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DOCUMENTS INÉDITS SUR LA BATAILLE DE SAINT-CAST (11 septembre 1758).

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La bataille de Saint-Cast est un affrontement livré le 11 septembre 1758, sur la plage de Saint-Cast, entre l'arrière-garde d’un corps expéditionnaire britannique qui est défait par des troupes françaises et bretonnes commandées par le duc d’Aiguillon.

Combat de Saint-Cast (Bretagne) en 1758.

Lettre de M. Rioust des Villes-Audrains à M. Perroud, Ingénieur des Ponts-et-Chaussées (Archives d'Ille-et-Vilaine, liasse C, 2255).
A Quintin, 17 juillet 1778.

Monsieur et cher ami, mon affaire du Guildo a fait tant de bruit dans la province, et vous m'avez dit l'avoir entendu prôner si souvent que vous devriez la savoir par coeur ; mais tout s'oublie, je vais donc vous en faire le plus court récit.

Le jeudi 7 septembre 1758, apprès midi, un parti de dragons anglois, allant du camp de Saint-Briac au Guildo pour en sonder le gué, rencontra M. de la Choue de la Metrie qui s'éloignait à cheval de sa maison. Il est pris, mené au Guildo, interrogé sur les distances de Lamballe et de Saint-Brieuc ; les officiers anglois interrogent également les Carmes du Guildo. Les ennemis déclarent qu'ils passeront le lendemain et s'avanceront vers Lamballe et Saint-Brieuc. Ce parti de dragons, après avoir sondé le gué du Guildo, retourna au camp de Saint-Briac ; dans le chemin, M. de la Choue s'échappa à la faveur de la nuit qui approchant. Il se rendit au village de Sainte-Brigitte, entre le Guildo et Matignon. L'abbé Felin, chanoine de Matignon et chapelain de Sainte-Brigitte, y était allé coucher, afin d'y dire la messe le lendemain 8 septembre, fête de la Vierge. Il apprend de M. de la Choue le projet des Anglois de passer le Guildo le lendemain. L'abbé Felin part dans la nuit pour revenir à Matignon ; il arrive chez moi, me raconte ce qu'il vient d'apprendre, j'en avertis mes voisins. On s'assemble devant ma maison, je propose et engage à aller au Guildo empêcher les ennemis de passer, on acquiesce à ma prière, nous partons. En allant, je détachois de mes braves Matignonnois pour aller dans les métairies avertir leurs camarades, tellement que notre troupe augmentait en approchant, et rendue au Guildo elle pouvoit monter à 60 ou 80 hommes. Ayant posté mes compatriotes dans les jardins et dans les maisons du port, que vous connaissez, je passay seul de l'autre côté du Guildo pour voir si l'ennemi approchoit. L'ayant découvert, je revins promptement annoncer son arrivée. Il parut vers huit ou neuf heures du matin, vendredi 8 septembre ; le feu commença de part et d'autre.

Dans l'après-midi du 8, les ennemis amenèrent trois pieces de canon, dont ils foudroyaient le Guildo ; ils voulurent faire passer leurs dragons par un gué près de Quatrevaux ; un homme que j'avois posté sur une hauteur m'en avertit. J'y courus avec vingt hommes, et les repoussai. Les ennemis forcèrent deux fois les Carmes du Guildo à venir sur le bord du gué me prier de les laisser passer, pour me parler de la part du général anglois. Mais je pensai que c'était plutôt pour se faire montrer le gué, et tiray sur les disciples de saint Hélie, quoiqu'ils me proposassent, en me nommant, un pourpaler de la part du général anglois.

Je jouois un rôle dans ce moment ! Les ennemis se présentèrent en colonne plusieurs fois jusque sur le bord du gué, puis se replioient et se rangeoient depuis la grève jusqu'au vieux château, et nous faisaient un feu de rempart très violent. Enfin, nous arrêtâmes l'armée angloise, composée de treize mille hommes, depuis le vendredi matin 8 jusqu'au samedi au soir 9.

Ils commencèrent à passer le gué vers quatre heures et demie ou cinq heures du soir. Ils campèrent au dessus du Guildo, du côté de Matignon. J'avois envoyé plusieurs exprès à Mr le duc d'Aiguillon pour lui apprendre ce qui se passoit, et j'avois écrit à Mr de Balleroy, qui reçut ma lettre au château de la Latte le vendredi au soir.

MM. le chevalier de Prémorvant et de la Ville-au-Compte, qui étaient à la chasse, entendirent le bruit et y accoururent dans l'après-midi du vendredi 8 ; Galiot, brigadier de maréchaussée, nous joignit aussi le même jour avec quelques jeunes gens. Le lendemain samedi, M. de la Lande de la Planche vint aussi au Guildo ; ces messieurs s'y comportèrent on ne peut mieux.

