|
Bienvenue ! |
LA CONFRERIE de SAINT-YVES à PARIS et sa CHAPELLE |
Retour page d'accueil Retour page Saint-Yves
AVANT-PROPOS
Aperçu des relations du clergé et du peuple breton avec la France au moyen-âge.
Si les historiens bretons ont soigneusement étudié la politique suivie par les ducs de Bretagne vis-à-vis de la couronne de France et mentionné les combats auxquels la noblesse bretonne prit part sous l'étendard royal (Note : Encore cette étude n'a-t-elle été que très sommaire. De La Borderie ne fait aucune mention, par exemple, des contingents bretons, qui, sous les ordres de Conan III, vinrent soutenir Louis VI dans sa lutte contre le comte d'Auvergne en 1122 et 1126), ils ont, par contre, négligé à peu près complètement l'étude, si importante par ses répercussions, des relations qu'entretenaient au moyen âge le clergé et le peuple breton avec les autres provinces françaises.
De nos jours, certains publicistes ont écrit, à ce sujet, qu'isolés dans leur presqu'île, les Bretons, avant leur rattachement à la France, ne recevaient rien d'elle et ne lui fournissaient que des soldats. Malgré le but manifeste de ces auteurs, il leur était évidemment impossible de supprimer les connétables Du Guesclin, Clisson et de Richemont, les maréchaux et amiraux, les grands. maîtres, les grands écuyers donnés à la France par la Bretagne (Note : Voir la liste, assez incomplète d'ailleurs, dans l'Armorial de Pol de Courcy Rennes 1890, T III, p. 312 et suivantes).
De telles assertions dénotent ou une ignorance absolue des faits, ou une partialité indigne de l'historien.
Faut
il rappeler, en effet, qu'après l'invasion normande, c'est aux grandes
abbayes de Touraine, d'Anjou et de Normandie que les princes breton s'adressèrent
au Xème siècle pour relever de
D'autre part, les évêques bretons entretinrent naturellement avec les autres suffragants de la province de Tours de fréquentes relations à l'occasion soit de consécrations de nouveaux élus (Note : Voir l'extrait du trésor de Saint-Gatien de Tours - Bibliothèque Nationale f. fr. 22322, fol 11 et suiv.), soit de dédicaces d'édifices (Note : En 1072, par exemple Quiriace, évêque de Nantes, est présent à la dédicace de Saint-Sauveur d'Angers), soit de translations de corps saints (Note : En 1159, Bernard, évêque de Nantes et Etienne, évêque de Rennes assistent à Saumur à la translation du corps de saint Florent) ; et il suffit, pour en avoir la preuve, d'ouvrir les vieux cartulaires tourangeaux, angevins et manceaux. Celui de la cathédrale du Mans, par exemple, nous montre au XIIème siècle Marbode, évêque de Rennes, présent le 25 avril 1120 à la dédicace de l'édifice et consacrant l'autel du transept méridional en l'honneur de saint Pierre et saint Paul ; puis, quelques années plus tard, après l'incendie de 1134, son successeur Hamelin assistant avec Donoald, évêque de Saint Malo, à la translation du corps de saint Julien retiré de la cathédrale pendant le sinistre ; enfin, en 1158, après la restauration de l'édifice par Hugues de Saint Calais et Guillaume de Passavant, presque tout l'épiscopat breton assistant à la consécration, et groupé autour de l'archevêque de Tours, Josce, breton, et ancien évêque de Saint-Brieuc.
Ces relations s'étendaient également en dehors de la province de Tours ; et, si elles furent plus suivies avec les provinces de Normandie, de Bordeaux Poitiers et de Sens, Chartre, Orléans et Paris , l'on peut dire qu'elles s'étendaient à la France entière à l'occasion soit des conciles, des voyages à Rome (Note : Voyages très fréquents, notamment à l'époque du schisme de l'église bretonne. Voir les plaidoyers de Dol et de Tours Bibliothèque Nationale, f. fr. 2322), des pèlerinages, enfin des missions pontificales ou ducales. C'est ainsi que nous voyons, par exemple, Mabbon, évêque de Saint Pol de Léon, et Nodoard, évêque de Rennes, signer à Chartres en 954 la restitution à l'abbaye de Saint-Père de ses anciennes possessions par l'évêque Regenfroy ; en 1032, Junkenée, archevêque de Dol, et Garin, évêque de Rennes, témoins de la restitution à Marmoutiers par le comte de Blois de l'église de Chouzy ; en 1050, Main, évêque. de Rennes, assister au synode romain ; en 1056, Martin, d'Aleth, assister au concile de Châlons ; en 1067, Warech, évêque de Nantes, et Mainguy, évêque de Vannes, présents à la restitution de leurs biens aux moines de Saint-Florent de Saumur.
Il nous paraît inutile de multiplier les exemples de ces relations dont la conséquence fut, entre autres, l'empreinte exercée sur l'architecture religieuse bretonne par les grands édifices poitevins, normands et angevins.
Faut-il rappeler d'autre part combien les écoles (Note : On sait que jusqu'à la fin du XIème siècle, la Bretagne n'eut pas d'écoles et que Robert d'Arbrissel, entre autres, dut s'expatrier en France. Voir Léan Maître : Les écoles épiscopale et monastiques en Occident avant les Universités), et plus tard les universités françaises contribuèrent à la formation de l'élite bretonne et combien les clercs de Bretagne, tant réguliers que séculiers, vinrent en nombre à Paris, à Orléans, à Angers, suivre les leçons des professeurs réputés et y enseigner à leur tour. Les rôles anciens de l'Université de Paris en particulier, comprennent un contingent breton fort important, tant d'étudiants que de docteurs et régents.
Beaucoup d'entre eux accédèrent à de très hautes charges ou furent revêtus d'importantes dignités. Rappelons au hasard que Robert de Vitré, fils cadet d'autre Robert et d'Emma de Dinan devint chantre, puis grand-chantre de Notre-Dame de Paris, à la fin du XIIème siècle et fut même désigné pour l'épiscopat par une partie du chapitre ; que Thomas de Pouancé, futur évêque de Dol, fut conseiller de Philippe Le Hardi ; que Geffroy du Plessix Balisson fut secrétaire du roi Philippe Le Long ; que Jean de Guiscriff fut médecin de Charles V et Evrart de Tremaugon conseiller de ce roi et maître des requêtes de son hôtel ; qu'Yves Derrien fut conseiller de Charles VI (Note : Yves Derrien fonda en l'église Saint-Jean de Grève une chapelle en l'honneur de la Vierge, de Sainte Marguerite et de Saint Yves l'an 1385) ; Galeran de Penderf, chantre de Notre-Dame ; Philippe de Coetquis, directeur des petites écoles, etc., etc...
Plusieurs d'entre eux, désirant faciliter leurs études à leurs compatriotes moins fortunés fondèrent à Paris à leur intention, dès le début du XIVème siècle, des bourses qui furent comme l'on sait l'origine des collèges de Cornouaille, du Plessix, de Tréguier et de Léon, fondations auxquelles se rattachent les noms de Galeran Nicolaï et de Jean de Guiscriff, de Geffroy du Plessix-Balisson, de Guillaume de Coatmohan et d'Olivier Doniou, enfin d'Eon de Kerambarz.
Paris n'était d'ailleurs pas le seul centre d'attraction et, ainsi que nous venons de le dire, les clercs bretons fréquentaient également les écoles d'Orléans comme en témoigne, entre autres, le procèse de canonisation de saint Yves (Note : Voir également à ce sujet : L. Delisle : Le formulaire de Tréguier et les écoliers bretons des écoles d'Orléans au commencement du XIVème siècle dans : Mémoires de la Société Archéologique et Historique de l'Orléana s, T XXIII, p. 40-64) et celles d'Angers où la colonie bretonne fonda en 1364 une fête de Saint-Yves perpétuée à l'Université de cette ville après sa fondation en 1396 ; et, en 1379 la chapellenie de Saint-Yves de Frvaux, dans la cathédrale.
Nombreux furent également les laïques bretons qui vinrent en France chercher fortune ; et les qualificatifs de Brito, le Breton, de Bretagne, et d'Armorique (Note : Par exemple Guillaume Le Breton, l'historien de Philippe Auguste dit dans les textes Guillelmus Brito, Armoricus), que l'on rencontre souvent dans les vieilles chartes, ne laissent aucun doute à cet égard [Note : Le cartulaire de Saint Nicolas d'Angers indique par exemple que Buhardus ; Brito, désespéré de la mort de son seigneur Geffroy Martel, donna son île (aujourd'hui Behuard) à l'abbaye de Saint-Nicolas, île cédée, en mars 1481, à Louis XI, qui y fonda un collège de chanoines].
Parfois ils émigrèrent en groupe, et les noms de Bretonnière ou Bretonnerie permettent de retrouver leurs lieux de rassemblement (Note : Au Mans, par exemple, l'évêque Guillaume de Passavant 1145 à 1187 achète, dans la rue de la Bretonnière, des vignes qu'il fit arracher et des maisons qu'il fit démolir, afin d'offrir un emplacement aux moines de Marmoutiers pour qu'ils puissent y avoir une demeure, origine du prieuré de Saint Martin abbés Busson et Leduc : Actus Pontificum Cenomannis in urbe degentium. Fol. 467 Le Mans 1902. Notons également que la rue de la Bretonnerie existe encore de nos jours à Orléans). M. Lucien Merlet a retracé la curieuse histoire de l'une de ces colonies fondée à Chartres par les Bretons qui accompagnèrent la duchesse Berthe dans sa retraite après la mort de son fils Conan (11 décembre 1066). Ils reçurent d'elle une maison fortifiée, construite à leur intention derrière l'Aumone ou Hôpital Notre Dame et "clouce des fosez Sainte-Foi" ; puis, la colonie se développant, ils occupèrent toute une rue descendant de la cathédrale à la rue des Ecuyers, rue qui prit leur nom suivant le livre des miracles de Notre-Dame : D'une rue ont la baillie - Qui a nom la Bretonnerie (L. Merlet : Une colonie de Bretons à Chartres : Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, Avril 1892, pp. 235-251).
La topographie parisienne a conservé, de nos jours encore,
les traces ou le souvenir de l'importance de la colonie
bretonne au moyen âge. Sur la rive gauche, si
le percement de la rue Soufflot a fait
disparaître les deux vielles rues de la grande et de la petite Bretonnerie, l'on peut cependant en reconnaître un vestige dans le décrochement
de quelques immeubles entre la place du Panthéon
et la rue Saint-Jacques. Ces deux voies, dont la première se nommait
jadis du Puits des Bretons, puis des Bretons, enclavaient
un petit fief près de la porte Saint-Jacques qui prit le
nom de fief de la Bretonnerie et fut, suivant Sauval, inféodé dès
l'an 1229 par le roi Philippe II. Celui-ci en investit Thibaut de Chartres dont les héritiers le cédèrent à leur tour à l'abbaye
de
Longchamp (Note : Notons
en passant que dans cette dernière abbaye plusieurs religieuses appartenaient à l'aristocratie
bretonne. Philippe de Vitré,
notamment, fille du seigneur de Laval, fut en 1260 l'une des premières
Sur la rive droite, outre le monastère de Saint-Magloire dont le patronage rappelait l'accueil empressé et non désintéressé d'ailleurs, réservé par le roi de France aux moines bretons fuyant avec leurs reliques sacrées l'invasion normande, la cour actuelle du Carrousel était dite au moyen âge la Petite Bretagne du nom de l'hôtel qu'y possédaient les ducs et qui fut cédé en 1428 par Jean V aux chanoines de Saint-Thomas du Louvre.
