquisition au domicile de la veuve Leblanc, commun à sa fille et à sa nièce, ils y ont trouvé des hardes et linges à l'usage d'hommes, une grosse montre en argent, déclarée par Marthe Levron pouvoir appartenir à Clec'h, une boëte à calice, quatre cierges et une pierre d'ardoise, dite sacrée.

Interrogé au Directoire du district de Morlaix, le particulier trouvé chez la veuve Leblanc a dit se nommer Augustin Clec'h, être prêtre, simple déservant en l'église de Plestin, n'avoir pas prêté le serment prescrit aux ecclésiastiques, bien que la municipalité de Plestin l'eut invité à le faire ; qu'il était depuis deux jours dans la maison de la veuve Leblanc, et que lorsqu'il y était arrivé, il y avait la veuve Le Blanc, sa fille et sa nièce.

Et dans le procès-verbal du juge de paix, la veuve Le Blanc, interpellée de déclarer s'il n'était pas vrai qu'on eut saisi et arrêté chez elle un prêtre réfractaire, qui venait d'être constitué prisonnier avec sa fille, a répondu qu'à la vérité cet homme, à elle inconnu, absolument, s'était présenté la veille chez elle, environ les neuf à dix heures du soir, se qualifiant pauvre malheureux prêtre obligé de fuir, et qu'elle le croyait du côté de Lannion.

Ainsi d'un côté, arrestation au domicile de la veuve Le Blanc, de sa fille et de sa nièce, d'un prêtre réfractaire, sujet à la déportation, non déporté et trouvé sur le territoire de la République et aveu de son refuge dans cette maison ; d'un autre côté, recélé de prêtre réfractaire dans le domicile commun à la veuve Le Blanc, à sa fille et à sa nièce, prouvé par la confession de la veuve Le Blanc, prouvé matériellement par l'arrestation faite chez elle de la personne d'Augustin Clec'h, et recélé commis sciemment, puisque la veuve Le Blanc déclare qu'en arrivant chez elle, Clec'h qu'elle ne connaissait point, s'était annoncé pour être un malheureux prêtre obligé, de fuir ; recélé enfin d'objets servant à l'exercice du culte romain, et qui feraient présumer celui d'un prêtre chez la femme Le Blanc, si Augustin Cle’ch n'y eût point été trouvé arrêté.

D'après cet exposé, l'accusateur public a adressé la présente accusation, tant contre Augustin Clec'h, prêtre non assermenté, sujet à la déportation, aux termes de la loi du 30 Vendémiaire, non déporté et trouvé sur le territoire de la République, que contre la veuve Le Blanc, Anasthasie Le Blanc, sa fille, et Marthe Levron, sa nièce, pour avoir recélé en leur domicile à Morlaix, dans les premiers jours de messidor, ledit Augustin Clec'h, ses effets et quelques-uns à l'usage du culte romain, connaissant ledit Clec'h pour un malheureux prêtre obligé de fuir ; cas prévu par la loi du 3 vendémiaire et par celle du 22 germinal dernier.

Pourquoi l'accusateur public requiert que, par le Tribunal assemblé, et lui soit donné acte de la présente accusation qu'il porte contre Augustin Clec'h, prêtre, Anne Leprince, veuve de Silvain Le Blanc, Anasthasie Le Blanc, sa fille, et Marthe Levron, sa nièce, détenus dans la maison d'arrêt, dite le Château, à Brest ; qu'en conséquence il soit ordonné par l’huissier du tribunal, porteur de l'ordonnance â intervenir, lesdits Clec'h, veuve Le Blanc, Anasthasie Le Blanc et Marthe Levron, seront pris au corps.

Arrêtés et écroués en ladite maison d'airêt, pour y tester, comme en maison de justice, et que ladite ordonnance sera notifiée tant à la municipalité de Brest qu'aux accusés.

