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Nouvelle généalogie de la Maison de Coëtmen (branche aînée).

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I.

Le Sr. Geslin, fils puîné de Henri, comte des Bretons, et de Mathilde de Vendôme, eut en partage la seigneurie de Coëtmen. En 1220, il était sénéchal de Goëllo et tuteur, avec Lucas le Borgne, chanoine de Tréguier, de ses neveux Henry et Geffroy (Anciens Evêchés, t. IV, p. 74 et 78). Il avait épousé, au début du XIIIème siècle, N de Tonquédec, et,

« par les accordances du mariage, avait retenu le nom de la dite vicomté et seigneurie de Quoitmen et prins les armes de la vicomté et seigneurie de Tonquédec, lesquelles armes sont en hault, grand et éminent lieu entre les armes des baronnies et bannières de Bretagne en la grande vitre de Rennes » [Note : Bibliothèque Nationale, f. fr. 8.269, p. 259. Il est à remarquer cependant que, dans aucune des chartes, Geslin n'est mentionné Sr de Coëtmen. Il est appelé le Sr Geslin ou le Sr Geslin fils du comte Henri, ou simplement fils du comte. Ses armes (Avaugour) figurent dans de nombreuses verrières en alliance avec celles de Tonquédec].

Celle-ci était fille aînée et héritière de Prigent, vicomte de Tonquédec. L'enquête de 1485 rappelle qu'elle eut une soeur mariée au Sr de Montafilant (Geffroy). Suivant la chronique de Brissac et Dom Lobineau, celle-ci aurait eu en partage le fief de Runefau, ce que semblent confirmer le surnom de son fils et l'ost de 1294, mentionnant :

« Le vicomte de Tonquédec doit V chevaliers pour luy et Monsour Rolland de Dinan, dou fié que le dit Rolland tient de luy ».

Une charte de Beauport de l'an 1242 relative à une donation sur Kaer-Grock, en Goudelin, fait connaître qu'une troisième fille du vicomte de Tonquédec, Marie, fut l'épouse de Jean de Dinan, Sr de Durestal, frère de Geffroy [Note : Anciens Evêchés, t. IV, p. 113. La comtesse de la Motte-Rouge, qui avait déduit la double alliance Dinan-Tonquédec du testament de Rolland, dit Runefau, époux d'Anne de Léon, daté de 1303, a confondu Prigent de Tonquédec avec Prigent de Coëtmen, vicomte de Tonquédec, époux d'Anne de Léon, nièce de la précédente (Les Dinan et leurs juveigneurs, p. 65 et suiv.)].

Si l'on rapproche cet acte d'une autre charte de 1239, par laquelle Alain de Coëtmen, fils de Geslin, et sa femme Constance, font à la même abbaye une donation, également sur Kaer-Grock, l'on peut se demander si les biens en Goudelin, possédés par les Coëtmen ne proviendraient pas plutôt de la maison de Tonquédec. Nous avouons, faute d'actes suffisants sur cette famille et sur celle de Guingamp, ne pouvoir éclaircir ce point. Notons cependant que, d'après l'acte de fondation du prieuré de La Roche-Derrien (1203), Derrien possédait la dîme de Lanloup et des rentes censives en Goudelin, fiefs que nous retrouvons précisément dans l'apanage des Coëtmen.

Revenons à l'héritière de Tonquédec, femme de Geslin. D'après Dom Morice, elle était

« riche au temps de ce dit mariage de plus de dix mille livres de rentes, ainsi qu'il se trouve par les livres et rentiers anciens avec les chartes de l'yssue et partage des filles de la dite maison de Coëtmen » (Fond franç. 22.348, p. 74 et suiv.).

Geslin fit de nombreuses donations à Beauport, entre autres en 1225, puis en 1231, pour le salut de son âme et de celle de son fils Henry, enfin en avril 1231, avec l'assentiment de ses fils Alain, vicomte de Tonquédec, et Hugues, en exécution des dernières volontés de ce fils Henry, inhumé à Beauport.

Il est encore mentionné dans différentes chartes, entre autres en 1235, lors d'une enquête sur les hautes justices en Bretagne, et en 1239.

De son mariage il eut : qui suit ; Hugues et Henri, mentionnés dans les actes précédents ; N, épouse de Rolland de Lanloup et Agnès, épouse d'Alain du Parc, suivant l'arrêt de réformation de cette dernière maison.

II.

Alain, que nous venons de voir mentionné vicomte de Tonquédec dans les chartes de 1231, 1233, et avec sa femme Constance, dans la donation en Goudelin de 1239, ne porte encore d'autre titre dans un arbitrage de 1253. Il est qualifié, au contraire, de vicomte de Coëtmen dans une charte de Beauport de 1256, année où il servit de caution à Henry d'Avaugour.

Poursuivi devant l'évêque, en 1260 (Anciens Evêchés, t. IV, p. 156 et 160), comme usurpateur des biens de Beauport, sans doute y eut-il accord, car le nécrologe de cette dernière abbaye fait mention d'un obit pour lui et sa femme Constance, ainsi que pour leur fils Rolland, époux d'Adelize.

De son mariage issurent au moins ce Rolland qui suit, Alain, recteur de Plouha en 1260 et Constance, dont la fille fut enlevée par Hervé Pencoët et son fils Guillaume, suivant un procès intenté aux ravisseurs par Constance devant le Parlement de Paris en 1315.

III.

Rolland s'acquitta, en 1274, de 409 livres qu'il avait empruntées pour aller à la Croisade. Il mourut au début du XIVème siècle, laissant de sa femme Adelize de Landegonnec, dame dudit lieu et de Lannevez, au moins trois fils, comme le montrent les enquêtes faites pour la succession du duché (Bibliothèque Nationale, f. fr. 22.338) : Prigent, qui suit ; Jean, décédé en 1327, suivant le nécrologe des frères mineurs de Guingamp, et Pierre, décédé sans hoirs, d'après l'acte de 1341. (La date de 1300, que tous les auteurs ont acceptée comme celle de la mort de Rolland, paraît être seulement celle de la fondation qu'il fit à Beauport, car l'inventaire des titres du château de Nantes par René de Bourgneuf, Sr de Cucé, mentionne le serment de fidélité au Duc par Rolland, Sr de Coëtmen, le 22 septembre 1306. Prigent étant mentionné vicomte de Coëtmen en 1308, Rolland dut mourir vers 1307).

IV.

Prigent prit part, comme son père, à la Croisade et emprunta au duc, en 1274, cent livres tournois à cet effet (Dom Morice, Preuves, I. 1009). Il épousa en premières noces, suivant le manuscrit de Brissac et le nécrologe de Beauport, Eugénie, alias Angéïne de Chateaubriand, puis, en secondes noces, Anne de Léon, dite de Laval, ainsi que nous l'avons montré.

