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BRETAGNE ET CULTE DES MORTS : DU TREPAS A LA TERRE BENITE |
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** DU TREPAS A LA TERRE BENITE **
Le Culte des Morts, si vivace en Bretagne, y revêt une persistance et une grandeur qu'on ne trouve nulle part ailleurs. A côté de cela, il est fort compréhensible que toute une littérature se soit complu à créer sur ce thème un certain nombre de contes et de légendes, plus ou moins impressionnants, et que toute une série de pratiques et coutumes superstitieuses, basées sur le côté mystérieux de cet inexorable destin, aient eu de tout temps, la faveur d'âmes simples.
Croyances aux présages et intersignes, actes curieux de préservation, dévotions spéciales plus ou moins orthodoxes ont eu de fervents adeptes, et le folklore a recueilli une quantité considérable de documents, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, ayant réservé notre étude aux manifestations originales ne s'écartant pas du domaine essentiellement religieux.
LA PERSONNIFICATION DE LA MORT.
L'Ankou, ou personnification de la mort, est généralement représenté sous la forme d'un squelette souvent drapé dans un linceul.
Bien des faits mystérieux sont attribués à l'Ankou et il ne pouvait guère en être autrement. Le plus répandu est son fameux char attelé de deux chevaux en flèche dont l'un est tenu à la bride par un personnage qui marche à son côté ; quant à l'autre personnage, il s'occupe d'empiler dans le char les morts que l'Ankou, dressé debout au milieu du véhicule, a fauchés. Ce char d'épouvante a des essieux qui ne sont jamais graissés : aussi grincent-ils la nuit. Bien des légendes sur le char de l'Ankou ont terrifié les écouteurs des veillées bretonnes ; nous n'en aborderons pas la description, notre intention étant surtout de traiter spécialement la représentation peinte ou sculptée de l'Ankou.
Des statuettes en bois ou en pierre représentant l'Ankou ont été signalées dans les églises de Bulat, Cléden-Poher, La Roche-Maurice... Un squelette de bois, longtemps placé sur l'autel des morts à Ploumiliau, a suscité un vif mouvement de curiosité.
L'Ankou est surtout figuré sur les ossuaires : ainsi, à Landivisiau, il se transforme en cariatide le long d'un pilastre ; à La Roche-Maurice, à Ploudiry, il dirige une flèche sur des personnages sculptés en bas-relief dans les médaillons du soubassement où ils symbolisent les différentes classes de la société : gentilshommes, paysans... Les motifs sculptés sur les façades des ossuaires sont logiquement traités en fonction de leur destination: on y trouve des têtes de mort, des os en croix et le squelette de l'Ankou muni de sa longue flèche. A Cléden, il est placé à la base du rampant du toit du mur pignon ; mais il se trouve généralement au-dessus du bénitier extérieur, en pleine façade.
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VEILLÉE FUNÈBRE.
La veillée funèbre se déroule à peu près partout d'une façon identique. Signalons qu'à Pontivy et dans le pays de Guéméné, les mortes étaient autrefois revêtues de leurs plus beaux atours de fête. On faisait autour du lit mortuaire une sorte de dais réalisé avec des draps blancs, on voilait les miroirs et on arrêtait les pendules. Un drap, qui devait être entier, était placé dans le cercueil et un oreiller était disposé sous la tête du défunt. A la tombée de la nuit commençait la veillée : parents et amis se réunissaient pour dire les « grâces », réciter des prières et le chapelet. A minuit avait lieu une collation.
Dans le pays guérandais, pour la veillée, le corps est exposé dans le plus beau lit rouge à colonnes, mais on a soin d'enlever les lambrequins de couleur et les rideaux brodés du lit pour les remplacer par des toiles blanches, brodées à jour et ornées de dentelles : elles ne sont utilisées que dans cette circonstance et chaque famille les conserve précieusement. Lorsque le défunt est mis dans sa châsse, on recouvre également celle-ci d'un beau drap blanc.
