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L'ABBAYE SAINT-SAUVEUR DE REDON ET LE SIRE DE RIEUX.

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Un procès à Redon en 1514.

La contestation qui s'éleva en 1514 entre l'abbaye de Redon et le sire de Rieux, pour être basée sur des motifs d'ordre secondaire, n'est pas sans offrir quelque intérêt de curiosité locale, ne fût-ce que dans les détails économiques et topographiques relatés au procès-verbal. Les noms des personnages qui furent mêlés à cette affaire, soit comme acteurs, soit comme témoins, sont encore pour la plupart ceux de familles redonnaises, qui pourront y reconnaître leurs ascendants de quatre siècles.

Les motifs de cette contestation sont relatés en un manuscrit portant le titre suivant : Mandement du duc et présentation de témoings pour enqueste estre faitte par un commissaire du duc, touchant une escluse qu'avait prétendu faire construire le seigneur de Rieux audessous de la Vieilledraye [Note : Le village de La Vieilledraye est situé sur la rive droite de l'Oult, moins d'un kilomètre en amont du pont traversé par le chemin de fer de Redon à Vannes]. Du 30 janvier 1514. Avec un procès-verbal dudit jour, tant de ladite escluse construite de nouveau que de celle de La Vieilledraye.

Ce volumineux procès-verbal se déroule tout au long d'une bande de parchemin de plus de 4 mètres de longueur. Encore ne conclut-il pas, et il nous laisse ignorer la sentence rendue.

Nous donnerons une idée du procès par quelques citations des passages les plus marquants de ce rapport.

« Pardevant noble homme saige et pourveu, Maistre... [Note : Légère déchirure au manuscrit] Lebascle, conseiller du duc, noustre souverain seigneur et [Note : Légère déchirure au manuscrit] ... de l'autorité de chancelerie et conseil de ce pais et duché de Bretaigne. Entre les parties cy après nommées se sont comparues les prieur et couvent de Redon en la personne de Jehan Dugahe leur procureur général, ainsi que a apparu par lettre de procuration faitte et passée par l'arrêt de Redon, le penultieme jour de ce présant moys de janvier, signée de Cristophe Couldebouc, notaire d'icelle, et scellée du sceau des contractz de la court de Redon ; et maistre Louys de Treboudet, lieutenant et substitut, et saige et pourveu maistre Guillaume Jedouyn, procureur général en ce pays et duché.... d'une part. Et Haut et Puissant Jehan sire de Rieux... deffandu par et en la personne de maistre Pierre Le Forestier de Kerhuyn, son procureur, ainsi qu'il a apparu par lettre de procuration faitte et passée par la court de Rochefort le vingt neuffiesme jour de ce presant moys de janvier, signée de Y. Lebourge, passée et scellée du sceau des contracts de la court, parlant par maistre Pierre Audrain, son advocat, d'autre part..... ».

Suit ladite lettre de procuration, passée « pardevant nous en nostre court de Rocheffort hault et puissant seigneur Jehan, sire de Rieux et de Rocheffort, baron d'Ancenis, comte de Harcourt, vicomte de Donges, seigneur de Largouet, mareschal de Bretaigne... » déléguant pour la circonstance en qualité de « procureurs généraux et messagers spéciaux : maistre Pierre Leforestier, Pierre Audrain, Pierre Lecomte, Robert Tregonec, Jehan Eligon, Allain Mandart, Guillaume Allaire, Jehan Rano, Begnoist Frilardin... ».

Le rapporteur expose ensuite comment le mandement du duc « signé et scellé de cire rouge, » a été banni et publiée « pardevant nosseigneurs les commissaires à touz les prétendans droict et interest en certaine escluse narrée par ledit mandement... de nouveau ediffiée entre une escluse nommée et vulgallement appelée l'escluse de Vieilledraye et le port du quefer.... ».

La contestation porte précisément sur cette nouvelle écluse : construite par le sire de Rieux et que les religieux de Redon prétendent leur être préjudiciable. C'est pourquoi « ladite escluse nouvellement faicte et encommancée doibt estre demollie et abaptue et les choses remises en leur premier estat... ».

