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Catalogue épiscopal de Dol
des origines au temps de la "Chronique de Nantes".

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Catalogue épiscopal de Dol
des origines au temps de la "Chronique de Nantes".

S. Samson. — Mort vers 565. — Principales reliques à Orléans.

S. Magloire. — Ce saint des îles anglo-normandes, qui étaient bretonisées et qui dépendaient de l’abbaye-évêché de Dol, a été consacré par la légende évêque de Dol et successeur de Samson. — Principales reliques à Paris.

S. Budoc. — Successeur du précédent, si l’on veut en croire la vita Maglorii. — Principales reliques à Dol [Note : Quant[e] vero sanctitatis fuerit vir iste sanctus Budocus, preciosa munera que secum de sancta civitate detulit Jherusalem, scutella scilicet et cutellus, quibus Dominus [usus est] in ultima cena quam cum discipulis suis fecit, testantur ; que etiam cum aliis preciosis reliquiis de predicta sede translatis, timoré populancium ecclesia[s], apud Aurelianensem urbem in basilica sancti Sansonis honorifice servantur (B. N., ms. lat. 14617, fol. 127 v°). Cujus in Dolensi ecclesia corpus sanctum et gloriosum quiescit in pace (Morice, Preuves, I, col. 753). — C’est, probablement, dans le sac et l’incendie de 1203, dus aux qualités guerrières des soldats de Jean-sans-Terre, que les reliques de S. Budoc disparurent de la cathédrale (Duine, Hist. de Dol, p. 9, 24 et 265). — Sur la légende de S. Budoc, cf. mes Saints de Domnonèe, p. 20 et sq.].

S. Genevé. — La Chronique de Dol affirme que l’église de S. Samson possède encore la vita de S. Genevé, mais que les restes de celui-ci sont conservés à Loudun [Note : Hist. de Dol, p. 243 et 327]. — La vita Genevei est perdue, cependant nous savons que le culte du bienheureux existait au XIIème siècle : les bénédictins de Saint-Florent avaient en Rimou, enclave de Dol, une capella S. Genovei [Note : Guillotin de Corson, Pouillé, V, p. 684]. — On peut donc ranger Genevé parmi les saints qui se rattachent légendairement à l’église de Dol [Note : Un inventaire de 1500 environ énumère parmi les reliques de l’Eglise Notre-Dame du château de Loudun, « premièrement », le corps S. Juvenel, « lequel fut evesque de Dol », et un peu plus loin « le chef de S. Juvenel » (Bibl. Publiq. de Poitiers, Collection Fonleneau, t. LXIV, p. 258). Les bénédictins bretons ont noté ceci : « Dans un ancien catalogue des reliques qui étoient en l’Eglise N.-D. du Château de Loudun, est marqué : le corps de S. Juvenel lequel fut évêque de Dol, le chef de S. Genest » (Bibl. Nat., fr. 22322, fol. 415). Comme me l’a fait observer M. J. Loth, la forme Juvenel est « une forme romane » qui devait être familière dans le Loudunois ; il n’est pas impossible qu’on l’ait confondue ou adoptée au détriment de la forme bretonne Iunvel. M. Loth m’apprend que Iud-mael a pu s’écrire (à cause de la prononciation) Iunvel. Ces remarques du savant linguiste nous conduiraient à croire que le saint dolois de Loudun était en réalité notre Juthmaël-Jumaël-Jumel. Au sujet du nom de Junemen, qui figure dans la sentence d’Innocent III (voir p. 453, note 1), M. Loth a bien voulu me communiquer les observations suivantes : ce nom représente au IXème siècle Iud-nemet, au Xème-XIème siècle Iunnevet, et Iunevet pourrait être le Genevé (francisé). — Comme Junemen, dans la pièce de 1199, remplace Juthmael, nous sommes encore davantage porté à croire à quelque confusion entre Genevé et Jumel (c’est-à-dire, entre Iunevet et Iunvel). Dans sa lettre du 17 septembre 1915, M. Loth ajoutait : « Si Iunemen était sincère, il faudrait supposer au IXème siècle Iunet-maen, qui deviendrait Iunemen, prononcé Iuneven, au XIème siècle. Dans ce cas, Geneveus serait pour Geneven-us. Iuneven serait tout différent, naturellement, de Iudmael »].

