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BRÉLÈS DURANT LA RÉVOLUTION

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Le 14 janvier de l'année suivante, Brélès, à son tour, fut doté d'une municipalité avec François Léaustic comme maire. La nouvelle commune devint le chef-lieu d'un canton formé par Larret, Plourin, Lanildut, Porspoder, Plouarzel et Lampaul-Plouarzel.

Le 28 mai 1792, jour du pardon de Brélès, le clergé constitutionnel fut également insulté, comme le rapporte le juge de paix du district :

« L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le vingt-huit may, nous Juge de paix du canton de Brellès, savoir faisons que nous étant ce jour transporté à Brelles à la suite de la procession de notre paroisse qui alloit suivant l'usage pour y assister à la fête de la ditte église de Brellès, y étant parvenus les sieurs Baroux quartier-maître, le trésorier du quatrième régiment d'infanterie, Gibouin, commis de la marine, et Mondechair, chirurgien de Porspoder, nous auroient accostés, et fait part de ce que plusieurs femmes et filles s'étaient attroupées près la porte de l'église sur laquelle elles frapoient avec violence à coups de pieds et de pierres, l'ouvrant par intervalle en jettant des cris horribles dans le dessein de troubler le prédicateur qui dans cet instant débitoit son sermon. Au-dessus duquel rapport nous nous sommes tous de compagnie transporté près laditte porte de l'église, où nous avons effectivement vû les faits ci-dessus énoncés ; nous nous sommes de suitte transportés chez le sieur Kerouanton, maire de laditte commune de Brellès, pour réquerir l'interposition de son autorité, à l'effet de faire cesser les dits troubles et clameurs. Jean Kerhilloc, son beau-père, nous a répondu que Monsieur le maire étoit parti pour Plabennec. Interpellé de nous dire si Monsieur le Procureur de la Commune étoit dans le bourg de Brellez et dans quelle maison il pouvoit être, a dit qu'il ne scavoit rien, mais que probablement il étoit demeuré chez lui. Avons ensuite rencontré le sieur Jérôme Bougaran, officier municipal, lequel nous auroit dit avoir les mains liées par Monsieur Kerouanton maire, qui le matin de ce jour avant son départ étoit venu chez lui dit Bougaran et lui avoir formellement deffendu de laisser les habitants prendre les armes en son absence, pour maintenir l'ordre dans laditte assemblée, comme il avoit été d'usage dans les assemblées précédentes : que luy dit Bougaran étoit bien dans l'intention de le faire faire, ainsy que de se décorer de son écharpe si la déffense formelle ne luy avoit pas été faitte nous avons observé audit sieur Bougaran que nous raporterions procez verbal tant desdits troubles que de sa réponse que nous l'interpellerions de signer. A quoy il a déclaré qu'il le feroit par ce que c'étoit la vérité. Observant de plus que la femme du sieur Pellé, greffier, nous a déclaré ce jour que le sieur Yves Kerouanton n'avoit parti de chez lui à cheval qu'environ les onze heures du matin après son dîner, n'ignorant pas qu'il devoit y avoir deux à trois processions patriotiques qui devoient se rendre incessamment à la susdite trêve, chef-lieu de canton de Brellez. Nous avons restés jusqu'à sept heures et demie du soir pour y maintenir le bon ordre et la paix, à déffaut du maire et du procureur de la commune qui ne se sont pas présentés. Et avons écrit le présent procez verbal en présence des trois dénommés cy dessus et des sieurs Bourguier desborder et Yves-Marie Mevel qui ont été égallement témoins des faits cy-dessus... ».

« Je certifie cette copie conforme à la minute ce jour vingt-neuf mai mil sept cent quatre-vingt-douze l'an II de la Liberté ». « MOYOT ».

Le 4 juin, le district informa de cette dénonciation la municipalité de Brélès, qui, six jours plus tard, répondit comme il suit aux faits portés au procès verbal par le juge de paix :

1. Elle conteste le trouble provoqué par les femmes et les filles lors de la prédication du 28 mai.
2. Elle atteste que les marguilliers s'en allèrent chercher l'offrande dans le cimetière, comme de coutume, pendant les vêpres ; qu'après avoir fait le tour du cimetière, ils frappèrent à la grande porte inutilement, et n'entrèrent dans l'église que par une petite porte, après avoir souvent demandé l'entrée.
3. Elle demande au sieur Moyot de nommer quelques autres qui aient frappé avec violence la porte de l'église.
4. Elle convient que le maire de Brélès était absent le 28 mai, se croyant dispensé ce jour-là de rester chez lui, puisque le pardon n'avait pas eu lieu ce jour ni à Plourin ni à Brélès.
5. Elle convient que le sieur Kérouanton, maire, avait défendu de porter les armes [Note : C'est-à-dire les croix et bannières : an armou] pour la grand'-messe, ne voulant pas faire plus d'honneur à son vicaire qu'aux autres quand ils viendraient avec leurs processions.
6. Relativement à la lettre de Moyot au district de Brest, elle proteste de son exactitude à faire exécuter les lois. Elle convient que Kérouanton donna pension à Quéré, son vicaire, que Kerboul, procureur de la commune, a loué une chambre au sieur Laot, ex-curé de Taillé, originaire de Plourin. Elle déclare ne pas connaître le sieur Kerboul, curé de Landéda.
7. Elle affirme que le sieur Laot, son vicaire, ne s'est jamais opposé à ce que les citoyens fussent soumis à la constitution, et à propos de l'inculpation avancée que ces deux prêtres ont attiré beaucoup de personnes dans leur parti depuis Pâques, elle atteste qu'on ne peut prouver qu'ils aient confessé depuis longtemps avant Pâques et qu'ils aient donné mauvais conseil à qui que ce soit, que loin d'avoir défendu aux aristocrates de parler aux patriotes, ils ne font connaissance avec qui que ce soit, que lorsqu'ils sont obligés de parler à quelqu'un, ces sortes de matières n'entrent pas dans leurs conversations.
8. Elle soutient que le fanatisme ne règne pas chez elle, et pour preuve elle demande aux habitants de Lanildut s'ils emploient autant de diligence qu'elle à mettre les rôles en recouvrement et à remettre les soldes au district.
9. Sur la mention de la clôture de l'église de Brélès, elle réserve que l'inconvénient de voir plusieurs personnes mourir sans sacrements, et plusieurs enfants sans baptême, peut en être le résultat funeste.
10. Finalement, le maire Kérouanton offre sa démission, si la loi exige de lui plus qu'il ne fait en réalité.