Fait au cabinet de l'accusateur public, le 9 messidor l'an 2 de la République une et indivisible. Signé : Douzé-Verteuil.

L'ordonnance, de prise de corps rendue le même jour par le tribunal, contre lesdits Augustin Clec'h, Anne Leprince, Anasthasie Le Blanc et Marie-Marthe Levron.

Le procès-verbal d'écrou de leurs personnes au Château de Brest, comme maison de justice.

La déclaration des témoins, portant qu'il y a identité de personne entre l’accusé qui leur est présenté à l'audience, sous le rom d'Augustin Clec'h et l'individu arrêté chez la veuve Le Blanc.

La déclaration du jury portant primo qu'il est constant qu'au mois de messidor dernier il a été commis à Morlaix un recélé de prêtres réfractaires ; secundo qu'Anne Le Blanc, Anasthasie Le Blanc sont convaincues d'être auteurs ou complices de ce recélé ; que Marie-Marthe Levron n'est pas convaincue d'être auteur ni complice de ce recélé.

Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application de la loi, déclare ledit Augustin Clec'h convaincu d'être prêtre non assermenté, et comme tel avoir été sujet à la déportation ; en conséquence, ordonné qu'il sera sur-le-champ livré à l’exécuteur des jugements criminels, pour être par lui mis à mort dans les vingt-quatre heures, sur la place des Triomphes du Peuple de la commune de Brest, conformément aux articles 5, 10, 14 et 15 de la loi du 30 vendémiaire dernier dont lecture a été faite, et qui sont ainsi conçus :

« Art. 10. — Sont déclarés sujets à la déportation, jugés et punis tels les évêques, les cy-devant archevêques, les curés conservés en fonctions, les vicaires de ces évêques, les supérieurs et directeurs des séminaires, les vicaires des curés, les professeurs de séminaires et des collèges, les instituteurs publics, et ceux qui ont prêché dans quelques églises que ce soit, depuis la loi du 5 février 1791, qui n'auront pas prêté le serment prescrit par l'article 39 du décret du 24 juillet 1790, et réglé par les articles 21 et 38 du 12 de ce mois, et par l'article 2 de la loi du 29 novembre de la même année, ou qui l'ont rétracté, quand bien même ils l'auraient prêté depuis leur rétractation ; tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers, frères convers et lais qui n'ont pas satisfait aux décrets des 14 août 1792 et 21 avril dernier ou qui ont rétracté leurs serments ; et enfin, tous ceux qui ont été dénoncés pour causé d'incivisme lorsque la dénonciation aura été jugée valable conformément à la loi du dit jour 21 avril.

Art. 14. — Les ecclésiastiques mentionnés en l'article 10, qui, cachés en France, n'ont point été embarqués pour la Guiane française seront tenus, dans la décade de la publication du présent décret, de se rendre auprès de l'administration de leurs départements respectifs qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation, embarquement et déportation, en conformité de l'article 12.

Art. 15. — Ce délai expiré, ceux qui seront trouvés sur le territoire de la République seront conduits à la maison de justice du tribunal criminel de leur département, pour y être jugés, conformément à l'article 6.

Art. 5. — Ceux de ces ecclésiastiques, qui rentreront, ceux qui sont rentrés sur le territoire de la République, seront envoyés à la maison de justice du tribunal du département dans l'étendue duquel ils auront été arrêtés.
Et après avoir subi interrogatoire dont il sera tenu note, ils seront, dans les vingt-quatre heures, livrés à l'exécuteur des jugements criminels et mis à mort, après que les juges auront déclaré que les détenus sont convaincus d'avoir été sujets à la déportation ».