Plus loin, dans le quartier de Saint-Merri, la rue actuelle Sainte-Croix de la Bretonnerie rappelle également le souvenir d'une rue qui dès le XIIIème siècle portait le nom de Bretonnerie et dans laquelle saint Louis fonda entre 1254 et 1258 un couvent pour les frères de la Sainte-Croix. Elle prit concurremment, à la fin du XIIIème siècle, le nom de rue du Champs-aux-Bretons dont Saint-Foix nous rapporte l'origine. Il n'y avait, écrit-il, dans ce quartier que quelques maisons éparses dans l'une desquelles vint séjourner Renaud de Bréhant, vicomte de Pondouvre et de l'Isle, chargé de mission secrète avec l'Angleterre. Un jour, il eut à soutenir avec son chapelain et son domestique l'attaque de cinq Anglais dont trois restèrent morts dans son verger qui garda depuis le nom de Champ-aux-Bretons (Note : Par contre, la rue de Bretagne n'indique aucun lieu de séjour des Bretons. Elle doit son nom à un projet du roi Henry IV qui voulut en 608, édifier, du côté de la culture du Temple, une vaste place semi-circulaire, la place de France d'où rayonneraient des rues portants le nom de provinces du royaume, projet commencé par l'entrepreneur Pigou, mais que la mort d'Henry IV arrêta).
Outre la topographie, les cartulaires des couvents, paroisses et confréries viennent confirmer, par les nombreuses fondations mentionnées et l'indication des sépultures qui lui furent concédées, l'importance de la colonie bretonne qui avait même un confesseur de sa langue à l'Hôtel-Dieu.
Nous citerons au hasard Alain de Bretagne, maître d'hôtel en 1285 ; Galeran de Bretagne, échanson du roi et concierge, c'est-à-dire gouverneur du Palais Royal, qui fonda avec Pétronille, sa femme, en l'église des Jacobins. une chapelle sous le patronage de Saint-Louis de Marseille ; Raoul de Bretagne, proviseur de la Sorbonne ; Yves Simon, secrétaire du roi Jean Le Bon, qui, avec sa femme, dota la première chapellenie de l'église Saint-Yves ; Louis du Chastel, grand écuyer du roi de France, qui trépassa le 18 juin 1326 et fut inhumé au couvent des Grands Augustins, sans doute de cette grande famille qui donna plus tard à la France le fameux Tanneguy, prévôt de Paris ; Guillaume pannetier de Chattes VII, décédé en 1441 ; et autre Tanneguy, également grand écuyer du roi.
De nombreux artisans sont également mentionnés, témoin Galleran de Bretagne, porteur, et Orenge sa femme habitants en 1260, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie ; Jean de Bretagne, l'un des maîtres carriers de Notre-Dame-des-Champs au XIVème siècle ; Yves de Bretagne, tisserand en Saint-Germain-l'Auxerrois, etc...
De toutes ces fondations de la colonie bretonne la plus importante était sans conteste la chapelle élevée par la confrérie de Saint Yves en plein quartier des Ecoles, non loin des rues du Feurre et du Clos-Bruneau, où, moins d'un siècle auparavant, Yves Hélory, attiré comme tant d'autres par le prestige de l'Université de Paris, était venu y apprendre tout d'abord la logique et les arts, puis la scholastique, la théologie et le droit canon (Note : Rappelons que saint Yves suivit son maître Jean de Kergoz à Paris où il arriva en 1267 à l'âge de 14 ans. Il y séjourna dix ans et se rendit ensuite à Orléans pour écouter les leçons de Pierre de La Chapelle sur les Institutes et de Pierre de Blaye sur les décrétales).
Certes, du point de vue archéologique, l'édifice ne présentait lors de sa destruction, à la fin du XVIIIème siècle, que peu d'intérêt, en dehors de trois statues anciennes qui décoraient son portail et de quelques tombes sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir ; mais que de souvenirs se rattachaient à cet humble sanctuaire qui vit s'assembler pendant plus de quatre siècles les Bretons de Paris et les Parisiens dévots de Saint-Yves
Nous allons tenter d'évoquer très brièvement la vie de cette confrérie et d'indiquer, d'après les comptes qui nous sont parvenus, les divers travaux exécutés dans la chapelle jusqu'à sa disparition.
![]()
Fondation de la Confrérie de Saint-Yves, ses statuts
Peu après la canonisation de saint Yves, célébrée en grande solennité par Clément VI, le 19 mai 1347, des habitants de Paris, originaires pour la plupart de la province de Tours et principalement de Bretagne, résolurent de fonder une confrérie de dévotion en l'honneur du nouveau saint et de lui élever une chapelle, projet qui fut approuvé par l'évêque Foulques de Chanac par lettres du lundi après l'Assomption 1348 (Note : Approbation publiée par du Breul, p 586 et Ropartz p p. 3 3 et suivantes).
En attendant de pouvoir entreprendre la construction du sanctuaire, les confrères tinrent leurs premières réunions en l'église Saint-Nicolas du Chardonnet où ils placèrent une statue de leur saint patron ; et l'évêque, par lettres du lundi avant la Toussaint, octroya quarante jours d'indulgence, le jour de la fête Saint-Yves et pendant l'octave, à ceux qui assisteraient à la messe dans cette église ou la visiteraient. Enfin les statuts de la confrérie furent approuvés par le même prélat le mardi après la Nativité de cette même année 1348.
Ces statuts, qui fort heureusement nous ont été conservés (Note : La copie des statuts originaux rédigés en latin existe ainsi qu'une traduction ancienne aux archives nationales : A N. — LL 963 J. Voir ANNEXE I) réglaient avec minutie les offices et leur pompe, ainsi que l'administration de la confrérie.
Ils prévoyaient, pour veiller à leur observation, l'élection d'un abbé ou maître spirituel et de quatre administrateurs laïques ou proviseurs, élus tous les trois ans et renouvelables par moitié, les deux plus anciens en même temps que l'abbé.
Le maître spirituel, ainsi que son titre l'indiquait, devait surveiller la célébration, par le vicaire attaché à la confrérie, des offices auxquels tous les confrères étaient d'ailleurs tenus d'assister sous peine d'amende : messe le dimanche, les jours de fêtes doubles, services pour les membres défunts, vêpres solennelles, la vigile et la fête de Saint-Yves (Note : La fête de saint Yves était célébrée en grande solennité comme l'indiquent les règlements de la chapelle édictés dans la suite : la veille, à deux heures et demie, vêpres et complies ; puis, à quatre heures, matines et vêpres solennelles, les le jour de la fête, à sept heures et demie, prime et messe basse au grand autel avec exposition du Saint Sacrement ; à dix heures, tierce grand'messe solennelle et sixte ; à deux heures et demie, prédication, nones, vêpres et complies ; à six heures, salut solennel avec oraison, Magnificat, De Profundis, puis sonnerie du Pardon. Le lendemain matin, à neuf heures, laudes, recommandations, grand'messe et prières pour les confrères et leurs bienfaiteurs. Le jour de la Saint Yves, l'on prononçait le panégyrique du saint ; et les comptes de 1760, par exemple, indiquent que le père Elizée, carme déchaussé, reçut, pour ce, 24 livres).
Plus tard, il dut s'assurer également de la stricte exécution, par les chapelains, des fondations diverses desservies en la chapelle. En outre, l'abbé présidait les réunions des confrères et devait assister le plus souvent possible au service divin, notamment aux quatre grandes fêtes, aux cinq fêtes de la Vierge, et obligatoirement aux offices de la fête de Saint-Yves et de sa translation.
Il ne semble pas qu'au cours des siècles les abbés aient d'ailleurs rencontré la moindre difficulté dans l'accomplissement de leurs fonctions.
Il n'en fut pas de même des proviseurs et plus spécialement de l'administrateur en charge à qui incombait le soin de gérer les biens de la confrérie, de pourvoir à sa bonne marche et aux convocations des confrères.
Certes, au début, il n'était pas très absorbé par ses fonctions ; car, en dehors de la rédaction du procès-verbal des réunions, d'ailleurs peu fréquentes, et de la tenue des comptes, sa principale préoccupation consistait à organiser le repas des confrères le dimanche suivant la Saint-Yves.
Les administrateurs y apportaient tous leurs soins, comme l'on peut en juger par les menus qui nous sont parvenus : coquillages, poisson de mer, poisson d'eau douce, volaille rôtie, pâté et dessert, le tout arrosé de vin généreux. Dans les premières années du XVème siècle, le banquet avait lieu à l'hôtel des Ducs de Bretagne, orné pour la circonstance des tapisseries de l'hôtel Saint Pol que le roi prêtait le jour de la Saint-Yves pour décorer la chapelle, et des ménestrels y donnaient l'aubade.
Les comptes étaient eux-mêmes fort simples, les recettes consistant uniquement dans le produit des quêtes, l'argent recueilli dans les troncs et les dons des confrères ; les dépenses dans les honoraires du vicaire et du bedeau, l'achat des cierges et l'entretien des ornements.
Mais, peu à peu, les legs faits à la confrérie vinrent singulièrement compliquer les fonctions de l'administrateur en charge avec la soutenance de tous les procès qu'ils entraînèrent, soit pour entrer en leur possession, soit pour la perception des revenus, soit enfin avec les locataires des immeubles ou les propriétaires mitoyens.
Au début du XVIème siècle, la confrérie possédait en effet, ainsi que nous le verrons, trois immeubles : une maison, Grande-Rue Saint-Jacques, touchant d'une part à la chapelle et d'autre part à la maison des abbés et religieux du couvent de Saint-Jean-des-Vignes-de-Soissons (Note : Maison achetée de Pierre Le Roy, le 2 septembre 1407 moyennant 250 écus d'or à la couronne "du coing du Roy" valant XVII sous pièce. Elle fut démolie au début du XVIIème siècle et reconstruite plus tard à deux corps de bâtiments) ; une autre, rue Galande, « à l'enseigne du Petit Cerf », ayant issue rue du Plâtre et attenante au collège de Cornouailles (Note : Maison chargée d'une rente de 5 sols 5 deniers envers le seigneur de Saint Aignan. Elle provenait du legs Aspery à la fin du XVème siècle) ; enfin une troisième, proche la chapelle, rue des Noyers, « à l'image de saint Etienne » et plus tard « à l'enseigne du Dauphin » avec représentation de saint Yves sur la porte(Note : Maison provenant du legs d'Hervé Kerasquer en 1477).
C'étaient encore les seules lors d'une déclaration des administrateurs, le18 mars 1583, et elles appartenaient toujours à la confrérie en 1793 (Note : Compte de M. Caillau de Courcelles, administrateur, pour 1791-1792 - A. N. H. 4699).
Rien n'est pittoresque comme de suivre à travers les comptes la vie de ces trois masures en pans de bois qui, neuves ou presque à l'époque où elles furent léguées à la confrérie, perdaient leurs chevilles et fléchissaient de toutes parts lorsque la Révolution survint. C'est que, faute d'argent, elles avaient été, malgré les soins des administrateurs, entretenues plutôt sommairement ; et souvent, en attendant les jours meilleurs, se contentait-on d'étayer leurs escaliers lorsqu'ils étaient trop vermoulus ou leur façade lorsque le lieutenant de police la jugeait trop dangereuse pour les passants.
Les locataires ne sont pas moins intéressants. De petits commerçants y avaient pignon sur rue : maître verrier, pâtissiers, parfumeurs ; quant aux logements sur l'arrière, ils étaient habités par des individus sans professions définies, apitoyant souvent les confrères sur leurs situations précaires pour ne payer qu'un modique loyer, ou même essayant de déménager à la cloche de bois, ce qui obligeait à une grande vigilance les administrateurs en charge soucieux de leurs responsabilités (Note : Par exemple en janvier 1768). Parfois des étudiants y logeaient qui n'étaient guère meilleurs payeurs, témoin deux apprentis chirurgiens qui déguerpirent le 18 juin 1787 ne laissant dans leur chambre qu'un cadavre en putréfaction que les confrères durent faire inhumer à leurs frais à Clamart.
