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HISTOIRE BREVE DE SAINT-MALO

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Retracer en quelques lignes l'Histoire de Saint-Malo, une Histoire qui se déroule sur quatorze siècles et riche en épisodes. semble être une gageure. Et pourtant c'est ce que je vais essayer de faire.

Mais pour ne pas m'attarder dans le détail qui nous entraînerait trop loin et fatiguerait certainement votre attention, pour ne pas répéter ce qui a déjà été dit et bien dit parfois dans les innombrables livres qui ont été consacrés à notre vieille et chère cité, je prendais quelques points de repère sur cette longue route qu'elle a suivie depuis le jour oit Mac Low a pris pied sur le Rocher d'Aaron.

Ville de Saint-Malo.

Avec lui, nous toucherons terre en Domnonée et le suivrons quelques instants, puis rapidement nous parcourerons la route qui nous mène à Jean de Châtillon que les Malouins vénèrent tout particulierement comme le véritable fondateur de la Cité. Puis nous suivrons nos évêques dans leurs démêlés avec le duc de Bretagne et nos bourgeois dans ceux qu’ils eurent avec leur évêque, le duc ou le roi de France. Avec eux, nous prendrons le Château, symbole de l'absolutisme et siège de l'autorité mal aisément supportée. Avec nos marins nous parcourerons les mers à la recherche de terres nouvelles et de marchés nouveaux. Avec nos corsaires, enfin, nous courrons sus à l'Anglais jusqu'au jour où transformés en paisibles terreneuviers nous poursuivrons la geste des hommes de chez nous qui firent de ce modeste rocher — modeste par la superficie, s'entend — un des lieux les plus renommés du Monde. Mais l'Histoire ne peut que servir de miroir pour l'avenir et nous essaierons d'en dégager la leçon pour celui de notre chère cité dont l'Histoire continue.

ALET.

A l'origine il y a Alet.

Alet c'est la cité gallo-romaine, siège d'une préfecture, sans doute d'un évêché, qui a ravi à Corseul le rôle de capitale de la nation coriosolite et qui, donnera naissance à Saint-Malo et à Saint-Servan.

Dans le nord, à quinze cents mètres environ, un gros rocher se dresse sur lequel vit, dans la contemplation de Dieu, Aaron, pieux ermite qu'entourent quelques disciples.

MAC LOW.

Est-ce là, au pied de ce rocher, que vint s'échouer la barque qui amenait le moine Mac Low du lointain monastère de Lancarvan, au Pays Galles et dont, selon la légende, le Christ en personne tenait la barre ? Ou bien est-ce sur Cézembre, qui barre l'horizon dans l'Ouest, ou encore sur Harbour qu'aborda celui qui devait donner son nom à notre ville ? Ici ou lit, peu importe, ce sont là querelles d'érudits sur lesquelles nous ne nous attarderons pas.

Mac Low, dont nous avons fait Mato, accueilli par Aaron, devait bientôt devenir évêque d'Alet. Fut-il le premier ? Succéda-t-il à une déjà longue cohorte de prélats ? S'il ne fut pas le premier, qui sont ses prédécesseurs ? Et à quelle date Alet fut-elle évangélisée et devint-elle siège d'un évêché ? Il est bien difficile de répondre à ces questions sur lesquelles se penchent encore quelques érudits car il serait précieux d'éclairer davantage les origines de notre Cité.

A quelle date eut lieu cette rencontre de Malo et d'Aaron ? Les auteurs sont divisés sur cette question comme ils sont également séparés sur la date de la mort de notre saint. Si la plupart situent la date d'arrivée de Malo sur le rocher entre 530 et 540, il y a divergence totale en ce qui concerne la date de son décès qui varie, selon les auteurs, entre 565 et 640. Mais qu'importe, nous n'en discuterons pas aujourd'hui, laissant les chercheurs à leurs travaux qui peut-être un jour nous apporteront quelque lumière sur ces différentes questions.

Entre Malo et Jeun de Châtillon, que les Malouins vénèrent l'égal d'un père, et ne le fut-il pas père de cette Cité qui lui doit d'être ?, sept siècles se présentent à nous chargés d'Histoire mais d'une Histoire mal connue encore.

HELOCAR.