S. Leucher. — L’ancienne vita Samsonis le mentionne comme évêque à la tête de l’abbaye de Dol.

Tiernmaël. — Evêque de l’abbaye de Dol dans les premières années du VIIème siècle. (La forme Tiernmaël représente pour les linguistes le Tigernomal, à qui l’ancienne Vita Samsonis fut dédiée, et le Tiarmail, qui ligure, dans la IIème vita Turiavi, comme prédécesseur de Turiau [Note : Loth, Chrest. bret., p. 100 et 167]. Mais, l’identification historique des deux noms est moins sûre que leur identification linguistique). — S. Armel. Reliques principales à Ploërmel. Ce saint du Poutrécoët a été accaparé par la Chronique de Dol au profit de l’église de S. Samson. Le nom de Tiarmail a pu exciter le rédacteur à pratiquer une belle identification hagiographique [Note : Duine, Saints de Brocéliande : S. Armel, 1905, p. 12 et 20-23].

Restoald. — Nous avons parlé par ailleurs de cet évêque inquiétant, qu’on faisait vivre au temps du pape Séverin (qui monta sur la chaire de S. Pierre en 640 et ne gouverna que deux mois).

Wrval. — Prédécesseur de Turiau, d'après la Ière vita Turiavi. Il y a un saint Gurval, dont le nom se trouve être le même que celui de l’évêque de Dol.

S. Turiau. — Après celui-ci, la Chronique de Dol passe à Festien, en disant qu'il s’écoula environ 160 ans entre Festien et Turiau, ce qui ferait vivre notre saint vers 700. — Usuard le qualifie : mirae simplicitatis et innocentiae vir [Note : Cette expression, qui n’est pas dans la IIème Vita Turiavi (texte Clermont), paraît dans la IIème Vita Turiavi (texte Paris). Elle semble donc bien une création de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, en ce qui concerne l’évêque de Dol. Mais nous devons ajouter que rien n’est moins original ni moins caractéristique que cette louange, si chère à tant d’hagiographes ! A Redon, notamment, on célébrait grandement la simplicité et pureté de vie des saints de la maison (Gesta Sanct. rotonens., lib. II, n. 2 et 3 ; Cartulaire, charte 296). On trouve la simplicité et l'innocence, dans la vie de S. Guénaël (Bolland., Acta, Nov. I, p. 674, n. 2), comme dans la vie de S. Judicaël, etc. Antérieurement à Usuard, on voit dans Grégoire le Grand, par exemple, la formule : mirae simplicitatis atque humilitatis vir (Dialog. IV, cap. 26). C’est de formules de ce genre que dérive le compliment du martyrologiste à l’adresse de S. Turiau].

S. Jumel est le même personnage que le Iuthmaël du pape Nicolas et de l’archevêque Festien. L’église de Dol le déclarait : sanctus ac Deo dignus ; et le faisait contemporain du pape Adrien Ier (772-795) [Note : Morice, Preuves, I, 753. B. N. ms. lat. 14617, fol. 128. Loth, Noms des ss. bret., 1910, p. 66].

Haëlrit. — 842.

Salocon. — 848.

Festien. — 859.

Main Ier (ou Mahen). — Une lettre de Jean VIII lui est adressée, ainsi qu’aux autres évêques de Bretagne, pour les menacer, s’ils n’entrent pas dans l’obédience de Tours. Cette pièce est de l’année 878 [Note : Morice, Preuves, I, col. 333-4. — Dans Mabillon (Acta Sanct. O. S. B., I, p. 185), une note dit que Maino, évêque de Dol, transporta à Orléans, en 878, les reliques de S. Samson, par peur des Normands. C’est une note fautive]. — En prétendant que ce prélat est le XXème de l'église de S. Samson, la Chronique de Dol [Note : B. N., ms. lat. 14617, fol. 129] suppose qu’il y a eu quatre évêques entre la mort de Festien et l’avènement de Mahen. Notre pauvre chronique est faible, et surtout en chronologie. — On donne une autre lettre de Jean VIII dilecto atque praeclaro filio Maino archiepiscopo nec non et caeteris episcopis. Outre qu’il paraît difficile de dater cette épître d’une manière un peu précise (Jean VIII régna de 872 à 882), on hésite à tenir compte d’un morceau si singulier [Note : Morice, Preuves, I, 333. Jaffé, Reg. pontif. rom., I, 1885, p. 383, n° 3003. Sous l’année 874-875. La Borderie, H. de B., II, p. 271 et sq. Lot, Mel., p. 31, note 3. Annal. de Bret., avril 1913, p. 350 et 351.].

