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GUINGAMP A LA VEILLE DE LA REVOLUTION

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A la veille de la Révolution française de 1789, la ville de Guingamp occupait, en Bretagne, une situation de troisième plan. Elle prenait rang après les capitales de Rennes et de Nantes, après les cités importantes de Brest, de Saint-Malo, de Lorient, de Vitré, de Fougères, de Morlaix, de Quimper et de Vannes, comparable à Dinan, à Redon, à Quintin, à Saint-Brieuc. Parmi les 42 villes de la Province qui, représentant le Tiers-Ordre, députaient seules aux Etats (Voir A. Rébillon. Les Etats de Bretagne de 1661 à 1789), elle se classait douzième par sa population (probablement de 4.000-4.100 habitants en 1788), quatorzième par ses revenus municipaux (40.567 livres 16 s. 10 d. pour les deux années 1786 et 1787). Elle était la quatrième ville de la Sénéchaussée de Rennes, après Rennes, Saint-Malo et Vitré, avant Lamballe, Châteaubriant, La Guerche, Dol et Montfort.

LA VILLE.

Guingamp avait gardé l'aspect général d'une bourgade du Moyen âge. Entourée d'une ceinture de remparts non démantelés, la ville atteignait dans ses plus grandes dimensions 300 toises environ, 600 mètres, de l'est à l'ouest, et 150 toises, 300 mètres, du nord au sud [Note : Plan de Guingamp en 1778, levé par Anfray, ingénieur et gravé par Ollivault à Rennes (fac simile) et Marée, Champion, Blanchard. Anciennes mesures des Côtes-du-Nord : valeur de la toise : 1m949 ; valeur de la lieue de Bretagne : 2.400 toises, 4.677m68]. Sa rue principale, où se serraient les pignons à encorbellements des maisons allongées en profondeur, sa place triangulaire ornée d'une fontaine de plomb, ses ruelles étroites et courtes, sa basilique monumentale et trapue, ses halles, ses couvents lui conservaient, presque intact, le type médiéval. On trouvait à la sortie est, près de la porte de Rennes, deux hôpitaux. Hors les murs, bordant le Trieux ou lancés comme des antennes dans les différentes directions, s'allongeaient les faubourgs : le Grand Trotrieux ; le Petit Trotrieux-Rustang ; Saint-Nicolas ; la Trinité ; Porsanquen ; Monthareil ; Saint-Sauveur ; Saint-Michel et Sainte-Croix. Un poteau d'octroi en indiquait la limite, fixée en moyenne à 200-300 toises. Au-delà, jusqu'à un quart de lieue [Note : Ordonnance de l'Intendant de Bretagne du 30 septembre 1761 fixant les limites des faubourgs de Guingamp — Lettres Patentes du 4 septembre 1782 indiquant les limites de la banlieue], 1.200 mètres, c'était la banlieue. Des manoirs, des chapelles, des maisons de religieux, des fermes étaient disséminés dans la campagne environnante.

