Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue chez les Bulatois

BULAT-PESTIVIEN

  Retour page d'accueil        Retour Canton de Callac  

La commune de Bulat-Pestivien (pucenoire.gif (96 octets) Bulad-Pestivien) fait partie du canton de Callac. Bulat-Pestivien dépend de l'arrondissement de Guingamp, du département des Côtes d'Armor (Bretagne). 

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

ETYMOLOGIE et HISTOIRE de BULAT-PESTIVIEN

Bulat-Pestivien vient de Bulat ("bud" (bénéfice) et "gulat" (pays, richesse)) et de Pestivien ("penn" (tête, bout) et "stiv" (source)). 

Bulat-Pestivien est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Mael. Le territoire de Bulat-Pestivien appartenait au XIIème siècle, à la famille des seigneurs de Pestivien. En 1351, plusieurs membres de la famille Pestivien participent au combat des Trente. Cette famille s'est éteinte en 1776.

Le château de Pestivien, propriété de la famille Pestivien, est tenu le 10 juillet 1355 par le roi d'Angleterre (capitaine Roger David). Roger David (ou Davy) est l'époux de Jeanne de Rostrenen, veuve du vicomte de Rohan qui avait été tué au combat de la Roche-Derrien auprès de Charles de Blois. Ce château est pris par Du Guesclin en 1363-1364, aidé par la milice de Guingamp et environ 6000 hommes. Le siège avait ruiné le château.

La famille de Pestivien est mentionnée à plusieurs reprises, en 1330, lors du procès de canonisation de Saint-Yves : " Noble homme, Jean de Pestivien, chevalier, seigneur du même lieu, âgé de 40 ans " (témoin n° 4), " Dame Pleysou, de Pestivien, veuve du seigneur Henri Carruel, chevalier, âgée de 50 ans " (témoin n° 36) et " Seigneur Jean de Pestivien, chevalier, seigneur du même lieu, du diocèse de Quimper, âgé de 50 ans environ " (témoin n° 117).

Ville de Bulat-Pestivien (Bretagne).

La paroisse de Penstyffyen est citée en 1368, dans la taxe des bénéfices du diocèse de Quimper. Elle est appelée Pestivien dès 1670. On y trouve une chapelle Notre-Dame de Bulat qui est devenue église paroissiale le 14 juillet 1804. Trois juridictions s'exerçaient jadis au bourg de Bulat : celle de Coatguréden, celle de Bodillio et celle de Pestivien. 

Une municipalité est élue au début de 1790 et un chef-lieu de canton y est établi à la même époque. Ce canton, comprenant la seule commune de Pestivien, est réuni au canton de Callac par arrêté de l'administration départementale en date du 29 juillet 1797 (Arch. des Côtes d'Armor, 1L 180, fol. 20). Le nom de la commune devient Bulat-Pestivien en 1876, à la suite du transfert de son chef-lieu au bourg de Bulat. 

Le territoire de Bulat-Pestivien renferme les fiefs patronymiques de Botillio (ou Bodillio ou Bodeillo), Coatgoureden, la Garenne et Pestivien. 

L'ancienne paroisse de Pestivien dépendait jadis de l'évêché de Quimper (Cornouaille), du ressort de Carhaix et de la subdélégation de Callac. La cure était à l'alternative. « Il y avait là trois seigneuries : Pestivien, Coetgoureden et Bodeillo. La forteresse de Pestivien se trouvait à 1.200 mètres à l'Ouest de Bulat. Il n’en reste plus que des vestiges. Du château de Coetgoureden, à la limite Est de la paroisse, il ne subsiste également que des ruines. Quant au manoir de Bodeillo, il a complètement disparu. La chapelle du château, dédiée à saint Tugdual, possédait une roue de fortune. L’église de Pestivien est un édifice du XVIème siècle, remanié à la fin du XVIIIème. Elle est remarquable, tout comme le calvaire à personnages de son cimetière, qui date du début du XVIème siècle. Pestivien possède deux chapelles : N.-D. de Bulat, aujourd’hui église paroissiale, et Sainte-Anne. N.-D. de Bulat est l’un des plus beaux sanctuaires de la Cornouaille des Côtes-du-Nord. La partie la plus ancienne remonte à la fin du XVème siècle et au début du XVIème. Les pèlerins ont encore en vénération extraordinaire les trois fontaines de Notre-Dame de Bulat. La chapelle Sainte-Anne, vrai calque de l’église de Pestivien, fut bâtie en 1767, par les soins de M. Charles Pezron, recteur, " homme de talents, plein de zèle et de mérite ", note Mgr. de Saint-Luc. En 1769, Jean Touboullic, curé, habite au presbytère, " fait les petites écoles et instruit bien ". En 1779-1781, Jean Le Graët dessert, comme chapelain, la chapelle de Bodeillo » (H. Pérennès).

On rencontre les appellations suivantes : Pestivien (en 1306, en 1330), castrum de Pestivien (en 1354), Pestiffien (en 1405), Pr. de Pestivien, chap. Nostre-Dame de Buzglat (en 1465), Buzlat (en 1588, en 1620), Bulat (en 1670).

Ville de Bulat-Pestivien (Bretagne).

Note 1 : Liste des recteurs qui se sont succédés à Bulat-Pestivien depuis la Révolution : Jean Touboulic (1802-1823), Ollivier Le Bastard (1823-1831), Jean Nicolas (1831-1842), Gilles Le Rudulier (1842-1853), Rolland Derrien (1853-1861), François Daniel (1861-1871), Guillaume Le Rudulier (1872-1894), Pierre-Marie Keranflec'h (1894-1931), Etienne Keranflec'h (1931-1940), Paul Harel (1940 interim), Léon Henry (1940-1957), Pierre Daniel (1957-1963), Louis Le Tirrand (1963,...).
Liste des maires qui se sont succédés à Bulat-Pestivien depuis la Révolution : Jacques Derrien (de Kerdren, 1800-1803), Jean Le Moigne (de Derlac'h, 1803-1815), M. Desjars (de Kerjulou, 1815-1817), M. de Keranflec'h, chevalier de Saint-Louis (1817-1821), Jean Le Moigne (1821-1835), Yves Le Cam (du Château, 1835-1840), Jean-B. Le Moigne (1840-1851), Henri Daniel (de Kergus, 1851-1959), Louis-Marie Le Moigne (de Goascaer, 1859-1888), Jules Capitaine (de Lannouzec, 1888-1925), François Auffret (de Bodillo, 1925-1929), Yves Courtois (de Keravel, 1929-1935), Oswen de Keroüartz (des Salles, Guingamp, 1935-1944), Pierre Le Graët (du Bourg, 1944-1945), Oswen de Keroüartz (des Salles, Guingamp, 1945-1975), Gérald Gohier (1975,...).

Note 2 : En 1350, Tristan de Pestivien qui servait le roi Jean, combattit dans les rangs bretons, à la bataille des Trente. En 1363, Jeanne de Pestivien était abbesse de Notre-Dame de la Joie. En 1380, Bizien de Pestivien ratifie le traité de Guérande. En 1396, mourut Constance de Pestivien, épouse en premières noces de Jean d'Avaugour, et en secondes de Roc de Rosmadec. En 1397, Guillaume de Pestivien commandait dans Brest. En 1414, on voit figurer dans les montres Pierre de Pestivien. En 1418, Jehan de Pestivien accompagne le duc de Bretagne en France.

Note 3 : la commune de Pestivien est formée des villages : Parc-Simon, Gourembaler, Trojolu, Coz-Caraës, Bodeillo, Quinquis-Cren, Flourden, la Villeneuve, Goas-Caër, Kerjullou, Kermarc'h, Bulat, Lanouezec, Stanqué, Keravel, Kerautrevezan, Kerbidiry, Carlouet, Pennec'h, Guerizouarn, Kerdudal, Kergus, Rivoal, Guerguentrel, Anizilliec, la Garenne, Kernavanaen, Rosneven, etc...

Ville de Bulat-Pestivien (Bretagne).

Bretagne : Histoire, Voyage, Vacances, Location, Hôtel et Patrimoine Immobilier

PATRIMOINE de BULAT-PESTIVIEN

l'église Notre-Dame (XIVème siècle), reconstruite vers 1463. Le premier sanctuaire est bâti en ex-voto par les seigneurs de Pestivien à la suite d'un voeu à la Vierge, vers la fin du XIIème siècle (une action de grâce pour la naissance d'un enfant). Menaçant ruine, l'édifice est restauré en 1671 puis presque entièrement reconstruit en 1775. L'église Notre-Dame de Bulat lui est substituée comme siège paroissial, le 25 messidor an XII. Le sanctuaire est érigé en église paroissiale en 1804. Les piliers et arcades du choeur datent du XIVème siècle. L'affluence et la générosité des pèlerins amenèrent à compléter l'église au XVème siècle et au début XVIème siècle. Elle est agrandie au XV-XVIème siècle : le choeur est flanqué de deux chapelles formant faux-transept, séparées de la nef par un jubé dont subsiste au nord la tourelle d'escalier, et une troisième chapelle au nord est édifiée peu après 1500 à la suite du mariage de Jeanne de La Chapelle-Molac, issue des Pestivien et de Jean de Rohan. Le porche Sud, oeuvre de l'architecte Fouquet Jehannou, date de 1505. La tour, oeuvre de l'architecte Fouquet Jehannou, est datée de 1530-1536. A droite du porche Ouest, le seigneur de Pestivien (1530) tient un phylactère dont l'inscription est datée du 29 février 1530. La sacristie, oeuvre de l'architecte Fouquet Jehannou, date de 1552. La table d'offrande (en bas de la nef avec banc des trésoriers de la fabrique) est l'oeuvre du sculpteur P. Le Mouine et date de 1583 (commandée par P. Lucas et F. Kermen, membres de la fabrique paroissiale). Le retable, dû à Yves Corlay, date de 1703. Le maître-autel date de 1867. Le lutrin, oeuvre du sculpteur Chamaillard, date de 1850. La statue de la Vierge date de 1747. La maîtresse vitre, exécutée en 1852 d'après un carton de Peter Hawke, représente l'Annonciation. Le 1er mars 1836, la foudre détruit la tour de l'église ainsi que les vitraux. Le 25 mars 1836, la tempête emporte le dôme de l'église. La flèche de l'église est reconstruite du 25 mai au 3 novembre 1865. L'église est restaurée de 1842 à 1850 ; 

Eglise de Bulat-Pestivien (Bretagne).

 

Bulat-Pestivien : église

Nota 1 : Description datée de 1864 : Au fond d'un bassin, formé par les entre­lacs de l'une des chaînes des montagnes d'Arrès, sur la limite extrême de l'ancien diocèse de Cornouailles, se trouve l'un des plus riches sanctuaires que la foi et la générosité des fidèles aient élevés à la Mère de Dieu, sur le sol de l'ancienne Armorique. Là, comme perdue au fond d'un désert, à deux kilomètres environ de l'ancien château de Pestivien, dans les enclaves mêmes de l'ancienne paroisse de ce nom, et dans celles de l'ancienne comté de Poher, quelques ormes et quelques chênes pyramidaux, ombragent l'élégante et monumentale église de Notre-Dame de Bulat. Le voyageur qui, arrivant par la route de Rostrenen, voit du haut de la montagne, cette tour gigantesque, cette profusion de pinacles, de clochetons, de tourelles et de figures pyramidales, est saisi de respect. On dirait un symbole sublime et splendide de la puissance de Marie, étendant son ombre propice sur les pays circonvoisins. La vieille redoute que la puissance féodale des barons de Pestivien flanqua jadis de tours et de créneaux, en apparence inexpugnables, est tombée, et ses murs solitaires n'offrent de toutes parts à la curiosité du voyageur que des ruines et des décombres. Mais le sanctuaire de Marie, qui jadis n'était qu'un modeste oratoire [Note : Des modillons qui figurent des têtes grotesques et grimaçantes, çà et là incrustés dans les murs des nouveaux bâtiments qui avoisinent l'église, attestent que l'un des premiers oratoires de Notre-Dame de Bulat appartenait à la période secondaire de l'architecture romane (XIIème siècle au moins)], est aujourd'hui une église dont bon nombre de cathédrales seraient jalouses (Note : Cette église a quarante mètres de longueur sur vingt-quatre de largeur. Les clefs de voûte des colonnades sont à neuf mètres au-dessus des dalles de l'église, et la largeur des travées est de trois mètres). 

