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Les bienfaiteurs du monastère de Sainte-Claire de Dinan. |
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VII- LES BIENFAITEURS.
Suivant la règle de sainte Claire et la réforme de sainte Colette, les religieuses de Sainte-Claire de Dinan ne pouvaient vivre que d’aumônes.
Sans doute, bien des monastères acceptèrent une mitigation à la pauvreté absolue, mais ce ne fut pas le cas du monastère de Dinan. Elles pouvaient écrire, parlant d’elles-mêmes en 1707 au comte de Toulouse :
« Elles sont les seules dans le royaume qui mènent le même genre de vie que les religieuses de l'Ave Maria de Paris, en sorte qu'elles ne vivent que de charitez et des aumônes des fidèles, ne prenant aucunes dots des filles qu’elles reçoivent » [Note : Cf. infra].
Les principaux donateurs furent les rois de France, les Etats de Bretagne, les familles nobles, et aussi nombre de petites gens.
Anne de Bretagne suivit l’exemple de son père le duc François II, fondateur du monastère, et elle affectionna d’une manière toute spéciale le « convent de Notre-Dame de Saincte-Clere de Dinan ».
Les rois interviennent à de nombreuses reprises pour confirmer ou augmenter les privilèges du monastère, ou lui faire des aumônes : ainsi Louis XII, le 4 octobre 1514 [Note : Pièce encadrée dans le petit bureau du presbytère de St-Sauveur] ; François Ier, qui, le 23 juillet 1539, autorise l’agrandissement de l’enclos du couvent « fort pressé et de petite étendue » [Note : Les lettres patentes ont été publiées par ODORICI, Etrennes dinannaises, 1849, p. 52] ; Henry II, à Pâques 1548, le 13 mars 1552, en avril 1554 et en avril 1556 ; Charles IX, le 27 novembre 1565, en mars 1570 et en avril 1574 ; Henry III, en mai 1575 et le 13 mai 1579 [Note : Toutes ces pièces sont conservées au presbytère de St-Sauveur]. Enfin, le 4 mai 1585, ce dernier roi fait don d’une aumône de 30 livres [Note : Arch. des C.-du-N.].
Cette protection accordée par les rois de France au monastère de Sainte-Claire de Dinan, fut spécialement utile aux religieuses en une circonstance grave.
On sait combien la Bretagne eut à souffrir des guerres de la Ligue. En 1589, le duc de Mercœur, gouverneur de la province et catholique ardent, se révolta contre Henry IV, le protestant. Aidé des Espagnols, il tint tête à l’armée royale, qui avait reçu de son côté l’aide des Anglais.
Henry IV se convertit au catholicisme en 1593. Malheureusement, son abjuration ne mit pas fin à la guerre, qui dégénéra en une sorte de banditisme. Ce n’est qu’en février 1598 que Mercœur se soumit, après avoir perdu Dinan, qui fut sa dernière place-forte.
Pendant ces neuf années de troubles, le monastère de Sainte-Claire dut se trouver plusieurs fois en grand danger d’être pillé, danger qui devint plus pressant lors de la prise de la ville par les armées royales.
Mais il fut épargné. Une sauve-garde donnée au camp de Dinan le 5 février 1598 par le maréchal de Brissac, déclare que celui-ci prenait les religieuses sous sa protection, et les autorisait « à mettre ès lieux les plus éminens de leur convent, les armoieries et pannonceaux du roy, et les siens » [Note : ODORICI : Etrennes dinannaises, 1849, p. 25. Le document est aux Arch. des C.-du-N.].
Le 12 juin 1618, Louis XIII, par lettres patentes données à Paris, met le monastère de Sainte-Claire de Dinan sous la protection du roi, et le maintient dans ses privilèges, spécialement d’empêcher toute construction contiguë et toute vue sur son « pourpris » [Note : ODORICI : Etrennes dinannaises, 1849, p. 26].
A l’occasion de cet acte, le Souverain porte un témoignage de valeur sur la vie religieuse du monastère, quand il parle de « nos chères et bien aimées les Religieuses Abbesse et convent de Ste Claire de Dinan, vivant en la reformation aussy étroite que en pas un monastère de la chrestienneté ».
En août 1634, il autorise l’agrandissement du couvent qui est « remply d’un grand nombre de religieuses » [Note : Pièce encadrée dans le salon du presbytère de St-Sauveur].