Prigent vivait encore en 1308, d'après une charte de Bégard, et mourut avant 1318, suivant l'enquête de 1485.

Prigent et Anne furent enterrés à Beauport, dans la chapelle du vicomte. Leur sépulture est décrite dans le rapport de Fougues de Rosmar :
« Ung enfeu et sépulture eslevée sur lequel sont pourtraictz, savoir la pourtrecture du vicomte de Quoitmen aiant sous la teste ung oreiller à deux ymaiges d'anges d'un costé, et d'aultre de sa teste est ung Lyon, le tout de plastre fort magnifique et d'ancien temps comme apiert par la veue d'iceulx. Sur la pourtrecture duquel vicomte y a ung grant escu de ses armes du blason susdit qui est de gueules à anneletz d'argent. Et, tout à l'entour de cette tombe y a escuz d'armes que l'on ne peut blasonner pour l'antiquité d'elles. Et à costé de luy y a la pourtrecture d'une dame de Quoitmen et est la voix commune en celles parties qu'elle estait la fille du comte de Laval et avait été inhumée au dit enfeu jouxte son seigneur et mary espoux ».

De son premier mariage, Prigent laissait Guy, qualifié de généreux chevalier dans le nécrologe de Guingamp et décédé en 1330, sans hoirs, suivant Dom Lobineau ; Rolland, qui suit, et Jeanne, épouse de Conan de Quélen, fils d'autre Conan et de Françoise de Rostrenen, dont l'alliance est encore rappelée par leurs armes dans le grand pennon de l'église de Locarn ainsi que dans la chapelle de Notre-Dame-des-Cieux, au Huelgoat.

Une vieille généalogie conservée aux archives de la Ville-Chevallier indique, suivant de Barthélemy, que Jeanne de Coëtmen serait fille de Guy. C'est là, manifestement, une erreur, car, à défaut d'héritier mâle du même degré, elle eût hérité de son père de la vicomté de Coëtmen.

V.

Rolland, deuxième du nom, servit aux combats de Cadoret, en 1346, et de La Roche-Derrien, en 1347. Il figure, en 1351, dans la montre de Jehan de Beaumanoir et, l'année suivante, dans l'ambassade envoyée en Angleterre pour la délivrance de Charles de Blois ; enfin, à la bataille d'Auray, en 1364, où il ne fut pas tué, comme il a été souvent écrit, mais simplement fait prisonnier, ainsi que l'indique le livre du bon Jehan, duc de Bretagne (Documents pour servir à l'histoire de France : Chroniques de Bertrand du Guesclin, t. II, p. 472).

... Tournemine et Montauban

Et le vicomte de Coësman

Et Glequin le bon chevalier

Furent desconfis et prisonnier.

Il mourut peu après. Il avait épousé en premières noces Jehanne de Quintin, fille de Geffroy et d'Aliénor, et en secondes noces, comme nous l'avons indiqué, Marie de Kergorlay.

Du premier mariage : Jean, qui suit ; Geffroy, décédé en 1362, rappelé dans l'acte de partage de ses neveux en 1399 ; Jeanne, épouse de Pierre de Rostrenen. (tué à La Roche-Derrien), inhumée dans l'abbaye de Langonnet ; Marie, épouse d'Alain du Liscouët, d'où Tristan, époux de Tiphaine de la Feillée ; Thomine, épouse, selon Dom Lobineau, de Sylvestre de la Feillée ; enfin, une autre fille, épouse de N de Tournemine, sr du Plessix Eon, dont l'héritière épousa Robert de Trémédern. Leur fille aînée et héritière principale, Jeanne de Trémédern, épousa Jean de Malestroit, Sr de Kaër, fils de Jean de Malestroit et de Jeanne de la Feillée.

VI.

Jean épousa, par contrat passé le mardi durant les octaves de la Chandeleur 1340, Marie de Dinan, dame de Runefau et Goudelin, fille de Rolland et de Thomasse de Chateaubriand, qui apporta en dot les biens en Goëllo provenant d'Annette de Laval et débattus entre les Coëtmen et les Dinan, et, en outre, 60 livres de rente.

Il fut gratifié par le duc Jean le Conquéreu « du droit de marché à tenir tous les lundys à Tonquédec, en renouvelant l'ancien droit par lettres données à Vannes le 25 novembre 1318 ».

Jean mourut en 1371, peu de temps après avoir signé à la cession au duc du Guéménéguégant par Jeanne de Rostrenen, puisque, cette même année, son fils Rolland prêta serment au duc comme vicomte de Coëtmen et Tonquédec. Il eut, entre autres enfants : Rolland, qui suit ; Geffroy, auteur de la branche du Boisguézennec, partagé par son frère en 1399 ; Thomine, épouse de Thomas de Kérimel, Sr de Launay, qui mourut sans hoirs en Turquie l'an 1397, fils de Geoffroy et l'Alice de Launay, dame de Launay en Brélévenez et de Coëtquis en Servel (Mss le Borgne, f° 134 r°.) ; Jeanne, épouse de Jean de Chateaubriand, Sr du Lion d'Angers, fils de Guyon et de Jeanne de Toutessan. (Leur fils aîné, Thuaude, épousa, le 6 août 1438, Françoise Odart). Enfin, Catherine, qui, selon le Laboureur, Dom Lobineau et Dom Morice, eut en partage la vicomté de Pléhédel et Langarzeau, et épousa, en 1392, Thibaut, Sr de la Feillée, fils de Silvestre et de sa tante.

Elle épousa ensuite son beau-frère, Jean de Malestroit, Sr de Kaër et veuf de Jeanne de la Feillée, soeur de Thibaut. Le 27 août 1419, son beau-fils et neveu, Jean de Malestroit, lui assignait en douaire différents héritages et, entre autres, ceux qu'il avait en la ville de Quintin du chef de sa mère (Généalogie de la maison de Malestroit, Dossiers bleus, 420).

Nous croyons, quant à nous, que son mariage avec Thibaut de la Feillée était déjà le second.