Pour le Finistère, il est signalé dans Breiz-Izel [Note : Breiz-Izel ou Vie des Bretons dans l'Armorique. Texte d'A. BOUET, 1835, dessins d'Olivier PERSIN. - Consulter également La funèbre veillée, dans Bretagne d'hier, pp. 136-140 de Léon LE BERRE, Rennes, 1937], que le mort est placé, le visage découvert, dans une chapelle ardente établie sur le coffre-banc du lit-clos. A côté, deux cierges sont allumés, et sur une chaise est disposée une assiette creuse où trempe un rameau de buis bénit. Les parents et amis se succèdent, se renouvellent autour du cadavre jusqu'à la levée du corps. H. F. Buffet, dans son ouvrage « En Haute-Bretagne » [Note : Henri-François BUFFET, En Haute-Bretagne, Paris, 1954, pp. 211 à 213], indique que partout les veillées étaient dirigées par les « bonnes sœurs » du village, qui faisaient réciter des chapelets ; elles posaient également des questions à l'assistance, qui répondait suivant des formulaires toujours semblables ; dans le Coglais, des vieillards improvisaient des prières et faisaient l'éloge du mort ; à Malestroit, on chantait en litanies les qualités du défunt.
En Loire-Inférieure, dans la région de la Chevrolière, la croix processionnelle qui conduira le mort à sa dernière demeure, est posée sur son lit, du côté du cœur.
L'ENTERREMENT.
Il ne nous est pas possible de relater toutes les variantes qui ont existé en Bretagne, suivant les régions, dans la composition et la disposition du cortège funèbre ; nous ne ferons qu'indiquer quelques éléments qui nous paraissent les plus caractéristiques.
Autrefois, dans le pays Gallo, le cercueil était généralement porté à bras : un homme était porté par quatre hommes, une femme mariée par quatre femmes, une jeune fille par quatre jeunes filles vêtues de blanc. Les tout-petits enfants étaient portés sous le bras par deux jeunes filles en blanc, se relayant.
Vers 1919, j'ai assisté, à Penmarc'h, à des enterrements où la châsse était portée par des femmes revêtues de la grande mante noire de deuil à capuchon. Sous le ciel gris et parfois tragique du pays bigouden, ce cortège constituait une image profondément émouvante, rappelant les visions du moyen-âge.
Dans d'autres régions, les corps étaient placés sur un char à bancs, recouvert d'un drap, traîné d'abord par des bœufs, puis, plus tard, par des chevaux. Le cortège funèbre était précédé du porteur de cloches, coutume générale à toute la Bretagne. En pays Gallo, la clochette, dite l'échelette, se composait d'un manche ayant une tige transversale portant de quatre à six clochettes, de sons différents.
Dans un grand nombre de communes des Côtes-du-Nord, les parents du mort, et surtout les femmes, ne se mettaient pas à la tête du convoi mais à la fin. A l'église, ils se tenaient également au bas de la nef.
Le cortège du pays guérandais se déployait sur une seule file, les hommes en tête, puis les femmes et les enfants.
Pendant longtemps, les convois ont suivi des itinéraires spéciaux, soit, dans certains cas, des chemins abandonnés, soit, au contraire, ceux qu'empruntait fréquemment le défunt.
Vers 1870, à Fougères et dans la région, pendant la cérémonie de l'enterrement, on donnait à tous les assistants des cierges qui restaient allumés tout le temps de l'office.
Sur la cérémonie de l'enterrement nous retiendrons surtout trois coutumes assez curieuses :
Après la descente de la bière dans la fosse et lorsque les assistants l'aspergeaient pieusement d'eau bénite, il était d'usage, dans pays gallo-morbihannais, de jeter une poignée de terre ou un caillou sur le cercueil. Cette coutume, empruntée probablement au paganisme, a heureusement disparu.
Au pays bigouden, une coutume s'inspire, par contre, d'un rite essentiellement chrétien le service funèbre terminé, le cercueil est porté sur les marches de l'autel, on brûle un cierge spécial que l'on place à la tête ou sur la bière même et qui, après l'office, est jeté dans la fosse.
L. Marsille signale [Note : Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1941] que dans le pays de Vannes, lorsque le cortège passait devant la croix d'un chemin ou d'un carrefour, on se signait et on récitait le De profundis, on plantait ensuite à côté de la croix une petite croix faite de deux morceaux de bois croisés, et cela dans l'intention de rappeler le souvenir du défunt. Cet usage existe encore dans la Loire-Inférieure surtout dans l'ancien pays de la Mée : auprès des niches creusées dans les soubassements des calvaires il n'est pas rare de trouver de nombreuses petites croix rudimentaires faites de bouts de bois [Note : La même coutume est signalée en Vendée, autour des Sables-d'Olonne, où l'on plante également ces petites croix à l'angle de deux chemins].