Intérieur de l'Eglise : Dans son plan général, cet édifice figure un grand parallélogramme, divisé en cinq nefs par un double rang de bas-côtés. Le chevet de l'abside est percé d'une magnifique fenêtre flamboyante, dont les meneaux et la rose ont toute la hardiesse et la coquetterie d'une légère dentelle. Le dessin de cette rose figure trois grands coeurs, dont deux en infériorité, supportent le troisième. Les armes des fondateurs primitifs de l'église et celles de quelques-uns des donateurs de la verrière sont encore conservées dans cette rose. Au sommet et en éminence, apparaît l'écu des Bouteville, puis viennent ceux des Rostrenen, des Pont-Labbé, des Pestivien, des Kergorlay et celles des Guengoat, en alliance avec les Rostrenen [Note : Les registres de réformation de la noblesse signalent comme fondateurs et patrons de l'église de Bulat -1° les Pestivien ; - 2° les Molac ; - 3° les La Chapelle (sous Ploërmel) ; - 4° les Kerveno, en Pluméliau, et non les Kermeno, en Plougonver (à la fin du XVIIIème siècle, la terre de Kerveno appartenait aux Lambilly) ; - 5° les Kergorlay ; - 6° les Du Cleux (ou Cleuz) du Gage ; - 7° le Kerhouarz. Du reste ces registres ne font aucune mention ni des Rohan, ni des Bouteville. Il nous semble pourtant que les armes des Bouteville, en éminence dans la grande verrière et celles des Rohan, sur la clef de voûte du porche, sont des indices certains des prééminences dont jouirent jadis ces deux maisons dans l'église de Bulat. D'ailleurs une certaine seigneurie a pu naître puis s'éteindre dans l'espace de temps d'une réformation à une autre, sans laisser aucune trace sur les registres]. Une légion d'anges musiciens, et David, avec sa harpe, remplissent les autres compartiments de la rose. Les vitraux des six baies encadrées par les meneaux de cette verrière, représentent plusieurs scènes de la vie de sainte Vierge, entre autres [Note : Nous avons remarqué que c'est le mystère de l'Annonciation qu'on a voulu particulièrement honorer dans la dédicace de la plupart des églises dédiées à la Sainte Vierge. Nous citerons entre autres Runan, La Clarté (en Perros-Guirec), Keramenech (en Plounevez), Kerfons (en Ploubezre), Plusguellec, etc.] l'Annonciation, le mariage de saint Joseph, la fuite en Egypte, l'Assomption, etc., le mystère de l'Annonciation et un laid et immense store, tenant plus de la moitié du vitrail, les autres sujets n'y occupent qu'une place assez étroite. Six grandes fenêtres dans le style de la grande verrière éclairent les chapelles latérales. Dans le collatéral nord, deux autres fenêtres, dont les formes accusent l'architecture de la Renaissance, ont des roses qui figurent des fleurs de lys encadrées par des voussures cintrées. Quelques grisailles décorent encore les compartiments de ces roses, et au sommet un verre blanc a été substitué à l'écusson du fondateur (alors Kerveno). Dans l'une des fenêtres du transept méridional, les vitraux représentent les mystères du Rosaire, encadrés dans des médaillons superposés et divisés en trois colonnes verticales par les légers meneaux de la verrière. La fenêtre orientale du transept nord représente une crucifixion avec la sainte Vierge, saint Jean et les saintes Femmes au pied de la croix. Le baldaquin, aux formes lourdes et classiques, qui couronne ces sujets est vraiment déplacé dans une verrière gothique. Dans la rose de cette fenêtre, nous avons remarqué des sybilles, le sacrifice d'Abraham, la foi, la charité, saint Michel et le dragon, saint Mathieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, un diable et un damné. Au-dessous du baldaquin, trois médaillons, parallèlement placés, représentent un prêtre en prière, les armes de Bretagne, et Neptune, tenant d'une main son trident, et appuyant de l'autre un écusson d'azur au chevron d'hermines (Note : Dans la rose de la grande fenêtre du transept méridional nous avons aussi remarqué des débris d'écussons dont le détail suit : — 1°. En éminence les Pestivien ; — 2° Au-dessous, du côté gauche, un écartelé aux 1er et 4ème de gueules à quatre macles d'argent, qui est Molac aux 2ème et 3ème de gueules, à la fasce d'hermines, qui est de la Chapelle. Du côté droit : parti au 1er, coupé, au 1er de gueules à quatre macles d'argent qui est encore Molac, au second de gueules à la fasce d'hermines, qui est la Chapelle et au second parti de gueules à onze besants d'or, qui est Malestroit. Guyon de Molac épousa, vers 1420, Jeanne, dame de Pestivien, dont Guyon, époux de Marguerite de Malestroit en 1458). En examinant l'effet général de ces vitraux, on remarque que les couleurs foncées et pâles y dominent ; l'éclat des teintes vives, la transparence et la variété leur manquent. —Toutefois, nous devons le dire, l'artiste auquel ils sont dus, mérite, malgré leurs défauts très-nombreux, une certaine indulgence, voire même des éloges, car il a été dans nos contrées un des premiers à entrer dans cette voie de réaction et de renaissance d'un art qui a depuis illustré bon nombre de monuments religieux dans nos parages, témoins la cathédrale de Tréguier, l'église de Guingamp et Notre-Dame d'Espérance, à Saint-Brieuc, où l'on peut voir des vitraux comparables à ceux des meilleures époques de la peinture sur verre au Moyen-Age. On ne peut douter que toutes ces grandes fenêtres, qui déguisent la nudité des murs des faces orientales de l'église de Bulat, et de nombre d'autres, ses contemporaines, que tous ces sujets bibliques et historiques dont les enluminures donnent une animation si pieuse à leurs vitraux devaient éclairer d'anciens autels à retables de pierre ou de bois imagés tels que ceux qui étaient encore en vénération au commencement du XVIème siècle. Pourquoi, en effet, ouvrir ces larges baies, si elles devaient immédiatement être obstruées ou maçonnées, pour faire place à toutes ces énormes, muettes et hideuses cloisons qui sont venues dans les ébats de vandalisme des XVIIème et XVIIIème siècles, masquer nos élégantes verrières, défigurer les plus coquettes lignes architecturales de nos églises et y usurper la place de ces pieux autels, du plus pur et du plus bel art chrétien. En face du porche, au côté nord de la grande nef, dans l'une des travées de la colonnade, l'on voit une longue table de pierre, affectant la forme d'un grand autel. Sa face antérieure, reposant sur un massif cubique de granit, est décorée d'élégantes frises et de pilastres couverts de palmes, de macles, de fusées et de nombre d'autres sculptures de l'architecture de transition. Sur la frise supérieure, nous avons remarqué un écusson fruste : c'est sans doute celui de Kergorlay, seigneur et patron de Bulat, à l'époque de l'érection de cette table. Les deux extrémités se terminent par un enroulement de consoles et de volutes auxquelles sont adossées deux effigies, à savoir : celle d'un homme et celle d'une femme. Nous n'avons pas hésité à regarder ces deux personnages comme représentant les donateurs de la table ou les fondateurs de l'église dont nous avons tout à l'heure relevé les armes sur la frise antérieure. Sur le dos de la table, on lit l'inscription suivante : « L'an 1583 fut faicte ceste table par P. Le Mouine, ouvrier, P. Lucas et F. Kermen, fabriques lors ». C'est du haut de ce trône de pierre que Notre-Dame de Bulat bénit tous les ans les vingt-cinq mille pèlerins qui, après avoir cheminé nuit et jour, s'entassent, se coudoient et se pressent dans son sanctuaire à l'époque de son pardon, ainsi que la veille et le lendemain. C'est aussi au pied de ce trône que s'exhalent, en ces jours tous ces sentiments de foi, d'espérance et d'amour qui inondaient l'âme du pèlerin durant les longues heures de son pèlerinage ; c'est enfin de là que Notre-Dame de Bulat fait descendre sur la foule chrétienne mille bénédictions attachées au lieu qu'elle a choisi pour être l'un des grands théâtres de sa puissance et de ses miséricordes. En ces solennités, de même qu'en tout autre jour, beaucoup ne verront peut-être dans l'église de Bulat qu'un curieux et intéressant monument ; pour nous, nous voulons y voir quelque chose de plus, à savoir : de profonds enseignements, d'ineffables consolations, et enfin l'une des plus brillantes manifestations de la foi et de la piété du paysan bas-breton, dans notre Basse-Bretagne. Non loin de la porte de la sacristie, une tribune de pierre découpée à jour comme la rose d'une élégante verrière, supportée par un cul de lampe, couvert d'élégantes ciselures, reste gracieusement suspendue au mur, comme un nid d'hirondelle. Le soubassement est percé de deux fenêtres flanquées de clochetons classiques d'une originalité et d'une ornementation remarquables. Au-dessus, est un entablement, couvert d'une frise de coquillages ; puis vient un attique, qui offre vraiment un exemple du luxe de sculptures que certains artistes savaient alors répandre avec tant de profusion sur nombre de monuments de cette époque de la renaissance (1552). Au niveau de l'attique, deux effigies, encore un châtelain et une châtelaine, se détachant presqu'entièrement de la pierre, sont adossés aux deux faces latérales de cette tribune, et se font remarquer par leurs atours d'une indécente coquetterie. L'étage supérieur de l'attique se compose de niches espacées par une suite de gracieuses tourelles. Dans les niches sont logées des statuettes d'une nudité repoussante. Enfin, cette élégante tribune se termine par un dôme dont la nudité des parois est déguisée par trois pinacles ornés de légers crochets. Dans les mille fantaisies inventées par l'imagination féconde de l'artiste pour décorer ce monument, nous avons surtout remarqué les divers vêtements des personnages, lesquels comparés et réunis à ceux des autres sujets qui décorent les murs extérieurs de l'église, donnent une idée complète et exacte des divers costumes en usage dans le XVIème siècle. Toutes les moulures, toutes les découpures, tous les feuillages qui couvrent les diverses faces de ce bijou de pierre, ont, grâce au ciel, échappé aux fureurs du vandalisme. Mais on s'est dédommagé sur les sujets et sur la porte qui mettait jadis cette tribune en communication avec la sacristie. Les sculptures en ont été mutilées, et la porte, sans laquelle la tribune n'a aucune raison d'être, a été maçonnée avec un sans-façon déplorable. Cet acte de vandalisme aveugle ne diffère pas essentiellement, ce nous semble, de celui d'un propriétaire qui, ayant bâti une belle maison, en ferait immédiatement maçonner toutes les portes. Dans le transept nord, l'on voit un enfeu armorié des armes des Botillo, et dans le grand vitrail de cette chapelle, deux personnages, dans l'attitude de la prière, ont leurs robes blasonnées des mêmes armes et de celles des Liscoët (du Bois de La Roche, en Coadout). C'est sans doute une alliance entre ces deux maisons. 

Architecture du grand corps de l'église. L'examen le plus superficiel suffit pour se convaincre, qu'en dépit de nombre de reprises de travaux et de rapiécetages, l'architecture ogivale de la fin du XVème siècle et celle du premier quart du XVIème, dominent dans le grand corps de l'église de Bulat. Les roses des fenêtres, la forme cylindrique des colonnes, l'absence complète de chapiteaux, la doucine plate substituée dans les arceaux, aux tores et aux canelures profondes du XIVème siècle, ne laissent subsister à ce sujet aucun doute. Une autre vérité, qui ressort avec la même évidence de l'étude du monument, c'est que l'architecture de l'église actuelle de Bulat a succédé à une autre architecture plus ancienne et plus monumentale que la nouvelle ; témoins le pilier tréflé, qui termine la colonnade méridionale de la grande nef, et ceux qui forment l'enceinte du grand choeur, lesquels sont restés là, debout, sans doute, pour témoigner de la métamorphose dont le monument a été l'objet dans la dernière restauration. La forme tréflée des piliers, leurs chapitaux, l'arrondissement et le relief des tores ; la profondeur des canelures, nous autorisent à attribuer cette colonnade au XIVème siècle, c'est-à-dire, à la plus belle période de l'architecture ogivale dans nos contrées [Note : La distinction entre la colonnade tréflée du XIVème et celle du XVème siècle est assez subtile à saisir. La roideur de l'ogive, la hauteur des colonnes et surtout les tores et les canelures des chapitaux nous paraissent d'ordinaire des signes caractéristiques du XIVème siècle. On peut voir à Kerfaouès (en Ploubezre), un type complet de la colonnade tréflée du XVème siècle. Quant à celle du XIVème siècle, on la trouve dans la plupart de nos plus monumentales églises]. A l'entrée du grand choeur, un pilier massif et cylindrique dans lequel on a pratiqué un escalier en spirale, indique la place de l'ancien jubé, ce voile mystérieux et transparent du Saint des saints au Moyen-Age (Note : La plupart des anciens jubés du diocèse de Tréguier n'ont été relégués à la porte de nos églises que dans les trente premières années du XIXème siècle). Cette forme de pilier, à notre avis, caractéristique du commencement du XVIème siècle, n'est pas un défaut isolé, une singularité de notre église : nous en voyons nombre d'imitations dans nos contrées, entre autres dans les églises de Lannion, Plougonver, Saint-Gildas de Carnoët, etc. (Note : Les panneaux de l'ancien jubé de cette chapelle s'y voient encore dans un état de parfaite conservation. Non loin de Saint-Gildas, dans la chapelle domestique du manoir de Kerautem, nous avons aussi admiré un autel de bois dont le retable est, à notre avis, un des plus délicieux monuments de la sculpture classique au XVIIème siècle. L'originalité de la voûte de cette chapelle et ses peintures murals, sont aussi bien dignes d'être remarquées). Dans cette grande restauration de l'église de Bulat, au commencement du XVIème siècle, la forme générale de l'édifice resta à peu près la même. On se contenta de substituer l'architecture de ce temps à celle du XIVème siècle, puis de faire une addition de deux arcades à la grande nef et aux collatéraux. L'ensemble du corps principal du monument prouve aussi une fois de plus que l'architecture nouvelle, dite de la Renaissance, n'avait pas encore gravi les crêtes des montagnes d'Arrès, au commencement du XVIème siècle. Les dates de l'édification de la sacristie, celle des travées de la grande nef qui y correspondent, et enfin celle de la tour vont tout à l'heure nous annoncer l'arrivée de cette dernière, et préciser au moins approximativement l'époque où le nouvel art s'empara d'abord de nos monuments religieux et envahit nos sanctuaires. Une autre innovation introduite dans l'ancienne disposition de l'église de Bulat, lors de sa dernière restauration (1550 et 1552), ce fut de remplacer une tour du XIVème siècle, couronnée d'une élégante pyramide (Note : L'on peut voir dans les murs des bâtiments du presbytère plusieurs pierres qui proviennent de cette pyramide, et qui ont encore gardé leur forme et leur moulure primitive. C'était une flèche à huit arêtes arrondies en tores, comme celles des pyramides des tours de Guingamp, La Roche, Runan, etc.) par une tour plate qui n'a jamais été terminée, et qui s'est arrêtée là où devait commencer sa pyramide. Evidemment cette tour n'est pas en rapport avec le sentiment de nos croyances, une chose lui manque : c'est la pensée qui prédomine dans tous les monuments chrétiens, à savoir l'élancement et l'aspiration mystiques vers le ciel. On sent que la foi a manqué à cette construction. De tout point admirable comme les tours ses rivales dans le pays, bâtiment de la plus belle période de la Renaissance, elle s'édifiait avec l'espoir de posséder une couronne digne d'elle, quand elle fut interrompue au milieu de sa triomphale croissance par l'envahissement du doute et par les dissensions religieuses et civiles (Note : Nous voulons parler de la Ligue. Cette crise politique et religieuse dura dix ans environ en Basse-Bretagne ; mais, après la paix, publiée à Rennes et dans toute la province, des bandes de maraudeurs et de pillards n'en continuèrent pas moins à rançonner et à infester nos campagnes durant la première moitié du XVIIème siècle au moins. Puis arriva, à la fin du même siècle, la révolte de l'impôt du tabac et du papier timbré, et avec elle un nouveau brigandage, si bien qu'il fallut que le duc de Chaulnes, gouverneur de la province, vint à la tête de troupes nombreuses, étouffer la révolte et écraser les pillards. Il y a de curieux documents sur ces deux crises dans les anciens registres d'état civil de Plestin-les-Grèves et de Lanvellec). Maintenant ce n'est plus qu'un monument tronqué, qui ne cessera de l'être qu'à dater du jour où une aérienne pyramide, brodée et découpée à jour, comme une élégante dentelle, se dressera sur son sommet pour montrer, comme un doigt inflexible aux générations qui passent, la voie du ciel. Alors et seulement alors, l'aspect du pieux édifice en frappant les sens, produira aussi sur les âmes de profondes et salutaires émotions. Avant de sortir de l'église, il nous reste encore à relever quelques actes de vandalisme, qui en ont détruit ou défiguré la physionomie primitive Cette majestueuse enceinte a été quelques dix fois badigeonnée du haut en bas ; fenêtres, colonnes, sculptures, moulures, figures de pierre, tout est plâtré, souillé, abîmé. Rien n'a été épargné, il a fallu que tout passât au bain de chaux. Çà et là, dans les quatre chapelles qui garnissent les bas-côtés, l'on voit encore des culs de lampes et des dais indiquant les places des anciens autels (Note : Il y avait huit autels dans l'église de Bulat ; il en reste trois tout neufs) qui, autrefois, donnaient une animation si pieuse à l'intérieur de cette église. La plupart des statues qui indiquaient les noms des saints patrons de ces autels, ont disparu avec les autels eux-mêmes. C'est le naturalisme de la légende moderne de nos saints appliqué à l'ancien art chrétien dans les sanctuaires de nos églises. C'est le scepticisme corrompu de la philosophie des XVIIème et XVIIIème siècles, envahissant nos sanctuaires sous le patronage de l'austère et pharisaïque jansénisme. Après avoir proscrit les miracles des actes de nos saints, rien de plus naturel que d'en bannir les représentations de nos églises. Les arts suivirent toujours les idées et surtout les idées religieuses. Dans cette réforme générale de l'intérieur de l'église de Bulat, sept autels de pierre sont tombés sous le marteau ; les sculptures de l'un d'entre eux auraient rivalisé de hardiesse et de coquetterie avec les plus gracieuses frises des autels du Folgoat. — Eh bien ! tous ces monuments, qui avaient été l'objet de la vénération filiale de nos pères, devant lesquels tant de générations étaient venues s'agenouiller et prier, et qui, vus aujourd'hui dans leur originalité primitive, eussent emprunté du temps un nouveau et religieux prestige, tout cela a été brisé, relégué hors de l'église, confondu et amoncelé en tas avec les plus vils décombres pour être employés à des constructions nouvelles ou à des travaux de macadam. Tout le comble de l'église a été surbaissé presque au niveau de la clef de voûte de la grande verrière et précisément de manière à empêcher de substituer une voûte de pierre à cette misérable voûte de sapin, aujourd'hui placée un peu au-dessus de sa sphère. Les soubassements et les chapiteaux de l'ancienne et charmante colonnade du grand choeur ont été mutilés. Voulez-vous en savoir le prétexte ? C'est pour décorer de caisses de bois, ces colonnes tréflées, si étonnantes de hardiesse et d'élégance. Deux magnifiques verrières ont été défoncées, leurs meneaux et roses mutilés, et leurs vitraux, à sujets bibliques et historiques, remplacés par du verre blanc, avec accompagnement de barres de fer. Un sort aussi triste s'il est possible a atteint une innocente cheminée qui, à elle seule était un monument. On ne pouvait même pas lui adresser le reproche d'exhiber indiscrètement sa pointe classique au milieu des pinacles et des clochetons de l'église ; d'ailleurs son isolement dans la haute chambre de la sacristie semblait la protéger contre la barbarie de l'artiste restaurateur ; point du tout ; au risque d'ébranler les murs de l'édifice, pour leur donner plus de nudité et une forme plus rectiligne  ce délicieux monument de pierre fut violemment proscrit du lieu saint, et l'Eglise de Bulat renferme un monument de moins. — Mais en voilà assez pour l'édification de l'archéologue et pour la consolation de l'artiste amoureux du neuf. 

