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LOPEREC |
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La commune de Lopérec ( |
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de LOPEREC
Lopérec vient du breton « lok » (lieu consacré) et de saint Pérec (Petroc). Pérec, encore appelé Perreux, Perreu, Pezrec, Pezdrec ou Spezed, est né au VIème siècle dans le sud du Pays de Galles. Après un séjour en Irlande, il s'installe en Cornwall où il meurt. Enterré à Padstow, son corps est transféré à l'abbaye de Bodmin. Son culte s'est répandu en Bretagne dès 1263.
Lopérec est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Hanvec. La paroisse de Lopérec est attestée au début du XIVème siècle. Le 2 septembre 1913, les quartiers du Glujeau et de la Montagne sont distraits de la paroisse de Lopérec et rattachés à Saint-Rivoal.
Au point de vue ecclésiastique, Lopérec dépendait autrefois de l'évêché de Cornouaille (aujourd'hui celui de Quimper), n'étant éloigné que d'environ six lieues de son chef-lieu ; mais juridiquement toute cette contrée dépendait en grande partie de la sénéchaussée de la Vicomte du Faou [Note : Autrefois, la Vicomte du Faou appartenait à la famille du duc de Richelieu, puis elle passa au duc de Rohan et à sa famille. En 1756, aux décès du chevalier Louis Bretagne Charles de Rohan-Chabot, prince de Léon, et de sa soeur Gabrielle-Sophie de Rohan-Chabot, les terres et seigneuries du Faou, de la Villeneuve, de la châtellenie d'Irvillac et Logonna (aux paroisses de Rosnoën, Hanvec, Guimerch, Lopérec) revinrent aux familles de Châtillon, d'Enrichemont, de Broglie et de Poiryanne. Elles étaient louées, avec leurs greffes — de 1750 à 1759 — pour 16.750 livres à M. Le Roy, sieur du Pontois. Ces propriétés furent vendues le 11 septembre 1762 par les mêmes héritiers, au-dessous de la moitié de leur valeur, pour 83.336 livres à messire Nicolas Magon, seigneur de la Gervaisais et de la Gicquelaye, lieutenant général des armées du Roi (1671-1765). C'est alors qu'elles portèrent le nom de « marquisat de la Gervaisais et du Faou ». — Archives départementales], la plus importante des seigneuries de la région. Cependant à certaines époques des XVIème XVIIème et XVIIIème siècles, l'on vit plusieurs terres de Lopérec se mouvoir dans l'action féodale ou juridique de quelques autres seigneuries, comme celles de Penguern-Tréziguidy ou de Penanhoas (Note : En 1755, le sr. de Leissègues était bailli de Châteaulin et de Penanvoas [centième denier de Châteaulin]).
Bien d'autres petites seigneuries bretonnes avec leurs manoirs ou gentilhommières couvraient encore ce coin de Cornouaille. La paroisse de Lopérec était très avantagée à ce sujet. Citons seulement sur son territoire : les manoirs de l'Isle au bourg et de Penguern (aux de Penguern-Tréziguidy) ; ceux de Lanbézégou et Pennaroas-Kerascoët (aux de Penguern et aux de la Pallue) ; celui de Glugeau (aux seigneurs de Fava) ; celui du Bruil ou Bruluec (aux de Pénanguer) ; celui de Kervinic (aux Tréouret, aux de Penguern, puis aux de Kersauzon) ; les manoirs de Kerrain et de Toulguélennec ; celui de Pellan ou de Penlan (aux de Kerpaën) ; ceux du Nivot et de Kerourien (aux Dangérès du Main) ; enfin le manoir de Penanhoas-Lisle Adam.
La gloire de la petite paroisse de Lopérec sera d'avoir été, au XVIIIème siècle, l'habitat préféré, tant au manoir du Nivot qu'à celui de Penanhoas, de trois des plus vaillants lieutenants de du Guay-Trouin : de la Jaille, de Blois de la Calande, et Jean de Villiers de l'Isle-Adam. Comme ce fut aussi son honneur d'avoir eu maintes fois, en villégiature d'été, d'autres hommes de mer qui appartiennent à l'histoire nationale : René du Guay-Trouin et son père Luc Trouin de la Barbinays, les de Roquefeuil, les fils Blois de la Calande, le baron d'Orognen, Betbéder de Bordenave, Nogerée de la Fillière, de Tourville, de Linois, etc.
On rencontre les appellations suivantes : Locus Petroci (vers 1330), Lopezrec (en 1574).
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PATRIMOINE de LOPEREC
l'église Saint-Pérec (XVI-XVIIème siècle). L'église, qui date de 1586, est agrandie en 1860 et reconstruite en 1894 sur les plans de Bigot ou M. Gassis (architecte de Châteaulin). L'édifice actuel, en forme de croix latine, est moderne et a été béni le 2 décembre 1894. On a conservé de l'ancien édifice le clocher, la chapelle des fonts baptismaux, le porche du midi, le porche ouest surmonté du clocher et la sacristie sud de 1699. Le clocher porte la date de 1666 : il est achevé ou reconstruit en 1764 et restauré en 1860 par Le Naour. La cloche date de 1681. La sacristie date de 1699-1700 : elle porte au chevet une inscription avec la date de 1700. Le porche sud date de 1586 : les niches du dessus contiennent les statues des douze Apôtres (celle de saint Jude porte la date de 1615) ; sur les frises sculptées se lit la date de 1586. Près de la porte du porche, se trouve l'écusson des Penguern, rappelant la fondation de l'ancien édifice par Yves de Penguern et Marie de Kermoual son épouse. La chaire à prêcher date de 1755. Le retable du Rosaire, sculpté par Yves Cevaer, date de 1693 : il avait été offert gratuitement à la confrérie du Rosaire, fondée le 19 septembre 1693, comme l'indique la mention suivante dans l'acte de constitution : "Yvo Cevaer fecit et dedit gratis pro Deo in honorem Beatae Mariae Virginis de Rosario". La chaire à prêcher date de 1755. Sur un groupe de Notre-Dame de Pitié et des saintes femmes, se trouve un écusson aux armes de la famille de Penguern, ramage de Trésiguidy. L'église abrite les statues de saint Pérec, saint Pierre, saint Sébastien, saint Herbot et saint Eloi. A noter que l'actuel presbytère date de 1842 ; | |
la chapelle Saint-Guénolé (XVIème siècle), reconstruite en 1769-1770 et restaurée en 1859, en 1903, en 1956 et en 1984. Il s'agit d'un édifice en forme de croix latine. La cloche est datée de 1838. La chapelle abrite les statues de saint Guénolé, sainte Barbe, saint Mathurin, sainte Brigitte, sainte Catherine, saint Pierre (XVIIème siècle), saint Michel (XVIIème siècle) et une Pietà. La statue (H. 1,10 m) en bois polychrome de saint Guénolé date du XVIème siècle : l'abbé est en chasuble et porte une crosse dans la main gauche. A noter que dans le voisinage de la chapelle, ont été mises à jour des tombes préhistoriques ; | |
l'ancienne chapelle du Nivot, incorporée jadis au bâtiment de l'Ecole d'Agriculture fondée en 1922 par les Frères de Ploermel ; | |
l'ancienne chapelle de Tourquelennec, aujourd'hui disparue ; | |
l'ancienne chapelle de Penavoas (Penanhoas ou Pen-ar-Voas), restaurée en 1719 et en 1768 et aujourd'hui disparue. Les ruines ont servi d'écurie. La chapelle de la seigneurie de Penanhoas dut être bâtie par les de Tréouret. Les de Blois et les Villiers de l'Isle-Adam qui en devinrent ensuite les propriétaires, ne firent que la conserver et l'entretenir aux besoins du culte. Elle fut surtout réparée en 1719, l'année de la mort du Comte de Blois à Pensacola, car la croix, qui a été conservée, porte encore cette date. Elle était orientée vers le couchant et située au bout nord du jardin du manoir ; couverte d'ardoise, ayant des portes au levant et au nord, avec une fenêtre aussi au levant [Note : Estimation de biens d'émigrés en Lopérec par les commissaires du district de Ville-sur-Aône (Châteaulin) en l'an III (Archives départementales du Finistère)]. Nous ne savons à qui elle était dédiée, puisque nous ne possédons aucun aveu [Note : Ceux des Tréouret du XVIIème siècle et de Mme de Blois vers 1725 contiennent sans doute d'intéressants renseignements à ce sujet. Nous n'avons pu les retrouver] du temps la concernant ni aucune indication sur les statues qu'elle contenait. Nous allons voir qu'il y avait dans cette chapelle deux tableaux représentant l'un saint Paul et l'autre saint Louis. Elle était peut-être dédiée au premier, dont la fête correspond avec la vente des cerises, qui jadis étaient l'un des principaux produits et l'occasion de grandes réjouissances dans cette paroisse. Faute d'autres meilleurs renseignements, voici la liste des ornements sacerdotaux et objets de piété qui se trouvaient dans cette chapelle au milieu du XVIIIème siècle, telle qu'elle nous est fournie par un inventaire [Note : Inventaire de Penanhoas du 14 avril 1757, dont nous respectons la forme et même l'orthographe des mots, puisque nous laissons chasupe pour « chasuble »] : - Un tableau représentant saint Paul cadre de bois vue sur toille peinte vive ; un autre représentant saint Louis, cadre doré sur toille peinte ; un petit tableau à petit cadre représentant le Christ aussy sur toile (24 #). - Un calice d'argent doré avec sa platine et son etuy, pesant un marc six onces cinq gros, à raison de 48 # 18 s. le marc (86 # 9 s. 5 d.). - Un missel (12 #). - Un christ dyvoire (3 #). - Deux devants d'autel de point (12 #). - Un devant d'autel noir (3 #). - Un chasupe de la mesme camelotte avec l'étolle manipule et voille (6 #). - Un autre chasupe de point de Damas, l'étolle, manipule, voille et bourse (15 #). - Un voile de taffetas brodé (3 #). - Une chasupe noir de velours avec son étolle, manipulle, voille et bourse (24 #). - Deux coessins ouvragés, deux autres garnis de mousseline (4 #). - Une aube bonne et deux mauvaises avec un coulon (9 #). - Deux napes d'autels nues et une autre garnie de dentelles (3 #). - Un vieux devant d'autel de mousseline brodé et un autre de dentelle (6 #). - Deux morceaux de dentelle pour l'ornement de l'autel (3 #). - Une toilette garnie de dentelle servant de dé (3 #). - Sept purificatoires et essuymains (10 s). Une pierre sacrée (6 #). Une niche et six bouquets de fausses fleurs, quatre petites estampes à cadre doré, une petite grote et deux pupitres (6 #). - Six petits pots de fayance (2 #). - La grande cloche de la chapelle (36 #). - Deux petites burettes de porcelaine et une petite clochette (1 #). - Cinq grands pots de fayance et six autres vieux avec quatre verriers (18 #). Ces ornements n'étaient donc guère riches ni en bon état, puisque leur estimation judiciaire ne monte qu'à 235 livres 19 sols et 5 deniers. Le commissaire Villiers de l'Isle-Adam, devenu pieux après la mort de son unique fillette et après une maladie en 1768, devait faire réparer la balustrade, la couverture, les portes et autres parties de sa chapelle, lui acheter aussi d'autres objets du culte et des ornements sacerdotaux. A sa mort, ne contenait-elle pas : « trois chasubles de différentes coulleurs, avec leurs étolles, manipules, trois aubes, dont une mauvaise, un callice, sa patenne, deux orceaux [Note : Il s'agit sans doute des deux burettes dont il est question dans cette note du 27 février 1759. « Payé 195 livres 6 sols pour deux burettes et un petit plat pour ma chapelle, dont 38 livres 3 sols de façon ». Extrait d'un registre de comptes de J. de Villiers de l'Isle-Adam] et un petit plat le tout d'argent », déclare un état de scellés de 1762. Le tout dut être confié à M. Le Guével [Note : Pierre Le Guével, recteur de Lopérec, de 1739 à 1775), recteur de Lopérec, pour le service du culte dans cette chapelle au départ des châtelains de Penanhoas (Pen-ar-Voas), puisqu'elle existait encore à la Révolution ; | |