Le 1er mars 1681, aveu est rendu au roi par l’abbesse et les religieuses de Sainte-Claire pour leur monastère, et reçu le 26 février 1683, à charge aux dites dames de chanter solennellement Domine salvum fac Regem, chaque année, le jour de la fête de saint Louis.
En juin 1716, Louis XV confirme en faveur des religieuses de Sainte-Claire de Dinan et autres, les exemptions, franchises et décharges de tous ports, péages, subsides, passages et impôts sur les provisions qu’elles feront conduire dans leur couvent, tant par eau que par terre, et autres privilèges accordés par lettres patentes de Louis XIV, du mois de décembre 1643 [Note : ODORICI : Etrennes dinannaises, 1849, p. 26 et 27].
Un brevet signé à Versailles par Louis XV, le 16 avril 1729, permet aux religieuses de faire moudre les grains provenant de leurs quêtes, par les meuniers qu’elles voudront [Note : Original signé par Louis XV, et copie imprimée aux Arch. des C.du-N. ].
Au cours du XVIIIème siècle, les sœurs adressent plusieurs requêtes au roi pour obtenir des aumônes, et sollicitent du Parlement de Bretagne le paiement des deniers adjugés [Note : Arch. des C.-du-N.].
Un brouillon de lettre, non daté, mais évidemment postérieur à 1758, destiné à un Cardinal (de Rohan ?), nous renseigne sur certaines aumônes royales, et, par contre-coup, sur le refroidissement de la pratique religieuse du souverain :
« ...tous nos roy... nous avais fait mettre sur la liste des couvents mendiants qui se présente pour recevoir une aumonne que fait le roy le jeudy saint après avoir lavez les pieds au pauvres et le Samedi Saint quand il fait les paque. Celle du jeudy saint pour notre maison est de quarante deux livre et celle du Samedie de cinquante deux. Cestoit le procureur de nos meres de l’Ave Maria de paris qui en recevant laumonne pour cette maison nous faisait la charité de la recevoir aussy pour nous...
Mais en cinquante huit, il nous fut mandez que le roy ne faisant point les paques, qu’il ne donnerait plus ces aumonnes ... » [Note : Arch. des C.-du-N.].
***
De nombreux actes émanant de la Chambre des Comptes de Bretagne montrent l’importance des aumônes qui furent concédées par le pouvoir royal au couvent de Sainte-Claire de Dinan.
Telles les lettres du 23 juin et du 22 septembre 1553, du 20 octobre 1555, du 27 septembre 1557, du 7 octobre 1560, du 15 avril 1561 et du 13 avril 1566, signées de Nicolas de Troyes, trésorier général de Bretagne ; d’autres d’octobre 1566 (Les gens des comptes du Roy en Bretagne...), du 8 novembre 1571, d’avril 1574 (Pierre Cornulier, comptable du Roy en Bretagne... 30 livres de rente sont accordées pour 4 ans), du 4 mai 1574, du 27 juin 1579, du 13 mai 1583 [Note : Toutes ces pièces sont conversées au Presbytère de St-Sauveur et aux Arch. des C.-du-N.].
En 1582, l’abbesse Marquise de la Haye reçoit 10 écus à titre d’aumône (Comptes de Gabriel Hus, trésorier).
En 1592, le trésorier des Etats de la Ligue verse 12 écus à la même supérieure.
En 1598, 6 écus sont payés à l’abbesse Perronnelle du Boisboissel.
L'année suivante, les couvent de Sainte-Claire de Nantes et de Dinan reçoivent 20 écus, en plus des 4 écus 2 tiers qui ont déjà été accordés à tous les couvents de Bretagne.
En 1603, les religieuses de Dinan sont citées nommément dans l’octroi aux religieux mendiants de la Province de Bretagne, d’une somme de 4.500 livres « à prendre sur les deniers provenant de la ferme des devoirs sur les vins, à condition que lesdits religieux et religieuses seront soumis auxdits devoirs envers le fermier, comme les particuliers ».
En 1607, l’abbesse Perronnelle Guiton reçoit une aumône de 60 livres tournois.
En 1615, les religieuses de Sainte-Claire de Dinan participent à une répartition de 6.000 livres accordées par les Etats aux religieux mendiants de la province ; et, en 1618, elles partagent avec deux autres couvents un don de 800 livres [Note : Arch. d'Ille-et-Vilaine].
