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BECHEREL |
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La
commune de Bécherel ( |
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de BECHEREL
Bécherel vient, semble-t-il, du gaulois "bec" (pointe) et du suffixe breton "erel" (sommet).
Bécherel est un démembrement de la paroisse primitive de Plouasne, comme l’atteste la lettre du Cardinal Odon à Jean, évêque d’Alet (Saint-Malo) en 1150 : « in oratorio de Becherel quod in parochia de Ploasno constructum est » (dans l’oratoire de Bécherel qui est édifié dans la paroisse de Plouasne) [Dom Morice – Preuves – T.I, col. 604)].
Alain
de Dinan, mort avant 1148, fils de Geffroy, seigneur de Dinan, peut être considéré
comme le fondateur du château de Bécherel, bâti dans la paroisse de Plouasne,
et autour duquel se groupa bientôt une petite ville. En construisant sa
forteresse, le seigneur de Bécherel éleva dans son enceinte une chapelle ou
oratoire en l'honneur de la Sainte Vierge, « capellam sanctœ
Dei Genitricis Marie in Becherello castro sitam » (Anciens évêchés de
Bretagne, IV, 403) et il désira confier aux Bénédictins de Marmoutiers le
soin de desservir ce sanctuaire. Ces religieux possédaient, en effet, la
paroisse de Plouasne, dont Bécherel faisait partie. A la prière d'Alain de
Dinan, Donoald, évêque d'Aleth (1120-1143), donna donc cette chapelle à
l'abbaye de Marmoutiers (nota : l'abbaye de Marmoutiers (vel Marmoutier) "Majus
monasterium vel Martini monasterium" fut fondée au IVème siècle, aux
portes de Tours, par saint Martin, évêque de cette ville. Le titre abbatial en
fut aboli en 1739, et la mense abbatiale fut unie à cette époque à l'archevêché
de Tours), et il permit aux moines de choisir un chapelain pour la
desservir, à la condition de le présenter à l'évêque pour que celui-ci lui
donnât des pouvoirs ; il les autorisa même à révoquer au besoin ce chapelain
pour de justes causes (Anciens évêchés de Bretagne, IV, 403). Le successeur
de Donoald sur le siège épiscopal fut saint Jean-de-la-Grille, qui éprouva,
comme l'on sait, de grandes difficultés avec les religieux de Marmoutiers. Il
eut notamment à se plaindre d'eux au sujet de leur chapelle de Notre-Dame de Bécherel,
« in oratorio de Becherel quod in parochia de Ploasno constructum est ».
Que reprochait-il aux moines ? Nous n'en savons rien, mais c'était assez
grave, car le saint prélat les menaça d'excommunication et interdit l'oratoire
de Bécherel. Heureusement pour l'abbaye de Marmoutiers, le cardinal Odon, légat
du Saint-Siège en France, vint au secours de ces religieux ; grâce à lui,
l'interdit fut levé et les Bénédictins purent y reprendre leurs divins
offices. De plus, le légat manda à l'évêque de Saint-Malo qu'il eût à
fournir de l'eau bénite aux moines pour asperger leur oratoire, « vobis
quoque mandamus ut aquam benedictam ad aspergendum in eodem oratorio donetis »,
et il ajouta que si ce prélat la leur refusait, ils pourraient en recevoir de
n'importe quel évêque (D. Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 609).
Comme il s'agissait probablement ici de la bénédiction de l'église, ce détail
nous prouve qu'au XIIème siècle les évêques se réservaient le droit de
faire l'eau bénite nécessaire à cette cérémonie, et qu'ils en envoyaient
dans les églises de leurs diocèses quand il fallait les bénir. Dans le même
temps, les Bénédictins eurent encore à souffrir du seigneur de Bécherel
lui-même. Leur bienfaiteur Alain de Dinan était mort, et son fils et
successeur, Rolland, ne parut pas d'abord animé envers les moines des mêmes
sentiments que son père. Il s'empara même violemment de l'église Notre-Dame
de Bécherel. Toutefois, sur les représentations d'Etienne, grand-prieur de
Marmoutiers, il consentit à rendre ce bénéfice à l'abbaye de Saint-Martin
(Bibliothèque Nationale, Blancs-Manteaux, XXXIX, 259). Bien plus, pour mieux
prouver son repentir, Rolland fonda près de Bécherel le prieuré de
Saint-Jacques. On était alors en 1164 ; saint Jean-de-la-Grille était mort, et
son successeur, l'évêque Albert, paraissait favorable aux religieux de
Marmoutiers ; ceux-ci profitèrent de cette bonne volonté de l'évêque de
Saint-Malo et du seigneur de Bécherel pour solliciter et obtenir d'eux l'érection
de Bécherel en paroisse. Albert leur donna solennellement cette année-là,
1164, l'église de Notre-Dame de Bécherel libre de tous liens avec Plouasne,
dont il la sépara pour toujours, « ecclesiam sanctœ
Mariœ
de Becherello abbati et monachis Majoris monasterii concessimus » ; l'évêque
se réserva seulement ses droits épiscopaux de synode, de visite et de repas, «
salva reddituum episcopalium integritate, sinodi scilicet et circuitionis et