la croix de Crével (moyen âge) ; | |
le calvaire de la place de léglise (1552), édifié par Fayer. Edifié en 1552 en kersantite avec un socle cubique orné de bas reliefs, il représente des scènes de l’évangile. La date de 1552 se trouve au pied du calvaire. D'un côte Notre-Seigneur est en croix entre deux cavaliers, plus bas se trouvent la sainte Vierge, saint Jean et une Pietà. Au revers se trouvent un Ecce Homo, la Résurrection, saint Pierre, saint Jean, saint François à genoux et Madeleine à genoux. Au bas du calvaire, en bas-relief, on trouve Notre-Seigneur portant sa croix, les quatre évangélistes, sainte Véronique et le Christ apparaissant à Madeleine. Après avoir été abattu par la tempête de 1987, le calvaire a été relevé ; | |
d'autres croix ou vestiges de croix : Guern-ar-Born (XXème siècle), Kergonan ou Croas-Nevez (1580, 1886), la croix du cimetière de Lopérec (1883), la croix de mission (XVIème siècle, 1857, 1935). A signaler aussi des croix aujourd'hui disparues : Saint-Guénolé, Kerascoet ou Croas-Nu ; | |
le manoir de Pen-ar-Voas ou Penanhoas (1550), édifié par la famille de Tréouret, et restauré en 1713 par Jean de Blois de La Calande. La demeure passe ensuite aux mains des Villiers de LIsles-Adam (au XVIIIème siècle). Depuis, il y a déjà eu pas mal de propriétaires à Penanhoas depuis Jean-Jérôme de Villiers. Après Yves Le Floch, du Faou, ce fut Louis Quilliou de Rosnoën (1826), puis les Poulmarch (1864), et enfin MM. More et Jules Brigant (1910), de la même famille. Nous avons rencontré souvent ce nom de Pen-ar-Voas et celui de la même seigneurie écrit de façons différentes. Ce sont, d'abord : Penanoaz (réformation de 1669). Pennanoas ou Penanois (Note : Signature de François-René de Tréouret de Penanois) (1704). Pennanoas et Pennanouas (inventaires de 1713 et de 1718). Pennenoüas (lettres et manuscrit de Villiers de l'Isle-Adam — 1753-1761). Pennouas (déclaration de succession de 1761). Les autres façons dont on a écrit le même nom sont : Penanhoas (inventaires de 1720 et 1767 ; contrat de 1713). Penanvoas, Penanvoaz ou Penanroaz (1713, 1761, 1770). Pennenvoas, Pennanvoas ou Pennanroas (1700 et 1761). Penavoas (carte de Cassini). Pennavoas (inventaire de 1761 et expertise de l'an III). Pennaroas (registre de l'an III). Penanhoas comprenait une maison manale, des bâtiments de ferme et dépendances, puis une chapelle entretenue par les châtelains. La maison manale était une simple maison bourgeoise de 60 pieds de long sur 36 pieds de large se composant d'un rez-de-chaussée, d'un étage et d'un grenier. Au rez-de-chaussée il y avait une grande cuisine, une arrière-cuisine avec four, puis une grande salle avec une plus petite à côté, donnant toutes les deux sur les jardins. L'étage comprenait deux chambres et deux grands cabinets pouvant en servir. Au-dessus, tout en haut de la maison et à côté du grenier, on voyait encore deux petits cabinets, servant au personnel ou de pièces de débarras. Au dessous, trois caves. Voici une description daté de 1912 : « J'ai tenu à savoir ce qui restait du vieux manoir de Penanhoas-l'Isle-Adam, et cette visite m'a ravi. Car, de toutes les gentilshommières d'autrefois de Lopérec, c'est la seule qui se soit aussi bien conservée. En effet, c'est bien toujours la longue bâtisse bourgeoise, en grandes pierres travaillées, qui mesure, comme jadis, ses soixante pieds de longueur de façade. Sa vieille porte cintrée du milieu, ses fenêtres à meneaux en pierres, du temps, comme leur nombre, révèlent bien les chambres qui ont disparu dans un vaste grenier. Son large pignon du levant, où l'on voit encore le four et les deux grandes cheminées toutes garnies de lierre, nous montre les 36 pieds de largeur de cette maison manale. Seulement, les seconds appartements, côté jardin, où étaient les salles à manger et de compagnie ont été détruits ; seules, restent leurs vastes cheminées de l'époque un peu en ruines : les grosses pierres ayant été prises pour bâtir des granges et écuries. Si l'on entre dans la maison par la grande porte de la cour, nous y trouvons, à gauche, la cuisine avec la belle cheminée, en pierres taillées, des Villiers. Les portes cintrées de com munication avec les salles sont encore là, comme l'escalier de pierre tournant conduisant aux chambres du premier étage. A droite, c'est la maison du four, telle que jadis ; c'est une espèce d'arrière-cuisine, avec la bouche d'un joli four dans la cheminée, qui mesure 2 mètres 20 de largeur sur 1 mètre 10 de profondeur. Cela n'a rien d'étonnant, puisque l'épaisseur des murs du manoir est d'un mètre. Avec les vieux meubles bretons du fermier Yvenat, l'on peut se figurer que tous ces lits-clos, ces mayes, ces tables à pain et galette, sont bien ceux que nous avons cités à l'inventaire de Mme de l'Isle-Adam. Au bout, est le puits antique du temps, tout en pierres et à margelle, sur le haut duquel on a mis la croix de la cha pelle détruite : elle porte la date de 1719. L'emplacement de celle-ci est encore là, on en voit des traces ; elle confinait au jardin ; mais, avec ses débris, on a fait une écurie, dans le mur de laquelle est une pierre armoriée double. Malheureusement, les écussons ont été un peu martelés, et l'on ne peut guère les bien reconnaître. Cependant, par quelques indices, nous croyons que c'est le double écusson des du Mains et des l'Isle-Adam. La fermière, qui m'a réservé un accueil avenant, me dit que, dans les chambres détruites, il y avait une cachette avec trappe pouvant contenir six personnes, et qu'il est de tradition qu'elle servit à dérober des prêtres réfractaires et aussi des chouans pendant les temps troublés de la Révolution. Derrière, le beau jardin muré dont prenait tant de soins le commissaire de l'Isle-Adam, et le grand verger avec les fruits duquel il faisait de si bon cidre sont toujours là, avec des pommiers, des poiriers, des pruniers ; seulement, on les laisse sans cultiver, en vergers pleins d'herbes. Il n'est donc point besoin de faire effort d'imagination pour voir le manoir tel qu'il était au temps des Villiers de l'Isle-Adam » (Théophile Janvrais) ; |
Nota 1 : La métairie de Penanhoas. — Ses métayers et fermiers. Pendant la plus grande partie du XVIIIème siècle et sans nul doute auparavant, la maison du métayer ou fermier de Penanhoas était séparée et à côté du manoir. Ce ne fut que vers 1770 que le manoir la remplaça. Elle comprenait en plus : une grange près de l'aire et quatre crèches couvertes en paille, une « soulx » à pourceaux, la chapelle, un four, un puits et une aire ; le tout d'une superficie de 82 cordes. La terre de la ferme se décomposait ainsi : un jardin de 26 cordes, 3 courtils ou vergers de 100 cordes de superficie, (Vergé-Coz, Vergé-Vras, Salé Boulou), 4 prés de 215 cordes (Prat Poulguinanou, Praden Bian, Prat Bruluec et Prat ar vorc'h), 8 parcs de terre chaude de 1.565 cordes (Parc Men guen, Parc ar Croassant, Parc ar leur, Parc ar c'holéou, Parc ar Guinis, Parc Marre, Parc ar forn, Parc ar bian), 4 garennes de terre froide de 1.020 cordes (Goarem Poul guinanou, Goarem Testa da neal, Goarem Bras et Goarembian) et 2 bois taillis de 100 cordes (Coadic Pennavoas, Coadic Prat ar vorch) [Note : Extrait d'une expertise de l'an III (Archives départementales)]. Soit un total de 3.082 cordes ou 38 journaux et demi de terre. Si l'on considère que la moitié de la métairie avait été vendue en 1761, l'on peut se rendre compte de l'exacte étendue de la métairie de Penanhoas dans la première moitié du XVIIIème siècle. Une question se pose tout naturellement : Quels furent les métayers ou fermiers de Penanhoas ? Ce serait d'ailleurs un très intéressant complément de l'histoire de ce manoir de voir une longue liste des gens de la plèbe, des travailleurs de la terre, figurer à côté des générations de propriétaires du sol. Nous avons tenté de l'établir, dans la mesure du possible, malgré la pénurie de documents. Nos lecteurs seront obligés de se contenter des principaux « mesnagers » qui ont travaillé et amélioré cette métairie à côté des de Blois et des Villiers de l'Isle-Adam. Avant M. de Blois de la Calande, c'est-à-dire du temps des Tréouret, nous savons seulement que c'était un Hémery, époux d'Adeline Provost, qui était métayer de Penanhoas ( Archives de Lopérec de 1700). Les nouveaux propriétaires, Jean-Thimothée de Blois et Françoise du Mains, y installèrent Jean Le Cam et Anne Jouissant. Celui-ci mourut à 60 ans le 27 novembre de la même année et sa veuve continua la ferme avec ses enfants, Jean, Guillaume et Bernard Cam. Guillaume Cam se maria le 17 septembre avec Marie Melon, mais mourut quelque temps après ; son frère Jean alla ailleurs après mariage, et Bernard Cam resta seul à Penanhoas avec sa mère et sa jeune femme, Fleury Naga, épousée à l'automne de 1716. Nous avons vu que le Comte de Blois fut le parrain d'un de ses fils, peu avant sa dernière croisière d'Amérique. Ils eurent comme successeurs François Cariou, et Madeleine Kérébel, dont l'une des filles, Françoise-Thimothée, fut la filleule d'un des fils de Blois. Quand elle se maria, en 1742, avec Jean Le Stang, elle resta aussi dans la métairie, qu'elle devait garder très longtemps. Elle perdit son mari quelques années plus tard et se remaria en 1746 avec Jean Salaün. Elle eut plusieurs enfants à Penanhoas, dont les châtelains furent quelquefois les parrains. Mme du Mains de Blois l'estimait beaucoup et ne l'appelait que par son petit nom familier et breton de Saïc (pour Françoise). Son mari et elle figurent à l'inventaire de leur vieille châtelaine en 1757, et nous avons vu que leurs bestiaux venaient de celle-ci en « palmage » et à « mi-frais et profit » entre la propriétaire et ses métayers. Les bestiaux ayant été vendus, Jérôme de l'Isle-Adam remplaça le métayage par le fermage, et, par bail du 25 septembre 1757, il loua aux mêmes la métairie de Penanhoas pour 180 livres. Jean Salaün et Françoise-Thimothée Cariou permutèrent avec Jean Montfort (originaire de Pleiben) et Françoise Le Mignon, qui étaient fermiers au manoir de Penanguer. Ceux-ci prirent la métairie de Penanhoas aux mêmes conditions du bail de Salaün, qui fut prorogé d'ailleurs le 21 septembre 1759. Jean Montfort figure à l'inventaire de Penanhoas en 1762, après la mort du commissaire Villiers de l'Isle-Adam. Ce furent, croyons-nous, Louis Le Menez et Anne Paon qui lui succédèrent. Devenue veuve avec plusieurs enfants, celle-ci se remaria avec François Le Guella, originaire de Pleiben, et lui-même veuf de Marie-Michelle Le Menez. Ils étaient toujours les fermiers de Penanhoas quand mourut, en 1769 ( Déclaration de Marie-Jeanne de Kersauzon veuve de l'Isle-Adam), l'enseigne Charles Villiers de l'Isle-Adam. François Le Guella mourut à 45 ans le 29 octobre 1771. Sa veuve garda la ferme, suivant nouveau bail du 8 janvier 1776, et ce fut son gendre, Nicolas Bernard, qui lui succéda, par bail de neuf ans du 16 juillet 1784 pour 250 livres par an. Il était toujours fermier à la Révolution, même lors de l'inventaire et de la vente des biens d'émigrés de la région. Penanhoas changea alors de propriétaire et sans doute de fermier.