En 811, l'église, construite par le saint évêque sur le rocher d'Aaron, est incendiée par les troupes de Charlemagne venues mater les Bretons qui contestent l'autorité de l'Empereur. Hélocar, abbé de Saint-Méen, qui devient évêque d'Alet en 812, obtient de Louis le Débonnaire autorisation de reconstruire ladite église en même temps que confirmation du maintien de Sant-Malo — le nom est porté depuis plus d'un siècle par l'ancien rocher d'Aaron — hors de toute juridiction séculière autre que celle de l'évêque, selon qu'en avait décidé, pour Malo, Juthual alors prince régnant sur la Domnonée, à laquelle Alet et sa région — le Pou Alet que nous appelons le Clos Poulet — étaient rattachées.

LES « NORMANDS ».

Les « Normands » effectuèrent de nombreuses descentes sur nos rives et y laissèrent longtemps un affreux souvenir. En 962, une invasion plus importante contraignit le clergé ainsi qu'une partie importante de la population à fuir vers des régons plus hospitalières, emportant avec eux les précieuses reliques de leurs saints en même temps que les trésors des églises et des abbayes. Fut-ce la dernière « visite » des Vikings sur nos côtes ? Il le semble, mais Alet ne se releva pas de ces raids meurtriers et destructeurs. Les habitants — ceux qui n'avaient osé ou pu fuir — désespérés, cherchèrent refuge en des lieux plus faciles à défendre et, peu à peu, vinrent s'installer sur le rocher malouin où leur évêque devait bientôt les rejoindre.

JEAN DE CHATILLON.

C'est en 1143 que Jean de Châtillon fut élu au siège épiscopal d'Alet et c'est en 1153, après dix longues années d'efforts, de luttes, de procès que le siège fut transféré, par la volonté de l'évêque, à Saint-Malo-de-l'Isle. Dix longues années qui verront le prélat sur les routes de France et d'Italie, allant soutenir ses droits sur le Rocher contre les Bénédictins de Marmoutier auxquels l'un de ses prédécesseurs avait abandonné les siens. Et il aura dix années encore, années trop courtes celles-là, pour organiser sa ville, lui donner une administration, une police, les organes nécessaires à la vie d'une cité qui, du fait du droit d'asile qui lui est reconnu depuis des siècles déjà ? le célébre « Minihi » malouin — grandit rapidement et jette ses regards vers la mer qui sera sa Providence et le champ d'action de ses enfants. Parallèlement, il organisera son diocèse, recrutera des chanoines augustins pour constituer son Chapitre cathédral, avec lequel il partagera l'autorité temporelle sur la ville et les bénéfices de son diocèse, et fera de l'humble église monastique et paroissiale à la fois une belle cathédrale dont nous pouvons aujourd'hui encore admirer certains éléments.

Soulignons, au passage, l'importance du diocèse de Saint-Malo, l'un des plus vastes de Bretagne, puisqu'il s'étend de l'embouchure de la Rance jusqu'à Guipry, aux portes de Redon, et Josselin, dans le département du Morbihan, et qu'il englobe une partie de l'actuel diocèse de Saint-Brieuc.

Rappelons également que l'époque dans laquelle Jean de Châtillon prend place est une époque particulièrement troublée. Tout près de nous, Henri II d'Angleterre, qui vient d'épouser Aliénor d'Aquitaine, « divorcée » de Louis VII de France, s'intéresse de près à la Bretagne qu'il dominera en 1166, après avoir pris Dol et Combourg en 1164. En évoquant celle période, on peut mieux imaginer ce qu'il fallut à notre évêque comme force de caractère, comme patience aussi et endurance pour arriver à ses fins.

NAISSANCE DU NEGOCE MALOUIN.

Malgré la guerre qui sévit à l'état endémique, ou à cause d'elle, les Malouins se font tôt remarquer sur mer. Si, dès 1170, ils lancent des expéditions commerciales qualifiées déjà de hardies et dont ils retirent de substantiels profits, 1230 les voit courir sus à l'Anglais, précurseurs des corsaires qui feront le renom de la vieille cité. Mais, commerçants avant tout, ils sont en rapport dès 1241 avec la Hanse teutonique et, à travers elle, avec les ports de la Mer du Nord et de la Baltique.

PREMIERES MANIFESTATIONS D'INDEPENDANCE. LE « MINIHI ». LA COMMUNE JUREE.