Le dimanche 10 juin, à l'issue de la grand'messe, celui-ci publia la lettre et le procès-verbal du juge de paix que le district avait adressés à la municipalité. Froissé du procédé, Moyot en référa au district, qui manda Moyot et Kérouanton pour les entendre.

Le 23 juin, le directoire du district prononça son jugement.

« Extrait des Registres du District de Brest, du vingt-trois juin mil sept cent quatre-vingt-douze l'an quatre de la Liberté.
Séance tenue par M. Le Cain, président, assisté de MM. Hunot, Mével, Laligne et Floch, administrateurs.
Présent, M. Brichet, procureur syndic.
Vu au Directoire du District de Brest le procès-verbal rapporté par le sieur Moyot, juge de paix du canton de Brélès, le vingt-huit mai dernier, la déclaration faite devant lui le même jour par Jérôme Bougaran, officier municipal de Brélès, la réponse de la Municipalité dudit lieu du dix de ce mois, une lettre du sieur Moyot du douze courant, après avoir entendu le sieur Kérouanton, maire, et Moyot.

Considérant que le trouble apporté au service divin célébré par le curé et autres prêtres constitutionnels en l'église de Brélès, le 28 mai dernier, ne peut être que l'ouvrage des ennemis de la constitution, poussés par les prêtres fanatiques qui résident sur les lieux, et l'insouciance de la Municipalité sur leurs devoirs, le départ du maire à onze heures et demie du matin, la défense formelle qu'il avoit faite de commander une Garde un jour de Pardon, et d'assemblée, l'absence du Procureur de la commune le même jour ; tous ces faits constatés par le procès-verbal et la déclaration sus-dattés sont propres à prouver que le Maire et le Procureur de la commune étoient instruits du trouble et qu'ils ne vouloient point l'empêcher.

Considérant que le Maire de Brélès a abusé de la confiance du Directoire et qu'il s'est rendu coupable en publiant à l'issue de la grand'messe du dimanche dix de ce mois le procès-verbal et la lettre de M. le Juge de Paix dont le Directoire avoit fait passer copie à la Municipalité pour la mettre en état de répondre.

Considérant que cette lecture et publication de la part du sieur Kérouanton ne pouvoit avoir d'autre but que d'attirer au sieur Moyot la haine de ses justiciables et de le rendre odieux non seulement aux habitants de la commune de Brélès, mais encore à ceux des paroisses circonvoisines qui y arrivoient en foule pour assister au service divin célébré par des prêtres non conformistes.

Considérant que la réponse de la Municipalité de Brélès n'a point détruite les faits dont sont accusés les Maire et Procureur de la commune, que d'ailleurs cette réponse est souscrite par des personnes dévouées à leur parti dont une partie sont des domestiques et citoyens non actifs.

Considérant enfin que tandis qu'on laissera l'église de Brélès ouverte, qu'on permettra aux sieurs Quéré, prêtre de Plourin, et Laot, ex-curé de Taulé, d'y faire le service, les habitants des paroisses circonvoisines, pourvues de curés constitutionnels, s'y rendront constamment, non seulement pour le service, mais pour se faire administrer les sacrements et désertent leurs églises pour aller prendre de mauvais principes ailleurs ; à ces causes, ouï le Procureur syndic en ses conclusions.

Le Directoire est d'avis que les sieurs Yves Kérouanton, maire, et François Kerboul, procureur de la commune de Brélès, soyent suspendus de leurs fonctions pour un mois, que le maire soit pour ce temps remplacé par le premier officier municipal, et le procureur de la commune par le dernier officier municipal, en outre sévèrement réprimandés ; et que défense leur soit fait de tomber en pareille faute sous des peines plus graves.

Est d'avis que pour le bien public et couper court aux abus, qu'en conformité de l'arrêté du Département les portes de l'église de Brélès soyent fermées, jusqu'à ce qu'il ne se trouve suffisamment des prêtres constitutionnels pour faire le service.

Qu'enfin lesdits sieurs Quéré et Laot, auteurs principaux du trouble et de la discorde qui règnent en ce canton, par leur conduite et leurs prédications aristocratiques, soyent mis en état d'arrestation et pour cet effet conduit au château de Brest.

Fait en Directoire de District, à Brest, ledit jour vingt-trois janvier mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an quatre de la Liberté » (Arch. dép., 21, L. 25).

(H. Pérennès).

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