Nota 2 : Penanhoas bien national. — Sa vente. Nos lecteurs se rappellent l'idée émise par le jeune Villiers de l'Isle-Adam, fils de Marie-Jeanne de Kersauzon, de passer à Saint-Domingue pour l'arrangement de ses affaires ou de se retirer pour vivre en ermite à Pennen, ce même Pennenouas ou Penanhoas que nous venons de faire connaître. C'était à la fin de 1789, à l'aurore de la Révolution dont il avait été déjà victime au pays de Paimpol [Note : Le Conseil permanent de Paimpol le considérait un peu comme suspect, grâce à ses propos subversifs], étant chez sa vieille tante et marraine Magdeleine Le Mérer de l'Isle-Adam. Il disparut ensuite jusqu'en 1796, époque de son mariage à Maël-Pestivien. Qu'était-il devenu pendant cette période troublée de la Révolution ? Avait-il émigré, comme ce fait est encore de tradition dans sa famille et comme lui-même s'en flatta sous la Restauration pour essayer d'obtenir une pension de la Cour et certains avantages pour l'éducation de sa nombreuse famille ? La question n'avait pas été élucidée jusqu'ici à l'aide de documents authentiques. Mais nous en avons trouvé la preuve dans une réclamation faite en 1793 à Brest au nom de sa tante, Magdeleine Le Mérer, sur les arrérages à elle dus sur les biens de son neveu l'Isle-Adam « émigré ». Sa mère et le comte de Laz avaient caché quelque temps dans leur manoir de Trégarantec l'évêque de Léon, Mgr. de la Marche. Il émigra en Angleterre en compagnie d'Alexandre Jégou du Laz et du jeune Villiers de l'Isle-Adam. Ensuite ceux-ci rejoignirent l'armée des Princes. Il n'est donc pas étonnant de voir le nom de Villiers de l'Isle-Adam figurer sur la « Liste imprimée des émigrés du département du Finistère », extraite des registres de l'administration départementale, du 15 frimaire an II (5 novembre 1793) [Note : Son beau-père Jégou du Laz y figure aussi, mais en qualité de « non émigré »). Cependant on ne mentionne en regard de ce nom que des « biens à Brest », qui devaient devenir des « biens nationaux ». Etaient alors considérés comme émigrés tous les Français qui, sortis du territoire de la République depuis le 1er juillet 1789, n'y étaient pas rentrés au 9 mai 1792 ; ensuite tous les Français absents de leur domicile au 9 mai 1792 qui n'avaient pas justifié, fin novembre 1794, dans les formes prescrites, qu'ils avaient résidé sans interruption et depuis sur le territoire de la République. On y ajoutait tous les Français convaincus d'avoir, durant l'invasion des armées étrangères, quitté le territoire non envahi de la France pour résider sur celui occupé par l'ennemi [Loi du 25 brumaire an III (15 novembre 1794)]. Dès le 6 août 1791, l'Assemblée constituante avait ordonné aux émigrés de rentrer en France dans le délai d'un mois, alors que le décret du 9 novembre suivant déclarait « suspects de conjuration » les Français hors frontière. La loi du 9 février 1792, développée par le décret du 30 mars suivant, mit tous les biens des émigrés, meubles et immeubles, sous la main de la Nation, à la fois pour s'indemniser des frais extraordinaires occasionnés par leur conduite et aussi comme mesure nécessaire pour leur ôter les moyens de nuire à leur Patrie. Ces biens furent séquestrés, inventoriés, administrés par les Domaines, puis vendus pour la plupart par les soins des directoires de district. Ce fut ce qu'on a appelé la « vente des biens nationaux ». Elle fut bien suspendue un moment et pour certains cas particuliers par les décrets du 15 floréal an 2 et du 10 messidor an 3, mais elle reprit avec la loi du 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794). Le Directoire du district de Châteaulin, sans doute bien informé sur l'émigration de l'ancien marin de la Calypso, ne l'oublia pas plus qu'on ne l'avait fait à Brest. Et de ce fait son manoir-ferme de Penanhoas fut considéré aussi comme bien national. C'est ainsi que le 1er nivôse an 3 (21 décembre 1794), le Directoire du District de Ville-sur-Aône (Châteaulin) requit une commission « d'aller inventorier et estimer la valeur d'un bien national appelé le ci-devant manoir de Penavoas Lileadam et situé sur le territoire de la commune de Lopérec, lequel provient de Jean-Jérôme-Charles Villiers de Lisle-Adam, ex-noble émigré, enfant mineur de feu Charles-François Villiers de Lisle-Adam de son mariage avec Marie-Jeanne de Kersauzon femme Du Laz et affermé par bail au citoyen Nicolas Bernard...». Cette commission se composait de : François Rolland [Note : Ce François Rolland, fils d'Hervé Rolland et de Catherine Coz, était né à Lopérec en 1767, il devint notaire à la Révolution et propriétaire du Nivot. Il mourut pendant la Terreur blanche le 20 mai 1816, assassiné d'un coup de feu dans le bois environnant le château], de Kervinnic en Lopérec, commissaire-expert, de François Tromeur et de Michel Suignard, tous deux officiers municipaux, qui s'adjoignirent le fermier Bernard. Leur vacation dura dix jours, ayant estimé le tout en détail, pièce de terre par pièce, suivant sa qualité et donnant sa superficie, détaillant aussi chaque propriété bâtie. Le tout présentant un total de 3082 cordes. Il est dit encore dans ce rapport : « ..... Lesquels biens ci-dessus détaillés sont affermés en denniers pour la somme de 250 livres, que le pot de vin se montant à la somme de 90 livres pour les neuf années du dit bail fait partie des charges annuelles pour la somme de dix livres, ce qui fait le neuvième de la somme de 90 livres et porte le produit du bien à une somme annuelle de 260 livres ; de laquelle déduisant la somme de 68 livres 11 sols 9 deniers de contribution, dont le dit bien est chargé d'après la représentation des rôles, reste celle de 191 livres 8 sols 3 deniers, laquelle d'après le prix commun des biens de cette nature dans la dite commune donne pour valeur principale celle de cinq mille sept cent quarante-deux livres cinq sols, cy 5742 # 5 sols ». La vente en un seul lot avait été décidée par les experts [Note : Elle fut affichée dans tous les lieux prescrits par la loi le 13 prairial an III (1er juin 1795)].Elle eut lieu six mois plus tard, à Châteaulin, le 11 thermidor an III (29 juillet 1795), dans la salle d'audience du Directoire du District, par Charles-François Le Lièvre, président ; Jean-Baptiste Blondin et Jacques-Nicolas Lageat, administrateurs du District, assistés de Guillaume-François de la Roque, procureur-syndic, et de Lenormant, secrétaire. Il n'y eut pas d'enchère ce jour-là et l'adjudication fut renvoyée au 2 fructidor même année (19 août). Les mêmes personnages (Note : sauf le président Lelièvre qui était remplacé par le vice-président Le Bouédec) procédèrent au jour dit et sur les dix heures du matin. En voici les résultats, d'après le procès-verbal et après que lecture des conditions de vente des biens nationaux en eût été faite : Premier feu : le citoyen Motreff : 15.000 # ; Le. Floch : 30.000 #. ; Batigan : 50.000 # ; Lelièvre : 50.000 # ; Batigan : 70.000 #. Second feu : Le Floch : 72.000 # ; Batigan : 80.000 # ; Dieulangar : 85.000 # ; Batigan : 90.000 # ; Dieulangar : 90.500 # ; par Batigan : 95.000 #. Troisième feu : Le Floch : 96.000 # ; Dieulangar : 97.000 # ; Le Floch : 97.600 # ; Cretay : 98.000 # ; Le Floch : 98.100 # ; Dieulangar : 98.500 # et Le Floch en offrit enfin 98.600 #. On alluma un quatrième feu, lequel s'éteignit sans qu'au cune autre enchère vînt se produire. Le Directoire adjugea alors pour la somme de 98.600 # au citoyen Yves Le Floch, du Faou, le manoir et la métairie de Penanhoas « bien national » ( Archives départementales du Finistère. — Série Q. — Registre 78, n° 178), qui allaient devenir une simple ferme cornouaillaise. Cette vente fut enregistrée à Ville-sur-Aône dès le lendemain pour 20 sols. Le lecteur pourra s'étonner de voir qu'une telle propriété qui avait coûté 2.800 # en 1713, qui était estimée 5.742 # à la fin de 1794, ait été vendue huit mois plus tard près de 100.000 #. Cette énorme différence demande une explication. Sous la Révolution tout se payait en assignats, dont la dépréciation alla grandissante de jour en jour, depuis la première émission, jusqu'à leur abolition. Et si nous examinons le cours de cette monnaie à l'époque où eurent lieu les enchères de Penanhoas, nous pouvons affirmer que cette propriété des Villiers de l'Isle-Adam fut vendue au-dessous de sa valeur, au-dessous de ce qu'elle avait été achetée par leur famille quatre-vingt-deux ans auparavant. En effet, en fructidor an III, le cours des assignats augmenta de 882 à 1.161 [Note : Tableau général des assignats (Bulletin des lois de messidor an V)]. — soit 1.000 pour la moyenne du mois. Ces 1.000 # de papiers assignat ne représentaient que 24 # de numéraire ; ce qui ne donnait