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BIOGRAPHIE DE RENÉ-GABRIEL DE ROBIEN ET SON EPOUSE ANNE-FRANÇOISE GESLIN. |
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BIOGRAPHIE.
RENÉ-GABRIEL DE ROBIEN ET SON EPOUSE ANNE-FRANÇOISE GESLIN.
Nos lecteurs connaissent maintenant, aussi bien que nous, et la légende et l'histoire des seigneurs du Poul. Reste à retracer ici, dans tous ses détails, la biographie de celui qui, dans la tradition populaire, est devenu le « mauvais seigneur », l’époux de la « dame du Poul » [Note : Un sentiment de délicatesse que l’on comprendra, nous fit hésiter un moment à produire ici, dans tous ses détails, le récit de l’existence mouvementée de René-Gabriel de Robien. Il appartient, en effet, à une famille honorable et distinguée, à juste titre estimée de tous. Mais les documents qui servent de base à cette étude et qui se trouvent aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, ont été publiés déjà, au moins en grande partie, par d’autres historiens : 1° A. Dupuis : La Bretagne au dix-huitième siècle ; 2° Marc Chassaigne : L’Organisation de la Famille et les lettres de cachet ; 3° Jean Loudan : La Grande Misère et les voleurs au XVIIIème siècle. Nous considérons donc René-Gabriel de Robien, dit « le sieur du Pont-Lo », comme appartenant désormais à l’histoire de notre région].
C’est au manoir de Coatcouraval, caché au milieu des bois, dans l’antique paroisse de Glomel, que naquit, en 1711, messire René-Gabriel de Robien. Il était fils aîné et héritier principal de noble messire Charles-Pierre de Robien, seigneur du Pont-Lo, du Poul, de Coatcouraval et autres lieux, et de Marie-Thérèse Thibault, dame et héritière de ce dernier manoir, lesquels, ainsi que nous l’avons vu, se marièrent le 20 mars 1705, en l’église de Saint-Michel, alors trêve de Glomel [Note : Canton de Rostrenen (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor)].
Nous ne possédons aucune donnée sur la première jeunesse de René-Gabriel : il dut faire prévoir de bonne heure, par ses mauvaises inclinations, ce que serait son existence, si peu digne de sa qualité de gentilhomme : « Il y a longtemps que je le connais — écrit un de ses contemporains en 1751 [Note : Lettre du sr de Porville-Hamon, subdélégué de Guingamp. Arch. d’Ille-et-Vilaine, C. 175] — je ne puis disconvenir que sa conduite répond peu à sa naissance, mais, étant allé demeurer, depuis quelques années, dans le quartier de Rostrenen et du Favoët, je ne pourrais certifier que tout ce qu’on lui impute fût véritable ». Nous verrons bientôt quelles étaient ces imputations.
René-Gabriel habitait au Pont-Lo, en Plourhan, quand, vers l’âge de trente ans, il fit la connaissance d’une jeune fille de quinze à seize ans, dont les parents habitaient un château du voisinage. Elle se nommait Anne-Françoise Geslin, fille de Julien-Charles Geslin [Note : GESLIN : « D’or à six merleltes de sable 3, 2, 1. ». Cette maison a été maintenue à la Réformation de 1669. Dès celle de 1427, ses membres sont qualifiés chevaliers. Deux branches : celle de Trémargat, branche aînée, a formé, au commencement du XVIIème siècle, la branche de Bourgogne, par le mariage de messire Yves Geslin avec noble dlle Françoise Le Roux, dame de Bourgogne, en la paroisse de Lantic, dont elle était héritière. (Voir tableau généalogique aux pièces complémentaires)], seigneur de Bourgogne, en Lantic, où elle naquit le 14 juin 1725, de ce seigneur et de son épouse Marie-Jeanne Le Métayer dame de Kerjean. Noble d’antiquité chevaleresque, mais peu favorisée des dons de la fortune, elle plut cependant à notre jeune seigneur. Il sollicita de son père, Charles-Pierre de Robien, l’autorisation de la prendre en honnête et légitime mariage. Charles-Pierre n’avait-il que peu de confiance dans les belles promesses d’amendement et de bonne conduite, que le jeune gentilhomme ne manqua pas de lui faire, pour obtenir son consentement à l’union