Voici du reste les observations présentées par le procureur Jehan Dugahet et son subtitut Louys de Treboudet : « ... l'abbaye de Redon, o son revenu et temporel est fondacion des ducs et princes de ce pais.... Par le debceix advenu de frère Pierre de Brignac, abbé de ladite abbaye,... à présent est le siège abbacial vacant. Et ledict revenu et temporel saisi entre les mains du prince.... ».

« Et est commun et notoire que ainsi a esté et est, et que au susdit abbé et couvant appartient et sont en pocession de tant de temps qu'il n'est mémoire du contraire, d'avoir et tenir ladicte escluse de Vieilledraye située entre les fiez de Redon d'une et aultre part. Et d'icelle faire acoustrez et reparez et y mettre paulx et rateaulx neuffs au lieu des vieulx et caducques, et municions pour retenir et empescher que le poisson qui vient de la mer ne monte ne aille plus avant, et boigne en ladicte ripvière. Et acquit demeure près un refoul et regort d'icelle escluse, et de faire pescher.... prandre et faire prandre le poisson, le affermer et bailler et lever le devoir et droict de peschaige qui peult bien valloir et a decoustumé se monter, outtre la provision et entretenement desdicts abbé et couvant la somme de deux cent livres [Note : La provision du monastère est estimée à 300 livres] ... Et ainsi en ont jouy sans que sur ce leur ait esté donné trouble ni empeschement ni que aultres aient ou ne leur soit loysible d'avoir escluse ne retenue de poisson dempuix ladicte escluse de Vieilledraye jucques à l'entrée de la mer. Et que ladicte escluse nouvellement encomancée de laquelle est question, est située près et au reffoul et regort de ladicte escluse de Vieilledraye, et cet endroit où la ripvière est bien estroicte et que tant vis à vis d'elle que au dessurs et audessoulz du costé devers Baign et Redon jusques à deux lieues ou environ, est le fons et fié prouche en errière fié de Redon. Et que si cette nouvelle escluse demourait en ussance et serait parachevée, le poisson seroit et pourroit estre empesché d'aller à ladicte escluse de Vieilledraye, et par ce moyen icelle rendue inutille et de bien petitte valeur. Mesmes que icelle escluse neuffve est faicte en ladicte ripvière en lieu et endroict publicque, et où la mer monte et descent, et où les challans portans saulx, vins et plusieurs espesces de marchandises ont acoustumé passer pour aller et venir de Redon et Rieux au port corbin, à Glenac et à la Gacilly, environ iceulx lieux. Et que elle est et pourroit estre nuysible et empescher ledit nauigaige. Et que mesmes le lieu et les environs où est ladicte escluse de nouveau faicte, et par toute celle ripvière ledit abbé et couvant ont de tout temps fait pescher sans debapt ne empeschement. Et quant aultres ont voullu y pescher et que que soit depuis ladicte escluse de Vieilledraye jusques à l'entrée de la ripvière d'arre qui descent en ladicte ripviere d'aoust, en ont été empeschés par ledict abbé et couvant..... ».

A ce plaidoyer des deux procureurs du monastère succède celui du sire de Rieux représenté par Le Forestier : « ..... Audit sire de Rieux appartiennent plusieurs et belles et grandes places en ce païs... et entre autres la seigneurie de Rieux... en laquelle passe ladicte ripvière d'aoust qui est ripvière publicque et commune, fors en l'endroict où sont les fons et fiez dudict sire. Celle ripvière circule et avironne par les costez desdicts terres et fiez et seigneuries dudict sire de Rieulx. En laquelle ripvière il a escluses et pescheries et entre aultres en icelle ripuière puix l'an, comme luy estait et est loysible et permis de le faire, une escluse et pescherie quelle il a édiffiée en sa terre et seigneurie, et et fait faire au veu et sceu de tout le peuple... ». Néanmoins, « .... malicieusement lesdictz adherez (le prieur et le couvent de Redon) ont dit et supposé... ne sçavoir qui avait fait faire, ladicte escluse... » et cependant il est notoire que le sire de Rieux « est en pocession, par tant de temps qu'il n'est mémoire du contraire, tant par luy que par ses soubz-gardes et officiers » de ladite écluse, et qu'il a le droit d'empêcher de « poser fillez dans ladicte ripvière de Villayne, ni aussi en la ripvière d'aoust... » et s'il en est trouvé, il fait « rompre, brusler et dillacerer » ces « raiz et fillez ».