prandii ». Puis il régla les rapports entre les religieux qui devaient
cesser de desservir l'église et le recteur ou chapelain qui la desservirait à
leur place ; il voulut que les moines gardassent la moitié des revenus du bénéfice
et qu'ils abandonnassent l'autre moitié au recteur ; il donna aux moines le
droit de nommer le recteur ou chapelain, à la condition de le présenter à l'évêque,
qui seul lui accorderait charge d'âmes ; enfin, il statua que les recteurs prêteraient
aux religieux serment de fidélité au sujet du temporel qui leur était confié
par l'abbaye (D. Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 655). Ainsi fut
fondée la paroisse de Bécherel ; les Bénédictins allèrent habiter leur
prieuré de Saint-Jacques et un prêtre séculier administra en leur nom la
paroisse ; ils le présentèrent à l'évêque tant qu'exista le titre abbatial
de Marmoutiers, c'est-à-dire jusqu'en 1739. Les revenus de la cure de Bécherel
étaient peu considérables, car le recteur ne recevait qu'une portion congrue
du prieur de Saint-Jacques. Cependant, en 1790, le recteur déclara avoir un
revenu net de 700 livres ; dans ce chiffre devaient être contenues les 60 livres
qu'on lui payait pour son loyer (nota : en 1790, Bécherel n'avait pas de
presbytère ; la fabrique possédait seulement "un emplacement de maison
appelé le Vieux-Presbytère" ; dès 1680 il en était ainsi déjà,
car le recteur, à cette époque, payait une rente au seigneur de Bécherel pour
le même "emplacement de maison et jardin" - Déclarations de
la seigneurie de Bécherel) et sa portion des fondations de l'église, car sa
pension congrue n'était que de 500 livres. Il est vrai qu'il jouissait aussi de
la chapelle Saint-Thomas du Plessix, située en Longaulnay ; ce petit bénéfice
était, en effet, au siècle dernier, annexé à la cure de Bécherel, et à
leur installation les recteurs de cette ville avaient coutume de prendre
possession de « la chapelle Saint-Thomas, de son cimetière et de son jardin
» (Pouillé de Rennes).
En 1124, Alain de Dinan, reçoit en partage la terre de Bécherel et y fait élever un château autour duquel va commencer à naître et à se développer la cité de Bécherel. Les seigneurs de Dinan y fondent les prieurés de Sainte-Marie, de Dinan et de Saint-Jacques. Un acte de donation de dîme faite à la fin du XIIème siècle par Rolland de Dinan, seigneur de Bécherel, au prieuré de Bécherel dépendant de l'Abbaye de Marmoutiers, en Touraine, mentionne quatre moulins "quorum duo sunt sub castro Becherelli et duo sunt juxta territorium veteris castri". En 1558, le prieuré de Saint-Jacques, à Bécherel, tombé en régale, est donné par le roi de France Henri II à Charles d'Epinai.
En 1168, Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, s'empare de la cité et la fait fortifier. Le château est repris et incendié en 1181 ou 1182 par le duc de Bretagne Geoffroy II, et reconstruit par les sires de Dinan. Henri III d'Angleterre, allié du duc Pierre Mauclerc contre la France, passe à Bécherel le 12 mai 1230 en se rendant de Saint-Malo à Nantes. Les Anglais s'emparent de Bécherel en 1350. En 1363, Charles de Blois, aidé de Bertrand Du Guesclin, assiège la ville de Bécherel occupée par les alliés de Jean de Montfort. Bécherel est investi de nouveau sans succès en 1371 par du Guesclin au nom du roi Charles V. Le 1er novembre 1374, la garnison anglaise de Bécherel capitule et se retire. En 1419, Anne de Laval, dame de Vitré et baronne de Bécherel, restaure les fortifications de la ville (en levant un fouage pour cette restauration sur ses vassaux, avec l'autorisation de Jean V) mais la place tombe en ruine dès le début du XVIème siècle (1504): "Aussy y a en ladite ville de Bécherel monstre et emplacement de chasteau où y a encore une tour qui par la guerre qui, puis naguères de temps, a eu cours en ce pays, a esté bruslée par les ennemis". Le général Rey bat les Chouans de M. de la Vieuville au pont de Bécherel, le 4 juillet 1796.
Les seigneurs de Bécherel possédaient un droit de haute justice. La baronnie de Bécherel appartient au XIIème siècle à Alain de Dinan et passe par succession à Alain de Vitré, puis par alliance au baron de Mayenne (au début du XIIIème siècle), aux de Penthièvre, seigneurs d'Avaugour, aux de Tinténiac (à la fin du XIIIème siècle), aux de Laval, seigneurs de Châtillon-en-Vendelais (au milieu du XIVème siècle), aux seigneurs de Vitré, aux de la Trémoille, barons de Vitré qui la vendent en 1626 aux Glé, seigneurs de la Costardais, aux de la Beaume le Blanc, marquis de la Vallière qui la vendent en 1714 aux de Lopriac, marquis de Coëtmadeuc et de Brie, au marquis de Kerhoënt (en 1764) qui la vend en 1770 aux de Langle, comtes de Beaumanoir.