Comme nous l’avons dit, les sœurs provoquaient parfois ces libéralités. Le 20 août 1707, elles adressaient une requête au Comte de Toulouse, pour obtenir un secours des Etats de Bretagne assemblés à Dinan [Note : ODORICI : Etrennes dinannaises, 1849, p. 47. Copie de cette lettre est conservée au presbytère de Saint-Sauveur. Elle a été publiée par le P. Antoine de Sérent dans la Revue d'Histoire franciscaine, Tome VI, n°s 3 et 4 : Le Monastère des Clarisses de Dinan].
Leur lettre nous apprend que les aumônes données par les Etats de la province « ont étez différentes suivant les temps, en sorte qu’elles ont eu tantost 500 l., tantost 400 l. et quelque fois moins, suivant la situation de leurs besoins ».
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De nobles familles et même des petites gens imitaient le roi dans ses largesses.
Le 24 mars 1535, Jean de Laval, sire de Châteaubriant, faisait une donation au couvent de Sainte-Claire [Note : Presbytère de St-Sauveur].
Le 8 janvier 1537, noble homme Regnauld des Salles vendait au Seigneur de Châteaubriant pour le prix de 10 livres monnaye, une rente de 10 sols monnaye dus sur une maison située à Dinan, joignant d’une part « le champ ez chevaulx », et de l’autre le couvent de Sainte-Claire. C’était pour en faire don aux dames de Sainte-Claire [Note : ODORICI, Etrennes dinannaises, 1849, p. 24].
Un autre don était fait le 15 mars 1661 par la marquise de Cucé aux religieuses de Rennes et de Dinan [Note : Presbytère de St-Sauveur].
A une date inconnue l’abbesse signait une quittance pour le testament d’une certaine Louise Josset, qui léguait sans doute une aumône aux religieuses [Note : Presbytère de St-Sauveur].
Pour la même raison, elles reçurent copie du testament de Dom Pierre Priou, recteur de Saint-Sauveur, rédigé le 25 juillet 1591.
Mais la plus émouvante de ces pièces est sans doute le testament de François Rouxel, sire de Launay Panigaure, « estant en la chambre criminelle avant s’en aller au suplice », le 26 juin 1599, qui contient ces lignes : « oultre, je legue et donne aux Religieuse de Saincte Clere de dinan la somme de vingt escuz une fois payés pour participer a leurs bonnes prières et oraisons » [Note : Arch. des C.-du-N. ].
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Toutes ces aumônes créaient aux religieuses certains devoirs vis-à-vis des donateurs, devoirs dont elles ne pouvaient pas toujours s’acquitter facilement. C’est ainsi qu’à une date inconnue, le pouvoir royal voulut les obliger à accueillir dans leur monastère quatre religieuses, réfugiées d’Irlande, qui avaient abordé à Brest [Note : Sur l'immigration irlandaise en Bretagne, cf : PAUL PARFOURU, Les Irlandais en Bretagne, XVII et XVIIIème siècles, Annales de Bretagne, T. IX (juillet 1894), p. 524-533].
C’étaient des clarisses, mais des clarisses urbanistes, qu’elles réussirent non sans mal à faire diriger sur un couvent de Fougères, comme le montre la lettre suivante, adressée à un prélat qui était sans doute l’évêque de Rennes.
« Monseigneur, Après vous avoir demandé votre bénédiction, et vous avoir asseuré de nos très humbles respects et de nos obéissances, je prendray, s’il vous plaist, la liberté de vous rendre compte de ce qui concerne les bonnes Religieuses d’hibernie, qui vont se jetter aux pieds de votre grandeur.
Peu de temps après quelles furent arrivées à brest, on escrivit en Cour pour les faire mettre dans notre monastère, sans avoir egard ni a la diversité de l’Institut qui est tout entière, ni à la petitesse de notre pauvre maison qui n’a ni dortoir, ni cellules comme les autres monastères, mais seulement une grande chambre comme celle d’un hôpital où il y a des petits lits de paille rangés de côté et d’autre, lorsqu’ils sont remplis des Religieuses naturelles du païs de bretagne.
Pour l’institut, les Religieuses d’hibernie sont de Ste Claire Urbanistes ou mitigées, et notre maison est de la plus étroite Réforme, fondée par bulle expresse du pape à la Requeste du duc françois, à condition de vivre selon les Loix et constitutions de notre bienheureuse Réformatrice, sœur Colette ; lesquelles constitutions n’ont jamais esté connues ni mises en pratique par les Religieuses d’hibernie.
