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Quelques notes historiques sur la paroisse de Mellionnec.

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I. — QUELQUES NOTES HISTORIQUES SUR LA PAROISSE DE MELLIONNEC.

La paroisse de Mellionnec [Note : Canton de Gouarec, arrondissement de Loudéac (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor)] est fort ancienne. On en trouve la mention dans les chartes du XIIIème siècle, et il y a tout lieu de croire qu’elle existait fort longtemps avant cette époque. Elle fit d’abord partie de l’évêché de Vannes, puis de Quimper, et enfin, de nos jours, Mellionnec appartient au diocèse de Saint-Brieuc. Son église, qui est sous l’invocation de Saint Pierre, a, comme patrons secondaires, Saint Jean, Saint Yves et Notre-Dame de Bon Secours. Mellionnec possédait deux chapelles paroissiales : celles de Saint Honny placée sous l’invocation de Saint Julien, celle de Notre-Dame de Pitié (qui appartenait jadis au seigneur de Campostal) située sur le bord du canal de Nantes à Brest, à la limite des communes de Mellionnec et de Bonen [Note : Bonen était autrefois trêve de Plouguernevel]. Deux châteaux de la paroisse, Le Poul et Trégarantec, possédaient en outre leur chapelle privée. Celle de Trégarantec est encore debout et a conservé sa destination. Une croix, très ancienne, existait à Mellionnec, érigée, si l’on en croit la tradition, en 1297, en reconnaissance de la décision du roi de France, Philippe le Bel, qui accorda, à cette date, à la Bretagne, le titre de duché-pairie de France, dignité, d’ailleurs, purement honorifique, qui n’ajouta aucune puissance à celle de nos princes bretons, mais leur permit de porter leur titre de duc même à la cour de France [Note : Désormais le duc de Bretagne fut duc partout, tandis que, jusqu’alors, la chancellerie française le réduisait au titre de comte de Bretagne. (La Borderie, Histoire de Bretagne, t. III, page 363) ].

Les derniers vestiges de cette croix ont disparu en 1870, au très vif regret de ceux des habitants de Mellionnec qui, trop peu nombreux, hélas ! attachent encore quelque prix aux traditions et aux souvenirs du temps passé [Note : Renseignements dus à l’obligeante communication de M. Le Guen, propriétaire du Poul, à qui nous devons, en grande partie, les matériaux de cette étude. Nous ne saurions assez le remercier de sa précieuse collaboration à notre travail et le louer de ses consciencieuses recherches]. A la place de ce monument commémoratif s’élève aujourd’hui la mairie de la commune.

Mellionnec dépendait des seigneurs ducs de Rohan, qui y exerçaient haute, moyenne et basse justice. Quand éclata la Révolution, cette paroisse avait pour seigneur le prince de Guémené, Jules-Hercule de Rohan, fils d’Hercule-Mériadec, dernier descendant de la branche de Guémené, fondée par Charles de Rohan, fils de Jean, Ier du nom, vicomte de Rohan et de Jeanne de Navarre (3). Jean Ier avait d’abord épousé Jeanne, dame de Léon, fille unique et héritière de Hervé de Léon et de Marguerite d’Avaugour [Note : De Laigue, Noblesse Bretonne aux XVème et XVIème siècles]. Deux fils étaient nés de cette union : l’aîné Alain VIII succéda à son père, dans les titres et possessions de vicomte de Rohan et de Léon [Note : Morery, Grand Dictionnaire Historique, art. Rohan] et, selon toute apparence, il hérita ainsi de la région qui nous occupe.

Dès l’année 1265, nous trouvons la paroisse de Mellionnec mentionnée dans des actes de donation à l’abbaye de Bonrepos et dans des chartes relatives aux vicomtes de Léon, seigneurs de cette paroisse avant les ducs de Rohan. Elle dut appartenir primitivement aux anciens comtes de Cornouaille, puis aux comtes et vicomtes de Poher, qui en firent un démembrement opéré vers le milieu du XIème siècle. Ce sont probablement des juveigneurs des vicomtes de Poher, qui, ayant conservé des possessions dans la paroisse de Mellionnec, en disposèrent, ainsi que nous allons le voir, en faveur de l’abbaye de Bonrepos.

Consignons donc ici la nomenclature des chartes prouvant l’existence, dès le XIIIème siècle, de la paroisse de Mellionnec, chartes dont, jusqu’à ce jour, une seulement, datée de 1296, a été citée par les auteurs qui se sont occupés de cette localité [Note : En particulier Ogée, Dictionnaire de Bretagne ; Jollivet, Les Côtes-du-Nord] :

1265 : 1° En 1265, survient un accord entre Hervé de Léon, fils de Salomon de Léon, chevalier, et Hervé de Léon, seigneur de Châteauneuf, reconnaissant, à ce dernier et à ses hoirs, la possession de la paroisse de Mellionnec, sise en l’évêché de Vannes [Note : D. Morice, Pr., t. I. col. 995].