projetée ?... Ou bien l’opulente maison de Robien considérait-elle d’un peu haut la situation, plus modeste, des seigneurs de Bourgogne ?... Toujours est-il que René-Gabriel se heurta au refus le plus formel opposé par son père à son projet de mariage. Le jeune « sieur de Pont-Lo » n’était pas de ceux que de pareils obstacles peuvent arrêter dans l’accomplissement de leurs volontés : il fit à son père des sommations, plus légales que respectueuses, et le Parlement de Bretagne, y faisant droit, ordonna au recteur de Lantic de procéder à la consécration solennelle du mariage de messire René-Gabriel de Robien, seigneur du Pont-Lo, avec noble demoiselle Anne-Françoise Geslin. La cérémonie eut donc lieu en l’église de cette paroisse, de laquelle dépend le château de Bourgogne, le 4 août 1741 : en dépit de la volonté paternelle, les deux époux se trouvèrent unis [Note : Registres paroissiaux de Lantic].
Les ressources du nouveau ménage étaient plutôt modestes, elles se bornaient à l’héritage reçu par René-Gabriel au décès de sa mère, en 1739, environ 1200 livres de revenu, dont son père avait dû lui rendre compte. Cette petite fortune était même quelque peu endommagée, par suite des folles dépenses et de la vie désordonnée de notre jeune seigneur.
« Dès qu’il se vit à lui-même — écrit en parlant de lui, en novembre 1767, le sieur Audouard, subdélégué de Rennes, — il s’abandonna aux plus grands vices et à la crapule la plus infâme » [Note : Rapport du sieur Audouard au Comte de Saint-Florentin, Archives d’Ille-et-Vilaine. C. 175. Ce document, joint à quelques autres, nous fournit une notable partie de cette notice biographique. Nous en devons la transcription à l’obligeance de M. Auguste Oudin, conseiller à la Cour d’Appel de Rennes. Qu’il veuille bien en agréer nos plus cordiaux remerciements].
Dans les campagnes de Basse-Bretagne, notamment dans la région du Faouët et de Guémené-sur-Scorff, il n’était question, à cette époque, c’est-à-dire vers 1750, que des exploits d’une fameuse bande de voleurs qui dévastaient le pays. Cette troupe dont l’audace était sans limites, marchait sous la conduite d’une fille du Faouët, nommée Marie Tromel, dont l’existence, aussi curieuse que mouvementée, a tenté, de nos jours, la plume de plus d’un historien. Bientôt célèbre sous le nom de guerre de « Marion du Faouet » cette femme, qui, d’ailleurs, menait une existence des plus irrégulières, dut longtemps l’impunité à une habileté et une ruse prodigieuses, et à la terreur superstitieuse dont elle avait su s’entourer.
« Petite voleuse, d’ailleurs voleuse de petites gens. Elle n’opère pas en grand, n’arrête pas les diligences, ni les seigneurs en voyage, ni même les bourgeois. Elle est une femme illettrée mais fine et prudente, elle respecte les grands qui détiennent la force. Elle est même au mieux, paraît-il, sinon avec les grands, du moins avec un grand, un gentilhomme, apparenté avec de très hauts seigneurs... Elle attaque, sur les chemins enténébrés, sur les mauvaises routes désertes, les laboureurs attardés, les colporteurs qui s’en reviennent de quelque foire, les fermiers ou domaniers, plus ou moins ivres, qui rentrent chez eux contents, ayant vendu une vache, un cochon, et dont le gousset, ce soir, est bien garni. Tout à coup, au bord d’une lande, au coin d’un bois, la belle Marion se dresse, parmi quelques-uns de ses galants, ou associés, inquiétante, demande « la bourse ou la vie » ou bien « l'argent de bouteille », ou bien « sa part de pardon ». Et, d’ordinaire, le paysan craintif obéit tout de suite... il ne se débat guère, en toute tranquillité, en toute sécurité elle le rançonne. Par son audace, par sa ruse, elle est devenue très puissante. On l’a surnommée Marie Finefont, c’est-à-dire Marie la Rusée, Marie la foncièrement fine. Tout le monde la connaît sous ce nom... partout on la considère et partout on la craint » [Note : J. Lorédant, Marion du Faouët, pp. 86, 87].