Si l'on veut bien se rappeler, en effet, que Guillaume de Goudelin, décapité en 1420 comme « fauteur, complice et adhérent d'Olivier de Blois, et ayant commis félonie et ingratitude », était vicomte de Pléhédel, alors que son père ne portait pas ce titre, et si, de plus, l'on remarque que Silvestre de la Feillée, fils de Thibaut et de Catherine de Coëtmen, fit accord en 1422 avec Jean de Trogoff et Jeanne de Kermoisan, son époux, sur le partage des biens de leur malheureux parent, partage qui attribuait à Silvestre, malgré les revendications de Jehan de Trogoff [Note : Archives des Côtes-d'Armor, Série E, carton 330. Titres de la famille de Trogoff (voir deux actes des 27 août et 14 décembre 1422). Il semble cependant, d'après Dom Villevieille, que la seigneurie de Langarzeau fut détachée de Coëtmen avant Pléhédel, sans doute au profit de Thomine, épouse de Sylvestre de la Feillée, qui porta le titre de Sr de Langarzeau], la vicomté de Pléhédel, l'on déduit nécessairement que Catherine de Coëtmen épousa en premières noces Guillaume de Goudelin, veuf de Catherine Poulard, fille de Guillaume, Sr de Kergolleau, et qu'elle eut de ce premier mariage Guillaume de Goudelin, vicomte de Pléhédel, décapité en 1420.

Ne serait-ce même pas son tombeau qui est décrit dans l'enquête du 7 mars 1717 sur les prééminences de Goudelin, faite en présence de dame Angélique de la Monneraye, compagne épouse de très haut et puissant Seigneur Guillaume Dinan du Breil de Rays, Sr de Goudelin ?

« Avons remarqué une pierre tombale en l'endroit et sous le marchepied du dit grand autel à sept pieds du pignon principal du dit grand autel, à cinq pieds des balustres du dit costé de l'épître comme a été mesuré présentement par le ministère de Messire Pierre Blanchard, tailleur de pierres. Avons tous de compaignye vu et mêmement remarqué la figure d'une dame sur la dite pierre tombale estant de six pieds deux pouces de longueur sur deux piedz et demi pour le chef et deux piedz pour l'endroit des piedz, ayant du relief en bosse ayant l'effigie et représentation de la dite dame en sainturon soutenant une épée ou dague à l'antique étant un peu escartée à la gauche que vulgairement les dits susnommés ont entendu par bruit commun dire que cette tombe estait la tombe de Catherine de Goudelin, de son temps dame de la dite paroisse de Goudelin » (Archives des Côtes-d'Armor, E, 1.262).

L'absence d'armoiries ne permet malheureusement pas l'identification certaine. D'autre part, chose vraiment remarquable, aucun des nombreux procès-verbaux relatifs aux complexes prééminences de Goudelin ne fait mention du tombeau si curieux attribué au malheureux Guillaume et déposé actuellement dans la chapelle de Notre-Dame-de-l'Isle. Aucune description n'est donnée des multiples écussons couvrant le cercueil et aujourd'hui tellement martelés qu'il est impossible d'y rien déchiffrer et, par conséquent, de résoudre l'énigme qui nous occupe.

Tombeau de Guillaume de Goudelin (Bretagne).

L'on sait combien, sous couleurs d'études archéologiques, il a été publié de nouvelles fantaisistes sur cette pierre tombale. Ces romans nous ont raconté en détail l'exécution de Guillaume et le désespoir de sa femme, Marie de Portz Trévennou « restée fidèle à son seigneur jusque dans l'ignominie du supplice », écrit lui même de Barthélemy (Anciens Evêchés, t. V, p. 169), et gardant auprès d'elle le cercueil de son noble époux.

Pourquoi faut-il que les vieux grimoires viennent détruire en effet de si jolies légendes ? Quel ne fut pas notre étonnement, en effet, de trouver un acte de 1460, par lequel Jean Jacquet rend aveu à Messire Guillaume du Boiscon et à Béatrice Paon, sa compagne, « à cause de certains héritages que le dit Jacquet possédait sous la dame comme douairière en premières noces de Messire Guillaume de Goudelin » (Archives des Côtes-d'Armor, E, 1.262).

Le manuscrit le Borgne vint nous confirmer le véritable nom et le second mariage de cette veuve inconsolable. Il nous apprit en même temps qu'elle était l'une des nombreuses filles de Rolland Péan, sire de Grandbois et de la Rochejagu, et de Marguerite de Tréléver, héritière de sa maison, parenté qui vient confirmer combien toute la famille de Goudelin avait trempé dans l'attentat du sire de l'Aigle contre le Duc en 1418.

VII.

Rolland, troisième du nom, dont nous reproduisons le sceau d'après les Bénédictins, figure, en 1379, dans l'association de la noblesse pour défendre l'invasion du pays, ainsi que le rappelle si naïvement la vieille chronique (Loc. cit. Chroniques de Duguesclin, t. II, p. 522-523) :

... Rohan, Montfort, Montafillant

Et Beaumanoir tout ensuyvant

La Hunaudaye et Montauban

Vindrent à lui, si fist Quoesman.

Sceau de Rolland de Coëtmen (Bretagne).

Ayant ratilié le traité de Guérande avec son frère Geffroy, en 1381, il guerroya en Picardie et en Flandre sous le connétable de Clisson [Note : Bibliothèque Nationale, pièces originales Coëtmen. Quittance du 12 octobre 1383 pour ses gages et ceux de sa compagnie] et prit le parti de ce dernier contre le Duc après le lâche attentat du château de l'Hermine. Commandant la place de La Roche-Derrien, il fut contraint de la rendre au Duc en 1394 et fait prisonnier. En même temps, son château de Tonquédec était pris et rasé, comme l'indique une décharge du Duc à Henry du Juch, datée du 8 juin 1394 (Dom Morice, Preuves, II, p. 649). Peu après, la sentence arbitrale du duc de Bourgogne du 16 octobre 1394 rendit au vicomte de Coëtmen la liberté sans rançon et les ruines de son château, mais le traité d'Aucfer, qui la confirmait un an plus tard, stipulait que « pour la démolition et abattue du château de Tonquédec », il ne pourrait rien être réclamé au Duc [Note : Dom Morice, Preuves, II, p. 656. Rolland ne pardonna pas aisément la prise et la démolition de son château de Tonquédec : les archives du château de Nantes renfermaient, lors de l'inventaire dressé le 31 décembre 1565 par René du Bourgneuf, un rôle en parchemin contenant l'information des excès et violences que le vicomte de Coëtmen fit subir à Jan de Coëthallec, capitaine du Duc à Châteaulin, sur Treff datée du 18 novembre 1399]. Ceci n'empêcha d'ailleurs pas Rolland de recevoir, le 22 novembre 1406, trois mille livres « pour cause de cette démolition » et, en 1408, mille livres pour l'aider à relever Tonquédec.