1277 : 2° Le samedi avant la Sainte-Catherine 1277, Geoffroi, dit Job, chevalier, donne à Bonrepos ce qu’il possède à Kerdaniel, à Restan-Chouannec [Note : Aujourd’hui Reste-an-Houennet, commune de Mellionnec] et Mont-Caradec, en Mellionnec (Acte passé devant le doyen de Kemenet-Guegant [Note : Archives des Côtes-du-Nord. Pièce citée par MM. Geslin de Bourgogne et de Barthélemy dans Anciens Evêchés de Bretagne, t. VI, Chartes].

1278 : 3° Ratification de la donation de Geoffroy Job par Bocher de Poer, « armiger »... « Villa Daniel et Restancouannet, in parochia de Mellionnec... » en 1278 [Note : Archives des Côtes-du-Nord, ibid.].

1290 : 4° En 1290, le lundi après Saint Pierre et Saint Paul, Boscher de Pohaer, écuyer, et Pierre, son fils aîné, cèdent à l’abbaye de Bonrepos, pour 15 ans et moyennant une somme de 24 livres, le bail du fief de Restangouannec et autres terres sises en Melionec [Note : Archives des Côtes-du-Nord, ibid.].

1290 : 5° Le mercredi après Noël de l’année 1290, Pierre de Costelalide (?) donne à l’abbaye de Bonrepos deux tenues sises à Restangouhannec en Mellionnec [Note : Archives des Côtes-du-Nord, ibid.].

1294 : 6° En 1294, Boscher de Pohaer et Adelice, sa femme, donnent à Bonrepos tout ce qu’ils ont en Melionec et en la tenue Restancouannec. L’acte est passé devant le doyen de Kemenet-Guégant [Note : Archives des Côtes-du-Nord, ibid.].

1296 : 7° En 1296, jugement est rendu par Jean, duc de Bretagne et comte de Richemont, pour mettre fin aux divisions existant entre, d’une part, Hervé de Léon, chevalier, son fils, Guillaume de Léon, et quelques seigneurs, comme eux soupçonnés du meurtre d'Alain Nuz, chevalier, et, d’autre part, Maistres Yves et Salomon Nuz, frères dudit Alain Nuz ; Pierre, dit Prévost de Kerahes et Marguerite, sa femme, sœur dudit Alain Nuz ; Rolland de Guergorlé, Olivier le Sénéchal, Bizien de Poher, chevalier, au nom de Plaisance, sa fille, jadis femme dudit Alain Nuz, et autres amis du défunt chevalier. Après avoir pris conseil de sages gens et fait comparaître les deux parties devant lui et le roi de France, à Paris, le duc Jean de Bretagne prononce et ordonne, « afin de mettre à néant tout gage de bataille, accusations, dénonciations, toutes villeinies et toute manière de persécution », qui étaient, ou avaient pu être, la cause et raison de la mort de ce chevalier, que les terres et fiefs, saisis sur Hervé de Léon, par ordre du roi de France, et attribués à Alain Nuz, demeureraient la paisible propriété des héritiers de celui-ci, à partager entre eux, selon la volonté du duc, et tenus de lui et de ses hoirs à jamais, sauf ce que le duc jugeait bon de distraire de ces biens, pour l’employer « en chapellainies ou autres choses » pour le profit de l’âme du défunt. Le duc ajoute : « et est à scavoir que les paroisses de Plouré [Note : Plouray (Morbihan), paroisse limitrophe de Mellionnec] et de Meillonec demourent par cette ordrenance et demoureront audit Herver de Léon et à ses heirs à toujours, sans que les amis ou les heirs audit Alain Nuz y puissent jamais rien demander ». Hervé de Léon est, en outre, condamné par le duc « à cause des dépenses, dommages, etc. » causés par lui à Alain Nuz « au temps qu’il vivoit » à verser aux héritiers du défunt, jusqu’à 2,000 livres, « en tournois petitz », en tout ou en partie, quand et comme il plaira au duc d’en décider à l’avenir. Cet arrangement est consenti et accepté des deux parties « le mercredi avant la feste de la Chaire de Saint Pierre, en l’an de grâce 1296 » [Note : Dom Morice, Pr., I, col. 1120, 1121].

(Y. Baudry).

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