Plan de Guingamp en 1700, dessiné par Ansquer ; levé par Anfray, ingénieur

La situation topographique de Guingamp, au centre nord de la Bretagne, sur un lieu de passage du Trieux où le relief de la vallée s'évase et s'adoucit, en avait fait un important noeud routier. De la grande route royale de Paris à Brest, divergeaient, à Guingamp ou aux environs immédiats, les routes de Lanvollon, de Pontrieux, de Tréguier, de Paimpol et de Lannion au nord, celles de Carhaix, de Rostrenen, de Pontivy et de Lorient au sud. La ville, où était établi un relais de la poste Paris-Brest, était bien desservie. Elle avait un Régisseur général des Postes et Messageries de France, Louis Bazil Poinsignon, et un Directeur des Postes aux lettres, Rocquancourt. Un service local assurait les transports à Saint-Brieuc et à Lannion : Mlle Thérèse Le Meur, veuve Le Deüc, maître de poste, qui tenait rue Notre-Dame l'hôtel « de l'Empereur et des Voyageurs », en avait l'entreprise [Note : L'hôtel de l'Empereur et des Voyageurs était le principal hôtel de Guingamp. On trouve l'origine de l'auberge en 1605. En 1731, l'hôtel ou " Maison du cheval blanc " appartenant à Dame Jeanne du Roscoët, épouse du seigneur de Boisgelin, marquis de Cucé, loué à Jacques Poitier était constitué en 1934, par un bâtiment habité à cette époque par M. Classe, 21, rue Notre-Dame et construit dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Pierre Le Deüc prit la ferme du " Cheval blanc " le 9 juin 1759. Dans le courant de l'année 1789, Gilles Bonté prit la succession de la Veuve Le Deüc]. Trois loueurs de chevaux se tenaient en outre à la disposition des voyageurs. Guingamp était gîte d'étapes : y passaient et logeaient — chez l'habitant ou à l'hôpital — les troupes changeant de garnison, qu'elles vinssent de Brest, de Morlaix ou s'y rendissent, et les soldats malades et convalescents allant aux hôpitaux du Folgoët ou de Morlaix. Ainsi placé sur une des artères principales de Bretagne, jouissant d'une position remarquable, Guingamp pouvait connaître rapidement les nouvelles et les informations et constituer, pour sa région, un centre de renseignements et même de commandement.

Sa situation géographique en faisait aussi un centre agricole, industriel et commercial. A égale distance du riche littoral et de l'aride région montagneuse de l'intérieur, la ville appartenait à une zone agricole de transition où confinaient les cultures du Trégorrois et celles de la Cornouaille et où l'on faisait un actif élevage de chevaux. Elle était un débouché naturel des productions régionales et un lieu d’échanges commerciaux. Aux jours de foire et de marché — et il y avait trois jours de marché par semaine — les paysans apportaient leur froment et leur lin, leur sarrasin, leur seigle et leur avoine, les toiles de leur industrie rurale ; ils venaient vendre aussi les produits de leur élevage. Les maquignons acquéraient chevaux et bovins ; les tanneurs achetaient les peaux et les tisserands, le lin ; les habitants s'approvisionnaient en grains, en beurre, en œufs, en volailles, en viande de boucherie, en paille et en bois. En retour, les négociants faisaient commerce (l'huile, de vin, de café, de sucre, de savon, de suif, de fer, de cuivre, d'étoffes ; les artisans cédaient les produits de leur industrie : le cuir, la toile, le drap, les ustensiles de ménage, les outils de culture. Les intérêts de la campagne, de l'industrie et du négoce s'y trouvaient représentés. Il était logique d'y voir éclore, l'heure venue, les revendications des uns et des autres.

Commerce et prix à Guingamp (Bretagne) en 1793.

La ville de Guingamp était la résidence d'un certain nombre d'officiers de services administratifs du royaume, de la province, des domaines seigneuriaux. En particulier, les intendants, procureurs, juges, notaires, percepteurs d'impôts et de rentes, greffiers, huissiers et sergents seigneuriaux y étaient installés, gérant les propriétés, faisant respecter les droits des possesseurs nobles de la terre, rédigeant les actes publics et privés, rendant la justice. Les avocats, les praticiens, les coutumiers vivaient à l'entour. D'après Ropartz, 32 justices seigneuriales, hautes, moyennes et basses, dont 4 ne ressortissant pas au tribunal royal de Guingamp, s'exerçaient dans la ville même.

Les communautés religieuses y étaient nombreuses, sinon importantes : couvents de femmes (des Soeurs grises, des Carmélites contemplatives, des Religieuses hospitalières de l'Hôtel-Dieu, des Religieuses de Notre-Dame de la Charité à Montbareil, des Ursulines du faubourg de la Trinité) ; couvents d'hommes, d'ailleurs peu peuplés (des Capucins, 7 h. — des Dominicains, 9 h. — des Cordeliers, des Prémontrés à l'Abbaye de Sainte-Croix (l'abbé)) [Note : Etat nominatif des religieux dressé après le 15 août 1790 (dixit Abbé Lemasson) : Capucins de Guingamp, 8 ; Dominicains, 2 ; Cordeliers de Grâce-Guingamp, 4 - Religieuses : Ordre de Montbareil, 42 ; Carmélites, 17 ; Ursulines, 34]. Aux religieux réguliers, il faut ajouter les aumôniers, les précepteurs de certaines familles nobles, les recteurs et les vicaires des trois paroisses de Guingamp (Notre-Dame de Guingamp, la Trinité, Saint-Sauveur) et de celle de Sainte-Croix.

