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DURÉTIE, L'AIEULE DE RIEUX

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La station gallo-romaine. — Prospérité de Durétie. — Premiers invasions barbares. — Renouveau religieux. 

I.— La station Gallo-Romaine.

Au temps où Rome achevait la conquête de la Gaule, 50 ans avant Notre-Seigneur, le pays où se trouve Rieux était habité par une tribu de Celtes ou Gaulois, appelés Vénètes. Leur capitale, Dariorigum ou Dartoritum, s'étalait le long d'un golfe nommé Morbihan (petite mer). Leur territoire s'étendait à l'Ouest jusqu'à la Vilaine — dite alors Visnonia — rivière navigable pour les navires légers, mais non pour les lourds vaisseaux vénètes qui auraient pu y apporter, avec le commerce, plus de vie et de population.

Les conquérants romains vont y créer de nouvelles voies de communication et de nouvelles cités : Rieux sera de celles-ci.

L'antiquité de la ville de Rieux, en effet, n'est plus mise en doute par personne. De toute évidence, à l'époque romaine, Rieux et Fégréac ne formaient qu'un seul tout, un groupe unique de magasins et d'hôtelleries, établi peu après la conquête de César et développé par le mouvement des armées et le passage des bateaux. Le Moyen Age sut maintenir cette unité en gardant Fégréac à la seigneurie de Rieux.

Cette station gallo-romaine se nommait Durétia (ou Durétie, que l'on écrivait encore Durécie au IIIème siècle). Elle est signalée sur la Carte de Peutinger, dite aussi Table Théodosienne, Itinéraire de l'empire romain, entre le Portus Namnetum (Nantes) et Dartoritum (Vannes), juste à l'emplacement de Rieux. Nul endroit ne pouvait mieux convenir à l'établissement d'une station dans cette contrée par sa position stratégique et d'autres multiples avantages.

Le principal de ces avantages est sans contredit la facilité du passage de la Vilaine. Aussi les Romains relevèrent-ils le fond de la rivière par un radier qui permettait, à marée basse, de passer sans danger même des chariots. Ils y ajoutèrent un pont de bois construit sur pilotis. De ce fait, cet endroit devenait une position de premier ordre et nulle part ailleurs en cette vallée on ne pouvait plus sûrement édifier un castellum pour une garnison.

Sans doute, remarque Arthur de la Borderie, dans son Histoire de Bretagne (Cités gallo-romaines de l'Armorique), il n'y a pas grand rapport entre les noms de Durétie et de Rieux — ou Reus, forme la plus ancienne [Note : Formes antiques : Durécie (carte de Peutinger) ; Reus Castellum (Cartulaire de Redon, 862) ; Reux, Riex, Rex (dom Morice, 1281) ; (Rosenweig, Dictionnaire topographique du Morbihan)] — et les considérations précédentes ne suffiraient peut-être pas à les identifier si l'on n'avait pas découvert à Rieux les restes d'une vaste station romaine. Ces restes s'échelonnent sur une longueur de 800 mètres en Fégréac, s'arrêtent brusquement à la Vilaine et reprennent sur la rive droite jusqu'au Moulin Saint-Léger, ce qui donne une longueur de trois kilomètres à l'antique cité.

A la Rochelle en Fégréac, ont été mises à jour les ruines d'un établissement de bains dont l'importance atteste celle de la station gallo-romaine. On a exhumé en effet jusqu'à six salles dont une, de vingt mètres de côté, devait mesurer plus de cent mètres carrés. Les bâtiments du poste d'observation de la Butte Saint-Jacques, dont la plate-forme est cailloutée, ont une longueur de 45 mètres à leur façade orientale et 60 mètres environ de côté à leur enclos. Les flancs de cette Butte portent en outre les restes de la maison des gardes et des vedettes.

