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LES CONFRÉRIES DES AGONISANTS ET TRÉPASSÉS EN BRETAGNE

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Il nous paraît indispensable de toucher un mot de l'importance de ces confréries des Agonisants et des Trépassés, citadelles de la piété populaire : elles ont encadré et soutenu la ferveur du bon peuple de chez nous, princes et clercs en tête.

Les CONFRÉRIES DES AGONISANTS, outre quelques pratiques toujours vivaces, nous ont légué ces autels qui rivalisent parfois de richesse avec les autels du Rosaire, de règle dans tout sanctuaire siège d'une confrérie mariale. Ce rapprochement est à souligner : la dévotion bretonne est enracinée dans une foi vivante à la Passion du Seigneur, mais aussi dans une singulière dilection envers la Vierge Mère, plus particulièrement la Vierge de Compassion.

Cette présence mariale, génératrice de paix sereine dans la douleur, se révèle à peu près partout. Voici à Commana, l'autel des Cinq-Plaies, du XVIIème siècle, siège de la Confrérie des Agonisants ; le Seigneur Jésus, assis en majesté, montre les plaies de ses pieds et de son côté, gage de miséricorde, deux anges soutiennent bellement la couronne royale au-dessus de sa tête, avec de chaque côté les statues familières aux Bretons, de saint Sébastien et de sainte Marguerite, secourables dans le dernier combat contre le démon. Mais à Châteaulin, où la Confrérie est placée plus précisément sous le patronage de Jésus Agonisant et de Notre-Dame de Pitié, sa mère, » une Pieta orne l'autel de la Bonne-Mort et de la Sainte-Agonie, et Notre-Dame apparaît aux côtés de la chapelle de son Fils dans le tableau de la mort du juste. De même à Roscoff dans la chapelle des Agonisants de 1701, à l'église paroissiale, où l'ensemble, autel et retable, porte la marque d'une riche décoration de guirlandes et de fleurs qui n'inspirent nullement la mélancolie.

Nous nous contenterons d'une allusion aux confréries qui avaient leur autel dans la Collégiale de Notre-Dame-du-Mur à Morlaix, à Landerneau dans le cimetière de Saint-Houardon : c'est dans leur chapelle que les prêtres fidèles de Landerneau célébrèrent la messe au début de la Révolution et que reprit le culte régulier après la tourmente ; à Lesneven, au prieuré Notre-Dame, la Confrérie des Agonisants s'est installée dans la chapelle des seigneurs de Lescoet, dite aussi chapelle de Notre-Dame-de-Pitié.

Nous insisterons un peu sur quelques cas types de Confréries dont le rayonnement s'étend bien au delà des murs du sanctuaire.

A Notre-Dame-de-Recouvrance les confrères des Agonisants reçoivent en 1692, par l'entremise du maire de Brest, une dotation importante pour l'édification et l'entretien d'une résidence avec deux prêtres chargés spécialement d'assister les moribonds et une fille - ou veuve - assistante sociale avant la lettre, qui doit visiter les malades et avertir les prêtres de se rendre à leur chevet. En 1689 on avait commandé à Yves Bostier, de Saint-Pierre-Quilbignon, un tableau des Agonisants « avec un beau lit au milieu de l'alcôve... de l'émail au manteau de la Vierge, de la laque fine pour sa robe, etc. ».

Passons dans l'ancien diocèse de Tréguier, où, comme nous l'avons noté ailleurs, le culte de Notre-Dame-de-Pitié est à mettre en relation, d'une part, avec les prières pour les prisonniers et, d'autre part, avec la dévotion en faveur des Agonisants - on voit le lien intime qui unit dans le cœur des fidèles ce double souci de délivrance.