Le mouvement communal atteignit la Bretagne tardivement et sa première manifestation semble avoir eu lieu à Saint-Malo en 1308. C'est que la population malouine, et notamment ses « bourgeois », supportait mal l'autorité absolue de la co-seigneurie ecclésiastique et cela se comprend aisément d'une population au recrutement très diversifié puisque, si elle comprenait à l'origine une fraction importante d'anciens aletiens, nombreux étaient les éléments venus de divers horizons se réclamer du droit d'asile, le fameux « Minihi » malouin dont un futur roi d'Angleterre bénéficiera un jour, lui devant sans nul doute et la vie et son trône, je veux parler d'Henry Tudor, comte de Richmond, qui, réfugié auprès du duc de Bretagne, viendra chercher asile dans notre cathédrale alors que les hommes de son ennemi juré, le roi régnant d'Angleterre, Richard III, le poursuivaient pour le ramener à Londres où il aurait vraisemblablement subi le même sort que les enfants du roi précédent, Edouard IV.

Dans leur recherche, sinon d'indépendance, du moins d'une large autonomie en matière d'administration de leurs affaires et des affaires de leur cité, parfois confondues les unes avec les autres, nos bourgeois malouins étaient logiques avec eux-mêmes. Assez sûrs de leur compétence et de leur valeur pour se lancer dans des expéditions maritimes importantes et souvent risquées, et les menant généralement à bien, ils pouvaient prétendre à une certaine liberté dans la gestion de la cité dont ils assuraient la fortune en même temps que le renom.

Ils se réunirent donc un beau jour de cet an 1308 sur le Grand-Bé, sans doute afin d'échapper aux oreilles et aux regards trop curieux des officiers de la co-seigneurie, et là, sous l'autorité de Hamon le Merescal, dans lequel nous pouvons voir le premier maire de Saint-Malo et envers lequel notre ville à montré jusqu'ici une grande ingratitude puisqu'elle ne l'a pas honoré de la moindre plaque commémorative, nos bourgeois décidèrent de prendre en mains la direction de la ville et de constituer entre eux une « Commune Jurée » à l'instar des communes du nord de la France qui avaient été les premières à se pourvoir d'une administration communale autonome.

Cette première manifestation d'indépendance des Malouins échouera en partie, l'enjeu était d'importance et ni l'évêque, ni le duc, ni le roi ne se désintéressèrent de l'affaire, mais nos bourgeois prudents préférèrent encore, devant les tergiversations du duc de Bretagne et les exigences du roi de France, s'entendre avec l'évêque lequel craignant de perdre tout préféra, sans doute contre de bonnes espèces sonnantes et trébuchantes selon l'usage du temps, leur reconnaître une certaine aptitude à l'administration de la cité, mais il faudra attendre 1513 pour que soient rognés, par Anne de Bretagne, la bien aimée duchesse alors reine de France, les droits seigneuriaux de l'évêque et du Chapitre malouins et reconnus ceux des habitants à avoir leur Communauté de Ville, nommée par eux, et administrant la ville sinon en leur nom du moins sous leur contrôle.

Entre temps, d'autres événements se seront produits qui contribuèrent à marquer la personnalité malouine de ses caractéristiques et tout particulièrement de celle qui me paraît la plus originale : l'indépendance de caractère.

1382 verra l'évêque Josselin de Rohan à la tête de la ville en rebellion ouverte contre le duc qui construira, afin de contrôler les relations de la ville rebelle avec l'arrière-pays, la tour Solidor, à l'entrée de la Rance. El bientôt, les Malouins, soucieux de ne se donner ni au duc, ni au roi, se réclament du Pape lequel sera bien embarrassé de ce « don » et s'empressera. en 1394, d'abandonner ses « droits » à Charles VI qui, d'ailleurs, occupe délia la ville.

LA VILLE AU ROI DE FRANCE.

Celle-ci demeurera vingt années sous l'autorité du roi de France qui fit construire sur son front nord, celui qui fait face au large d'où vient l'Anglais, le « Châteu-Gaillard », énorme forteresse dont il ne reste quasiment rien aujourd'hui : un mur percé d'une porte et d'une meurtrière, dans la cour est de l'Ecole nationale de la Marine marchande et le Petit Donjon, compris désormais dans le « Château ducal ».

RETOUR AU DUC.

En octobre 1415, le roi, en reconnaissance, dit-on, de l'aide que lui a apporté le duc de Bretagne dans sa lutte contre le roi d'Angleterre, renonce à conserver Saint-Malo et la rend au duc Jean V, lequel en prend possession le 2 septembre 1417 et, incontinent, fait construire, au pied de la ville et en commandant l'accès par terre, un « chastel de guerre », c'est-à-dire le « Grand Donjon » que nous connaissons. Les Malouins y voient une menace contre leurs libertés et protestent, en vain, comme ils protesteront en vain auprès de la duchesse Anne lorsqu'elle décidera de bâtir, face à la ville et faisant pendant à la tour qu'avait élevé antérieurement le duc François Ier, la grosse tour à laquelle sera donné le nom de « Quic-en-Groigne », pour rappeler la réponse de l'intrépide duchesse aux Malouins.