Sur la rive droite, à un kilomètre au nord de l'ancien Château-fort, on a découvert un grand édifice dressé à l'angle que forme la Voie de Vannes à Angers avec celle de Rieux à Rennes. La masse centrale de cet édifice est presque à fleur de terre ; sa maçonnerie conserve parfois 80 centimètres de hauteur ; ses matériaux sont de petit appareil ; à l'intérieur, s'étend une aire bétonnée, très solide. D'autres murs, épais d'1m.16, contiennent une ligne de briques sur ses assises. De l'avis des archéologues, c'était un temple dédié à la déesse Minerve, construit avec luxe, orné d'enduits polychromes et de bordures à enroulements verts et jaunes, avec points blancs sur fond rouge.

Dans ces ruines ont été trouvés des objets intéressants : le torse d'un guerrier sculpté en pierre de crazanne, mesurant vingt centimètres des cuisses au cou ; un buste de Vénus en terre cuite ; des bustes grotesques du dieu Risus (le Rire) ; une Vénus anadyomène [Note : Vénus était chez les Grecs et les Romains la déesse de la beauté. Vénus anadyomène : statue de la déesse sortant de l'eau] et une déesse-mère, en terre cuite ; enfin une statuette, d'une pâte semblable à la terre de pipe, qualifiée de Vénus gauloise ; ce n'est pas un modèle de beauté, mais elle porte sur le dos, en relief et en langue gauloise, le nom de son fabricant gaulois : « Rextugenos Syllici annot. — Rextugenos du pays de Sulli a fait » [Note : Sulli petite ville du Loiret, aujourd'hui Sully-sur-Loire]. Par ailleurs, il y a des débris antiques un peu partout : briques, urnes remplies de cendres, médailles retrouvées à la Maladrie où, à la suite de ces découvertes, une ligne de pommiers furent plantés et qualifiés de pommiers romains. Signalons encore, sur la droite du vieux chemin de Rieux à Redon, une vaste pièce de terre qui porte le nom d'Arènes, où l'on trouva des blocs de maçonnerie, des briques et autres vestiges de construction : c'était l'Amphithéâtre de la station romaine.

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II. — PROSPÉRITÉ DE DURÉTIE.

Tous ces vestiges prouvent que, durant les trois premiers siècles qui suivent la conquête du pays vénète par César, Durétie était devenue une ville prospère dont la population dépassait trente mille âmes. C'est que, chez ces Gallo-Romains, la civilisation était florissante, raffinée même : villas luxueuses, écoles fréquentées, divertissements variés, commerce actif, boutiques et hôtelleries achalandées, etc...  

L'une des principales causes de cette prospérité de Durétie était ses grandes Voies. Bien avant l'invasion des Celtes, les Ligures avaient ouvert des clairières de cultures et, pour les desservir ainsi que leurs villages, ils avaient aménagé des chemins en chaussées, baptisés plus tard Voies romaines (Gaston Roupnel., Histoire de la Campagne Française). Ces chaussées d'ailleurs furent totalement transformées par les Romains qui en firent de véritables constructions. Sur le fond, on établissait une première base de maçonnerie, puis une seconde, plus légère, ensuite un mortier de chaux et de cailloux, enfin de belles dalles de pierre soudées par un ciment très dur. Des trottoirs étaient réservés aux piétons ; des bornes aidaient à monter à cheval, tandis que d'autres, appelées bornes milliaires, indiquaient les distances [Note : L'une d'elles est conservée près de la Croix du Perron]. De place en place, des relais étaient prévus pour le service des Postes.  

Voici les Voies qui desservaient Durétie (Comte René DE LAIGUE, Bulletin de la Société polymathique).

La Voie de Vannes sortait de cette capitale des Vénètes par l'actuelle place Groutel et se dirigeait vers l'Est, se confondant à partir de Saint-Nolf avec la route moderne de Vannes à Redon (par Allaire, Saint-Jean, Aucfer), à peu près jusqu'à la Croix de la Hilliaie, à 1400 mètres d'Allaire. Là, elle se sépare de la route et continue vers le Sud-Est. Ensuite elle passe par les Petites-Forêts, Kernavel ou Kernaven, tantôt bien conservée avec son agger extraordinairement élevé, d'une largeur de 15 mètres entre les contrefossés, tantôt transformée en champs, en prés, en bois même, comme les Bois-Brûlés [Note : Jadis incendiés par les paysans indisposés contre les Trinitaires].