Il avait épousé en premières noces, le 14 septembre 1401, Jeanne de Penhoët, fille de Guillaume et de Jeanne de Fronsac, qui eut en dot 400 livres de rente, monnaie de Bretagne [Note : Bibliothèque Nationale. Trésor généalogique de Dom Vieilleville : Registres du Parlement de 1471, date du procès par lequel Jean de Coëtmen réclamait à Jehan de Penhouët les arrérages de cette somme], puis, en secondes noces, Jeanne Gaudin, fille de Martigné Ferchaut.

De ces mariages :

1° Olivier, époux d'Anne de Kérenrais, fille et unique héritière d'Eon, sire de Kérenrais, et de N de Plusquellec. Il vivait avec elle en 1422, ainsi que le montre un aveu de la seigneurie de Kéreseuc, et dut mourir s. h. en 1430, année où « le bien-aimé et féal chevalier Rolland de Coëtmen paie 400 livres par composition du rachat de son frère, dont il paie 100 livres à Jehan Angier, chambellan » [Note : Bibliothèque Nationale, f. fr. 22.338. D'autre part, la réformation des fouages de Léhart mentionne : Le Métayer au vicomte de Coëtmen, au manoir du Mont]. Sa veuve se remaria à Jehan, sire de Montauban, et mourut en avril 1499, « décrépite et en enfance » ;

2° Rolland, qui suit ;

3° Béatrix, dame de Maupiron et de Barnabarec, épouse, en premières noces, de Messire Jean de Kersaliou, fils de Raoul et d'Isabelle de Kérimel, dont elle n'eut pas d'enfant, et, en secondes noces, de Messire Guillaume de Penhoët, chevalier, Sr de Kérimel et Coëtfrec, chambellan du duc François, fils puîné, devenu aîné, d'Alain, cadet de Penhoët, et de Jeanne de Kérimel. Elle en eut postérité (V. Mss le Borgne, f° 5 v° et f° 79 r°.). Leurs armes en alliance se voient dans la verrière de Notre-Dame-de-la-Cour, en Lantic, à cause de la seigneurie de Landegonnec ;

4° Marguerite, épouse, en premières noces, d'Olivier Thomelin, chevalier, Sr du Bois et du Bransquer, tué en 1427 au combat des Bas-Courtils, et, en secondes noces, de Pierre du Pou, Sr de Brennellou, ainsi qu'il ressort du contrat de mariage de leur fille Marguerite avec Philippe du Quellenec, Sr de Kerjollis [Note : Documents trouvés chez M. de Callouët, à Lysandren. Bibl. Nation.]. En l'an 1455, Jean de Rosmadec, homme noble et de grande puissance, et Jeanne Thomelin, sa femme, plaidaient contre Olivier Thomelin, frère de ladite Jeanne, et contre Marguerite de Coëtmen, sa mère, veuve d'Olivier Thomelin [Note : Bibliothèque Nationale. Trésor généalogique de Dom Vieilleville : Registres du Parlement de Paris] ;

5° Laurent, Sr de Plestin en 1438, suivant les archives de Penthièvre (Bibliothèque Nationale, f. fr. 22.338) ;

6° Yves, Sr de Cabatoux, mentionné dans un conseil de famille du 28 novembre 1465 ;

7° Catherine, qui eut en partage la seigneurie de Leseven. Elle épousa Even Emery, qui eut en partage la vicomté de Montmartin et la seigneurie de Kerurien, fils puîné d'Aymeri (sic) Cavan, Sr de Cavan, et de la dame de Montmartin, dont elle eut postérité. Even Emery avait pour frère aîné Jean, Sr de Cavan, dont la seigneurie de Cavan fut confisquée pour avoir adhéré au parti des comtes de Penthièvre et porté les armes contre le Duc (Mss le Borgne, f° 70 r°.).

VIII.

Rolland, quatrième du nom, épousa, par contrat du 19 octobre 1430, Jehanne Anger de Lohéac, fille de noble et puissant Jehan et Marie Couppu qui eut en dot 2.000 écus d'argent et 400 livres de rente [Note : Voir Généalogie des Anger, par Du PAZ et par Dom LOBINEAU. Bibliothèque Nationale, f. fr. 18.711].

Le 25 décembre 1433, il eut défense de faire tenir foires et marchés aux pays de Goëllo et Tréguer, à proximité des villes et terres du comte de Laval (Actes de Jean V, n° 2.692).

En 1440, nous le trouvons en procès avec le commandeur de la Feillée, puis, en 1445, avec l'abbaye de Regard. Peu après, le 17 août 1447, le Souverain Pontife érigea en sa faveur le chapitre de Tonquédec, Jean, évêque de Tréguier, ayant commission à cet effet. Il vivait encore en 1458, date de son départ pour la Croisade, où il trouva la mort. Bien que son fils ait pris le titre de vicomte de Coëtmen dès 1463, sa mort ne fut officiellement connue que le 3 février 1470, suivant le minu rendu au Duc par son fils Jean, le 9 décembre 1471 (Archives des Côtes-d'Armor, A, 6).

De son mariage naquirent :

1° Olivier, le peu aimable époux d'Ysabeau de Kermellec, fille de Chateaugal, si l'on en juge par un acte du 23 mars 1463 des registres de la chancellerie de Bretagne ordonnant aux sénéchaux de Léhon, Cornouailles et Kerahais « de remettre la dicte Ysabeau en possession de ses héritages usurpez par Olivier, vicomte de Coëtmen, son mari, qui s'était depuis longtemps séparé d'elle, et l'avait maltraitée estant chose de mauvaise conduite et deshonneste vie ».

Ce triste sire mourut sans postérité vers 1467, époque à laquelle son frère Jean prit le titre de vicomte de Coëtmen ;

2° Jean, qui suit ;

3° Rolland, Sr de Goudelin, suivant un acte du 18 juillet 1470 ; il mourut sans hoirs avant 1492 ;

4° Olivier le jeune, homme d'armes de la garde en 1471, était chambellan du Duc en 1474, année en laquelle celui-ci lui fit don du rachat de Guillaume de Penhoët, Sr de Kérimel. En 1480, il était conseiller et chambellan du Roi, puis gouverneur d'Auxerre en 1481, et lieutenant du Roi à Franchise (Arras). Il fut, à ce titre, au nombre des quatre habiles plénipotentiaires envoyés par Louis XI, munis de pleins pouvoirs, pour négocier le traité d'Arras le 23 décembre 1482 (Société de bibliophiles français. Recueil des pièces imprimées sous le règne de Louis XI).

En 1485, il reçut, par partage passé à Tonquédec, la seigneurie de Plestin, mais l'année 1486 le retrouve toujours gouverneur d'Auxerre, qualifié pour la première fois de chevalier et recevant en récompense de ses services « 47 marcs d'argent en vexelle ».

