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LES FAITS-DIVERS DANS L’ANCIEN ETAT CIVIL QUIMPÉROIS.

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LES FAITS-DIVERS DANS L’ANCIEN ETAT CIVIL QUIMPÉROIS.

Les historiens et les chercheurs qui veulent découvrir, dans les actes de décès des personnages modernes dont ils reconstituent la biographie, quelques détails sur le genre de mort de ceux-ci, en sont pour leurs frais. Rien de plus banal, de plus impersonnel que ces formules stéréotypées qui, même lorsqu’il s’agit d’un accident, d’une fin tragique, d’une mort survenue dans les circonstances les plus douloureuses et les plus extraordinaires, ne se différencient en rien de la déclaration de décès du citoyen bourgeoisement trépassé dans son lit, d’une pneumonie ou d’une typhoïde.

Jadis, il n’en était pas ainsi. Les ecclésiastiques qui, jusqu’à la Révolution, tenaient à jour les registres de catholicité de leurs paroisses, ne se trouvaient pas, comme nos actuels employés d’état civil, enfermés dans des formules toutes faites et pouvaient, selon la tournure de leur esprit, agrémenter les actes qu’ils rédigeaient de détails souvent typiques et pittoresques. En ce qui concerne particulièrement les décès de nature insolite, beaucoup se bornaient à en indiquer d’un mot la cause, mais d’autres, qu'on sent émus ou frappés par l’événement, donnent des précisions telles qu’ils font du reportage avant la lettre et qu’un journaliste de nos jours ne désavouerait pas leur prose. Voici, par exemple, comment le recteur de La Chandeleur (ancienne paroisse de Quimper comprenant la cathédrale) mentionne un accident mortel survenu le 4 octobre 1765 :

« Ledit jour a été enterré au cimetière de Saint-Primel le corps de Marie Le Garo, femme d’Yves Pérennès, de Locmaria, âgée de 35 ans, écrasée à la porte de l’église de Saint-Corentin par une pierre tombée des tours de cette église par l'impétuosité des vents et houragans, qui lui a causé la mort ».

Et voici comment il rapporte la sépulture de diverses victimes des travaux qu’on poursuivait à cette époque dans la mine de charbon ouverte au flanc de la colline de Crecheuzen :

« Les deux cadavres de Guillaume Cuzon, originaire de Locmaria, résidant au manoir de La Forêt, et de Jean-Louis (sic) de l’évêché de Tréguier, domicilié rue du Frout, et manœuvres aux mines ouvertes de l’un à l’autre côté du manoir de Créacheuzen, trouvés mort le 12 avril 1764 dans l’un des puits desdites mines, ont été inhumés le jour suivant avec la permission par écrit du sieur Guesdon, sénéchal des Régaires, dans le cimetière de Saint-Primel, et ont (sic) assisté au convoi un grand concours de peuple ».

Quatre ans plus tard, le 17 mars 1768, c’était le tour de « Thomas Guéguen, âgé de 40 ans, mort le même jour à 6 heures du matin, d’une chute dans le puits de la mine ouverte au territoire du manoir de Crecheuzen ». Quelques mois après, on enterrait, le 6 août, « Jean Rolland, originaire de Plourach, mort le même jour, à 6 heures du matin, par une chute de 150 pieds de haut, puisant de l’eau de la mine de Crecheuzen, la permission d’inhumer étant accordée par le sénéchal des Régaires, sur l’attestation de Jean Pill, Joseph Leguen et Louis Guillou, tous ouvriers de ladite mine, que la chute dudit Rolland a été occasionnée par sa seule imprudence ».

Autre dégringolade mortelle, mais cette fois à domicile : « Le 29 juin 1766, a été enterrée Guillemette Lorient, âgée de 64 ans, décédée chez elle en la présence de plusieurs personnes qui y estoient témoins, à la suite d’une chute qu’elle fit en sa maison le jour précédent ».

Le 18 août 1768, le corps de « Josèphe Kernéis, âgée de 12 ans, de la rue des Régaires, noyée dans la rivière de l’Odet », reçoit à Saint-Primel la sépulture chrétienne.

La rubrique : meurtres, sans être très abondante, ne chôme pas non plus dans les vieux registres quimpérois. Voici quelques actes relevés rapidement en feuilletant ceux de la paroisse de Saint-Julien :

« Le 19 novembre 1658, escuyer François de Kersulguen fust bleczé d’un coup d’espée à la porte Médard, environ les 9 heures 1/2 du soir, dont il mourut incontinent, et fust enterré à Saint-François (au couvent des Cordeliers) ».

« Escuyer René Alleno, sieur de Tronévez, fut tué près de la grande porte de Saint-François (dans) la nuit du 4e jour de mars 1662, et fut enterré à Saint-François ».

« Le 25 février 1673 mourut escuyer René de Lantivy, sieur de Talhoët, vers les 10 heures du soir, après avoir esté assassiné et maltraité dans la rue de la Vigne, et fut enterré à Landrévarzec ».

La fin sanglante de ces trois gentilshommes prouve que les promenades nocturnes à travers « les compites et les quadrivies de l’urbe » du Roi Gradlon n’allaient pas sans risques d’une estocade imprévue. La police n’existait guère, les réverbères encore moins, les bourgeois se tenaient soigneusement cois à l’abri de leurs portes verrouillées, et la ville appartenait alors aux mauvais garçons, jeunes nobles batailleurs, vagabonds, ivrognes, ribauds, écoliers des Pères Jésuites, qui vidaient ingénûment leurs querelles à coups de trique ou de rapière.

Le meurtre qui suit pourrait bien avoir eu une cause passionnelle : « Le 24 juillet 1763, fut enterré à Saint-Primel le corps d’Hyacinthe Louarn, trouvé mort assassiné à l’âge de 30 ans dans sa maison rue du Frout, environ 10 heures et demie du soir, inhumé avec la permission du sénéchal des Régaires et ont assisté au convoi et enterrement un grand concours de peuple ».

La cause des accidents mortels n’est pas toujours indiquée, bien qu’il soit généralement fait mention des apoplexies et morts subites qui ont empêché les défunts de se mettre en règle vis-à-vis de leur conscience. C’est aux suites d’accidents non spécifiés que succombent, le 8 janvier 1663, écuyer Jean-Marie Mavic, sieur du Letty, avocat du Roi au présidial de Quimper, décédé chez M. de Kermathéano (en Plogastel-Saint-Germain) ; puis, le 23 janvier suivant, écuyer Jean de Trémic, seigneur de Keraneizan, et le 8 avril 1664, noble homme Bertrand Gautier, sieur de La Chollerie, tous trois inhumés aux Cordeliers, ce Saint-Denis de la noblesse quimpéroise. Le 25 septembre 1660, Pierre Caradec « tomba dans une sorte d'accident dont il ne revint pas ». Un dernier décès insolite, du moins par le lieu où il se produisit, est celui d’un gentilhomme de bonne race, Monsieur de Pennanec’h du Stangier, mort détenu dans la prison de Quimper, le 17 mai 1705.

(Louis Guennec - 1937).

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