D'après Ropartz, on pourrait croire que Guingamp eut, à l'époque, un collège florissant. Il n'en est rien. Certes, il existait une « Ecole dirigée par un ecclésiastique », le sieur Beaulard, régent, et appelée Collège. On y apprenait « d’une manière imparfaite » les éléments des grammaires latine et française. En somme, il s’agissait d'un établissement de la ville, de peu de valeur, d’un degré à peine plus élevé que les quatre écoles privées et payantes, sans doute peu fréquentées, des instituteurs « maîtres ignares » Désert, Goden, Berezay et Briand. Les Ursulines, qui avaient d'ailleurs des classes gratuites, donnaient l'instruction aux jeunes filles riches, mais nous ignorons l'importance de leur école. En tout cas, si quelques jeunes gens pouvaient recevoir à Guingamp les rudiments d'une instruction secondaire, c'était aux collèges de Tréguier et de Saint-Brieuc, à Rennes (pour le droit et la chirurgie), à Caen (pour la médecine), à Paris qu'ils poursuivaient leurs études et, au point de vue scolaire, la ville ne paraît pas avoir joué un rôle qui méritât d'être retenu.

 

LA POPULATION.

Les éléments de la population étaient ceux de la plupart des villes. [Note : Les Cahiers de la Sénéchaussée de Rennes pour les Etats Généraux de 1789 donne pour Guingamp une population, en 1778, de 3444 habitants (hommes : 675 ; femmes : 91 ; enfants : 1423 ; commis : 26 ; domestiques : 389). En 1793 on dénombre 4520 habitants. Dans une délibération de la Communauté de Guingamp datée du 28 mars 1789, on dénombre entre 600 et 700 feux. Lors des élections aux Assemblées primaires de juin 1791, on dénombre 4060 habitants].

Le Tiers-Etat comprenait :

1° tout un monde d'officiers secondaires, d'administrateurs, de gens de loi. On comptait, au minimum, 3 juges, 34 procureurs, notaires et priseurs (d'après la « Protestation des Notaires » : 12 procureurs royaux et ducaux, 9 notaires royaux et ducaux, 10 priseurs, au total, 31), 2 greffiers, 8 sergents, 5 praticiens et coutumiers, 16 avocats, 20 administrateurs, directeurs, contrôleurs, receveurs, ingénieurs, commis, au total 88 personnes plus ou moins informées des bons et des mauvais côtés du régime, aptes aux fonctions administratives ou croyant l'être, d'un niveau intellectuel très inégal, satisfaites ou mécontentes de l'ordre des choses. Parmi ces hommes de loi, les uns se déclareront hostiles aux réformes ; les autres, convaincus ou opportunistes, aideront modestement aux efforts de la Nation, se feront parfois champions des revendications du Tiers, ou plus facilement « trublions » ;

2° un nombre assez restreint de personnes exerçant des professions libérales : 3 médecins ; 3 chirurgiens ; 1 vétérinaire ; 9 instituteurs et professeurs ; 1 apothicaire ; 2 libraires ; 2 orfèvres ;

3° des commerçants : une trentaine de négociants appartenant à la bourgeoisie dite commerçante ; 150 à 200 petits marchands, bouchers, charcutiers, poissonniers, hôteliers ou traiteurs, cabaretiers et cantiniers, etc... Quelques-uns des négociants les plus importants participaient à l'administration municipale ; appartenant à la classe la plus aisée du Tiers, ils entendaient maintenir leurs prérogatives d'anciens bourgeois ; ils s'intéresseront de près à la Révolution ;

4° des artisans, patrons et ouvriers : en tout, 150 gens de métier, le plus souvent de petite condition (dont 5 patrons tanneurs et 5 à 8 tisserands) auxquels il faut adjoindre 11 compagnons, 20 journaliers et garçons de peine, une vingtaine de laboureurs et une quinzaine de jardiniers ;

5° 150 servantes et 25 domestiques, gens de maison.