Condamne Anne Le Blanc, Anasthasie Le Blanc, sa fille, à la peine de mort, conformément aux articles 2 et 3 du décret de la Convention nationale du 22 germinal de l'an second de la République, dont lecture a été faite ; lesquels sont ainsi conçus :

« Art. 1er — A compter de la promulgation de la loi du 30 vendémiaire, concernant les ecclésiastiques sujets à la déportation, et en exécution de l'article 17 de cette loi, celui qui aura recélé un ecclésiastique sujet à la déportation ou réclusion, ou ayant encouru la peine de mort, sera puni de la déportation.

Art. 2. — A compter de la publication de la présente loi, le receleur d'ecclésiastiques soumis aux peines énoncées en l'article premier, sera regardé et puni comme leur complice ».

Déclare les biens desdits Augustin Clec'h, Anne Leprince et Anasthasie Le Blanc, acquis à la République, conformément à l'article 2 du titre 2 de la loi du 10 mars, dernier, dont il a été fait lecture et qui est ainsi conçu : les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort, seront acquis à la République, et il sera pourvu à la subsistance des veuves et des enfants, s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs.

Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public, le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre heures, sur la place des Triomphes du Peuple de la commune de Brest, et qu'il sera imprimé, publié et affiché en français dans l'étendue de la République, et en breton dans le département du Finistère.

Et sur la déclaration du juri, portant que Marie-Marthe Levron n'est auteur ni complice dudit recélé, l'acquitte des accusations portées contre elle, et ordonne qu'elle sera sur-le-champ mise en liberté, si toutefois elle n'est détenue pour autre cause.

Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal, le 13 messidor l'an 2 de la République française une et indivisible, par Pierre-Louis Ragmey, président, Jean-Corneille Pasquier, Maurice Le Bars et Joseph Palis, juges, qui ont signé la minute du présent jugement avec le greffier.

Au nom du peuple français.

Il est ordonné à tous huissiers sur ce requis, de faire mettre ledit jugement à exécution, aux commandants et officiers de la force publique, de prêter main forte lorsqu'ils en seront légalement requis, et aux commissaires du pouvoir exécutif d'y prêter la main, en foi de quoi le présent jugement a été signé par le président du tribunal et par le greffier. Signé Ragmey, président, Cabon, greffier.

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Procès-verbal d'exécution.
L'an deux de la République française une et indivisible, ce treize messidor, à la requête du citoyen accusateur public près le Tribunal révolutionnaire établi à Brest, lequel fait élection de domicile en son cabinet sis en la ci-devant église du séminaire, à Brest, où siège ledit tribunal, pour l'exécution du jugement rendu par ce tribunal ce jourd'huy contre Augustin Clec'h, la Vve Le Blanc et sa fille, qui les condamnent à la peine de mort pour les causes énoncées audit jugement, je me suis, moi huissier audit tribunal, soussigné, transporté en ladite ci-devant église du séminaire, en un lieu où avoit été déposés lesdits susnommés après leurs jugements et ai remis lesdits condamnés à l'exécuteur des jugements criminels et à la force armée appellés à cet effet, lesquels ont conduit sur la place dite dudit ci-devant château où sur un échafaud, dressé sur ladite place, lesdits susnommés ont, en ma présence, subi la peine de mort, ce jourd'hui, heure de midy, de tout quoi j'ai fait et rédigé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de raison. LE LIÈVRE, huissier.
Enregistré gratis, à Brest, ce même jour, l'an second de la République une et indivisible. LE CAM
.

L'exécution eut lieu à midi sur la place du château dit des Triomphes du peuple. Singuliers triomphes !

Il y eut, outre l'abbé Clech, treize prêtres guillotinés à Brest et à Quimper, pendant la Révolution. Voici leurs noms :

Léon Chapalain, vicaire à Sizun.
Tanguy Jacob, vicaire à Saint-Pâbu.
Divérès, vicaire à Recouvrance, Brest.
Peton, vicaire à Kerlouan.
Habasque,vicaire à Rerlouan.
Brannellec, vicaire à St-Pol-de-Léon.
Le Gall, recteur de Plouënan.
Riou, recteur de Libuban.
Raguène, vicaire à Landuder.
Le Coz, recteur à Libuban.
Rolland, vicaire à Trébrivan
Yves Mével capucin à Roscoff.