Elle passait pour sorcière et possédait, disait-on, une tarière enchantée : en perçait-elle un arbre ? Aussitôt jaillissait une liqueur délicieuse, un philtre qui endormait les archers !
Au reste elle ne tuait personne et empêchait ses gens de répandre le sang, et, au milieu de ses égarements, elle gardait au fond du cœur un noble sentiment : celui de la reconnaissance.
Comme elle opérait un jour aux environs de Mellionnec, elle rencontra, à la nuit tombante, le comte Jégou du Laz, traversant les grands bois qui environnaient son château de Trégarantec. Selon sa charitable coutume, le comte revenait de porter des secours à une pauvre famille. Tout à coup il voit se dresser devant lui une femme inconnue qui lui dit :
« Monsieur le Comte, vous êtes bon pour tous, les méchants comme les autres, mes parents mêmes, que vous ne connaissez pas, vous ont des obligations. Je serais fâchée qu’il arrivât, à vous ou aux vôtres, quelque peine à cause de moi. Voilà un sauf-conduit : avec lui vous pouvez passer sur les routes de nuit comme de jour ».
Et elle remit à Monsieur du Laz un étui en bois. A ces mots le seigneur de Trégarantec avait reconnu Marion, il essaya de lui faire quelques représentations, de lui donner quelques conseils pour la ramener dans la voie du bien, mais elle, l’interrompant :
« Monsieur le Comte, mon heure n’est pas encore venue ».
Et elle disparut. [Note : J. Baudry. La Bretagne à la veille de la Révolution, p. 24, Tome 1er, et Trévédy, Marion du Faouët].
Tout différents furent les rapports de Marion du Faouët avec le châtelain du Poul, habitant également la paroisse de Mellionnec. Le nom qu’il portait, sa parenté très proche avec l’illustre président de Robien [Note : Célèbre jurisconsulte, né à Rennes le 4 novembre 1698, décédé à Rennes le 5 juin 1756], l’un des personnages les plus remarquables de la province, auraient dû interdire à notre gentilhomme l’accomplissement d’actes déshonorants. Mais René-Gabriel, bientôt à peu près ruiné par ses désordres, ne songeait qu’à se créer de nouvelles ressources pour satisfaire ses goûts de luxe et de plaisir. Profitant même des garanties d’impunité, presque certaines, que lui assurait son nom, il y fit participer Marion et ne craignit pas de s’associer à cette femme et de la couvrir de sa haute protection, partageant, avec elle et ses compagnons, les produits de leurs vols. « Il en fit même sa maîtresse et il a vécu avec elle jusqu’au moment où elle fut arrêtée et livrée à la justice, » écrit encore le sieur Audouard au comte de St-Florentin.
Déjà René-Gabriel avait été signalé à la Maréchaussée pour avoir, usant faussement du titre de l’un des subdéiégués de Sa Majesté, parcouru les villages et extorqué à des particuliers des sommes importantes [Note : Pour ces faits et les suivants, voir le rapport et la correspondance des sieurs Audouard et de Porville avec le comte de St-Florentin : Archives d'Ille-et-Vilaine, C. 175 et J. Lorédan : La Grande Misère, au XVIIIème siècle, Marion du Faouët].
Mais, à cause du nom qu’il portait, on avait réussi à étouffer l’affaire, en remboursant les personnes lésées, afin d’éviter les poursuites judiciaires.