La liste de capitation de 1788 pour Guingamp et Sainte-Croix, comptant 731 articles, comprenait environ 990 individus, serviteurs compris : 529 étaient portés pour une capitation de 1 livre et 1 livre 10 sols ; 190 payaient de 2 à 5 livres ; 62, de 5 à 10 livres ; 53, de 10 à 20 livres ; 53, de 20 à 50 livres ; 26, plus de 50 livres (il n'est pas tenu compte de 10 Ursulines et de 43-45 domestiques de couvents et de particuliers non imposés pour la capitation). Les plus fortes capitations de 237 livres 10 sols, 261 livres, 189 livres et 141 livres étaient payées, respectivement, par Mme Gratien, par Mme de Ménimande, régisseuse des octrois, par Mme Deslongrais et par les demoiselles Dureste.

Population de Guingamp (Bretagne) en 1788-1789.

Population de Guingamp (Bretagne) en 1788-1789.

Population de Guingamp (Bretagne) en 1788-1789.

 

L’ADMINISTRATION PROVINCIALE.

Guingamp dépendait du Gouvernement militaire de Bretagne, de l’Intendance de Bretagne, de la Sénéchaussée de Rennes, du diocèse de Tréguier.

La ville était chef-lieu d'une subdivision de l'Intendance de Bretagne, la Subdélégation de Guingamp, circonscription territoriale ayant dans son ressort 35 paroisses : Belle-Isle-en-Terre, Botlézan, Bourbriac, Coadout, Guénézan, Guingamp-municipalité, Saint-Sauveur, Sainte-Croix et la Trinité, faubourgs de Guingamp, Gurunhuel, Kermoroch, Landébaëron, Le Merzer, Locquenvel, Magoar, Moustérus, Pédernec, Plésidy, Plougonver, Plouisy, Plounévez-Moëdec, Pommerit-le-Vicomte, Ploumagoar, Pont-Melvez, Saint-Adrien, Saint-Agathon, Saint-Laurent, Saint-Norvez, Saint-Michel de Plouisy, Saint-Péver, Squiffiec, Treglamus, Trégonneau, Trézélan. Depuis 1787, le lieutenant-subdélégué était Antoine-Julien Vistorte de Boisléon, successeur de Le Mat.

Elle était le siège de la Sénéchaussée judiciaire de Guingamp, une des deux Sénéchaussées du Duché de Penthièvre (l'autre était à Lamballe), une « des principales juridictions de Bretagne ». Le tribunal royal, dit de duché-pairie, avant le titre de Cour ducale, avait succédé, lors de l'Union, à l'ancienne justice ducale du Duc de Penthièvre. Il était considéré comme siège présidial et, de ce fait, relevait omissio medio du Parlement de Bretagne, sans avoir à passer par l'intermédiaire du Présidial de Rennes. Le Duc de Penthièvre, juge nominal, y était représenté par le Sénéchal Rupérou, successeur de Rabault, assisté d'un alloué, Pastol de Keramelin, et d'un lieutenant, Vistorte de Boisléon, et par son procureur fiscal (ayant les fonctions actuelles d'un juge, d'un avoué, d'un ministère public et d'un régisseur de domaines, Le Normant de Kergré. D'après Ropartz, 58 paroisses, 118 juridictions seigneuriales, laïques et ecclésiastiques relevaient plus ou moins directement de la Sénéchaussée de Guingamp et la Cour ducale « avait du fief dans 86 paroisses » ; d'après Giffard, 80 ou 81 tribunaux de haute justice, 26 de moyenne et basse justice — soit 107 tribunaux — et dans la subdélégation même, 30 hautes justices (dont 16 s'exerçant à Guingamp), 14 moyennes dépendaient de la Cour ducale.