A Ouessant, se pratique le broella [Note : LUZEL, LE BRAS ont donné le nom de « proella » à cette cérémonie funèbre ; M. CUILLANDRE, avec juste raison, l'a rectifié en « broella » et lui donne le sens de « ramener au pays », « rapatrier »] : c'est l'enterrement fictif des marins disparus en mer, afin d'assurer le repos de leur âme. La famille se réunit en veillée funèbre dans la maison du marin, comme si le corps était là, représenté par la petite croix de cire devant le portrait du disparu. (Voir Revue Celtique, 1871-1872).
La représentation de scènes de funérailles est assez rare dans l'art breton, c'est surtout dans les sablières que ce sujet semble avoir été traité.
La frise la plus connue est celle de la chapelle Saint-Eutrope, ossuaire de Pencran, datant de 1594 [Note : G. TOSCER, Le Finistère pittoresque, Brest, MCMVI, p. 306].
Le chariot bâché contenant le cercueil est traîné par deux chevaux, le premier est conduit par un homme qui tient une cloche ; il est précédé du prêtre et d'un porte-croix ; ils vont pénétrer dans l'église dont on aperçoit la porte. Derrière le chariot se déroule le cortège des parents; le fossoyeur n'est pas oublié : il est représenté tenant une pioche et une pelle.
Il convient également de citer le porche de l'église de Plougras (Côtes-du-Nord) [Note : FROTTIER DE LA MESSELIÈRE, La Bretagne touristique du 15 janvier 1929 (dessin)], où est représentée sur une sablière la scène des funérailles, probablement funérailles d'un pauvre hère : le défunt est traîné sur une sorte de brouette rudimentaire.
LE DEUIL.
Pour le folkloriste, le deuil est surtout intéressant par les modifications apportées aux costumes ou par le choix de certaines couleurs.
Dans le pays gallo, le deuil se portait de préférence en brun, alors que dans le Léon, le bleu [Note : Le Musée d'art populaire régional de Nantes possède une pièce fort rare, acquise à Landivisiau : il s'agit d'un drap mortuaire dont toute l'ornementation (croix, ossements, cranes et attributs religieux) est brodée en bleu] était la couleur traditionnelle.
Au pays bigouden, la coiffe de deuil des femmes était teinte en ocre foncé tirant sur le ton havane. Le costume est encore dissimulé sous la grande mante noire des pleureuses ; le gilet (hommes ou femmes) possédait deux côtés brodés, différents de couleur, le côté deuil était brodé de vert sur velours noir, il était mis par-dessus le plastron orné de broderies rouges.
A Guérande, les hommes portent pour le deuil un long manteau de drap noir, et les femmes une sorte de pèlerine faite de laine noire, prolongée par un long collet relevé [Note : Dans le Léon, l'usage voulait que, pendant toute la durée du deuil, les hommes restent constamment à genoux pendant la grand'messe, même pendant l'Évangile, et qu'aux Vêpres ils ne se lèvent pas pour le Magnificat. - En pays gallo région de Dinan, quand on était en deuil, on ne se levait pas à l'Evangile].
LES CHEFS.
Le squelette de la tête, le crâne ou chef, est le motif le plus représentatif du défunt, et cela de tout temps et dans tous les pays.
En Bretagne, quand le corps avait cessé d'être cadavre, la famille était autorisée à recueillir le chef ; il était placé dans une boîte de bois noir, percée d'une ouverture en arche le laissant apercevoir ; une petite croix surmontait ce petit reliquaire. Enfin, une inscription peinte indiquait que « Ceci est le chef de... décédé le... ». Ces crânes étaient alignés avec leurs caisses dans les ouvertures des ossuaires, et même, quelquefois, conservés dans les églises ; ainsi était ravie à la promiscuité du charnier commun la partie la plus noble du squelette humain.
Sur les façades monumentales des ossuaires des chefs sont généralement représentés en sculpture, mais des crânes réels sont également utilisés dans d'autres éléments architecturaux : ainsi des chefs sont parfois disposés au-dessus ou même dans les niches abritant des bénitiers ; il est facile d'en comprendre la signification.