Quoiqu'il en soit, ces statuts de 1348 furent observés assez régulièrement jusqu'à la Révolution sauf la durée du mandat de l'abbé et de l'administrateur en charge.
Peu à peu, en effet, les privilèges de la confrérie eurent besoin d'être défendus contre la rapacité des agents du roi, et la gestion de ces modestes biens devint, ainsi que nous venons de l'exposer brièvement, assez laborieuse ; aussi les confrères, en gens pratiques, jugèrent qu'il n'était pas inutile d'avoir de puissants protecteurs à la cour, d'où le choix des abbés, et d'habiles procéduriers, d'où le choix des premiers administrateurs, recrutés généralement parmi les membres influents du Parlement (Note : Nous voyons cependant certaines dérogations à cette règle, par exemple Pierre Besnard, chirurgien de longue robe). Les circonstances ayant obligé plusieurs fois les confrères à solliciter de ceux-ci la continuation de leur mandat, petit à petit, ils restèrent en fonctions tant qu'ils le désirèrent.
C'est ainsi que « vénérable et scientifique personne » messire Hérosme Bachelier, docteur en théologie de la Faculté de Paris et de la maison de Sorbonne, ayant été élu le 16 février 1648 maître spirituel en remplacement de messire Jacques Hennequin, docteur et professeur en Sorbonne, resta en fonctions jusqu'à sa mort survenue le 13 septembre 1656 (Note : L'un de ses successeurs, messire François Le Tellier, curé de Saint Séverin et élu maître spirituel le 20 novembre 1672 resta en fonctions jusqu'à son départ pour l'évêché de Digne le 14 décembre 1678. Il eut lui même pour successeur, M. de Sartes, chantre de la collégiale Saint-Honoré, qui, décédé en décembre 1680, fut remplacé par le curé de Saint Benoît, messire Tulon des Marets). Quant à l'abbé Samuel de Verthamont de Chavagnac, nommé administrateur à la place de son frère le 10 juin 1731, il conserva ses fonctions jusqu'à sa mort, en 1758, bien que nommé dans l'intervalle à l'évêché de Luçon et ne pouvant par conséquent s'occuper en fait de la confrérie. Les confrères furent d'ailleurs si flattés d'avoir à leur tête un évêque qu'ils élurent à sa mort l'évêque de Soissons, Mgr Fitz James, puis au décès de celui-ci l'évêque de Vence, à qui ils donnèrent enfin pour successeur le 8 juillet 1784 l'évêque de Troyes.
Il en fut de même pour l'administrateur en charge ; et, bien que le 19 mai 1737 il eut été décidé que le renouvellement ne pourrait dépasser trois ans, un avocat au Parlement, M. Mantel, administrateur depuis le 15 juin 1750 et premier administrateur depuis 1760, conserva cette fonction jusqu'à son décès, le 13 décembre 1788.
Notons également qu'à partir de 1737 les dames furent admises dans la confrérie, avec accès au choeur dans les basses stalles et voix consultatives dans les assemblées ; et, qu'en conséquence, l'ont reçut peu après la marquise de Bournonville et Mme Thierry de Villereille, femme du premier administrateur.
Les statuts montrent enfin que, comme toutes celles du moyen âge, la confrérie de Saint-Yves était une association de secours mutuels. L'un des articles stipulait expressément qu'au cas où l'un des membres, reçu depuis dix ans au moins, viendrait à tomber dans l'indigence sans qu'il y eut de sa faute, il serait pourvu décemment à son état sur les biens de la confrérie.
![]()
Fondation de la Chapelle Saint-Yves. — Les premiers fondateurs.
Nous avons laissé les confrères s'assemblant à la fin l'année 1348 en l'église Saint Nicolas-du-Chardonnet. Désirant élever le plus rapidement possible leur chapelle, ils acquirent dans ce but, en la paroisse de Saint-Benoit-le-Bien-Tourné, « une place et masure, séant à Paris oultre petit pont en la grand'rue Saint Jacques, faisant le coing de la rue des Noyers » et engagèrent des pourparlers pour obtenir l'immeuble contigu appartenant à Michel de Saint-Benoît et Peronnelle sa femme (Note : Cet emplacement, en bordure de la rue Saint Jacques était sensiblement dans l'axe actuel du boulevard Saint Germain, au carrefour de ce dernier avec les rues Saint Jacques et Dante. La moitié des substructions subsiste encore en dehors de la voûte du Métropolitain, côté Seine).
Sans attendre la cession définitive de ce dernier, qui n'eut lieu que le 15 juillet 1349, le roi Philippe II, par lettres d'avril avant Pâques, datées de l'abbaye de Barbette, amortit le cens qui lui revenait sur ces terrains. Il y eut également abandon de ses droits, moyennant 40 livres parisis, par l'abbé de Sainte-Geneviève en 1350 ; et la première pierre de la chapelle put être enfin solennellement posée par le roi Jean Le Bon, le 30 mai 1352.
Cette pierre de 0 m. 55 de longueur sur 0 m. 50 de large et 0 m. 12 de hauteur a été retrouvée, au début de 1928, dans la galerie d'avancement de la ligne n° 10 du Métropolitain. Elle reposait directement sur le sol sous la fondation du portail près de sa tourelle sud. Au-dessus était posée une pierre de même dimension protégeant l'inscription commémorative, puis commençait la maçonnerie. Sur la face ainsi abritée était peint un écu décoré de trois fleurs de lys de France et accompagné du texte suivant : (en lettres gothiques). Jehan par la grace de Dieu roy de France a fondé ceste chapelle et assis la prumierre pierre en loneur de Dieu et de mons. S. Yves en lan M. CCC L II et secont de son resgne et donné grant masse dor à la chapelle. (figure 1).

Figure 1
Le roi donna en effet à cette occasion cinquante francs d'or ; puis, par lettres du 21 septembre 1353, il consentit à l'amortissement perpétuel de 40 livres de rentes en faveur de l'oeuvre de cette chapelle « de novo fundata », à charge à la confrérie de faire célébrer mensuellement une messe basse de requiem pour l'âme des rois de France (Note : Aussi la chapelle prit-elle dans la suite le titre d'église royale de Saint-Yves comme le portait d'ailleurs son sceau particulier. Celui ci représentait, sur un fond semé de fleurs de lys, saint Yves en robe de procureur fourrée d'hermines tenant un sac de procès suspendu au bras gauche, un livre dans la main droite et un rouleau de parchemin dans la gauche, la tête coiffée d'un bonnet carré et entourée d'une auréole. Autour l'inscription suivante "Sigillum ecclesiœ regiae Sancti Yvonis Parisius". La messe fondée par Jean Le Bon était dite le premier lundi de chaque mois).
Peu après, son secrétaire Yves Simon, apparemment Breton, suivant du Breul, fonda la première chapellenie dotée de trente livres parisis. Il s'en réservait la collation sa vie durant et en cédait après sa mort le patronage aux maîtres et confrères de Saint Yves, demandant à être inhumé dans la chapelle (Note : Du Breul. Livre II, p. p 44 et suivantes. Cette première chapellenie, dite de Notre Dame de la Goutte d'Or, était desservie sur le maître autel de la chapelle. Les revenus étaient assis sur des biens en Palaiseau ; et dès 1374, il y eut de fréquents procès à leur sujet entre les chapelains de Saint Yves et les seigneurs de Palaiseau ou Paloisel, comme l'on disait alors Voir A. N. dossier QI, 148). Cette fondation fut approuvée par lettres de l'évêque Jean de Meulan, datées du 4 novembre 1355 et données en sa chapelle de Saint-Marcel près de Paris. Ce prélat, quelques mois plus tard, par lettres du 26 septembre 1357 datées de sa maison de Gentilly, permit à Jean, évêque de Tréguier (Note : Cet acte nous fait connaître le prénom véritable de l'évêque de Tréguier qui venait d'être pourvu le 21 août 1357 et qui est dit tantôt Alain, tantôt Alain Thomé ou François Alain dans les divers catalogues. Ne faudrait-il donc pas voir Jean Alain) de procéder à la consécration de la chapelle (« de novo constructa ») et à sa bénédiction en tant que cimetière, les inhumations y étant autorisées à l'avenir.
Cette cérémonie fut célébrée trois jours plus tard, le 29 septembre 1357, jour anniversaire de la translation de saint Yves, en présence d'un grand concours de peuple et de vénérables et discrets messires Guillaume Keroulay (Note : Guillaume Morice, dit de Keroulay, du diocèse de Léon, figure au rôle de l'Université de Paris de l'année 1349 - Voir Denifle et Chatelain. Cartulaire de l'Université. Un autre Guillaume de Keroulay, chanoine de Paris au XIIIème siècle est mentionné au nécrologe de l'abbaye Saint-Victor), Hervé Bourouguel, Robert dit Celles, maître en l'un et l'autre droit ; de Guyomar de Quilbignon, licencié en decrets, d'Hervé Le Borgne, licencié en droit canon ; de Jean de Kaerlozret, maître ès-arts (Note : Jean de Kerleoret, du diocèse de Léon, est inscrit sur le rôle de 1362 de l'Université. Il est qualifié, en 1371, de maître ès arts et en théologie et de chanoine du Mans ; puis en 1379 de professeur en théologie à l'Université de Paris et de chanoine de Bayeux. Mentionné encore en 1386, il ne figure plus, sans doute décédé, sur le rôle de 1394 des docteurs de la faculté de théologie) ; de Jean de Keroulay, promoteur de la curie parisienne (Note : Jean Morice, dit de Keroulay, prêtre du diocèse de Léon et sans doute parent de Guillaume, naquit en 1327 suivant une enquête de la faculté relative au chancelier Jean Blanchard et datée de 1385. Il figure sur le rôle de la faculté de 1349 (?), puis fut gratifié par l'évêque de Nantes de la prévôté de Saint Aubin de Guérand prébende dont il ne put toucher les fruits à cause des guerres. Il séjourna ensuite plusieurs années à Narbonne où il apprit la théologie de l'archevêque Pierre Juge ; puis résida longtemps à Rome et à Avignon, à titre de curial, au temps des pape. Urbain V et Grégoire IX. Sur ces entrefaites, il avait été fait chanoine d'Angers antérieurement à 1362 puis archidiacre de Nantes en 1365 et chanoine de Paris en 1373. Maître en théologie en 1362, il est qualifié de régent de l'Université de Paris sur les rôles de 1378 et 1379 avec un autre Breton, Alain de Lamballe. Mentionné docteur en théologie sur le rôle de 1380, puis professeur d'écritures sacrées, il est, en 1394, au nombre des vingt-quatre docteurs de la faculté de la Théologie en compagnie d'un autre Breton, Hervé Sulven. Il mourut peu après 1395) ; de Guy de Treusvern ; de Geffroy dit Regorat . d'Alain de Villepierre [Note : La sépulture d'Alain de Villepierre (Kermen ?) qui se trouvait dans la chapelle Saint-Yves au pied des marches du sanctuaire sous la lampe, nous a été conservée par Gaignères - Bibliothèque Nationale, estampes Pe Ij fol. 82 . Elle portait l'épitaphe suivante : « Ici gist Alain de Villepierre, notaire de la court Monseigneur l'Evèque de Paris et fondateur de cette chapelle qui trépassa l'an MCCCLVIII le XXIIIIème de janvier. Priez pour l'âme de li ci gist »] ; et de Guillaume Mignot.
Il est aisé de se rendre compte de ce qu'était alors l'édifice grâce aux substructions retrouvées ainsi qu'aux descriptions et gravures anciennes qui nous sont parvenues.
Les fondations homogènes du chevet et des longères, et le fait que la pierre commémorative ait été posée près du pilier sud du porche, dans l'alignement de la rue Saint-Jacques, indiquent en effet que la chapelle ne changea pas de dimensions. Elle était d'ailleurs fort petite et mesurait 38 mètres de long sur 12 mètres de large environ.