Extérieur de l'église. Maintenant si, de l'intérieur nous passons à l'extérieur, on n'est pas moins charmé des proportions à la fois gracieuses et grandioses de cette église, que de la richesse et de la profusion de ses ornements. Tous ces dais, tous ces panaches, tous ces festons, tous ces crochets, tous ces pinacles, tous ces végétaux, tous ces animaux, toutes ces broderies, en un mot toutes ces merveilles de l'art chrétien ou payen, semées çà et là sur les portes, sur les fenêtres et sur les murs de cette église, sont le plus remarquable spécimen que nous connaissions dans nos contrées, et des mieux conservés de la sculpture sur pierre au XVIème siècle. 

Porche. Le porche faisant saillie sur toutes les chapelles latérales, est flanqué de quatre contre-forts, taillés en prismes et couronnés de hardis et légers clochetons dont les panaches s'épanouissent dans les airs, au niveau des combles de l'église. Ces contre­forts sont décorés de seize niches, avec culs de lampe et dais de la plus riche ornementation. Les chérubins, les festons, les guirlandes, les feuillages et les sculptures de toutes sortes, qui couvrent ces dais et ces culs de lampe étonnent par la finesse et l'originalité du travail. La porte est divisée en deux baies par une magnifique torsade, surmontée d'une rose flamboyante. L'ogive, ou plutôt l'accolade et les parois latérales, sont décorées de quatre guirlandes de feuillages, découpées à jour, avec une exquise hardiesse : le dessin de cette porte semble pour ainsi dire disparaître sous les dentelles et les découpures de sa pierre. Toute la face méridionale de ce porche est littéralement couverte de chérubins, de quadrupèdes et de toutes sortes d'animaux faisant l'office de tenants à des écussons, ou n'y paraissant que pour y faire parade d'un luxe effréné de sculptures. Entre ces animaux, nous avons remarqué des lions, des chiens, des salamandres et des sphinx ; l'un de ces derniers dévore un enfant dont il a déjà déchiré les entrailles. L'aiguille du pignon est couronnée d'un clocheton qui affecte un peu la forme d'un élégant et léger campanille, de la période de transition. Un peu au-dessous du pédicule qui supporte ce clocheton, tout à fait en éminence, se voit un écusson écartelé aux 1er et 4ème à une fasce d'hermines aux 2ème et 3ème 4 macles (La Chapelle et Molac). Au premier regard qu'on jette dans l'intérieur de ce porche les yeux, peu habitués à de semblables richesses, se trouvent éblouis. Véritable bijou de la sculpture chrétienne au commencement du XVIème siècle, ce porche offre des beautés du premier ordre : c'est probablement le morceau d'ornement de cette époque le plus coquet et le plus fini de toute la Bretagne. Au fond, est une porte géminée, se terminant par des accolades couvertes de feuilles frisées et couronnées de panaches. Les tores et les canelures profondes des pieds-droits, ainsi que les chapiteaux de cette porte nous semblent caractéristiques du XIVème siècle. Ses accolades ne sont que des additions faites en sous-oeuvre lors de la construction du porche (de 1502 à 1510 environ). Sur le tympan de la porte se voit la niche de Notre-Dame et, de chaque côté du porche, celles des douze apôtres sont placées sur deux lignes parallèles. Les niches sont supportées par des culs de lampe, couvertes d'arcades trilobées et séparées les unes des autres par des tores ou des colonnettes d'une finesse remarquable. L'ogive de ces arcatures se termine par une accolade et est ornée d'une guirlande de feuillage, qui s'épanouit en pointe, sous la forme d'un panache. Les niches sont régulièrement espacées par de légères tourelles ; les dais, ornés de deux étages de pinacles couronnant des arcatures trilobées, sont surmontés de clochetons hardis, et des crochets sans nombre rampent gracieusement sur leurs arêtes. Enfin, douze panaches, placés sur deux lignes parallèles, couronnent les douze niches et simulent en même temps une élégante frise, hardiment découpée, à l'endroit de la naissance de la voûte. La voûte est sillonnée de nervures d'un grand relief qui, en se ramifiant, divisent celle-ci en plusieurs compartiments. A la clef, deux lions tiennent un écu et semblent, par la hardiesse des ciselures, se détacher entièrement de la pierre comme pour se laisser tomber sur le spectateur. Les armes de l'écu sont parti au 1er de Rohan au second coupé au 1er de la Chapelle au second de Molac (Note : Le Dominicain, Fr. Aug. du Paz, dans ses précieuses recherches généalogiques, va nous expliquer cette alliance des Rohan avec les La Chapelle, barons de Pestivien « Jean de Rohan, troisième fils de Louis de Rohan et de Louise de Rieux, grand-maître de Bretagne du temps de la duchesse Anne, fut marié deux fois : en première noces, avec Guyone de Lorgerie, dame du Lorgerie, du Bodou, etc. Ladite Guyonne étant décédée l'an 1502, le 22ème jour du mois d'août, il épousa en secondes noces Isabeau La Chapelle, duchesse dudit lieu de Molac, etc., fille de messire Allain de La Chapelle, seigneur du dit lieu de Molac, et de laquelle il n'eut point d'enfants ». Les armes des Molac se voient aussi au-dessus de la clef de voûte de la chapelle contigüe du porche. L'écusson, il est vrai, est fruste, mais la devise est très-lisible : « Guy da Volac c. a. d. Silence à Molac ». Puis : « Bonne vie ». Dans le vitrail mutilé de cette chapelle, nous avons aussi remarqué des débris des armes des Kergorlay). La statue de Notre-Dame est un véritable type de la chrétienne et pieuse statuaire du moyen-âge. Celles des apôtres ne sont pas si l'ont veut, des chefs-d'oeuvre de cette école, mais, en revanche, elles ne sentent en rien les formes anatomiques des faiseurs modernes ; leur simplicité, leur grossièreté même nous plaisent, parce qu'elles sont un rayonnement de leur piété. Toutes ces statues sont en pierre et par là même portent avec elles le cachet de leur antiquité. Pour ce qui est de la Vierge, sa couronne, ouverte et fleuronnée, ne permet guère de lui donner une date postérieure à celle de la construction du porche (1502-1510 environ). Il y aura bientôt un siècle, quelques agents d'un pouvoir en délire, armés de la hache révolutionnaire, firent subir à ce porche de sauvages mutilations. Tous les apôtres furent décollés ; en tombant du haut des niches, leurs têtes mutilées brisèrent les moulures du banc de pierre, au pourtour du porche ; la Vierge elle-même, cette Madone si vénérée et si chérie du Bas-Breton, ne trouva pas grâce devant ces iconoclastes. Depuis trois siècles elle voyait le temps et les générations passer et s'incliner devant elle, on la laissait avec reconnaissance bénir les peuples qui passaient et la foule des pèlerins ; il a fallu que la chétive main d'un sans-culotte vint détrôner et souiller cette puissante et bienfaisante Reine des montagnes d'Arrès. A côté de ce porche, se trouvent encore deux autres chefs-d'oeuvre, mais cette fois, c'est de l'architecture classique. On dirait, en effet, que les chefs-d'œuvre des deux arts chrétien et payen, ont voulu se donner rendez-vous dans ce sanctuaire de notre-Dame de Bulat. Ce sont : 

La Sacristie, Délicieux monument de la plus belle renaissance, et sans rivale dans tous les pays circonvoisins. Cette sacristie est percée de cinq fenêtres, en équerre, flanquées de chambranles de la plus riche ornementation. On doit surtout remarquer leurs chapiteaux, composés de groupes de figurines, mêlées à de gracieuses arabesques. Cinq contreforts déguisent la nudité des murs de ce bâtiment : ceux-ci en se dissimulant, sous la forme de minces colonnettes, figurent un mouvement vers le ciel, qui est comme une réminiscence des formes pyramidales et mystiques de l'art chrétien. Sur les arêtes de l'aiguille du pignon, rampent des crochets, dont les feuillages, hardiment fouillés, voilent tour à tour des figures d'hommes et de femmes et des grappes de raisin. Deux personnages nus sont fichés sur le sommet, en s'appuyant, l'un de la main droite, l'autre de la main gauche, sur un pédicule découronné et dépouillé de sa croix ou de son panache. Aux deux angles inférieurs de la base de l'aiguille du pignon, deux bustes, l'un représentant un homme et l'autre une femme, se détachent hardiment de la paroi du mur et allongent tous les deux le bras comme pour se donner la main. On ne saurait méconnaître dans ces figures le marquis de Kerveno et son épouse, seigneur et dame de Pestivien, à l'époque de la construction de la sacristie et de la tour. Ici, nous le savons, nous sommes en contradiction avec nos nouveaux et anciens nobiliaires ainsi qu'avec certains registres de réformation de la noblesse au XVIème siècle (1536) ; mais les armes (Note : Nous avons parfaitement vu et palpé les dix étoiles des Kerveno, en Pluméliau , mais pas un seul macle des Kermeno, en Plougonver. Au reste, en 1536, c'étaient les Botloy qui étaient seigneurs de Kerveno, en Plougonver, et non les Kermeno) de la maison de Kerveno, en Pluméliau, gravées avec grand relief et grand renfort de sculptures un peu au-dessus de ces deux effigies, nous permettent, nous commandent même de redressser ici en passant, un mensonge de notre histoire. Nombre d'autres personnages, nus et dans des attitudes grotesques et obscènes, et des sculptures du genre rocaille, déguisent partout la nudité des murs de la secréterie qui nous occupe. A hauteur d'hommes, deux autres bustes déroulent sur les faces de l'édifice une longue banderole, hardiment découpée et tailladée, sur laquelle nous avons relevé l'inscription qui suit : « Le troisième jour d'aost 1552, fut commencée cette secréterie par Fouquet, Jehannou, mestre de levre, et Guillaume Cozic et Guillaume Daniel, fabriques ». Sur la moulure supérieure de cette banderole se promènent ou stationnent, tour à tour, des sujets macabres, tous étonnants d'expression. L'on y voit la mort représentée sous diverses formes, entraîner avec elle des hommes et des femmes de tout âge et de toute condition. L'un des sujets semble crier comme pour éveiller et faire sortir les autres de leurs tombeaux. Quelques-unes de ces effigies représentent des corps dépouillés de leurs chairs et dans un état de décomposition complète ; d'autres portent des vêtements et représentent des images moins hideuses et moins repoussantes de la mort. Tous ces ornements, toutes ces riches et innombrables fantaisies de l'artiste Fouquet se voient encore aujourd'hui dans un état parfait de conservation sur les murs de cette secréterie, et l'on y trouve assez de beautés, de grâces et d'originalités architectoniques pour se convaincre que parfois le XVIème siècle lui-même a produit dans nos contrées des oeuvres de première importance. 