La ville s'est développée à partir du XVIème siècle et jusqu'au XVIIIème siècle grâce à ses ressources en lin et chanvre. Les remparts, qui la protégeaient, n'existent déjà plus au début du XVIème siècle. La paroisse de Bécherel dépendait jadis de l'évêché de Saint-Malo.
On rencontre les appellations Becherellum, oratorium de Becherel au XIIème siècle.
Note 1 : Du XVIème au XVIIIème siècle, le pays de Bécherel est connu pour sa prospérité liée à l'industrie toilière. Depuis 1989, Bécherel est la cité du livre. Celle-ci peut se vanter d'être le seul village de 600 habitants à posséder 15 librairies, une dizaine de métier d'art au service du livre, deux galeries d'art et une salle d'exposition.
Note 2 : Ecole de garçons. — Le prieur de Bécherel présentait le maître d'école chargé d'instruire les garçons de cette paroisse (Archives Nationales, P. 1720). Ecole de filles. — En 1705, Geneviève Ginguené du Boisjean, Hélène des Cognets, Marguerite Le Cointerault et Françoise Duchemin des Vergers, s'unirent entre elles pour fonder une maison de retraite à Bécherel et pour faire l'école aux filles de cette paroisse (nota : d'après la tradition, ces pieuses dames commencèrent même leur école charitable dès 1691). Elles enseignaient gratuitement les pauvres et ne demandaient aux enfants riches que 4 sols par mois pour la lecture, et 6 sols pour l'écriture. Lorsque ces dames confièrent en 1727 leur établissement aux Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, elles stipulèrent que ces dernières entretiendraient à Bécherel « au moins trois religieuses pour tenir les écoles charitables de cette paroisse ». En 1790, les Dames de Saint-Thomas recevaient des petites pensionnaires qui payaient 40 sols par mois (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 29).
Note 3 : liste non exhaustive des recteurs de la paroisse de Bécherel : Gautier (« Gauterius presbyter de Becherel » en 1203). Jean Le Monnier (décédé vers 1565). François Caillart (il succéda au précédent, en se faisant pourvoir en cour de Rome ; il eut à combattre Martin du Puy et Jean Regnault, et résigna en 1571). Guy Faczon (fut pourvu le 1er juillet 1571). Guy Hervy (décédé en 1575). Jean Régnault (succéda au précédent le 31 décembre 1575 ; décédé en 1586). Guillaume Hallenatz (prit possession le 19 avril 1586). Bertrand Gourdel (résigna en 1620). Jacques Denoual (fut pourvu le 19 février 1620). Gilles Gallier (décédé le 2 décembre 1657). Christophe de la Fosse (prêtre du Mans, fut pourvu le 7 décembre. 1657). François Odye (fut pourvu le 27 octobre 1678). Bonabes Le Bel (résigna en 1705). Jean Rolland (fut pourvu le 4 septembre 1705 ; décédé le 5 avril 1732). Jean-Joseph Fouéré (succéda au précédent ; décédé en 1745). Noël Simon (pourvu le 6 août 1745, prit possession le 15 août de l'église Notre-Dame, puis de la chapelle Saint-Thomas ; il résigna en 1749). François de Châteaubriand (fut pourvu le 12 décembre 1749 et prit possession le 14 de l'église Notre-Dame et de la chapelle Saint-Thomas ; il résigna en 1750). Jean-Franrois Nouel (pourvu le 2 octobre 1750 ; décédé en 1755). Pierre Josse (pourvu le 6 février 1755 ; décédé le 2 mai 1784). Jean Dingé (pourvu le 6 mai 1784, résigna en 1790). Charles-Julien Berthault (fut pourvu le 21 juillet 1790). Guillaume-Jean Peigné (1803, décédé en 1821). Joseph Denoual (1821-1837). Jean Biffart, chanoine honoraire (1837, décédé en 1863). Isidore Orain, chanoine honoraire (à partir de 1863), ......
