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Le Clergé de Corseul-Nazareth |
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A la démission de Joseph-Marie-René Le Forestier, qui avait été pourvu par le pape Clément XIII de la cure de Corseul, n'étant encore que minoré à la mort de M. J.-B. de la Haye (Note : M. de la Haye fut recteur de Corseul de 1748 à 1784. Il obtint pour sa paroisse une parcelle de la vraie Croix. M. Le Forestier appartenait à la famille noble des Le Forestier de Corseul. Un des prêtres, Huet, administrait la paroisse en son nom durant son rectorat. En 1769 le prêtre Yves Robert fut interdit par l'évêque pour négliger habituellement de faire le catéchisme les dimanches et fêtes à la première messe, à la chapelle qu'il desservait) ; cure pour laquelle ce jeune clerc obtint le visa diocésain le 4 janvier 1765, l'abbé JACQUES-LAURENT-JEAN-BAPTISTE LE MÉE, sieur de Bois-Léard, sur la présentation de Louis-Marie de Pontual, abbé de Beaulieu, fut pourvu du rectorat de Corseul le 4 septembre 1773. Jacques Le Mée, plus connu sous le nom de Le Mée-Beauliard, pour le distinguer de son cousin le recteur de Plévenon, appartenait comme celui-ci au diocèse de Saint-Brieuc, étant né à Jugon, le 17 mars 1737, de Jean Le Mée, notaire royal et procureur fiscal et d'Hélène-Claude Leau, demoiselle de La Touche, d'Evran.
M. Le Mée, a écrit M. le Chanoine René Pavy dans l'Almanach Le Curiosolite de 1909, p. 57, ne fit ni bien ni mal à Corseul avant la Révolution ; les registres municipaux de cette paroisse ayant été détruits, nous ne pouvons donner le texte du serment qu'il prêta le 6 mars 1791. Toujours est-il qu'il appartenait au clergé constitutionnel dès avant le 2 août de cette année (Archives Nationales, D. XIX, carton 21), malgré les efforts de son vicaire pour le ramener à l'orthodoxie.
Malheureusement Le Mée-Beauliard appartenait à une famille de robins imbue dès le principe des idées révolutionnaires, et il se trouvait vivre au bourg de Corseul au milieu d'une bourgeoisie remplie d'enthousiasme pour un régime qui venait de supprimer la noblesse détestée et proposait à son avarice l'aubaine des biens nationaux ; aussi jusqu'à sa déprétrisation, le recteur assermenté de Corseul demeura-t-il attaché au schisme que venait de créer l'Assemblée Constituante.
Devant la tournure des événements, M. Le Mée abdiqua son état et fonctions dès les débuts du mois de ventôse, an II (fin février 1794), néanmoins cet acte de lâcheté fut jugé insuffisant. Le 12 mars 1794, on vint pour l'arrêter à la cure de Corseul, mais sa soeur Marie déclara « qu'il était parti ». On eut vite fait de le retrouver et de le rejoindre, tant et si bien que trois jours après, le malheureux était incarcéré à la prison Saint-Charles, à Dinan, pour y rester « jusqu'à la paix » par ordre signé du représentant Ruamps.
La perspective n'était pas rassurante pour un individu de sa trempe ; aussi signa-t-il le 9 messidor an II (27 juin 1794), la promesse de se conformer à l'arrêté de Le Carpentier du 25 prairial précédent (13 juin), qui prescrivait à ceux qui soupiraient après leur liberté de « former des noeuds garants de leur attachement à l'ordre social » (Archives des Côtes-d'Armor, Lm 5, 65 et 67).
En conséquence, Le Mée, pour tenir son engagement, après avoir eu soin de faire dresser par son frère un contrat de mariage prévoyant que sa future n'aurait rien à prétendre sur sa fortune, fit déposer au district de Dinan, un certificat de civisme que venait de lui accorder la municipalité de Corseul et épousa à Jugon, à l'âge de 54 ans, le 6 thermidor an II (24 juillet 1794), la citoyenne Marie Gravé, originaire de Saint-Père-Marc en Poulet, fille de Joseph et d'Hélène Gilbert, laquelle était vraisemblablement sa servante. Les frères du prêtre Le Mée, Louis, notaire, Mathurin, fermier, et Louis-François, propriétaire à Mégrit, signèrent bravement sur son acte de mariage, monument indélébile de son déshonneur et de sa lâcheté.
Il y a tout lieu de croire cependant que ce mariage n'était que fictif, car, la Terreur passée, les deux époux firent prononcer leur divorce le 28 juin 1795. Ils déclarèrent à cette occasion « que leur lien n'avait été formé que par la force des circonstances et pour soustraire le dit Le Mée aux peines portées par les arrêtés du suppôt de Robespierre, Le Carpentier » (Archives de la Mairie de Jugon).