De la tour. La tour, autre chef-d'oeuvre de l'architecture classique, qui s'élance à trente mètres au moins dans les airs, est couverte de toutes parts d'un luxe inépuisable d'ornements. Elle a vu déjà passer plus de trois cents hivers qu'elle a bravés comme un seul jour ; et à la vue de ses gigantesques et solides proportions, il est facile de deviner qu'elle n'a pas à redouter davantage les siècles qui suivront les nôtres. Flanquée de huit contreforts et décorée de pilastres et de niches couvertes de délicieuses sculptures, elle est distribuée en trois étages par des entablements, des frises, des corniches et des galeries. — Les deux étages supérieurs sont percés de quinze fenêtres, de cinq mètres de hauteur, sur soixante-six centimètres de largeur. Leurs parois extérieures sont couvertes d'élégantes moulures, et leur clef de voûte simule des consoles chargées de sculpture. Ces fenêtres sont flanquées de chambranles élancées et couvertes de losanges, de macles et de toutes sortes d'ornements de la Renaissance, et se terminent par un coquillage, en guise de fleuron. Une galerie, composée tour à tour d'arcades cintrées et de balustres couronnés de chapiteaux couverts de feuillages, règne au pourtour de la première plate-forme. Rien donc de plus simple que de mettre la seconde en conformité de style avec la première. Mais non, il y a trente ans, un architecte, sous prétexte d'achèvement, voulant faire de l'originalité à lui, surmonta la seconde plate-forme d'une galerie composée de pieux de bois, avec accompagnement d'entonnoir de la même matière. Heureusement le temps est venu bien vite à bout de tout cela. La porte de procession, digne rivale de la porte du grand porche, est d'une richesse d'ornementation des plus brillantes et des plus splendides. Un arceau ou imposte de pierre, en anse de panier, la coupe en deux baies superposées. Deux chambranles, chargées d'arabesques et ayant huit ou dix mètres de hauteur, l'encadrent en guise de clochetons. Son ogive se termine par une accolade, surmontée d'un pédicule qui supporte une figure grotesque et nue. Plus de quatre cents personnages, animaux ou feuillages donnent à cette porte, une animation ravissante. Ces bas-reliefs, de la plus pure sculpture chrétienne, ne sont ni maniérés, ni obscènes, dans le premier étage de la porte (Note : Impossible, à en juger par l'église de Bulat et par nombre d'autres ses contemporaines, dans nos contrées, de contester qu'à la fin du XVème siècle et durant le premier quart même du XVIème, les théories du pur gothique et du beau chrétien n'eussent pas d'ordinaire la direction de nos grands travaux d'art. De là, dans la partie ogivale de l'église de Bulat, pas un seul sujet païen, rien qui respire cette mythologie obscène et voluptueuse qui, plus tard, envahit notre imagerie religieuse et les murs de nos églises. L'époque de l'intrusion des turpitudes païennes, dans le lieu saint, est, du reste, dans nos contrées facile à déterminer, c'est celle de l'arrivée de l'architecture nouvelle dite de la Renaissance ; il faut le dire, elles arrivèrent toutes deux de compagnie). Au second apparaît l'art païen et voluptueux (1553 ou 1554). Peut-être sera-t-il utile de dire un mot sur l'arrangement des figures. Sur les parois latérales de la baie inférieure, on voit d'abord les quatre évangélistes, puis les douze apôtres, des saintes qui tiennent en main des livres ouverts, et enfin des chérubins dans des attitudes forcées et bizarres supportant la première archivolte ou imposte. Des personnages obscènes, mêlés à des arabesques et à des rinceaux délicatement fouillés, rampent sur les parois de l'étage supérieur (Note : A hauteur d'homme, des deux côtés de la porte sur la face antérieure de deux contreforts, se voient deux bustes représentant un homme et une femme. L'un d'eux tient en main une grande pancarte sur laquelle nous avons relevé cette inscription : « En : l'an : 1530 29e jour février fut commencée ceste tour par F. (Fouquet), Jehannou, mestre de lesvre et G. Cozic, procureur Fabrique »). La façade méridionale de la tour est flanquée d'une gracieuse tourelle, qui présente quelqu'analogie avec celle de la tour de Saint-Emilion. C'est la seule marque d'affinité que nous trouvions entre les deux monuments, quoiqu'ils soient tous les deux d'une date contemporaine. Cette tourelle est percée d'étroites fenêtres et de longues meurtrières. Les fenêtres sont surmontées d'élégants pinacles et encadrées de chambranles mi-cylindriques. Le dôme, affectant une forme pyramidale, à huit pans, a ses arêtes chargées de crochets. Enfin ce charmant cylindre de pierre est couronné d'un fleuron qui s'épanouit gracieusement dans les airs au-dessus des combles de l'église [Note : Sur le bourdon de cette tour, nous avons relevé l'inscription qui suit : — « L'an 1843, Marie-Antoinette a été baptisée par l'Illustr. et Révérendissime Mgr Le Mée, évêque de Saint-Brieuc ; parrain et marraine ont été le marquis de Kerouartz, petit-fils de M. le marquis du Gage, et dame Antoinette D'Harbois, veuve Keranflec'h douairière de Rosneven. Je pèse 2,280 kilogrammes ». En 1768 , le bourdon de Notre-Dame de Bulat pesait seulement quelques livres de moins, et avait pour parrain et marraine Maurice de Roquefeuil, marquis de Kergoat, et Marie-Suzanne de la Lande, dame comtesse de Calan Couessan (sic)]. Tout ce luxe de sculpture et d'imagerie chrétienne ou païenne, qui attire l'attention de l'archéologue, est vraiment admirable et montre surtout quel parti on pourrait tirer du granit des montagnes d'Arrès pour l'ornementation intérieure ou extérieure de nos édifices religieux. A vrai dire, il y a, nous voulons bien l'avouer, antipathie, répulsion même, entre l'architecture païenne de cette tour et de la sacristie, et celle du chevet de l'église. La tour et la sacristie présentent une physionomie toute classique et toute païenne, mais devant laquelle les plus enthousiastes et les plus exclusifs admirateurs de l'architecture chrétienne sont obligés de s'incliner comme devant l'une des plus grandioses et des plus merveilleuses créations de la Renaissance dans nos contrées. La voilà, telle qu'il nous est donné de la faire connaître, cette église, l'un de ces monuments nés de la foi de l'ancien gentilhomme, unie à la religion du bourgeois et du paysan breton ; — édifices que la chrétienté élevait autrefois à l'aide de quêtes et d'aumônes, et avec le secours de quelques mestres oupvries, picoteurs de pierres ; — monuments dont plus d'un petit Etat ne serait pas assez riche pour payer aujourd'hui la main-d'œuvre ; — saintes églises, qui ont été un objet d'affection pour les générations qui les ont bâties et qui excitent maintenant en nous, qui sommes les témoins de leur durée, qui les voyons noircies par le temps sans en être ébranlées, la plus vive admiration.  

De l'ancienne église de Pestivien et de la chapelle Sainte-Anne. L'église de Pestivien, ancienne église paroissiale de la paroisse du même nom, est dédiée à saint Blaise. Elle affecte la forme d'une croix latine. Ses transepts, du premier quart du XVIème siècle, ne manquent pas d'élégance. Du reste, tout est mauvais dans cette église qui, avant sa dernière restauration, à la fin du XVIIIème siècle, était un harmonieux édifice de la dernière période de l'architecture ogivale. En gravant son nom sur les murs du nouveau bâtiment, l'architecte restaurateur a semblé braver les vengeances de la publicité contre l'attentat commis par lui sur ce monument, mais les limites étroites dans lesquelles nous devons circonscrire notre travail ne nous permettent ni de venger avec plus de détails la mémoire de la vieille église, ni de relever même l'inscription que nous avons lue sur la pancarte de pierre. Maintenant, quand l'archéologue aura déploré avec nous toutes les misères de l'église, nous le prions de ne pas oublier le calvaire de pierre que l'on voit dans le cimetière. A notre gré, c'est un des plus curieux monuments de la statuaire au commencement du XVIème siècle. — D'un côté de la croix, on voit le crucifiement et les deux larrons, puis cinq anges, délicieusement drapés, recevant le précieux sang dans des coupes ; de l'autre, Notre-Dame de Pitié et des saintes Femmes, qui tiennent en main des vases remplis d'aromates. — Au pied de la croix, l'on voit la mise au tombeau, saint Yves et les bourreaux. Les sujets placés an pied de la croix sont un peu mutilés, mais ceux du sommet ont été respectés. 

La Chapelle Sainte-Anne. En 1767, on trouva une statuette de pierre dans une fontaine voisine du village du Radenec, en Pestivien. Le bruit de cette découverte s'étant répandu dans le pays, l'on vit grand nombre de pèlerins accourir en ce lieu pour faire leurs prières et pour demander avec instance qu'on érigeât là une chapelle en l'honneur de sainte Anne, dont on y avait trouvé l'image. Le recteur du lieu refusa d'abord de condescendre au vœu des pèlerins ; mais, soudainement frappé de paralysie, puis inopinément guéri, en faisant sa prière à sainte Anne, il fit ériger avec l'aumône des pèlerins, la chapelle que l'on y voit aujourd'hui. Cette chapelle figure une croix Latine, et est un véritable calque de l'ancienne église paroissiale de Pestivien ; son campanile, léger et élancé, en est le plus bel ornement. L'architecture, avons-nous besoin de le dire ? en est, comme toute celle de cette époque, civile et classique. Son grand autel de marbre a beaucoup de parenté avec ceux de Plestin (Plestin-les-Grèves), Lannion, etc., et se marie très-bien au style de la chapelle. Jadis, un beau calvaire de pierre s'élevait au milieu du vaste cimetière de cette chapelle. Cent cinquante charretées de pierres de taille, choisies dans les décombres de l'ancien château de Pestivien, suffirent à peine pour ériger le piedestal de ce monument. — A ce piedestal était adossé un autel de marbre dans le style de celui de l'église. Eh bien ! soudainement, sans raison aucune, après le bris de l'autel, ce monument fut mis à l'enchère, et enfin vendu trois cents francs. Alors ces blocs de granit qui couronnaient jadis les tours superbes de l'ancien château de Pestivien, se trouvèrent un peu humiliées d'être reléguées par l'acquéreur au fond d'un vaste étang, pour obstruer des voies d'eau et pour en consolider la haute chaussée. Ainsi des grandeurs de ce monde ! 

Des Fontaines de Notre-Dame. Les pèlerins ont encore en vénération extraordinaire les trois fontaines de Notre-Dame de Bulat. — Quand ils ont fait leur prière à l'église, et la procession autour du trône de la Vierge, tous visitent dévotement les fontaines (Note : Grand nombre de pèlerins font la procession autour du trône et de l'église, pieds nus ou même à genoux nus). Après avoir bu de l'eau miraculeuse, les uns s'en lavent les pieds, les autres les mains, les yeux et tout le corps. Nul doute que la plupart ne s'en trouvent soulagés et consolés, puisque les mêmes pèlerins retournent périodiquement implorer de Notre-Dame de nouvelles faveurs. La première de ces fontaines, située dans le cimetière, porte le nom de Fontaine du lait, parce que, entre autres merveilles opérées par la vertu de son eau, elle donne du lait et des forces aux nourrices malades. La seconde se nomme Fontaine des Sept-Saints, à savoir : saint Pol, saint Cotentin, saint Paterne, saint Tugdual, saint Brieuc, saint Samson et saint Malo, tous évêques bretons et fondateurs de la foi dans les pays de Léon, Cornouailles, Tréguier, Saint-Brieuc, etc. (Note : Nous avons vu une charte de 1500 qui comptait saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc, au nombre des sept saints bretons, en éliminant un des sept autres évêques, premiers fondateurs de la foi dans nos contrées. — C'est le testament d'un riche et opulent marchand de toile, de Morlaix, qui, en mourant, faisait des dons à plus de quarante lieux de pèlerinages qu'il connaissait peut-être mieux que les sept saints bretons). La troisième fontaine, dédiée aussi à Notre-Dame, jadis la plus monumentale de toutes, a été, au commencement du XIXème siècle, l'objet des plus déplorables mutilations. Le plus élégant des pinacles a été découronné, et les animaux, les fleurons, les crochets et tous les ornements qui décoraient cette figure pyramidale, ont été amoncelés, pêle-mêle, dans un piédestal de croix de bois, comme si un monument de bois pouvait jamais être le pair d'un monument de pierre. 

Saluts de Notre-Dame de Bulat. Au sommet des montagnes voisines, sillonnées par les routes de l'ancien pèlerinage de Notre-Dame, d'aussi loin que l'oeil du pèlerin peut apercevoir la tour et la masse imposante de l'église, celui-ci fait une halte, s'agenouille au pied d'une croix, fait sa première prière à Notre-Dame, puis dépose son offrande dans le tronc de pierre faisant face à cette croix. Cette ceinture de calvaires qui couronnaient jadis les arêtes des montagnes voisines du sanctuaire de Notre-Dame, porte le nom de Saluts de Bulat (Note : Ces saluts, au nombre de cinq, donnaient jadis au sol de la paroisse de Bulat comme la physionomie d'un vaste sanctuaire où l'on trouvait de toutes parts des chrétiens en prière. De tous ces monuments, il ne reste guère que des décombres. Que de ruines, partout où nos pères érigèrent des monuments de leur foi et de leur piété)

