Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue !

La disparition du monastère de Sainte-Claire de Dinan.

  Retour page d'accueil       Retour "Monastère Sainte-Claire de Dinan" 

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

XVI- LA DISPARITION DU MONASTÈRE.

Le 2 novembre 1789, la Constituante avait mis les biens du clergé à la disposition de la nation. Le 13 février suivant, elle décrète l’interdiction des vœux monastiques. La loi du 14 octobre va bientôt obliger chaque religieux et religieuse à déclarer s’il désire ou non continuer la vie religieuse. Ceux qui préféreront la vie commune seront regroupés dans les maisons qu’on leur désignera. Les religieuses de Ste-Claire de Dinan déclarèrent unanimement vouloir continuer la vie commune [Note : Sauf une, Thérèse-Yvonne de Langourla, « qui a l’esprit totalement dérangé »]. Elles étaient, à cette époque, trente-cinq, soit 25 religieuses de chœur et 10 sœurs du dehors.

A ce nombre, il faut ajouter trois autres religieuses de chœur qui avaient fait profession, toutes trois, le 1er juillet 1790 : Joséphine Recoursé, Jeanne de Lesquelin et Hélène Jeanne de Roquancourt [Note : Joséphine Recoursé (Sœur Joséphine-Marie) était née à Saint-Malo, par. de la Cathédrale, le 3 déc. 1771. Jeanne de Lesquelen (Sœur Louise-Dorothée) était née à Lavardon le 10 fév. 1768. Hélène-Jeanne de Roquancourt (Sœur Marie-Angélique) était née à Dinan, par. Saint-Sauveur, le 23 juin 1772]. Mais leurs vœux étaient nuls aux yeux de la loi, qui avait aboli les vœux monastiques le 13 février précédent. Elles durent donc, simplement, rentrer dans leurs familles.

Voici les noms des trente-cinq religieuses [Note : Quoique cette liste ait été publié par A. LEMASSON, Hist. du pays de Dinan, I, p. 67, nous croyons utile de la donner ici de nouveau en la complétant] :

Marie-Olive de La Choüe, abbesse (Sr Dominique de Sainte-Marie) [Note : Fille d’écuyer Guillaume de La Choüe et de Marie Chaignon, née à Ploubalay le 17 déc. 1739, professe le 22 avril 1763].

Jeanne-Joseph-Marie Floyd, vicaire (Sr Jeanne de Saint-Joseph) [Note : Fille d’écuyer Guillaume Floyd, sr de la Salle, et de Françoise Jégou, née au Faouët le 8 oct. 1732, professe le 1er mars 1757].

Julienne-Anne Potier (Sr Julienne de Sainte-Anne) [Note : Fille de Maître Julien-François Potier, sr du Parc, conseiller du roi et son alloué et lieutenant général au siège royal de Dinan, et de Marie-Anne Jourdain, dlle de Coutances, née à Dinan le 14 oct. 1723, baptisée le 15 à Saint-Malo de Dinan, professe le 1er juin 1745, décédée le 25 juillet 1796].

Anne-Alexandre de Miniac (Sr Jeanne de Saint-Antoine) [Note : Fille d’écuyer Julien-Guy de Miniac, sr de Fontenelle, et de dame Anne-Françoise..,, née le 9 sept. 1726 à Paris, par. Saint-Eustache, professe le 13 août 1747].

Louise-Françoise-Jacquemine du Rocher-Bois-Bouan (Sr Angélique de Saint-François) [Note : Fille d’écuyer Jean-Baptiste du Rocher Bois-Bouan et de Françoise Dyomar de Trémaudan, née le 19 déc. 1730 à Pluduno, professe le 23 avril 1750].

Thérèse-Yvonne de Langourla (Sr Thérèse de Saint-Jérôme) [Note : Fille d’écuyer Pierre-François de Langourla et de Catherine Cabon, sr et dame de Langourla, née le 25 mars 1742, ondoyée au Minihy le même jour professe le 4 mai 1761].

Michelle-Marie-Jeanne de Gouyon (Sr Colette de Saint-Michel) [Note : Fille d’écuyer Jean-Baptiste de Gouyon, sr de la Lande et de Kerilan, et de Julienne Proffict, née le 28 sept. 1744 à Plémy, professe le 24 avril 1763].