De sorte que quand nous avons fait connoitre la vérité des choses au ministre de sa Majesté, ils ont jugé qu’il falloit mettre les dites Religieuses d'Hibernie dans un monastère régulier qui fust conforme à leur Institut, et le Roy a jetté les yeux sur le monastère des Religieuses de Ste Claire Urbanistes de foulgère, qui ont des Rentes et des Revenus, qui sont, à ce qu’on dit, bien basties, et qui sont pleines de vertu et de charité pour soulager et pour édifier en même temps des personnes de leur mesme profession et de leur même Institut.
Je vous asseure, Monseigneur, et doibs vous le dire avec toute la sincérité que demande la profession de chrestienne et de Religieuse, que si ces filles hiberniennes avoient esté de nostre Réforme, et si nous eussions pu les loger, bien qu’elles sont mitigées, nous les aurions receues aussitôt dans quelque petit coingt de notre pauvre maison, et notre Communauté se seroit plutôt retranchée d’une partie de la nourriture ordinaire, que de les laisser manquer d’aucune chose.
Mais elles sont heureuses, Monseigneur, de tomber entre les mains d’un Evesque aussi charitable que vous, et qui fait gloire devant Dieu d’être le père, le protecteur des pauvres.
Dans la lettre de cachet, elles sont marquées au nombre de 4. Mais dans la vérité, elles ne sont que 3. La quatrième estoit une servante séculière qui les avoit suivies, et qui, après avoir demeuré icy quelque temps, s’est retirée à Saint-Malo.
Nous devons rendre témoignage à la vérité, que depuis que ces Religieuses d’hibernie sont venues dans cette ville, elles ont vécu avec beaucoup de retenue et beaucoup de modestie et dedification. Et comme elles n’entendent pas notre langue, nous avons pris un R. p. jacobin d'Irelande, qui les a confessées depuis quelles sont icy. Il les présentera à votre grandeur, de qui je suis dans un très profond respect, Monseigneur, votre... ».
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Certains donateurs mettaient à leurs libéralités des conditions qui nous paraissent bien lourdes, on en jugera pas le contrat suivant du 18 novembre 1626, par lequel un bourgeois de Dinan, François Pleuvier de la Roche-Aiguë, donne au monastère une somme de 3.000 livres, en échange d’une rente viagère, de sa sépulture et de nombreuses messes et prières. Et il assure tous ces avantages par une hypothèque sur les biens d’un procureur, Maître Raoult Legault, qui accepte de répondre au nom des religieuses [Note : Arch. des C.-du-N. Ce Raoult Legault était un parent du P. Thomas Legault, confesseur du couvent, qui mourut le 24 mai 1626. C’était alors l’homme d’affaires du monastère. Il apparaît à ce titre dans les actes de cette époque].
« A tous présents et advenir, françois durand et thomas lhosti, notaires royaux héréditaires gardenottes de la cour de Dinan, savoir faisons que ce jour, au couvant des humbles abesse et religieuses de Saincte Claire de cette ville de dinan, a la grande grille d’icelluy, ou estoint convocqué et assamblé les dictes dames abesse et religieuses, a esté presan en personne honorable homme françois pleuvier, sieur de la roche aigu, bourgeois résidant en cestedicte ville de dinan.
Lequel, pour l’excès de piété, dévotion et bien veillance qu’il porte ausdictes religieuses, et pour participer aux suffrages et oraisons quilz font et feront cy apprès à jamais et leurs successeurs audict couvent, et pour austres bonnes considérations, leur a donné et donne par ces présentes, la somme de trois mille livres tournois, quil leur a présentement et rèllement en especes de pistolles d’or et aultre bonne monnoie, jusques a la concurance anthiere de ladicte somme de trois mil livres tournois, qu’il leur a délivré.
A condition toutefois d’en avoir et retenir sa vie durante luzurfruict et jouissance, seullement au denier vingt, qui revient a la somme de cent cinquante livres ts, dont il sera asseuré estre payé chascun an par lesdictes religieuses.
Lesquelles ont accepté et eu agréable icelle somme de trois mil livres, pour employer en l’acquest pour le bastiment et agrandissement de leur dict convant, et en faveur de ce ont prommis et se sont subminses et obligées, elles et leurs successeurs religieuses audict couvent, payer et faire avoir audict pleuvier par chascun an durant sa vie laditte somme de cent cinquante livres ts. pour la jouissance dudict payement, et continuation dicelle somme de cent cinquante livres par chascun dict an.