réellement pour ce prix d'achat précité qu'une simple valeur de 2.400 # ... Dès qu'elle avait appris que le séquestre était mis sur les biens de son cher filleul et neveu Jean-Jérôme Villiers de l'Isle-Adam, biens qui garantissaient son douaire convenu le 28 octobre 1762, Mme Le Mérer de l'Isle-Adam avait fait opposition. C'était le 23 janvier 1793, par son procurateur M. Charles-Louis Gillart, homme de loi à Brest. Le directoire du district, présidé par Le Breton, lui décerna acte : 1° de sa déclaration et de son opposition sur les biens de l'émigré Villiers de l'Isle-Adam ; 2° de son affirmation par serment que la créance réclamée était légitime. Une enquête fut aussi décidée [Note : Voici la réponse de l'administration compétente du Finistère : « Vu l'opposition, etc.. considérant que les lois du 13 ventôse et 26 germinal an III accordent aux femmes des condamnés et émigrés les droits qui leur sont acquis par leurs contrats de mariage, coutumes ou statuts ; Le Commissaire du Directoire exécutif entendu ; L'administration nomme arbitre pour la République le citoyen Le Hir fils, pour avec celui qui sera avec la dite Le Mérer procéder conformément à la loi au règlement et assiette de son douaire. Signatures : F. Abgrall ; Le Breton ; Miorcec » (Archives départementales)]. Mais lorsqu'on prit cette première décision en faveur de Mme Le Mérer de l'Isle-Adam, elle était dans la tombe, morte de vieillesse et de chagrin, elle qui avait reporté toute sa tendresse sur ce filleul émigré. Ce décès réduisait toute opposition à la vente de ces « biens nationaux » ; elle eut donc lieu, comme nous l'avons établi. Presque un an, jour pour jour, après la vente de ses biens, Jérôme-Jean de l'Isle-Adam, rentré en France, se mariait à Maël-Pestivien (Côtes-d'Armor), avec Gabrielle Hamon de Tréveno, du manoir de Kerrohou. C'est ce qui explique que le cousin de sa femme, le citoyen Gourlay-Kervizien, de Saint-Brieuc, se disant procurateur de Villiers de l'Isle-Adam, sollicita à son tour la main-levée du séquestre des biens de ce dernier, le 15 fructidor an V (1er septembre 1797). Il était trop tard. La loi du 28 avril 1825, dite « Loi du milliard pour les émigrés », combla d'aise Villiers de l'Isle-Adam, dont la position de fortune était loin d'être brillante à cause de ses lourdes charges de famille. Elle concernait 30 millions de rente, au capital d'un milliard, destinés à l'indemnité due par l'Etat aux Français dont les biens fonds situés en France avaient été confisqués, aliénés et vendus au profit de l'Etat, en exécution des diverses lois sur les émigrés. Jean-Jérôme de l'Isle-Adam, qui se trouvait alors chez son parent, M. de Blois de la Calande, à Morlaix, réclama sa part le 19 juillet 1825. Sa requête était la 128ème du département du Finistère. Son cas fut examiné en décembre par la Commission d'expertise départementale constituée à cet effet et, le 25 février 1826, il obtenait la somme de 27.867 francs 40 centimes, à la fois pour sa maison de Brest et pour sa propriété de Penanhoas. La part de celle-ci s'élevait exactement à 2.366 francs 40 centimes ( Archives départementales du Finistère). Les Villiers de l'Isle-Adam venaient de perdre définitivement le manoir cornouaillais qui avait été le berceau breton de leurs ancêtres.
le château du Nivot (XVIIème siècle-1884-1895) ; | |
la maison de Breuil-Bras (XVIIème siècle) ; | |
la maison de Penhoaden (1681) ; | |
la maison, située route de Saint-Rivoal (1821) ; | |
l'ancienne fontaine Saint-Guénolé ; | |
l'ancienne fontaine Sainte-Marie-Madeleine ; | |
2 moulins dont le moulin à eau de la Poudrerie de Pont de Buis, de Penguern ; |
A signaler aussi :
une dizaine de tumuli et de tombes (âge de bronze) ; | |
l'école dagriculture (1923) ; |
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ANCIENNE NOBLESSE de LOPEREC
Au XVIIème siècle, ce furent les Tréouret qui étaient possesseurs du manoir et de la seigneurie de Penanhoas
(Pol de Courcy. — Nobiliaire de Bretagne). Les Tréouret étaient une vieille famille bretonne de
Cast, où existait encore à la Révolution un vieux château de ce nom (Ogée).
Leurs armes étaient : d'argent au sanglier de sable en furie, allumé et défendu
d'argent, avec la devise : Sœvit, furit et ardet. (Il est en furie, se rue et
flamboie). Ils avaient fourni à toutes les réformations et montres
de 1426 à 1562, et leur famille fut maintenue en 1669, aussi bien pour Tréouret
(Cast) que pour Penanouaz (Lopérec), Penfoullic (Fouesnant), Coatlez et Trohannet (Briec), comme pour Kerstrat
en Châteaulin. Au commencement du XVIIème siècle Louis de Tréouret, époux de Louise de
Moëlien, dame douairière de Kerstrat, était chef de nom et d'armes de la famille. L'un de ses fils,
Joseph-Hyacinthe de Tréouret, époux d'Anne de la Roche, alla
habiter à Trohannet en Briec ; un autre, Urbain de Tréouret, seigneur de
Kerstrat, époux d'Anne Le Gouvello, fut
longtemps sénéchal de Châteaulin, et un troisième, Guy-Michel de Tréouret, et son épouse Françoise de la Marre, étaient
seigneur et dame de Penanouaz, possédant encore le manoir du Bruil (Bruil ou
Bruilluec, non loin de Penanhoas) qui passa aux de Penguern. Un acte contrôlé du
temps (Papiers de la famille du Mains) nous enseigne que, le 30 août 1683, écuyer Michel
de Tréouret, châtelain de Penanhoas et y demeurant, fit aveu de sa terre, manoir et dépendances, à la seigneurie
du Faou.
Vers la même époque, un ingénieur du Roi chargé des fortifications du port de Brest, depuis plusieurs années en
Bretagne, s'y étant même marié, René Dangerès sieur du Mains et de la Bellevue
[Note : René du Mains, sr. de la Bellevue, ingénieur du Roi à Brest depuis avant 1675, marguillier de l'église des
Sept-Saints en 1685, décéda dans
cette ville et fut inhumé aux Capucins, à l'âge de 61 ans, le 27 octobre 1703.
Il signait « Bellevue du Mains ». — (Archives de Brest)], propriétaire à Brest et à
Recouvrance, acquérait du duc de Richelieu ([Note : Il s'agit de messire Armand-Jean
Duplessix, seigneur duc de Richelieu
et de Fronsac, pair de France, chevalier d'honneur de Madame la Dauphine et seigneur propriétaire de la Juridiction et Vicomte du Faou,
Irvillac,
Logonna et la Villeneuve] de nombreux afféagements dans la paroisse de Lopérec, tels que le manoir
du Nivot [Note : « Divers Contrats de féage de plusieurs piesces de terre dépendant
du Nivot, consentys par le duc de Richelieu au feu seigneur du Mains, avec les anciennes déclarations des domanniers des terres portées aux dits
féages — 14 piesces ». — (Archives des du Mains-la-Jaille)], les terres de
Kerourien, de Coatriguidy, etc.,
propriétés situées non loin de Penanhoas. Disons tout d'abord que les origines des Dangerès
du Mains sont des plus honorables. Cette famille du Vivarais portait : Echiqueté d'or et d'azur de 4
tires. La branche des
Dangerès de Pondagre a été maintenue en Languedoc en 1669 et les Dangerès du Mains de Brest confirmés par
lettres patentes de 1755.
Certains actes du commencement du XVIIIème siècle qualifient l'ingénieur René du Mains de
« noble homme », de « Sr de la
Bellevue, seigneur du Nivot, Kerourien et autres lieux » [Note : Notamment l'acte du mariage de
Jeanne-Louise du Mains avec le
baron Joseph Doroignen, capitaine de vaisseau du Roi de France et contre-amiral d'Espagne. (Archives de Brest et de la
Marine)].
Le manoir et la terre du Nivot, avec chapelle, moulin, bois, issues et dépendances, étaient situés dans la partie
nord de la paroisse de Lopérec, au septentrion de la route de Braspartz au Faou, et au milieu de coteaux montagneux,
boisés et élevés qui dominent le cours de la petite rivière de Saint-Rivoal.
Chaque été, ou encore pendant la saison de la chasse, les nombreux membres de la famille du Mains, de Brest,
venaient là se reposer de la ville.
C'est aussi au château du Nivot que devait mourir l'un des premiers Villiers de
l'Isle-Adam venus en Bretagne.
Quelque temps après la mort de leur père en 1676, quatre des enfants de l'avocat parisien Hiérosme de Villiers
[Note : Epoux de Marie de la Roche, dame de la Ménardière et de la Croix] s'en allèrent en Bretagne vivre avec leur frère cadet, qui était
« écrivain du Roy » au port de Brest. C'étaient Jérôme, François, Jean et Marguerite. François
(Note : Aucun des généalogistes et historiens du maître écrivain Villiers de
l'Isle-Adam, pas plus que lui-même d'ailleurs, n'a signalé ce François
Villiers de l'Isle-Adam, dont nous avons trouvé trace authentique] entra dans les
gardes-marine en 1683 et y mourut en 1690. Deux ans après, son frère Jean de Villiers entrait dans le même corps en
même temps que Jean de Blois de la Calande. Marguerite de Villiers vivait avec son frère Jérôme, qui leur servait de
père à tous.