Dans l'église de Runan, si intéressante sous tant de rapports, la chapelle de l'Agonie abrite une belle madone de Notre-Dame-de-l'Agonie qui n'est autre qu'une très ancienne Pieta ; elle a vu passer à ses pieds saint Yves qui y pria « avec moult larmes et prolixes oraisons » le bienheureux Charles de Blois perdu dans de longues prières, à genoux à même le sol, la bienheureuse Françoise d'Amboise assidue à y venir à pied de Guingamp, tous les ans, pour les défunts de sa famille, le duc Jean V qui exigea dans son testament que son corps y fût déposé pour une dernière veillée avant son inhumation dans la cathédrale de Tréguier. On conserve le Bref de concession d'indulgences par Clément IX en faveur de la Confrérie, en date du 3 juin 1716.

De la dévotion ancienne on a gardé en particulier la pieuse coutume de faire tinter une cloche funèbre quand une âme de fidèle est sur le point d'entrer dans son éternité.

A Guingamp, c'est à l'ombre de l'illustre sanctuaire de Notre-Dame-de-Bon-Secours, siège de la Frérie Blanche, que naquit, en 1662, sous l'épiscopat du saint évêque de Tréguier, Balthazar Grangier, la Confrérie des Agonisants où l'on prenait très au sérieux ses engagements, fort divers. L'article premier des statuts dispose que les Confrères doivent s'appliquer « à la pratique des vertus que Jésus-Christ a pratiquées en toute sa vie, savoir : la charité, l'humilité, la débonnaireté ».

Le service de prière, sanctionné par l'amende et l'exclusion, était plutôt chargé. Il fallait assister au service et salut à Notre-Dame le jour de l'Immaculée-Conception, Nativité de la Vierge, Saint-Joseph et Saint-Yves « les patrons de la confrairie » ; assister de même « au service qui se chante le vendredi pour les confrères » (on voit le rapport avec la Passion) ; se rendre à l'église où les convoquera « trois sons de cloche » pour y prier pour les Agonisants..., « aider les fidèles trépassés et nommément les confrères et les pauvres qui sont ordinairement délaissés... par communion et autres œuvres de charité » ou de mortification ; suivre le Saint-Sacrement « quand on le portera aux malades, confrères ou non ». Tout un programme de piété chrétienne centrée sur la préparation à la mort. On conserve par ailleurs l'aimable statue de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, dont l'oratoire démoli au début de ce siècle, se trouvait à Porz'anken « le faubourg de l'angoisse » : les condamnés à mort y faisaient une dernière prière en se rendant au supplice.

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De la CONFRÉRIE des Agonisants à celle des TRÉPASSÉS, le passage est insensible : les deux dévotions se confondent facilement, nous l'avons constaté à Châteaulin, à Runan, à Guingamp. C'est peut-être parce qu'elles se rencontrent souvent sous le même patronage marial.

Nous trouvons partout en Bretagne de ces Confréries des Défunts, dont plusieurs subsistent encore, se continuant le plus souvent dans la fidélité de la dévotion privée, mais aussi réapparaissant au grand jour à l'occasion de circonstances solennelles, comme pour la procession de la Toussaint, par le port de l'ancienne bannière. Serait-ce donc faire montre d'archéologisme désuet que d'émettre le vœu que reprennent vie toutes ces pieuses associations, expression de dévotions qui tiennent au cœur de tout vrai Breton et capables d'animer la vie de toute une cité, comme nous allons le constater une fois de plus ? Il ne leur manque peut-être que de revêtir une forme plus moderne adaptée, comme autrefois, aux nécessités sociales et religieuses de l'heure.

Vous les voyez surgir des quatre coins de l'horizon, dans les villes au passé illustre ou dans les campagnes sans histoire. A Paimpol en 1662, fondation de Saint-Vincent-la-Majeure qui comprenait une messe des Défunts tous les lundis. A la cathédrale Quimper la confrérie des Trépassés a son autel avec sa Pieta du XVIème siècle ; à Hennebont, confrérie de date inconnue mais d'origine ancienne ; encore dans le Morbihan, à Notre-Dame-de-Crénenan la dévotion originelle en faveur des âmes du Purgatoire comme le rappelle le nom même du sanctuaire, s'est étendue à la protection des incendies - le feu en ce monde ou en l'autre - exemple typique de l'aspect familier de la dévotion envers les défunts débordant sur l'activité journalière.