Mais cela ne suffira pas à « brider la mule », ainsi que s'était plu à dire le duc François en faisant bâtir la tour « La Générale », et nos Malouins sauront bien un jour prendre leur revanche. Mais alors, le château ne sera plus occupé par les hommes du duc de Bretagne, un Gouverneur pour le roi y représentera celui-ci devant lequel la Bretagne a du s'incliner, en 1488, après une rapide campagne.

LA PRISE DU CHATEAU.

Placée au cœur des rivalités entre les grands du moment et objet de leurs convoitises, Saint-Malo chercha toujours à profiter au maximum de la situation pour accroitre sa fortune. L'idée de se déclarer ville indépendante dut germer assez tôt dans l'esprit des bourgeois qui tenaient le négoce et le commerce maritimes et supportaient difficilement l'autorité des représentants du roi « en son château de Saint-Malo ». Pour contrebalancer celle-ci, ils n'hésiteront pas — en l'absence du Gouverneur M. de Fontaine, — à nommer, le 12 avril 1585, une sorte de Sénat, composé de douze membres, chargé de prendre toute mesure propre à assurer la conservation de la cité.

Nous sommes au temps de la Ligue et les Malouins, s'ils sont sensibles aux arguments des chefs de la Sainte Union, entendent bien ne pas aliéner leurs libertés mais bien plutôt profiter de la situation trouble pour les accroître.

Le 1er août 1589, Henri III est poignardé, ce que les Malouins apprennent le 14 en même temps que le nom de son successeur Henri de Navarre. Celui-ci est hérétique et, pour faire valoir ses droits, il a sollicité l'aide des Anglais, ennemis mortels des Malouins. Beau prétexte pour ceux-ci qui pressent le Gouverneur de se déclarer, souhaitant sans doute au fond d'eux-mêmes que ce soit pour le roi de Navarre. Ce qu'il fait d'ailleurs scellant ainsi son sort. En ville, les esprits s'échauffent, des prédicateurs de toute robe parcourent la ville montant les gens contre l'hérétique et ses suppôts. Un « Conseil permanent », qui tient à la fois de la Communauté de Ville et du « Sénat » institué en 1585, prend en mains l'administration de la cité et en prépare la défense. Ces « Messieurs du Chapitre » sont invités, sans ménagement, à demeurer chez eux et à se contenter de réciter l'Office divin. L'évêque, Monsieur de Bourgneuf, sur la route de retour de Rouie où il est allé faire visite au Pape, sera placé sous surveillance en son manoir épiscopal dès qu'il aura touché terre, puis conduit à Dinan sous bonne escorte. Tout est mené rondement, selon les habitudes des gens de mer.

Dans la nuit du 11 au 12 mars 1590, cinquante hommes environ, choisis parmi les conjurés, lesquels s'étaient engagés par serment à « exposer leur vie pour la cause de la Religion catholique et celle de leur Cité », s'élancèrent, sous la conduite de Frotet de la Bardelière, à l'abordage de la tour « La Générale » et prirent le Château. Monsieur de Fontaine, Gouverneur pour le roi, eut la malencontreuse idée de se faire tuer au cours de l'engagement qui ne fit d'autre part que sept victimes.

LA REPUBLIQUE MALOUINE.

Quatre années durant, Saint-Malo connut ce qu'on a appelé « la République malouine » c'est-à-dire qu'elle vécut en totale indépendance et souveraineté, traitant d'égale à égales avec les puissances, établissant des traités de commerce, échangeant des ambassadeurs.

Mercœur avait applaudi à la prise du Château, espérant en être le bénéficiaire, mais les Malouins, méfiants, le prièrent de rester là où il était et de rappeler les troupes qu'il avait envoyées pour les aider. Henri IV eut l'intelligence de ne rien brusquer et d'attendre patiemment. Le Parlement de Bretagne, sur la plainte des héritiers de Monsieur de Fontaine, condamna les divers conjurés à des peines infâmantes. Les Malouins se tournèrent vers le roi d'Espagne et lui demandèrent de comprendre Saint-Malo dans ses territoires d'outremer : il fit la sourde oreille. Le sens politique dont fit preuve Henri de Navarre et son abjuration permirent de liquider l'affaire au mieux des intérêts de chacun et, le 5 décembre 1594, le Parlement de Rennes enregistra l'édit de réduction qui effaçait le passé. Les franchises dont bénéficiait la ville depuis toujours étaient reconduites, la seule religion catholique était reconnue dans la cité réconciliée. C'était plus que n'en avaient espéré les bourgeois malouins.