Revenu chez moi le samedi au soir, il n'étoit plus temps de rien sauver ; quatre grenadiers françois vinrent dans la nuit me dire que Mr de Balleroy étoit en dehors de Matignon et demandoit à me parler. J'y courus, ce général entre dans la ville, je lui en fais voir les avenues et ce qu'il désire. Pendant ce temps (c'est le dimanche matin), quelques dragons envoyés en avant revinrent annoncer à M. de Balleroy l'approche de l'armée ennemie ; je monte dans la tour de ma maison, M. de Balleroy et, je crois, M. de Marbœuf y montent avec moi ; nous découvrons à un demi quart de lieu de Matignon, les ennemis marchant sur deux colonnes prenant Matignon des deux côtés. En descendant de la tour, M. de Balleroy me dit heureusement : Retirez-vous avec nous, quand nous reviendrons nous pourrions vous trouver pendu. — Je suivis ce conseil. J'abandonnoy ma maison, d'où je n'emportais que mon habit et mon fusil.

L'armée anglaise arrive. Le général s'arrête chez moi, y établit son quartier, demande où j'étais, en promettant de me faire pendre. Je rends avec joie ce témoignage à Mr de Balleroy: je lui dois la vie.

Je me retire avec M. de Balleroy, je joignis M. le duc d'Aiguillon à St-Potant, où s'assembloit notre armée. Le général, après avoir pris de moi les éclaircissements qu'il désiroit sur l'affaire du Guildo, me remit à M. de Broc ; je passoi la nuit avec lui au quartier-général ; je traçay un plan des chemins et lieux remarquables depuis Saint-Potant jusqu'à Saint-Cast.

Le lendemain 11 ( Lundi 11 septembre 1758, jour du combat de Saint-Cast), je marchay dans la colonne de M. de Broc et je combattis volontairement à Saint-Cast. Après la bataille j’amenai M. le duc d'Aiguillon coucher chez moi, il remplaça le le général Bligh qui y avait passé le dimanche et la nuit. Il n'y restait ni provisions ni meubles qui pusssent être enlevés ; les dehors étoient également ravagés, près de deux mille gerbes de froment brûlées, neuf à dix mille pieds d'arbres en pépinière, tous à transplanter, coupés ras la terre. Enfin je fus obligé d'emprunter chez les habitans de Matignon, qui étoient revenus et qui avoient caché leurs effets, un dedans de lit et du linge pour coucher notre général.

Aux Etats de 1758, qui suivirent la bataille de Saint-Cast, MM. Le chevalier de Prémorvant, de la Ville-au-Compte et de la Lande (comme ayant été à la défense du passage du Guildo) furent inscrits parmi les volontaires qui avoient combattu à Saint-Cast. M. de la Lande eut une pension ; M. de la Ville-au-Compte eut trois mille livres de dédomagement, sa maison qui est au-delà du Guildo ayant été pillée. Mr le chevalier de Prémorvant n'eut rien et, je crois ne demanda rien ; Galiot fut fait exempt.

Nous n'étions que trois bourgeois volontaires au combat de Saint-Cast, savoir M. Bauvais, M. de Vaucouleurs, et moi Rioust des Villes-Audrains. M. Bauvais fut tué. M. de Vaucouleurs demanda des lettres de noblesse, qu'il obtint sans difficulté ; je pouvois prétendre à la même grâce, ayant combattu volontairement à Saint-Cast comme M. de Vaucouleurs, et de plus ayant défendu le passage du Guildo (sans parler du ravage de ma maison) ; mais désirant de servir, je préféray demander une lieutenance de cavalerie ; elle me fut promise, comme le prouve une lettre de M. le duc d'Aiguillon que j'ai fait passer à M. l'Intendant. J'ai de plus envoyé à M. l'intendant une requête des notables de Matignon, juges, recteur, curé, par laquelle ils attestent que c'est sous mes ordres et sous ma conduite que les habitants de Matignon sont allés au Guildo, où ils ont arrêté l'armée angloise pendant deux jours ; une lettre de M. Védier, ancien commissaire-général de la province, qui me donne des louanges que je ne puis répéter ; une attestation du greffe des Etats, qui prouve que je suis employé (c'est-à-dire inscrit) parmi les volontaires de Saint-Cast. J'ai vu, quoique avec peine, que le subdélégué de Lamballe doit avoir reçu les attestations suivantes : une de l'abbé Felin, chanoine de Matignon et chapelain de Sainte-Brigitte; une du chevalier de Prémorvant ; une de Desfontaines-Compère, à qui je prêtay un fusil pour venir au Guildo ; une de M. de la Guérais, capitaine garde-côte de Saint-Cast ; une des habitants du Guildo ; une des notables du bourg de Saint-Cast ; une des Carmes ou du prieur qui étoit dans ce temps au Guildo ; une de Galiot, qui ridiculement veut se donner la gloire de cette affaire : il est vrai qu'étant envoyé avec quelques jeunes gens de Lamballe par M. le duc (le duc d'Aiguillon) pour tâcher de lui donner des nouvelles des ennemis, il arriva au Guildo le vendredi matin ; mais nous y étions déjà le vendredi matin : il s'y comporta fort bien, ainsi que les trois gentilshommes que j'ai nommés en différens temps.