En 1490, comme chambellan de la duchesse Anne, il recevait 10.000 livres monnaie de Bretagne et 2.000 livres de pension du roi des Romains, dont il avait sans doute favorisé le mariage. Lors du mariage de sa souveraine avec Charles VIII, il dut être éloigné de la cour et prit une part active au complot de 1492, puis devint, en 1493, capitaine du château de Fougères.

Il est, en 1496, exécuteur testamentaire de son frère, et lui-même rédigea, en 1503, en la maison du Sr de Chateaubriand, son testament dans lequel il demande à être enterré à Tonquédec, « devant le grand autel, plus bas que ses père et mère, sous le bon plaisir des seigneurs et dame du dit lieu ».

Grand maître de Bretagne en 1505, il mourut en 1509 sans hoirs, et son neveu, Jehan d'Acigné, en hérita, comme le prouve le compte d'Henry de Kérimel, receveur de Guingamp (Voir sur Olivier le jeune. Bibliot. Nationale. Pièces originales. Coëtmen).

Nous donnons ici un croquis de son sceau et la reproduction de sa signature ;

Sceau et signature d'Olivier de Coëtmen (Bretagne).

5° Charles, Sr de Lezesec, qu'il eut en partage le 9 octobre 1480, reçut, le 12 décembre 1486, 240 livres de pension sur les ports et havres de Tréguier (Id. Pièces originales). Il vivait encore en 1504 et mourut sans postérité ;

6° René, prieur de la collégiale de Tonquédec.

IX.

Jean, d'abord Sr de Chasteauguy, était, en 1464, capitaine de 49 hommes d'armes et de 277 archers. Vicomte de Coëtmen dès 1467, il acquit du Duc, en 1470, moyennant 16 livres de rente, une pêcherie sur la rivière du Léguer et voulut faire édifier un barrage. Guillaume de Penhouët, Sr de Kérimel, s'y opposa et, finalement, il y eut entente, le 18 juillet 1470, par laquelle ces deux seigneurs et Rolland de Coëtmen, Sr de Goudelin, s'interdisaient d'édifier « pescherie ny bardeau à prendre le poisson en la rivière du Léguer ».

Il avait épousé Jehanne, fille aînée de noble et puissant Jehan, baron du Pont, et de Marguerite de Rostrenen, laquelle Jehanne eut 200 livres de rente à asseoir sur le manoir de Kérézec [Note : Du Paz qui, dans son histoire généalogique de la maison d'Acigné, la faisait fille de Pierre et d'Hélène de Rohan, a rectifié dans son Mémoire manuscrit sur les Coëtmen et se trouve ainsi d'accord avec Dom Lobineau].

En 1473, il reçoit du Duc don d'un devoir de billot au vingtième pendant trois ans pour fortifier Tonquédec et intente action, quatre ans plus tard, à dame Anne de Kérenrais, dame de Montauban et veuve d'Olivier de Coëtmen, « parce qu'elle avait laissé dépérir le château de Tonquédec qu'elle avait en douaire ». Il fut, à Ancenis, au nombre des conjurés contre Landais ; aussi, par lettres données à Nantes le 21 mai 1484, le duc François confisqua-t-il ses terres, héritages et seigneuries, ainsi que celles des autres sujets rebelles, qui exerçaient dans ses Etats « les plus horribles dévastations » (Trésor généalogique de Dom Vieilleville).

Après la condamnation et l'exécution du fameux trésorier, il rentra en grâces et se dépensa ensuite sans compter au service du Duc, notamment en 1487, lors de l'attaque du duché par les troupes françaises, commandées par la Trémouille. Aussi, en récompense. de ses services, le duc érigea-t-il la terre de Coëtmen en baronnie, par lettres du 6 septembre 1487, publiées aux Etats du 17 novembre, et lui fit-il don, pour l'indemniser d'une partie de ses dépenses, de la châtellenie de Minibriac, se réservant toutefois le droit de la racheter moyennant 15.000 livres.

En 1488, le nouveau baron est député en ambassade vers le roi de France, puis, en 1491, en Angleterre.

Par acte du 16 juillet 1494, il fonde une chapelle chargée de 5 messes dans la chapelle du Chef du Pont de La Roche-Derrien, « à cause de ce que plusieurs de ses ancêtres y étaient enterrés », et, pour ce, il assigne 20 livres de rente à prendre sur le manoir de la Villeneuve, en Langoat, acheté de Geffroy le Lagadec, dont Aliette de Tonquédec, avouée fille naturelle de Coëtmen, était la femme en premières noces. (Aliette avait épousé en secondes noces Even de Kermellec).

Jehan fit son testament le 5 novembre 1496, en présence de sa femme, de Jehan d'Acigné et de haute et puissante dame Gilette de Coëtmen, sa fille aînée et principale héritière. Il recommande ses autres filles légitimes : Louise, Marguerite et Anne, veut être enterré en son église collégiale de Tonquédec et fait quelques legs à des gentilshommes, entre autres à Jehan de Kerguézay, sr de Kergomar, et à Messire Olivier Scliczon, Sr de Keranfault, « à cause des peines qu'ils ont prises pour le mariage de feu Louis de Coëtmen, son fils aîné, et demoiselle Françoise Péan, et pour avoir, depuis la mort de son fils, suivi ses intentions en mariant ladite demoiselle à Guillaume d'Acigné en secondes noces ».

Il donne 100 livres de rente à chacun d'eux, outre les 100 livres déjà données. Il mourut le 9 novembre 1496, et sa veuve eut en douaire Tonquédec et Kerbuzet.

De son mariage, il avait eu :

1° Louis, d'abord Sr de Chasteauguy, puis vicomte de Tonquédec, époux, le 1er juillet 1490, de Françoise Péan, dame et héritière de la Rochejagu et Grandbois, fille aînée de Pierre et de Marguerite de Couesquen, qu'il avait enlevée, sans doute, comme nous venons de le voir, avec la complicité du Sr de Kergomar, tuteur de Françoise et du Sr de Kéranfault. Il mourut sans enfant, peu après, et sa veuve se remaria, comme il vient d'être, à Guillaume d'Acigné, le 13 mars 1494 ;

2° Gilette, qui suit ;

3° Louise, mentionnée dans le testament de son père ;

4° Marguerite, épouse, en 1498, de noble et puissant Pierre de la Marzelière, chevalier, Sr dudit lieu et du Plessix Giffart, etc..., fils d'Artur Giffart (qui prit le nom et les armes de la Marzelière, comme fils de Plesou de la Marzelière) et de Marie de Brénéen, héritière dudit lieu, en Campénéac, sans postérité ;

5° Anne, épouse, le 25 décembre 1508, de noble homme Geffroy, sire de Coëtlogon, fils de Jean et de Louise du Parc.