Constance-Aimée-Marie-Jeanne Damar (Sr Constance-Marie de Saint-Jean) [Note : Fille de n. h. Augustin Damar, sr du Boisgilbert, conseiller du roi, receveur des fouages de l’évêché de Dol, et de Pélagie Lebrun, dlle de la Jannée, née à Dinan, par. de Saint-Malo, le 29 septembre 1740, professe le 10 novembre 1763].

Anne-Françoise Bollauré (Sr Agathe-Françoise du Saint-Esprit) [Note : Fille d’écuyer Guillaume-Olivier Bollauré, sr de Kerbalanec et de dame Marie Le Choquer, née à Trefflaouenan le 14 janvier 1738, professe le 4 juin 1767].

Marie-Thérèse Le Bronnec (Sr Gertrude de Sainte-Marie) [Note : Fille de n. h. Yves-Joseph-Marie Le Bronnec, avocat au Parlement, sr de Jonville, et de Jeanne Théophile Brichet de la par. de Pleyben, née le 6 juin 1747, baptisée même jour à Lesneven « la mère étant accouchée chez ledit sieur Kerdanet en cette ville où elle est pour la suite ae ses affaires. ». Professe le 2 décembre 1767].

Marie-Augustine Clément (Sr Marie de Saint-Joseph) [Note : Fille de n. h. Joseph-Aimé Clément et de dame Marguerite Lucas, née à Vannes, par. Saint-Pierre, le 28 octobre 1740, professe le 20 février 1769].

Marie-Anne Réhault (Sr Marie-Anne de Sainte-Catherine) [Note : Fille d’écuyer Etienne Réhault, sr de Villeneuve, et de Marie-Anne Palin, née à Brest, par. Saint-Louis, le 31 mai 1745, professe le 4 juin 1770. Voir plus haut son acte de profession].

Louise Courson de Vilhélio (Sr Marie-Magdeleine) [Note : A. Lemasson (op. cit.) ne cite pas ce nom. De ce fait, sa liste ne comporte que 29 noms, au lieu de 30 qu’il annonce. Louise-Catherine de Courson était fille d’écuyer Jean-René de Courson et de dame Renée-Louise-Françoise-Marcelle de Courson de Kermenguy, sr, et dame de la Villehélio, née le 6 octobre 1749, baptisée le 10 à Trégueux. Selon l’obituaire, elle mourut le 6 mai 1791, avant l’expulsion. Mais selon les Recherches historiques sur la Maison de Courson (Beauvais, 1881, p. 14)) après avoir fait profession (le 22 septembre 1772) à Sainte-Claire de Dinan, elle quitta ce monastère en 1776, fut admise dans le Chapitre de l’Ordre des Dames nobles de Ronceray, près d’Angers, et mourut vers 1839 à Angers, à l’asile des renfermées. Selon le même auteur, elle aurait eu une sœur Marie-Louise-Françoise de Courson de la Villehélio, baptisée le 20 mai 1748 à Trégueux, entrée comme elle à Sainte-Claire de Dinan et expulsée en 1790. (L’expulsion n’eut lieu qu’en 1792). Les deux sœurs se seraient réunies à Angers en 1803, et auraient essayé en 1813 d’y fonder un ordre religieux].

Marie-Madeleine Massé (Sr Marie du Saint-Sacrement) [Note : Pour celle-ci et les suivantes, voir au chapitre des actes de profession].

Marie-Philippe de Kerbrat (Sr Marie-Anne).

Thérèse Chauvin du Chastel (Sr Cœur de Jésus).

Marguerite de Barnaval (Sr Mathurine de Sainte-Marguerite).

Jeanne-Françoise Monnier (Sr Françoise-Angélique).

Marie de Kermarquer (Sr Cœur de Marie).

Anne-Mathurine Grignart (Sr Pélagie-Renée).

Jeanne-Joseph Lamour de Lanjégu (Sr Suzanne de Marie-Joseph).

Marie-Sophie-Félicité du Bois de la Villerabel (Sr Marie des Anges).

