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EGLISES PAROISSIALES DE LA VILLE DE FOUGERES |
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La ville de Fougères, qui, avant la révolution, comptait trois paroisses, Saint-Léonard, Saint-Sulpice et Saint-Pierre-de-Rillé, n'en compte plus que deux en 1846, celle de Rillé ayant été réunie à Saint-Sulpice. [Note : Nous sommes redevables à M. l'abbé Troprée d'une grande partie des recherches que nous publions sur les églises et les chapelles de Fougères]. |
ÉGLISE SAINT-SULPICE
En même temps que le seigneur de Fougères travaillait à l'établissement de sa première demeure, il consacrait à Dieu, sous le vocable de saint Sulpice, l'église qui devait servir aux exercices religieux de la petite société dont il était le chef, à cet endroit même où s'élève encore aujourd'hui (en 1846) la nouvelle église, à laquelle on a conservé le vocable de celle qu'elle a remplacée.
Cet édifice, qui n'était, à proprement parler, qu'une chapelle ou un oratoire, dans le sens que nous attribuons à ces mots, ne tarda pas à devenir insuffisant pour contenir la population toujours croissante de la ville de Fougères. C'est pourquoi, en 1160, Etienne de la Rochefoucauld, évêque de Rennes, se crut en droit de lui enlever son titre d'église paroissiale et de le transférer, avec toutes ses prérogatives, à l'église conventuelle des religieux de la Trinité, qui était beaucoup plus spacieuse (D. Morice, t. III, col. 423, 424 et 658).
Les habitants de Saint-Sulpice refusèrent opiniâtrement de se soumettre à la décision de l'évêque, et, malgré les efforts constants des religieux, ils persistèrent toujours à regarder l'église de Saint-Sulpice comme leur église paroissiale, et à la fréquenter au préjudice de celle de la Trinité. Il s'ensuivit une longue contestation, qui dura près de trois siècles, entre les paroissiens d'un côté et les religieux de l'autre.
Enfin, reconnaissant la puissance des motifs que leur opposait l'autorité diocésaine, motifs auxquels la population, chaque jour croissante, de la ville de Fougères, venait ajouter une nouvelle force, et afin d'ôter à leurs adversaires le seul prétexte qu'ils alléguassent pour les troubler dans la possession de leur église, les habitants de Saint-Sulpice résolurent de la reconstruire dans des proportions qui la mettraient en rapport avec le nombre des habitants de la paroisse.
Cette grande entreprise fut commencée en 1410, et continuée les années suivantes ; mais on ne s'occupa que de la partie inférieure de l'édifice, et le défaut d'homogénéité dans les différentes travées prouve assez que le travail fut exécuté sans plan, par intervalles et à plusieurs reprises.
En effet, ici on remarque un pilier cannelé et brodé à sa base ; plus loin un autre pilier à faces prismatiques.
Là, l'arceau de la travée est hardi et élancé ; ailleurs il est tout-à-fait écrasé. Ici la voûte est en pierres ; là elle est en bois, etc. [Note : Malgré ces défauts, l'église de Saint-Sulpice offre à la curiosité de l'archéologue quelques pièces dignes de fixer son attention. Nous citerons particulièrement les deux chapelles de la première travée, avec leurs belles fenêtres ogivales, malheureusement dégarnies de leurs meneaux, et leur piliers cannelés, d'une ténuité remarquable.
Les deux autels sont surmontés chacun d'un retable en granit, élégamment sculpté.
Celui de droite, entièrement découvert et nouvellement restauré, porte en relief les instruments de la Passion, et au dessous, un encadrement formé par une très belle vigne, dans lequel on a placé un tableau représentant Notre-Dame-de-Douleur.
Cet autel a été érigé par la confrérie des tanneurs. Celui de gauche a été horriblement mutilé à la fin du XVIIIème siècle, pour recevoir l'application d'un autel en bois du plus mauvais goût. Il était composé de trois niches, fouillées dans le granit et destinées à recevoir chacune une statue. L'ornementation de ces niches, les torsades qui les bordaient rendaient cet autel supérieur par son élégance à celui des tanneurs.
La statue de la Sainte-Vierge, qui se trouvait dans la principale de ces niches, a seule été conservée et replacée dans la partie supérieure du retable de cet autel. Elle est en granit et d'un assez beau travail ; mais son mérite disparaît entièrement sous la peinture et les dorures dont on l'a chargée].
La nef, telle qu'elle se présente en 1846, ne fut terminée qu'en 1490, par l'achèvement du clocher.
A cette époque, il ne restait donc plus de l'ancienne église que le choeur, la sacristie et une petite chapelle qui en était voisine [Note : On en chercherait inutilement aujourd'hui le moindre vestige].
Les paroissiens songèrent dès lors à mettre cette partie de leur église en harmonie avec celle qu'ils venaient de reconstruire, et l'on jeta les fondations des murailles du choeur actuel. — Leur dessein était de le construire tel qu'il répondit à la grandeur de la nef, avec une ceinture de chapelles tout autour ; mais les ressources leur manquèrent pour l'exécution.