LES CIMETIÈRES.
En Bretagne, tous les anciens villages avaient la même disposition typique qui est la mise en valeur d'un thème fondamental: la vie religieuse avec ses diverses préoccupations, mais où le rôle principal semble être « la mort ».
Après la majeure partie des journées passées au grand air, au dur labeur des travaux agricoles, il était nécessaire que pour la vie paysanne une contre-partie s'affirmât, et cela dans le domaine spirituel. Avec la rentrée des champs, c'est le village qui va procurer le repos, l'église qui appellera à la prière, et l'on traversera le cimetière qui l'entoure : celui-ci non seulement évoquera le pieux souvenir des disparus mais rappellera encore, à tout moment, cette fin inexorable que l'on aurait tort d'oublier.
Qu'ils étaient touchants ces petits cimetières bretons avec leurs tombes de granit, avec leurs ifs, leurs croix, leurs calvaires, leurs ossuaires, remarquables œuvres architecturales, ornées de curieuses sculptures, leurs tombeaux dont les dalles de belles inscriptions étaient décorées de motifs en bas-relief, parfois même grandioses avec leurs portes d'entrée monumentales ! Au centre du village, par conséquent constamment sous les yeux des habitants, ils participaient, pour ainsi dire, à la vie communale. Pas de tristesse dans ce voisinage, pas de mélancolie dans cette intimité entre les vivants et les morts, mais une noble et réconfortante intention, une constante et recueillie évocation de la vie depuis la naissance jusqu'à la mort. On est venu là - au baptême à cette église dont le carillon annonçait à tout le bourg la naissance d'un nouvel enfant ; on y est encore venu pour toutes les autres étapes de la vie : communions, mariages, et on y vient une dernière fois lorsque le glas annonce qu'on va reposer au milieu des siens. Tout le déroulement de la vie campagnarde, joies et deuils, se faisait dans cet enclos. Tel était le sens et la réalisation de cette conception unique qui donnait une âme et une foi au village.
La destruction des vieux cimetières a enlaidi à jamais le placitre des églises et chapelles. Combien paraît désertique l'entourage des églises de Plogonnec, Ploaré... combien paraît isolé et triste le calvaire de Plougastel-Daoulas, se dressant au milieu d'un grand espace vide... combien nous paraissait préférable celui de Guimiliau, lorsqu'il était entouré de ses tombes et de ses multiples croix [Note : En enlevant les tombes qui entouraient l'église on a fait perdre un grand caractère au village breton ; bien des protestations ont été faites contre ce vandalisme, entre autres : Charles GENIAUX, La Bretagne vivante, 1912, « Le culte de nos morts », p. 113, et Charles LE GOFFIC, L'âme bretonne, 4ème série, « Et nos cimetières, appel à Barrès », 1924, pp. 338 à 351] ! En revanche le nouveau cimetière de Plougastel s'est enrichi de l'ossuaire du Cloître-Pleyben, soigneusement transféré et reconstruit.
LES TOMBES.
Les tombes anciennes ne sont pas de grands monuments, ce ne sont pas des imitations de petits temples avec colonnes et frontons : elles n'affirment aucun effet de richesse, aucune supériorité. Elles sont simples, mais pleines d'intérêt, car on a su, dans cette simplicité, trouver un décor approprié et réaliser un sens de l'idée funèbre que l'on trouve rarement ailleurs.
Le type primitif est la dalle épaisse de granit avec inscription gravée ou sculptée sur cette dalle. La forme des dalles est généralement rectangulaire, surtout pour les très anciennes ; plus tard, la partie vers le chef s'arrondit ou se termine par des pans coupés. La pierre est en légère saillie au-dessus du sol, et elle est quelquefois munie, à sa partie inférieure, d'une petite pierre remplissant le rôle de banc à prière.
Les tombes en forme de sarcophage supporté par des balustres sont assez rares dans les cimetières : citons, toutefois celles de Locronan.
Ce n'est qu'au début du XIXème siècle qu'on a dressé une croix de bois ou de pierre sur la tombe [Note : Il est pourtant probable que les nombreuses stèles primitives en forme de cones ou de cylindres, lisses ou à pans coupés, appelées jadis « lec'h » et que l'on trouve dans le voisinage de nombreux cimetières, avaient dû servir de signalisation de tombeaux] ; auparavant, on laissait à la croix du calvaire érigé au centre du cimetière le soin d'unir toutes les tombes sous son emblème divin. C'est donc sur les dalles seules que se trouvaient représentés les emblèmes religieux et tracées les inscriptions.