Antoinette Roger (Sr Dominique de Sainte-Marie) [Note : Née à Rennes, par. de Toussaints, le 29 mars 1768, professe le 8 mai 1788].

Marie-Françoise Petit (Sr Claire de Saint-François) [Note : Fille de Pierre Petit, sr de Voize, originaire de Grenoble, et de Julienne-Louise Le Chapellier demoiselle des Saudrais, née à Dinan, par. Saint-Sauveur, le 7 oct. 1766 professe le 8 mai 1788].

Julienne-Laurence Petit (Sr Aimée de Jésus) [Note : Sœur de la précédente, née à Dinan, par. Saint-Sauveur, le 28 avril 1769, professe le 8 mai 1788].

Sœurs du dehors :

Marie Jehanot (Sr Marie-Françoise) [Note : Née à Guichen le 15 mars 1715, professe le 16 février 1735, morte le 10 février 1798 (obituaire)].

Renée du Bourblanc (Sr Jeanne de Saint-François) [Note : Née à Plouha le 11 nov. 1722, professe le 19 mars 1744].

Céleste-Thérèse Raoul (Sr Céleste de Saint-François) [Note : Fille d’écuyer François Raoul, officier de Marine, et de Françoise Rouxel, née à Médréac le 15 juillet 1725, professe le 15 fév. 1745, morte au château dû la Roche en Guenroc, le 8 avril 1804].

Marie Tranchant (Sr Agathe Jeanne de Saint-Antoine) [Note : De parents nobles, née à Pluduno le 20 avril 1729, professe le 8 fév. 1750].

Marie-Rose Montjaret de Kerjégu (Sr Marie-Anne de Saint-Dominique) [Note : Née à Quessoy le 13 nov. 1738, professe le 28 déc. 1757].

Françoise-Léonce Deshays (Sr Hélène-Françoise) [Note : Née à Rennes, par. Saint-Martin, le 18 juin 1738, professe le 29 avril 1766].

Anne-Louise Rouxel (Sr Julie-Marie) [Note : Née à Corseul le 15 juin 1748, professe le 29 déc. 1769].

Anne-Marie Jehanot (Sr Louise-Madeleine) [Note : Née à Guer, le 13 mai 1754, professe le 8 mai 1775].

Mathurine Lecorgne (Sr Rosalie de Saint-Guillaume) [Note : Mathurine-Anne-Rose Le Corgne, fille d’écuyer Guillaume Lecorgne, sr du Tertre, et de Jeanne-Rose Guillard, née à Penguilly le 17 janvier 1756, baptisée le 19, professe le 13 août 1776. Après l’expulsion, cette sœur renia ses vœux de religion et se maria. Elle épousa, en juillet 1795, à La Malhoure, l’ex-prieur de Bégard, J.-B. Mauffray. A. Lemasson assure que c’était déjà son troisième mari. Cette union fut de bien courte durée ; Mauffray fut tué par les chouans quelques jours plus tard, le 1er août. C’est, à notre connaissance, la seule religieuse de Sainte-Claire de Dinan qui ait failli à ses devoirs religieux pendant cette période si troublée. A. LEMASSON, Manuel pour l’étude de la persécution religieuse dans les C.-du-N., T. II, p. 103)].

Hélène Conen (Sr Renée-Hélène) [Note : Née à Quimper le 13 avril 1752, professe le 26 avril 1780].

***

Nous avons vu que les administrateurs du District de Dinan envisageaient, le 7 mai 1791, de vendre un jardin dépendant du monastère, qui était devenu bien national.

Une lettre précédente, du 19 avril, nous apprend que l’acquéreur éventuel était le sieur Anselme-Jean Michel, demeurant à Dinan.

Cette vente eut lieu le 27 juillet 1791. L’acquéreur définitif ne fut pas le sieur Michel, mais un autre habitant de Dinan : Barthélemy-Anne Auffray [Note : Archives des C.-du-N.].

Ainsi commençait l’agonie du monastère.

Bientôt les événements se précipitèrent. La loi du 17 août 1792 prescrivit l’expulsion pour le 1er octobre suivant, des religieux et des religieuses hors de leurs couvents, la fermeture et la mise en vente de ces couvents.