Les travaux, interrompus et repris vers la fin du XVIème siècle, furent une seconde fois suspendus par les guerres civiles, et près de deux siècles s'écoulèrent avant qu'on songeât à les reprendre. Enfin, en 1734, M. Vallée, pour lors recteur de Saint-Sulpice, se mit en devoir de conduire à fin l'oeuvre de ses prédécesseurs. Les travaux furent repris, mais sur un plan qui diffère essentiellement du premier, et dans lequel on a supprimé toutes les ornementations qui pouvaient entraîner dans une dépense trop considérable.
Cette partie de l'église, presqu'aussi vaste que la première, est, ainsi qu'elle, à trois nefs, et se termine par une abside assez gracieuse à l'extérieur ; mais l'oeil voudrait abattre ces lourds et énormes murs de refend qui partagent chaque travée des nefs latérales, lesquelles ne communiquent entre elles que par des portes carrées.
Cet édifice ne fut achevé qu'en 1763.
Placée dans la partie la plus basse de la ville, l'église de Saint-Sulpice a eu à souffrir plusieurs fois des inondations occasionnées par la rupture de la chaussée de l'étang de la Couarde.
Après l'inondation de 1720, et pour prévenir le retour des accidents, les paroissiens firent exhausser le sol de leur église de trois pieds, et construisirent devant, et autour du cimetière, deux digues de cinq à six pieds d'élévation ; mais ces précautions ne purent arrêter les effets de la grande inondation de 1768.
L'eau entra dans l'église à la hauteur de près de trois pieds, culbuta les bancs et les confessionnaux, dégrada les autels, détruisit un grand nombre d'ornements, de livres, etc., et quand elle se retira, après plusieurs jours, elle laissa sur le pavé une vase infecte qui ne permit de célébrer les saints mystères que lorsqu'elle fut entièrement nettoyée.
Quoique l'église de Saint-Sulpice fût en état de satisfaire aux besoins de la paroisse, le prieur de la Trinité n'en continua pas moins à jouir des avantages que lui avait assurés la donation de l'évêque de Rennes, se regardant toujours comme le recteur primitif de la paroisse. Le recteur, par conséquent, était réduit au titre de recteur-vicaire perpétuel. Cependant, par transaction du 1er février 1686, M. du Hardas d'Hauteville, alors prieur, s'était déchargé, lui et ses successeurs, du soin des âmes, et avait consenti à abandonner au recteur une somme de 350 livres pour son traitement, et une autre de 150 pour le traitement de son vicaire.
Outre le clergé ordinaire, il y avait dans l'église de Saint-Sulpice, comme dans celle de Saint-Léonard, un collège de chapelains dont le nombre était fixé à sept. Ils avaient été institués, ou plutôt rétablis en 1511, car ils paraissent avoir existé précédemment à cette époque ; mais les guerres du XVIème siècle avaient apporté du trouble dans leur existence, et avaient fini par amener leur dissolution. Leurs fonctions consistaient à dire tous les jours, à tour et à rang, une messe pour les frères et soeurs trépassés de la frairie de Notre-Dame de la Mi-Août, au service de laquelle ils étaient spécialement affectés.
A la suite de longs débats, provoqués par des scènes scandaleuses auxquelles avait donné lieu la prétention des chapelains à la prééminence sur le clergé de la paroisse, M. de Breteuil prononça leur suppression en 1731.
A la façade septentrionale de l'église de Saint-Sulpice est accolée une construction massive et sans grâce qui nuit singulièrement à l'élégance de l'édifice. C'est là qu'est exposée une statue de la Sainte Vierge, en grande vénération dans nos contrées, sous le nom de Notre-Dame-du-Marais.
S'il faut en croire une ancienne tradition, généralement accréditée dans le pays, cette sainte image aurait été retirée du marais où se trouve aujourd'hui l'église de Saint-Sulpice, à l'époque où le seigneur de Fougères jetait les fondements de sa ville, et sa découverte aurait déterminé le choix de cet endroit pour y consacrer un édifice à Dieu.
Quoi qu'il en soit de cette tradition, on ne saurait méconnaître les caractères d'antiquité qui recommandent cette statue vénérée, malgré la restauration qu'un artiste du XVIIIème siècle (M. Violard, auteur des statues des apôtres qui se voient dans le choeur de Saint-Sulpice) lui a fait subir et les dorures dont elle est chargée. Certains antiquaires en ont été tellement frappés, qu'ils ont pensé qu'elle avait pu être une ancienne idole de Cybèle qu'auraient adorée nos pères, encore païens, et qui aurait été appropriée aux desseins du nouveau culte par les premiers missionnaires qui apportèrent l'Evangile dans nos contrées ; mais la nature même de la statue, qui est tout en granit, et qui nous présente en un seul bloc la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus sur ses bras, faisant corps avec elle, repousse entièrement cette supposition (L. Maupillé et A. Bertin, 1846).
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