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L'EGLISE SAINT-GERMAIN DE RENNES

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LA CONSTRUCTION DE L'EGLISE SAINT-GERMAIN

L'église Saint-Germain est une des plus anciennes églises de Rennes, on ne trouve pas de traces de sa fondation, mais par le peu de documents anciens qui subsistent, on sait qu’il existait, dès le XIIème siècle, une église sous le vocable de saint Germain, évêque d'Auxerre, mort en l’an 448.

On retrouve des actes de fondations pieuses de 1402-1406 et quittance du recteur et général de la paroisse. On croit que la première église fut érigée vers le XIème siècle. Elle était située, hors des murs de la première enceinte, à l’emplacement de l’église actuelle.

Lorsqu’au début du XVème siècle, le duc de Bretagne Jean V fit construire les murs de la deuxième enceinte qui englobaient la partie orientale de la cité, y compris l’église Saint-Germain, l’ancienne nef devint trop petite pour contenir la population de la paroisse, qui s’était considérablement accrue.

On songea donc à construire une église plus vaste. Jean V, par lettres patentes, accorda l’autorisation d’accroître l’église de quatre à cinq pieds, et pour cela de prendre, dans la rue de Corbin et dans la venelle, à l’orient de l’église, allant du pont Saint-Germain à la rue Saint-Georges.

Un peu plus tard, le duc François II, par lettres patentes du 13 octobre 1466, permit d’échanger deux maisons et un jardin, contre le chemin qui conduit de l’église au couvent des Cordeliers afin de « croître et avancer l’église » vers l’occident.

De l’examen des documents que nous avons consultés, on peut croire que, pour ne pas interrompre le service du culte, la vieille église fut conservée, pendant tout le temps que dura la construction du nouvel édifice.

Rennes : église Saint-Germain

Cette église était située à l’angle sud-est de l’église actuelle ; on en conserva une toute petite partie, et il y a peu d’années, on voyait encore, dans l’ancienne chapelle du Saint-Esprit transformée en sacristie, la trace d’une arcade en ogive, dont la double archivolte épannelée, reposait sur deux grosses colonnes, avec chapiteaux ornés de larges feuilles en volutes, soutenant le tailloir octogonal.

Les colonnes et les chapiteaux sont aujourd’hui masqués par les boiseries ; on ne retrouve que la voûte ogivale, au-dessus de la tribune couvrant la sacristie.

Les travaux furent commencés à la fin du XVème siècle ; on construisit d’abord le collatéral nord ; puis au XVIème siècle, en 1519, on commença la tour du beffroi et le portail occidental, et ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1606, que fut entreprise la construction du portail méridional ; il fut achevé en 1623.

Les travaux n’avancèrent donc que très lentement, puisqu’il s’écoula près de cent quarante années entre le commencement de la construction du collatéral nord et l’achèvement du portail sud.

Cette longue durée explique la différence des styles, que nous constatons dans cet édifice, depuis le gothique flamboyant du collatéral nord (XVème et XVIème siècles) à la Renaissance du portail sud (XVIIème siècle).

Le collatéral nord fut donc construit de la fin du XVème à la moitié du XVIème siècle, la clé de voûte de la dernière travée, près la tour, porte la date de 1551 ; la façade occidentale, comprenant le grand portail et formant pignon de la nef, fut achevée à la même époque (fin du XVIème siècle).

Dans le plan primitif, la nef devait être couverte par une voûte à arceaux gothiques ; on voit sur les murs de la nef, en plus des arcs formerets, encadrant les fenêtres hautes, au-dessus des colonnes, des faisceaux de nervures formant le départ des arcs des voûtes ogivales ; les voûtes n’ayant pas été exécutées, le départ de ces arcs a été terminé par des crochets, lors d’une réparation au XIXème siècle.

Le pignon est, formant chevet, fut construit à la même époque, à la fin du XVIème siècle.

La tour supportant le beffroi fut commencée après l’achèvement du collatéral, et ce n’est qu’en 1585 qu’elle put être achevée, la date en est gravée en haut d’un des contreforts.

Cette tour est restée inachevée ; elle fut surélevée par un beffroi en charpente recouvert d’ardoises, et en 1570, la fabrique passa marché pour « plomber la lanterne de la tour ».

En 1616, Gervais ou plutôt Germain Gautier éleva le portail méridional, à l’extrémité du transept. C’était l’époque de la Renaissance ; Germain Gautier commit la grosse erreur de construire dans le goût de l'époque, et de concevoir un portail renaissance, accolé à une église gothique ; ce portail fut achevé en 1623.

La vieille église fut à ce moment démolie, mais l’on conserva cependant l’ancienne chapelle du Saint-Esprit, qui se trouvait à l’angle sud-est, entre le pignon du chevet et le portail méridional ; et, ce n’est qu’en 1699, que cette chapelle fut reconstruite par Gerbier et Ratel, avec les dons faits par le duc de Lopriac, marquis de Coëtmadeuc, auquel la fabrique concéda un enfeu dans la chapelle du Saint-Esprit, avec le droit d’y placer ses armoiries.