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PATRIMOINE de BECHEREL
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l'église
Notre-Dame (XVIIème siècle - 1868 - 1898), oeuvre de l'architecte Jacques
Mellet. Cette église est située à
l'emplacement de l'ancienne chapelle castrale du XIIème siècle qui fut
érigée en paroisse en 1164 (Pouillé de Rennes). L'ancienne église de
Notre-Dame de Bécherel fut construite dans le XIIème siècle, comme nous
venons de le voir. C'était une simple nef terminée vraisemblablement par
une abside. Cet édifice fut en grande partie reconstruit en 1624, et il ne
restait naguère plus de l'antique sanctuaire que trois parties un peu
remarquables : une belle fenêtre, — deux groupes de colonnes engagées,
qui devaient supporter la voûte de l'intertransept, — et une cuve
baptismale. Voici la description qu'en a faite M. de la Monneraye : « La
fenêtre donnant sur le choeur est longue et étroite et s'amortit en plein
ceintre à archivolte double. Elle n'a point de colonnettes. La partie extérieure
de l'archivolte est ornée d'une double chaîne de demi-cercles qui se
croisent symétriquement ; sur l'angle intérieur et épannelé de la même
archivolte court une moulure en dents de scie qui accompagne les
pieds-droits jusqu'au bas de la fenêtre. Les deux massifs, appliqués sur
le mur enveloppant la nef, se composent d'un pied-droit garni sur ses angles
d'une colonnette, et sur le milieu duquel s'engage une colonne de plus forte
proportion. Un seul et même tailloir, un seul et même cordon couronnent
chaque massif. Le tailloir proprement dit est couvert d'une moulure en zigzag
; son chanfrein est uni et très-épais ; la corbeille des chapiteaux est
ornée de têtes humaines, de feuillages et de fruits. Enfin, la cuve
baptismale est ronde. Son angle extérieur est épannelé et orné d'une
moulure en dents de scie. Quatre têtes humaines aux pommettes saillantes,
à l'ovale très-allongé, et dont l'une porte la barbe au menton et de
longues moustaches, sont opposées deux à deux sur le pourtour extérieur
de la cuve, qui n'offre pas d'autres détails d'ornementation »
(Bulletin archéologique de l'Association bretonne, I, 182). En 1680,
Gabrielle Glé, marquise de la Vallière, — belle-soeur de la célèbre
duchesse de ce nom, — déclara au roi qu'en qualité de dame de Bécherel
elle était « fondatrice de l'église, cimetière et presbytère dudit Bécherel,
et dame supérieure en icelle église, en laquelle elle avait un banc à
queue et accoudoir au-dessous du marche-pied du grand autel ; charnier et
cercueils de pierre levés de terre pour servir à la sépulture des
seigneurs de Bécherel, le tout du côté de l'évangile ; escussons armoriés
de ses armes tant en relief qu'en peintures, et toutes autres marques de prééminence
et prérogatives appartenant aux seigneurs supérieurs fondateurs ». La
famille Glé, qui possédait la baronnie de Bécherel au XVIIème siècle,
fit plusieurs fondations dans cette église. La plus importante fut celle de
François Glé, seigneur du Pan et baron de Bécherel, et Marguerite de
Quistinic, sa femme, en 1629 : elle consistait en une grand'messe
quotidienne, à diacre et sous-diacre, suivie de divers autres chants, tels
que Libera, Stabat, etc. Les fondateurs nommèrent six
chapelains pour desservir ad turnum cette fondation ; ils voulurent
que ces six prêtres fussent toujours, autant que possible, choisis par
leurs successeurs, les seigneurs de Bécherel, parmi des prêtres natifs de
la paroisse, et ils les placèrent sous la présidence du recteur. Cette
fondation fut très utile au recteur de Bécherel, qui ne pouvait obtenir un
vicaire du prieur de Saint-Jacques. Réduite en 1790 à quatre services par
semaine, elle rapportait alors 300 livres à chacun des chapelains. Il y
avait en outre, dans cette église, des fondations pour la messe du matin,
pour la prière du soir tous les jours, pour les prières du matin dimanches
et fêtes, etc. La fabrique avait elle-même, en 1790, 212 lires de revenu.
Enfin, trois confréries étaient alors établies à Notre-Dame : celles du
Saint-Sacrement, de Sainte-Anne et de Saint-Jean-Baptiste (Pouillé ms. de
Saint-Malo - Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 29). Comme
cette vieille église tombait en ruine, un nouveau temple fut commencé le
19 mars 1868 ; achevé dès 1870, il fut bénit par l'archevêque de Rennes
le 26 juillet 1871. C'est un édifice roman de fort bon goût, composé de
trois nefs terminées par un chevet droit ; on l'a placé sous la protection
du Sacré-Coeur de Jésus, de la Sainte Vierge, de saint Joseph et de sainte
Anne. Cette dernière sainte a toujours été très-honorée à Bécherel,
et l'on prétend que la tour, bâtie en 1624 et demeurée seule debout de
toute l'ancienne église, fut construite avec les aumônes des pèlerins de
sainte Anne. Cette tour, qui n'offre rien de remarquable sous le rapport
architectural, rappelle un souvenir religieux fort intéressant. Le 6
décembre 1784, le tonnerre tomba sur la tour de Notre-Dame et y mit le feu
; les flammes gagnèrent rapidement la nef et menacèrent bientôt la petite
ville tout entière, étroitement resserrée par ses vieilles murailles
autour de son temple. Dans cette extrémité, un homme de foi saisit un
scapulaire de la Sainte Vierge, l'attacha à une longue perche et le
présenta au milieu des flammes ; aussitôt la vivacité du feu diminua, peu
à peu l'incendie s'éteignit de lui-même. L'église et Bécherel furent
sauvées. On retira intact le scapulaire, vénéré depuis lors et conservé
précieusement dans le socle d'une statue de Notre-Dame que l'on porte aux
processions solennelles (Notes ms. de M. l'abbé Orain, curé-doyen de
Bécherel, et Pouillé de Rennes). | |
l'ancienne chapelle du Cimetière, aujourd'hui détruite. Elle se trouvait jadis tout près de l'église, à laquelle l'édifice fut annexé au commencement du XVIIIème siècle (Pouillé de Rennes) ; | |
l'ancien
prieuré Saint-Jacques de Bécherel, aujourd'hui disparu, et jadis membre de
l'abbaye de Marmoutiers. Alain de Dinan, fils de Geffroy Ier, seigneur de
Dinan, peut être considéré comme le fondateur du château de Bécherel,
qui primitivement faisait partie de la paroisse de Plouasne. Alain mourut
avant 1148 (M. de Barthélemy, Mélanges historiques de Bretagne, III, 16).