LES VOYAGES A LA DECOUVERTE.

Ils purent dès lors poursuivre et développer leurs activités commerciales. Quelque soixante années plus tôt, un pilote malouin à la recherche du Cathay, ce pays idyllique où se trouvent en abondance l'or et les diamants, et dépassant les limites des eaux fréquentées dés le début du siècle par ses compatriotes pécheurs, a découvert des nouvelles terres et ouvert de nouvelles perspectives au commerce malouin. J'ai nommé Jacques Cartier et le Canada, la « Nouvelle France » ainsi que l'appelaient nos pères. Une extension de la pêche à la morue, déjà à la base de l'activité de la ville, découla de cette découverte mais très tôt s'organisa le commerce des fourrures dont ce pays regorgeait. Cependant le commerce maritime malouin ne s arrête pas là, les navires de Saint-Malo étendent leur trafic à tous les points du monde connu où ils peuvent trouver frêt et acheteurs, en dépit de l'insécurité qui règne alors sur mer consécutivement aux guerres et à la piraterie. Les marins malouins passent à cette époque pour les plus expérimentés et les plus entreprenants du Royaume et c'est dans le port de Saint-Malo que viennent s'aviner les nombreuses expéditions qui partent alors à la découverte du monde, telle celle qu'organisa Charles de Montmorency et qui entreprit un voyage de circumnavigation, sous le commandement du comte de Choisy, à la recherche de débouchés nouveaux ; telle cette autre qui participa à la création au Brésil de ce qu'on a appelé la « France équinoxiale ».

Les malouins sont-ils ailés à Lépante, comme certains auteurs l'ont assuré ? Cela est moins sûr. Qu'auraient-ils été faire dans cette affaire, j'allais dire clans cette galère ! où il n'y avait que des coups à gagner ? Mais ils répondront à l'appel du cardinal de Richelieu les sollicitant d'envoyer des navires pour parfaire le blocus de La Rochelle. C'est qu'ici ils retrouvent leur vieille rivale, l'Angleterre, et que l'occasion leur est donnée de régler quelques comptes avec les Rochelais qui les ont attaqués rudement dans des secteurs commerciaux qu'ils considèrent comme leurs, notamment dans le commerce de la fourrure au Canada.

Dans cette activité tripartite, si j'ose dire, c'est-à-dire basée sur la pêche, le négoce maritime et la guerre, on retrouve tout ce qui marquera cette ville et ses habitants. Par sa situation, Saint-Mato ne pouvait offrir à ses enfants d'autre activité que celles qui découlaient de la mer et, très tôt, les Malouins durent se tourner vers elles. Qu'auraient-ils pu faire d'autre sur ce rocher exigu, coupé quasi en permanence de la grande terre, que de s'élancer sur mer pour y trouver leur pain quotidien et les moyens d'assurer leur fortune ?

Parallèlement à ces activités de base, et subsidiairement en quelque sorte, ils tracèrent de nouvelles routes sur mer et dressèrent le pavillon malouin a côté de l'enseigne royale en de nombreux points, effaçant à leur manière les taches blanches des mappemondes de l'époque. Ne dit-on pas qu'ils découvrirent les îles Malouines, que les Anglais, malgré l'évidence et sans doute pour satisfaire quelque secrète rancune, s'obstinent à dénommer Falkland ? On y trouve encore les îles Beauchesne et Danycan, dont on doit la découverte sans contestation possible à un marin de chez nous, Gouin de Beauchesne justement, qui, revenant du Chili et du Pérou qu'il avait precédemment atteints par le détroit de Magellan, doubla le fameux Cap Horn, d'ouest en est, premier Français à le faire, ouvrant ainsi la route de la Mer du Sud qui sera source de prospérité pour Saint-Malo.

Et ce seront encore des Malouins, Messieurs de Champloret et de la Merveille, qui ouvriront Moka et l'Arabie heureuse au commerce français, comme ce sera un autre Malouin, Guillaume Dufresne, qui prendra possession de l'Ile Maurice à laquelle il donnera le nom d’ « Ile de France » et qui, avec sa soeur, l'île Bourbon, deviendra bientôt le champ d'action d'un autre fils de Saint-Malo, grand marin et grand administrateur, Mahé de la Bourdonnais.