C'est à Jean et à Jeanne du Pont qu'était due la magnifique verrière de Tonquédec, ainsi que l'indiquaient leurs portraits comme donateurs. Ceux de Rolland et de Jeanne Anger y figuraient aussi, probablement, selon M. Barthélemy, parce que le décès de Rolland à la Croisade n'était pas encore confirmé. Grâce à cette circonstance, nous pouvons fixer avec précision la date de cette verrière entre 1467 et 1470. Elle était donc contemporaine de celle de Notre-Dame-de-la-Cour, en Lantic, avec laquelle elle offrait une ressemblance remarquable, tant comme disposition que comme facture. Aussi, à notre avis, bien que la signature de l'auteur n'ait pas été mentionnée, on doit l'attribuer également à l'atelier d'Olivier le Coq et de Jehan le Levenan, vitriers de Lantreguer. Le dessin au trait très net, avec des formes arrondies et sans aucun modelé comme dans les autres provinces, est, en effet, tout à fait caractéristique de cette école, dont c'était là, incontestablement, l'un des chefs-d'oeuvre. Nous donnons ici la reproduction des tableaux les plus remarquables, et, en particulier, les beaux portraits de trois des donateurs, celui de Rolland n'existant plus aujourd'hui [Note : Nous devons ces beaux clichés à l'obligeance de MM. Tournel, les peintres verriers réputés, qui ont bien voulu nous autoriser à les reproduire. Qu'ils veuillent bien trouver ici l'expression de notre reconnaissance pour les documents qu'ils nous ont si aimablement communiqués sur les verrières de Bretagne]. Le vicomte de Coëtmen était représenté comme son fils, à genoux devant un prie-Dieu, sur lequel était un livre, et, derrière lui, se tenait debout un saint vêtu de blanc avec camail d'hermines.

Malheureusement, cette belle verrière, dont les blasons seuls avaient été brisés pendant la Révolution, fut détruite en partie, en 1847, par la foudre, et restaurée d'une façon aussi malencontreuse que possible, par l'Administration des Beaux-Arts.

Verrière de Tonquédec (Bretagne).

Verrière de Tonquédec (Bretagne).

Verrière de Tonquédec (Bretagne).

Verrière de Tonquédec (Bretagne).

Bien qu'aucun document n'ait fait défaut pour cette reconstitution, grâce à la description des blasons connue par l'enquête de 1486 et à celle détaillée des scènes ornant les lancettes, donnée par M. de Barthélemy, qui les avait examinées peu auparavant, l'on a, non seulement pas exécuté la restauration complète qui s'imposait, mais encore peint des blasons qui n'y avaient jamais figuré. La somme nécessaire pour la restauration totale de cette merveille, naturellement beaucoup plus élevée qu'à cette époque, est encore modique, et l'Administration des Beaux-Arts serait bien inspirée, croyons-nous, en réparant ses erreurs.

En reprenant l'ordre indiqué dans sa description par de Barthélemy (Bulletin monumental, 1849), c'est-à-dire de gauche à droite et de bas en haut, nous donnons ci-dessous la liste des scènes de cette verrière, en indiquant celles qui subsistent encore :

1° Saint Pierre. Subsiste (v. reproduction).

2° La Vierge, vêtue de rouge, manteau bleu, nimbe vert, tenant son fils dans ses bras. Détruite.

3° Rolland de Coëtmen. Détruit.

4° Jeanne Anger. Subsiste (v. reproduction).

5° Jean de Coëtmen. Subsiste (v. reproduction).

6° Jeanne du Pont. Subsiste (v. reproduction).

7° Résurrection de Lazare. Subsiste (v. reproduction).

8° Entrée dans Jérusalem. Subsiste.

9° Entrée dans Jérusalem (suite). Subsiste.

10° La Cène : On voit le Christ au milieu des douze apôtres ; son disciple bien-aimé a la tête sur son sein et Judas, sans nimbe, tend la main gauche vers lui. Détruit.

11° Le Christ et les Apôtres : Le Christ est avec six apôtres, dont l'un tient caché dans ses mains un objet ayant la forme d'un reliquaire. Détruit.

12° Le jardin des Oliviers. Subsiste.

13° Les soldats s'emparant de Jésus-Christ ; l'un d'eux lève son sabre. Détruit.

14° Jésus est souffleté. Subsiste (v. reproduction).

15° Le jugement. Subsiste (v. reproduction).

16° La Flagellation : Jésus-Christ, attaché à une colonne, est frappé de verges. Détruit.

17° Le couronnement d'épines. Subsiste.

18° Le portement de Croix : Jésus plie sous le poids de sa croix, un soldat le frappe, un autre porte les clous. Détruit.

19° Le Christ est attaché sur la Croix. Subsiste.

20° Mort du Christ. Détruit.

21° Descente de Croix. Subsiste (v. reproduction).

22° Ensevelissement du Christ. Subsiste (v. reproduction).

23° Résurrection. Subsiste.

24° Délivrance des âmes du Purgatoire. Subsiste (v. reproduction).

X.

Après la mort de Jean et de son frère Olivier, il semble bien que la baronnie de Coëtmen ait été délaissée par Gilette de Coëtmen et Jean d'Acigné, qui possédaient en haute Bretagne d'importants fiefs, auxquels le roi François Ier vint ajouter, par lettre-patentes du 22 décembre 1516, la terre de Saint-Aubin-du-Cormier leur vie durant.

Aussi, profitant de leur éloignement, de tous côtés chercha-t-on à usurper les prérogatives et les prééminences du baron. A Plestin, entre autres, les vitres portant en éminence les armes de Coëtmen furent brisées et les armes royales les remplacèrent (Voir Archives des Côtes-d'Armor, E 2516 et E2518).

En 1509, le sire de Laval contesta même à Jean d'Acigné son titre de baron de Coëtmen. C'est au sujet de ce procès qu'eut lieu l'enquête sur l'ascendance de Jean d'Acigné et de Gilette, que nous avons relatée par ailleurs.

Gilette mourut le 20 avril 1520, cinq ans avant son mari, qui fut inhumé le 8 septembre 1525 dans l'enfeu des d'Acigné, aux Cordeliers de Rennes.

En elle s'éteignit la dernière héritière de la branche aînée des Coëtmen, dont nous avons vu les divers représentants, l'épée à la main, pendant trois siècles, défendre tantôt la Croix, tantôt la Bretagne, contre leurs divers ennemis.