Nota 1bis : Une des plus belles églises de l'arrondissement de Guingamp est sans contredit celle de Bulat. Dédiée à la Sainte Vierge, on y vénère sa statue en argent. Cette statue a pour auteur Jean-Baptiste Buchet, orfèvre à Rennes, en 1747. Sur un pan du manteau sont inscrits les noms des fabriciens d'alors : François Le Bastard et Vincent Le Bricon et la date d'exécution, MDCCXLVII. Elle coûta 591 livres. Ce qui frappe d'abord dans l'église de Bulat c'est la tour située au bas des nefs. Elle est flanquée de huit contre­forts et décorée de pilastres et de niches couvertes de sculptures. Deux galeries aux balustrades sculptées règnent autour et elle est surmontée d'une superbe flèche de granit tout ajourée de lucarnes et enrichie de crochets sculptés. Elle est accompagnée d'une tourelle percée de meurtrières, dont le dôme formant toit est surmonté d'un fleuron épanoui. Au pied de cette tour s'ouvre l'immense portail de procession. Un arceau le partage en deux baies superposées. Deux chambranles sculptés, de 10 mètres de hauteur l'encadrent. Au-dessus de l'ogive se trouve un pédicule surmonté d'un personnage nu. Le porche est orné de fleurs, de feuillages, de statuettes. On remarque dans les voussures les évangélistes, les apôtres, des saints, des saintes, des anges, etc. De chaque côté sont sculptés deux bustes, celui d'un homme et d'une femme, malheureusement mutilés, en costume du XVIème siècle. L'un d'eux tient en main une pancarte avec cette inscription : « En l'an 1530, 29ème jour de febvrier, fust commencée ceste tour par F. Jehannou, mestre de lesvre (maitre de l'oeuvre) et G. Cozic, procureur fabrique ». Près de la tour se trouve la sacristie, un joli spécimen de l'art de la Renaissance. On y remarque cinq fenêtres flanquées de chambranles aux chapiteaux couverts de sculptures, représentant des feuillages et des personnages. Sur le sommet du pignon se trouvent un homme et une femme nus, se donnant la main, appuyés sur un pédoncule mutilé. Tout autour de la sacristie se déroule une banderolle portant cette inscription : « Le 3ème jour d'aoust l'an 1552 fut commencée ceste segreterie par Fouquet, Jehannou mestre de lesvre, et Guillaume Cozic et Guillaume Daniel, fabriques ». Au-dessus de cette banderolle se trouvent des personnages représentant la mort dans diverses attitudes. A côté de la sacristie se trouve le porche du midi. Il est flanqué de quatre contreforts couronnés de clochetons. La porte extérieure est partagée en deux par une colonne torse surmontée d'une rose flamboyante. Ce porche est couvert de sculptures représentant des animaux, des chérubins, des guirlandes, des fleurs, des écussons, etc. On remarque en particulier un sphinx dévorant un enfant. Ce groupe est dominé par un clocheton au-dessous duquel se voit un écusson aux armes écartelées des familles de la Chapelle et de Molac. Au fond du porche est la porte, aux accolades couvertes de feuilles et couronnées d'une sorte de panache. Une vierge en pierre la surmonte. De chaque côté du portail se trouvent les statues des apôtres placées sur deux lignes parallèles. Les niches sont surmontées de dais couronnés de panaches, formant une sorte de frise. L'intérieur de l'église est éclairé par de forts beaux vitraux. L'autel majeur est en granit, avec des bas reliefs, représentant des scènes de la vie de N.-S. et de la Sainte Vierge. De chaque côté de hautes statues de pierre. Autour du choeur court une balustrade en granit, couverte de bas reliefs, représentant la passion de N.-S. Au fond de l'église à gauche est une tribune de pierre découpée à jour. Elle fait communiquer l'église avec une sorte de petite chambre située au-dessus de la sacristie. Face à cette tribune une longue pierre d'environ cinq mètres de long, c'est la table des offrandes. D'un côté on lit : L'an 1583 fut faicte ceste table par P. Le Mouine, mestre ouvrier, P. Lucas et F. Kermen, fabrique lors. Le pardon a lieu le dimanche qui suit le 8 septembre et dure 3 jours. Une messe est dite à minuit, le dimanche du pardon. C'est le plus beau pardon du pays et il attire chaque année à Bulat un grand nombre de fidèles. Aux environs de Bulat se trouvent plusieurs chapelles. Notons la chapelle Saint-Blaise, dont le pardon a lieu le premier dimanche de février. C'est là que se trouve le calvaire de Pestivien, qui est pour ainsi dire une image réduite de celui de Lanrivain. Il remonte au XVIème siècle. La chapelle Saint-Blaise était autrefois l'église de Pestivien et est élevée dans le bourg du même nom. La chapelle Sainte-Anne de Radenec, date de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Elle fut le centre d'un pèlerinage assez fréquenté autrefois, aujourd'hui très réduit, qui a lieu le premier dimanche d'août. Cette chapelle aurait grand besoin d'être restaurée intérieurement. Les boiseries du choeur sont dans un état lamentable (J. Guillotin, 1929).

Ville de Bulat-Pestivien - Bretagne Voir Description de l'église Notre-Dame de Bulat-Pestivien.

la chapelle Saint-Blaise (1525-1775), fondée par les seigneurs de Bodilio ou Bodillio. Il s'agit de l’ancienne église paroissiale de Pestivien (1525), reconstruite en 1775 (entre autre le porche et la sacristie). Elle est bénite le 19 mai 1776. Le porche sud et la sacristie, oeuvre de François et Yves Calvé, datent de 1775. La flèche date de 1824-1826. La chapelle abrite les statues de sainte Anne, saint Blaise, saint Nicodème et une Pietà. On y trouve aussi une pierre tombale de la famille de Keranflec'h et datée de 1676. " Edifice en forme de croix latine avec clocher mur. En 1671, elle menaçait ruines, à l’exception de l’aile nord du transept. Le 30 juin de cette dernière année, le procès-verbal de l’état de l’église et le devis des réparations à faire fut dressé par Yves Le Barron, maçon, Charles Moullec, charpentier, de Duault, et Robert Le May, couvreur, de Saint-Brieuc. La chapelle de N.-D. de Pitié, aile midi du transept, et les pignons furent alors entièrement refaits. A l’exception des ailes et de la plus grande partie du pignon ouest, l’église a été entièrement reconstruite en 1775 par François et Yves Calvé, maçons, et la bénédiction en fut faite le 19 mai 1776. Elle porte l’inscription : REBATIE PAR F. ET Y. CALVÉ. CH. PEZRON Rr ET Y. LE BARS F. 1775. Dix-sept ans plus tard, le recteur, Charles Pezron, fut arrêté à Pestivien en décembre 1792 et conduit à Guingamp dans l’ancien couvent des Carmélites transformé en prison. Il y mourut le 17 novembre 1793. Mobilier : Statues du XVIIIème siècle de saint Blaise, saint Pierre, sainte Anne, saint Nicodème, sainte Barbe et Pieta ; beau ballustre circulaire du XVIIIème siècle. Le retable a été transporté dans la chapelle du Restmeur à Pommerit-le-Vicomte. Sur le placitre, calvaire du XVIème siècle dont les personnages rappellent comme facture ceux du calvaire de Lanrivain " (R. Couffon) ; 

Bulat-Pestivien (Bretagne) : chapelle Saint Blaise

 

Bulat-Pestivien (Bretagne) : chapelle Saint Blaise

Nota 2 : L'ancienne église paroissiale de Pestivien a été dédiée à saint Blaise. Blaise n'est pas un des nombreux saints bretons, ni même un saint d'origine occidentale. Pourtant son culte est aussi répandu en Europe que dans l'Orient : l'Italie, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, etc., l'honorent. En France, la ville de Montpellier se place sous son patronage, et on présente ses reliques à Mende, Melun, Paris, Cambrai, pour ne citer que des villes. Dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor), deux paroisses l'invoquent comme patron principal : Trégomar, dans le canton de Lamballe et Tréglamus, dans le canton de Belle-Isle-en-Terre. Saint-Blaise de Pestivien a perdu son titre d'église paroissiale en 1804, et la commune de Pestivien est devenue Bulat-Pestivien par un décret du 24 novembre 1876. Qui donc était saint Blaise ? Il faut avouer que les « Actes » multiples, mais tardifs, bien que très anciens, qui racontent sa vie sont si remplis de merveilleux qu'il est difficile de démêler ce qui est historique et ce que, les enjolivements de la légende y ont ajouté. Ce qui parait certain, c'est que Blaise vivait au début du IVème siècle en Arménie, la Turquie actuelle. Après avoir été pendant quelque temps ermite, il devint évêque de Sébaste (aujourd'hui Sévas), peut-être sa ville natale. Quand Licinius, beau-frère de Constantin, reprit la persécution contre les chrétiens, Agricola, son préfet ou gouverneur en Cappadoce, fit arrêter Blaise et, ne pouvant le faire apostasier, ordonna de le décapiter. On date ordinairement de l'année 316 la mort de saint Blaise. Un fait rapporté par les « Actes » est à l'origine de sa vénération par le peuple et l'a fait classer au nombre des 14 saints « auxiliateurs » ou guérisseurs. On dit qu'un jour une femme se présenta à Blaise, implorant son secours pour son enfant à demi étranglé par une arête de poisson qui lui était restée dans la gorge. Blaise invoqua Dieu, imposa la main sur la tête de l'enfant et traça un signe de croix sur sa gorge. L'enfant fut délivré. On invoque donc saint Blaise contre les maux de gorge, mais aussi contre les maux de dents et pour la protection du bétail. Les « Actes » affirmant que, lors de son martyre, le corps de saint Blaise fut déchiré par des ongles de fer, les cardeurs de laine et même les tailleurs de pierre l'ont choisi pour saint patron de leur corporation. On trouvera dans son cantique d'autres détails de sa vie, inspirés par ses « Actes ». On fête saint Blaise le 3 février. La dévotion à saint Blaise s'est maintenue jusqu'à nos jours à Pestivien. Les Pardons. On y célèbre deux pardons par an, avec grand'messe et procession autour de la chapelle et du calvaire. Chacun d'eux a un nom et un caractère particuliers. L'un a lieu le premier dimanche de février. On l'appelle populairement le « Pardon du Coq » (Pardon ar c'hog). Autrefois, en effet, la reconnaissance des clients de saint Blaise s'exprimait ordinairement par l'offrande d'un coq ou d'une volaille : on en a vu, certaines années, jusqu'à 30 ou 40 offerts le jour du pardon. Un des coqs était sacrifié à la foule : le trésorier montait au clocher et lâchait à la volée un coq sur lequel tout le peuple se précipitait car il appartenait à celui qui parvenait à le capturer. La « compétition du coq » a été adaptée aux moeurs de notre époque : on se contente de lancer un ballon du haut de la tourelle ; l'enfant qui s'en empare gagne un livre d'images. — Un autre « concours » marque ce pardon de février : c'est la « chasse au trésor du vieux Jérôme ». On prétend que Jérôme Gaudu, le célèbre voleur de chevaux du siècle dernier, aurait caché sa fortune dans l'enclos de Pestivien. Faute de tomber pile sur le magot, les petits Bulatois héritent du moins de quelques bonbons... non volés ! Le second Pardon se tient le dimanche de la Trinité. On l'appelle, le « Pardon du Beurre » (Pardon an Aman). La veille, effectivement, des quêteuses (en principe, une femme mariée et une jeune fille par quartier) visitent les différentes maisons de la paroisse. Autrefois, elles recueillaient des mottes de beurre qu'elles exposaient réunies en montagne, sur un des autels latéraux pour la fête. Chacun des quatre quartiers mettait son point d'honneur à présenter la montagne la plus haute et la plus volu­mineuse. Faut-il préciser que cela ajoutait une fraîche et agréable odeur de laiterie aux parfums de l'encens et des gros cierges du pardon ? Aujourd'hui, on ne fait plus guère « son beurre », mais le recteur continue à recevoir à sa table les aimables quêteuses, avec leurs offrandes en espèces trébuchantes. La statue d'exposition. Outre la statue en granit du calvaire et une statue d'attache, en bois, contre le mur à gauche du maître-autel, saint Blaise a encore une troisième statue qu'on expose les jours de pardon. Il était d'usage de la présenter aussi, à l'entrée de l'enclos, le jour de la Foire de Bulat, en septembre : une personne était chargée de la surveiller et de recueillir les offrandes des passants. On raconte qu'un jour un boucher (ou un marchand de vaches) qui revenait de la foire, sans doute un peu éméché, voulut se moquer de cette pratique de dévotion. Malgré les protestations de la gardienne, il fit claquer son fouet et emporta la statue, en blasphémant, dans sa voiture à cheval. Il n'alla pas loin : à moins de 300 mètres de là, à Pen-ar-Was, il se sentit soudain pris d'un terrible mal de gorge et dut abandonner son butin. Il revenait quelques jours plus tard, presque muet, faire amende honorable, remettre une offrande et boire l'eau de la fontaine. Il repartit guéri. Pourtant, quelques années plus tard, la statue disparaissait du buffet de la sacristie, en même temps qu'une autre, de sainte Anne. Et au pardon de Bulat en 1968, la nouvelle statuette exécutée sur l'ordre de M. Henry, recteur, par un artisan de Bothoa, disparaissait à son tour. La statue actuelle est l'oeuvre des frères Crom, sculpteurs sur bois et sur pierre à Guerlesquin (Finistère). Elle est en vieux chêne, taillée dans une ancienne poutre du presbytère de Lannion, polychromée avec de la feuille d'or, et vieillie, usée, selon les procédés des artistes bretons d'antan. Elle représente l'évêque-martyr en chasuble rouge, avec crosse, mitre et croix pectorale dorées ; à ses pieds, un coq. Réceptionnée le 16 mai 1969, elle a été bénite au pardon de la Trinité de cette même année. La bannière de saint Blaise. C'est aux fêtes de Bulat, et particulièrement à la procession de jour du Pardon, qu'on peut admirer les robustes gars de la paroisse portant la lourde bannière de saint Blaise. C'est une riche insigne, en velours cramoisi, garnie de dorures. D'un côté, elle présente saint Blaise en ornements pontificaux avec cette inscription : « Vive Saint Blaise ! ». De l'autre, ce sont sainte Anne et la Vierge enfant, encadrées par ces mots : « Un officier démobilisé. Reconnaissance à ses protectrices. 1870-1871 ». Cet officier est un certain Jean Yvon, lieutenant dans l'Armée de la Loire en 1870. Quand il partit pour la guerre, sa mère fit un voeu : « Si mon fils revient sain et sauf, j'achèterai une bannière en l'honneur de saint Blaise ». La chose se réalisa et elle tint parole. Le samedi du pardon de Bulat 1871, Jean Yvon apporta son ex-voto et, tant qu'il fut valide, porta sa bannière aux processions. Le Cantique. Le cantique de saint Blaise a été composé par M. l'abbé Sérandour, alors recteur de Peumeurit-Quintin, et qui mourut en 1947 recteur de Duault. Dans un breton populaire, imagé et parfois truculent, il raconte la vie, les miracles et le martyre de Blaise et dégage les leçons morales et pratiques de cette existence.