C’est vers 1750 que le seigneur du Poul, enhardi par cette impunité, fit de nouveau parler de lui et scandalisa toute la région par ses relations beaucoup trop familières avec Marion et sa bande. Il les hébergeait chez lui, buvant et festoyant avec eux, et l’on raconte qu’un de ces soirs de bombance, il chassa violemment du logis l’infortunée Anne-Françoise Geslin, sa femme, pour y installer la belle Marie Finefont.
Alors commença le martyre de la malheureuse châtelaine du Poul. Depuis de longues années déjà, l’union avait cessé de régner dans un intérieur, sans cesse troublé par la vie désordonnée de l’époux, par les reproches trop mérités, mais mal accueillis, que ne dut pas manquer de faire la pauvre femme outragée à celui dont elle avait, hélas ! fait son seigneur et son maître. Dénuée de ressources régulières, contrainte de vivre du produit des vols et des expédients malhonnêtes dont usait le sieur de Pont-Lo pour se procurer de l’argent ; mal vue et déconsidérée par la famille dans laquelle elle était entrée, comme une intruse, à la faveur de la sommation légale, la jeune dame du Poul, depuis longtemps déjà, vivait dans de perpétuelles angoisses.
Ecrivait-elle à son beau-père, Charles-Pierre de Robien, pour le supplier, par lettres du 18 septembre 1750 et du 30 mars 1751 « de chercher tous les moyens de réprimer les excès de son fils » et de sauvegarder l’honneur du nom qu’il portait ?... Charles-Pierre faisait la sourde oreille. Il semble même en avoir voulu rejeter la responsabilité sur sa belle-fille. « Au surplus — écrit le 17 octobre 1751 le subdélégué de Guingamp, le sieur de Porville — il m’a été rapporté que la dame, son épouse, pouvait aussi avoir quelques torts, mais, enfin, cela n’a pu l’authoriser à vivre d’une façon à déshonorer... Or son association avec cette troupe (celle de Marion) — dit aussi le sieur Audouard — et le recèlement qu’il en faisait chez lui étaient si notoires que son signalement fut envoyé aux brigades de la maréchaussée pour l’arrêter. Le sieur de Robien, père, quoique bien instruit de la mauvaise conduite de son fils, ne fit, soit par une oëconomie mal entendue, ou d’autres motifs que l’on ignore, aucune démarche pour réprimer ces excès » [Note : Lettres du sieur Audouard déjà citées].
Un jour vint, cependant, où la famille de Robien, indignée de l’inaction de Charles-Pierre, unit ses instances à celles de la malheureuse épouse de René-Gabriel, et « se donna des mouvements qui furent déterminés par les cris et les lettres de la dame de Pontlo » [Note : Lettres du sieur Audouard déjà citées]. Celle-ci demanda également à Mme la duchesse d’Elbœuf [Note : Dernière baronne de Rostrenen] qui était alors en basse Bretagne, en son château de Rostrenen, à M. Duhafond, lieutenant de la Maréchaussée de France, à M. Mazette de la Saudraye, sénéchal du Faouët, de joindre leurs sollicitations aux siennes pour engager les parents de son mari à prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder l’honneur de leur nom. Elle obtint enfin gain de cause, et, le 17 novembre 1751, le roi signa à Fontainebleau une lettre de cachet, en vertu de laquelle le sieur du Pontlo fut capturé et enfermé, pour un temps indéterminé, chez les Frères de la Charité de Pontorson.
René-Gabriel ainsi séquestré par l’autorité royale, sur la demande de sa femme et de ses parents, « à cause de la vie crapuleuse qu’il menait et de ses liaisons avec des gens capables de l’entraîner dans des actions déshonorantes », profita-t-il, du moins, de sa retraite pour s’amender et renoncer à ses mauvaises habitudes ? La famille de Robien l’espérait sans doute quand elle se décida à prendre, à son égard, une mesure aussi énergique. Malheureusement René-Gabriel était incorrigible !