Les « adhérés » sommés par Leforestier de reconnaitre ces droits au sire de Rieux, s'y refusent, et exposent le fait suivant :

« Ung demy quart de lieue au dessurs ou plus loing de l'antrée de la mer que ladite escluse de Vieilledraye audict abbé et couvant, y a une escluse vulgallement appellée l'escluse de Rieux, sur ladicte ripvière d'aoust, laquelle ledict sire de Rieux vandicque et veult attribuer à luy et pretandre droict de pescher au devant et prés joignant d'icelle. Et est notoire quelle luy appartient pour pocession. Il s'agirait donc d'une nouvelle écluse. En effet, il estait venir à cognoissance audict prieur et couvant, que le jour et feste des Ignocens derrnié, et que que soit à ung jour de feste... daulcuns à eulx incongnuz avaient esté apporté touz prestz les [Note : Ici se trouve un mot qui nous paraît indéchiffrable, peut-être un vieux mot technique] paulx, queulx avaient esté preparez et acoustrez ailleure. Et incontinent et sans faire demeure ils plantèrent iceulx [Note : Ici se trouve un mot qui nous paraît indéchiffrable, peut-être un vieux mot technique] paulx en ladicte ripvière environ deux ou troys heures. Et que la rumeur en venir a ladicte ville de Redon, fut envoyé sur les lieulx pour devoir estre donnéz interdictz et instances, et que ceulx qui plantèrent lesdites paulx en faisant ladicte escluse suspicionnant et craignant leur estre donné empeschement, incontinant qu'ils aperçurent de loing ceux qui alloient à ladicte excluse, s'enfuyrent et absconserent. A raison de quoy sur le lieu ne peurent lesdits plegement et informacions leur estre faict scavoir ».

Maistre Leforestier combat de nouveau ces faits et la conclusion qui en est présentée en faveur des Religieux. Ceux-ci appuient leur déposition par de nombreux témoins dont suivent les noms :

« Jehan Maro, Franczois Gicquel, Jehan Blanchart, Guillaume Denoual, Pierre Robert, Pierre Rappe dit Peyraulx, Julien Moisan, Michel Menchy, Franczois Blanchart, Vincent Gicquel le jeune, Vincent Gicquel l'esné, Jehan Gicquel, Pierres Daux, Guillaume Chat, André Blanchart, Pierres Panhaleux, Mahé Mecteer, Robert Souhon, Guillaume Souhon, Jehan Guillart, Vincent Blanchart, Pierres Blanchart, Guillaume Blanchart, Pierres Guillart, Pierres Blanchart dit Hauteville, Roul [Note : Raoul] Menchy, Roul Hamon, Guillaume Hamon, Jehan Hurel, Olivier Briend ».

Nous arrêtons ici la relation du procès verbal ; la sentence nous est inconnue, l'audition des témoins ayant été remise « à samedy prouchain venant... » [Note : Christophe Couldebouc, cité dans cet article, était sieur des Greffains et épousa : 1° Dlle Béatrix de Kersal, dont un fils Jean Couldebouc qui continua la descendance; 2° vers 1489, Dlle Vincente de Brambeat fille de Philippe de Brambeat et de Dlle Guillemette Sorel, dont une fille unique, Jeanne, mariée par contrat du 15 mai 1509, à Jean de Begasson ; 3° Dlle Jeanne Mahaud dont trois enfants : Antoine, marié à Dlle Jeanne de Monternaud, Jeanne, mariée à Jacques Levesque, et Françoise, mariée à Jeanne de la Bourdonnaye, sieur du Vaumarquer. (Sources : d'Hozier, Collection des Blancs-Manteaux, etc.). Jehan Dugahet. Il s'agit probablement de Jehan du Gabil, seigneur de Roche en Langon, lequel en 1535 possédait une maison à Redon. La famille du Gahil était de Redon. (Archives de l'Abbaye)].

Signé : Le Bascle
M. L. D.

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