Bulat-Pestivien : Cantique de Saint Blaise

Bulat-Pestivien : Cantique de Saint Blaise

Bulat-Pestivien : Cantique de Saint Blaise

   

Nota 3 : Située à 1 km du bourg actuel de Bulat-Pestivien, la chapelle dédiée à saint Blaise était jusqu'à la Révolution l'église de Pestivien, importante paroisse de l'évêché de Cornouaille. Un décret du 25 messidor an XII (14 juillet 1804) signé par Mgr. Cafarelli, le nouvel évêque de Saint-Brieuc, en a fait une simple chapelle, en érigeant l'antique sanctuaire de Notre-Dame de Bulat en église paroissiale. GLANES D'HISTOIRE. Aucun titre ni aucune tradition ne précisent l'époque où furent fondées la paroisse de Pestivien et son église. On sait seulement que les seigneurs du Bodillo, qui, à l'instar des barons de Pestivien, possédaient une juridiction complète, revendiquaient les titres de patrons et fondateurs de l'édifice où ils avaient leur « enfeu » (tombeau) qu'on y voit encore. En 1671, l'église menaçait ruines. La chapelle de Notre-Dame de Pitié (aile nord du transept) et les pignons furent alors entièrement refaits. Les fabriciens de Bulat consentirent à un prêt de 300 livres en faveur de l'église de Pestivien, malgré l'opposition du « haut et puissant seigneur du Cludon ». C'était alors, nous dit-on, « un harmonieux édifice de la dernière période de l'architecture ogivale » et « il ne manquait pas d'élégance ». Peut-être seulement de solidité. Car on 1775 et 1776, Messire Charles Pezron fit reconstruire entièrement l'édifice. Une inscription à l'intérieur de la chapelle rappelle cette restauration : « Rebâtie par F. et Y. Calvé (les maçons), Ch. Pezron R (ecteur) et Y. Le Bars F (abricien) 1775 ». La chapelle fut solennellement bénite le 19 mai 1776 par Messire Guillaume-Armand de Floyd, originaire de la paroisse (Rosnéven) et alors recteur de Plusquellec et vicaire général de Quimper. Ch. Pezron devait être le dernier recteur de Pestivien. Arrêté comme prêtre réfractaire en 1792 il fut emprisonné au « ci-devant couvent des Carmélites » à Guingamp où il mourut le 27 brumaire an II (17 novembre 1793). Le sanctuaire fut pillé et dévasté pendant la Révolution. La ou les cloches disparurent du clocher. Quand il revint d'exil, dom Jean Touboulic, l'ancien vicaire, nommé recteur, le trouva si délabré qu'il demanda et obtint de faire de la chapelle de Bulat, mieux conservée, son église paroissiale. Son successeur, Olivier Le Bastard, entreprit quelques restaurations d'autels et de boiseries à Pestivien et, en 1826, dota l'ancienne église d'une cloche neuve. En 1942, des travaux importants de restauration du clocher (flèche et soubassement) furent exécutés par l'entreprise Offret, de Guingamp, sous la direction de M. Prieur, architecte des Beaux-Arts (Coût : 92.000 francs de l'époque). Entre temps, en effet, la chapelle de Pestivien avait été inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Beaux-Arts. DESCRIPTION. Intérieur. — Le plan de la chapelle de Pestivien offre le dessin bien régulier d'une croix latine. A son ombre, pourrait-on dire, et ouvertes sur elle, trois ajoutes, au sud : la sacristie, le porche d'entrée, et l'endroit des anciens fonts baptismaux. Le pavement est formé, en partie, de pierres tombales : l'une d'elles porte la date de 1676. La voûte lambrissée est nettement en ogive. Le chœur, avec son autel en faux-marbre, éclairé par deux fenêtres blanches, est terminé par un chevet à trois pans, encadré par deux intéressantes statues en bois de saint Blaise et de saint Pierre et fermé par une balustrade circulaire du XVIIIème siècle. Derrière l'autel, une dizaine de stalles. A l'autre bout de la nef centrale, un escalier, donne accès au clocher qui forme le mur du fond. Plus intéressants sont les bras du transept. Surtout celui du Nord, avec sa remarquable statue de Notre-Dame de Pitié et l'enfeu des seigneurs du Bodillo. De forme aimable, la niche est surmontée d'une arcade en accolade, et le vandalisme révolutionnaire a oublié de détériorer les « feuilles de lierre » (bod illio), armes parlantes des fondateurs. L'aile du Sud a un autel, récemment restauré, dédié à sainte Barbe. Il est dominé par un tableau représentant la sainte martyre, daté de 1826, mais non signé. Deux statues de bois l'entourent : l'une de sainte Barbe, l'autre de Nicodème portant le Saint Suaire, et la couronne d'épines. Extérieur. — Vue de l'extérieur, la sacristie semble faire corps avec la chapelle : elle est certainement de la même époque. On remarquera les deux frontons du transept, au nord et au sud : ils sont agrémentés de pinacles à crochets, avec, à la base, des animaux mythologiques. Le petit porche d'entrée, de plan carré, avec sa niche encore veuve de sa Madone et son bénitier, donne à la chapelle le caractère typique des églises bretonnes. Le clocher tout de rigueur de la chapelle de Pestivien est soutenu par 4 contreforts dont un est absorbé par le local des fonts. C'est une sorte de clocher-lanterne avec une petite flèche en dentelle. Un escalier, dont on voit quelques marches de l'extérieur, permet d'explorer facilement l'unique cloche. Sur celle-ci, on a relevé l'inscription suivante : « Faite par la Veuve de Morlaix l'an 1826. Parrain : Jh. Touboulic. Marraine : F. Follézou. Je m'appelle Françoise-Josèphe. O. Le Bastard, Rr. J.-B. Le Moigne, maire. N. Le Bastard F ». Le portail processionnel qui s'ouvre au bas du clocher est en plein cintre. Il est entouré de colonnes à macles (losange des armoiries des Rohan) et à roues. L'écusson, sans doute autrefois blasonné, et ayant pour tenants deux léopards, a été martelé et pratiquement effacé par la Révolution.  

Nota 4 : Autour du sanctuaire de Saint-Blaise et de son calvaire classé, il convient de signaler certaines, particularités qui soulignent l'importance de Pestivien autrefois. D'abord, la clôture ou enceinte de l'enclos paroissial. Elle est constituée par une murette d'un mètre environ de hauteur. Elle s'ouvre, à l'entrée du cimetière, par ce que, avec un peu de prétention, on nommerait une « Porte triomphale ». Cette porte était autrefois grillagée et, comme le veut le proverbe, il fallait qu'elle fût... « ouverte ou fermée » ! On l'ouvrait pour donner accès aux cortèges (baptêmes, mariages, enterrements, processions). Quand elle était fermée, on pouvait aisément enjamber la dalle verticale située à proximité pour aller prier au cimetière ou faire ses dévotions à l'église. De l'ancien cimetière, la plupart des dalles funéraires ont disparu ; quelques unes ont servi à paver la chapelle lors de sa restauration en 1775. On ne voit nulle part, trace d'un ossuaire. Le presbytère est situé en dehors de l'enclos, derrière l'église et avec accès à celle-ci. Il est daté de 1708 : il s'agit d'une restauration. Il est d'aspect imposant, avec son large portail d'honneur à l'arcade encadrée de chimères, ses vastes pièces et sa porte ornée d'un cercle surmonté d'une couronne (marquisale ou ducale). Il servit, au moins après la Révolution, à la fois de presbytère, de mairie et de maison d'école. Il est devenu propriété privée. La fontaine de Saint-Blaise, en pleine terre (Prat-Zant-Blaise), à 200 m. du sanctuaire, est aujourd'hui presque ignorée. Elle respire, en dépit de la décrépitude dans laquelle elle est tombée, une réelle noblesse. On n'y trouve plus, c'est vrai, ni inscription, ni statue, et elle émerge à peine du sol. Mais ses belles pierres de taille témoignent de la piété des pèlerins de jadis. Autrefois son accès était facilité par un sentier plus ou moins dallé, avec parfois des escaliers : il continuait jusqu'à Kergus avec un mini-pont à Was-Dour-Born. Le chemin reliait la chapelle à celle de Sainte-Anne-Radenec ; à mi-route, on trouvait le calvaire de Kergus (1827). Il est difficile de préciser l'importance du « bourg » de Pestivien : sans doute plusieurs huttes. La seule maison du village portée à l'ancien cadastre est celle habitée par les Caoudal : elle date de 1842. La vie active était plutôt à Porz-an-Goff (la « Cour du Forgeron ») : entre autres « loch plouz » on y trouvait celle, assez importante, de l'auberge et du bureau de tabac.

la chapelle Sainte-Anne Radenek (ou Radenec) ou Sainte-Anne des Fougères (1767-1770). Cette chapelle aurait été édifiée suite à la découverte d'une statue de sainte Anne, dans une fontaine. Edifice en forme de croix latine avec clocher-mur. Il porte l’inscription suivante : PERRON R.T.R. DE PESTIVIEN 1770 et sur le mur de l’enclos CH. LEBRUN FAB. Il renferme deux statues du XVIIIème siècle de sainte Anne et saint Joseph ; 

l'ancienne chapelle Saint-Tugdual de Bodillio, aujourd'hui détruite. Elle possédait jadis une roue à clochette ;

la chapelle Saint-Joseph (XVIème siècle). Petit édifice rectangulaire du XVIème siècle renfermant les statues anciennes de la sainte Vierge et de saint Joseph ;

Bulat-Pestivien (Bretagne) : chapelle Saint Joseph. 

les croix de Radenec, de Stanqué, de Coz Caraes ;  

le calvaire de Saint-Blaise (vers 1550). Une mise au tombeau est représentée sur le socle du calvaire ;

Nota 5 : En Bretagne, là où existent des « enclos paroissiaux », le calvaire en est, avec l'église, l'élément principal. Situé en plein cimetière, il rappelle que le Christ a passé par la mort — et la mort sur la Croix — pour parvenir à la résurrection glorieuse : nos « trépassés » chrétiens suivront les mêmes étapes : la Croix est signe d'espérance, « spes unica ». Après le chanoine Abgrall, M. S. Gauthier a cherché à classer les grands calvaires bretons. Il compte 7 calvaires « de premier ordre » : six, finistériens (Tronoën, Plougonven, Guimiliau, Plougastel, Saint-Thégonneç, Pleyben) et un morbihannais (Guéhenno). Ils ont comme caractéristiques, outre leur nombre impressionnant de personnages, de développer en au moins deux zones superposées, toute une série de scènes de la vie de Jésus, surmontées évidemment de la croix du Christ avec celles des deux larrons. Il place en bon rang parmi les onze calvaires de « second ordre » celui de Pestivien, à une seule étagère de personnages sur la plate-forme. Dans le « nid de calvaires remarquables » que V. H. Debidour signale dans les Côtes-du-Nord, celui de Pestivien se situe à mi-route entre ceux de Gurunhuel et de Kergrist-Moëlou. Cet auteur préfère classer les « grands calvaires » d'après l'ordre chronologique et lui donne le troisième rang, après Tronoën (1450) et Lanrivain (1548) en lui attribuant la date de 1550. Simple hypothèse d'ailleurs : notre calvaire n'est pas daté. Mais il ressemble comme un frère (aîné, cadet... ou jumeau ?) à celui de Lanrivain, lui effectivement daté de 1548. Si l'on retient la date de 1550, on voit qu'elle se place entre celle de la construction de la tour de Bulat (1530) et celle de la « segretererie » (1552), les deux chefs-d'oeuvre de Fouquet Jehannou à moins d'un kilomètre de là. Or, à Pestivien, « il n'apparait pas le moindre élément décoratif qui trahisse l'influence de F. Jehannou ». Waquet dixit ! Les ouvriers étaient donc déjà spécialisés. Ajoutons, pour terminer ces généralités, qu'il n'est pas du tout certain que toutes les statues actuelles pourtant patinées à souhait et recouvertes de lichen, soient d'origine ; que le calvaire a plusieurs fois été pillé, détérioré... et restauré en dépit du bon sens. Il a été classé Monument Historique en 1911. Le matériau est le granit du pays et révèle « un art de tailleur de pierre villageois ». DESCRIPTION. Monté sur un double socle en granit, le Calvaire de Pestivien a comme deux étages de figurations : le Calvaire proprement dit et les différents scènes ou personnages de la plate-forme. A. — Le Calvaire proprement dit. La croix est constituée par un seul fût, hexagonal et sans noeuds, se ramifiant en trois branches sur une console ouvragée. La face antérieure (en regardant vers l'ouest) présente le Christ supplicié, tout imprégné de dignité et de douceur. A vrai dire, la barre transversale de la Croix n'apparaît pas ou plus, peut-être rongée par la pluie et le vent ; l'écriteau est, à peine visible et sans inscription. Aux pieds du Christ et sous chaque main, des anges recueillent le précieux sang des plaies dans un calice, ancêtre du Saint-Graal. Jésus est entouré par les deux larrons, torturés comme à Lanrivain, jambes et bras repliés. Le bon larron, à la droite du Christ, regarde vers le Sauveur. L'autre, au contraire, se détourne. La face postérieure présente une « Pieta ». La Vierge douloureuse porte sur ses genoux le cadavre de son fils, dont un bras à la main trouée et les deux jambes pendent. Elle est entourée par deux personnages : sainte Madeleine (à sa gauche) est reconnaissable au vase de parfum qu'elle porte ; l'autre est peut-être saint Jean ou une sainte femme. B. — La plate-forme. La plate-forme a 4 côtés à peu près égaux. 1ère face (sous la Pieta). C'est la plus intéressante et elle est certainement primitive : on en trouve la réplique exacte au calvaire de Lanrivain. C'est la Mise au Tombeau. Le Christ est allongé. A la tête et aux pieds, deux hauts personnages : Nicodème (il porte encore la couronne d'épines, les clous et le marteau qui a servi à déclouer le Crucifié) et Joseph d'Arimathie (de retour de chez Pilate). Plus petits et vus de face, deux groupes : saint Jean et la Vierge d'une part ; de l'autre deux saintes femmes (une statue est décapitée). 2° face (qu'on voit en entrant dans l'enclos) : un « Ecce homo » (sa tête se trouve... sur le corps de saint Yves), et saint Blaise, patron de l'ancienne paroisse. 3° face (sous le Crucifiement). On y voyait, paraît-il, saint Yves entre le riche et le pauvre, scène souvent reproduite en Bretagne. La Statue de saint Yves a été volée en 1945 : il n'en reste que les jambes. Le « pauvre » est, en effet, à genoux et presque nu ; mais il ressemble beaucoup au Christ baptisé, par Jean, qu'on trouve au calvaire de Lanrivain. Quant au « riche », reconnaissable à la bourse qu'il porte, un restaurateur malavisé lui a enlevé les jambes, ce qui le met à genoux... comme le pauvre. 4° face. C'est « Saint Yves plaidant ». Yves Héloury vint « cent fois et plus » à Pestivien où il avait de la parenté. Mais comment le reconnaître ici, sans son « bonnet carré » de recteur ? Les 2 socles, celui du bas formant un banc, sont en granit. A l'arrière, sous la Pieta, une table de pierre paraît être non pas un autel, mais une « table d'offrande », comme il y en a une, monumentale (1583), à l'église de Bulat. 

les fontaines du Coq (XVIème siècle, située route de Callac), de la Vierge (1718, située au cimetière de Bulat. Cette fontaine est dite aussi feunteun ar Laëz et est l'objet de la dévotion des nourrices), de Sainte-Blaise, et de Saint-Nicolas ;

Bulat-Pestivien (Bretagne) : lavoir. 

la fontaine des Sept-Saints (1683), située route de Callac et édifiée en 1683 par deux ouvriers du pays : Pierre Guizouarn et François Le Gall ; 

le manoir de Bodelio ou Botillio ou Bodeillau ou Bodiliau (XVIIème siècle). Ce manoir à tourelle possédait jadis une chapelle privée. Propriété successive des familles Bodillio ou Bodillau, de Combout (au XVIème siècle), de Tinténiac (aux XVIIème et XVIIIème siècles), du Poulpry, de Cleuz du Gage et de Kerouartz ;

le manoir de la Garenne (XVI-XVIIIème siècle). Il s'agit, semble-t-il, d'une juveigneurie de la maison du Quelennec. Propriété successive des familles de Keranflec'h (au XVIème siècle), Kermeno (au XVIIème siècle) et de Boiséon ;

l'ancien manoir de Coatgoureden, en ruines au début du XIXème siècle et aujourd'hui disparu. Connu dès le début du XIVème siècle, ce fief passe au XVème siècle entre les mains de la famille de Kerimel, puis des familles de Combout, Le Brun du Lojou et de Kerouartz ;

l'ancien château de Pestivien, construit dans un étang et aujourd'hui disparu. Il possédait jadis une double enceinte. Il fut pris, en 1363, par le capitaine anglais Roger David, puis repris et rasé par Bertrand du Guesclin la même année. Il possédait, d'après un aveu daté du 24 juillet 1694, une haute, moyenne et basse justice. On voyait les prééminences des seigneurs de Pestivien dans la chapelle Notre-Dame de Bulat et l'église paroissiale de Pestivien ;