« Si l’on en croit les lettres des supérieurs de la maison de Pontorson, — écrit le sieur Audouard, subdélégué de Rennes, le 29 novembre 1767, — il ne paraît pas que les mœurs du sieur de Pontlo se soient améliorées depuis sa détention — qui durait cependant depuis seize ans ! — En effet, ces religieux écrivoient le 16 mars 1757, 13 may 1763, 11 et 12 août 1763, à la famille que le sieur de Pontlo étoit bien éloigné des sentiments que doit avoir un gentilhomme, qu’il avait les qualités les plus dangereuses ; qu’il se plaisait à mettre la maison en combustion ; qu’ayant obtenu, par des égards particuliers, la permission de sortir et de se promener dans la ville, il n’en profitait que pour aller boire et s’enivrer journellement avec les gens les plus vils ; que, enfin, on avait été obligé de lui retirer cette permission et de le renfermer étroitement » [Note : Rapport du sieur Audouard précité]. Aussi, le 29 avril 1765, la dame de Pontlo, qui avait sollicité du comte de Saint-Florentin de présenter en son nom un placet au roi, afin d’obtenir la mise en liberté de son volage époux, écrivait-elle à son parent, M. le Président de Robien, « qu’elle voyait l’impossibilité de solliciter la révocation de la la lettre de cachet, par tout ce qu’elle avait appris de l’inconduite de son mary ; qu’il continuait toujours, dès qu’il pouvait jouir de la moindre liberté, à entretenir les plus mauvaises liaisons ; qu’elle renonçait à un projet qui ne pouvait que répandre l’infamie sur une famille aussy respectable ». Elle finissait sa lettre en priant M. le Président de Robien « de seconder ses vues pour empêcher l’élargissement [Note : Rapport du sieur Audouard précité] de son mari ».
Sur ces entrefaites, Charles-Pierre de Robien, son père, mourut à Plourhan, le 1er janvier 1766. Or, René-Gabriel étant fils aîné et héritier principal de sa maison, devait, selon la Coutume de Bretagne, prendre la plus large part dans la succession de ce gentilhomme [Note : D’après la Coutume de Bretagne, le fils aîné d’un gentilhomme avait droit aux deux tiers de l’héritage paternel, « plus le château ou principal manoir, avec le pourpris qui sera le jardin, coulombier et bois de décoration ». Les cadets, si nombreux qu’ils fussent, se partageaient l’autre tiers. (Article 541)]. « Il laissait de 7 à 8.000 livres de rentes à partager entre ses cinq enfants. La Dame de Pontlo, après avoir balancé longtemps si elle solliciterait, ou la liberté de son mari, pour venir régler cette affaire avec sa famille, ou la continuation de sa détention, prit un milieu : celuy d’enlever son mary ; en conséquence, elle se transporta le 18 janvier 1766 à Pontorson [Note : Cela prouve qu’elle était demeurée chez elle, libre de ses allées et venues, et cette constatation est en accord avec la tradition du pays]. Elle savait qu’on avait rendu au sieur de Pontlo sa liberté de promener dans la ville. Elle le trouva dans un cabaret, soit que cette rencontre fût préméditée ou autrement ; elle le fit monter à cheval et l’emmena à l’insu des supérieurs de la maison de Pontorson. En agissant ainsi Anne-Françoise conservoit à la lettre de cachet toute sa valeur effective, et, par suite, ne rendait à son mari qu’une liberté très précaire. Les archers de la maréchaussée pouvaient le saisir et l’interner de nouveau au premier signal, si sa conduite laissait encore à désirer, garantie qui eût été annulée par la révocation de la lettre de cachet. Mais elle avait agi sans consulter les parents de son mari. Ceux-ci, instruits de cet événement, firent quelques démarches pour y remédier ; mais le sieur de Pontlo, loin d’en être effrayé, alla les voir et, pour capter leur bienveillance, il leur offrit de faire une démission de ses biens à ses cadets, croyant qu’un pareil acte luy aurait a procuré une liberté entière. Sa proposition fut d’abord rejettée, mais sur sa menace, que, si elle n’était pas agréée, il allait vendre son bien à fond perdu, elle fut enfin adoptée et l’acte, qui n’est à bien dire qu’une substitution, fut rapporté.
