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Les vêtures et professions du monastère de Sainte-Claire de Dinan. |
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XI- LES VÊTURES ET PROFESSIONS.
Le P. Antoine de Sérent a publié (178) un « Cérémonial pour les religieuses de l’ordre de Sainte Claire de Dinan, contenant la manière de donner l’habit aux novices et les recevoir à la profession. Dinan, J.-B. Huart, imprimeur-libraire, rue des Merciers, 1738 ».
Il s’agit de deux volumes in-8° reliés en un, tous les deux de 24 pages. Nous ne les avons pas retrouvés.
Mais les Archives des C.-du-N. possèdent un manuscrit du XVIIIème siècle, de 44 folios de papier, relié de peau blanche, dont les 27 premiers folios seulement sont écrits, et qui contient un cérémonial de prise d’habit et de profession beaucoup plus complet que celui publié par le P. Antoine de Sérent.
Ce dernier, fait à l’usage des familles et des assistants, donne le déroulement des seules cérémonies qui se passaient hors de la clôture, tandis que le manuscrit nous introduit à l’intérieur du monastère.
Il débute par ces mots : « Ad majorem Dei. Voysi le Ceremonial des prise dabit et professions des Rses de Ste Clere de Dinan ».
Grâce à ce document, il nous est facile de reconstituer ces émouvantes cérémonies.
La veille de la prise d’habit, après la sonnerie des Complies, la future novice se trouvait dans l’église du couvent avec ses parents et ses amis. Les religieuses, derrière les grilles du chœur, chantaient le Veni Creator. Le Père confesseur récitait les versets et oraisons du S. Esprit, de la Ste Vierge, de S. François, de Ste Claire, de tous les saints, et l’oraison « Actiones nostras », puis il donnait sa bénédiction à la Communauté.
Le lendemain matin, le célébrant en chape et le clergé, précédé de la croix, se rendaient en procession à la porte de l’église au devant de la postulante. Le Père confesseur lui donnait sa bénédiction, et la conduisait au pied du maître-autel, où elle s’agenouillait sur un prie-dieu disposé du côté de l’orgue.
L’habit, la corde et le voile étaient placés devant elle. Le père les bénissait, les aspergeait d’eau bénite, et bénissait et aspergeait la postulante elle-même. Puis on chantait la grand’messe.
Celle-ci terminée, le célébrant, assis dans un fauteuil, au maître-autel, prononçait un sermon. Puis il posait quelques questions à la postulante, l’encourageait, et lui faisait dire adieu à ses parents. Celle-ci embrassait alors sa famille, qu’elle ne verrait plus désormais qu’à travers les grilles de la clôture.
De retour à sa place, elle recevait un cierge, et était conduite en procession à la porte du couvent, au chant du Veni Creator.
Ici le cérémonial devenait particulièrement impressionnant. Citons le texte lui-même :
« Etant arrivée à là où le Communauté est à la recevoir, les cierges à la main et toutes bien rangées des deux côtés, la postulante se met à genoux, et notre R. P. la présente à l’abbesse et à la communauté. Il la leur recommande et il lui donne sa bénédiction. L’abbesse lui fait sa révérence et ne lui dit rien.
Ensuite elle donne le cierge de la postulante à une de ses compagnes, et lui met la croix entre ses mains. El après elle la fait se lever, et la communauté la conduit au chapitre en chantant Regnum mundi [Note : Regnum mundi et omnem ornatum sæculi contempsi propter amorem Domini nostri Iesu Christi quem vidi, quem amavi, in quem credidi, quem dilexi. « J'ai méprisé le royaume du monde et tout l'ornement du siècle pour l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, que j’ai vu, que j’ai aimé ». Ce beau répons est emprunté au Pontifical romain, office de la bénédiction et consécration des Vierges].
L’on laisse les portes ouvertes jusqu’à qu’on ne voye plus la postulante. Elle vat posément pour donner la consolation à ses parrents de la voir plus longtemps. Et puis la Communauté la suit deux à deux bien composée. Et puis l’on ferme les portes ».
Les religieuses se dirigent alors vers le chapitre. On s’agenouille, la postulante devant l’abbesse, et deux sœurs entonnent les litanies, qui sont un abrégé des litanies des saints. On y trouve cinq belles invocations qui demandent pour la jeune novice la préservation des tentations, la chasteté, la pauvreté, l’humilité, l’obéissance, la persévérance, et une augmentation de foi, d’espérance et de charité :
« Ut hanc famulam tuam ab omni tentatione eripere digneris, te rogamus, audi nos.
Ut ipsam in vera castitate et paupertate perseverare digneris...
Ut ei virtutem veræ humilitatis et obedientiæ concedere digneris...
Ut eam in tuo sancto servitio us que in finem perseverare facias...