Dans ces luttes, ils sacrifièrent toujours leur intérêt particulier à l'intérêt général, chose malheureusement bien rare aujourd'hui, et virent successivement raser par leurs adversaires les deux têtes de leurs fiefs, les châteaux de Coëtmen et de Tonquédec.

Le vieux chroniqueur Bouchard a écrit : « Ceux de Coëtmen ont toujours été loyaux et vertueux chevaliers envers le Duc ». Il eut été plus exact et en même temps plus élogieux de se borner à : « Ceux de Coëtmen ont toujours été de loyaux et vertueux chevaliers ».

Généalogie de Gilette de Coëtmen (Bretagne).

Jehan d'Acigné, fils aîné de Gilette, rendit aveu pour Coëtmen, en 1522, sous l'autorité de son père. Le nouveau baron de Coëtmen fut lieutenant général du roi en Bretagne et épousa noble et puissante dame Anne de Montejean, baronnesse dudit lieu, fille de Louis et de Jeanne du Chastel, dont il eut, selon du Paz, deux filles et trois fils. L'un, François, Sr de Montejean, fut tué à la bataille de Moncontour, en Poitou, l'an 1569, « étant du côté des hérétiques ». Sans doute, quelque parent, descendant de Guillaume d'Acigné et de Françoise Péan, suivit-il le même parti, car deux statues funéraires recouvrant autrefois l'enfeu des Sr de la Villemario, dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Ronce, à Saint-Quay, et attribuées aux d'Acigné, n'étaient désignés par la population que sous le sobriquet de « Huguenots de la Villemario ». Cette pierre paraît, d'ailleurs, bien antérieure à la Réforme et provient, sans doute, d'une sépulture des de l'Isle, Srs. de la Villemario.

Les Huguenots de la Villemario (Bretagne).

A la mort de Jean, survenue le 19 mars 1539, son fils, autre Jean, possédait les revenus suivants :

La baronnie de Coëtmen, 800 livres ; Landegonnec, 800 livres ; Goudelin, 200 livres ; Lezerec, 200 livres ; la vicomté de Tonquédec, 1.200 livres ; le Chef du Pont, 120 livres ; Plestin et sécherie de Cornouaille, 100 livres ; Acigné, 1.500 livres ; Fontenay, 200 livres ; Guer, 400 livres ; la lande des Huguetières et les Chauvières, 700 livres ; Loyat, 800 livres.

Il mourut le 7 décembre 1573 et, comme ses prédécesseurs, fut inhumé en l'église Saint-François de Rennes.

De son mariage avec Jeanne du Plessix, fille de Jean et de Marie de Coesmes, il ne laissait qu'une fille unique, Judith, dont nous donnons le beau portrait. Cette riche héritière épousa, le 6 octobre 1579, Charles de Cossé-Brissac, second lits de Charles et de Charlotte d'Esquetot, qui succéda à son frère aîné, Timoléon, décédé sans hoirs.

Portrait de Judith d'Acigné, baronne de Coëtmen (Bretagne).

L'histoire de ce seigneur « de grand esprit, de savoir et bien disert », selon Brantôme, est trop connue pour être mentionnée ici.

Bornons-nous à rappeler que, maréchal de France en 1593 et gouverneur de Paris, puis connétable l'année suivante, il fut chargé par le roi de briser la résistance du duc de Mercoeur, et, reçut à cet effet, le 2 juillet 1596, le titre de lieutenant général de l'armée de Bretagne, puis, le 5 septembre de cette même année, celui de gouverneur de cette province.

Créé duc de Brissac et pair de France par lettres patentes du 13 avril 1611, il mourut à Pouancé le 13 novembre 1621, et son corps fut inhumé à Brissac. Il avait légué à Rennes son cœur, qui fut enseveli en grande pompe dans la cathédrale Saint-Pierre, près du tombeau d'Isabelle de Bretagne.

Portrait de Charles de Cossé-Brissac, baron de Coëtmen (Bretagne).

Après avoir célébré ses exploits et ses vertus, l'épitaphe grandiloquente qui recouvrait son cœur, rédigée par Me. Pierre Hévin, rappelait ce dont la Bretagne, et Rennes en particulier, lui étaient redevables et se terminait ainsi :

« O Rennes, en faveur de qui sortirent de ce coeur tant d'aspirations généreuses, tant de magnanimes pensées ; vous qu'il a sauvée de la ruine et du carnage que préparaient les factions ennemies, qu'il a délivrée et défendue malgré la ruine de vos tours et de vos remparts ; au moment d'expirer, il a mieux aimé se séparer du reste de son corps que de vous ; acquittez-vous envers lui, gardez-le sans vie comme il vous garda vivant, et demandez à Dieu pour lui, par vos prières, le repos éternel » [Note : Publiée en entier par Pierre Hévin fils : Arrêts du Parlement de Bretagne, p. 924, et réproduite par DE BARTHELEMY : Mélanges d'histoire et d'archéologie, t. II, et par PALUSTRE : La cathédrale de Rennes au XVIIIème siècle].

Sa première femme, Judith d'Acigné, était décédée le 11 janvier 1598.

Leur arrière-petite-fille, Marguerite de Brissac, fille de Louis et de Marguerite-Françoise de Gondy, porta, entre autres, la baronnie de Coëtmen et la seigneurie de Landegonnec à François de Neufville, duc de Villeroy, qu'elle épousa le 8 mars 1662.

Celui-ci, fils de Nicolas, duc de Villeroy, gouverneur de Lyon, etc., et de Madeleine de Créquy, était alors à peine âgé de 18 ans, étant né à Lyon le 7 avril 1644. D'une grande bravoure, qui lui valut, après la bataille de Nerwinde, le bâton de maréchal, il se montra, dans ces hautes fonctions, d'une incapacité sans égale et fit anéantir les armées françaises à Crémone, puis à Ramillies. Mais l'aveuglement du roi était tel pour ce bon courtisan, maître en l'art d'aduler son souverain et d'amuser la Cour, qu'il se contenta de le recevoir, après ses revers, par l'apostrophe restée fameuse : « Monsieur le Maréchal, on n'est plus heureux à notre âge », et de ne plus lui confier aucun commandement. Le maréchal s'en consola en organisant les fêtes et en courtisant la belle marquise de Caylus. Nommé gouverneur du dauphin, il fut après une discussion orageuse avec le régent, exilé dans son château de Villeroy, mais trouva le moyen de reparaître à la Cour à la majorité de son ancien élève, et mourut le 18 juillet 1730, à l'âge de 86 ans.

Portrait de François de Neuville, baron de Coëtmen (Bretagne).