Un tribunal de police, la Prévôté de Guingamp, une des quatre prévôtés de Bretagne (Rennes, Nantes, Guingamp, Tréguier), existait aussi à Guingamp : Vistorte de Boisléon, lieutenant du Sénéchal, était juge prévôt et lieutenant général de police.

En ce qui concerne l'administration financière, Guingamp était rattaché au Diocèse de Tréguier pour la répartition et la perception des impôts directs, levés sous le contrôle des Etats provinciaux. Sous la haute direction de la Commission intermédiaire des Etats, la Commission intermédiaire du Diocèse, siégeant à Tréguier, « travaillait à la confection des rôles des impositions abonnées et en surveillait le recouvrement ». Le Normant de Kergré, procureur fiscal du Duché et maire de Guingamp, représentant du Tiers-Etat, était membre de la Commission de Tréguier. Les notables officiers municipaux du « général » de la Communauté de la ville assuraient la répartition locale de l'impôt, à Guingamp et dans les. faubourgs. Les habitants payaient la capitation (capitation — milice — frais de casernement — frais de milice) ; les vingtièmes (vingtième et vingtième d'industrie) ; les fouages ordinaires et extraordinaires ; les fouages extraordinaires de la Province ; il étaient exempts des fouages du Roi. En outre, ils devaient, sauf exemptions particulières, le casernement et le logement des gens de guerre. [Note : Logèrent à Belle-Isle (donc très probablement à Guingamp) en 1783 : en janvier 4 troupes de 150-200 hommes ; en mars, 10 troupes de 20 à 200 h. ; en mai, 6 troupes ; en juillet, 8 ; en août, 2 ; en septembre, 3 ; en octobre, 1 (Sée et Lesort). D'après le registre de correspondance relative au département de la guerre, passèrent et logèrent à Guingamp de septembre 1790 à janvier 1791 : - 29 septembre 1790, 8 compagnies du Régiment de l'Isle de France ; - 30 octobre 1790, 400 hommes du Régiment d'infanterie d'Artois ; - 1er décembre 1790, une compagnie du Régiment de Toul ; - 28-29 décembre 1790, un détachement du Régiment de Forez-Infanterie ; - 30 décembre 1790, un détachement du Régiment de Poitou-Infanterie ; - 31 décembre 1790, un détachement du Régiment de Forez ; - 7 janvier 1791, le deuxième bataillon du Régiment de Poitou ; - 9 janvier 1791, un détachement du Régiment de Forez ; - 11 janvier 1791, le deuxième bataillon du Régiment d'Artois ; - 15 janvier 1791, le deuxième bataillon du Régiment d'Angoulême ; - 17 janvier 1791, le deuxième bataillon du Régiment d'Aunis ; - 18 janvier 1791, le deuxième bataillon du Régiment du Maréchal Turenne, ...]

En matière d'impôts indirects, Guingamp était le siège d'une Inspection (Inspecteur : Gourville, d'après Sée et Lesort — Buffetière, d'après un Etat de l'an III) et d'une Direction des Devoirs (Directeur : Dorisy. — Inspecteur général : Joseph-Marie Bédard en 1790) ; un personnel nombreux travaillait aux Devoirs : un receveur général (Lorin), un receveur des campagnes, un contrôleur général, un contrôleur de ville, un ambulant, un garde-magasin, quatre commis aux exercices, un commis aux écritures, un buraliste (Rousseau) ; d'une Recette des aides et « droits y joints » (Recette du département de Guingamp subordonné à la Direction de Morlaix) ; d'un Contrôle des Actes et « droits y joints » pour Guingamp, Bourbriac et Belle-Isle (Contrôleur : Jean-Baptiste Briand) ; d'une Direction des Domaines et d'un Bureau de « Ferme générale », surtout chargé de la perception des droits domaniaux multiples, bureau dépendant du département et de la direction de Morlaix (Directeur des Domaines et Receveur de la Seigneurie de Guingamp : J.-B. Briand ; Receveur des fermes du Domaine : Jacques Rousseau).