C’est le 3 octobre que les sœurs de Sainte-Claire de Dinan furent expulsées de leur monastère qu’elles occupaient depuis plus de trois cents ans.

Aucune des splendeurs décrites par Odorici n’apparaît dans l’inventaire qui fut dressé sept jours plus tard, le 10 octobre 1792, ni dans la minute de la vente du mobilier, qui eut lieu les 26, 27 et 28 novembre [Note : Ces deux pièces aux Arch. des C.-du-N.].

On ne signale dans l’église que « deux mauvais pavillons d’autel de laine violette ». La sacristie ne contient ni calices, ni ostensoirs, ni reliquaires ; et les objets du culte qu’on y trouve, ne paraissent pas être toujours de très bon goût : 14 chasubles, 4 chapes, 3 dalmatiques, 16 petits coussins, 17 devants d’autel, 4 couvre-pupitres, 4 tapis de pied, 77 bouquets « partie dans des pots de fayence, et l'autre dans des pieds en bois peints et dorés », 8 aubes, 11 amicts, 10 garnitures de nappes en dentelle, 1 pavillon de tabernacle, 8 grosses nappes d’autel, 9 nappes fines et 4 couvertures d’autel.

Peut-être les vases sacrés avaient-ils déjà été envoyés à la fonte [Note : Ainsi que les cloches du monastère. Sur la grosse cloche on lisait l’inscription suivante : « + Jesu Maria Franciscus clara Sta Catharina. Sta Barbara. Helenne de Beaumanoir héritière du Pont, Jeanne de La Motte dame de Molac et du Vauclair m'ont nommée 1606. Julien Dole et Jan du Parc m’ont faite 1606 ». Au-dessous de cette inscription se trouvaient les effigies du Crucifix, de la Ste Vierge, de Ste Claire, de Ste Catherine et de Ste Barbe. (Arch. des C.-du-N.). Les Duparc étaient une famille de fondeurs de Dinan. Ils refondirent une cloche à Guitté, le 26 mars 1654. (COUFFON, Répertoire... Soc. d’Emul. des C.-du-N., 1940, p. 191)] ; peut-être aussi les sœurs avaient-elles eu le temps de mettre les objets précieux à l’abri.

Quant au mobilier du monastère, il paraît misérable, mais cela n’a rien d’étonnant, puisque les clarisses étaient vouées par leur règle à la plus stricte pauvreté.

Odorici signale cependant un objet de grande valeur.

« Nous avons vu, dit-il, un Christ en ivoire, d’un travail admirable, provenant de ce monastère, et qui fut alors adjugé à un prix très-modique. Depuis, cet objet, qui a environ 1 mètre de proportion, a été estimé à un prix très élevé dans les partages de famille » [Note : Etrennes dinannaises, 1850, p. 19].

La vente du mobilier, qui avait été évalué à 845 livres, ne produisit que 748 livres [Note : Le Masson, Histoire du pays de Dinan, I, p. 67].

***

Les religieuses expulsées de leur monastère trouvèrent un asile précaire dans la maison de M. et Mme de la Haye [Note : Cf. Obituaire de Dinan, à la date du 28 sept. 1793]. Mais le 17 novembre le Conseil Général des C.-du-N. prenait à leur endroit l’arrêté suivant :

« Vu les lettres des municipalités et district de Dinan, tendantes à être instruites de la conduite qu’ils doivent tenir envers les religieuses de Sainte-Claire et de Saint-Charles de la dite ville, qui après avoir évacué leurs maisons communes, en ont pris de particulières où elles se sont réunies,

..... considérant que la loi du 17 août dernier en ordonnant l’évacuation des maisons religieuses, donne pour un des motifs qui ont déterminé les législateurs, la nécessité de dissiper les restes du fanatisme auquel les ci-devant monastères prêtaient une trop facile retraite, que la faculté d’occuper une autre maison commune laissée aux ci-devant religieuses, serait absolument contradictoire avec l’esprit de la Loi et rétablirait le berceau de ces funestes préjugés qui ont égaré tant d’esprits ; considérant de plus que la loi du 18 août, titre 1er, art. 1, prononce la suppression absolue de toutes les corporations religieuses et congrégation séculières d’hommes et de femmes ecclésiastiques ou laïques ; qu’on ne peut ainsi dans aucune maison quelconque, laisser se former des congrégations qui ne feraient que porter dans un autre lieu les corporations supprimées,