Dès le commencement de ce XIIème siècle, les Bénédictins de Marmoutiers
eurent à Bécherel une chapelle dédiée à la Sainte Vierge. Cet oratoire
leur fut donné, dit D. Martène, par Donoald, évêque d'Aleth, à la prière
d'Alain de Dinan, seigneur de Bécherel ; mais la charte qui contient ce don
n'a pas de date. Un peu plus tard, vers 1129, le même prélat confirma
l'abbaye de Marmoutiers dans la possession de l'église de Plouasne et des
chapelles situées dans cette paroisse ; or, l'évêque désigne Notre-Dame
de Bécherel parmi celles-ci : « Capellam Sanctœ Dei Genitricis Marie
in Becherello castro sitam, rogatu et assensu illustris viri Alani
Dinanensis fundi possessoris » (Anciens évêchés de Bretagne, IV,
403). Il est encore fait mention de cette église sous l'épiscopat de saint
Jean-de-la-Grille (1144-1163), dans une charte du légat Odon, qui enjoignit
à cet évêque de laisser les moines de Marmoutiers user de leurs droits, «
in oratorio de Becherel quod in parrochia de Ploasno constructum est »
(D. Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 609). Rolland, seigneur de
Bécherel, fils d'Alain de Dinan, n'imita pas tout d'abord la pieuse
conduite de son père ; il s'empara violemment de l'église de Notre-Dame de
Bécherel ; toutefois, sur les représentations d'Etienne, grand-prieur de
Marmoutiers, il consentit à rendre ce bénéfice aux religieux de ce monastère.
Ces derniers obtinrent même alors (1164) d'Albert, évêque de Saint-Malo,
l'érection de Bécherel en paroisse, comme nous aurons occasion de le dire
plus tard. Telles sont les origines de l'église de Notre-Dame de Bécherel,
qui ne fut priorale que peu d'années, puisqu'elle fut faite paroissiale dès
1164 (Bibliothèque Nationale, Blancs-Manteaux, n° 36, p. 132) ; nous
n'avons donc pas à nous en occuper ici davantage. Mais Rolland, seigneur de
Bécherel, ne se contenta pas de rendre enfin justice aux moines de
Marmoutiers en leur restituant Notre-Dame, il voulut augmenter les libéralités
que leur avait faites son père et fonda un nouveau prieuré dans le
voisinage de son château. D. Morice date cet établissement de 1167, mais
M. de Barthélemy croit qu'il fut fait en même temps que l'érection de Bécherel
en paroisse distincte de Plouasne, en 1164 (Mélanges historiques sur la
Bretagne, III, 22). Vers cette époque donc, Rolland, seigneur de Bécherel,
voulant, dit-il lui-même, imiter la conduite de son aïeul Geffroy et de
son père Alain, l'un et l'autre bienfaiteurs de Marmoutiers, donna aux
religieux de cette abbaye une terre située près et à l'Orient du château
de Bécherel, pour y construire une église, un monastère et un bourg ; il
y joignit le don de l'étang voisin et exempta cette terre de toute
imposition féodale, « quamdam terram juxta castellum quod Becherel
vocatur, a parte orientali ejusdem castri sitam cum stagno ipsi terrœ
adjacenti ad ecclesiam et officinas monachis competenter œdificandas,
burgumque faciendum ab omni consuetudine absolutum » (D. Morice,
Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 660. — Tout porte à croire que le
nouveau prieuré fut construit sur l'emplacement ou du moins à côté d'un
ancien château de Bécherel. Outre le château bâti par Alain de Dinan, il
y avait eu, en effet, un autre château plus antique à Bécherel, situé
vraisemblablement au bord même de la voie romaine de Rennes à Corseul, et
près du village actuel de la Barre). Le seigneur de Bécherel permit en
outre aux moines de lever toutes les coutumes et impositions ordinaires sur
les habitants de leur bourg, de quelque endroit qu'ils y vinssent, comme il
les levait lui-même sur les habitants de son château ; il ne voulut pas
toutefois que ces derniers quittassent Bécherel sans sa permission pour
aller demeurer dans le bourg du prieuré. Mais il donna aux moines toute la
dîme qu'il avait autour de son château, c'est-à-dire toute la dîme de Bécherel.