La montre en argent qui avait été saisie par Jézéquel, le juge de paix de Morlaix et appartenant à l'abbé, a été restituée à la famille à la Restauration. Elle est aujourd'hui entre les mains de M. Huon de Penanster, son arrière-petit-neveu.

Tel fut le dénouement sanglant de ce drame affreux qui, avec tant d'autres qui le suivirent, ne sauva pas la République au 18 brumaire et dont furent les infortunées victimes, un prêtre pour n'avoir pas voulu se parjurer et deux humbles femmes du peuple coupables de n'avoir pas été sans pitié pour un malheureux proscrit. Le tribunal odieux qui s'était rendu coupable de ce triple assassinat se montra du reste vraiment féroce. Pendant les six mois, de février en août, qu'il fut en pleine activité, il prononça 71 condamnations à mort, sans compter celles à la déportation, et parmi les condamnations à mort, quatre jours auparavant, le 9 messidor, celle de deux vieilles dames bien inoffensives aussi, la comtesse de Launay de l'Etang, née de Coatanscours, âgée de 65 ans, et de sa belle-soeur, Suzanne Barbier de Lescouët, marquise de Coatanscours. Leur crime était d'avoir eu en leur possession des lettres d'émigrés, de parents sans doute. Ces dâmes furent arrêtées à leur château de Kerjean. Ce tribunal qui s'intitulait : Tribunal révolutionnaire établi à Brest à l’instar de celui de Paris, s'en montra, comme on voit, le digne émule. Du reste, le président Ragmey, l'accusateur public Douzé-Verteuil et Bonnet, le secrétaire de ce dernier, avaient été à bonne école [Note : Ragmey est mort à Paris, paisible et inoffensif, bourgeois, en 1837, âgé de 75 ans. Interrogé à la fin de sa vie sur le rôle affreux qu'il avait joué à Brest, il s'est toujours défendu en disant qu'il n'avait fait que son devoir, en appliquant les lois dont il était chargé d'assurer l'exécution. Douzé-Verteuil, l'accusateur public avec son secrétaire Bonnet, dont la fixité d'un oeil de verre rendait la physionomie encore plus sinistre, étaient les deux personnages les plus atroces des bandits, juges et jurés, composant le tribunal révolutionnaire. Douzé-Verteuil est mort aussi en bon bourgeois à Nancy, à l'âge respectable de 82 ans, le 27 décembre 1818. Interviewé sur les événements de Brest et sur le tribunal révolutionnaire dont il avait fait partie, il répondait avec une audace invraisemblable que c'était forcé et sous la pression menaçante de Ragmey et de Bonnet, son propre secrétaire, espion de la Convention près le tribunal, qu'il avait été obligé de marcher pour assurer sa sécurité. Que d'ailleurs pour s'étourdir, il était constamment ivre pour les séances du tribunal. Ce dernier point seul semble acquis par les lettres à la Convention de Bonnet qui intriguait pour le remplacer. Ce reniement des crimes commis par ces scélérats me remet en mémoire une anecdote que m'a racontée une personne digne de foi et des plus honorables. Le fait remonté à 1839. A un dîner auquel elle assistait, elle avait pour voisin immédiat un convive à cheveux blancs et à physionomie très fine. D'une distinction parfaite et d'une érudition très étendue, surtout en botanique, ce convive fut absolument charmant. Après le repas, on parla de l'époque révolutionnaire. Sur ce point, il fut tellement précis sur les faits et les acteurs de ce drame, que très intriguée, la personne qui m'a rapporté le fait le pria de vouloir bien lui dire avec qui elle avait passé une soirée aussi agréable. Après bien des hésitations, il répondit qu'il s'appelait Barère. Voyant l'étonnement et l'attitude interrogative de son interlocuteur, il répéta qu'il était bien Barrère, l'ancien conventionnel, et, comme celui-ci lui témoignait toute sa stupéfaction et lui demandait comment un homme si distingué, si doux, presque même timide, avait pu commettre tant de crimes : « Ah ! Monsieur, pour juger les hommes de ces temps-là, il faut avoir vécu parmi eux pour pouvoir apprécier les difficultés et les dangers de leur situation. Vous cherchez le mobile de leurs actes. Ne cherchez pas. Il n'y en eu qu'un : la peur ! Nous étions là tous nous demandant, le matin, si notre tête serait encore sur nos épaules le soir. Le 9 thermidor n'eut pas d'autre cause ». Barère de Vieuzac, surnommé l'Anacréon de la guillotine, est mort à Tarbes en 1841, âgé de 86 ans. Son rôle de conventionnel mis à part, Barère, dont les connaissances, en toutes choses, étaient universelles, fut un des hommes les plus remarquables et une des intelligences les plus complètes de son temps. Chose incroyable, l'impression qu'il a laissée est celle d'un homme doux, réservé et d'une urbanité exquise]. Tous trois avaient été les collaborateurs de Fouquier-Tinville au Tribunal révolutionnaire. Après la mort de Robespierre, juges et jurés, poursuivis par l'exécration et l'indignation publique, furent dénoncés à la Convention. Celle-ci, par décret du 16 prairial an III (4 juin 1795), décision vraiment choquante et injuste à l'égard d'anciens et zélés collaborateurs, ordonna leur arrestation et leur mise en jugement, mais, au moment de sa séparation, revenant sur cette décision dans son testament politique, le 5 brumaire an III (7 octobre 1795), elle les amnistia tous. Puis, dans un élan de générosité certes bien inattendu de sa part, elle ordonna la mise en liberté de tous les malheureux qui attendaient sous les verrous au fort la loi (Prison du Château), leur tour de comparaître devant ces sinistres gredins.

