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Historique des propriétaires et travaux du château de Nantes.

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Ce n'est pas seulement au point de vue de l'histoire qu'il faut considérer la seigneuriale demeure des ducs de Bretagne, mais aussi au point de vue architectural et archéologique. Toutefois, le côté historique tient la plus grande place dans son étude, et, en effet, c'est presque l'histoire de notre ville de Nantes tout entière, du XIIIème au XVIIIème siècle, qui tient dans celle de son château.

Le château de Nantes (les époques).

Le Château de Nantes, appelé primitivement Château de la Tour Neuve, remonte, en effet, au XIIIème siècle, et il importe de ne pas le confondre avec le château épiscopal, situé plus en amont, de la Loire, et le château du Bouffay, situé plus en aval et appartenant aux comtes de Nantes. C'est Guy de Thouars, qui, vers 1207, le fit construire pour fortifier la défense de la ville et le souda en quelque sorte à l'angle sud-est de l'enceinte de la cité. Une partie, appelée la Tour du Duc, en fut prise sur les jardins de l'évêque, d'où le commencement d'interminables différends entre les deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, entre l'évêque Etienne et Pierre de Dreux, dit Mauclerc, qui continua l'œuvre de Guy de Thouars.

Pierre de Dreux fit établir deux ports : le port de Pierre de France, plus tard comblé par la reine Anne, pour agrandir le château et le port Briand Maillard, devenu depuis le port Maillard. En 1355, sous Jean Ier, le château fut pris par les Anglais, puis repris par Guy de Rochefort, capitaine de la ville. Mais l'événement le plus important qui s'y rattache pendant la période du Moyen-Age fut, en 1440, le procès de Gilles de Retz, dit Barbe bleue. D'ailleurs, il ne nous reste aucune description de cette époque qui nous permette de dresser un plan certain du monument tel qu'il existait alors.

Sur un mandement de François II, de 1466 à 1480 il fut complètement transformé. La façade actuelle fut construite dans les anciennes douves et de nouvelles douves furent prises sur le terrain des Jacobins. C'est de cette époque que date le superbe puits aux ferronneries si artistiques, qui se trouve dans la cour d'entrée. Tous ces travaux purent être faits grâce à l'activité et à l'habileté du favori du duc, qui était en même temps son trésorier, Landais, fils d'un simple tailleur de Vitré. Malheureusement, ses façons quelquefois peu scrupuleuses de se procurer l'argent qui lui était nécessaire pour ses travaux, soulevèrent contre lui les gentilshommes bretons, qui finirent par s'en emparer pendant une absence du duc et, après un jugement sommaire, le firent pendre sur la prairie de Grande-Biesse.

Avec Anne de Bretagne, nous arrivons à la plus belle période de l'histoire de notre château. La reine Anne acheta (1491) les terrains des Jacobins, du côté du sud-ouest, et fit construire, du côté de la motte Saint-Pierre, la tour nord, dite Tour du Fer à Cheval, puis elle fit dresser un plan d'ensemble.

François Ier continua l'œuvre en faisant établir la grande courtine de la Loire, où l'on retrouve encore son chiffre, des F affrontés ; mais les bâtiments exécutés se trouvèrent beaucoup moins importants que ceux prévus au plan primordial. A partir de ce moment, du reste, le château n'eut plus à subir que des désastres au point de vue architectural. Le duc de Mercœur, dont on retrouve sur certaines parties la double croix de Lorraine, le défigura en le fortifiant, suivant le mode alors nouveau du bastionnement.

En 1670, un incendie considérable en détruisit une partie, qui fut reconstruite, et c'est ce qui explique les traces de style du XVIIème siècle, qu'on peut remarquer dans le perron et le fronton circulaire du couronnement. Neuf ans auparavant (5 septembre 1661), il avait été témoin de l'arrestation de Fouquet. Cinquante ans plus tard, en 1720, il fut le théâtre de la conspiration d'un certain nombre de gentilshommes bretons, dont quatre, MM. de Poncallec, de Monlouis, du Couëdic et Le Moyne de Talhouët y furent enfermés et jugés, puis condamnés et exécutés sur le Bouffay.

A partir du milieu du XVIIIème siècle, les prétendues améliorations de la voirie défigurèrent notre plus intéressant monument historique ; en 1760, ce fut l'établissement de la rue Prémion et de la rue des Etats ; en 1770, la construction du pont en pierre de l'entrée. En 1791, il faillit même être complètement supprimé comme inutile et une délibération du Conseil municipal fut prise en ce sens ; mais elle fut heureusement annulée et, l'esprit sectaire et utilitaire à la fois de nos édiles de cette époque n'obtint qu'une demi satisfaction dans la démolition de la petite église de Sainte-Radégonde, sise au bas de la rue Haute-du-Château.

Le 25 mars 1800, une explosion de poudre y causa quelques dégâts importants. Puis, de 1808 à 1817, la courtine de la Loire fut progressivement défigurée par les remblais qui forment le quai actuel. Mais la série noire se trouva heureusement, interrompue peu de temps après.

Le château fut classé comme monument historique. L'Etat, y fit faire d'intelligentes et artistiques restaurations, notamment de 1865 à 1875, par M. Henri Gilée, architecte, et, à partir de 1880, par MM. Sauvageot, architecte des monuments historiques, et Bougouin, architecte à Nantes.

Enfin, la Municipalité de Nantes s'occupe d'acquérir de l'Etat cet intéressant souvenir de notre passé, afin de le soustraire ainsi définitivement à l'Administration de la Guerre et d'assurer sa conservation entre des mains peut-être plus soucieuses des questions artistiques et archéologiques. Le Château des ducs de Bretagne appartient aujourd'hui à la Ville de Nantes, qui l'a racheté à l'État en 1915. Il est géré comme un équipement public municipal abritant le musée d'histoire de Nantes..

(M. A. Mailcailloz).

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