On retrouve la Voie au village de la Lande, où elle passe sous un appentis et sous une rue adjacente. Plus loin, sur la gauche, se dressait une vieille croix, la Croix Dom Jehan. Ces croix, assez fréquentes le long des Voies, ont certainement remplacé des bornes milliaires : « Elles sanctifient toujours ces chemins encore connus dans la mémoire populaire sous le nom de chemins païens », écrit l'archéologue Desmars (à propos de la Voie de Blain).

Laissant à droite le Bot, ancienne porte de Rieux, elle monte au Moulin Saint-Léger, construit sur son agger. C'est là que commencent à paraître en abondance les briques et fragments de poteries. Redescendant la butte, elle rejoint la route d'Allaire à Rieux et, un peu plus loin, elle pénètre en ville où elle croise les Voies de Rieux à Corseul, de Rieux à Rennes et de Rieux à Guérande et à Nantes. C'est à l'angle formé par la Voie de Vannes à Angers et celle de Rieux à Rennes que s'élevait le temple de Minerve dont il a été question plus haut. Rasant ensuite, à droite, la motte de l'oppidum — plus tard le Château — la Voie d'Angers descend à la Vilaine.

Cette Voie a été longtemps l'unique rue de la ville de Rieux et, jusqu'en 1907, elle avait laissé un témoin irrécusable de son existence : une antique borne de granit à l'extrémité occidentale de l'agglomération [Note : Lors de la construction de la nouvelle route, cette borne a été placée à l'angle des routes d'Allaire et de Béganne]. Dans la Vilaine même, en face du promontoire de Rieux et de la chaussée du bac, le lit de la rivière, mouvant et vaseux ailleurs, devient solide par suite d'accumulation de graviers et de pierres plates, formant une sorte de barre très sensible à marée basse : ce sont les restes du gué artificiel construit par les Romains pour le passage de leur Voie. Par delà ce gué, la Voie romaine de la Table Théodosienne a gardé un bel empierrement de la chapelle Saint-Jacques en Fégréac jusqu'au Rozet en Plessé. La chaussée en fut brisée lorsque l'on creusa une rigole d'alimentation pour le Canal de Nantes à Brest.

Ainsi Durétie, située sensiblement à mi-chemin entre Vannes, Rennes et Nantes, se trouvait parfaitement desservie par la Vilaine et les six routes qui la reliaient à Nantes, Guérande, Angers, Blain, Rennes, Corseul. Les voyageurs y jouissaient d'excellents hôtels, de bains, d'arènes, de temples, et, ce qui n'était pas à dédaigner, d'une sécurité complète, car les coureurs de grands chemins, toujours prêts à molester les passants, n'osaient se risquer aux abords de l'oppidum formidable de Durétie ou du palais du gouverneur à Fégréac. Au bout de quelques années, la Voie de Vannes à Rennes surtout devint si fréquentée que, sur ses bords, se multiplièrent hôtels, camps, oppida, fours, etc..., ce qui explique pourquoi on s'y heurte fréquemment à des ruines gallo-romaines.

La campagne, elle, ne bénéficiait guère des avantages de la ville. On y rencontrait bien quelques vastes domaines — dits latifundia ou villas [Note : Nom devenu Ville et, en breton, Ker, fréquent dans les noms de villages et hameaux] — appartenant à de riches propriétaires ou à d'anciens légionnaires. Mais en général les habitants étaient des paysans fixés sur la terre et qui se vendaient avec elle, ou des colons travaillant à leur profit, tout en payant au maître une redevance. Leur tenue de travail comprenait des braies (sorte de culottes), un bliaut (blouse), des galoches (c'est-à-dire des gauloises) et des espèces de bandes molletières.

Au point de vue religieux, on avait adopté le polythéisme, introduit par les vainqueurs, et c'est à ses dieux et déesses qu'étaient dédiés les temples, comme, à Durétie, le temple de Minerve. Le druidisme des Vénètes, persécuté par les Romains, dut se réfugier au fond des forêts où se continuèrent les sacrifices sanglants. Le peuple des campagnes garda aussi confiance en ses héros, en la magie, vénérant les pierres-aux-fées, les fontaines, les esprits du sol.