D'ordres encore ont marqué de leur nom, et parfois de leur sang, les routes maritimes du monde. Les noms de nos rues en portent témoignage, mais la vieille cité n'a pu toujours. faute de place, graver dans la pierre le souvenir de ses enfants qui ont tant fait pour sa gloire.

LA COMPAGNIE DES INDES - LES GRANDES COMPAGNIES DE COMMERCE.

Lors de la constitution de la « Compagnie des Indes orientales », les négociants malouins furent « invités » par le Roi à souscrire et, selon certains auteurs, une « Chambre particulière de Direction » de la Compagnie fut créée à Saint-Malo qui regroupait les noms les plus en vue de l'armement et du négoce locaux. Plus tard, « ces messieurs de Saint-Malo, les plus capables du Royaume de soutenir une si grande entreprise que celle du commerce de l'Inde » se substitueront purement et simplement à la Compagnie et deviendront les maîtres du commerce de l'Extrême-Orient. Entre temps, ils auront créé leurs propres compagnies de commerce « Compagnie de la Chine ». « Compagnie royale de la Mer Pacifique » ou encore « de la Mer du Sud », d'autre encore qui auront pour but le trafic avec l'Afrique noire, l'Orient ou les îles d'Amérique.

Ce sera alors une période de grande prospérité, prospérité sans précédent, mais aussi, hélas ! sans lendemain, pour Saint-Malo qui se préoccupera de se donner de l'air en élargissant quelque peu sa ceinture de rempart et en construisant les magnifiques hôtels de la Place Chateaubriand et de « La Californie ». Ce sera aussi l'époque qui verra construire dans la campagne environnante, ces résidences que nous appelons des « malouinières » et que nous admirons encore aujourd'hui.

LA GRANDE BRULERIE — LES GRANDS SIEGES — LA MACHINE INFERNALE.

Mais la ville avait connu auparavant des heures d'angoisse, tout d'abord, en 1661, lorsqu'un gigantesque incendie, ayant pris naissance dans la Grand'Rue, avait détruit plusieurs centaines de maisons : puis, en 1693 et 1695, lors des bombardement qu'elle dut subir du fait des flottes anglaises et hollandaises réunies contre elle. Les dégâts matériels furent importants, les pertes en vie humaine nulles du côté malouin, si l'on en croit la tradition qui veut que seul un malheureux chat, rôdant sans doute du côté de la « rue du Chat qui danse », fut la seule victime de la monstrueuse machine infernale que l'ennemi lança sur la ville dans la soirée du 29 novembre 1693 et qui vint heureusement s'échouer sur les rochers qui bordent la « Grève de Malo ».

LA COURSE — DUGUAY-TROUIN — RIO DE JANEIRO.

Jamais l'Anglais, qui entretenait la guerre quasi en permanence contre la France et que nos corsaires harcelaient sans cesse, jamais, dis-je, l'Anglais ne parvint non seulement à détruire ce « nid de guêpes », ainsi qu'il appelait Saint-Malo, mais encore à interdire à ses marins de poursuivre leurs entreprises commerciales ou guerrières.

La Course, qui est devenue comme une seconde nature pour les Malouins, vient compenser, par les profits qu'elle procure, les pertes que subit le trafic commercial. Elle ne devient activité principale pour les armateurs et les marins malouins que lorsque le commerce maritime, activité maîtresse du port, devient de plus en plus difficile voire impossible du fait de la pression adverse. La Course pour Saint-Malo a été une nécessité, mais elle s'inscrivait également dans l'optique politique du Pouvoir qu'elle soulageait de l'effort d'entretien d'escadres nombreuses mais impuissantes tout en lui donnant les moyens de ruiner le commerce de l'ennemi, sinon celui de détruire ses escadres.

Duguay-Trouin est au premier plan des corsaires de cette époque qui a été la grande époque de la Course malouine. Il fut un marin audacieux et presque toujours heureux dans ses actions. Il est sans conteste le plus grand corsaire de tous les temps. L'expédition de Rio de Janeiro fut une expédition de corsaire même si elle a pris les altures d'une expédition militaire. Le rapport pour les actionnaires fut de 92 % de leur mise. Duguay-Trouin en rapportait un peu plus de gloire et Saint-Malo en fut auréolée.

MAHE DE LA BOURDONNAIS.