Rennes : église Saint-Germain

Au début du XVIIIème siècle, on construisit les chapelles du collatéral sud, rejoignant le portail méridional au portail occidental. Pour construire ces chapelles, on dut suivre l’obliquité de la rue du Val-Saint-Germain, ce qui donna la forme asymétrique de cette partie de l’église.

Les constructeurs de ces chapelles, mieux inspirés que Germain Gautier, reprirent le style ogival du collatéral nord, du chevet est et du portail ouest.

On peut très facilement constater sur la vue du Vau-Saint-Germain, près du contrefort sud du portail occidental, et de chaque côté du portail méridional, l’appareil inégal et disparate des assises de pierre des murs extérieurs ; également sur la rue de Corbin, le raccord du collatéral avec le pignon du choeur.

L’église n’était pas construite très solidement ; dès 1762, craignant pour la sécurité des fidèles, il fut envisagé un projet de transfert du service divin dans l’église des Cordeliers ; mais le général de la paroisse, qui ne voulait pas quitter l’antique église, réussit à contracter en 1764 un emprunt de 12.000 livres.

Le 24 juillet 1766, Jean-Morel Jovance, entrepreneur, dresse un devis des réparations qu’il estime de 16.900 livres, dont, dit-il, « 3.346 livres applicables aux réparations du choeur et chanceau, lesquelles incombent au roy, comme seigneur, patron et fondateur, et le surplus 13.344 livres, applicables aux réparations de la nef qui incombent au général de la paroisse ».

En 1791, lorsque le culte catholique fut suspendu, l’église fut fermée, et une délibération du Directoire du District de Rennes du 2 septembre 1791 arrêta que : « Vu la loi du 13 mai 1791 ordonnant que les meubles et immeubles des églises supprimées appartiennent à la fabrique des églises dans l’étendue desquelles les premières sont situées (les églises Saint-Germain, Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Martin avaient été réunies à la paroisse Saint-Melaine), les sieurs Richelot et Redon, préposés à l’administration des biens de la fabrique de Saint-Melaine, sont autorisés à faire lever les scellés apposés sur ces églises, et à rapporter tels inventaires et à recoler ceux qui ont été faits par les Commissaires du District de la Municipalité, sans que néanmoins ils puissent enlever les autels et autres choses d’attache ».

Peu après, l’administration militaire s’empara de l’église, et la transforma en magasin à fourrages pour l'artillerie.

En 1792, le Conseil général de la Commune, sur le rapport de l’architecte Binet, demande la démolition de l'église, qu’il qualifie de caduque et condamnée par un habile architecte, et propose que les matériaux provenant de la démolition soient employés à la construction de l'église cathédrale.

Lorsque le culte catholique fut rétabli en 1803, les paroissiens demandèrent que leur ancienne église fût rendue au culte et adressèrent une demande au Conseil municipal.

Le 5 frimaire an XIII (26 novembre 1804), le Ministre de la Guerre répondit à son collègue des Cultes : « J’ai reçu, Monsieur, votre lettre du 10 vendémiaire dernier relative à la demande que vous faites, pour la commune de Rennes, de la cession de l'église, dite de Saint-Germain en cette ville, pour le service du culte, laquelle est maintenant affectée au service de l’artillerie. Il résulte du rapport, qui m’a été soumis sur cet objet, que les besoins de l'artillerie exigent un hangar de vingt-deux fermes en remplacement de cet édifice. Mais sur le peu de faculté où sont les habitants de faire dans ce moment les dépenses nécessaires à cet établissement, et désirant concourir aux vues de V. E., je donnerai des ordres pour l’évacuation de cette église aussitôt que les paroissiens auront fait construire un hangar de onze fermes et se seront engagés à faire les onze autres dans un temps déterminé ».

Malgré l'étrangeté de cette demande, de construire un hangar pour l’artillerie aux frais de la paroisse, les paroissiens acceptent et le 16 pluviôse an XIII, les fabriciens écrivent au Conseil municipal qu’ils ont fait construire le hangar, et réclament que leur église leur soit rendue après avoir été mise en état, suivant le devis de réparations qui avait été dressé par le sieur Binet, architecte, le 27 pluviôse an XII, prévoyant une dépense de 8.427 francs.

Peu de temps après, l’église ayant été réparée, le Conseil de la fabrique acquit en 1805 le maître-autel, et le service divin fut à nouveau célébré dans l’ancienne église.

Pendant le cours du XIXème siècle, l’église fut très souvent réparée et consolidée, un rapport de MM. Mellet et Tourneux, architectes, daté de 1873, disait même qu’elle était arrivée à la limite de sa durée ; néanmoins elle subsiste encore et toujours. Espérons qu’elle subsistera longtemps et que le seul monument de l’époque des XVème, XVIème et XVIIème siècles qui reste dans notre cité, abritera de longues années les paroissiens de Saint-Germain si attachés à leur vieille église (G. Nitsch).

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