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Trois exemples d'ordre bien différents, en apparence. A Loperhet, la confrérie des Trépassés avait été rétablie par Mgr Dombideau de Crouseilhes en 1817. A l'époque de la fête des Morts, on bénissait du pain dans un quartier dont tous, présents et absents tenaient à avoir leur part dans la paroisse. « Ce même jour on mettait aux enchères des pommes portées en deux ou trois rangées, par des chevilles de bois fixées dans un bâton. Ces pommes s'appelaient avalou'vreuriez : les pommes de la Confrérie, on les vendait sans doute autrefois au profit de la confrérie des Trépassés ». (Chan. Montfort).

La Confrérie de Pleyben date du 9 décembre 1613, d'après le Bref d'Erection revêtu de la signature de Mgr Charles du Liscoët. Les statuts valent la peine d'être cités. Retenons au moins la concession d'indulgences :

A ceux qui auront contribué à la sépulture ecclésiastique d'un défunt.

A ceux qui, au son du glas annonçant la mort ou l'agonie, auront à genoux récité un Pater et un Ave à l'intention du moribond ou du mort.

A ceux... qui auront assisté chaque lundi à la messe, auront pratiqué, le soir, avant de se coucher, l'examen de conscience.

A ceux qui auront visité les malades ou les prisonniers, réconcilié les ennemis...

A lire pareil programme on peut se demander qui profitait spirituellement le plus, des confrères ou des âmes en peine, leurs protégées ?

Voici de même à Saint-Pol-de-Léon, l'illustre Confrérie des Trépassés établie en 1533, honorée d'indulgences par Innocent XI en 1683, avec ses deux abbés - prêtre et laïc - et ses sept conseillers. Elle a son siège comme il convient, dans la vénérable chapelle du cimetière Saint-Pierre mais outre les messes statutaires du lundi avec procession à Notre-Dame-du-Creisker, elle obtient d'en faire chanter une autre au Creisker tous les samedis, suivie d'une procession à la cathédrale. L'objet de la confrérie, là encore, déborde largement les obligations de piété : « si aucun des frères, par hasard ou fortune, sans sa coulpe, devient à pauvreté, est ordonné qu'il sera aidé des biens communs de ladite confrérie... ».

« Item : tous ceux qui seront reçus jureront entretenir paix et union entre les frères et sœurs d'icelle confrérie ».

Conférence de Saint-Vincent-de-Paul en même temps qu'Association Pax Christi ! La Confrérie n'a pas disparu : sa bannière est à l'honneur à l'occasion, et la cloche de l'agonie rappelle aux fidèles le devoir de la prière pour ceux qui vont « passer ».

Saint-Pol-de-Léon n'a plus son pittoresque cortège des « bannisseurs des morts », si commun autrefois dans nos petites villes et qui doit survivre, sous une forme plus discrète, dans plusieurs paroisses. On en comptait encore au siècle dernier ou à une époque plus proche, à Rennes, Vitré, Châteaubriant, Lannion, Landivisiau, Le Faouët, Ploërmel, Josselin, et, il n'y a pas encore bien longtemps, à Guingamp, le sympathique Quelen, dit « Poupoule », était récompensé pour son charitable office par une quête fructueuse.

Ailleurs en France certaines associations de ce genre tiennent encore le haut du pavé, telles les Confréries de Charité pour les défunts, en Normandie, reconstituées en 1798 et sérieusement réglementées à la suite de certains abus, grâce à la vigilante sympathie de l'évêque d'Evreux au temps de Louis-Philippe.

Ce que la France peut nous envier, sans conteste, c'est cet extraordinaire développement de la littérature pieuse à l'endroit des Trépassés et, d'une façon générale sur tout ce qui touche à la mort. Or c'est là surtout, plus que dans des manifestations spectaculaires, que se livre l'âme profonde d'un peuple.

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