Quant au point de vue moral, un historien l'a résumé en ces termes : « Alors la société se noyait dans le sang et dans la boue » (A. DE COURSON, Histoire des peuples bretons).

Il était donc grand temps que la religion chrétienne vînt régénérer le peuple armoricain, comme elle le faisait dans le reste de la Gaule.

A quelle époque notre pays reçut-il ses premiers apôtres ? Impossible de le préciser : les uns tiennent pour le premier siècle de notre ère, les autres pour le troisième. En tout cas, les historiens placent parmi ces pionniers de l'Evangile Saint Clair, premier évêque de Nantes. Suivant la grande Voie qui passait à Durétie, lui et ses compagnons s'adonnèrent à un apostolat fécond et convertirent d'innombrables païens. S'enfonçant encore davantage en Armorique, le Saint évangélisa le pays jusqu'à Réguiny, où son tombeau et sa mémoire sont toujours l'objet d'un culte fervent.

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III. — PREMIÈRES INVASIONS BARBARES.

Vers l'an 410, les Armoricains, excédés de la fiscalité de l'empire romain où, écrit un témoin, « il était désormais impossible de vivre ni de mourir sans payer » (L'historien Lactance), secouent le joug des oppresseurs. Ils se débarrassent des magistrats et se constituent en République fédérative indépendante. Ainsi, ils cessent d'être écrasés par la tyrannie fiscale ; en revanche, ils sont plus exposés aux ravages des Barbares dont les incursions se font de plus en plus fréquentes. D'autre part, les légions romaines qui ne devaient quitter le pays qu'au Vème siècle, ne se gênaient pas pour piller.

On comprend que, en ces circonstances, Durétie et ses environs durent être maintes fois saccagés. Ce fut alors le début de son déclin. Privée de sa garnison et de ses nombreux employés, la cité allait être sans défense contre les Barbares.

Ceux-ci, de plus en plus, déferlent en nuées d'orage, en tumultueuses invasions de peuples plus batailleurs que paisibles, plus aventuriers qu'agriculteurs ou commerçants. Alors, le pont de la Vilaine disparaît, provoquant la séparation d'avec Fégréac ; alors, temples, palais, maisons, chaumières même sont démolis pendant que les champs retournent à l'état sauvage. Et tel était le triste sort de toute l'Armorique ! « Elle redevint à peu près inculte, écrit Arthur de la Borderie (Histoire de Bretagne, Tome I) ; aussi la forêt qui avait dû reculer devant la civilisation latine, reprend possession du sol abandonné et, recouvrant sous le même manteau de verdure les pierres celtiques et les briques romaines, elle redescend jusqu'à la mer ».

Immigration bretonne. — Mais voici que, vers 460, l'Armorique, libérée des Saxons, se reprend à vivre. Grâce à Saint Melaine, l'éminent évêque de Rennes, elle évite d'entrer en guerre avec Clovis, le puissant roi des Francs, en acceptant sa suzeraineté (510).

A cette époque, s'amplifiait un événement capital, commencé au milieu du Vème siècle, qui devait rénover l'Armorique : c'est l'immigration de nombreuses tribus originaires de la Grande Bretagne. Elles apportaient leurs coutumes, leur langue, leurs institutions, leurs libertés et leur religion — la religion du Christ. Pacifiquement, leurs chefs se taillent en Armorique des principautés. Au Sud, ce fut le Bro-Waroch, dit encore Broërech, ou Comté de Vannes, dont dépendait la région de Durétie.

Malheureusement, l'entente ne dura pas toujours entre les Bretons et les Francs, et ce fut une cause de nouvelles destructions pour ce pays, situé sur le chemin des armées ennemies.