Le Conseil général arrête d’enjoindre aux dites religieuses et à toutes autres qui se trouveraient réunies dans l’étendue du département, soit dans des maisons séculières ou régulières, de se séparer dans trois jours, faute de quoi, elles y seront contraintes par la force publique ... » [Note : A. LEMASSON, Manuel pour l’étude de la Persécution religieuse, T. 1, p. 49].

En exécution de cet arrêté, les sœurs durent se séparer définitivement.

L’une d’elles, Marie-Augustine Clément (Sr Marie de Saint-Joseph), mourut quelques jours plus tard, le 7 décembre 1792, chez le citoyen Dénoual du Plessix [Note : La loge maçonique de Saint-Brieuc comptait parmi ses affiliés en 1792 un J. Fr. Denoual du Plessix, directeur des Contributions directes à Dinan, né dans cette ville en janvier 1757. (A. LEMASSON, Manuel, I, p. 17)].

Une autre, Anne-Alexandre de Miniac (Sr Jeanne de Saint-Antoine), décéda le 28 sept. 1793 chez Mlle Taillevüe de la Croix, et fut inhumée le lendemain au cimetière de Saint-Sauveur.

L'abbesse, Marie de La Choüe, fut détenue à la maison Saint-Charles de Dinan pendant la Terreur, du 1er au 25 oct. 1793, puis à la Maison de Plouër à Dinan, du 7 mars au 6 novembre 1794. D’autres religieuses de Sainte-Claire vinrent la rejoindre dans cette dernière maison : Anne Bollauré, Jeanne Lamour de Lanjégu, Marie Petit, Marie et Anne Jehanot [Note : A. LEMASSON, Hist. du pays de Dinan, I, p. 78].

On devine les vexations de toutes sortes auxquelles furent soumises ces pauvres filles et dont la lettre suivante nous apporte l’écho, lettre adressée par les administrateurs du département à ceux du district de Dinan.

« Saint-Brieuc, 4 mars 1793, l’an 2 de la République française.

Nous avons fait hier chez l’ex-supérieur des Ursulines de Saint-Brieuc, la découverte d’un livre qui nous a conduit à recouvrer de l’or, de l’argent monnoyé et une quantité prodigieuse d’effets de grande valeur, spoliés par les ex-religieuses de cette communauté, et cachés chez différents particuliers.

Les Communautés religieuses en général ont laissé si peu de choses à la nation, qu’il est à présumer que toutes en ont agi de même. Nous ne pouvons dans cette circonstance nous dispenser d’user de tous les moyens possibles pour parvenir à faire restituer à la nation des biens qu’on lui soustrait, et pour faire punir sévèrement les complices de ces vols.

En conséquence, aussitôt la réception de notre lettre, vous ferez dans le secret et de concert avec les officiers municipaux du lieu, et s’il est nécessaire avec des commissaires connus par leur civisme, que vous choisirez, des visites dans les maisons où il réside des religieuses, et particulièrement chez les supérieures. Vous y ferez les recherches les plus exactes parmi leurs papiers et leurs effets. Il serait même nécessaire d’étendre ces vérifications chez les personnes qui, par leur affinité ou leur parenté avec les ex-religieuses, paraîtraient suspectes de recéler des effets. Signé : Raffray, etc. ».

Ce document est suivi de cette note : « En conséquence de la lettre dont copie ci-dessus, les citoyens Reslou, maire, et Robinot, procureur-syndic du District, se transporteront dans la maison de Guignard située rue Saint-Charles, où réside l’ex-Directeur de Sainte-Claire, y feront les perquisitions les plus exactes, et en rapporteront procès-verbal qu’ils remettront à l'administration du District. Fait au Directoire du District de Dinan le six mars mil sept cent quatre vingt treize, l’an second de la République française. Signé. J. M. Roquelin, etc. ».