Nota 6 : L'emplacement et les vestiges de l'ancien château de Pestivien sont encore très reconnaissables. La plupart des murs, il est vrai  ont perdu leur revêtement extérieur et n'offrent plus qu'un massif de pierres jetées pêle-mêle dans un mortier d'argile ; mais ce monceau de ruines permet encore de reconnaître l'ancienne forme du bâtiment et a toujours gardé le nom de Château de Pestivien (Kastel Pestien) (Note : deux bustes, que nous avons vus dans les décombres de cette ancienne forteresse, attestent qu'elle existait dès le XIIème siècle, et qu'on y a fait des travaux de restauration dans la première moitié du XVIème siècle). Cette ancienne redoute était dans une position très avantageuse. Assise sur le sommet d'un îlot, dont les coteaux abruptes étaient de toutes parts baignés par les eaux d'un profond et vaste étang, elle était encore protégée par une ceinture de marécages et par les pentes rapides d'un vallon. Comme la plupart des donjons qui, dans nos contrées, offraient quelqu'importance militaire au moyen-âge, celui-ci était situé aux abords d'une voie gallo-romaine, à savoir : celle de Carhaix à Tréguier et au Port-Blanc, en Penvénan. On y accédait par deux chemins étroits et creux qui, de leur côté, ne contribuaient pas peu, avec les forêts voisines, à en rendre les abords difficiles. Le château ou maison baronniale affectait la forme d'un parallélogramme, carré long, flanqué, dans ses deux faces septentrionale et méridionale, de quatre tours carrées, régulièrement espacées à trois mètres des quatre angles du bâtiment. Comme on le voit, cette disposition donnait au château la forme d'une espèce de croix de Flandre. Il était entièrement bâti de pierres de taille, témoins les débris qui en restent encore dans les villages circonvoisins de l'ancienne forteresse [Note : Le grand village du Cosquer (Vieuville), en Pestivien, a été entièrement bâti avec les ruines de ce château. L'une des maisons porte encore en 1864 le nom de Maison du Baron]. Les portes intérieures se terminaient par un cintre surbaissé, et les fenêtres étaient en équerre. Le pont-levis et les portes d'entrées étaient au bout couchant du château. La conformation des coteaux voisins ne comportait pas une autre disposition. Une seconde enceinte circulaire, dont les douves profondes étaient baignées à plein bord par les eaux du grand étang, faisait face au pont-levis et à la porte d'entrée. — Cette dernière enceinte renfermait le donjon (Coz-Kastel) et d'autres bâtiments civils ou militaires destinés sans doute à loger les officiers, les troupes et les gens de la suite du baron. Des fouilles faites dans ce terrain pour des travaux de labour, ont mis à nu les soubassements des bâtiments, ainsi que des monnaies, des armes et des fers à cheval et à mulet. Des indications fournies aussi par ces fouilles, ont démontré que l'épaisseur des murs de la première enceinte était la même que celle de la seconde, c'est-à-dire, deux mètres quarante centimètres. Un aqueduc, dont il existe encore des vestiges, conduisait l'eau d'une fontaine, située sur le coteau d'une montagne voisine, dans l'intérieur de la maison baronniale. — Cette fontaine porte encore aujourd'hui le nom de Feunteun ar zaozon (Fontaine des Anglais), sans doute en souvenir du séjour que fit Roger David, capitaine anglais, dans le château de Pestivien durant la guerre de la succession. Une ceinture de châteaux voisins, habités par des chevaliers, possesseurs de fiefs de haubert, protégeaient ou menaçaient constamment comme autant de redoutes amies ou agressives, les abords de la maison baronniale. C'étaient ceux de Callac, de la Roche-Droniou [Note : Le château de la Roche-Droniou était situé en Calanhel. Ses ruines sont assises au sommet d'un rocher. Il était protégé, à l'ouest, par des pentes abruptes et par un escarpement vertical  s'élançant à trente mètres dans les airs au-dessus du niveau de l'eau du grand étang du moulin. De tous les autres côtés, cette citadelle était défendue par une triple enceinte circulaire de terre, dont les deux premières avaient, à la base, dix mètres de largeur sur douze de hauteur. Toutes ces enceintes étaient flanquées de tours, destinées sans doute à protéger les trois fronts du château que sa nature n'avait pas rendu inexpugnable. Au commencement du XIIIème siècle, cette terre appartenait aux Droniou, sieurs dudit lieu, du Vally, etc. En 1300, Charles de Ploesquellec épousa, en secondes noces, Calixte Droniou, dame héritière de la Roche-Droniou (en Calanhel). Typhaine de Ploesquellec, aussi dame héritière de la Roche-Droniou, fille de Charles, épousa Messire Tanguy du Chastel, puîné de la maison du Chastel-Maele, c'est-à-dire, de la maison de Maele-Carhaix (Maël-Carhaix). En 1536, Jehan du Chatel était encore en possession de cette châtellenie. Maintenant où est la patrie de ces Tanguy du Chastel, de ces vaillants capitaines, qui ont joué un rôle si célèbre dans nos annales et dans celles de la France ! Est-ce le Léon ? Est-ce Calanhel ? Est-ce Maele-Carhaix ? L'histoire ne le dit pas ; mais les imposantes ruines du château de la Roche-Droniou semblent revendiquer cet honneur et cette gloire pour la paroisse de Calanhel. Dans le transept nord de l'église de cette paroisse, jadis chapelle privative de la Roche-Droniou, au sommet du vitrail  l'on voit encore les armes des du Chastel. Nous avons relevé les mêmes armes sur toutes les poutres de l'église et sur un bénitier, où celles-ci se trouvent en alliance avec les Kergorlay et les Quoetgourheden], de Coetgoureden et de Botillo. Ne sachant qui du duc ou du baron avait à l'origine, afféagé ces terres avec titre de chevalerie, nous ne savons pas plus de qui ces châtelains ou ces chevaliers relevaient ligement. Une chose est certaine : c'est que le baron de Pestivien, comme tous les seigneurs possesseurs de baronnie, avait ses chevaliers qui marchaient, sous sa bannière, tant pour sa propre défense que pour celle du prince. Ce qui n'empêcha pas Roger David, capitaine anglais, du parti de Montfort et époux de Jeanne de Rostrenen, de s'emparer du château de Pestivien et d'y faire un séjour de quelques mois (1363). Le château, repris et démoli par Duguesclin, fut restitué la même année à son légitime possesseur, Bizien de Pestivien [Note : D'ordinaire, quand une famille empruntait son nom à une paroisse ou à une terre, cette famille avait la seigneurie lige et souveraine de l'église de cette paroisse ou de cette terre. Comme nous le verrons, il y a ici dérogation à cette règle générale. L'homonomie existe, mais les seigneuries sont distinctes. — Au reste, il existe plus d'un exemple dérogatoire à cette règle dans nos contrées. — Nous citerons entre autres Le Trévou, où la maison du Boisriou, était, dès le XVème siècle, de temps immémorial, en possession des prééminences souveraines de l'église de ce nom, tandis que la maison du Trévou n'occupait dans cette église qu'une place subalterne. Autre exemple à Plougras, où les Charruel, les Méné-Riou, et enfin les Du Perrier étaient aussi de temps immémorial, en possession de la seigneurie dominante de l'église, tandis que les Plougras avaient celle de Saint-Emilion et celle de l'ancienne église paroissiale de Loguivy. Ici encore, peut-être, avons-nous besoin d'apporter nos preuves avec nous pour détruire, s'il est possible, une erreur opiniâtre, s'il en fût, de la tradition populaire, qui attribue la fondation de ces deux églises aux chevaliers de Malte, sans raison ni preuve aucune. Pour rendre cette erreur palpable, qu'il nous suffise de relever ici le blason de ces deux monuments et de dépouiller quelques chartes du cartulaire de l'ancienne seigneurie de Trogorre. Les Plougras, Seigneurs de Trogorre, ont la lisière de leurs armes sur tous les contreforts de l'église de St-Emilion, et en supériorité dans la grande verrière et dans les fenêtres latérales de l'abside. Les armes des du Parc, devenus plus tard seigneurs de cette même terre de Trogorre, se voient aussi dans la maîtresse vitre, immédiatement au-dessous des Plougras. Jadis on voyait encore les armes de cette même maison du Parc, sur les piliers de l'entrée du cimetière, mais le vandalisme égalitaire de rune de l'une de nos dernières crises politiques (1794), a violemment arraché ces écus de la face antérieure de ces piliers et les a incorporés au mur d'une maison voisine, croyant sans doute par là désorienter toutes les études de l'archéologue, sur le monument ; mais il n'en est rien, car, avec quelques coups de marteaux la réhabilitation de ces pierres armoriées et deshonorées serait facile. Les mêmes armes se voient encore dans l'intérieur d'une vieille maison (à M. Lancien, au milieu du XIXème siècle), qui borde la rampe menant de Saint-Emilion à l'élégante chapelle, qui tient aujourd'hui la place de l'ancienne église paroissiale. Enfin, dans cette vieille église paroissiale, nous avons relevé (en 1849), les armes des du Parc qui étaient en éminence sur la frise du grand chœur et celles de Plougras, dans le transept-méridional de la même église. Du reste, pas d'autre vestige de blason ni dans les fenêtres ni sur les murs de ce monument. Quant au cartulaire de Trogorre, il enserre, dans les délimitations du fief de ce nom, les deux bourgs de Saint-Emilion et de Loguivy, avec nombre de tenues, de vagues, de maisons et deux moulins dans les quartiers de St-Emilion. Enfin, une dernière indication encore peut-être plus précise que les premières, c'est celle qui nous est fournie par les inscriptions des cloches. — Nous copierons textuellement : — Demoiselle Louise Favre, fondatrice et dame de Trogorre, marraine (de la 2ème cloche) ; haut et très-puissant seigneur Le Pelletier, chevalier marquis de Rosambo, seigneur supérieur et fondateur. Pour rendre encore la chose plus sensible et plus claire, une note généalogique suffira : Louis Duparc (mort en février 1626), et Françoise de Quoetrédrez (Coatrédrez), seigneur et dame de Locmaria, Quoetrédrez Trogorre, etc., étaient les auteurs communs : 1° de Vincent du Parc de Locmaria, 2° de Gabrielle du Parc, première fille, mariée à M. de Goesbriand, seigneur de Kergomar (aujourd'hui en Lannion) ; 3° de Claude du Parc, deuxième fille, mariée à M. du Kosquer (ou Cosquer) de Barach, dont est issu par alliance (1688) haut et très-puissant seigneur Le Pelletier dont ici cas. — Comme on le voit donc, une première alliance des du Parc avec les Cosquer, et une seconde des Cosquer avec les Pelletier expliquent les insignes et prééminences des Pelletier dans l'église de Saint-Emilion. Comment expliquer maintenant cette singularité de la seigneurie de Pestivien et de celle de Plougras ; comment, en un mot, les Pestivien, les Plougras, etc., ont-ils perdu les prééminences de leurs églises paroissiales ? — Il nous semble que la vieille aussi bien que la très-vieille coutume, permettant au père de faire le partage de sa fille, dans les fiefs d'assises (comté , baronnie et chevalerie), égal à celui du fils aîné, et l'obligeant surtout à le faire en fonds de propriété, et non en provision viagère comme celui des puînés, ces deux seigneuries de Pestivien et Plougras ont pu être l'objet d'un démembrement légal. En effet, en vertu de cette disposition de l'ancien droit, un baron de Pestivien ou un seigneur de Plougras a pu donner en partage à sa fille  à l'occasion de son mariage, et la terre de Botillo et celle de Ménériou, et par là les prééminences souveraines en l'église de Pestivien et celle de Plougras, puisque ces droits honorifiques étaient inséparables de ses terres, quels qu'en fussent les possesseurs]. Ce Bizien ne laissa qu'une héritière, Jeanne de Pestivien, mariée à Guy V, sire de Molac. Guy VI, sire de Molac, époux de Marguerite de Malestroit et baron de Pestivien (1460). Les Molac, en se fondant dans les La Chapelle (vers 1470), transmirent à cette maison la seigneurie de Pestivien, d'où elle passa par alliance, aux Rohan, puis aux Kerveno (en Plumeliau), à qui elle appartenait lors de la réformation de 1536. Cette baronnie a été possédée depuis par les Kergorlay du Cluzdon (en Plougonver), qui l'ont transmise aux du Cleux (ou Cleuz) du Gage, fondus en 1785 dans Kerouartz, dont est issu le marquis de ce nom, baron de Pestivien, et par suite fondateur actuel de l'église de Bulat. Tous les vassaux du baron de Pestivien, dans les quartiers de Bulat, devaient à leur seigneur un homme par maison, pour faire le guest aux foires et grands pardons de Bulat, témoin l'extrait qui suit d'une charte que nous copions textuellement : « Devant nous soussignants notaires de la baronnie de Pestivien, sont comparus ..... lesquels déclarent être hommes liges du seigneur du Cludon, à cause de sa seigneurie de Pestivien, et obligés à lui payer huit deniers de monnaie de Cheffrante et fournir un homme de chaque  maison, à faire guest à toutes les foires et grands pardons de Bulat, à peine de, etc. ». Le lieu on s'assemblait cette garnison du baron, au bourg de Bulat, porte toujours le nom de Luors ar garnison, c'est-à-dire Courtil de la garnison (Note : Nos vieilles chartes parlent du Parc-noble de Pestivien. C'était comme troisième enceinte murale du château, laquelle avait au moins douze kilomètres de pourtour, et dont il subsiste encore des restes vers le milieu du XIXème siècle ayant deux mètres de hauteur)

les manoirs du Clos-Bras (1648), de Rosneven (XVIIIème siècle) ; 

la ferme de Flourden (XVIII-XIXème siècle) ; 

la maison de Keravel (XVII-XVIIIème siècle) ; 

l'ancien presbytère (1708), situé à proximité de la chapelle Sainte Blaise ;

5 moulins dont les moulins à eau de Pont-Bras, Bodeillo, du Château, Neuf,… 

A signaler aussi : 

les tumulus de Kerjulou et de Kernech (âge de bronze) ; 

le chêne de Tronjoly ;

l'étang de Bodeillo ou Bodelio ;

Bulat-Pestivien (Bretagne).