Il faudrait ici pouvoir s'attarder et évoquer les noms de ceux qui, avec Maupertuis, Trublet, Offray de la Mettrie ont, dans les domaines de la science, des lettres, de l'économie politique ou de la guerre apporté des lumières capitales et qui virent le jour sur le vieux Rocher.

Arrêtons-nous un instant avec Mahé de la Bourdonnais, mousse à dix ans, gouverneur général des îles de France et de Bourbon à trente-cinq et qui fut à l'origine de la prospérité de ces îles perdues dans le lointain Océan Indien, Aujourd'hui encore, son souvenir demeure vivace là-bas et les liens qu'il avait noués, et avec lui, et souvent grâce à lui, de nombreuses familles de notre région, dans ces deux îles et plus particulièrement dans l'ex-île de France redevenue Maurice, sont toujours soigneusement, et presque dévotement, entretenus.

LES DESCENTES ANGLAISES DE 1758.

Saint-Malo est alors au sommet de sa propérité et de sa gloire. Colbert cependant lui portera un coup sévère en refusant, en 1688, de maintenir son port parmi les ports francs du Royaume. Les guerres malheureuses de la fin du règne de Louis XIV et de celui de Louis XV ne lui permettront pas de se relever, même si la Course lui apporte encore quelque compensation. Bientôt la Révolution lui portera le coup décisif.

Mais l'Anglais auparavant aura de nouveau, et à deux reprises, cherché à détruire la cité dont les fils font tant de mal à son commerce sur mer. Juin et septembre 1758 voient la flotte anglaise appuyer deux débarquements qui ont lieu, le premier, à Cancale, le second, à la Garde Guerin en Saint-Briac. La première fois, les troupes s'approchent jusqu'à Saint-Servan qu'elles occupent ; la seconde fois, jusqu'à Dinard et de là bombardent la ville qu'elles ne peuvent cependant réduire. Elles devront, sous la pression des forces françaises venues rapidement à la rescousse, se rembarquer précipitamment à Saint-Cast où la flotte les attend. Elles y laisseront plus de 2 000 hommes mortellement atteints et la bataille de Saint-Cast s'inscrira dans les annales militaires comme un haut fait de nos soldats.

LA REVOLUTION — DERNIERS SURSAUTS — LE CONSULAT ET L'EMPIRE.

Ce sera le dernier effort des Anglais pour vaincre la Cité corsaire. Bientôt, la Révolution apportera la ruine et le désespoir parmi les vieilles familles dont l'esprit d'initiative, la hardiesse de vues, la témérité dans l'action parfois avaient tant fait pour la fortune des Malouins. Pendant les heures sombres de la Terreur, la ville, qui avait perdu jusqu'à son nom, connaîtra la délation, la haine et la mort. Plusieurs de ses fils et de ses filles paieront de leur vie leur attachement à leur foi, à leur roi, à leurs traditions. Le commerce maritime sera totalement désorganisé, la Course ne sera plus que le fantôme de ce qu'elle avait été.

Avec le Consulat et l'Empire, la vieille cité renaîtra à de nouvelles espérances et connaîtra, grâce à la Course renaissante, une nouvelle période de gloire, sinon de prospérité. Robert Surcouf est incontestablement le héros de cette époque. Ses actions prestigieuses dans l'Océan Indien le font craindre de l'Anglais qu'il pourchasse sans relâche et avec honneur. Elles redonnent confiance aux populations des îles de France et de Bourbon, isolées de la lointaine métropole et abandonnées sans défense sérieuse.

LE XIXème SIECLE — LES TEMPS MODERNES.

La Révolution avait supprimé le diocèse de Saint-Malo et la juridiction ecclésiastique sur la ville. Sous l'Empire, les Malouins purent espérer un moment de retrouver leur évêché et devenir le chef-lieu d'un département. Il n'en fut rien. Peu à peu la ville sombra dans une certaine mélancolie, à l'abri de ses remparts, évoquant son passé, sans ambition désormais pour l'avenir. Son économie est maintenant pratiquement basée sur la pêche à la morue sur les Bancs de Terre-Neuve traditionnellement pratiquée chez nous depuis le début du XVIème siècle, et pour cela elle entretiendra une flotte considérable de beaux voiliers, trois-mâts et goëlettes, qui la maintint au premier rang des ports de Grande Pêche.

La Course disparue, les voyages à la découverte sans objet, le commerce interlope évanoui, c'est vers d'autres horizons que s'élancèrent Chateaubriand, Lamennais. Broussais. Boursaint, d'autres encore moins connus, tous enfants de Saint-Malo et qui gardèrent toujours profondément enraciné l'amour de leur petite patrie.