Jean Ier. — On lit dans l’hagiographie de S. Leufroy que ce bienheureux fut transféré de son premier tombeau dans l’ancienne église de la Croix-Saint-Ouen a Ioanne venerabili episcopo Dolensis ecclesiae et Abbate loci ipsius [Note : Acta Sanct., Junii t. IV, p. 111, n° 29. La Borderie [H. de B., II, 327) est le premier qui ait rétabli dans le catalogue de Dol ce Jean totalement oublié]. — La difficulté est de savoir à quel moment ce Jean a vécu. Mgr Duchesne préfère le placer après Mahen [Note : F. E., II, p. 385. Cf. Duine, Hist. de Dol, 308-309. J’avoue que Mgr Duchesne ne m’a pas convaincu. Le principal argument de l’illustre savant consiste à expliquer l’abbatiat neustrien de Jean par les invasions normandes, qui « chassèrent de chez eux les évêques bretons, vers la fin du IXème siècle ». Comment, alors, s’accommoder avec la lettre de Radbod, écrite vers 925, qui fait état de la stabilitas de Dol avant l’exil du Xème siècle ? Cette stabilitas semble même confirmée par la vita metrica Samsonis, qui est antérieure de plusieurs années à la lettre de Radbod. La vita metrica loue l’archevêque et le saint, sans prononcer un mot qui soit un indice de troubles dans l’église doloise, et qui fasse allusion à des craintes passées pour les reliques essentielles ou à quelque délivrance de ces mêmes reliques : Félix ille Doli locus in quo carne quiescit ! Bien entendu, je ne prétends pas que la stabilitas signifie que les Normands étaient inconnus dans la région doloise. De l’île de Batz à l'île de Sark, nous le savons par la vita Pauli Aureliani et par la vita Maglorii, les pirates avaient fait de terribles excursions, avant la grande débâcle bretonne, que nous signalent les Annales de Flodoard, complétées par la Chronique de Nantes. Déjà, la vita Machutis, que Bili composa vers 869, nous peint une descente de Normands dans la contrée d’Alet. Mais l’église de Dol se sentit suffisamment protégée, semble-t-il, au moins jusqu’à la fin du règne d’Alain, advenue en 907 (La Borderie, Hist. de Bret., II, p. 334)].

Lowenan. — Il vivait au commencement du Xème siècle, comme nous l’avons vu par la lettre de Radbod, que nous avons citée dans les pages précédentes. L’auteur de la vita metrica Samsonis [Note : Il nous manque une bonne édition de cette vita, qui n’a été publiée que fragmentairement (cf. Annal. de Bret., avril 1913, p. 334)] dit qu’il compose son œuvre pour obéir à ce prélat : me resonare jubet Lovenan episcopus ; et il célèbre la largesse et la douceur de ce princeps pacificus patriae.

Agan figure en mai 930, comme évêque de S. Samson, c’est-à-dire de Dol, dans l’acte [Note : Texte réimprimé dans La Borderie, H. de B., II, p. 514 (Avec traduction, p. 515)] par lequel le duc Hugues le Grand (père de Hugues Capet) installa dans l’abbaye de Saint Symphorien, à Orléans, les reliques samsoniennes et les chanoines. — Il est probable que Agan mourut à Orléans et que ce fut son successeur qui, à la prise de Dol par les Normands, en 944, fut étouffé dans la cathédrale, par la foule épouvantée qui s’y réfugiait [Note : Annales de Flodoard (édit. Lauer, 1906, p. 94. Consulter une note du même savant dans Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, 1900, p. 285-6)].