Le Comte de Vannes, Waroch, dont le castellum de Durétie était vraisemblablement un domaine personnel, ravageait et rançonnait souvent ses voisins, les Comtes francs de Rennes et de Nantes. Le roi de Bourgogne, oncle et tuteur de Clotaire II, le jeune roi des Francs, résolut de les secourir. En 590, il lève une forte armée dont il confie le commandement à deux généraux, Beppolen et Ebraker. Ceux-ci, ayant franchi la Vilaine près de Messac, sèment la terreur sur leur passage et arrivent aux marais de l'Oust entre Glénac, Saint-Vincent et Peillac. Le chef breton les attendait sur les hauteurs de Limur et de Cranhac, à l'Est et au Nord de Peillac. Mais au lieu de deux armées, il n'en eut qu'une à combattre, car les deux généraux francs qui se jalousaient, se séparèrent : Ebraker emmena ses troupes vers Durétie, laissant seul Beppolen. Ce dernier, attaqué de front par Waroch, fut vaincu et tué, tandis que son armée était anéantie dans les marais. Pendant ce temps, Ebraker filait sur Vannes sans rencontrer d'opposition et Waroch jugea plus sage de conclure la paix avec lui.

Le général franc reprend donc le chemin du retour. A Durétie, une partie de ses soldats passe la Vilaine. Les autres attendaient leur tour quand, soudain, « prompt comme la foudre », Canao, fils de Waroch, se jette sur eux. Le sang coule à flots au point que « les deux adversaires en avaient jusqu'à la cheville », rapporte la Chronique (Grégoire de Tours et Albert le Grand). Finalement, les Francs sont exterminés ou capturés. Le pré où se livra ce combat, situé sous le Château de Rieux, se nomme depuis lors le Pré de la Bataille.

Ces luttes avec leurs dévastations devaient, hélas ! se renouveler de temps à autre jusqu'à la victoire de Ballon en Bains, remportée en 845 par Nominoé, roi de Bretagne.

Peu à peu, les immigrants absorbent les débris de la race gallo-romaine et font du territoire de Durétie, comme du reste de l'Armorique, une terre bretonne. Jusqu'au XIème siècle même, c'est leur langue qui s'y parla. Les noms propres de personnes et de lieux cités dans le Cartulaire de Redon le prouvent assez. Un certain nombre d'entre eux ont traversé les âges, témoins ces villages de Rieux : Branguérin, Bramby, Brambicos (bran ou bré, butte, colline) ; le Bot, Botudal (bot, bosquet) ; Lisalay, Lisalor (lis, cour de justice) ; Kerbonnaire (Ker, maison de campagne, ferme) ; le Breil (portion de bois) ; la Graë ou la Grée (lande rocheuse) ; Tréfin (tré, subdivision paroissiale).

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IV. — RENOUVEAU RELIGIEUX.

Avec leur langue et leurs moeurs, les émigrants de Grande-Bretagne apportaient à l'Armorique un inestimable bienfait : leur foi chrétienne. A leur arrivée, il ne restait presque rien du clergé et des pratiques religieuses. Par leurs prédications, surtout par leurs miracles, les nombreux moines qui accompagnaient les Bretons gagnèrent peu à peu toute la population. « Le clan disparut alors et fit place à la paroisse. Autour du loc (oratoire) et du lann (monastère), des plous (agglomérations) se forment sous l'influence religieuse : telle fut l'origine de la plupart de nos paroisses » (Colonel ORGEBIN, Histoire abrégée de Bretagne).

Alors les gens de la campagne se détournent de la magie, de la superstition, pour se tourner vers les Saints, ceux surtout que vénérèrent leurs aïeux : évêques, moines, ermites.

De ces Saints, deux étaient particulièrement populaires au pays de Rieux. L'un était Saint Martin, le grand évêque de Tours, qui avait tant remué le peuple des campagnes de l'Ouest par sa parole ardente et ses éclatants miracles. Le Puits Saint-Martin, tout près de la ville, en face des Arènes, le rappelait aux passants de l'antique route de Rieux à Rennes. L'autre était Saint-Melaine, l'illustre évêque de Rennes.