Mais l'Histoire se fait chaque jour et celle de Saint-Malo ne s'est pas close ainsi. Notre cité devait encore connaitre des heures tragiques marquées par l'héroïsme de quelques-uns de ses fils et de ses filles. Pendant quatre années, elle dut, comme nombre de villes de France, subir la présence de l'ennemi, l'Allemand cette fois. Elle devint le centre d'un vaste secteur du dispositif de défense allemand et connut un nouveau siège hélas plus meurtrier que tous ceux qu'elle avait vécu jusque là.

Au lendemain de la tourmente, la vieille cité n'est plus qu'un monceau de ruines. Les trois-quarts des immeubles et notamment ceux dits « de la Compagnie des Indes » sont détruits, la Cathédrale, cœur de la cité, qui vit accourir au cours des siècles, aux heures de joie, comme aux heures de peine, le petit peuple malouin, la vieille et belle Cathédrale est éventrée. Le port, qui vit les coureurs des mers, longs courriers et terre-neuviers, corsaires ou vaisseaux du Roi, venir s'y reposer de leurs longues courses à l'Aventure, ou panser leurs plaies, le port est ruiné, ses quais défoncés. Seuls les remparts sont intacts ou presque, le Grand Donjon, vieux de plus de cinq siècles et qui avait résisté à tous les ouragans de fer et de feu, est gravement mutilé. La grande famille malouine est dispersée, accueillie par les villes sœurs de Paramé et de Saint-Servan moins touchées par la guerre.

Mais les Malouins ont montré au cours de leur longue Histoire qu'ils ne connaissent pas le désespoir et que c'est dans la tempête qu'ils retrouvent et mettent en œuvre leurs plus belles qualités. Sous l'impulsion d'un des leurs, Guy La Chambre, ils remirent leur ville debout restaurèrent les vieux hôtels du XVIIIème siècle, redonnèrent vie au vieux Rocher. Le 8 juillet 1948, le Gouvernement avait voulu temoigner de la reconnaissance de la Nation en décorant Saint-Malo de la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur et de la croix de Guerre. A la Pentecôte 1973, les cloches de la Cathédrale restaurée sonnèrent à toute volée, du haut du vieux beffroi sommé d'une nouvelle flèche, pour appeler les Malouins à fêter, avec la fin des travaux de restauration de leur chère église, la « résurrection » de la vieille cité rajeunie et prête à reprendre la longue route de l'avenir.

AUJOURD'HUI ET DEMAIN.

Aujourd'hui, le vieux Rocher n'est plus à lui seul Saint-Malo. Depuis 1968, les trois villes de l'agglomération malouine ont fusionné pour ne plus faire qu'une seule et même cité. Mais si le nom prestigieux a été donné à la ville nouvelle, pour tous Saint-Malo c'est bien cette cité dont j'ai essayé de vous conter l'Histoire, close par ses remparts mais ouverte vers le large, dont les fils ont marqué souvent les routes de l'Histoire et qui n'a peut-être pas, du moins je l'espère, fini d'étonner le Monde.

Certes les temps ont changé et, dans le monde âpre et si souvent cruel, les faibles survivent difficilement. Tout au long de leur longue route les Malouins ont montré qu'ils ne connaissaient guère la faiblesse mais, au contraire, ont fait toujours preuve de courage et de détermination. Si Saint-Malo, malgré les nombreux atouts qu'elle possède, semble aujourd'hui mal placée dans la lutte que se livrent les villes de l'Ouest pour leur existence et leur devenir, les Malouins, anciens et nouveaux, ne doivent pas s'abandonner à la mélancolie, ni désespérer de l'avenir. Celui-ci dépend d'eux avant que d'appartenir aux technocrates qui rêvent de faire de la nouvelle cité le « Palavas-les-Flots » de Rennes et de son agglomération. Aux Malouins de prendre à bras le corps les problèmes de leur ville. Qu'ils oublient un instant les vieilles querelles qui les opposent encore et parfois stérilisent leurs efforts. Qu'ils s'élancent hardiment dans la grande Aventure qui s'offre aujourd'hui à eux et qu'ils tracent les grandes lignes de l'Histoire à venir du grand-Saint-Malo, demeurant ainsi fidèles aux lecons du passé. Alors d'autres noms viendront compléter la longue liste de ceux dont le nombre faisait dire à Chateaubriand : « Pour une enceinte à peine plus grande que celle des Tuileries, ce n'est pas si mal ».

(M. H.-G, Gaignard).

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