Wichohen (et Gisloen). — Il paraît sous la forme Iuthoven dans le cartulaire de Landevenec [Note : Edition La Borderie, p. 157. Sur la charte en question, cf. Latouche, Mél., 1911, p. 48 et sq.]. Il est appelé archiepiscopus Dolensis dans la Chronique de Nantes [Note : Edition Merlet, p. 108] et signe en France Britannorum episcopus [Note : Chartes de Saint-Julien-de-Tours (in Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1886, p. 229)]. Son fils, Gautier, fut élu évêque de Nantes (vers 958-960) [Note : Chroniq. de N., Merlet, p. 104]. Wichohen était un grand seigneur, dont Conan le Tort eut du mal à rejeter la tutelle [Note : D’après la Chronique de Saint-Brieuc, in Morice, Preuves, I, col. 33]. Il figure en mars 967 et en avril 969 auprès de Hugues Capet [Note : Gallia Christ., XIV, col. 1044. — Pour 967, cf. ici p. 463, note 6]. Ces relations avec la France inquiétèrent peut-être la hiérarchie tourangelle, qui dut chercher des garanties ; car, en 970, Jean XIII adressa aux évêques de Bretagne une monition sur les droits de Tours, méconnus par l’injustice de l’archevêché breton et inexercés par le malheur des invasions normandes [Note : Morice, Preuves, I, col. 347. Jura [Ecclesiae Turonensis] a vestro archiepiscopo et suis decessoribus per violentiam et paganorum Nortmannorum contrarietatem sublata videntur].

Main II. — Devenu duc de Bretagne, Conan le Tort paraît à Dol in monasterio S. Sansonis, le 28 juillet 990, et y fait une donation au Mont-Saint-Michel. La charte fut écrite à Rennes, quelques jours après. A la suite de Conan et de son fils, servirent de témoins Main, archevêque, et tous les évêques de la Bretagne [Note : Hi novem episcopi, jussu Conani, eorum domini, testes sunt (Morice, Preuves, I, col. 351). Cf. Chronique de Nantes, édit. Merlet, p. 128].

Malgré l’autorité de la Gallia Christ., XI, col. 514, je n’ose inscrire parmi les archevêques de Dol Roland Ier, mort en 1004, nous dit-on, et enterré au Mont Saint-Michel, dont il aurait été moine. En effet, ce personnage ne se rencontre ni dans les chartes, ni dans la Chronique de Robert de Torigni. Et je crains des confusions. Cf. Duine, Hist. de Dol, p. 258 ; Saints de Domnonée, p. 34. Pourvu qu’on n’ait pas emprunté cet évêque à Frère Albert Le Grand, de Morlaix ! (Nouvelle édition de 1901, p. 190).

Ginguené. — La Chronique de Nantes mentionne l'archevêque de Dol, nommé Junquineus, qui surpassait tous les Bretons par la lumière et l'adresse de scs avis, et qui avait la faveur d'Alain, dont il fut le principal conseiller [Note : Edit. Merlet, p. 139]. Ce personnage paraît comme témoin dans une pièce relative à l’abbaye de Saint-Méen, pièce qui n’est guère postérieure à l’année 1008 [Note : Morice, Preuves, I, col. 359]. On le voit encore dans une charte de 1035-37 [Note : Ginguené, dont le nom a pris une curieuse variété de formes (Hist. de Dol, p. 331), s’appelle ici Gingolor (Round, Calendar of docum. pr. in Fr., I, 1899, p. 37)].