Impôts de Guingamp (Bretagne) en 1788.

 

Impôts de Guingamp (Bretagne) en 1788.

 

Impositions de Guingamp (Bretagne) en 1790 et des 6 derniers mois de 1789 pour les privilégiés.

Enfin, Guingamp était chef-lieu d'un des neuf départements bretons des Ponts et Chaussées (Ingénieur ordinaire des Travaux publics : Jacques Anfray, père. Sous-ingénieur : Robinet).

 

L'ADMINISTRATION DE LA VILLE.

« L'Assemblée de MM. les échevins et nobles bourgeois de la ville et Communauté de Guingamp » administrait la ville. Elle était à la fois corps municipal de la Communauté et corps politique ou « général » de la paroisse Notre-Dame.

En mai 1788, l'Assemblée municipale comprenait :

Le Maire : Noble Maître Joseph Le Normant de Kergré, avocat au Parlement, procureur fiscal du Duc de Penthièvre ;

Mr. le Recteur : Guillaume-Marie de Montfort ;

MM. de la Noblesse : De Léon et Du Garzspern ;

Le Procureur du Roi : Toussaint-Yves Festou de la Villeblanche, procureur et avocat ;

Le miseur : Jacques-René Onfray de la Painnière, négociant ;

Le contrôleur (des octrois) : Pierre-Marie-Augustin Guyomar de Kerninon, marchand de drap ;

Les anciens maires et échevins : Rabault, ex-Sénéchal, notable (jusqu'au 24 septembre 1788), - Louis Alexandre père, avocat, ancien maire, - Toussaint Limon du Timeur, avocat, doyen des maires, ancien correspondant, - Jourand de Quérès, doyen des avocats ( ?), - Brunot, procureur, - Douaren l’aîné, négociant, - Toudic, archiviste du Palacret, sous-doyen des Procureurs, - François Loysel, marchand, administrateur de l'Hôtel-Dieu et de la Fabrique ;

Le greffier : Mathurin Dorré de Bringollo, notaire royal.

Le maire était élu, pour deux ans, par l'Assemblée. Le Normant de Kergré Joseph , successeur de Limon du Timeur, élu une première fois en 1784 avait eu ses pouvoirs renouvelés le 1er mars 1786, puis le 6 février 1788. 

Le Recteur (c'est-à-dire le curé), les membres de la noblesse (en droit, les plus anciens gentilshommes ; en fait, ce n'était pas le cas à Guingamp), le doyen des avocats et le sous-doyen des procureurs étaient membres de droit. Les trois anciens maires et les trois échevins ou « les notables habitants » étaient élus ; ils se recrutaient par cooptation, leur nomination restant soumise à l'approbation du Duc de Penthièvre. C'est ainsi que « droit de séance et voix délibérative » furent accordés :

à Toudic, le 25 août 1786, succédant à Raoul ;

à Loysel, le 6 février 1788, succédant à Le Coz, non remplacé depuis mars 1787 ;

Jourdan, doyen des avocats, succéda de droit à Jourand de Quérès le 4 janvier 1789.