Dès lors, Le Mée-Beauliard, auquel l'évêque Jacob, avait refusé de rendre ses pouvoirs, comme à tous ses collègues qui avaient attenté au mariage, demeura désormais dans sa ville natale. Le 22 juillet 1798, le commissaire du pouvoir exécutif auprès du canton de Jugon écrivait à son sujet à l'Administration centrale des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) : « Jacques Le Mée, homme paisible, d'excellentes moeurs, qui, dès l'instant du mariage que les violences de Le Carpentier lui firent contracter, a toujours déclaré ne vouloir faire aucune autre fonction ecclésiastique. Il a fait de plus serment de fidélité à la République. Quelques-uns ont prétendu qu'il avait rétracté son premier serment, mais il avoue avec franchise qu'à la vérité, il s'est fait relever des censures encourues par son prétendu mariage et qu'il croyait le devoir à sa conscience ainsi qu'aux fidèles de sa communion qu'il avait scandalisés (quant au surplus), il préfère renoncer à sa pension dans la crainte que ses réclamations ne lui suggèrent des traquenards. Il n'a jamais quitté Jugon, ne s'est point caché (depuis la Terreur), n'exerce aucune fonction, et se dit toujours attaché à la République. C'est un parfait honnête homme, incapable de fomenter aucun trouble » (Registres de l'Administration cantonale de Jugon, aux Archives des Côtes-d'Armor, série L).
Le 8 mai 1800, le même Le Mée-Beauliard, probablement réintégré dans ses pouvoirs sacerdotaux, se présentait devant la municipalité de Jugon et demandait une carte de sûreté. Il déclarait, à cette occasion vouloir exercer les fonctions du culte catholique dans le canton de Jugon et y prêcher la paix. Voici le signalement qui figure sur la pièce qu'on lui délivra dans la circonstance : « âge 63 ans, taille 1m62, barbe et sourcils gris, yeux gris, front haut, bouche moyenne, nez ordinaire, visage plein coloré ». Lors des enquêtes de l'an X, le préfet Boullé toujours plein d'indulgence pour les constitutionnels, qualifie Le Mée « d'assermenté rétracté, résidant à Jugon, propre à faire du ministère », mais tel ne fut pas le sentiment de Mgr Caffarelli, qui malgré la disette de prêtres, le laissa sans emploi. Cependant cet ecclésiastique avait sollicité le 28 août 1802 sa réhabilitation du cardinal Caprara par l'intermédiaire de l'évêché de Saint-Brieuc. Il déclarait dans sa supplique avoir rétracté son serment l'an V (1797), avoir été relevé de ses censures par les vicaires généraux et rétabli dans ses fonctions sacerdotales qu'il exerce depuis trois ans (Archives Nationales, AF IV, 1898).
Le Mée-Beauliard, trépassa prêtre habitué dans sa paroisse natale le 2 septembre 1805, âgé de 68 ans. Son cousin Louis-François Le Mée, né à Saint-Igneuc, le 31 août 1761, du mariage de François et d'Isabelle Petitbon, ancien vicaire assermenté de Plévenon, puis curé assermenté de Jugon de 1791 à 1801, présida ses funérailles. Un autre de ses parents était l'abbé Gary-Louis Le Mée, né à Saint-Igneuc, le 13 septembre 1728, de François et d'Anne Le Mée, qui s'assermenta comme recteur de Plévenon dès le début de 1791 et demeura jusqu'à la fin de la Révolution et au delà attaché au culte constitutionnel.
PIERRE-LOUIS LE SAGE, vicaire, naquit à Pleslin, le 18 décembre 1761, du mariage de Jean et de Marie Corseul (Note : les actes du séminaire de Saint-Malo portent Marie Conseil). Il fit son cours au collège des Laurents, où il obtint en seconde un accessit de vers latins le 22 août 1782, J.-B. Ellie, qui décéda curé de Loudéac en 1847, remportant la presque totalité des prix de sa classe avec Pierre-René Roger.
M. Le Sage fut tonsuré à Rennes par dimissoire en septembre 1785, Il reçut la prêtrise après d'assez bons examens le 6 juin 1789. Envoyé comme vicaire à Corseul le 24 juin 1790, cet ecclésiastique n'y prêta serment le 22 février 1791, qu'en apportant à cet acte les restrictions qui le rendaient orthodoxe au point de vue catholique, mais nul aux yeux de la loi (Archives Nationales D. XIX, carton 21).
Ainsi que nous l'avons vu, son recteur avait tenu une conduite toute différente, d'où dissentiment entre ce dernier et son vicaire. Celui-ci, las de la vie commune dans ces conditions, prit le parti de le quitter et même de s'éloigner de Corseul le 6 novembre 1791. « Jusqu'ici, écrivaient neuf jours après les administrateurs du district de Dinan au député Urvoy de Saint-Mirel, de Bourseul, la paroisse de Corseul, avait été tranquille. Le sieur Le Sage, vicaire du curé conformiste, vient de le quitter et son départ cause le plus grand trouble. Ce fanatique ridicule conjurait chaque jour son pasteur de se rétracter. Pendant tous les repas il ne cessait de le tourmenter ; pendant la nuit, il se levait, entrait dans sa chambre et lui faisait les plus vives sollicitations pour le faire révoquer son serment. Heureusement, il a décampé et le curé, ferme dans sa religion, remplit toujours les fonctions de sa place ; quoique depuis le départ de son vicaire, une grande quantité de ses paroissiens ne veuille plus aller à sa messe et se croit damnée de l'avoir entendue » (Archives municipales de Dinan - 1er Registre de correspondance du Directoire du District, 1790-1792).