En élévation, chacun des deux murs gouttereaux était monté sur six arcades aveugles en plein cintre et percé de fenêtres dans l'axe de chacune de celles-ci [Note : Le procès-verbal de démolition de la chapelle mentionne certaines partie des murs gouttereaux, au-dessus des grandes arcades, construites en pans de bois. - Archives départementales de la Seine, dossier 1592. Un plan du chevet existe aux archives nationales, Seine, N. III 572]. L'édifice était ainsi divisé en six travées dont les trois dernières occupées par le choeur. Le pignon occidental était droit, le chevet à cinq pans réguliers,. et l'ensemble couvert en charpente.
A partir de la consécration, les fondations se succédèrent ; et, bien que modestes, celles du XIVème et du début du XVème siècle sont particulièrement intéressantes à suivre, car, en dehors des donations royales, elles émanent pour la plupart de Bretons, qui, avant l'ouverture de l'université de Nantes, fréquentaient en nombre celle de Paris.
L'une des premières fut faite par Salomon de Mescoual dont la tombe, tout au bas de l'église, près de l'entrée, était effigiée d'un chanoine et portait l'inscription suivante (figure 2) : Hic jacet magister Salomon de campo equali, alias de Mescoual presbyter quondam ecclesiœ sancte Opportune, parisiensis canonicus, curatusque parriochialis ecclesiœ de poulaouen corisopitensis diocesis in britania, publicus apostolicus et imperiali auctoritate notarius, cujus anima requiescat et quidem decessit quarta die mensis novembris anno domini M. CCC LX, Orate pro eo 40
|
Tombe de Salomon de Mescoual Figure 2 |
Tombe d'Yvon de Kerambarz Figure 3 |
Par testament du 17 mai 1369, Guille Jacob, notaire en cour d'église à Paris, léguait à Saint Yves 50 sous parisis de rentes qu'il avait sur deux maisons sises rue de la Harpe, l'une au coin de la rue Parcheminerie et l'autre au coin de la rue Poirée, à charge de faire dire chaque année cinq messes de requiem pour son âme.
Deux ans plus tard, en 1371, Pierre Albert, conseiller du roi, fondait en l'honneur de la Sainte-Croix, pour le repos de son âme et pour la conservation et prospérité du roi, une chapellenie de deux messes par semaine à l'intention l'une du Saint Esprit et l'autre de la Sainte Vierge. Cette fondation dotée de 25 livres de rentes, fut approuvée par lettres de Charles V et de l'évêque de Paris du 26 janvier 1371 (Note : Pierre Albert, conseiller du roi et chanoine de Beauvais avait fait don à chacune des abbayes Sainte-Geneviève et Saint Victor de 40 francs d'or du coing du Roi - Voir nécrologes de ces abbayes). Peu après, vers 1373, Yvon de Kerambarz (figure 3) fondait en la chapelle Saint-Yves où il désirait être inhumé, une chapellenie en l'honneur de Notre Dame, dotée de 30 livres parisis (Note : Yvon de Kerambarz, natif de l'évêché de Léon, portait pour armes trois grelots au chef d'hermines chargé d'un lion issant. Il figure dans le rôle de la faculté des arts adressé au pape Urbain VI en 1371, rôle où il est qualifié maître ès arts et bachelier ès lois. Il avait acquis les rentes stipulées dans sa donation par contrats des 6 décembre 1366, 26 août 1370 et 28 juillet 1372. Il décéda le 31 décembre 1383 et fut inhumé dans la nef proche de la porte du choeur. Sur sa tombe étaient gravées son effigie en robe longue et deux écussons de ses armes avec l'épitaphe suivante : Cy gist Yvon de Kerambarz escuier né de l'evesché de léon en bretaigne, jadis huissier d'armes du roy notre sire, qui trespassa le dernier jour de décembre l'an de grâce mil trois cent quatre vins et trois, priez Dieu pour l'âme de luy - Collection Gaignières). Les biens de cette fondation furent amortis par le roi Charles VII en 1425 ; elle était alors desservie sur l'autel de la Bienheureuse-Marie et de Saint Jacques.
Le 19 mai 1378, Charles V offrait 20 francs à la chapelle (Voir Léopold Delisle : Mandements et actes de Charles V, Paris, 1874 - Acte n° 1720, p. 847) et l'année suivante Yves Pennec établissait une chapellenie en l'honneur de Notre-Dame et Saint-Denis.
En 1384, l'on inhuma à gauche du maître-autel messire Geffroy Lavenant dont la tombe représentant un professeur enseignant portait l'épitaphe suivante (figure 4) : Hic jacet venerabilis vir gaufridus Lavenant coriopitensis diocesis, licentiatus in artibus et utriusque juris, professor regensque in facultate decretorum parisius, qui obiit seconda dic mensis martii anno domini M. CCCmo octuagesimo quarto, Orate pro eo 44.
La même année, par acte du 19 novembre, une chapelle y fut établie en exécution des dernières volontés de Jean de Guiscriff.
Par testament du 27 janvier 1386, Hervé Dol, bachelier en décret, fondait une chapellenie de trois messes par semaine (Note : Hervé Dol, du diocèse de Léon, figure au rôle de 1379 de l'Université) ; et la même année, le 9 juin, le roi Charles VI ordonnait de verser 50 francs d'or à l'église Saint-Yves. Le souverain faisait également don de la grande verrière derrière le maître-autel, verrière dont l'abbé de l'OEuvre nous a conservé la description : « Jésus-Christ, glorieux, est en haut d'un côté de cette vitre et la Vierge de l'autre. Saint Yves est en bas, debout, habillé de blanc. Charles VI et son fils Charles VII sont à genoux aux pieds du saint qui a la main gauche sur la tête du père et la droite sur celle du fils qu'il présente à Jésus-Christ. De l'autre côté, la reine Isabeau de Bavière avec ses trois filles à genoux et sainte Clotilde les présentant à la Vierge » (Note : Abbé Jacques de l'Œuvre : Vie de saint Yves. Pins 1695, in 12, pp. 265 et suivantes. — Suivant les comptes de la confrérie de 1411, la verrière fut réparée en cette dernière année, « les jambes de la pourtraicture du Roy avant été rompues à un pied de terre »).
En 1393, Hervé Costiou fondait une chapellenie en l'honneur de Saint-Tugdual. Il mourut peu après et fut inhumé dans le choeur près de la tombe de Jean de Keroulay (Note : Hervé Costiou, prêtre du diocèse de Cornouaille et chanoine de Paris, est mentionné comme docteur en décrets et régent en l'université dès 1371. Mentionné également en 1385, 1388 et 1391, il ne figure plus sur le rôle des docteurs de 1394).
La même année, Alain Le Forestier, du diocèse de Léon, fit fondation et fut inhumé dans le chœur au pied des marches du sanctuaire. La tombe le représentait en habits sacerdotaux (figure 5). Aux quatre angles étaient les armes de Bretagne et de chaque côté ses armes : (d'argent à) une feuille de houx (d'azur) en pal accostée de deux coquilles (de même). Autour était l'inscription suivante : Hic jacet venerabilis et discretus vir magister Alanus Forestarii magister in artibus et licentiatus in decretis, leonensis in britannia, quondam curatus de Ploermel Maclovensis diocesis obiit anno domini M. CCC nonagesimo tertio, die xx iii mensis decembris. Anima ipsius requiescat in pace, amen (Note : Tombe dans Gaignières, loc. cit., fol. 83. Alain le Forestier est mentionné sur le rôle de 1387 de la faculté des arts comme maître es arts et licencié en décrets).
|
Tombe de Geffroy Lavenant Figure 4 |
Tombe d'Alain Le Forestier Figure 5 |
Par testament du 5 décembre 1395, passé devant maître Jean de Folleville, en présence de Galeran de Pendref (Note : Galeran de Pendref, originaire du diocèse de Cornouaille et chanoine de Quimper, figure sur le rôle des maîtres es arts de l'Université de 1362. Il est encore mentionné sur celui de 1403 comme maîtte es arts médecine et théologie, régent et doyen de la faculté de théologie, et chantre de Paris. Il mourut l'année suivante comme le rappelle l'obituaire de Notre-Dame de Paris. « 13 juillet : Obiit magister Galleranus de Pendref, cantor (1404), pro quo ha buimus, de vendicione domorum suarum claustralium, trecentos octoginta tredecim francos duodecim solidos, item in libris valorem ducentarum librarum parisiensum et amplius »), d'Hervé Sulven maître en théologie (Note : Hervé Sulven, originaire de Cornouaille, était né en 1334 suivant l'enquête déjà mentionnée de 1385. Il est indiqué en 1368 comme résidant au collège de Navarre, maître ès arts et procureur de la nation de France, puis recteur de l'Université en 1369 et en 1377, bachelier en théologie et chanoine de Quimper en 1379, licencié en théologie le 7 janvier 1382, enfin maître ès arts et en théologie et régent en théologie en 1387 et 1394. Mentionné encore en 1403, il n'était plus alors régent), de Jehan Ansquer, conseiller du roi, de messires Yves de Kerengar (Note : Yves de Kerengars, du diocèse de Léon, figure en 1385 comme docteur en décrets avec ses compatriotes Hervé Costiou et Salomon de Lesquelen, puis en 1394 au nombre des dix-huit docteurs régents de la faculté de décrets ainsi que Maurice de Kaergorhant, doyen, et Main Guillot. Il est encore mentionné en 1416) et Olivier Doniou (Note : Olivier Doniou était également docteur et régent en 1403) docteurs en droit, d'Alain Ploemedern, de maître Nicole de Villeneuve (Note : Nicolas de Cluzrehou, alias de la Villeneuve, originaire du diocèse de Léon, figure au rôle de 1387 puis à celui de 1394 comme maître ès arts et bachelier en cours d'études de décrets), d'Hervé de Villeneuve (Note : Hervé de Cluzrehou, alias de la Villeneuve, sans doute parent du précédent, est qualifié de maître ès arts et en sixième année de théologie en 1394, bachelier en théologie en 1403, licencié en 1408 et maître en théologie en 1413. Mentionné encore en 1416), de maître Yves de Kernou (Note : Yves de Kerneau, du diocèse de Cornouaille, figure sur le rôle de la faculté des arts de 1387 comme maître ès arts et étudiant en droit canon), de maître Bertrand de Rosmadec (Note : Bertrand de Rosmadec, aux gages du duc en 1407, fut nommé évêque de Quimper en 1417) et de maître Alexandre Huon (Note : Alexandre Huon, alias Hugon, également du diocèse de Cornouaille, était en 1403 bachelier en quatrième année de décrets), Messire Jehan Morice, alias de Keroulay, fondait une grand'messe le dimanche et aux quatre fêtes de Noël, de l'Ascension, du Saint-Sacrement et de la Saint-Jean-Baptiste, fondation confirmée par codicille du 24 juin 1396 et pour laquelle il léguait à la confrérie tous ses biens meubles et immeubles. Ce généreux chanoine léguait également au chapitre de Notre-Dame, par acte du 14 novembre 1397, 200 livres une fois payées pour participer aux prières et oraisons et pour un service double le jour de la Saint-Yves.