La baronnie de Combour fut constituée par Ginguené, en faveur de son frère Riwallon [Note : Ce nom est celui du seigneur du même pays, que l’hagiographe de la IIème vita Turiavi nous dépeint brûlant le petit monastère de S. Maoc. — Ce monasteriolum continue d’être mentionné, sous la forme Tremachou, dans une charte de 1053 (Marchegay, Archives d’Anjou, I, p. 263. Et Loth, Noms des ss. bret., p. 85). La paroisse de Trémeheuc était du diocèse de Dol, mais le monasteriolum, tout voisin, se trouvait en Combour, qui, au Moyen-Age, faisait partie du diocèse de Saint-Malo. Puisque Turiau agit en maître dans ce quartier-là, c’est que, au sens de l’hagiographe, ce quartier-là dépendait alors de l’église de Dol. — Ainsi la caractéristique de la vie de Turiau (texte de Paris et texte de Clermont) est de montrer le saint exerçant son action dans des localités qui dépassent les limites du diocèse de Dol, tel que nous le connaissons au Moyen-Age], pour la protection de l’église de Dol [Note : La Borderie, Le régaire de Dol et la baronnie de Combour (in Mém. de la Soc. archéol. de Rennes, année 1862, p. 175). Voir d’ailleurs l’enquête de 1181 pour le recouvrement des biens de l’église de Dol (Morice, Pr., I).].

Juthael (ou Juhel) [Note : Loth, Chrest. bret., p. 143, 215]. Signum Judhalis archiepiscopi (Morice, Preuves, I, col. 394)] acheta par des présents faits au duc Alain (mort en 1040) le siège archiépiscopal de Bretagne. Il paraît dans une donation qu’il faut placer entre 1040 et 1045 [Note : Signum Judhalis archiepiscopi (Morice, Preuves, I, col. 394)], et dans quelques autres pièces de ce genre [Note : Morice, Pr., I, 393. Et Judhael archiep. de Dolo (Morice, Pr., I, 477)]. Ce fut un forban [Note : Les hagiographes le traitent d’archiloup et le nomment Johoneus (Voir la vie de S. Gilduin, écrite à l’abbaye chartraine de Saint-Père-en-Vallée, communiquée en août 1618 à Frère Augustin du Paz, qui la publia en partie dans son Histoire généalogique, 1619, p. 501 et sq. Cf. Duine, Saints de Dol, 1902, p. 36 et sq. Bréviaires et missels de Bret., 1906, p. 174). Les renseignements sérieux sur la conduite de Juthaël nous sont fournis par la première lettre de Grégoire VII à Guillaume le Conquérant (Morice, Pr., I. 442), et par l’enquête de 1181 pour le recouvrement des biens de l’Eglise de Dol (Morice, Pr., I, 683). On est porté à croire que Juthaël, alors que son puissant vidame entrait dans la révolte des seigneurs, demeura partisan du duc Hoël et fut ainsi pour quelque chose dans les opérations militaires de Guillaume le Conquérant contre Dol en 1076 (La Borderie, H. de Bret., III, 27. Duine, Hist. de Dol, 30-31, 263). Le Pape fut obligé d’écrire une nouvelle lettre au roi d’Angleterre, relativement à la protection que celui-ci accordait à Juthaël déposé (Morice, Pr., I, 446). Les principales fautes de l’archiloup furent d’ordre politique, les mœurs du temps permettant le reste. En fait, c’est un jeune chanoine, Gilduin, fils de Riwallon et neveu de l’ancien archevêque Ginguené, que l’on proposa à Grégoire VII pour succéder à la bestia ; manière d’agir, un peu amusante, chez des gens qui invoquent la pureté des saints canons. Le pape refusa de sacrer l’adolescent. Du moins est-il clair que la maison de Dol-Combour voulait se rendre maîtresse des élections archiépiscopales]. Il donna beau jeu aux partisans de l’archevêché de Tours, pour reprendre le procès métropolitain [Note : Morice, Preuves, I, lettre de Léon IX aux princes bretons, en 1049 (col. 396) ; lettre du cardinal Etienne à J..., évêque de Dol, en 1060 (col. 411). — Ajouter les remarques de M. Merlet (Chroniq. de N., p. XXXIII et sq., XXXVII et sq.) sur l’épiscopat de l’italien Airard, que Léon IX avait placé sur le siège de Nantes]. On réussit à l’expulser de Dol vers 1075, comme cela semble résulter des faits connus, mais les renseignements nous manquent sur cette opération qui dut être laborieuse. D’après la vita Gilduini, on fit appel aux évêques voisins.