Sur les tombes très anciennes l'inscription, suivant le mode gothique, faisait le tour complet de la dalle, l'espace central étant réservé à un motif sculpté en très faible relief. Les lettres sont dessinées avec les caractères typiques de l'époque et elles ont parfois une certaine gaucherie de réalisation qui n'est pas sans avoir sa saveur.
Au XVIIème siècle, les majuscules, seules employées, sont grasses et leur relief, pris dans l'épaisseur de la pierre, comme hauteur celle de la réserve creusée pour installer l'inscription. La disposition en registres étagés est la plus fréquente : elle est composée de panneaux creux superposés dans lesquels ont été réservés les caractères, comme nous venons de l'indiquer. Entre ces registres il y a un très faible espace, si bien que l'aspect général de l'ensemble offre une plénitude de lettres ; aucun vide ne s'aperçoit, sauf dans la partie supérieure de la dalle réservée pour le motif principal.
Au XIXème siècle, on a délaissé les belles lettres en relief pour adopter les lettres gravées en creux : ce procédé donne un graphisme sec, malingre, qui, du reste, devient vite illisible. Les textes sont longs et donnent des détails : nom et prénom du défunt, son âge, sa qualité, son domicile, la date du décès... Les mots se suivent sans interruption, sans intervalle, sans ponctuation ; la ligne du registre se termine sur n'importe quelle lettre tout cela rendant parfois la lecture délicate.
Les motifs religieux sculptés ou gravés sont nombreux et diversement interprétés. Les plus anciennes tombes ne sont ornées que d'une simple croix disposée dans le sens de la longueur de la dalle ; plus tard, cette croix, ramenée à de plus modestes dimensions, ne figure plus que dans la partie supérieure où elle ne tarde pas à être accompagnée des lettres rituelles : I. H. S. C'est la disposition la plus fréquente, mais les arrangements de détails varient à l'infini.
Très fréquente aussi est la croix centrale accompagnée à droite et à gauche de deux chandeliers supportant des cierges [Note : Le corps de la croix est généralement uni, le Christ crucifié y est très rarement représenté] ; ces chandeliers arrivent à fournir des motifs très décoratifs. Des étoiles garnissent également les angles du panneau.
Enfin, la croix centrale est quelquefois remplacée par un Saint-Sacrement ou par un calice avec la Sainte Hostie (tombes de prêtres).
Le romantisme lui-même influence le décor des tombes, et de nombreuses dalles de schiste des cimetières du Léon possèdent un motif caractérisé par une sorte de pelouse sur laquelle l'if, le cyprès et le saule pleureur avoisinent la croix. Les chandeliers et autres emblèmes ont alors disparu complètement.
La partie inférieure des dalles est beaucoup plus simple : c'est, le plus souvent, la date qui la termine ; quelquefois, un petit motif funèbre : sablier, torche renversée, crâne avec ossements croisés... y apporte un rappel ornemental.
Un petit bénitier, évidé en forme de cœur, se rencontre sur cette base, mais presque toujours les bénitiers sont extérieurs, petites cuves de pierre placées auprès des tombes ; quelques-uns sont agrémentés de moulures et d'inscriptions. Un très beau bénitier en granit se trouve dans l'église de Penmarc'h, mais qui provient de l'ancien cimetière ; il est daté de 1614 et son fût porte un écusson sur lequel on lit : « Pour les trépassés ».
Comme nous venons de le voir, les vieux cimetières ont été détruits, les belles tombes dispersées ou brisées. La Bretagne perd un peu chaque année de ses richesses monumentales et pittoresques. Le réalisme et la brutalité des conceptions modernes ne peuvent comprendre et respecter les finesses d'un pays qui, instinctivement, avait tout composé pour l'intimité et l'accord avec le cadre naturel et les sentiments humains. Nous ne pouvons, avec une pointe de mélancolie, qu'exprimer nos regrets.
(J. Stany Gauthier).
Voir
"
Les
confréries des Agonisants et Trépassés en Bretagne
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