Des écrivains qui défendent la Révolution, ne pouvant nier ses crimes et voulant en atténuer l’horreur, prétendent, qu'à toutes les époques troublées de notre histoire, dans le choc des opinions contraires, les choses se sont passées de la même façon, les hommes, dans tous les temps, étant mus par les mêmes passions. Comme preuves à l'appui, ils mettent en avant les guerres civiles et religieuses du XVIème siècle, et, par dessus tout, bien entendu, les massacres de Vassy et de la Saint-Barthélémy. Sans entrer dans des développements, qui conduiraient trop loin, on peut cependant affirmer qu'entre les excès du XVIème siècle et ceux de la Révolution, il n'y a pas d'assimilation possible. Huguenots et catholiques formaient deux partis puissants. C'étaient des belligérants. Tour à tour, suivant les vicissitudes de la fortune, vainqueurs ou vaincus, c'était d'ailleurs dans les moeurs du temps, se massacraient réciproquement. Sous la Terreur [Note : La Terreur est la période comprise entre la chute des Girondins, le 31 mai 1793, et celle de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794)], pas de combattants, pas de lutte. La France n'est qu'un vaste abattoir. D'un côté une bande infime d'assassins, n'ayant, devant elle, c'est triste à dire, aucune opposition, aucune révolte, aucun soulèvement libérateur. De l'autre, des milliers et des milliers de braves gens complètement inoffensifs, sans défense, égorgés pour les motifs les plus invraisemblables, souvent sans motifs, stupidement et lâchement, tel est le bilan de la Révolution.

Comme on le voit, aucune comparaison avec les guerres civiles du XVIème siècle n'est admissible. Là il y avait lutte, ici rien. Des bourreaux et des victimes. Voilà tout.

(F. Le Bihan).

Voir aussi   Plestin-les-Grèves (Bretagne) "Augustin-Marie Clec'h, prêtre guillotiné"

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