***

Le trouble dans lequel Juthaël jeta l’église de Dol et les événements qui s’en suivirent, amenèrent Grégoire VII à consacrer archevêque de Saint-Samson et à honorer du pallium le grave Even, abbé de Saint-Melaine de Rennes [Note : Instauratio monasterii Sancti Melanii in suburbio Redonensi (in Analect. Bolland., IX, 1890, p. 438 et sq.)]. Pour la première fois, le Saint-Siège reconnaissait canoniquement (quoique à titre provisoire) la métropole bretonne. Le but du Pape était de donner une autorité incontestable à Even pour rétablir l’ordre [Note : Even mourut le 25 septembre 1081 et fut enterré à l’abbaye de Saint-Melaine (Martène, Veter. script, ampliss. collectio, t. V, col. 1128)]. — L’église de Tours ne désarma point. Le 1er juin 1199, Innocent III rendit contre Dol une sentence, qui fut définitive [Note : D’après la chronique interpolée d’Albéric, laquelle s’arrête en 1241, le pape termina le procès en disant à Jean, notre élu : de dolo es et in perpetuum dolebis. Alors, Jean abandonna toute candidature, mais Innocent lui donna un siège en Toscane. Quant à l’archidiacre Godefroy, avocat de l’Eglise de Tours durant les débats, il reçut, quelques années après, l’évêché de Tripoli outre-mer. C’était le frère de Flandrine, sainte dame dont on racontait des miracles (Pertz, M. G. H., Script., XXIII, 1874, p. 892-893). — Les historiens donnent au dernier postulant archiépiscopal de Dol le nom de Jean de la Mouche. Sur quel document s’appuient-ils ? Point ne le disent. Cependant je ne m’inscris pas en faux, parce que, dans une pièce de 1184, je rencontre comme témoin Johanne de Musca, chantre du chapitre (Morice, Pr., I, 774). Ce chantre a pu devenir l’Elu archiépiscopal, c’est clair. — Maintenant, à s’en tenir aux documents originaux, conservés par Tours, publiés en 1717 par Martène, dans le tome III de son Thésaurus novus anecdotorum, et reproduits par Morice, l’évêque de Dol qui fut consacré dans la métropole tourangelle en 1201, s’appelait Jean ; il était le même que l’élu qui avait plaidé en cour romaine ; et l’élection de ce Jean avait été confirmée par le cardinal Jordan, au temps du pape Célestin (Morice, Pr., I, 743, 794-5. Potthast, Regest., n° 723). Il faut conclure de ces pièces : Jean [de la Mouche ?] a) fut élu entre 1191 et 1198, b) ne mourut pas de chagrin aussitôt après la sentence, suivant une fable répandue ; c) ne devint pas évêque de Toscane, suivant les racontages du clergé médiéval. — Enfin, les documents authentiques ne signalant aucun décès épiscopal à Dol avant la fin de 1231 (et les Tourangeaux ont été particulièrement soucieux de conserver les actes de cette période de transition), il s’en suit que Jean de la Mouche aurait poursuivi sa carrière jusqu’à cette date. — Toutefois, d’après une confirmation de donation, citée par la Gallia Christiana (t. XIV, col. 1052), l’évêque de Dol s’appelait en 1220 Jean de Lisanet. Nous serions donc forcés d’admettre, en tenant compte des observations précédentes, que le dernier candidat archiépiscopal ne se nommait pas Jean de la Mouche mais Jean de Lisanet. Ce qui rend plus difficile la solution du problème, c’est le nombre de Jean qu’on peut placer sur le siège de Dol du XIIème au XIIIème siècle (De 1188 à 1231, on nous offre la série : Jean de Vaunoise, Jean de la Mouche, Jean de Lisanet)]. L’église de Saint-Samson promit obéissance à Tours en 1201. Comme une bulle du 12 mai 1200 mentionne un interdit qui atteint la Bretagne entière, on a pensé que cette grave mesure indiquait une résistance de l’épiscopat breton. Il n’en est rien. Habitués à se défendre contre les canons les plus menaçants, le chapitre de Saint Samson, qui formait un corps puissant et conservateur des traditions, et le clergé dolois, convaincu des droits de son église, hésitèrent sans doute à se soumettre. Mais les autres évêchés, même Saint-Brieuc et Tréguier, les plus favorables