Grâce à ce frère aîné, devenu commissaire ordinaire de la marine et ami des frères Trouin du Guay et des Dangerès
du Mains, l'enseigne de vaisseau Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, qui avait déjà à son actif de beaux états de
services dans la marine royale et qui fut l'un des lieutenants de l'illustre marin du
Guay-Trouin, épousa à Brest le
5 mai 1705 l'une des filles [Note : Nous avons retrouvé trace de sept de ses enfants :
- 1° Françoise-Thomase (1679-1756), précitée ; - 2° Renée-Jeanne (1683-1720) ;
- 3° Jeanne-Louise (1684-1745), qui épousa successivement le baron Doroignen et le comte de Roquefeuil ;
- 4° Rose, qui mourut jeune ; - 5° Marie-Georgette,
décédée religieuse du Calvaire en 1744 ; - 6° Louis, qui, après avoir été officier
de marine, marié, se fit prêtre et mourut chez M. de Roquefeuil ; - 7° enfin Thomas du Mains
(1681-1730), qui succéda à son père comme ingénieur aux
fortifications de Brest ; il devint chevalier de Saint-Louis et propriétaire du château du
Nivot] de l'ingénieur René du Mains, Françoise-Thomase née à Brest en 1679. Elle avait
vingt-six ans et son mari en avait trente-six.
C'est ce Jean de Villiers de l'Isle-Adam qui sert de trait d'union entre la longue et illustre ascendance des Villiers
de l'Isle-Adam de Paris et de l'Isle-de-France avec la branche bretonne dont il devint le chef de nom et d'armes et qui a eu
descendance jusqu'à nos jours. Epuisé par une captivité de guerre à l'étranger ainsi que
par ses nombreuses et actives campagnes maritimes, Jean de Villiers prit un congé en
1709-1710 et se retira pour
reprendre des forces en pleine campagne bretonne, au château du Nivot, le manoir familial des du Mains. Il y
succomba à quarante ans, le 16 septembre 1710 [Note : Ses biographes, ainsi que les Archives de la marine, le font mourir
à Brest à cette même date. C'est une erreur ; il appartenait bien au
« département de Brest » en qualité d'officier de la marine, mais il est décédé en
Lopérec], au moment
où il allait être nommé au grade alors envié de lieutenant de vaisseau [Note
: L'illustre du Guay-Trouin n'était encore que capitaine de vaisseau], ayant le troisième rang sur la liste des enseignes.
Jean de Villiers de l'Isle-Adam laissait une veuve peu fortunée avec quatre petits enfants en bas âge, plus un
dont la venue était attendue [Note : Jusqu'ici, l'on n'avait attribué que deux enfants à ce père de
famille]. Ce sont : - 1° Jérôme-Jean de Villiers (4 ans et 7 mois) [Commissaire général de la marine
(1706-1761)] ; - 2° Thomas de Villiers (15 mois) [Capitaine commandant l'artillerie de Saint-Domingue
(1709-1754) et chevalier de Saint-Louis] ; - 3° François-Luc de Villiers (2 ans et 9 mois) [Décédé jeune et sans nul doute à
Lopérec], puis Pierre-Jean de Villiers (5 mois) [Décédé en nourrice le 6 octobre 1710, quelques jours après son
père]. Les deux derniers
ainsi que l'enfant posthume — dont nous n'avons pu retrouver l'acte de naissance — moururent jeunes. Nous
reparlerons des deux autres, car ils ont fourni dans la flotte et l'armée coloniale de brillantes carrières toutes à leur honneur.
D'ailleurs, c'est la descendance du commandant d'artillerie coloniale Thomas de
l'Isle-Adam qui a assuré la vitalité de
la lignée bretonne des Villiers de l'Isle-Adam du XIXème siècle. Françoise-Thomase du Mains fut nommée naturellement
tutrice de toute sa petite famille [Note : Le 10 octobre 1710 ; tutelle présidée par le sénéchal de Brest,
M. Quérémar]. Elle se réfugia au manoir du Nivot pour se consoler de ses deuils successifs et
de son veuvage, autant aussi pour procurer le bon air des montagnes cornouaillaises à ses jeunes enfants.
Pendant que les jeunes Villiers de l'Isle-Adam grandissaient, ou mouraient, quelques événements successifs allaient
apporter de grands changements dans la famille Dangerès du Mains. Nous devons tout au moins les indiquer, surtout
pour une meilleure compréhension de la vie des personnages de cette étude.
C'était au lendemain de la rentrée triomphante en France, à Brest, de la brillante expédition de du
Guay-Trouin à Rio-de-Janeiro. Le 20 mars 1712, l'un des propres neveux [Note : Archives de Brest. — Il était fils d'Edmond de la Jaille et de Marie Trouin] du vaillant chef d'Escadre et aussi l'un de ses meilleurs officiers de marine, le lieutenant de vaisseau Jean de la
Jaille,
seigneur de Thoux, se maria avec l'une des filles du lieutenant du port de Brest,
Marie-Anne Betbéder de Bordenave,
qui était la propre cousine germaine de la jeune veuve de l'Isle-Adam. Luc Trouin de la Barbinays signe à l'acte aux
côtés du brave lieutenant du marié, le capitaine de brûlot de Blois de la
Calande.
Quinze jours plus tard, c'était le tour d'un des meilleurs marins du port de Brest, l'un des émules de du
Guay-Trouin :
le capitaine de vaisseau Jacques-Aymar de Roquefeuil épousait la propre soeur de Françoise du Mains,
Jeanne-Louise
du Mains veuve du baron Doroignen. Parmi les assistants se trouvent Jean de la Jaille et le commissaire de marine
Jérôme Villiers de l'Isle-Adam.
Ces unions de deux brillants officiers de marine devaient en amener une autre, quelques mois plus tard : celle de l'ancien commandant en second de la Gloire et du Glorieux [Note : Les hommages de vaillance et de bravoure que du Guay-Trouin a publiquement rendus à Blois de la Calande dans ses Mémoires, surtout à l'occasion de l'héroïque prise du Cumberland, suffisent à la gloire de son ancien lieutenant], Jean Thimothée de Blois, seigneur de la Calande et de Largenoux, avec la veuve de son ancien camarade de l'Isle-Adam, Françoise-Thomase du Mains de Kerourien. C'est cette même alliance qui devait justement amener les Villiers de l'Isle-Adam au manoir breton de Penanhoas, en Lopérec. La bénédiction nuptiale fut donnée à ces nouveaux époux dans la chapelle du Nivot par écuyer Gilles-Paul de Bouloign [Note : Décédé à Lopérec le 18 juin 1722. Ce prêtre était de famille noble ; il était seigneur de Leslec'h en Trélévern et portait : d'or à neuf billettes de sable, 3. 3. 2. 1. accompagné d'une coquille de gueules au premier canton], abbé de Leslec'h et recteur de Lopérec ; mais seulement après l'autorisation de la cour des Reguaires de Goueznou (30 août 1712) et celle même du Roi [Note : Le marquis de Coëtlogon, lieutenant général des armées navales à Brest, reçut du Ministre d'Etat de la Marine de Pontchartrain, une lettre du 24 août 1712, disant entre autres : « ... J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 10 de ce mois. J'ai rendu compte au Roi de la permission demandée par le sr. de la Calande, d'épouser Mme de Lisle-Adam. Sa Majesté a bien voulu l'accorder sur le témoignage que vous avez rendu que ce parti convient à cet officier... » — (Archives de la marine)]. Le capitaine de vaisseau de Roquefeuil avait tenu à être le premier témoin de son futur beau-frère, Jean de Blois de la Calande, ainsi que le frère de la mariée, l'abbé Louis du Mains, seigneur de Bienville, ancien officier de marine. Signalons encore la présence du seigneur fondateur de l'église de Lopérec, escuyer Jean de Penguern, chez qui les mariés avaient fait acte de parrainage quelques semaines plus tôt, puis celle de messire Pangolo de la Porte. Du Guay-Trouin s'associa lui-même à ce mariage de petit gentilshommes en faisant octroyer au marié le grade tant mérité de lieutenant de vaisseau ( Nomination du 25 novembre 1712).
Désirant résider, tout au moins pendant la belle saison,
non loin du manoir du Nivot où ils s'étaient mariés et où
venaient tous les ans les parents de l'estoc paternel de
Mme de Blois de la Calande, elle et son mari profitèrent d'une
vente judiciaire devant la juridiction du Faou pour acquérir, à
peu de frais [Note : Le prix fut de 2.800 livres. La vente avait eu lieu le 9 septembre 1713
et la prise de possession du manoir le 27 du même mois. — (Archives de
la juridiction du Faou)], le manoir noble de Penanhoas et ses dépendances, distant à peu près d'une lieue du Nivot. Et ils en
louèrent aussitôt les dépendances à Jean Le Cam et à Anne
Jouissant [Note : Inventaire de Jean Le Cam du 20 décembre 1713, où il est dit :
« Qu'étant dépourvu de fourrages à leur entrée dans la ferme de Penanhoas,
ce métayer prit par état et estimation les fourrages qui se trouvaient au
dit manoir, dont le propriétaire est M. de Blois, absent, et avec promesses
de les rendre aux droit desquels le sgr. de Blois est subrogé ». —. (Archives
du Faou). Ils augmentèrent ce petit domaine en acquérant,
dès l'année suivante, quelques héritages à Jean-Antoine
Suignard du village de Quilliou-Izella (Note : Vente du 1er septembre 1714, chez Derm, notaire à Brest, pour 360
livres et 9 livres 10 sols de rentes et chefrentes. — (Registre des Insinua
tions de Brest)]. Les traités
d'Utrecht (1713) et de Rastadt (1714), puis la mort du vieux-roi Louis XIV laissaient, en ce moment, quelques loisirs
aux officiers de la marine royale des escadres de Brest. Le
lieutenant de vaisseau de Blois de la Calande, quoique
embarqué ([Note : Sur l'Astrée en 1715 et 1716. L'enseigne Jean de Villiers de
l'Isle-Adam
avait aussi commandé ce navire de l'escadre de du Guay-Trouin, alors tout
neuf, du 24 juin au 26 septembre 1707. — (Archives de la marine)], en profita pour aménager et entretenir la
maison manale de Penanhoas. Malheureusement, l'absence
de nombre de documents locaux et de famille, nous prive de
faire connaître plus exactement ce qui se passa dans cette
résidence champêtre pendant les premières années du ménage
Blois de la Calande.