Celui-ci était né vers 456 au village de Place en Brain, près de la Chapelle-Saint-Melaine, alors du diocèse de Vannes, et non loin de Rieux. Bien souvent, il avait missionné aux environs, même après son élévation à l'épiscopat. Ce qui explique pourquoi on lui éleva de bonne heure une chapelle, au dire du savant abbé Luco, auteur du Pouillé historique de l'ancien diocèse de Vannes. Détruite par les Normands, continue cet auteur, la vieille chapelle fut relevée après leur départ bien avant le Château de Rieux et devint le siège du Prieuré Saint-Melaine, desservi par des moines de Saint Gildas de Rhuys. Cependant Rieux restait de la plébaine [Note : Du latin plebs (peuple). Plus tard, le plébain fut nommé curé (de cura, soin)] (paroisse) d'Allaire, qui englobait de plus Saint Jean-des-Marais [Note : Cartulaire de Redon, Charte 334 : « En Halaer, l'église dite de Saint-Jean, située sur le bord de l'Oult »].

La panique créée par les invasions avait considérablement accru l'influence du clergé qui, même au péril de la vie, rendait au peuple d'innombrables services. Il ne pouvait cependant suffire à tout, car la région, placée, pour ainsi dire, entre l'enclume et le marteau, devait se défendre, et des Bretons de Vannes, et des Francs d'outre-Vilaine. Alors les habitants des campagnes confient leurs personnes et leurs biens aux plus vaillants d'entre eux qui formèrent ainsi une aristocratie de chefs ou de nobles, ayant autorité sur un certain nombre de clients, surnommés colons ou manants. Le plus important prit le titre de machtiern, les autres le titre de tierns. Chez le machtiern se tenait la grande cour ne justice, ce qu'exprime le nom de Limur ou Lismeur ; chez les autres, les petites cours de justice, comme à Lisalay, Lisalor, en Rieux.

C'est à cette époque que le nom de Durétie disparut complètement et fit place au nom de Reus ou Reux, qui donna plus tard Rieux comme Deus devint Dieu.

Les manants ou paysans vivaient pauvrement de pain de seigle et de bouillie d'avoine. Leur boisson ordinaire était une piquette à base de miel, le cidre ne devant paraître que bien plus tard au pays de Vilaine. Le genre de vie des nobles n'était guère plus luxueux et, en dehors des châteaux-forts, les demeures étaient en général des cabanes de bois. Quant aux mœurs, elles étaient bien rudes et le Cartulaire de Redon témoigne qu'on ne se gênait guère pour piller et même assassiner.

Il était temps que la religion vînt pénétrer les âmes et les policer. Ce travail était commencé. Si l'on péchait fortement, on ne reculait pas devant les dures pénitences ; l'une d'elles consistait à sacrifier ses biens pour l'église et les maisons religieuses : l'abbaye Saint-Sauveur en fut souvent bénéficiaire.

Fondation de Redon, déclin de Rieux. — Aux VIIème et VIIIème siècles, la ville de Rieux reconstruite continuait d'être la principale ville de la région quand se produisit un événement qui devait un jour provoquer sa déchéance : c'est la fondation de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon.

L'an 830, en effet, un brillant archidiacre de Vannes, Convoïon, quitte son poste et, avec cinq compagnons, recherche un endroit propre à la vie monacale. Ils prennent la voie romaine de Rieux, passent en cette ville sans s'y fixer et se dirigent vers le Quéfer. Au delà, c'est le pays de Ros ou Roton. « Et certes il porte bien son nom, remarquent les Actes des Saints de Redon (du IXème siècle) ; Roton, ou Rodon en grec, veut dire la Rose, or là tout fleurit de l'éclat varié des pierres précieuses ».

C'est en ce lieu, dénommé plus tard Redon, que Convoïon et ses disciples fondent leur monastère à la suite d'un miracle. Comme ils priaient Dieu de les éclairer sur l'emplacement à choisir, soudain, à l'heure de Tierce (9 heures du matin), des rayons célestes apparaissent : ils précèdent une croix étincelante qui descend jusqu'au sol. Ces bons religieux y voient une réponse du Seigneur. Ils élèvent là une chapelle dont le maître-autel occupait l'endroit précis indiqué par la croix miraculeuse et tout autour ils établissent leur monastère auquel ils donnent le nom de Saint-Sauveur. Désormais il y aura d'étroits rapports entre le pays de Rieux et l'abbaye de Saint Convoïon.