Il mourut peu après et fut inhumé dans une labbe décorée de ses armes (figure 6), au droit du maître autel du côté de l'évangile. Sa tombe dont Millin a donné la description détaillée et qu'il a confondue d'ailleurs avec celle d'Hervé de Kerasquer, le représentait en docteur enseignant [Note : Sur Jean de Keroulay, voir précédemment. La labbe décorée de ses armes : De vair au chef de gueules chargé d'un lion issant d'or, armé, lampassé et couronné d'azur est représentée dans Gaignières (loc. cit., fol. 87). Milin a donné le curieux dessin de sa pierre tombale. Quant à la plaque de fondation elle est également reproduite dans Gaignières (loc. cit., fol. 81)] (figure 7).
|
Labbe de Jehan de Keroulay Figure 6 |
Tombe de Jehan de Keroulay Figure 7 |
A gauche de la tombe, sur le mur du choeur et sous la fenêtre voisine, une épitaphe en cuivre rappelait ainsi qu'il suit la donation de Jean de Keroulay. « Vénérable homme maistre Jean de Kaerolay, de la diocèse de Léon en Bretaigne, maistre en théologie, doyen de Saint Malou et chanoine de Paris et de Nantes, a fondé au grand autel de ceste chapelle de Saint-Yves une messe perpétuelle, diacre et soubsdiacres, et trois coriaux, à. heure des grand'messes, chacun dimanche, et aussi les fêtes de la Nativité, de l'Ascension, du Saint-Sacrement notre Seigneur, et à la feste de Saint-Jehan-Baptiste ; et à ce faire sont obligez tous les biens de ceste chappelle, et a, le dit maistre Jehan, fait faire la fenestre et voirière cy dessus, et a donné céans une paire de vestements pour prestres, diacres et sous-diacres et deux coriaux, et fait plusieurs autres biens à cette chapelle, où gist son corps. Item, le dit maistre Jehan fonda à l'église Notre-Dame de Paris le service double à. la feste Saint-Yves, perpétuellement à l'avenir à l'honneur de Monsieur Saint-Yves ; item, les exécuteurs ont fondé céans deux messes chacune sepmaine au lundi et vendredi et un annuaire solennel au xx iiij et xxv de may perpétuellement, desquels célébrer sont tenus les religieux des Mathurins de Paris » (Note : Par contrat du 31 mars 1399, les gouverneurs de Saint-Yves avaient donné sur le legs de Jean de Keroulay, 400 florins aux Mathurins pour leur permettre d'achever leur couvent, à charge d'assumer la fondation du donateur).
En 1399, par testament du 3O août, Maurice de Tresiguidy, chambellan et conseiller du roi, fondait la chapellenie de Saint-Maurice et laissait 40 livres parisis à la confrérie pour être inhumé dans la chapelle (Note : Ce curieux testament a été publié par le Vicomte du Breil de Pontbriand : Maurice de Trésiguidy, tirage à part de la Revue historique de l'Ouest, Vannes, 1899, pp. 29 et suivantes).
Peu après, en 1400, Jacques Dyche, couvreur de maisons et bourgeois de Paris, fut inhumé dans le choeur, contre les chaires à droite, sous une dalle où vint le rejoindre le 18 octobre 1419 sa femme Jeanne, marchande à Paris (Note : Tombe dans Gaignières : loc. cit., fol. 70).
Le 20 avril 1400 mourut Gilles Raoul, prêtre du diocèse de Léon et
chanoine de Saint-Cloud, qui fut inhumé dans le choeur (Note :
La tombe de Gilles Raoul dans le choeur, à gauche de l'aigle (lutrin), le représentait
en habit sacerdotaux et portait l'inscription suivante : Hic jacet venerabilis
et discretus vir Evelius (Egidius) radulphi quondam presbyter leonensis diocesis
canonicus ecclesiœ collegiale sanct........ obiit ann M CCCC die martis xx mens
s aprilis cujus anima requescat in pace (Gaignières loc. cit. fol. 69).
A son tour, par testament du 27 mai 1402, Yvon Gral, natif du diocèse de Léon, « familier et suiteur de Monsieur le Chancelier », léguait quatre livres parisis de rentes à charge de faire chanter deux services solennels, l'un le 29 mars et l'autre le lundi après la Toussaint.
Enfin, à la même époque, Jean de la Villemaden, allas Jean Le Jeune, notaire apostolique et chapelain de la chapellenie de Kerembarz, donnait 12 livres pour avoir sa sépulture en la chapelle.
Outre ces fondations, beaucoup d'objets mobiliers avaient été donnés à la confrérie, comme nous le montre l'intéressant inventaire dressé le lundi après la Saint Michel 1402 par Main Guillot, Alexandre Hugon et Simon de Sarcy.

La chapelle Saint-Yves avant 1675
Figure 8
![]()
Achèvement de la Chapelle. Les statues du portail occidental.
Lors de sa consécration en 1357, il ne semble pas que la
chapelle
ait été achevée ; et les travaux durent être arrêtés pendant les troubles
qui éclatèrent alors, si l'on en juge par une mention du rôle de la faculté
des arts adressé au pape en 1379 (Denifles et Chatellain : loc. cit. T. III, p.
257).
Entre autres, faute d'argent sans doute, un pignon provisoire la clôturait sur la rue Saint Jacques, ainsi qu'il ressort des indications très précises des travaux postérieurs.
A quelle occasion les confrères purent ils entreprendre la construction de la façade occidentale et du clocher ? Il est impossible de le savoir avec certitude, les premiers comptes qui nous sont parvenus datant de 1406 et montrant les travaux déjà en cours. Il est toutefois permis de supposer avec vraisemblance que ce fut grâce à la générosité du duc de Bretagne, qui fit, probablement à l'occasion de son mariage en 1404 avec Jeanne de France, plusieurs dons importants aux confrères de Saint-Yves, entre autres celui de 400 francs d'or pour la construction de la grande verrière de la façade.
Mais, si nous ignorons le motif exact de ces travaux, du moins est-il permis de les suivre en détails. Nous apprenons ainsi que le projet de cette façade fut dressé par maîtres Benoist de Savoye, maçon juré du roi, et Henryet Bricet, et que son exécution fut confiée à Jean Manicet, maître maçon, Simon Le Noir, Jehan James et Geffroy Sevestre, tailleurs de pierre.
Ainsi qu'on peut le voir sur un dessin ancien figure 8, le pignon, flanqué de deux tourelles contenant les escaliers, était percé d'un porche à large archivolte surmonté d'un gable important en avant de la verrière, laquelle occupait presque toute sa surface.
Ces deux tourelles, ainsi que l'archivolte du portail, furent élevées en 1406, en faisant venir les pierres nécessaires des carrières de Notre-Dame-des-Champs (Note : Ce portail était profond et formait "vestibule". En arrière de l'archivolte, on avait levé une voûte sur la maçonnerie ancienne. Au-dessus de celle-ci était une tribune). L'année suivante, tout en travaillant au portail, l'on construisit dans la longère nord, aux deux extrémités de la quatrième travée, deux piliers formant contreforts, en pierre de Gentilly, destinés à étayer le futur clocher. Les comptes de 1408 nous apprennent ensuite que, devant les exigences des carriers de Notre Dame-des-Champs, l'on acheta, pour le pignon, de la pierre au pont de Charenton. Ils mentionnent également une somme de 22 sols payés à Symonet de Sarcy, charpentier, pour « les moles de la forme de la verrière donnée par Monseigneur le Duc de Bretagne » et la commande de celle-ci à Claude Loup, maître verrier. Les travaux du pignon continuèrent en 1409, année où l'on refit également le pavage du choeur démoli sur quelques toises pour les fondations de l'un des contreforts ; puis en 1410 où l'on reblanchit la statue de Mgr Saint-Yves destinée à la porte de la chapelle ; en 1411 où l'on termina les moules supérieurs de la verrière et où l'on fit les fausses portes en bois du portail ; enfin en 1412 et 1413 où l'on commença le faîtage et termina les sculptures. On acheta notamment dans ce but une pierre de Tonnerre pour faire le « tabernacle » ou trumeau du portail au dessus de Mgr Saint Yves, et de la pierre de Saint Leu de France pour faire les clairevoies de la verrière et tailler les « images » dont malheureusement les comptes ne nous donnent pas le détail.
Nous savons seulement qu'une statue de saint Yves était, ainsi que nous venons de le dire, adossée au trumeau du portail et qu'une de Notre-Dame couronnait le gable.
Il y avait en outre sous le porche deux niches, dont les statues, si elles existèrent jamais, avaient déjà disparu au XVIIème siècle ; et, sur l'avant-corps, deux statues dont Gaignières et Millin ont donné les dessins et qui subsistèrent jusqu'à la Révolution.
Trois hypothèses ont été émises au sujet des personnages qu'elles représentaient dans lesquels on a voulu voir tantôt Yves Simon et sa femme (Abbé Leboeuf), tantôt, suivant la tradition de la confrérie à la fin du XVIIIème siècle, Jean Le Bon et Jeanne de Boulogne sa seconde femme (Millin, identification généralement adoptée depuis), tantôt enfin le duc de Bretagne et Jeanne de France (Gaignières et Montfaucon et depuis par M. de la Roncière). Millin, qui a particulièrement étudié ces deux statues, indiqua que les personnages représentés paraissaient de vingt à trente ans ; et, comme il ignorait, ainsi d'ailleurs que les autres auteurs, la date de construction de la façade qu'il croyait de 1352-1357, il élimina la dernière hypothèse et indiqua qu'il s'agissait vraisemblablement du roi Jean Le Bon et de sa femme, tout en remarquant d'ailleurs l'absence de couronnes royales. Mais les arguments donnés par Millin se retournent contre lui, maintenant que nous connaissons la date exacte de ces sculptures ; et nous croyons, quant à nous, qu'il ne peut s'agir là, comme l'a du reste mentionné Gaiznières, que des portraits du duc Jean V, et de le duchesse Jeanne de Fiance. Nous venons de voir en effet que ces statues furent taillées en 1413 et leur étude montre que les personnages portent bien en effet le costume de cette époque, ce qui suffit à écarter les deux premières identifications proposées. Le vêtement de la femme, en particulier, ressemble en tous points à l'accoutrement porté par Isabeau de Bavière sur la statue bien connue de la salle du Palais de Poitiers ; et, si l'image de la chapelle Saint-Yves eût porté, comme cette dernière, une couronne royale, nul doute qu'il n'eût fallu reconnaître dans les deux statues de la façade le roi Charles VI et sa femme, comme il eût été naturel d'ailleurs. Mais, l'absence de cet ornement, et le fait aussi qu'aucune tradition ne leur attribue ces portraits, montrent qu'il faut également écarter cette hypothèse et qu'il ne peut donc s'agir que du duc de Bretagne et de la duchesse, ce que tout semble confirmer. Tout d'abord, en effet le don de la verrière et de la somme importante de 400 francs d'or par le duc est un indice sérieux, puis l'age des personnages figurés, donné par Millin, qui concorde avec ceux de Jean V et Jeanne de France nés comme l'on sait en 1389 et 1390 ; enfin le fait que le compte de 1413 mentionne, entre autres, avec le « blanchiment des ymaiges » les « échaffaux nécessaires à graver et peindre les armes du roy, du duc et de la duchesse de Bretagne et du vidame d'Amiens le Dauphin au portail de l'église ».
Or, précisément, les dessins de Gaignières montrant l'emplacement des écus de Bretagne (figure 10) et mi-parti Bretagne et France (figure 11) près des deux statues, sont parvenus fort heureusement jusqu'à nous et viennent pleinement confirmer l'identification donnée par cet auteur.
|
Figure 10 |
Figure 11 |
Millin, lui, n'avait pas eu, semble-t-il, connaissance des dessins originaux de Gaignières, mais seulement de l'extrait qu'en fit Montfaucon sans reproduire les écussons ; et d'autre part, à son époque, l'écu des armes de Jeanne de France, le plus important pour la solution du problème que nous venons d'examiner, était fruste. Par contre, ce savant auteur a pu comparer sur place les portraits de Montfaucon avec les statues originales de la chapelle Saint-Yves ; et, ne les trouvant pas ressemblants, il a pris soin de les faire dessiner et graver soigneusement d'après les originaux, gravures d'une importance capitale puisqu'elles nous donnent ainsi la reproduction, certifiée exacte par un auteur consciencieux, des portraits contemporains de Jean V et de Jeanne de France.