à Dol, se détachaient depuis plusieurs années d’une lutte devenue impossible [Note : Hist. de Dol, p. 250-1. Baudry (mai 1107-janvier 1131), ce bon lettré et ce pieux archevêque, qui avait reçu le pallium d’une manière canonique, subit des défections : après avoir eu quatre suffragants (Saint-Pol-de-Léon et Saint-Malo, Saint-Brieuc et Tréguier), il en perdit deux (Morice, Pr., I, col. 743). Saint-Brieuc fit preuve de fidélité. Car, en juillet 1150, circa, Eugène III déclarait à la métropole tourangelle qu’il n’entrerait pas en correspondance avec Dol, ni avec Saint-Brieuc, à cause de leur entêtement devant les excommunications promulguées et confirmées (Martène, Vet. Script. Ampli. collectio, t. I, col. 812). Néanmoins, dans l’enquête qui précéda la décision d'Innocent, Godefroy La Pie put affirmer qu’il avait connu trois évêques de Saint-Brieuc soumis à Dol et trois autres qui obéissaient à Tours (Morice, Pr., I, col. 742). La métropole bretonne aurait succombé de bonne heure, sous le poids des condamnations canoniques, sans l’appui décidé que lui prêtait le pouvoir ducal de Bretagne. Ainsi, rien n’est plus caractéristique que le serment de fidélité à l’Eglise de Dol et à son Elu, prononcé, vers 1148, par les évêques de Saint-Brieuc et de Tréguier, dans la forme que leur dictait le comte Eudon (et comes Eudo exponebat eis qualiter debebant jurare, Morice, Pr., I, 742 ; La Borderie, H. de B., III, 269 et sq.). Mais, pour la solennité des ordinations épiscopales, nos archevêques étaient obligés de faire appel à un évêque de Coutances ou à un évêque de Cahors (Morice, Pr., I, 742). Visiblement, la majorité des évêques de notre province ne voulaient plus se commettre dans le litige dolois. Toutefois, maître en Bretagne, Henri II d’Angleterre tenait à son archevêché, où il plaçait des Normands ; et c’est au temps de la puissance brito-anglaise que l’Eglise de S. Samson fut décorée de la pourpre, dans la personne de son élu, Roland III, légat, dont Robert de Torigni a inscrit avec joie, sous l’année 1184, la nomination cardinalice (cf. Hist. de Dol, p. 8, 16, 258). — Le duc Geoffroi, fils de Henri II, décéda en 1186 ; le cardinal Roland en 1187 ou 1188 ; le roi d’Angleterre en 1189. Dix ans après, dans la déplorable situation politique de notre province, quelle opposition i’autorité laïque pouvait-elle faire à un pape comme Innocent III, qui prenait les mesures canoniques les plus rigoureuses, et qui invitait en outre Philippe-Auguste, lequel ne demandait pas mieux, à briser tout obstacle breton ? (Potthast, Regesta P. R., I, nos 724 et 721, p. 69).]. La bulle du 12 mai 1200 se rapporte simplement à l’interdit général qui fut porté sur le royaume, à l’occasion du mariage adultère de Philippe-Auguste avec Agnès de Méranie ; elle répond aux éclaircissements, et, selon toute probabilité, aux adoucissements que sollicitaient les évêques de Bretagne dans ces circonstances si difficiles [Note : Texte de la bulle publié par l’abbé Chauffier, in Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1872, p. 595 et sq. Analyse de la bulle, in Potthast, Regesta P. R., II, 1875, p. 2043 (sous le 12 mai). Observations de M. Edward Krehbiel, de l’Université de Chicago : The interdict, its history and its operation, p. 125 (Publ. by the American Historical Association. Washington, 1909). M. Chauffier et M. Krehbiel croient à une opposition en faveur de la métropole bretonne. Cette idée succombe devant l’examen des faits]. Quoi qu’il en soit, la suppression de la métropole bretonne fut un succès pour la politique française de Philippe-Auguste, suzerain en fait de notre province [Note : La Borderie, H. de B., III, p. 203 et sq., 287-8], et marqua le triomphe, désormais infrangible, de l’Administration Romaine sur l’esprit celtique et le particularisme de notre péninsule.

(F. Duine).

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