Bretagne : Histoire, Voyage, Vacances, Location, Hôtel et Patrimoine Immobilier

ANCIENNE NOBLESSE de BULAT-PESTIVIEN

Pestivien est une mouvance du comté de Poher et de la châtellenie de Carhaix. Au XVème siècle, cette baronnie, annexée quelques temps à Rostrenen, est rattachée à la Maison de Molac, fondue peu après dans la famille La Chapelle. Isabeau de la Chapelle porte ensuite la seigneurie à la famille de Rohan d'où elle passe à la famille de Kermeno au XVIème siècle. Elle est acquise, le 4 septembre 1610 par Alain de Combout, puis fait l'objet d'un retrait lignager par François de Kerc'hoënt de Kergournadec'h. Charles de Kergorlay l'échange, le 14 juillet 1616, contre la seigneurie de Kerandraoul. Pestivien passe ensuite entre les mains de la famille de Cleuz du Gage (en 1725), puis de la famille de Kerouartz. La seigneurie de Pestivien possédait jadis un droit de haute justice.

Note : Seigneurie de Pestivien. Jean, baron de Pestivien, était créancier du duc Arthur II, quand celui-ci mourut en 1306. Il avait épousé Constance de Rostrenen, dame de Glomel. Cette alliance explique la présence des armes de Rostrenen dans le grand vitrail de l'église de Bulat. — Tiphaine de Pestivien, mariée à Alain de Keranrais, en Plouaret (1325). Tristan de Pestivien, fils cadet de Jean et de Constance de Rostrenen, fut l'un des champions, du côté des Bretons, au combat des trente. Blessé et prisonnier dans ce combat, il recouvra plus tard la liberté et survécut à sa blessure. Guillaume de Pestivien vivait en 1367. Jeanne de Pestivien, de la maison de Keraot, épousa, en 1421 Bizien Toupin, sieur de Kervenniou, en Plouigneau, etc. Jouhan de Pestivien, sieur du Vern, en Guiscrif. — Jouhan laissa trois fils : 1° Guillaume, sieur du Vern : 2° Allain, sieur de Kermabguennou, en Ploërdut ; 3° Charles, sieur de Goasvennou, en Plounévézel. François de Pestivien, sieur du même lieu, fut en 1070, marié à Françoise du Coëtlosquet. Louis de Pestivien, époux de Françoise Hervé ; Yves, époux de Françoise Macé ; et enfin Guillaume, époux de Anne de Kergariou. 

La seigneurie de Bodillo (ou Botdeliau) possédait jadis un droit de haute justice et appartenait à la famille du Gage.

Note : De la Seigneurie du Botillo (ou Bodillo). La terre du Botillo, d'abord aux seigneurs de ce nom, a été ensuite possédée par les Combout, les Tinteniac, les Poulpry ; elle appartient au milieu du XIXème siècle au marquis de Kerouartz. Le fief du Botillo, partant des quartiers du bourg de Pestivien, longeait les deux côtés de la route, qui conduit de cette localité à Pontmelvez (Pont-Melvez). A la ligne séparative entre les deux paroisses , s'arrêtait le fief du Botillo et commençait celui des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem (de la commanderie de Pontmelvez La Feillée Palacret), lequel fief comprenait toute ladite paroisse de Pontmelvez, sans excepter une seule chaumière. Les seigneurs du Botillo étaient patrons et fondateurs de l'ancienne église paroissiale de Pestivien. Les armes des Botillo, que l'on voit encore sur les poutres de la sacristie, sur le bénitier du porche méridional, etc., et nombre d'aveux rendus à cette seigneurie par les propriétaires des terres contigues du cimetière, ne laissent subsister à ce sujet aucun doute. On ne voit guère aujourd'hui de vestiges de l'ancien château de Botillo ; restent seulement les anciennes chartes qui qualifient le seigneur du lieu de châtelain ; puis quelques vieilles pierres incorporées dans les murs des nouveaux bâtiments et dont quelques moulures appartiennent au XVème siècle. La chapelle dédiée à saint Tugdual a été détruite de fond en comble, et avec elle a disparu une représentation de la roue de fortune que l'on voyait jadis dans le grand choeur de cette chapelle. Le pauvre Santic ar rod (Saint de la roue), cet éloquent prédicateur de la pure doctrine de saint Thomas, sur la mobilité et l'inconstance de la fortune, est pourchassé de partout. Que d'églises dont nous l'avons vu proscrire ! Hélas ! le passage des siècles a fait vieillir son enseignement, et lui-même a vieilli avec ses doctrines ; on ne l'écoute plus ou plutôt on ne le comprend plus. Et cependant tel qui aujourd'hui trônant au haut de la roue de la fortune, lance contre ce saint un arrêt de destruction qui demain ne pourra le prévenir contre lui-même, tant il est vrai que tous les jours et inopinément, riches et pauvres, nous pouvons tous avoir notre tour de roue. Mais laissons là notre morale pour écouter le docteur Angélique : « Nota circa hoc quod dicit, volventis rotae, quod antiquitus fortuna depingebatur cum rotâ hâc ratione, nam in rotâ sunt quatuor diversitates, una pars est summa, alia infima, tertia quâ de summo descenditur ad imum quarta quâ de imo ascenditur ad summum. Similiter in hominibus inveniuntur quatuor varietates : quidam enim sunt in summâ prosperitate, et tales sunt elevati in rotâ fortunae. Alii sunt in summâ adversitate et tales jacent dejecti sub rotâ.Tertii declinant de prosperitate in adversitatem et tales descendunt de summitate rotae. Quarti procedunt de adversitate in prosperitatem, et tales ascendunt rotam fortunae. Unde elevatus in rota fortunae, dicit : Glorior elevatus, descendens, dicit : Descendo mortificatus ; dejectus dicit : Infimus axe rotor ; ascendens dicit Loetus ad alta vehor. Unde hi sunt semper mores fortunae, ista est natura ejus quod nunc sit adverse, nunc prospera sic stolidus est qui laborat forturnae auferre mutabilitatem. Expositio aurea in quinque libros Boetii de consolatione philosophiae Lib. 2, prosa 1. ».

La seigneurie de Coat-Gourheden possédait jadis un droit de basse justice et appartenait à la famille du Lojou.

Note : Seigneurie de Qoetgoureden (ou Coatgouréden ou Coat-Gourheden). Le château de Quoetgoureden, dont on voit encore les ruines vers le milieu du XIXème siècle au haut du coteau qui domine l'étang et le moulin de ce nom, était situé sur la limite extrême de l'ancienne paroisse de Pestivien ; le fief comprenait, dans ses délimitations, tout le quartier sud-est de la paroisse, et de nombreux villages dans Maël-Pestivien, etc. En 1373, le seigneur de Quoetgoureden épousa l'héritière de Quoetfrec ou Coëtfrec (Note : Au commencement du XVIème siècle, la famille Quoetfrec n'était pas encore éteinte, car Pierre Penhoët, seigneur alors de cette terre, payait annuellement une rente une demoiselle portant le nom de Béatrice de Quoetfrec), en Ploubezre, et devint par là châtelain de l'une des plus riches terres des rives du Guer. Le fief de Quoetfrec (ou Coëtfrec ou Coatfrec) comprenait dans ses enclaves presque toute la rive gauche du Guer à partir des enceintes de l'ancien château de Runfao jusqu'au Coz Gueaudet (Yaudet en Ploulec'h) et toute la rive droite, en l'ancienne trêve de Buhulien, même les moulins de ce nom. Dans ces deux circonscriptions territoriales se trouvaient enserrés le château de Kergrist, celui de Coétilliau, celui de Kergomar-Kerguezay, celui de Kerninon, tous les moulins de la rive gauche du Guer, même celui du pont, faisant face à la ville de Lannion ; tous les fours, sans excepter ceux de Buzulzo et de Kerampont (deux faubourgs de Lannion), et enfin toute la pêcherie de la rivière de Lannion, voire même sous les murs et les créneaux du château de Tonquédec. Une tenue, qualifiée de tenue de L'hôpital, est aussi mentionnée dans le rentier de Quoetfrec. Nous ne saurions hésiter à reconnaître dans cette appellation l'hôpital Sainte-Anne, situé dans le faubourg de Kerampont, à Lannion, faubourg dépendant presqu'entièrement du fief de Quoetfrec. Mais à l'article des chefrentes, le même document, nous devons ici le dire, nous fait savoir que le châtelain de Quoetfrec tenait ligement des terres à Kerampont du seigneur de Runfao. — Maintenant la tenue de l'hôpital était-elle comprise dans cette ligence ? Nous l'ignorons ; au moins paraît-il certain qu'après le duc et le châtelain de Runfao, le titre de fondateur de cet hôpital appartint au seigneur de Quoetfrec. Ces derniers étaient encore fondateurs de la coquette et délicieuse chapelle de Kerfons ou Kerfaouez (en Ploubezre). — Ce chef-d'oeuvre de l'architecture chrétienne au XVème siècle, dont le front pyramidal semble se mirer, avec tant de complaisance, dans les eaux du Guer. Dans l'intérieur de cette chapelle, l'artiste admire, au milieu du XIXème siècle, un jubé, que nous n'hésitons pas à regarder comme un des débris les plus précieux de la sculpture chrétienne au commencement du XVIème siècle, et une colonnade tréflée, aussi étonnante de hardiesse que d'élégance. Pour apporter nos preuves avec nous, nous dirons, en passant, que l'enclavement de cette chapelle dans le fief de Quoetfrec, les armes de Kerimel, que nous avons relevées sur le piedestal de Notre-Dame de Kerfons (grand choeur, côté de l'Evangile), et les deux tombes élevées  situées aux deux bouts du grand autel, et appartenant aux Latouche de la Limousinière (Note : Les Latouche étaient châtelains des Quoetfrec au XVIème siècle), éclaircissent tous les doutes qu'on pourrait élever sur les origines de ce monument (Note : Nos nobiliaires ne comptent pas les du Parc au nombre des châtelains de Quoetfrec ; il n'est pas moins vrai cependant que ce fief vendu en 1614, fut acquis par Louis du Parc, Seigneur de Quoetredrez (ou Coatrédrez), etc., transmis par lui à son fils Vincent, qui, lui-même, le donna plus tard en partage à son beau-frère Le Kerosquer, seigneur de Barach, etc. De cette maison, le fief de Quoetfrec passa, par alliance, dans celle du premier président Le Pelletier (1688), où il se trouve encore vers le milieu du XIXème siècle). Le châtelain de Quoetfrec possédait encore nombre de terres en Buhulien, Servel, Pleumeur-Bodou, Ploulec'h, Camperven, Ploemilliau (ou Ploumilliau) et notamment en Brélévenez, où se trouvait la dîme du vicomte et la tenue de la provosté de Traudon, ancien siége de la provosté de Quoetfrec. Dans le compte-rendu par Jéhan de Quoitarel à Pierre Penhoet, châtelain de Quoetfrec (1498), il est encore fait mention de rentes désignées sous les dénominations de pains et viandes aux chiens en la Vieille Cité et ailleurs, et des deux moulins de Saint-Loha, en la Vieille Cité, appartenant, par indivis, au sieur Le Roux de Kerninon, et au seigneur de Quoetfrec. La Pêcherie de l'évêque de Tréguier, baie sablonneuse, située au midi de la Vieille Cité, formait comme un grand étang, dont l'eau baignait la chaussée de ces moulins. Evidemment donc tout ce qui, sur l'ancienne motte de la cité gallo-romaine du Coz Gueaudet (Yaudet, en Ploulec'h), ne se trouvait pas enclavé dans les regaires de l'évêque de Tréguier, dépendait du fief de Quoetfrec [Note : Comme on le voit, saint Loha, disciple de saint Tugdual, La vieille Cité, appellation qui indique toujours une ancienne ville épiscopale (Gor an Escop), la pêcherie de l'Evêque, tout, en un mot, parle ici de l'ancien siégé épiscopal de saint Tugdual. En terminant notre note sur les fiefs de Pestivien, de Coetgourheden et de Quoetfrec, nous prions le lecteur de voir les détails sur l'histoire de ces trois seigneuries dans nos Histoires de Bretagne et notamment dans D. Lobineau et Le Guerz, publié par M. Ropartz, sur le siége du château de Pestivien (Pèlerinage de Notre-Dame de Bon-Secours)]

La seigneurie de Rosneven appartenait jadis à la famille de Keranflech. Rosnév en, ancien château (Cos Kastel), était habité , au XVème siècle , par un puîné de Keranflech , qui avait pour épouse Jeanne du Vieux-Chastel. 

La seigneurie de La Garenne appartenait jadis à la famille du Bourg-Blanc. 

A signaler qu'en 1480, Goas-Lennois, terre noble, appartenait à Henri Hamon, sieur de Pleven, et Pen-ar-Pont appartenait à M. du Jar.

Lizillec (Cos Kastel, Vieux-Château), ancienne habitation des Stangier (1536), n'est vers 1864 qu'une modeste ferme, appartenant au marquis de Kerouartz. 

Juridictions de Pestivien. Il y avait jadis trois hautes juridictions à Pestivien, à savoir : Celles de Pestivien, de Quoetgourhéden (ou Coatgouréden) et du Botillo. Les siéges en étaient au bourg de Bulat. Les seigneurs de Pestivien et de Quoetgourhéden avaient des auditoires. Le sénéchal de Botillo distribuait la justice en plein vent, au pied de la croix de la place du bourg. Les patibulaires du baron étaient situés sur la crête de Méné-Crech ar boular ; ceux du Botillo, sur le Méné-Bras, et ceux de Quoetgourhéden, sur la montagne de ce nom. Ces patibulaires, se composaient de pierres cylindriques superposées, ayant chacune trente-trois centimètres de hauteur sur soixante de diamètre ; ils se terminaient en cône. 

Voir   Bulat-Pestivien (Bretagne). " Bulat-Pestivien et la famille de Pestivien ".

A la "montre" (réunion de tous les hommes d'armes) de Saint-Brieuc en 1480 et de Tréguier en 1481, on ne comptabilise la présence d'aucun noble de Bulat-Pestivien.

 

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1481 qui s'est tenue à Carhaix les 4 et 5 septembre, revue militaire à laquelle tous les nobles devaient participer munis de l'équipement en rapport avec leur fortune, les nobles suivant de Pestivien étaient présents :

Henry Floch, archer en brigandine ;

Jehan Mengoret, archer en brigandine ;

Jacques de Botilyau, archer en brigandine, injonction d'un autre archer en sa compaignie.

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1562 qui s'est tenue à Quimper les 15 et 16 mai, les nobles suivants de Pestivien apparaissent :

Morice de Chef du Bois, default ;

Jehan du Vieux Chastel, default ;

Louis Keranflech, default

© Copyright - Tous droits réservés.