« Par cet acte, on luy laisse la jouissance du revenu de sa légitime dans les successions paternelle et maternelle, et il en a toujours jouï depuis ce temps. On n’a cherché à profiter de sa bonne volonté, connaissant son inconduite, que pour empêcher, comme il en menaçoit, qu’il n’eût aliéné ou hipotequé les fonds par de nouvelles dettes : au surplus tous les revenus sont saisis par les créanciers, tant pour les dettes qu’il a contracté avant sa détention, que pour celles que sa femme a créé depuis ».
« Le sieur de Pontlo ayant vu que cette démission n’avait rien opéré en sa faveur auprès de ses parents, qui, après l’avoir pressé inutilement de retourner à Pontorson, prenaient des moyens pour l’y forcer, s’embarqua et passa dans l’isle de Jersey en Angleterre, où il est encore, et depuis il s’est pourvu en justice pour faire annuler la démission. Il n’est pas douteux qu’il réussira parce que cet acte et les circonstances dans lesquelles il a été passé, sont contraires à l’esprit de la Coutume de Bretagne ».
René-Gabriel réussit, en effet, à faire annuler cet acte qui le dépouillait et rentra en possession de ses biens. Mais, quoiqu’il eût obtenu, à tort ou à raison, du gouvernement anglais des certificats de bonne conduite, il ne parvenait pas à faire révoquer la lettre de cachet dont la maintenue, menaçant sans cesse sa liberté, l’obligeait à demeurer à l’étranger pour se dérober aux poursuites de la maréchaussée. Sa femme l’avait accompagné à Jersey, soit qu’elle espérât le ramener au bien, soit qu’elle eût lieu de craindre que la famille de son mari, indisposée contre elle, ne la fit enfermer, à son tour, dans quelque couvent.
Dès lors elle joignit ses instances à celles du sieur de Pont-Lo pour faire rapporter la lettre de cachet. L’histoire ne dit pas à quelle époque René-Gabriel recouvra son entière liberté : fut-il enfin converti après une aussi longue détention ?... La pauvre châtelaine du Poul connut-elle quelques jours lumineux à la suite de tant d’années sombres et douloureuses ?...
1772 : Toujours est-il que les deux époux revinrent habiter leur petit manoir cornouaillais, où, le 17 juillet 1772, René-Gabriel de Robien, chevalier, seigneur du Pont-Lo, consentit un bail de convenant en qualité de seigneur du Poul [Note : Archives des Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor].
1773 : Il y mourut peu de temps après, à l’âge de 61 ans. Le 27 avril 1773, cette terre et les autres biens de René-Gabriel de Robien se trouvent aux mains de son frère cadet et héritier Claude-François de Robien [Note : Archives des Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor. Voir aussi notre tableau généalogique des Robien de la Boullaye].
Anne-Françoise survécut à son mari. La tradition dit qu’elle demeura au Poul et y mourut. Toutefois nous n’avons pu retrouver l’acte de son décès au registre des inhumations de la paroisse de Mellionnec.
De l’avis de tous, c’est elle qui personnifie la « Dame du Poul » dont le souvenir et les « empreintes » sont devenus l’objet de la vénération des pèlerins de « Notre- Dame du Poul ».
(J. BAUDRY).
MAISON GESLIN
(Branche de Bourgogne).
Armes : « D’or à six merlettes de sable ».
Les Geslin, sieurs de Trémargat, paroisse de Plélo, ont possédé en outre, les terres de Kerourio, Kercourton, Châteaunoir, Boisbic, du Verger, de Coëtcouvran, de la Villeneuve, etc... et ont fait leurs preuves de noblesse pour l’entrée de l’un d’eux dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, à l’aide de documents remontant à 1428. (Bibliothèque Nationale (ms) Carrés de d'Horier, vol. 290). On trouve, plus anciennement encore, Jean Geslin, écuyer dans une montre de Du Guesclin en 1371. (Courcy, Armorial de Bretagne, Aveneau de la Grancière, Notes historiques sur la par. de Pluguffan ; Notes de M. F. Saulnier, etc...).