Trois enfants vinrent s'ajouter aux jeunes Villiers de l'Isle-Adam du premier lit. Ce sont :
- 1° Jean-Thimothée de Blois, qui naquit à Brest le 18 septembre 1714 ; - 2° sa soeur Marie-Françoise de Blois, née à Lopérec en
1716 ; - 3° enfin François-Julien de Blois, qui dut naître aussi à Penanhoas vers 1717.
La prospérité de cette nouvelle petite famille chez les
châtelains de Penanhoas, aggravait à la fois les charges et prenait aussi tous les soins de sa belle-soeur Françoise du Mains.
Aussi le comte de Roquefeuil, qui était devenu le curateur
des jeunes Villiers de l'Isle-Adam, emmena ceux-ci à son
magnifique château de Kerlouët [Note : Ancien château féodal en Plévin
(Côtes-d'Armor), non loin de Carhaix, que le comte amiral de Roquefeuil avait récemment acquis des de
Brilhac et des Canaber, et dont il avait fait la résidence de toute sa famille.
La famille de Roquefeuil a conservé cette propriété jusqu'à la Révolution,
où elle fut vendue comme bien national], sur les premières collines
des Montagnes Noires, et il confia leur éducation au recteur
de la paroisse de Plévin, messire Alain Calonnec (Note : D'après les papiers de la famille du
Mains), sous la vigilante et filiale direction de leur bonne tante et de leur
oncle, l'abbé du Mains [Note : Jeanne-Louise du Mains, dame de Roquefeuil, décédée à
Kerlouët en 1745. Son frère, l'abbé Louis du Mains, y est mort aussi].
Malheureusement, les événements européens qui se précipitaient, allaient de nouveau jeter le deuil dans toutes ces grandes familles bretonnes, notamment au manoir de Penanhoas. La guerre d'Espagne avait fait reprendre la mer à tous nos officiers de la marine royale. Jean de Blois de la Calande, récemment fait chevalier de Saint-Louis [28 juin 1718. (Archives de la marine)], avait été embarqué sur le Mars, qui faisait partie de l'escadre du lieutenant général Desnos de Champmeslin, chargée de défendre nos colonies d'Amérique. Il était le capitaine en second de son propre beau-frère, le capitaine de vaisseau de Roquefeuil.
Nous ne pouvons rappeler ici comment cette escadre défendit l'honneur du pavillon sur les mers lointaines de la France équinoxiale. Mentionnons seulement que l'un des plus glorieux faits d'armes de ses croisières fut le siège et la prise de Pensacola [Note : A Pensacola, la flotte française s'empara de onze navires espagnols, dont le roi de France fit don à la Compagnie des Indes] qui décida de la conquête de la Floride. Comme jadis à bord du Cumberland, le capitaine de Blois de la Calande s'y conduisit en héros, mais il devait payer de sa vie cette nouvelle action d'éclat. Il ne put survivre à ses glorieuses blessures et mourut en mer, à son bord, le 8 octobre 1719. Un prêtre cornouaillais, le P. Guillaume Mentéour, aumônier du Mars [Note : Il figure depuis 1717 sur la liste des aumôniers entretenus de la marine. Cet aumônier procura aussi à Mme de Blois un extrait mortuaire de son mari, le 19 février 1720 (Archives de la marine, Brest)], assista l'héroïque officier à ses derniers moments, entouré de Champmeslin, de Roquefeuil, du Guay, de Vincelles et autres de ses camarades de la flotte.
Un inventaire des biens meubles de leur maison de Brest et du manoir de Penanhoas fut dressé (Note : Le 18 avril 1720 et jours suivants) lorsque la mort aux colonies du capitaine de Blois de la Calande fut confirmée officiellement. Il est regrettable que nous n'ayons pu retrouver cet acte, à la fois pour nous indiquer le ménage d'un officier-gentilhomme du commencement du XVIIIème siècle et le mobilier d'un manoir breton de Cornouaille, comme pour nous montrer la réelle fortune de la première mère bretonne des Villiers de l'Isle-Adam. En effet, par son contrat de mariage du 29 juillet 1712 ( Chez Galopin et Demi, notaires à Brest), la veuve de Blois n'avait-elle pas la communauté de tous les biens de son défunt mari ?...
Les premières années du second veuvage de Mme du Mains de Blois — c'est ainsi qu'elle signait — qui n'avait que quarante ans, furent des plus pénibles, surtout en face de la lourde charge d'une double famille. Le roi, sur une pressante démarche de M. de Roquefeuil, accorda en 1720 à la veuve de l'héroïque capitaine du Mars, en considération des services de feu son mari, une pension annuelle de 300 livres (Voir Lettre officielle. — Archives de la marine). Mais qu'était-ce en raison des obligations d'élever, d'instruire et de procurer une situation en rapport avec leurs noms de gentilshommes, aux deux enfants survivants de l'Isle-Adam et aux trois enfants de Blois ?... Du côté des Villiers de l'Isle-Adam et par suite de la vente de maisons à Paris et à Rueil, propriétés de l'aïeul l'avocat Jérôme de l'Isle-Adam, Françoise du Mains possédait depuis le 22 octobre 1720, une rente de 716 livres provenant d'un constitut de 28.640 livres sur les « Aides et Gabelles de France » — ce qu'on appela plus tard « rente sur l'Hôtel-de-Ville de Paris ». Du côté des de Blois, elle possédait aussi une rente de 150 livres sur les mêmes « aides et gabelles », qui avait été constituée au profit du Sr. de Blois [Note : Un moment en 1714, Jean de Blois de la Calande avait été le débiteur de l'armateur Luc Trouin de la Barbinays pour 6.100 livres de principal] en 1713 ; ainsi que ses enfants de Blois avaient à prétendre à quelques héritages de leur père au pays de la Saulzotte, dont il était originaire. Elle-même, Mme du Mains de Blois, avait recueilli de l'héritage de son père, ancien ingénieur du roi à Brest, quelques petites propriétés et parcs à Recouvrance et Quilbignon, ainsi que des emplacements de maisons à Brest. Elle liquida donc quelques-uns de ces héritages, tant à Brest [Note : Contrats de vente des 23 février 1720, 2 mai 1721, 12 janvier 1723, etc.] et Recouvrance qu'au pays [Note : Son beau-frère, François de Blois, lui achète en 1724 pour 1.194 livres une rente de 51 livres 5 sols et 10 deniers. (Archives de Brest)] de son second mari, afin d'augmenter ses petites rentes annuelles et pour subvenir aux frais d'éducation de ses cinq enfants des deux lits, afin surtout de conserver son petit manoir de Penanhoas, où elle devait passer les cinquante dernières années de sa vie.
Les enfants grandissaient. L'aîné de tous, Jérôme de l'Isle-Adam, fut admis dans l'arsenal de Brest comme élève
de la marine en 1722, et l'année suivante il devenait « écrivain du roi ». Il devait fournir une belle carrière dans le
corps des « officiers de plume » où l'avait précédé son oncle
et parrain, Jérôme de Villiers (1654-1742). Puis ce fut le tour de son
frère Thomas de l'Isle-Adam, qui débuta d'abord dans les gardes-côtes de Bretagne en 1727, pour entrer ensuite à
l'école des Cadets de Rochefort en 1730 et aller enfin officier de troupes coloniales à Saint-Domingue.
Certes, le commissaire de Villiers de l'Isle-Adam faisait
beaucoup pour ses deux neveux ; mais ils étaient encore aidés par leurs autres oncles, Jean de la Jaille et Jacques de Roquefeuil [Note : M. de Roquefeuil était aussi le tuteur et le parrain de François de Blois,
alors que l'aîné Jean-Thimothée de Blois était le filleul de M. de la Jaille], même par du
Guay-Trouin. Ces officiers célèbres de
notre marine d'alors agirent de même pour les enfants de
Blois. Du Guay-Trouin tint même à ce qu'ils fussent embarqués comme « élèves de la marine » dès l'âge de douze
ans [Note : Note des Archives de la marine], sur les vaisseaux du roi, avant leur entrée aux
gardes-marine [Note : Jean-Thimothée de Blois (1714-1751) entra aux gardes en 1731 et son
frère François-Julien (1718-1766), dit le « chevalier de Blois », en
1734], d'où ils sortirent pour devenir plus
tard de brillants officiers de marine comme leur père [Note : Fait rarissime parmi nos grandes familles maritimes, six membres de cette lignée bretonne des de Blois reçurent la croix de Saint-Louis].
Tous, Villiers ou de Blois, dès qu'ils rentraient à Brest ou qu'ils avaient quelques loisirs dans ce port, ils s'empressaient de se rendre près de leur mère commune au manoir de Penanhoas, où elle habitait le plus souvent, principalement dans toute la belle saison. Malgré la disparition d'importantes pièces des archives locales, nous avons maintes fois retrouvé trace de leur présence au pays de Lopérec, où tous s'empressaient d'être parrains avec leur soeur [Note : Marie-Françoise de Blois (1716-1789) qui se maria plus tard avec le capitaine de vaisseau Alain Nogerée de la Fillière] ou des amis. Leur mère, Françoise du Mains, payait d'exemple et nombreux sont les baptêmes et mariages de la paroisse de Lopérec, où elle a assisté soit en qualité de marraine ou comme témoin.