Lors même que M. Le Sage se fut retiré à Pleslin, rien ne lui était plus facile que de revenir à Corseul travailler à maintenir dans l'orthodoxie ceux que n'agitait pas trop le levain révolutionnaire. Il n'y manquait pas et des auxiliaires dévouées l'aidaient dans sa tâche : l'une d'elles Sainte Breban fut arrêtée au moment où elle distribuait des catéchismes que lui avait remis l'abbé Le Sage : elle fut condamnée par la municipalité coriosolite à faire amende honorable et le 12 décembre 1791, le Directoire du district de Dinan demandait aux autorités de Corseul tous les renseignements possibles sur cette affaire (Même source que plus haut).
Si l'on pouvait faire quelque fond sur la probité historique de l'auteur qui a consacré une notice à l'abbé Le Sage en 1898, nul doute qu'il ne s'y trouve quelques détails intéressants sur ce confesseur de la Foi durant la Révolution Française. Malheureusement, celui qui a composé et rédigé ce salmigondis, n'avait aucune idée des qualités de clarté, d'ordre, de précision et de respect des documents que doit revêtir un travail d'histoire et nous devons renoncer à l'utiliser.
M. Le Sage vivait chez son père au village du Bois-Mesnay en Pleslin lorsqu'il prit à la mairie de cette commune un passeport pour quitter la France le 10 septembre 1792, avec la plupart des prêtres pleslinais (Cf. Histoire Pays de Dinan, I, p. 438). Il est certain qu'il s'embarqua avec eux le 14 septembre suivant à Saint-Briac et qu'il séjourna quelque temps dans l'île de Jersey où Gofvry et Lefebvre d'Anneville signalent sa présence, mais nous ne savons, même pas approximativement la date de son retour. D'après un registre conservé au presbytère de Languenan, rédigé vers 1801 par l'abbé Texé, M. Le Sage baptisa des enfants nés dans cette paroisse le 3 octobre 1793 et les 26 avril et 23 juin de l'année suivante, mais nous aimerions connaître s'il baptisa effectivement ces enfants aux dates de leur naissance, ou s'il baptisa plus tard, comme le cas arrivait souvent, des enfants nés précédemment. Rien ne nous permet de trancher cette question. Nous savons aussi par une déposition qu'il confessa à Taden dès les débuts de 1795 (Archives des Côtes-d'Armor, série Lu).
Quoi qu'il en soit de sa présence ou non à Corseul sous la Terreur, la persécution religieuse y allait bon train. « Il existe emprisonnée à Dinan, écrivait l'agent national de ce district en floréal an II (juin 1794), une femme appelée Suzanne Perronneau, fermière de l'émigré Jean Rouxel-Touraudais. Elle est détenue depuis 5 mois uniquement pour n'avoir pas été à la messe, or elle n'avait été condamnée pour ce délit qu'à 8 jours de détention ; son frère a profité de son absence pour faire vendre ses effets ». Cependant l'agent national de Dinan demandait encore de plus amples informations avant de faire rendre la liberté à cette malheureuse femme (Archives des Côtes-d'Armor, série L. District de Dinan, correspondance de l'agent national, niv. II, floréal III).
L'année suivante, grâce aux efforts des conventionnels en mission en Bretagne, pour pacifier cette province en lui rendant l'exercice de ses croyances, plusieurs particuliers de Corseul : Vincent Bézard, Basset, F. Jan, François Chastel, Laurent Allory et Jérôme Merdrignac obtinrent le 7 mai 1795 que l'église de Corseul fût rendue an culte ; les mêmes personnes demandèrent en même temps qu'on leur affermât les églises de Nazareth et de l'Abbaye (Archives des Côtes-d'Armor, Lm5, 97). Etait-ce pour y faire célébrer par des prêtres assermentés ou des prêtres constitutionnels ? — Nous aimerions à le savoir. En tout cas, les cinq prêtres constitutionnels de Corseul se trouvant pourvus à cette époque d'une épouse légale, nous ne croyons pas qu'il s'agisse d'eux, et, d'autre part, nous doutons que M. Le Sage ait jamais consenti à faire la déclaration de soumission aux lois de la République requise pour pouvoir exercer. Tout au contraire une pièce du 30 prairial an III (18 juin 1795) (et non du 30 prairial an II, comme elle est datée par son copiste), nous montre par l'interrogatoire d'un appelé Julien Thomas, qui accompagnait M. Le Sage dans ses courses apostoliques, que celui-ci célébrait un peu partout les saints mystères, ma