Ont faict comparoir en personne honorable homme maistre Raoul Legault, sieur des gaiges, procureur en nostre dicte cour de dinan, demeurant en ceste dicte ville, lequel pour l’affection quil a et porte ausdictes religieuses, c’est submyns et obligé pour elles et en leur faveur, sur l’hippotecque general de tout son bien présent et futur, payer et continuer audict pleuvier acceptant, sa vie durante, par chascun dict an, à commancer de ce jour, la dicte somme de cent cinquante livres tournois, à sa maison en ceste ville de dinan, ou aultre ville de cette province, suivant lordre qui en sera donné par ledict pleuvier.
Et en deffault dudict payement et continuation de la dicte somme de cent cinquante livres de rante que dict est, ledict pleuvier poura faire contraindre ledict legault en privé nom comme principal debitteur tenu et obligé, faisant debte sienne par execution et prompte vante de ses biens meubles, comme gaiges, tous jugez, saisie, criée et vante de ses herittaiges, que arrest et ostaige de sa personne en prison fermée comme pour deniers royaux, l’une voye nempeschant l’execution de l’autre.
Et le deceix dudict sieur de la Roche arrivé, la dicte rente cessera d’estre payée, et en demeureront lesdictes dames quictes et deschargée, et ledict legault hors de lobligation en quoy il est constitué pour lesdictes religieuses.
Parce que le dict deceix advenu, ledict pleuvier sera inhumé et ensépulturé en leglize dudict convent de Saincte Claire, devant le rasteau de la chappelle Saincte claire, et feront aplicquer a leurs frais une plaique de cuivre contre la muraille au dessus la tombe dudict pleuvier, ou seront gravez et escripts en bonne forme ce que ensuist : Cy gist françois pleuvier, en son temps sieur de la Roche aygue, bien facteur de céans, qui mourut l’an .... le jour de ... priez dieu pour luy.
Et feront faire lesdictes religieuses quatre services sollennels en leur eglize à lintention dudict deffunct, le premier au jour de son deceix, le second au huictiesme jour, le troisiesme au trantiesme, et le quatriesme et dernier au bout de lan de son deceix, ausquels services lesdictes religieuses feront aussi leurs prières et oraisons pour le dict pleuvier.
Et oultre la participation aux prières generalles desdictes religieuses, elles ont prominz et se sont obligée faire dire et celebrer, pour et a lintantion dudict sieur de la Roche, une messe a basse voix par chaincune sepmaine, à commancer appres son deceix et continuer a perpetuitté.
Ce que les dictes parties ont ainsy voulu, consenty, accepte, promins et juré par serment tenir, nous dicts notaires royaux les y avons de leur consentement condamnez et condemnons par le jugement et auctorité de nostre dicte cour de dinan.
Fait et gré audict convant de Saincte Claire avecq les seings des dictes parties, le quinziesme jour de novembre mil six cent vingt et six... ».
Comme on le voit, les conditions du contrat étaient sévères pour les religieuses. Elles durent regretter de s’être engagées dans cette affaire. Trente ans plus tard, elles payaient toujours la rente annuelle de 150 livres au sieur de la Roche Aiguë ! Le dernier reçu est daté du 9 décembre 1657 [Note : Il est vrai que la somme mise ainsi à la disposition des religieuses leur permit d’agrandir leur monastère par des achats de terrains et d’immeubles voisins, de 1627 à 1632].
Le donateur, après avoir habité Laval, se trouvait alors à Châteaubriant. On ignore si la clause concernant sa sépulture à Sainte-Claire de Dinan fut observée.
***
Il arrivait donc que les bienfaiteurs du monastère obtinssent le droit d’être enterrés dans l’église conventuelle. Mais parfois leurs descendants ou leurs proches réclamaient le même droit. Et cela n’allait pas sans certaines difficultés, comme le prouve cette note manuscrite, intitulée :
« Remarque. Comme ce 16e 7bre 1658 nous a encore esté faict grande instance par deux bourgeois de cette ville, appeletz des esbratz, de permettre qu’ils enterrassent leur père soulz une tombe qui est en notre esglise devant la iannue [Note : Sans doute la porte principale], sur laquelle est le nom et l’effigie d’un de leurs ensestres, se le voullans approprier pour cette raison, et pour ce quil y a aussi de leurs armoyeries en la vitre du cloistre de nos pères, nostre Rd Père de la Croix, nostre visiteur, cestant trouves i cy, nous a informées de ce que nous leur devions respondre désormais, à sçavoir quen core que la tombe susdite porte les dictes marques, que sça peu être pour 2 raisons.