Ut augmentum fidei, spei et charitatis ei donare digneris... ».
Puis l’abbesse, aidée de la maîtresse des novices, dévêt la postulante de ses vêtements séculiers et la revêt de l’habit religieux en récitant des prières appropriées, auxquelles font suite le psaume Ad te levavi, des versets et des oraisons.
La cérémonie va s’achever au chapitre par l’imposition du nom de religion, selon le rite suivant [Note : Jusqu’au début du XVIIème siècle, les sœurs gardèrent leurs noms de baptême et de famille. L’usage s’imposa ensuite de leur donner un nom de religion. Selon le Père Antoine de Sérent, ce changement serait dû aux idées de la contre-réforme, et il aurait été inspiré par l’exemple des Carmélites déchaussées, nouvellement introduites en France. (Rev. d’hist. francisc., T. VI, 1929, juillet-décembre)] :
« Ensuitte, dite le cérémonial, l’abbesse se sied et la novice se met à genoux devant elle. L’abbesse lui demande si elle seroit mortifiée qu’on luy ostat son nom. Elle doit répondre qu’elle n’a attache à rien.
L’abbesse lui donne le nom qui lui choit. Elle en a dû conférer avant avec Notre R. P. confesseur. Ensuite elle recommande la novice à la Mère maîtresse qui est proche d’elle. L’on exorte aussi la novice à avoir beaucoup de confiance en elle, et d’avoir recours à elle en tous ses petits besoins. Après quoi l’abbesse lui met la croix entre es mains ».
La communauté remonte ensuite au chœur, en chantant le Miserere. La novice y entre la première, la croix entre les mains ; elle monte jusqu’à la grille et se place près de l’abbesse.
Le célébrant, dans une dernière allocution « fait connaître à la novice les obligations qu’elle a à Dieu de l’avoir préférée à tant d‘autres » ; il lui donne une absolution générale et une nouvelle bénédiction « pour la soutenir dans les épreuves du Noviciat ».
Et tout s’achève, avec beaucoup de noblesse, de la manière suivante :
« L’abbesse remercie notre Rd Père confesseur. Elle luy demande sa bénédiction. Elle luy dit le nom de la novice, et il le dit tout haut à la compagnie. Et puis s’il y a quelque parent qui s’en iroint, l’on peut les faire voir la novice, mais peu de temps, car la Communauté a besoin de se retirer.
L’on ferme la grille et puis l’on donne le baiser de paix à la novice ».
Il était d’usage que les parents revinssent après dîner à la grille. On y faisait venir aussi ce jour-là, à quelque heure commode, les sœurs du dehors. C’était une joie pour elles de voir la jeune novice et de s’entretenir avec la Communauté.
***
Conformément aux règles canoniques, le noviciat durait au minimum un an.
Un mois avant la profession, le conseil assemblé décidait de l’admission de la nouvelle professe. On lui faisait faire sa confession générale et « sa grande coulpe » au chapitre. Elle vivait dès lors dans la retraite et n’allait plus « aux officines », c’est-à-dire qu’on l’exemptait de tout travail.
La veille de la profession, on dressait au chapitre un petit autel sur lequel on déposait la statue du Saint Enfant Jésus, le livre de la Règle et l’acte de profession ; et toutes les religieuses venaient se recommander aux prières de la nouvelle professe.
Elle était l’objet d’égards particuliers. Une compagne allait la chercher quand sonnait la cloche, et la conduisait aux divers exercices de la Communauté. A table, elle se mettait près de l’abbesse, à la place de la mère vicaire. Elle portait une couronne sur la tête, mais avait soin de l’ôter, chaque fois qu’elle allait à l'office devant le grand crucifix qui se trouvait à la porte du chœur.
Le soir, à la collation, l’abbesse pénétrait la première au réfectoire, et sonnait une petite clochette jusqu’à ce que la novice et toute la Communauté soient entrées. A genoux, on récitait le Veni Creator, puis la novice demandait pardon à la Communauté, et priait les religieuses « de lui donner chacune ses aumosnes spirituelles pour faire une bonne et sainte profession ». Elles échangeaient le baiser de paix.
La collation terminée, la communauté montait au chœur en disant le Miserere. Là, avant les Complies, les Pères chantaient le Veni Creator et le P. confesseur donnait sa bénédiction.
Le lendemain matin, la novice, revêtue de son manteau, recevait la communion à la première messe. Elle était placée au haut du chœur sur un tapis.
Si la cérémonie de profession commençait après 8 heures et demie, on chantait d’abord Sexte et None. Les novices, quand il y en avait, se groupaient au milieu du chœur derrière la jeune professe.
L’abbesse se tenait dans la première stalle, près de la grille.