Il est intéressant de citer quelques faits à l'appui. Cela nous montrera, d'ailleurs, comment cette châtelaine savait remplir ses devoirs de bon voisinage, aussi bien avec de simples ménagers comme ceux de Penanhoas, de Troilliau, de Brulluec ou de Penhoaden, qu'avec ses parents du Mains, du Nivot, ou encore envers les gentilhommes du pays, les de Penguern ou les de Kerohan. Et ils remontent loin : - 17 Juillet 1697. — Françoise du Mains [Note : Ses soeurs, Jeanne-Louise et Marie-Georgette du Mains le furent souvent aussi, même au XVIIème siècle et au commencement du XVIIIème siècle. Il en fut de même de l'abbé Louis du Mains et de l'ingénieur Thomas du Mains, leurs frères] est marraine de Marie-Anne Léon, avec Barnabé de la Saudraye, seigneur de Nizon. - 3 Juillet 1712. — Le capitaine de brûlot de Blois de la Calande et Françoise du Mains, « dame de l'Isle-Adam », non encore mariés, sont parrain et marraine de Françoise de Penguern, fille du sr. Jean de Penguern et d'Ursule-Louise de la Coudraye. - 20 Juillet 1715. — Françoise du Mains « dame de Blois » est marraine de Thomas-François Le Gal, au château du Nivot, avec son frère Thomas du Mains, brigadier des ingénieurs du Roi. - 19 Septembre 1715. — Au mariage de Guillaume Cam de Penanhoas et de Marie Melon, est témoin Françoise du Mains, qui signe « du Mains de Blois », en même temps que Marie du Mains et l'abbé Louis du Mains. - 3 Septembre 1716. — Au mariage de Bernard Cam, frère du précédent, avec Fleury Naga, Mme du Mains de Blois est témoin avec son fils Thomas de Villiers de l'Isle-Adam. - 16 Avril 1717. — Au baptême de Thomas-Marie Cam, fils de Jean Cam et de Anne Jamet, de Penanchoat, le parrain est l'escuyer Thomas Lisleadam. - 6 Septembre 1718. — Au baptême de Jean Thimothée Cam, fils des ménagers de Pennanouas, le parrain est Jean Thimothée de Blois. - 14 Août 1725. — Jérôme-Jean de Villiers de Lisleadam, écrivain du roi, est parrain de Claire Offret, avec du Plessix de Bénac. - Le 2 Juillet 1726. — Baptême de trois jumeaux au château du Nivot, Joseph-François, René-Thomas et Antoine, tous enfants de Thomas du Mains et Anne-Marguerite Auffret, seigneur et dame du Nivot. Le parrain du premier fut le Chevalier de Blois avec sa mère Thomase-Françoise du Mains ; celui des deux autres fut Thomas, chevalier de Villiers de Lisle-Adam avec Julienne de Lépinay. - 12 Décembre 1732. — Messire François de Blois et sa soeur Marie-Françoise de Blois sont parrain et marraine de François-Mathieu Henry.- 20 Juillet 1738. — A la bénédiction de la cloche de Lopérec François-Jullien- Ursule-Louise, le parrain fut François-Julien de Blois, sous-brigadier des gardes du pavillon, avec Louise-Ursule de la Coudraye, dame de Penguern. Ses frères et soeurs sont là, ainsi que sa mère « du Mains de Blois ». - 22 Février 1740. — Au mariage de Marc Le Guillou avec Marie Souben assistent les frères de Blois. - 24 Février 1740. — L'aîné de Blois de la Calande assiste aussi au mariage de Michel Le Goas (de Bruilluec) avec Marie Le Naga. - 10 Juillet 1740. — Marie-Françoise de Blois est marraine de Jean Miossec (de Troilliau). Son frère aîné est présent. - 26 Septembre 1742. — Au baptême de François-Marie Tromeur de Bruluec, le parrain est François-Julien, chevalier de Blois, et la marraine, sa cousine Goubert de Kerharo. - 8 Octobre 1742. — Tous les de Blois, ainsi que leur mère, « du Mains de Blois », sont présents au mariage de Jean Le Stang avec Françoise-Thimothée Cariou. - 17 Octobre 1742. — Au baptême de Marc Le Guillou, le parrain est l'enseigne Jean-Thimothée de Blois avec Louise-Hélène de Raguideau. Tous les de Blois sont présents et signent. - 22 Mai 1743. — Mlle de Blois est marraine, avec Marc Le Guillou, de Marie-Anne Cévaër, de Kervoanton. Françoise du Mains y assiste aussi. - 10 Juillet 1743. — Au baptême de François-Hilarion Guillou, Marie de Blois est marraine avec Messire Anne Hilarion, marquis de Tourville, enseigne de vaisseau. - 26 Juillet 1743. — Au baptême de Jean-Marie Le Stang, du manoir de Penavoas, le parrain est l'enseigne Jean-Baptiste de Blois avec Aimée-Agathe Dumay, épouse d'écuyer Aimé de Frésier, directeur des fortifications à Brest. - 30 Juin 1748. — Au baptême de sa négresse Françoise-Rosalie, le parrain est le capitaine d'artillerie Thomas de Villiers de l'Isle-Adam, et la marraine, Françoise-Elisabeth Briochet, dame de Blois. - 5 Juillet 1749. — Au baptême de Joseph-Pierre Salaün, fils du ménager de Penanhoas, le parrain est le chevalier de Blois, et la marraine, sa cousine Marie-Louise de Rocquefeuil, dame d'Avaugour. - 23 Août 1752. — Au baptême de Jeanne-Elisabeth-Françoise Salaün, fille du ménager de Penanhoas, y assiste le commissaire Jérôme Villiers de l'Isle-Adam.
Jusque vers 1748, la châtelaine de Penanhoas ne pouvait recevoir à Lopérec que ses enfants de Blois et tous leurs parents alliés, les du Mains, les de Roquefeuil, les Goubert, ou bien de leurs amis comme le chevalier de Tourville ou Louise-Hélène de Raguideau. Puisque depuis 1732, son fils, Thomas de Villiers, était à Saint-Domingue, et depuis 1738, son frère aîné, Jérôme de Villiers, était aussi à la Guyane.
Seulement le mariage du premier à Saint-Domingue allait en occasionner un second : le lieutenant de vaisseau Jean-Baptiste de Blois, au cours d'un voyage dans la France équinoxiale, épousa au Cap français, en 1744, la propre belle-soeur de son demi-frère Thomas de l'Isle-Adam, Françoise-Elisabeth Briochet, fille d'un ancien capitaine de milice. Il la ramena à Brest et ce fut une habituée de plus, avec ses petits enfants, du manoir de Penanhoas. Françoise-Thomase du Mains quitta alors pour quelque temps Penan hoas pour un voyage de grand deuil : les obsèques au château de Kerlouët près de Carhaix, de son beau-frère le comte Jacques-Aymar de Roquefeuil, lieutenant-général des armées navales.
Il était mort en mer sur son vaisseau le 8 mars 1744. L'on rapporta son coeur près de son château pour le placer au-dessus des bancs de Kerlouët dans l'église paroissiale de Plévin, dont le défunt avait été le bienfaiteur en 1720 et en 1742 [Note : Don d'une lampe d'argent en 1720, souvenir de sa campagne d'Amérique où était mort Blois de la Calande, et en 1742 don d'un magnifique dais en souvenir de sa nomination de lieutenant-général]. La cérémonie eut lieu par les soins du recteur Alexis Garnier. A côté de la famille de Roquefeuil et de sa soeur, veuve, Jeanne-Louise du Mains de Roquefeuil, était Françoise du Mains de Blois, qu'accompagnait sa fille Marie-Françoise de Blois. Elle passa quelques semaines à Kerlouët, qu'elle ne devait plus revoir, sa soeur y mourant le 7 septembre 1745 (Voir les Archives de Plévin).
Depuis la mort au Hâvre de son beau-frère, le vieux commissaire Jérôme de Villiers, Madame du Mains de Blois réclamait le retour en France de ses deux fils du premier lit retenus par leur service dans nos colonies d'Amérique.
Le capitaine d'artillerie Thomas de Villiers de l'Isle-Adam revint le premier en Bretagne, pour raisons de santé, au commencement de l'année 1748, et il passa toute la belle saison au manoir de Penanhoas, en compagnie de sa mère, de sa belle-soeur Briochet de Blois, de sa soeur Marie de Blois (Voir ci-dessus le baptême de sa négresse du Congo et domestique).
Il ne put repartir pour Saint-Domingue que dans l'été de 1749, pour rentrer définitivement en France quelques années plus tard. Presque à la même époque son frère, le commis saire ordonnateur, rentrait lui aussi de Cayenne. Mais, obligé de continuer pendant quelque temps ses services à Paris, il ne prit du service à Brest que dans l'été de 1750, tout en allant se reposer des fatigues des colonies, l'été, à Penanhoas (Voir les actes de baptême ci-dessus).
Bientôt de nouveaux deuils allaient frapper douloureuse ment les habitants de ce manoir et hâter les jours de la vieille châtelaine, déjà septuagénaire. Le 18 juin 1751, pendant une croisière à Saint-Domingue, l'aîné des de Blois de la Calande, chevalier de Saint-Louis, mourut à bord de la Favorite, au Cap Vert, laissant une veuve et deux enfants en bas âge [Note : Françoise-Elisabeth Briochet avait alors comme enfants : Jérôme-Jean de Blois et Aimée de Blois, dont nous n'avons pu retrouver les actes de naissance. Un troisième, Alexis-François de Blois, né à Brest en 1749, avait dû mourir en nourrice]. Trois ans plus tard, à peine rentré de Saint-Domingue, le plus jeune des Villiers de l'Isle-Adam, le capitaine d'artillerie et des bombardiers, chevalier de Saint-Louis, succombait lui-même à Brest, laissant de son côté une autre veuve et deux jeunes enfants [Note : Marie-Elisabeth Briochet avait comme enfants : Achille-Victor de l'Isle-Adam (né vers 1740) et Charles-François de l'Isle-Adam (né en 1741), tous deux originaires de Saint-Domingue].
Douze jours après le décès de Thomas de l'Isle-Adam, un mariage intime avait lieu dans la chapelle du château de Penanhoas. Françoise Briochet, la jeune veuve de Jean-Baptiste de Blois, se remariait avec le commissaire de marine René-Pierre Péan sr. de Livaudière. Sa soeur, Briochet de Lisle-Adam, quoique en grand deuil, assiste à la cérémonie ainsi que son neveu Achille de Lisle-Adam, son beau-frère le commissaire Villiers de l'Isle-Adam, sa soeur Marie-Françoise de Blois, et sa belle-mère du Mains de Blois.
Dix-huit mois plus tard mourait à Brest, à l'âge de 78 ans, Françoise-Thomase du Mains, qui avait été la mère des lignées bretonnes des Villiers de l'Isle-Adam et des de Blois. Elle fut inhumée dans l'église Saint-Louis (Voir les Archives de Brest). Auparavant, elle avait eu la consolation de voir se créer une famille chez son fils aîné Jérôme de l'Isle-Adam, à qui allait revenir le manoir de Penanhoas.
Le premier Villiers de l'Isle-Adam propriétaire de Penanhoas.
Dès le jour de la vente du mobilier de Penanhoas, le 12 juillet 1757, le seul fils Villiers de l'Isle-Adam survivant déclara au greffe de la juridiction des Reguaires de Guesnou, prétendre à la propriété privative du revenu et du produit des immeubles de feue Madame sa mère par compensation avec sa pension [Note : Il s'agit de la pension de 725 livres sur l'Hôtel-de-Ville de Paris, appartenant aux deux Villiers de l'Isle-Adam et dont leur mère avait toujours joui même après leur majorité] et autres conditions arrêtées entre elle et lui [Note : Ces arrangements durent être ceux des 10 juin 1755 et 18 mars 1756 dont il est fait mention sans détails dans un inventaire postérieur].