La 1ère que le duc en nostre fondation la donnée à cet homme pour sa sépulture en considération de quelque service quil luy a rendu, sans avoir entendu quelle passast en propre a sa postérité, ou que nos meres luy ont permis y mettre son nom et effigie pour quelque charité quelles en ont receu, affin quon fist specialle prière pour son ame à tousjours en cette maison, sans plus sils n’avoient acte à montrer quelle leur fust propre.
Et cela se doibt observer generallement à tous ceux qui demandent sépulture, scans quils ne prétendent droit denfeu à moins ne le montrer par escript, et quil faut leur faire donner acte signée de 2 notaires quils ne demandent que leur simple sépulture à eux tant seullement. Car comme nous n’avons point de fondations, nous ne pouvons assigner d’enfeu, si ce nest pour les raisons que nos meres ont esté obligées de le faire » [Note : Arch. des C.-du-N.].
La procédure indiquée dans cette note semble avoir été suivie par les sœurs dans la suite.
Un acte du 18 février 1659 concerne la sépulture de « deffunte Mademoiselle du Quengo... par lequel les maisons du Rocher Quengo et de Trémigan reconnaissent n’y avoir aucun droit ».
Un autre acte du 28 octobre 1672 concerne la sépulture de Mlle des Ferrières, « faite en nostre Eglise en la chapelle du St nom de Jésus... sans aucun droit ou enfeu prohibitif ».
Un troisième, du 14 mars 1682, concerne une damoiselle Hélène de la Motte de Vauvert [Note : Ces trois actes aux Arch. des C.-du-N.].
Et nous lisons sur un certificat :
« Je soubsignée, humble abbesse du pauvre monastère de Ste Claire de Dinan, déclare que defuncte haute et puissante Dame Anne heleine d’Aiguillon, en son vivant Espouse de haut et puissant Seigneur Sire Gustan de Rieux, a esté ensepulturée dans nostre Eglise, le 27e jour du mois de May mille six cent quatre ving quinse, ainsi déclaré par Moy. Sr Magdeleine de la Croix, abbesse » [Note : Arch. des C.-du-N.].
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Les religieuses n’oubliaient pas de prier pour leurs bienfaiteurs et faisaient célébrer des services pour le repos de leurs âmes.
Le 6 août 1765, « Haut et puissant Seigneur marquis de La Gervaisais, vicomte du Faou, seigneur châtelain d’Irvillac et de Logonna, seigneur de la Giclais, de la Villeneuve et autres lieux, lieutenant général des armées du Roi », mourait à Saint-Servan, et était inhumé le surlendemain dans le cimetière de la paroisse.
Au dos de son certificat d’inhumation [Note : Délivré le 22 février 1766 par le curé de St-Servan, Arch. des C.du-N.], les religieuses de Sainte-Claire de Dinan rédigèrent et signèrent cette note :
« Le susdit haut et puissant Seigneur de La Gervaisais et monsieur son fils, nous ayant nombre d’année par leurs grand bienfaits soutenue dans des temps les plus misérable, leur avons donné, et a leur desandans, dans nos chapitre, la Recommandation, et le rend [Note : Rang] de nos fondateurs. Par les meme santiment de justice et de gratitude, nous nous somme engagée, unanimement notre Communauté, et pour nous et pour toutes celles qui y viendront et nous suivront jusque la fin de cette maison, a faire celebrer le huit daoust une messe de requiesme pour le repos de leurs âmes et prospérité de leurs illustre famille. Et pour plus de solidité du présent acte, lavont endose a cette extraict mortuere, et signe de ma main et de celle de notre bonne mere vicaire et bonnes meres discrette. Ce vint avril mil sept cent soixante et six. Sœur Agathe de tous les Saints, abbesse. Sœur Marie françoise de Sainte Barbe, vicaire et discrette. Sr Marie Lucresse, discrette. Sœur Jeanne Baptiste, discrette. Sr petronille clere de lassomption, discrette. Sœur Marie Charlote Teresse de Ste Anne, discrette. Sœur Louise, discrette. Sœur Susanne Rose du St Sacrement, discrette. Sœur Gabrielle Fransoise de Ste Colette, discrette ».
(Maurice Mesnard).
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