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MAROUE ET LE DROIT DE LA FLEURETTE.

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LE DROIT DE LA FLEURETTE.

Le droit de fief désigné sous ce nom était particulier à la seigneurie de la Villebilly [Note : La Villebilly était en la paroisse de Maroué, près de Lamballe], relevant de Lamballe. Le mardi de Pâques, les tanneurs de Lamballe devaient accompagner le seigneur de la Villebilly dans le bois de ce nom : celui-ci cueillait une fleur ou une feuille, et la montrait par trois fois aux tanneurs. On se rendait ensuite â la chapelle Sainte-Sauveur [Note : La chapelle Saint-Sauveur était sur l'emplacement du cimetière actuel de Lamballe], et là le seigneur de la Villebilly, assis au pied d'une croix de pierre, appelait chaque tanneur et percevait une amende de tous ceux qui ne comparaissaient pas, ou qui ne pouvaient pas montrer une fleur semblable à celle qui avait été cueillie : cette fleur ou feuille s'appelait aussi le May.

Je ne puis pas m'empêcher de rapprocher cette redevance d'un jeu qui était encore assez répandu il y a quelques années, et dont parle La Fontaine. Au commencement du printemps, on était obligé de porter une feuille désignée. Je vous prends sans vert, disait-on, en abordant une personne au moment où elle s'y attendait le moins, et, si elle ne pouvait montrer la feuille ou la fleur convenue, elle payait une amende, ou subissait une punition.

J'ai trouvé la mention de la Fleurette dans deux aveux rendus à la seigneurie de Lamballe ; l'un par la dame de Saint-Méloir, en 1583 [Note : Arch. des Côtes-du-Nord : fonds Penthièvre, boîte 33], et l'autre par Renée-Marguerite du Bouilly, le 30 avril 1709 [Note : Arch. des Côtes-du-Nord : fonds Penthièvre, boîte 52]. Il me semble que l'origine de cette redevance peut être due à la permission que les seigneurs de la Villebilly auraient donnée aux tanneurs de Lamballe de prendre du tan dans leur forêt.

M. Gaultier du Mottay ayant publié l'aveu de 1583 [Note : Annuaire des Côtes-du-Nord, 1857, p. 34 et seq.], je ne donnerai ici que celui de 1709 : postérieurement à cette date, le receveur du duc de Penthièvre essaya de le faire abolir comme contraire à la liberté du commerce, mais une sentence le maintint en 1738.

« Comme aussi déclare et avoue ladite dame de la Villehasté être propriétaire et tenir, cause de ladite terre et seigneurie de la Villebilly, un droit de fief et juridiction appellé la Fleurette, s'exerçant chacun an, au jour et feste du mardi de Pasque, au devant de la chapelle de Saint-Sauveur ; avec droit d'y pourvoir, pour l'exercice, un sénéchal et procureur fiscal, greffier et sergent. Lequel fief et droit s'étend et consiste en ce que chaque jour du mardi, seconde férie de Pasque, chaques marchands traficants et qui vendent, acheptent et travaillent en cuir à poil en cette ville et faubourgs de Lamballe, sont tenus et sujets de se rendre au logis de ladite dame, ou celui de ses officiers, en son absence, qui que ce soit celuy qui la représente, et de la conduire jusques au bois de la Villebilly : où étant, elle ou ses officiers peuvent cueillir une fleur ou roseau, telle qu'ils veulent, et la montrer par trois fois auxdits sujets dans ledit bois ; ce qu'ayant fait, s'en retourner avec ladite dame, ou celui qui la représente, jusqu'au dit lieu et chapelle de Saint-Sauveur, où ladite dame doit apparaître à ses officiers, marchands et artisans la fleur qu'elle aura cueillie dans ledit bois ; et, faute auxdits marchands d'en montrer une pareille et semblable, doivent chacun d'iceux être condamnés à deux sols six deniers d'amende. Outre, ceux qui entrent audit métier sont tenus de le venir dire et déclarer à ladite dame avouante, ou à ses officiers : pour le devoir d'entrée, doivent deux sols six deniers de monnoie ; et pareillement, ceux qui quittent ledit métier sont aussi tenus de le venir dire, et payer à ladite dame le devoir de deux sols six deniers d’amende. Et ceux qui commettent quelques insolences en présence de ladite dame ou de ses officiers, doivent être condamnés aussi à deux sols six deniers d'amende, suivant et ainsi que tout se justifie par le registre et exercice de ce fief et juridiction de la Fleurette, commencé le 19 avril 1650 et continué jusqu'au 15 avril 1664 ».

(Anatole de Barthélémy).

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