Le Procureur du Roi, le Miseur, le Contrôleur et le Greffier, officiers titulaires, avaient acquis leurs charges car, malgré l'Arrêt du Conseil du 9 avril 1748 qui restituait les offices aux Communautés, moyennant finances, « avec faculté d'élire librement leurs titulaires », à Guingamp, les charges continuaient à s'acheter. La municipalité avait donc racheté les offices municipaux créés ou transformés en Offices royaux de judicature par Louis XIV, puis, au lieu d'élire les titulaires, leur avait vendu leurs charges. Les offices étaient d'ailleurs héréditaires. La composition de la « Communauté » ne correspondait pas au Règlement du Conseil du 6 juin 1706, spécial pour Lannion, Lamballe, Moncontour et Guingamp. L'Assemblée aurait dû comprendre : le Sénéchal de la juridiction ou, en son absence, l'alloué : président ; le lieutenant ; le juge prévôt ; le syndic en exercice ; le procureur fiscal ; le recteur en semaine ; le procureur du Roi, syndic de la Communauté ; les deux plus anciens gentilshommes établis dans la ville ; les deux plus anciens syndics ; les deux miseurs ; les deux plus anciens bourgeois, marchands ou non ; le plus ancien avocat ; le plus ancien procureur postulant ; le greffier. Mais la Communauté n'eut de cesse d'enlever aux juges le droit d'être membres de droit, de présider, de députer aux Etats. En 1718, les anciens maires demandèrent au Roi à entrer dans l'Assemblée avec voix délibérative. Il ne leur fut pas répondu et ils reprirent sans autorisation leur rang dans le corps municipal. Le 3 mars 1745, les juges se retirèrent de la Communauté « à laquelle ils cessent de présider... en exécution des lois qui leur interdisaient l'entrée des Communautés » (Arrêt de 1745). Le 22 juillet 1748, la Communauté prit « une délibération très nette déclarant que l'Arrêt du Conseil du 9 avril précédent... réduisait à néant, les prétentions des officiers de justice » et enleva définitivement aux juges leurs places dans la Communauté, par le fait même que l'Arrêt accordait au maire la présidence de l'Assemblée. En 1760, en 1778, en 1784, les juges tentèrent, sans succès, de rentrer au Conseil. Cependant, le Roi interdisait de changer les officiers municipaux ; après avoir annoncé qu'il s'occuperait de modifier le régime de la Communauté, il revint sur sa décision (19 juin 1784). En 1786, la Commission intermédiaire des Etats étudia et mit au point un projet de réforme des municipalités. Les bourgeois de la Communauté de Guingamp, dans la séance du 4 décembre 1786, s'y montrèrent franchement hostiles, peu disposés à rembourser les offices des Procureur, miseur, contrôleur et greffier, adversaires de l'augmentation du nombre des membres du Corps de ville car, disaient-ils, « dans le nombre, n'existe pas toujours le plus de lumière et d'aptitude », adversaires de l'élection par les habitants car, d'une part, les élus ne seront pas toujours « les plus propres à l'administration municipale..., les autres occupations de leur état ne leur permettent pas de s'en occuper avec l'application nécessaire », et, d'autre part, l'admission, dans la Communauté, des gouverneurs ou anciens gouverneurs de la Fabrique et des Hôpitaux qui « devenaient des administrateurs éclairés... était un genre de récompense pour ceux qui s'étaient rendus utiles ». Enfin « on sentira facilement la différence qu'il y aura entre des régisseurs de bonne volonté et des gens contraints ; les uns font tout le bien qu'ils peuvent, les autres se bornant à ne point faire d'autre mal que celui de négliger tout ce qu'ils peuvent négliger sans s'exposer à être inquiétés » [Registre BB 15 S. M. 36, Délibération du 4 décembre 1786, p. 21].

Ainsi, les membres de la Communauté étaient particulièrement attachés à leurs privilèges. Hostiles à tout empiétement du pouvoir royal, ils se montraient également opposés à l'admission d'autres membres du Tiers et surtout à l'élection par le peuple. Il leur suffisait — et c'était leur seule concession — d'accorder aux habitants le droit d'assister aux séances « intéressantes ou indifférentes » [Motion Kerbriant du 12 décembre 1789. Registre BB 15, S. M. 36, p. 191] ; « y avait-il quelque chose de secret, M. le Maire l'annonçait et tout le monde se retirait content d'avoir été témoin muet de l'Assemblée ». L'Assemblée formait une sorte de Corps de membres haut-capités, inamovibles pour la plupart, corps stable et fermé, entendant régenter souverainement la ville. Elle paraît bien être la représentation d'une classe spéciale, celle des bourgeois les plus riches, hommes de loi et gros négociants, assez comparable à la curie municipale romaine. Ce n'était certes pas spécial à Guingamp : « dans presque toutes les villes de la province... les municipalités ne sont composées que d’un très petit nombre de membres pris dans les classes supérieures, tandis que les classes inférieures n’ont personne pour les représenter ; d’où il résulte qu’elles sont souvent sacrifiées lorsque les classes qui sont représentées jouissent de tous les avantages » (Doléances, Art. 27, p. 54).