L'apposition des armes indiquait la fin des travaux de la façade ; et, le 2 mai 1414, Henry Le Barbu, évêque de Nantes, vint consacrer, arec la permission de l'évêque de Paris, tous les nouveaux autels de la chapelle, notamment l'autel Sainte-Catherine, pour la construction duquel on n'avait acheté une table de liais en 1407, l'autel Saint-Jean, édifié l'année suivante, l'autel Saint-Tugdual, sur lequel était placé les statues de saint Yves et de saint Denis et probablement aussi les autels de Notre-Dame, de Saint-Mathieu et de Saint-Pierre dont les comptes font également mention.
L'église n'était cependant pas encore achevée ; car, ces travaux ayant épuisé leurs ressources, les confrères n'avaient plus de quoi terminer la charpente. Ils s'adressèrent au roi qui, le 16 août 1415, « considérant que ses très chers seigneurs ayeul et père furent les premiers chefs de la dite confrérie », et voulant participer avec eux aux bienfaits de la dite association, autorisa les procureurs de Saint-Yves à faire couper quatre arpents de bois en sa forêt de Poncourt, à la Queue-Charbonnière, « au lieu le moins dommageable pour lui et le plus profitable pour eux ». Cette coupe n'ayant pu toutefois être faite sans inconvénients, le roi donna à la place 400 francs qui permirent l'achèvement de l'édifice.
Les comptes du début du XVème siècle. — Suite des fondateurs bretons.
Outre ces renseignements sur la construction de la façade et du clocher, ces comptes du début du XVème siècle nous en donnent plusieurs autres intéressants. Ils nous apprennent, par exemple, qu'en 1406, Mate Rœder [Note : Mathieu Rœder (ou Rocdere) est mentionné dans de nombreuses chartes de l'Université de Paris, de 1378 à 1414. En 1394 il est parmi les dix docteurs régents de la faculté des arts avec son compatriote Auffray de Saisy. En 1403, il est qualifié de maître es arts et licencié en théologie, puis, à la fin de 1413, de maître es arts et en théologie. Pourvu de l'évêché de Tréguier le 15 décembre 1417, il mourut au début de 1422. Il avait succédé sur ce siège à frère Chrestien de Haute Rive que l'enquête de 1385 indique de la nation de Picardie et qualifie de doyen et maître du couvent des Augustins de Paris bien qu'âgé seulement de 35 ans. En 1394, celui çi figure également parmi les docteurs de l'Université], alors maître spirituel, fit écrire pour la confrérie une Vie de saint Yves. Il en coûta 18 sols pour la demi-boite de parchemin nécessaire, 78 sols pour le scribe, 3 sols pour la reliure et 12 deniers pour le parchemin de la couverture. L'année suivante, il fit acheter deux livres en papier de la Vie de Mgr Saint Yves et de sa canonisation (Note : C'est sans doute d'après cette copie que l'abbé Jacques de l'Œuvre rédigea en 1695 sa Vie de Saint Yves). Les comptes de 1408 mentionnent l'acquisition de six peaux de parchemin pour écrire également la Vie de saint Yves, les messes, matines et légendes du saint, que les confrères désiraient offrir, en reconnaissance, au vidame d'Amiens, livre relié avec deux fermoirs d'argent doré pesant une once qui coutérent 20 sols 4 deniers plus 20 sols pour les émailler de ses armes. La même année les confrères firent rédiger, pour leur usage, l'histoire de Notre-Dame, de son enfant et de Mgr Saint Yves, ce qui coûta 12 sols, plus une somme égale pour une vignette enluminée autour.
Les ornements étaient également l'objet de tous leurs soins. En 1407, ils firent « rappareiller » et mettre au point le reliquaire du doigt de saint Yves et le firent redorer moyennant 16 sols ; mais sans doute lui arriva-t-il accident peu après, car, l'année suivante, il est indiqué qu'un orfèvre de la rue de la Harpe dut mettre au point les ailes rompues « de deux anges qui soutenaient le joyau où est le doigt de Mgr Saint Yves » (Note : Un semblable reliquaire existe au Musée de Cluny).
En cette dernière année, l'on acheta également, moyennant quatre livres, un "aulnet d'orfroiz" des armes de Bretagne, qui fut mis sur une chasuble de velours violet formant houppelande donnée par le duc. Enfin, en 1411, l'on répara la belle croix d'argent dont l'une des images était chue.
Ces comptes nous font enfin connaître les noms des confrères par les signatures apposées au bas de leur approbation, par les fondations et donations faites par eux à la chapelle, enfin par leurs services mortuaires. Presque tous étaient encore bretons, ainsi que l'on peut en juger, par exemple, par l'approbation des comptes de 1406 au bas de laquelle sont les signatures de Morice de Kaergourant (Note : Morice de Kaergourant, du diocèse de Cornouaille, figure sur les rôles de 1379 et 1387 de la faculté des arts. En 1394, il est docteur régent et doyen de la faculté de droit et est qualifié des mêmes titres sur le rôle de 1403 où mention est faite de sa cure de Beuzec Capval. La pierre tombale, semblable à celle de Jean de Keroulay le représentait en docteur enseignant avec l'épitaphe suivante : « Hic jacet venerabilis ac circumspectus vir dominus Mauricius de Kaergourant presbyter diocesis Corisoptensis, Magister in artibus ac doctor regens parisius in facultate decreti dum vivebat ac advocatus curii parisius ; quondam curatus ecclesiœ parrochialis de Beuzec corisopitens's diocesis ac canonicus de loco dictœ miraculorum divorum, qui obiit bona œtate anno domini M CCCC XVII ». Il est à remarquer combien toutes ces tombes sont semblables, probablement faîtes en série. On achetait une tombe de professeur, de chevalier, de bourgeois, etc.), Olivier Donyou, Olivier Gambelin, Yves Melar (Note : Yves Meillar, du diocèse de Cornouaille, figure sur le rôle de 1403 comme bachelier lisant en quatrième année de décrets), Rolland Le Noir, Mate Rœder (ou Roeder), H. de la Villeneuve, Yves Kerengar, Y. Tanguy, Y. Guen et J. Rigaud (Note : J. Rigaud, du diocèse du Mans, est indiqué en 1403 en quatrième année de décrets).
Parmi les fondations et donations, nous trouvons mention :
En 1404, de Morice de Kerguiziau ;
En 1404, le messire Pierre Le Corre ; de feu Symone, jadis femme de Guyomar du Boys ; de maître Geffroy Le Gal (Note : Geffroy Le Gal, prêtre du diocèse de Tréguier, figure sur le rôle de 1403 comme bachelier en décrets) ; d'Ameline Le Bornic ; de Jehan Le Roy ; de Robert Tuberel et Perrette sa femme ; de feu Guille Piédur, de feu Jehan Goudelin ; de feu maître Jehan de la Haye ; de feu maître Jehan Le Gac (Note : Jehan Le Gac, prêtre du diocèse de Cornouaille, est mentionné bachelier en décrets en 1396) ; de feu messire Alain Megenec ; de messire Thomas Guezenech, chapelain de Saint-Yves ; enfin de Tanguy Buzic, bourgeois de Paris et époux de Marie de Kerambarz, qui, le 10 janvier, légua à l'oeuvre de Saint-Yves 48 sols parisis de rentes à prendre sur une maison de la rue de la Bûcherie, proche de la rue des Ratz, à charge aux confrères de faire célébrer annuellement douze messes de requiem le premier lundi de chaque mois ;
En 1407, de feu maître Henry de Penquelenec (Note : Henry de Penquelennec figure au rôle de 1403 comme bachelier lisant en troisième année de décrets) ; de feu messire Yves Le Roux ; et de feu maître Alain Guillot docteur en décrets (Note : Alain Guillot, du diocèse de Tréguier, figure en 1394 comme docteur régent de la faculté de droit ; puis en 1403 avec les mêmes titres et l'indication de Curé de Plouigneau au diocèse de Tréguier et chanoine de Paris) ;
En 1408, de feu Yves Kerbrun autrement dit de Pengam ; de feu Yves de Kernou ; de maître Alain Raison, qui versa 18 sols pour la fondation de son neveu enterré dans l'église ; de feu maître Guille de Kerpaul qui légua 32 sols de rentes pour sa sépulture ;
En 1409, d'Yves de Kerengar ;
En 1410, de feu maître Gautier Pennec ;
En 1411, de Guy Salomon (Note : Guy Salomon, du diocèse de Tréguier, figure en 1403 comme licencié en décrets) ; de Pierre Jourdain ; de Pierre Le Bourguigon ; de Jehan Kaernezen (Note : Jehan de Kernezne, grand écuyer du duc de Bourgogne mourut le 20 août 1416. Sa tombe, timbrée de ses armes : d'or à trois coquilles de gueules, est représentée dans Gaignières Pe ii fol. 81, figure 12) ; de feu Agnès de Machecoul, béguine au béguinage de Saint-Pol ; d'Olivier de Kerneguez [Note : La tombe d'Olivier de Kerneguez, dans la nef devant la porte du choeur le représentait en chanoine avec aumusse. Autour était l'épitaphe suivante (figure 13) : « Cy gist noble homme Olivier de Kaernegues du diocèse de Cornouaille en Bretaigne, jadis chanoine de Saint Père de Gerberoy au diocèse de Beauvais qui trespassa à Paris le mardi xxi jour d'avril l'an de grâce mil cccc et xi : Dieu ait l'âme de luy amen » - Gaignières Pe ij fol. 68] ; de feu messire Guille Ruffault, de feu Yvette, jadis femme d'Yvon Morice ; de feu Jehan Le Gal ;
|
Tombe de Jehan de Kernezne Figure 12 |
Tombe d'Olivier de Kerneguez Figure 13 |
En 1412, de feu Olivier Thomas ;
En 1413, de feu Yvonnet Le Moign ; de feu Jehan Clisson ; de feu messire Yves Le Guennec ; de feu messire Olivier Donyou, docteur en décrets, qui, par codicille du 10 mai à son testament, laissa entre autres aux confrères de Saint Yves 20 sols parisis de rentes annuelles sur une maisons sise rue Geoffroy-L'Asnier à condition d'être inhumé en la chapelle ;
En 1414, de feue Jehanne Kerlazret ; de feu Martin Cadiou (Note : En cette même année 1414, les procureurs de Saint Yves autorisèrent les écoliers du collège du Plessix à célébrer tous les ans le 23 avril, vigile et lendemain une messe à notes pour feu Yves de Kerambarz en son vivant docteur régent en décrets à Paris, moyennant une rente de 10 livres 16 sols. Quelques années plus tard, les écoliers refusèrent d'acquitter cette redevance mais y furent condamnés par sentence du 3 décembre 1416 ?) ;
En 1415, de feu Jehan Le Barbier ; de feu Morvan du Louet ;
En 1416, de maître Morice de Kaergourant, qui laissa 37 livres pour être inhumé en la chapelle ; de feu Marie de Keranrais ;
En 1417, de feu Guille Olivier ; de feu Jehan Riou.
En cette dernière année, Jean de la Villeneuve (Note : Jean de la Villeneuve figure comme licencié en décrets et étudiant en théologie sur le rôle de 1403), fut inhumé au bas de la nef près du bénitier, sous une tombe portant l'épitaphe suivante (figure 14) : Hic jacet magne circumpectionis et prœclare scientie vir magister Joannes de Villannova, de Villa Guergampensi oriundus ; Trecorensis diocesis, decretorum doctor, archidiaconus penthevrie in ecclesia Briocensi et ecclesiarum Laudunensi Laon et Santi Meloni Pontisera canonicus (chanoine de Saint-Melon de Pontoise) qui obiit Parisius anno domini quadringentesimo decimo septimo die vicesima septima mensis septembris in festo beatorum Cosmi et Damiani ora pro eo (Gaignières Pe ij fol. 41).