Dès le 18 juin 834, Nominoé, déjà gouverneur de toute la Bretagne, vint visiter le monastère et, au nom de l'empereur des Francs qu'il représentait, il lui concéda tout le territoire de Redon.

Les environs de l'abbaye se peuplèrent rapidement et formèrent une cité florissante, tandis que sa voisine, la ville de Rieux, perdait peu à peu de son importance. Ce fait frappa l'imagination populaire et donna naissance à l'une de ces légendes dont nos aïeux étaient si friands. La voici :

Le Sauveur Jésus remontait la Vilaine dans une humble nacelle quand, près de Rieux, il voulut accoster le quai. Or, il s'y trouvait des lavandières qui, le prenant pour un pauvre batelier, commencèrent à se moquer de lui à qui mieux mieux et, comme il insistait, elles repoussèrent sa barque avec leurs battoirs. Alors le batelier se transfigura : son visage devint plus brillant que le soleil et ses vêtements blancs comme la neige ; des rayons partaient des plaies de ses mains et de ses pieds : « Ah ! s'écria-t-il, vous me chassez, moi, votre Sauveur ! Eh bien ! je m'en vais chercher asile à Redon. Mais retenez bien ceci : Rieux s'appauvrira tous les jours d'un sou au profit de Redon qui s'enrichira d'autant ». Et Jésus se dirigea vers Redon où il reçut le meilleur accueil, si bien que le Saint Sauveur devint le Patron de l'abbaye et de la paroisse.

Notons que cette légende comporte des variantes. L'une d'elles remplace les lavandières par des Huguenots, sans se soucier d'un décalage de huit siècles. Une autre met en scène l'apôtre Saint Jacques. Insulté par des habitants, celui-ci se fait connaître et maudit la ville. Devant ses menaces, les coupables se repentent et construisent une chapelle en l'honneur du Saint (A Saint-Jean-la-Poterie, alors de Rieux). Mais il était trop tard ! C'est depuis lors, ajoute-t-on, que, au pays, la Vilaine s'appelle le Chemin de Saint-Jacques.

En réalité, la principale cause de la décadence de Rieux, c'étaient les pillages des armées bretonnes et franques qui s'y rencontraient fréquemment.

Enfin, l'an 842, Nominoé secoue le joug des Francs et se fait couronner roi de Bretagne. L'empereur Charles le Chauve voit son armée écrasée par les Bretons les 22 et 23 novembre 845 à Ballon en Bains, à quelques lieues de Rieux : c'était l'affranchissement de la province. En 850, les Bretons d'Erispoé, successeur de Nominoé, battent à nouveau les Francs aux environs de Rieux et les balaient dans la Vilaine, succès si décisif que Charles le Chauve s'enfuit jusqu'en Anjou.

Hélas ! d'autres ennemis redoutables commencent à paraître. En 854, une flotte normande de cent trois navires aborde à Redon pour la piller. Mais terrifiés par un violent orage qui éclate au moment où ils approchent de l'abbaye Saint-Sauveur, ils n'osent y toucher. En revanche, ils ravagent sans ménagement tout le pays à vingt lieues à la ronde, égorgeant ceux qui leur résistaient, brûlant les maisons, emmenant une multitude de captifs, hommes et femmes. Cette première invasion des Barbares Vikings dura jusqu'au printemps de 855, semant vraiment la désolation tout le long de la Vilaine.

Mais voici venir un illustre guerrier, fils cadet du Comte de Vannes, Pastweten, et de Prostlow, fille du roi de Bretagne Salomon. C'est lui qui va écraser les envahisseurs et devenir ainsi le maître incontesté de toute la Bretagne ; l'Histoire lui a décerné à juste titre le nom d'Alain-le-Grand et Rieux salue en ce héros le restaurateur de son château et de sa ville, en même temps que la glorieuse tige de ses illustres Comtes [Note : Cf. La Famille de Rieux, abbé P. MERLET (Revue morbihannaise, 1908) ; Généalogies, par BADIER, MARAIS, PIEDERRIERE, dom MORICE, dom LOBINEAU, LA BORDERIE, DU PALYS (Association bretonne, 1902)]. (abbé Henri Le Breton).

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