Bermund, prieur ; Olivier Godion, Hervé de Guitté, Thomas Bégasse et
Robert de Beillac furent les témoins de cette fondation (D. Morice, Preuves
de l'Histoire de Bretagne, I, 660). Un peu plus tard, c'est-à-dire après
1173, le même Rolland de Dinan, seigneur de Bécherel, du consentement
d'Alain de Vitré, son neveu et son héritier présomptif, donna aux
religieux de Marmoutiers habitant le prieuré de Bécherel la huitième
partie des dîmes de Plouasne et la dîme des quatre moulins qu'il possédait
à Bécherel, deux situés au-dessous du château de Bécherel et deux près
d'un autre château plus ancien (« Decimam quatuor molendinorum quorum
duo sunt sub castro Becherelli, et duo sunt juxta territorium veteris castri
» - Bibliothèque Nationale, Blancs-Manteaux, n° 36, p. 122) | |
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la croix celtique, située au cimetière ; | |
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les remparts (Moyen Age), situés rue Saint-Michel. On trouvait à l'origine neuf ou dix tours. Deux portes données accès à la cité : la porte Berthault située au sud-ouest de la ville et la porte Saint-Michel (XIVème siècle) située à l'est de l'église et détruite en 1887 ; | |
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le donjon (Moyen Age), édifié en 1124 par Alain de Dinan, seigneur de Bécherel. Cet édifice est reconstruit en 1419 par Anne de Laval. Il tombe en ruine dès 1504 ; | |
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le château de Caradeuc (XVIIIème siècle), édifié vers 1723 par Anne-Nicolas de Caradeuc, père de Louis René de Caradeuc de la Charolais, procureur du Roi au parlement de Bretagne (1701-1785). Après avoir appartenu au comte de Falloux sous le Second Empire, le château est restauré vers 1880. Ce château qui appartient toujours aux descendants de la famille Caradeuc est entouré du plus vaste parc de Bretagne qu'on appelle le "Versailles Breton", créé au XVIIIème siècle et remanié vers 1900 (oeuvre d'Edouard André) ; | |
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la maison du "gouverneur" (XVIème siècle), située au n° 1 rue de la Filanderie ; | |
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la maison (XVIème siècle), située ruelle Carette ; | |
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l'ancienne maison de Tisserand (XVIème siècle), situé au lieu-dit La Ville-Malet ; | |
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l'ancienne hostellerie de l'Ecu de Laval (1643) ; | |
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la maison (XVIIème siècle), située au n° 11 rue de la Filanderie ; | |
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la maison et les ruelles d'écoulement (XVIIème siècle), situées 3 porte Saint-Michel ; | |
la maison de retraite (1705), située au n° 2 rue du Faubourg-Berthault. Cette maison est occupée par les sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve en 1720 et jusqu'en 1973. La chapelle de la maison de retraite (1830 à 1840) a remplacé l'ancienne chapelle bénite en 1720. Le 31 octobre 1705, Geneviève Ginguené du Boisjean, Hélène des Cognets, Marguerite Le Cointerault et Françoise Duchemin des Vergers, demeurant ensemble au faubourg de la Porte-Berthault, à Bécherel, s'unirent entre elles pour « faire faire des retraites spirituelles tant d'hommes que de femmes » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine — D'après les traditions de la congrégation de Saint-Thomas, les Dames de la Retraite commencèrent leurs pieux exercices dès 1691, quatorze ans avant d'avoir signé leur acte d'association). Elles bâtirent une chapelle à cet effet, et le Pouillé ms. de Saint-Malo constate que bientôt les retraites de Bécherel furent assez fréquentées. « La maison n'est pas mal, ajoute-t-il, et la chapelle est assez propre ». En 1727, Marguerite Le Cointerault, supérieure de la maison de retraite de Bécherel, céda cet établissement aux Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, dont elle embrassa la règle, à la condition que ces dames entretiendraient les oeuvres de la retraite et des écoles charitables qui s'y trouvaient fondées ; il fut stipulé que les retraites continueraient d'être faites par des prêtres nommés par l'évêque de Saint-Malo. Mgr des Maretz approuva cette cession le 31 janvier 1727. Interrompues par la Révolution, les retraites de Bécherel ont été reprises en 1814 et continuent d'être tenues par les Dames de Saint-Thomas à la fin du XIXème siècle (Pouillé de Rennes) ; | |
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l'immeuble (XVIIIème siècle), situé au n° 9 rue de la Beurerie ; | |
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le lavoir (XIXème siècle), situé au lieu-dit La Couaille ; |
A signaler aussi :
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la stèle du cimetière (époque gallo-romaine) ; | |
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l'ancienne Maison de la Quintaine, située route de la Baussaine ; | |
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l'ancienne Maison du Prieuré, située route de la Baussaine ; | |
l'ancienne voie romaine de Rennes à Corseul ; |
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ANCIENNE NOBLESSE de BECHEREL
La baronnie
de Bécherel
: Bécherel,
placé au sommet d'une des collines les plus élevées du pays de Rennes, fut
sans doute au temps des Romains une station militaire commandant la voie qui
passait à ses pieds. Les sires de Dinan remarquèrent cette position éminemment
stratégique et construisirent en ce lieu un château-fort qui donna bientôt
naissance à une petite ville. Notre intention n'est pas de faire ici l'histoire
de Bécherel, qui joua un certain rôle dans les guerres du moyen âge, nous
voulons seulement donner la suite de ses seigneurs et faire connaître
l'importance et l'étendue de leur baronnie.