Enfin, en 1421, de
feu Rolland Le Hegarat et de feu
Morice de Trégain.
Dans les
années qui suivirent, les fondations se
raréfièrent et c'est à peine si dans les registres postérieurs il s'en
trouve une douzaine jusqu'à la fin du XVème siècle. Elles émanent
encore en majorité de Bretons.
Le 18 février
1424, Jeanne de Trézéguidv donnait à la chapelle 12 livres de
rente ; et, le 28 mars de la même année, Yves Maillart, chapelain,
faisait également une fondation.
Le 2 octobre
1427, maître Enguerrand de Marcoing, chevalier et
maître d'hôtel du roi, léguait dix livres sur sa maison des Trois
Baquets, rue Saint-Jacques et deux livres dix sols sur une maison
rue du Vieil-Marché pour la fondation de deux messes par semaine, les
lundi et mercredi.
Le 27 septembre 1433,
maître Hervé Pochard, docteur régent en
l'Université de Paris (85), fondait une chapellenie de deux messes par
semaine, les lundi et samedi, en l'honneur de Notre-Dame
et Saint-Denis. Il fut inhumé quelques jours plus tard dans la nef,
proche l'oeuvre, sous une pierre tombale le représentant
en docteur enseignant et portant l'épitaphe suivante (figure 15) : « Hic
jacet magne circumspectionis vir magister Herveus Pochardi, Leonensis diocesis, in britannia
quondam presbyter, decretorum
professor eximius atque regens Parisius in dicta facultate et curatus ecclesiae parrochialis beate marie de monte
letherica parisiensis diocesis ac hujus capelle beate marie capellanus
qui obiit anno Domini M. CCCC XXX
III die VI Octobris, cujus anima requiescat in pace amen ».
Tombe
de Jehan de Villeneuve Figure
14 Tombe
de Hervé Pochard Figure
15 Cette
tombe était timbrée de deux écus de ses armes portant un
chevron accompagné de trois quintefeuilles, deux en tête, une en
pointe (Voir Gaignières loc. cit. fol. 60). Trois ans plus tard, en 1436,
Yves de la Forest (Note :
Yvon de la Foret, prêtre du diocèse de Cornouaille, est qualifié de
bachelier en décrets
en 1396 et figure avec le même titre sur le rôle de 1403. La
pierre commémorative de sa fondation est représentée dans Gaignière loc.
cit. fol. 46) fit une fondation rappelée par l'inscription
suivante gravée sur une plaque de cuivre apposée contre le mur droit de la nef :
«
Les maistres et gouverneurs de ceste église sont tenus et obligés de faire dire
chacun an le samedi après le jour de pasque un
anniversaire solennel avec vigiles à IX pseaulmes et IX leçons
procédant pour le remède de l'âme de feu maître Yves de la
Forest, prêtre, bachelier en décret, duquel le corps cy devant au
pied de l'autel repose, lesquels maîtres en ont eu des exécuteurs
du dit deffunt VI livres parisis de rente par avant son trépas à
luy engagées par les dits maistres des rentes de ceste église
pour le prix de C livres tournois pour faire la charpenterie de ceste église, lequel trépassa de ce siècle l'an
M
CCC XXXVI le xiiij jour d'Avril. Dieu ait l'âme de lui, Amen.
— Pater Noster, Ave Maria ». Vers la même époque, Jehan Hervé
(Note : Jean Hervé, clerc
du diocèse de Cornouaille figure comme bachelier es arts sur le rôle de 1403. Il était
bachelier en théologie en 1416 et maître en théologie en 1424. La pierre commémorative de sa fondation est representée dans Gaignières
loc cit. fol.
75), prêtre
du diocèse de Cornouaille, fit une fondation rappelée ainsi qu'il suit par
une plaque scellée dans le mur gauche du choeur : « Les maistres procureurs
et gouverneurs de la chapelle et confrairie de céans sont tenus et obligez à
tous jour et perpétuellement de faire
chanter et célébrer ung anniversaire solennel à diacre et soubz diacre et vigilles à trois leçons le VIII
de
septembre pour feu maistre Jehan Hervé duquel le corps gist cy devant ». En
1452 messire Jean Corre acquérait une sépulture dans la nef vis-à-vis de l'oeuvre. Sa
pierre tumulaire représentait un prêtre revêtu de ses ornements sacerdotaux et portait l'inscription
suivante : « Cy gist Maistre Jean Corre
prestre du pays de Bretaigne, du queur de Saint-Pol-de-Léon,
chapellain de Saint Yves lequel trepassa
l'an M. CCCC cinquante et neuf, le xxi° jour de may. Dieu ait l'âme
de luy » (Voir Gaignières, loc. cit. fol. 62). Le 19 mai 1466, Jehan Angot, curé
de Groslay, donnait à l'église Saint Yves 4O sols parisis de rentes.
Par testament dit 22 novembre
1477, dont les témoins furent Guillaume Goardet, chapelain du collège de Cornouaille et
Charles le Haudoyer, prêtre de Cornouaille et étudiant au collège de
Beauvais, Hervé Kerasquer, licencié en décrets et l'un des
maîtres de la confrérie, léguait à celle-ci le reliquat de ses biens,
ses diverses fondations exécutées. Les gouverneurs s'engageaient
à célébrer un obit annuel le jour anniversaire du trépas
du fondateur, et à faire faire une épitaphe faisant mention de sa
fondation le plus près possible de sa sépulture, devant la chapelle Saint-Tugdual dont il était chapelain.
Il mourut le lendemain ; et, le 15 avril 1479, Henri Kerguizeau, licencié en
droit
civil, et les autres exécuteurs testamentaires délivraient ses biens
à la confrérie. Il restait 34 livres 5 sols, des meubles valant 4 livres 5 sols
parisis, et la maison de la rue des Noyers dont nous avons déjà fait
mention. Sa tombe, tout au bas de la nef, le représentait revêtu de ses ornements
sacerdotaux (figure 16) et portait l'inscription suivante
: « Cy gist vénérable et discrette personne maitre Hervé de Kerasquer,
licencié en décrets, curé de Noisy le Grand au diocèse de Paris,
chapellain de la chapellenie fondée à l'aultier monseigneur sainct tugdual
en ceste présente eglise et l'un des maistres gouverneurs d'icelle, natif du
diocèse de Léon en Bretaigne, qui
trespassa le dimanche jour monseigneur sainct Clemens xxiii
de novembre l'an M. CCCC LXXVII » (Voir Gaignières : loc. cit. fol. 58). En 1479 également,
maître
Robert Jehan fit une fondation et fut inhumé au bas de la nef à
gauche, près du porche, sous une dalle
le représentant vêtu d'une grande robe fendue pour laisser passer
le bras, chaperon roulé et aumônière avec l'épitaphe suivante (figure 17) :
«
Cy git honorable homme et saige maitre Robert Jehan, natif de Bretaigne,
de l'évêché de Sainct-Brieuc, en son vivant advocat en la court de
parlement, conseiller et maistre des requestres
de lostel du duc de Bretaigne et son bailly de la comté de
Montfort, qui trépassa le mercredi septiesme jour de Juillet l'an de grâce M. CCCC soixante dix neuf, Dieu ait
l'âme de luy, amen » (Voir Gaignières : loc. cit. fol. 57).
Tombe
de Hervé de Kerasquer Figure
16 Tombe
de Robert Jehan Figure
17 En cette dernière année les messagers de la Nation de
France, voulant
marquer leur dévotion envers Saint Charlemagne, obtinrent la permission
d'établir en la chapelle Saint-Yves une confrérie
sous le nom de cet empereur. Les offices étaient célébrés sur
l'autel Saint-Tugdual qui prit alors le nom d'autel Saint-Charlemagne
et reçut une statue en pierre de ce saint patron. Millin qui la vit encore, la qualifie, sans doute avec
les
préjugés de son époque, de figure lourde et gothique. En
1481, Jehan de Guilery, chanoine de Notre-Dame (Note : Jean de Guilery
était inhumé à N.-D. de Paris sous une pierre tombale représentant un docteur assis et enseignant et
timbrée de ses armes : un sautoir engreslé accompagné de quatre croix épiscopales.
Voir Molinier, obituaire de N.-D. de Paris), fit une
fondation à Saint-Yves rappelée par une plaque posée dans le choeur,
contre le mur de gauche au-dessous de la plaque commémorative de Jean Hervé.
L'inscription était la suivante : « En le mure de ce pillier sont mis C francs
des biens de feu maistre Jehan de Guilery breton, jadis chanoine de Paris, c'est
assavoir L francs du legs de son testament et L francs que les exécuteurs ont
pour ce baillez du résidu de ses biens pour l'accueillir et accompaigner es
messes et autres bienfaiz de céans, priez pour l'âme de li ». Le 28 août 1485, Alain Dupré, marchand à Vitry, laissait
64 sols parisis de rentes à charge de faire célébrer son anniversaire annuel.
Tombe
de Henry de Kerguiziau Figure
18 Quatre
ans plus tard mourut Henry de Kerguiziau qui fut inhumé
au bas du choeur, à gauche, le long des chaires. Sa pierre
tombale (figure 18),
timbrée de ses armes : d'azur à la fasce d'or accompagnée de trois têtes
d'aigles arrachées de même, le représentait vêtu d'une robe avec un chaperon
sur l'épaule et portait l'épitaphe suivante « Cy gist noble et honorable
personne maistre Henry de Kerguiziau, natif
du diocèse de Leon en bretaigne, en son vivant maitre es ars et licencié
en loix, l'ung des quatre maistres de l'église de céans et procureur général
de monseigneur le comte de Taillebourg, qui trespassa le xiij jour de février
l'an mil CCCC iiii xx et ix, priez dieu pour luy » ( Gaignières, loc. cit. fol.
77). Son
neveu, héritier et exécuteur testamentaire, messire Alain Le Roux,
donnait le 30 mai 1500, trente livres tournois pour la fondation d'un
obit solennel pour l'âme de son oncle, vigile à 9 leçons et messe
haute de Requiem.





En 1493, Jeanne de Budes, épouse de Jean, sr de Launay (figure 19), faisait une fondation à Saint-Yves. Elle mourut le 4 juillet de cette dernière année et fut inhumée dans la chapelle, à gauche du cœur, « le long des chaires » (Note : Voir Gaignières, Oa 15 fol. 84 et Pe ii fol. 82. Sa tombe portait l'épitaphe suivante : Cy gist noble demoiselle Jehanne de Budes, native du pays de Bretaigne, en son vivant espouse de maistre Jehan de Launay escuyer S de Launay laquelle trespassa le iiij jour de juillet l'an mil iiii c iiii xx XIII, priez Dieu pour son âme), sous une tombe armoriée de quatre écussons : parti de trois chevrons et d'un chevron chargé de trois coquilles.
Enfin, le 27 août 1495, messire Jean Aspery, docteur en théologie, et Yves Aspery, son frère, firent une importante fondation rappelée ainsi qu'il suit, par une plaque commémorative fixée sur le mur de la nef devant le Crucifix (Voir Gaignières, Pe ij fol. 50) : « Les maistres et gouverneurs de ceste eglise Saint-Yves sont tenus et obligez à perpétuité de faire dire et célébrer pour le salut des âmes de vénérables et discrètes personnes feux maistre Jehan Aspery, docteur en théologie, et maistre du collège de Cornouaille, duquel le corps gist au dit diocèse de Cornouaille en bretaigne, et de Yves Aspery son frère, prêtre maître es ars duquel le corps repose cy devant, et pour les ames de leurs parens et bienfaicteurs, trois basses messes de requiem par chacune semaine de l'an, assavoir les lundi, mercredi, et vendredi avesques deux anniversaires solleneulx à vigille à IX leçons, recommandaces et messes de requiem à diacre et soulz diacre, le premier jour de febvrier et l'autre pour le dit maistre Jehan le premier jour d'avril ; et pour ce faire les exécuteurs des testamens des dits défunts ont donné et légué à la dite église à perpétuité xxxv livres parisis de rente annuelle et perpétuelle à prendre sur les ij maisons abouissans l'une à l'autre assises à Paris l'une en la rue de la Galande où pend pour enseigne le cerf et l'autre en la rue du plâtre joignant au dit colleige de Cornouaille ; et tant que la dite rente soit rachettée, laquelle ne peut être rachetté à moins de IIIc escus seront tenus les gouverneurs, que pour lors seront, employez les dits IIIc escus en autre rente pour entretenir les charges dessus dites comme tout ce appert par lettres autentiques doubles et pareilles dont l'une est es coffres de la dite esglise et l'autre par devers les heritiers aux dits trespassez au dit diocèse de Cornouaille » (Note : Faute de paiement de la dite rente, les maisons revinrent à la confrérie).