La branche de Bourgogne, sortie au XVIème siècle de celle de Trémargat, comme toutes les autres, a pour auteur Yves Geslin, sgr de Bourgogne, fils puîné de mess. Pierre Geslin, sgr de Trémargat, et de dame Jacquette de Coatarel, ceux-ci mariés par contrat du 21 avril 1534 (passé devant deux notaires de Lesneven). La branche de Trémargat a fait, le 19 février 1727, ses preuves de noblesse pour l’entrée d’un de ses membres dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et fourni des documents remontant à 1428 [Note : Bibliothèque Nationale (manuscrits) Carrés de d'Hozier, vol. 290].
Vème degré : Pierre Geslin, fils aîné et héritier principal et noble de Jean Geslin, écuyer, sgr de Trémargat, et de dame Jeanne de Tournegoët, a eu de Jacquette de Coatarel : 1° Jacques Geslin, sgr de Trémargat, qui a quitté la postérité de la branche principale ; 2° Yves, qui suit ; 3° Philippe, auteur de la branche de Keroriou.
BRANCHE DE BOURGOGNE.
VIème degré : Yves Geslin, 2ème fils de Pierre et de Jacquette de Coatarel. Marié, vers 1570, à Jacquette Le Roux, dame de Bourgogne, en la paroisse de Lantic, et héritière de cette maison dont :
VIIème degré : Jacques Geslin, écuyer, sgr de Bourgogne, fils aîné des précédents, marié à 1° dlle Louise ne Kerdegast ; 2° à N... [Note : L’arrêt de maintenue ne nomme pas la seconde femme, tout en constatant l’existence d’un mariage] dont, du premier mariage :
VIIIème degré : Jean Geslin, écuyer, sgr de Bourgogne, fils aîné, marié à dlle Perronnelle Garjan, fille noble de la maison de Kerdozet, dont :
IXème degré : François Geslin, sgr de Bourgogne, fils aîné, demeurant, en 1669, dans la paroisse de Lantic, maintenu dans sa noblesse d’ancienne extraction, par arrêt de la Chambre de réformation de la noblesse de Bretagne, du 9 août 1669, marié à dlle Françoise Collet de la Ville-Solon, fille aînée de mess. Georges Collet et de dame Marie de Rosmar, née à Plélo, le 8 février 1646, d’où : 1° N... ; 2° Georges-Claude-René Geslin, sgr de la Ville-Solon, auteur de cette branche, marié à dlle Françoise-Renée du Bouilly de la Morandais, décédée à Saint-Brieuc, en 1744, âgée de 92 ans. Dont est issu le rameau de la Ville-Solon.
Xème degré : N... sgr de Bourgogne ? dont :
XIème degré : Julien-Charles Geslin, sgr de Bourgogne, marié à Lantic, en 1722, à dlle Marie-Jeanne-Vincente Le Métayer de Kerdaniel d’où :
XIIème degré : 1° Jérôme Geslin, commandant d’une compagnie de dragons fut tué à la bataille de Rossbach (1757) ; Anne-Françoise, née au château de Bourgogne et ondoyée à Lantic, le 14 juin 1725, mariée à l’âge de 16 ans, à Lantic, le 4 août 1741, à René-Gabriel de Robien, sieur du Pont-Lô ; 3° Marie-Anne Geslin, épousa en 1747, Louis-Armand Vittu de Kerraoul ; 4° François, frère cadet devint héritier principal par suite de la mort de son frère aîné Jérôme. Il fut sgr de Bourgogne [Note : Notes de M. Geslin de Bourgogne, de Saint-Brieuc (Dossier Le Guen), et de M. Frédéric Saulnier].

(Y. Baudry).
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