Voyons
maintenant en quoi consistait la seigneurie de Bécherel qualifiée de baronnie
d'ancienneté.
Quoique morcelée au commencement du XVIIème siècle, la seigneurie de Bécherel
s'étendait encore en 1770 en dix-huit paroisses : Bécherel, Miniac, Longaulnay,
Plouasne, Guitté, Guenroc, Ploubalay, Le Quiou, Calorguen, Tréfumel,
Saint-Juvat, Evran, Médréac, Caulne, Saint-Pern, Saint-Maden, Saint-Judoce
et Yvignac. Les aveux rendus au roi le 22 mai 1504 par le comte de Laval et le 10
juin 1680 par la marquise de la Vallière vont nous faire connaître la baronnie
de Bécherel :
Quant à l'enceinte de ville, jadis bien fortifiée, elle ne présentait plus depuis longtemps que quelques débris de courtines, mais elle conservait néanmoins naguère une belle porte appelée porte Saint-Michel, qui constituait un monument intéressant du passé : des vandales viennent récemment d'abattre ce dernier reste des fortifications de Bécherel. Dans l'enceinte de la petite ville se trouvaient « grande et double halle, c'est-à-dire haulte et basse, où estaient les marchands toutes espèces de marchandises tous les jours de lundy de chacune semaine que tient le marché et les jours de cinq foires cy-après déclarées, sçavoir : la première, le troisiesme lundy de janvier ; la seconde, le lundy après Quasimodo ; la troisiesme, le lundy après le Sacre ; la quatriesme, le lundy après la foire bretonnière de Rennes, et la cinquiesme, le lundy après la Saint-Martin d'hiver (nota : le seigneur de Bécherel avait, en outre, droit d'avoir des foires à Caulnes, à Guenroc et à Yvignac), lesquelles foires et marchez sont tant en ladite ville de Bécherel en la halle, que par toutes les rues d'icelle et en un champ hors d'icelle au joignant nommé le Champ-à-l'Avoir ». En tous ces marchés et foires le seigneur de Bécherel avait les droits de coutumes, trépas, bouteillage, police et étalonnage ; il devait, en revanche, faire faire « la garde générale pour tous les y estant », c'est-à-dire assurer protection aux marchands en cas de certaines attaques trop fréquentes au moyen âge.
La haute justice de Bécherel avec ses gibet, ceps et colliers, auditoire et prisons, s'exerçait à Bécherel même où se tenaient ses assises ordinaires ; mais elle avait pour la commodité des vassaux d'autres lieux d'audiences ou assises extraordinaires, « sçavoir : au bourg de Guenroc, le lendemain de la feste saint Fiacre ; au bourg de Plouasne, le deuxiesme jour de may, et au bourg d'Yvignac, le lendemain de la Magdeleine ». Enfin le baron de Bécherel avait droit de menée aux plaids généraux du siège présidial de Rennes. Au seigneur de Bécherel appartenaient les droits de fondation, supériorité et prééminence dans l'église paroissiale Notre-Dame de Bécherel et dans l'église priorale Saint-Jacques de Bécherel (nota : ce prieuré fondé au XIIème siècle par les premiers sires de Bécherel dépendait de l'abbaye de Marmoutiers et se trouvait en dehors de la ville, au village actuel de Saint-Jacques), et les droits seulement de supériorité et de prééminence dans les églises paroissiales de Longaulnay, Plouasne, Guenroc et Yvignac ; dans tous ces sanctuaires il avait ses bancs armoriés, ses enfeux et ses blasons peints et gravés « ès lieux les plus éminents ».