Après les vaines tentatives de Jean V en 1414 et du duc François Ier en 1448, l'on sait que le duc François II réussit en 1460 à fonder à Nantes une université, qui dut bientôt d'ailleurs fermer ses portes en raison des guerres, mais fut rétablie par le roi Charles VIII en 1494. Aussi, à partir de cette date, les écoliers de Bretagne délaissèrent-ils les universités de Paris et d'Angers au profit de cette dernière ; et la confrérie de Saint-Yves vit en conséquence son contingent breton réduit à quelques-uns des boursiers des collèges de la province et à quelques personnages ayant des charges à la Cour.
C'est ainsi qu'en 1518 nous trouvons encore mention parmi les confrères de Pierre Petry, principal du collège de Cornouaille ; en 1551 de Jean Bastard, du diocèse de Tréguier, chapelain de Saint-Yves ; en 1699 du marquis de la Rivière, gouverneur de Saint Brieuc et parent de saint Yves, qui, le 19 mars de cette dernière année, donna dix écus neufs pour le pain bénit et offrandes à Saint-Yves ; en 1703 du comte de Locmaria, agréé le 20 mai au nombre des confrères. Enfin, le 21 mars 1713, M. Gilles Desprez de Villevay, « gentilhomme d'ancienne extraction de la province de Bretagne, qui a l'honneur d'avoir dans les veines le même sang que Saint-Yves », fut admis dans la confrérie.
Nous trouvons cependant encore au début du XVIème siècle les quelques fondations bretonnes suivantes (Note : Il est à remarquer que les fondations faites à la chapelle Saint Yves émanaient en très grande majorité des bas bretons des diocèses de Tréguier, Léon et Cornouaille) :
Le 4 septembre 1502, Tanneguy Pape, parent de Tanneguy du Chastel, léguait 118 livres parisis de rentes pour un obit le 28 mai et une sépulture dans le choeur de la chapelle, près de la tombe d'Hervé Costiou [Note : J. Tanneguy Pape mourut seulement le 5 mai 1551. Sa tombe le représentait revêtu de ses ornements sacerdotaux et portait l'épitaphe suivante : « Hic jacet venerabilis et discretus vir magister tanguidus Pape presbiter leonensis diocesis, in artibus magister et sacris paginis licentiatus, principalis colegi Beliacensis (?) parisius, nec non ecclesie parrochialis nostre domine de Chungiaco diocesis carnotensis cujus anima, qui preclaris moribus et scientia, migravit anno domini M. Vc LI die vigentesimo mensis may. Ora e deum pro eo alterisque fidelibus deffunctis » (Gaignières, Pe ij fol. 84)] (figure 20).
|
Jeanne de Budes Figure 19 |
Tombe de Tanguy Pape Figure 20 |
Le 13 avril 1512 fut inhumé, presqu'au milieu de la nef, messire Henry Jalet sous une tombe effigiée d'un prêtre revêtu de ses ornements sacerdotaux et timbrée de deux écussons l'un à gauche chargé d'un agneau pascal, l'autre à droite mi parti Bretagne et France (Voir Gaignières, Pe ij fol. 59). Autour était l'épitaphe suivante (figure 21) : « Hic jacet venerabilis vir Henricus Jalet, presbyter, in artibus magister et in decretia baccalarius, qui migravit ab hoc seculo anno a nativitate domini M. quingentesimo XII° die XIII aprilis post pasca ».
En 1514, fut inhumée, dans la nef, Jeanne, femme d'Yvon Dure, sous une pierre tombale sur laquelle étaient gravés un homme et une femme avec entre eux un écu chargé d'un pont accompagné en chef au milieu d'une hermine, à gauche d'une feuille de chêne et à droite d'une flamme, l'homme revêtu d'une robe de docteur avec chaperon d'hermines, avec l'inscription suivante (figure 22) : « Cy dessoubz gisent Jeanne, en son vivant femme de feu Yvon Dure et mère de Me Robert Dure, alias Fortunat, maître et principal du collège du Plessix fondé à Paris, natif de Tinténiac au diocèse de Saint Malo en Bretaigne, laquelle trépassa le ij jour de février l'an M. D. XIII. Et le dit maistre Robert Dure, alias Fortunat, lequel trépassa le 27° jour de mays 1525. Priez Dieu pour eulx » (Voir Gaignières, Pe ij fol. 59).
|
Tombe de Henry Jalet Figure 21 |
Tombe de Robert Dure et de sa mère Figure 22 |
En 1517, on inhuma dans la chapelle le coeur de Jean de Lespinay sous une dalle timbrée de ses armes : d'argent à trois buissons d'épines de sinople, surmontées d'un coeur et portant l'inscription suivante : « Cy gist le cueur de noble homme Jehan de Lespinay, sr. du clitault et de la marelie, fils du sr. de Lespinay trésorier général de Bretaigne, lequel deceda le XX jour d'apvril l'an mil V XVII, priez dieu pour lui » (Voir Gaignières, fol. 85).
En 1521, maure Guillaume Jourden fit également fondation et fut inhumé dans la nef, devant la porte du chœur, sous une pierre dont l'épitaphe suivante, rappelant ses titres, entourait son effigie en costume sacerdotal accompagnée de trois écus de ses armes écartelées au I et IV d'un croissant et au II et III d'une macle traversée par un sautoir (figure 23) : « Cy gist noble homme et saige maistre Guillaume Jourden, en son vivant docteur es ars et théologie, aumonier de la Royne, principal du collège de Tréguier à Paris, chanoine de SaintSaulveur de Blois, natif du diocèse dudit Tréguier, qui trépassa le XV jour de septembre M. D XXI. Priez Dieu pour luy » (Voir Gaignières, fol. 66).
Vers la même époque, Pierre Petry [Voir Gaignières, fol. 45, Pierre Petry figure en 1518 au nombre des maîtres et gouverneurs de Saint Yves qui firent à François Boucher, commissaire du Roi la déclaration des titres et chartes de la confrérie. (A. N. LL 963). L'inscription de sa tombe est représentée dans Gaignières Pe ii fol. 138] fit une fondation rappelée par l'inscription commémorative suivante à droite dans la nef : « Les maistres et gouverneurs de ceste esglise et chapelle sainct Yves sont tenus faire dire et célébrer à perpétuité en icelle ung obit par chacun an pour la rédemption et salut de l'âme de feu Me pierre Petri, en son vivant prêtre docteur en théologie, principal du collège de Cornouaille fondé à Paris, et chapelain de l'une des chapelles fondées en la dicte église en laquelle le dict défunct est inhumé ; Et aussi pour le salut des ames de ses frères parents et amis trépassez, lequel obit doit être dit et célébré le ij jour d'Août, avec laudes et vigilles, neuf pseaulmes et neuf leçons, et deux chappiers. Et le lendemain laudes, recommandations et trois hautles messes de diacre et soubz diacres et deux chappiers, moïennant quatre livres tournois de rente que les exécuteurs du testament dudit deffunct ont transportées à la dite église comme plus à plain est contenu es lettres sur ce faites étans au trésor de la dite église sur deux maisons au dit à Chevreuse rue des forges et autres heritaiges appartenants à Jehan Caboche sergens demeurant au dit Chevreuse ».
En 1521, Guillaume de Tyvarlen fit également une fondation pour avoir sa sépulture dans la chapelle. Sa tombe, non loin de celle de Robert Dure, était effigiée d'un chanoine et portait aux quatre angles ses armes écartelées aux I et IV d'une tour, aux II et III d'un lion avec l'inscription (figure 24) : « Cy gist noble et discrette personne feu monseigneur Guillaume Tyvarlen, nai natif de l'evesché de Cornouaille en Bretaigne, en son vivant conseiller du roi en son parlement de Bretaigne et chanoine en l'église cathédrale de Cornouaille, recteur de Ploesvan, et trépassa le XV mai M D XXII » (Voir Gaignières, Pe ij fol. 55. Tombe à gauche, au deuxième rang des tombes dans la nef).
|
Tombe de Guillaume Jourden Figure 23 |
Tombe de Guillaume de Tyvarlen Figure 24 |
|
Tombe d'Yves de Quoetredrez (ou Coatredrez) Figure 25 |
Près de cet enfeu, une pierre tombale de la même
époque portait gravée l'effigie d'un
homme, armé de toutes pièces avec un lion sur sa cotte d'armes, et placé
entre deux colonnes soutenant un fronton
au-dessus de sa tête. Cette dalle était encadrée
par une bande de marbre noir portant aux quatre coins des armes écartelées aux
I et IV d'un lion, aux II et III d'une fasce
avec l'épitaphe (figure 25)
: « Cy gist noble et puissant Messire
Yves de Quoetredrez (NDLR : aujourd'hui Coatredrez), en son vivant seigneur de Quoetredrez
et de Penault, natif de Tréguier, en Bretaigne, qui trépassa....
(effacé).... la compagnie de Monseigneur de Lorge, lieutenant
général pour le roy, le V° jour janvier 1545, priez Dieu pour son âme »
(Voir
Gaignières, Pe iib fol. 114). |
Mentionnons enfin qu'en 1575 les élèves du collège de Tréguier obtinrent des proviseurs de Saint-Yves la permission de venir célébrer dan la chapelle, le 11 août ou pendant l'octave de Saint Laurent, un grand obit pour Laurent de Kergroadez, ainsi que deux messes hebdomadaires.
Afin de ne pas importuner davantage le lecteur par l'énumération un peu monotone de ces fondations, nous indiquons en annexe (voir Annexe III) celles faites à partir du XVIème siècle par les étrangers à la Bretagne. Elles nous montrent que la confrérie était alors composée principalement de gens de robe, membres du clergé ou de la Cour, et de quelques marchands dont le nombre fut limité à six, bien peu démocratiquement, par décision de l'assemblée des confrères du 10 juin 1731.
Bien qu'en effet la confrérie des avocats fut à Paris sous le vocable de Saint-Nicolas et tint ses assises en la Sainte Chapelle, beaucoup de ses membres et de ceux du parlement étaient affiliés à celle de Saint-Yves, considérant ce grand justicier un peu comme leur patron, « sans toujours imiter son désintéressement » ajoute d'ailleurs malicieusement Mezeray.
Aussi, à dater du XVIème siècle, leur voyons-nous généralement confier la charge de premier administrateur, qui échut même souvent au premier président. L'un d'eux, Pierre Lizet (Note : Le premier président Pierre Lizet mourut âgé de 72 ans, le 7 des ides de juin 1555 et fut inhumé à l'abbaye Saint-Victor de Paris - Gaignières nous a conservé la très curieuse plaque commémorative de son tombeau, Pe ii fol. 80), obtint, en 1540, malgré l'opposition du clergé de Saint-Benoît, que le Saint Sacrement fut conservé en la chapelle.
Les plaideurs, eux aussi, fréquentaient assidûment l'oratoire du thaumaturge breton ; et Millin nous apprend que, jusqu'à la fin du XVIIIème siècle ils avaient coutume