Chansonné cruellement par ses contemporains, mais adulé par ses concitoyens qui lui firent de somptueuses funérailles, la postérité a rendu sur lui un jugement sévère, mais mérité, résumé par Chénier dans son épître à Voltaire :

« Favori de Louis Plus que de la Victoire,

Et grand à l'Oeil de Boeuf, mais petit dans l'Histoire ».

Très intéressé, il eut garde de maintenir intactes toutes les prééminences qu'il avait dans ses nombreuses seigneuries de Bretagne. Nous avons relaté ailleurs le procès qu'il fit, comme baron de Coëtmen, au Sr de Lanloup ; nous examinerons plus loin le procès-verbal détaillé de la prise de possession qu'il fit faire en son nom de la baronnie de Coëtmen et de la châtellenie de Landegonnec.

Marie-Marguerite de Cossé étant décédée le 20 octobre 1708, ses biens furent partagés entre ses enfants le 17 septembre 1709. Coëtmen et Landegonnec échurent à l'abbé François-Paul de Villeroy qui, en 1714, à 37 ans, fut nommé archevêque et comte de Lyon, siège où il ne laissa pas un aussi bon souvenir que son grand-oncle, Camille de Neufville.

Il ne conserva, du reste, pas longtemps ces biens éloignés de son diocèse et les transporta, par acte du 25 novembre 1718, à Messire François de Talhouët, moyennant 200.000 livres, dont 100.000 livres comptant (Archives Nationales, M. 372).

Le 27 juillet 1720, Elisabeth-Marie Gouyon, veuve de Théodore de Beringhen, vicomte de Pléhédel, protesta contre la prise de possession de la baronnie par le nouvel acquéreur et déclara vouloir en faire le retrait lignager. Elle indiquait être parente de l'archevêque, ce qui, du reste, était exact. En effet, Claude d'Acigné, fille de Jean et d'Anne de Montejean, eut de Claude du Chastel, baron de Marcé, deux filles. La cadette, Claude, épousa Charles Gouyon de la Moussaye, d'où, entre autres, Jacques, qui, de dame Elisabeth Dumas, dame de Terchant, eut Claude-Charles Gouyon, baron de Marcé, époux de Marie d'Apelvoisin et père de dame Elisabeth. D'autre part, Anne du Chastel, soeur aînée de Claude, épousa Guy de Rieux, dont Marie, épouse de Guy de Scepeaux, Sr de Chemillé. Leur fille unique, Jeanne de Scepeaux, épousa Henry de Gondy, dont Marguerite, épouse de Charles de Cossé et aïeule de l'archevêque.

Malgré cette parenté, la baronnie de Coëtmen resta à François de la Pierre, qui la vendit, en 1732, au Sr du Bosc, mais un arrêt du 13 mars 1732 l'adjugea par retrait à Hyacinthe de la Pierre, frère de François.

Bientôt, celui-ci morcela cette seigneurie.

Par acte du 10 janvier 1737, il vendit à Françoise-Angélique de la Monneraye, veuve de Messire Guillaume Dinan du Breil de Rays, et demeurant ordinairement au château de la Grandville, paroisse de Goudelin, tout ce qui dépendait de la baronnie en la paroisse de Goudelin et en celle de Lannebert, moyennant 69.000 livres.

Par acte du 12 janvier, il vendit au Sr de Lanloup tous ses droits sur la seigneurie de Lanloup, moyennant 4.000 livres tournois. En même temps, Hyacinthe de la Pierre céda la seigneurie de Landegonnec à Regnault Gabriel du Boisgelin, marquis de Cucé, et Anne-Marie-Françoise du Roscoët, son épouse.

Enfin, quelques mois plus tard, il vendit à haut et puissant Messire Alexis-René de Coëtmen, époux de haute et puissante dame Julie-Jeanne Gouyon de Vaudurant, tous ses biens en la paroisse de Tréméven, moyennant 105.500 livres.

Le nouvel acquéreur appartenait à la branche du Boisguézennec, qui avait pour auteur Geffroy. Il réclama, en 1738, le droit de présider la noblesse aux Etats, en tant que baron de Coëtmen. Cette requête, admise par le bureau et reconnue valable par le roi en 1739, fut contestée par les Etats. Peut-être quelques représentants se rappelèrent-ils alors que, seul avec M. de la Guerrande, M. de Coëtmen, alors colonel en retraite de dragons, avait, en 1718, soutenu le maréchal de Montesquiou contre les Etats et le Parlement, et en avait reçu en récompense une pension de 1.000 livres.

Toujours est-il qu'un long procès s'ensuivit, et il ne semble pas que le baron de Coëtmen ait eu gain de cause, quand il mourut en 1750, étant maître de camp de dragons, maréchal de camp, gouverneur de Tréguier, commandant de Brest et des quatre évêchés de Bretagne.

Il laissait, de son mariage, deux filles. La cadette, Marie, transmit aux Caradeuc les terres de Kergadiou et Leingouez par son mariage avec Anne-Jacques-Raoul de Caradeuc, fils du célèbre procureur général.

Quant à l'aînée, Marie-Claude-Jeanne-Julie, héritière de Coëtmen, elle, épousa, par contrat du 2 mai 1749 (mariage célébré le 7 juin suivant en l'église Saint-Louis de Brest), Pierre-François, marquis de Rougé, colonel de Vermandois, puis maréchal de camp. Il se signala à la prise de Berg op Zoom et fut tué à la bataille de Philinghausen, en 1761.

Son fils aîné, Bonabes-Jean-Alexis, qui lui succéda, épousa, en 1777, Victurnienne-Delphurie-Nathalie de Mortemart, fille de Jean-Baptiste-Victor de Rochechouart, duc de Mortemart, et de Charlotte-Nathalie de Manneville, sa troisième femme. Il mourut à Paris le 9 juillet 1783, laissant plusieurs enfants en bas âge, sous la tutelle de leur mère, qui décéda le 25 décembre 1828.

Sous la Révolution, les vieilles ruines du château et la partie nord de la campagne de Coëtmen, consistant en 7 cantons de terre, furent vendues comme biens nationaux et adjugées, le 18 thermidor, an IV (5 août 1796), à Nicolas Armez, moyennant 13.208 livres.

Les 11 cantons de la partie sud furent acquis le même jour par le Saulnier de la Hautière, moyennant 14.209 livres. Le tout représentait 180 journaux et avait été affermé 1.000 livres à différents particuliers par le dernier baron de Coëtmen.

Avant d'étudier ce qui reste des vieilles ruines, disons quelques mots de la branche des Coëtmen du Boisguézennec, dont le dernier représentant, Alexis-René, s'intitulait chef de nom et d'armes de la maison de Coëtmen. (R. Couffon).

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