L’ex-Directeur de Sainte-Claire, dont il est question dans ce document, était le confesseur des religieuses, le P. Mathieu Gaudicheau, du couvent des Cordeliers de Dinan, profès depuis 1745, et âgé de 65 ans en 1790. Resté fidèle à sa vie religieuse après la fermeture de son couvent, il continua de diriger les sœurs même après leur expulsion, et jusqu’à ce qu’elles fussent dispersées. A cause de son état de santé, il entra le 1er avril 1793 à l’hôpital de Dinan. Un an plus tard, le 21 février 1794, il fut dirigé sur Saint-Brieuc, puis sur les Carmélites de Guingamp, où étaient internés les prêtres insermentés. On ignore la date et le lieu de son décès [Note : A. Lemasson, Hist. du pays de Dinan, 1, p. 56].

***

Quand les religieuses de Dinan sortirent de prison après la Terreur, un certain nombre d’entre elles adressèrent une requête aux administrateurs du district, le 22 nov. 1794, afin de pouvoir toucher les sommes modestes que la loi leur octroyait pour les aider à vivre.

Parmi les signatures de cette requête, on ne relève aucun nom de religieuses de Sainte-Claire.

Bien plus, le District ayant accueilli favorablement cette requête, et ayant jugé bon d’en étendre le bénéfice aux religieuses de Sainte-Claire, ce fut l’occasion pour l’abbesse d’écrire cette admirable lettre : « Dinan, le 31 mars 1795, Citoyens administrateurs, Je suis très reconnaissante des bonnes dispositions où vous êtes pour nous donner des pensions. Je vous en remercie pour moi et pour toutes celles de Dinan. Elles n’en ont point reçu depuis notre sortie. Il ne nous est pas permis d’en recevoir. Nous vous en avons la même obligation. Nous regrettons de ne pas avoir une de nos maisons à nous loger. Je suis, avec bien du respect, Messieurs les Administrateurs, De la Choüe, abbesse cy-devant de Sainte-Claire » [Note : A. Lemasson, Hist. du pays de Dinan, 1, p. 80].

Ainsi, au milieu des pires épreuves, et fidèles à l’idéal qui avait animé sans défaillance leur monastère pendant trois cents ans, ces saintes filles voulaient terminer leur vie dans la plus rigoureuse pauvreté. L’histoire de Sainte-Claire de Dinan se terminait en beauté.

***

C’est le 7 messidor an 4 (27 juin 1796), que fut mis en vente le couvent, déjà amputé d’un jardin le 27 juillet 1791.

Il fut acquis par Jean Servan Le Peltier, négociant à Dinan, qui avait pour associé François Bonnefin, ancien régisseur général des Fermes à Lamballe. La vente produisit 25.000 livres [Note : A. Lemasson, Hist. du pays de Dinan, 1, p. 67].

Mais bientôt l’administration des subsistances militaires jeta son dévolu sur l’immeuble, et les acquéreurs se trouvèrent dans l’obligation de lui en céder la jouissance. Elle y établit des magasins et des fours. Les propriétaires eurent bien du mal à la déloger plus tard [Note : Arch. des C.-du-N.].

Le monastère resta dans son intégrité et sans changement notable jusque vers l'année 1820, et c’est alors qu’il fut loti et vendu par parcelles. Le vendeur proposa au Conseil Municipal de céder gratuitement à la ville le terrain nécessaire à l'aménagement d’une rue qui aurait abouti d’un côté au milieu de la place Duguesclin, et de l’autre à la rue de Léhon. Le Conseil crut devoir rejeter cette proposition.

Les archives du monastère, abandonnées dans l’une des chambres, furent récupérées, avec bien des difficultés, par l’une des anciennes religieuses, Mlle Lamour de Lanjégu. A sa mort, elles furent conservées dans un manoir près de Guitté, puis elles passèrent entre les mains de Mgr de Lesquen, ancien évêque de Rennes, qui s'était retiré à Dinan [Note : ODORICI, Etrennes dinanraises, 1850, p. 19-20]. Une partie d’entre elles se trouvent aujourd’hui au presbytère de Saint-Sauveur, d’autres aux Archives des Côtes-du-Nord.

(Maurice Mesnard).

 © Copyright - Tous droits réservés.