De nombreux bailliages ou fiefs, dont la liste serait fastidieuse, composaient la baronnie de Bécherel ; de celle-ci relevaient grand nombre de terres nobles, parfois assez importantes, telles que les seigneuries de Guitté, de Beaumont, de Couëlan, d'Yvignac, de la Costardaye, du Lattay, de Lesnen, de Caradeuc, du Hac, de Ligouyer, de Médréac, de la Houssaye, du Bois-de-Miniac, de Montifaut, de la Rivière en Tréfumel, etc., etc. Les presbytères de Bécherel et de Longaulnay en relevaient aussi. Il nous reste à faire connaître les droits féodaux de la baronnie de Bécherel offrant quelque singularité ; ils étaient en 1680 comme en 1504 au nombre de trois : la quintaine, le saut des poissonniers et le brûlement des lins. La quintaine est décrite avec détail comme il suit : « A cause de ses dites terre et baronnie de Bécherel (le seigneur du lieu) a un droit sur les habitans de ladite ville et fauxbourg de Bécherel, nommé quintaine, qui est tel que tous les nouveaux mariés desdits ville et fauxbourg sont tenus l'an de leurs nopces, chacun d'eux au lundy des féries de Pasques, de courir, estant à cheval, une gaule de bois à la main, aultrement appelée lance, par trois fois, et (doivent) en frapper du bout dans un escusson armorié des armes de ladite seigneurie en un post de bois qui est planté au lieu ordinaire nommé la quintaine ; et si (la lance) n'est rompue la première, seconde ou troisième course, (le coureur) est tenu payer l'amende suivant l'usance du fief : et ne doibvent lesdits nouveaux mariés chausser les esperons, monter à cheval, prendre ladite lance, courir ny descendre de cheval, sans au préalable demander, (pour) chacune desdites choses, congé au seigneur ou à ses officiers qui pour luy assistent audit lieu. Si iceux nouveaux mariés estoient en defaut de comparoistre et de faire chacune desdites choses en la manière susdite, ils seroient tenus de poyer l'amende, le seigneur ou ses officiers leur fournissant le cheval, les esperons et les lances ».
Le saut des poissonniers demande quelques mots d'explication. On sait qu'autrefois l'accomplissement rigoureux du devoir d'abstinence en carême faisait naître certains usages qui nous semblent aujourd'hui fort bizarres : on commençait par les folies du carême-prenant, on continuait par la procession grotesque de la mi-carême et on terminait par le saut des poissonniers. Aux fêtes de Pâques, en effet, pour témoigner sa joie d'être enfin débarrassé du régime maigre suivi pendant la sainte Quarantaine, on jetait volontiers à l'eau les marchands de poissons qui pendant de si longs jours avaient forcé les fidèles à s'approvisionner à leurs étaux. Il en était ainsi à Bécherel : le lundi de Pâques, tous ceux qui avaient « vendu du poisson le caresme précédent » étaient tenus de venir « sauter ledit jour dans l'estang nommé l'estang de Bécherel en endroit raisonnable » ; et après s'être « dépouillés pour sauter », devaient « chacun d'eux demander congé au seigneur ou à ses officiers pour sauter dans ledit estang, et avant d'en sortir (devaient également) demander congé ». Le saut des poissonniers avait lieu Bécherel au grand ébaudissement de la populace « soubs peine d'amende » que pouvaient payer toutefois ceux qui craignaient un rhume à la suite de ce bain souvent intempestif.
« Le territoire de Bécherel — écrivait Ogée au siècle dernier — est fertile en lin qui fait le plus beau et le meilleur fil de la Bretagne ». Aussi le seigneur du lieu — pour favoriser l'industrie textile en stimulant le zèle des travailleurs et en punissant les paresseux — s'était-il réservé un droit ainsi décrit dans l'Aveu de 1680 : « Ledit jour des lundy des féries de Pasques (le baron de Bécherel) a droit et est en possession immémoriale de faire brusler en sa dite ville en lieu public tous les lins et chanvres qui seront trouvés encore à broyer et à teiller, et (peut) en faire ledit seigneur à sa volonté, et ceux et celles chez qui lesdits lins et chanvres seront trouvés doibvent poyer l'amende, et cela se fait à ce que les femmes ne soient paresseuses de faire accommoder lesdits lins et chanvres qui sont fort bons dans l'étendue de ladite seigneurie ».
Terminons
par un détail qui peint bien l'esprit religieux animant alors la société féodale
: c'est le chapitre des rentes de fondations pieuses faites par les anciens
sires de Bécherel. « Sur les moulins de la seigneurie étaient dues quinze
mines et demye de froment à l'abbaye de Boquien, une mine à l'abbaye de
Montfort et 23 livres de rente au chapitre de la collégiale Saint-Tugdual de Laval »,
à quoi il faut ajouter les honoraires des six chapelains fondés à Notre-Dame
de Bécherel et les dîmes abandonnées aux religieux du prieuré de
Saint-Jacques.
Dans la liste des feudataires (teneurs de fief) des évêchés de Saint-Malo et Dol en 1480, on comptabilise la présence de 4 nobles de Bécherel :
| Jehan DE LA SAUVAGIERE (3 livres de revenu) : défaillant ; | |
Guillaume LANGLOYS (30 livres de revenu) : défaillant ; | |
Guillaume ORRY (25 livres de revenu) : défaillant ; | |
Colin PIEDEVACHE : défaillant ; |
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