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SAINT-JULIEN ET LE DROIT DE DINER OU MANGER. |
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LE DINER DU SEIGNEUR DE LA COSTE.
M. de la Borderie a donné des détails intéressants sur le droit de manger que le voyer de Carhaix devait, une fois par an, au seigneur de Quélen je vais faire connaître un autre exemple de cette redevance et essayer auparavant d'en expliquer l'origine.
Dans les anciennes chartes, nous trouvons de nombreux exemples de rentes féodales appelées mengières : c'était le droit que le seigneur avait d'aller prendre un repas chez son vassal ; mengière est synonime de dîner [Note : « Après un grant et notable disner ou mangier, qui fut fait en une maison et taverne d'Aubmalle » Cf. D. Carpentier] : les mots prandium, pastus, cœnaticum, convivium, procuratio indiquent le même droit : quelquefois même le mot procuratio était remplacé par gista qui est encore plus significatif.
Lorsque les évêques, ou les archidiacres , en leur nom, visitaient leurs diocèses, les curés et les abbés leur devaient l'hospitalité et un repas c'était la procuratio. — De même lorsque les seigneurs laïcs parcouraient leurs domaines, leurs vassaux leur devaient également l'hospitalité, le gîte, et un repas, mangerium : on voit que, selon moi, la rente mengiére n'est autre chose qu'une procuratio laïque. — Quelquefois encore les fondateurs, ou bienfaiteurs, d'un établissement conventuel avaient le privilége de pouvoir, à certaines époques, y être hébergés et nourris, avec leur suite [Note : Je pourrais signaler nombre d'exemples de ce fait, d'après les titres conservés dans nos archives bretonnes : je me contenterai de rappeler qu'en 1259, Alain d'Avangour seigneur d'une partie de l'ancien domaine de Dinan, renonçait à l'hospitalité et au prandium dont il pouvait user, ainsi que sa suite, à Lehon, en vertu d'un droit héréditaire. Bl. Mant. T. 39. p. 214].
Dès le XIIIème siécle, la plupart de ces rentes mengières étaient remboursables en argent.
Dans la paroisse de Saint-Julien, qui paraît avoir été primitivement une trêve de Plaintel, nous voyons les droits du seigneur de la Coste ainsi définis, au terme de la foire des ladres [Note : Je prends ces détails dans un cahier conservé aux archives des Côtes-du-Nord, et commençant ainsi : « Plects de nobles gens Olivier de la Chasteigneraye, escuyer, et damoiselle Jehanne Dollo sa compaigne et espouse, seigneur et dame de la Coste à cause de icelle, tenus à la foyre ès ladres le 22e jour de septembre 1535 ». — Jeanne était fille de Pierre Dollo, écuyer, seigneur de la Coste : dès 1520, elle avait perdu son père, et avait pour tuteur dom Jehan Dollo, sieur recteur des Trois-Maries, conseiller du Roi] :
« A faict évocquer le sieur de Quenech-Queno, remontrant que, sur ladicte piecze il doibt auxdicts sieur et dame de la Coste une livre de poyvre, rendu en ceste foyre, en ung sac de cuir blanc, cousu o fil blanc, o amande de 15 souls, en cas de defrault ».
« Oultre a remonstré ledict procureur que, sur les deniers des coustumes de ladicte foyre ès ladres, il est, de toutte antiquitté, deu auxdicts sieur et dame dudict lieu ung disner par chacun an au jour de ladicte foyre, qui doibt estre poyé sur les deniers desdictes coustumes : ouquel disner ils doibvent et pevent assister avec leurs officiers et justise, avecques les gens du train desdicts seigneur et damoiselle ; et debvent oudict disner estre servy de gentilshommes ; et, en icelluy disner, debvent avoir rosty, bouilly, vin blanc, vin rouge, feu sans fumée ; et, après le disner, les grâces estre dictes par le doyen de Quintin ou son commis, qui prent un tiers esdictes coustumes. Et, à l’yssue dudict disner, de l'eaue chaulde pour laver les mains, o amende de quinze souls pour chacun deffault ».
(Anatole de Barthélémy).
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