En tant que municipalité, " l'Assemblée de MM. les échevins et nobles bourgeois " administrait la ville.

Elle dressait le budget ou plutôt ordonnait les dépenses et vérifiait en fin de gestion, tous les deux ans, les comptes du miseur, également soumis à l'approbation de l'Intendant et au contrôle de la Cour des Comptes. Les recettes comprenaient seulement le produit du bail des octrois, les augmentations d'octroi déduction faite des frais de régie, et les retenues (vingtièmes et 2 sols pour livre du dixième) sur certains émoluments versés par la Communauté. En 1788 et 1789, les recettes s'élevaient à 20.054 livres. 18 s. 10 d. (débit des comptes municipaux, fin 1787 : 2.099 livres 11 s. 3 d. — bail des octrois : 8.000 livres. — augmentations d'octroi : 9.230 livres 14 s. 4 d. — retenues sur gages et sur rentes constituées : 724 livres 13 s. 3 d.) et les dépenses à 22.882 livres 12 s. 11 d.

Budget de la communauté de Guingamp (Bretagne) pour les années 1788-1789. 

Budget de la communauté de Guingamp (Bretagne) pour les années 1788-1789.

Elle assurait, en principe, la police de la ville. En fait, le juge prévôt en était chargé. La brigade de maréchaussée ne s'intéressait pas spécialement à la ville. La milice bourgeoise existait, mais elle était complètement désorganisée : aucune trace d’exercices de paperault [Note : Les rôles du papegault s'arrêtent en 1762], ni même de milice d’apparat. Les soldats des Chasseurs des Pyrénées et des Dragons d’Orléans, du Régiment de Bouillon-Picardie et du Régiment de Conti qui, en 1788 et 1789, furent successivement en garnison à Guingamp, effectuaient les rondes de nuit, assez fréquemment occasions de désordres et de rixes. Toutefois, la Communauté réglementait étroitement la tenue des foires et des marchés urbains.

Tableau des cadres de la milice de Guingamp au 20 octobre 1789.

Elle avait à sa charge les travaux publics : réparation des rues, des chemins, des ponts ; entretien des pavés et des égouts ; réparation des édifices publics : hôtel de ville, hôpitaux, églises, fontaine publique, horloge, etc..., et payait des honoraires à l'ingénieur. Elle suppléait aux défaillances du Duc de Penthièvre qui ne réparait plus les ponts, bien qu'il perçût les droits de péage (cf. Doléances de Guingamp. Article 6).

Elle assurait le logement et les fournitures aux troupes. Elle organisait les fêtes publiques. Elle contribuait aux frais du culte et de l'instruction. Elle s'occupait de l'assistance publique, versant des subsides et des rentes au Bureau de Charité (500 livres), aux Pauvres honteux de la Marmite de Rennes (400 livres), au Recteur, pour abonnement des aumônes (312 livres).

Elle répartissait l'impôt ; recrutait pour la milice royale.

Enfin, elle députait aux Etats de la province, et par là jouait le rôle d'une assemblée représentative du Tiers.

En tant que « Général » de paroisse, elle gouvernait les intérêts de la Fabrique et en désignait les administrateurs François Loysel, marchand et membre de la Communauté ; Yves Le Roy (de Kerderrien), notaire, et Jacques Flouriot, procureur, nommés par délibération du 1er mars 1786. Elle administrait les hôpitaux : Hôtel-Dieu (Loysel, Le Roy, Flouriot en étaient aussi administrateurs) et Hôpital général. Les paroisses de Saint-Sauveur, de Sainte-Croix et de la Trinité avaient des corps politiques distincts. (L. Fournier).

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