Dans la stalle suivante, le crucifix, la Règle et l’acte de profession de la nouvelle professe étaient disposés sur un escabeau revêtu d’un linge blanc. La mère maîtresse était dans la troisième stalle.
On célébrait d’abord la grand’messe. Puis le Père confesseur et le Père prédicateur s’approchaient de la grille. Ce dernier s’asseyait dans un fauteuil et prononçait le sermon d’usage.
Il cédait ensuite sa place au Père confesseur, et toute la Communauté prenait en mains des cierges allumés. Le Père s’adressait à la professe :
« — Que demandez-vous, ma fille ? — La miséricorde de Dieu, la vôtre, notre Rd Père, et celle de toutes mes bonnes mères, et la ste Profession, s’il vous plaît ».
Le Père prononçait alors quelques mots sur le bonheur de la vie religieuse qui rétablit l’âme dans sa première innocence. La professe récitait le Confiteor et recevait une absolution générale.
Le Père bénissait ensuite le voile noir qui était déposé sur le rebord de la grille.
Puis l’abbesse disait le Veni Creator, le Veni Sancte, le Sub tuum, et les antiennes de S. François, de Ste Claire et des Sts Anges, dont le Père confesseur récitait ensuite les oraisons.
Alors, la nouvelle professe, escortée de deux compagnes avec leurs cierges allumés, venait s’agenouiller devant l’abbesse, assise dans sa stalle, et le dialogue suivant s’engageait :
« — Que demandez-vous, ma sœur ? — La miséricorde de Dieu, la vôtre, notre Rde Mère, et celle de toutes mes bonnes mères, et la ste Profession, s’il vous plaît. — La demandez-vous de tout votre cœur ? — Plus de cœur que de bouche, notre Rde Mère. — Demandez pardon à la Communauté. — Notre Rde mère, et toutes mes bonnes mères, je vous demande pardon de tous les sujets de peine que je vous ai donnés depuis que je suis dans votre ste compagnie ».
La professe recevait alors sa Règle et son acte de profession, et les tenant entre les deux mains de l’abbesse, elle prononçait ses vœux. Puis, celle-ci se levait, et disait à la professe en la bénissant : « — Et moi, de la part de Dieu, si vous observez ces choses, je vous promets la vie éternelle, qu’à vous et à nous veuille donner le Père, le Fils et le St Esprit ».
Suivait l’imposition du voile noir, que l’abbesse mettait par dessus le voile blanc de la professe, tandis que le P. confesseur disait une oraison appropriée.
La professe signait son acte de profession « afin qu'elle ne rétracte jamais les vœux qu'elle vient de faire » ; on lui imposait l’obligation de réciter les sept Psaumes de la pénitence, « selon les intentions de notre Mère Ste Collette » ; et elle recevait le crucifix entre ses mains.
Puis elle s’avançait vers la grille, toujours entourée de ses deux compagnes, tandis que les Pères, et toute la Communauté debout, entonnaient le Te Deum. On y ajoutait les versets et les oraisons de la Ste Vierge, de S. François et de tous les saints.
En quelques mots, le Père confesseur félicitait la nouvelle professe « sur son bonheur », et l’exhortait encore « à la persévérance et à soutenir toutes les épreuves qu'il plaira à notre bon Dieu de lui envoyer ». Et « pour lui donner encore un nouveau secours », il la bénissait une dernière fois.
La cérémonie se terminait par les remerciements de l’abbesse et de la professe au Rd Père confesseur. Puis la famille pouvait s’approcher quelques instants des grilles. Quand elles étaient refermées, la Communauté donnait le baiser de paix à la jeune professe.
Le soir, à l’heure de la collation, on se rendait du chapitre au réfectoire en entourant la professe et en chantant le Te Deum. L’abbesse faisait tinter sa petite clochette jusqu’à ce que toutes les religieuses soient entrées. Après l’oraison, récitée par l'hebdomadière, la nouvelle professe sollicitait le pardon de la communauté et remerciait d’avoir été admise à la profession.
Il lui était réservé de porter le soir l’eau bénite au dortoir, et c’est alors seulement qu’on lui retirait le voile blanc des novices pour ne lui laisser que le voile noir des professes.
***
Le manuscrit auquel nous avons emprunté tous ces détails, ne dit rien du cérémonial de prise d’habit et de profession utilisé pour les sœurs du dehors. Mais, grâce au document analysé par le P. Antoine de Sérent [Note : La France franciscaine, 1922, p. 347], et dont nous avons déjà parlé, nous savons qu'il était sur le même modèle que celui de la prise d’habit et de la profession des religieuses de chœur. Il était toute fois simplifié, et les cérémonies se déroulaient auprès du maître-autel, devant les religieuses assemblées derrière la grille.
(Maurice Mesnard).
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