Nous n'avons pu retrouver l'acte antérieur auquel il est fait allusion. Ce qu'il advint ensuite cependant : c'est que les héritiers de Blois renoncèrent à la succession assez grevée de leur mère, et que si les mineurs du capitaine Thomas de l'Isle-Adam reçurent la maison de la Grande Rue [Note : Cette maison désormais historique portait vers 1912 le n° 84 de la rue Louis-Pasteur. En 1744 elle était occupée par le bureau de poste de Brest, dont le directeur était M. Bersolles], que leur grand'mère avait eue de l'héritage de Georgette du Mains [Note : Décédée au Calvaire de Quimper le 26 mai 1744], le manoir et les dépendances de Penanhoas revinrent au commissaire de marine Jérôme-Jean de Villiers de l'Isle-Adam, resté le seul chef de nom et d'armes de la famille.
En 1754, il avait épousé, dans le pays de Guingamp, Magdeleine Le Mérer de Kerleau, et c'est celle-ci qui devint à la mort de sa belle-mère la nouvelle châtelaine du vieux manoir des Tréouret. Comme jadis avec sa mère et sa soeur, il y passa tous les étés et la saison de la chasse, surtout quand les loisirs de ses fonctions dans l'arsenal ou en escadre le lui permettaient. Il avait gardé chez lui sa soeur Marie-Françoise de Blois. Mais celle-ci se maria en 1758 [Note : La bénédiction nuptiale fut donnée à ces époux déjà mûrs par le Père Marc Lacaze, qui prêchait une mission dans la paroisse, et en présence de Pierre Guével, recteur de Lopérec, des châtelains de Penanhoas et de tous les Dangerès du Mains, châtelains du Nivot (Archives de Lopérec)] avec le capitaine de vaisseau Alain Nogerée, seigneur de la Fillière. C'est le dernier mariage que nous connaissons des châtelains de Penanhoas qui ait eu lieu dans la seule chapelle qu'aient jamais possédée les Villiers de l'Isle-Adam de Bretagne.
Nous n'avons pas à dire ici toute la fin de carrière de l'ancien colonial Jérôme de l'Isle-Adam, devenu seulement châtelain lorsqu'il eut dépassé la cinquantaine. Nommé commissaire principal de la marine à la veille de sa retraite, qu'il dut prendre pour cause d'infirmité, en 1760, l'ancien commissaire d'escadre du marquis de Couflans, se retira presque définitivement à Penanhoas, auquel depuis sa rentrée en France il donnait tous ses soins.
Il avait loué la ferme, mais il s'était réservé un bois, un verger, et un jardin, dont il s'occupait spécialement. Il fit des réparations au manoir, à la chapelle, ainsi qu'aux bâtiments de la métairie, s'adonnant à tout ce qui pouvait restaurer son petit domaine, dont il avait dû malheureusement aliéner une partie de la terre en 1761 [Note : Contrat à réméré de 5 ans du 26 mai 1761, devant M. Martret, notaire à Brest, de la moitié de la terre et métairie de Penanvoas à François Labbous, de Brest (Archives des Domaines)] pour régler d'anciennes dettes de famille qui lui étaient échues.
Jérôme de Villiers et Magdeleine Le Mérer vivaient à Penanhoas avec une femme de chambre, une cuisinière, un domestique et un jardinier, en pauvres gentilhommes et surtout grâce à sa pension de 2000 # sur les Invalides de la Marine.
Adulés de leur personnel, auquel ils restaient attachés, et très aimés des paysans et autres gens de Lopérec, ils se plaisaient à recevoir à Penanhoas, malgré leur peu de fortune, leur cousin le chef d'escadre de Roquefeuil et ses enfants ; puis les Nogérée, les Péan, les du Mains, les Cozou de Launay et autres membres de leurs familles alliées. Jérôme de Villiers aimait encore à aller chasser [Note : Il possédait 3 fusils et un outillage complet de chasseur] chez des amis de cette région alors forestière et très giboyeuse ; comme à visiter les fermes voisines, causer avec les métayers, leur prodiguant les meilleurs conseils pour leurs cultures, les soins de leurs animaux, la création et l'entretien de leurs vergers.
Miné par un long séjour colonial, comme par une surdité qu'il y avait contractée, ce châtelain peu fortuné mourut à Penanhoas, sans hoirs, un soir d'hiver de l'année 1761. Ses deux neveux et héritiers, Achille et Charles de Villiers, ne purent même assister à ses obsèques, dans l'église de Lopérec, car élèves-officiers de vaisseau, ils étaient en mer, sur le Brillant et sur le Défenseur.
Les grands chefs de la marine à Brest rendirent hommage à sa mémoire dans une supplique au roi pour sa veuve. Le commandant du port écrivait : « Il a été commissaire ordonnateur à Cayenne où il a demeuré je crois 15 ou 16 ans, où d'autres auraient pu faire fortune il a vendu tout ce qu'il avait. Tout le département connaît l'intégrité et l'application au service dans lesquels il a toujours vécu... ». De son côté l'Intendant de la Marine Hocquart mandait au duc de Choiseul : «... C'est un fort honnête homme, d'une probité reconnue, qui avait servi plusieurs années aux colonies et utilement dans les ports. Il meurt très pauvre et laisse une veuve, femme de condition de la Province, presque sans pain, heureusement sans enfants » [Note : Archives de la marine. — C'est la réponse inédite aux incroyables assertions de son arrière-petit neveu, l'écrivain, à son égard, et où il le représente ayant le grade de « vice-amiral, préfet, gouverneur militaire, avec place estimée 100,000 francs » (Villiers de l'Isle-Adam, par E. de Rougemont )]. C'est le plus bel éloge de cet ancêtre de l'auteur des Contes cruels.
Le roi vit ces lettres et sur l'une d'elle il inscrivit lui-même au bas : « Bon 700 # ». Ce fut le chiffre de la pension que reçut en effet Magdeleine Le Mérer, veuve Villiers de l'Isle-Adam, dès mars 1762. Ses neveux lui constituèrent aussi un douaire de 400 # [Note : Traité du 22 octobre 1762] sur l'héritage de leur oncle, et devinrent à leur tour les propriétaires du manoir de Penanhoas.
Des Villiers de l'Isle-Adam se succèdent à Penanhoas.
Magdeleine Le Mérer, veuve Jérôme de l'Isle-Adam, n'ayant pas d'enfants (Note : Elle avait eu une fille, Marie-Françoise de l'Isle-Adam, née à Brest le 29 avril 1755, qui mourut le mois suivant en nourrice.], renonça à sa communauté dans l'héritage de son mari, c'est-à-dire à la propriété du manoir de Penanhoas, tout en réclamant son « trousseau » de 10.000 livres, ses bijoux, linge et objets personnels, auxquels lui donnait droit son contrat de mariage [Note : Contrat de mariage du 24 mai 1754 par M. Morvan, notaire], ce qui lui valut son douaire de 400 # par an, mais dont elle ne toucha pas un centime jusqu'à la Révolution, à cause de son affection pour son filleul, le dernier l'Isle-Adam, propriétaire du lieu.
C'est
alors que M. Ambroise Varsavaux, notaire à Brest et procureur d'Achille et
Charles de l'Isle-Adam, officiers de marine émancipés en service à la mer et
fils de feu Thomas de l'Isle-Adam, prit possession en leur nom du domaine de
Penanhoas : du manoir noble estimé 75 livres de revenu ; puis de la moitié de
la métairie avec maison, crèches, pièces de terre chaude et froide et
prairie, tenue en ferme par Jean Montfort [Note : 18 juin 1762. — Le centième
denier fut de 35 livres (Archives des
Domaines)] au revenu de 100 livres. Les dites rentes de 175 livres, faisant au
denier 20, le total de 3500 livres. Leur tante Le Mérer étant retournée dans
son pays, chez sa soeur, Mme Cozou de Launay, et leur propre mère,
Marie-Elisabeth Briochet, étant décédée ( Vers 1765), eux-mêmes étant
presque toujours en activité de service comme enseignes de vaisseau (Note :
Achille de l'Isle Adam était enseigne depuis le 15 janvier 1762 et son frère
Charles-François depuis le 25 décembre 1765), seront tantôt à Brest, à
Rochefort ou en escadre, les deux frères de l'Isle-Adam ne conservèrent pour
habitation qu'une partie de leur maison de la Grande Rue à Brest et louèrent
tout Penanhoas à des fermiers, gardant aussi leurs biens indivis.
L'aîné, Achille, mourut jeune et célibataire six ans après son oncle [Note : Le 7 juillet 1767, à l'âge de 27 ans ; il fut inhumé dans l'église Saint-Louis de Brest, où reposaient déjà son père et sa grand'mère] pendant que son frère était en congé à Saint-Domingue, où leurs parents maternels leur avaient laissé quelques propriétés dans la région du Cap Français.
Le manoir de Penanhoas revint donc à un Villiers de l'Isle-Adam comme unique propriétaire : l'enseigne Charles-François de Villiers de l'Isle-Adam.
C'était un fruit colonial, comme son frère ; le climat froid et brumeux de la Bretagne ne leur convenait pas. Lui aussi mourut presque aussi jeune, à 28 ans (Note : 10 août 1769. Il fut inhumé par le P. Gérard, prieur de l'abbaye de Beauport dans l'église de Plourivo, en présence d'Armez du Poulpry et de plusieurs gentilhommes du voisinage], au manoir de Kerleau au pays de Guingamp, où il avait été chez sa tante Le Mérer, veuve l'Isle-Adam, pour rétablir sa santé.
Il avait
assuré heureusement déjà sa postérité. Le 19 avril 1768, il avait épousé
dans la chapelle du joli château de Kerjean-Mol, près du Conquet, la jeune
soeur d'un de ses camarades de la marine royale, Marie-Jeanne de Kersauzon [Note
: Née au Vigeac le 17 avril 1747. Son père, Jean-François-Marie de Kersauzon
de Goasmelquin (1706-1779) fut deux fois marié et eut 18 enfants
du second lit. Il aida donc à la réputation de ce dicton très connu dans les
siècles d'alors :
Frappez sur un buisson, Il en sortira un Kersauzon], l'une des nombreux
enfants du seigneur de Goasmelquin et de Françoise-Suzanne Mol de Kerjean ; un
fils était né le 22 juin 1769, de cette union : Jean-Jérôme-Charles Villiers
de l'Isle-Adam, dont le parrain fut son grand-père maternel, et la marraine sa
grand'tante paternelle Magdeleine Le Mérer de Kerleau.
Sa mère
et son grand-père, tuteurs du jeune orphelin, revendiquèrent les droits de
leur mineur à la possession de la propriété de leur père à Lopérec, qui était
alors affermée à François Leguella, originaire de Pleiben (Pleyben ?), pour
la somme annuelle de 180 livres, estimée au denier 20 à 2400 livres. Les déclarants
payèrent le 20 janvier 1770 pour le jeune héritier collatéral d'Achille de
l'Isle-Adam, 20 livres de centième denier. Telle fut la prise de possession
officielle du manoir cornouaillais de Penanhoas par un enfant de six mois et qui
devait être son dernier châtelain.
(à compléter)
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