Mais ce qu'il y a de plus singulier en ceci, c'est qu'un nommé Rebillard, un des plus pauvres hommes de Matignon, celui que avoit présenté à M. l'intendant une requête si impertinente contre un ingénieur de la province dans laquelle il disoit : Une espèce d'ingénieur nommé.... croiriez-vous que cet homme, s'étant mis en tête que je dois loucher une grosse somme de dédomagement dont je veux frustrer les habitants de Matignon, cabale contre moi, veut se donner tout l'honneur de cette affaire du Guildo, se met à la tête de tout, a fait signer une requête par ses camarades, etc. ? Il est vrai que Rebillard vint au Guildo comme les autres, qu'il s'y présenta bien, mais il n'en est pas moins vrai que sans moi personne n'y seroit allé, que je suis l'auteur de cette opposition [Note : C'est-à-dire de la résistance opposée aux Anglais au Guildo]. Je n'ai pas besoin de prouver que j'ai combattu volontairement à Saint-Cast, les registres des États en font foi. Le ravage de ma maison est connu. Après cela, je suis encore à solliciter une récompense.

Je ne demande point de dédomagement, je puis m'en passer ; mais croyant avoir mérité des lettres d'anoblissement, j'ai pris la liberté de les solliciter auprès d'un ministre qui veut faire le bien. Je les désire pour l'avancement de mes enfants.

Mgr le prince de Montbarrey [Note : Léonor de Saint-Maurice, prince de Montbarrey, né à Besançon en 1732, mort en 1796 ; ministre de la guerre sous le roi Louis XVI, du 27 septembre 1777 au 18 décembre 1780] est trop clairvoyant pour ne pas sentir l'importance de ce que j'ai fait, et trop juste pour ne pas me récompenser. Je ne doute point, que M. l'Intendant me rende justice si on lui présente les pièces qui ont été envoyés à son subdélégué. Jointes à celles que j'ai moi-même fait passer à M. l'intendant, elles forment une suite de preuves incontestables.

Avouez, cher ami, qu'il est malheureux, après bientôt vingt ans, d'être obligé de prouver une action qui m'a tant fait d'honneur dans le temps, et d'être, encore incertain si j'en seray récompensé.

Voilà, cher ami, où en est mon affaire. Je suis tout à vous.

RIOUST DES VILLES-AUDRAINS.

Bataille de Saint-Cast (Bretagne) en 1758.

xxxxxxxx

Réponse de l'Intendant à une lettre du prince de Montbarrey demandant des renseignements sur la conduite de Rioust des Villes-Audrains.
1 août 1779.

Conformérnent à la lettre dont vous m'avez honoré le 7 avril 1778, j’ai fait prendre des éclaircissements sur les faits contenus dans le mémoire par lequel le Sr Rioust des Villes-Audrains demande des lettres d'anoblissement, en considération des services qu'il prétend avoir rendus à l'Etat. Il résulte de ce que j'ai recueilli à ce sujet que, lors de la descente des Anglais en 1758, il se mit effectivement à la tête de plusieurs volontaires de Matignon, à qui il prêta des armes et donna des munitions, et qu'il les conduisit au Guildo, où animés par l'exemple de leur chef ils s'opposèrent avec succès au passage de l'ennemi ; qu'en outre il se retrouva comme volontaire à l'affaire de Saint-Cast, ou il se comporta avec distinction, et que sa maison, qu'il avoit abandonnée, fut entièrement ravagée par les Anglois. — Des deux volontaires du même canton (MM. de Beauvais et de Vaucouleurs) qui combattirent avec lui à Saint-Cast, l'un fut tué et l'autre obtint des lettres de noblesse. Il [M. Rioust des Villes-Audrains] pouvait prétendre à l'avantage de ce dernier ; mais, jeune et plein d'ardeur, il préféra demander à M. le duc d'Aiguillon une lieutenance de cavalerie. Cet ancien commandant la lui promit, ainsi que le montre la lettre ci-jointe qu'il lui écrivit alors ; mais il est à présumer qu'il ne put la lui procurer, car il l'a en vain attendue pendant plusieurs années. A cette lettre de M. le duc d'Aiguillon j'en ajoute une autre de M. Védier, alors subdélégué-général et commissaire des guerres en Bretagne, qui rend témoignage de la bravoure du sr Rioust.

Comme tous ces éclaircissements concourent à démontrer qu'il mérite en effet les lettres d'annoblissement qu'il réclame à titre de récompense, je pense, Monsieur, qu'il est d'autant plus convenable de les lui accorder qu'il est d'une famille distinguée et que sa fortune, qui est de 5 à 6.000 livres de rente, le mettra en état de soutenir cette qualité. — Je suis avec respect...

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