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Mahyeuc Yves et le Protestantisme.

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CHAPITRE IX - YVES MAHYEUC ET LE PROTESTANTISME.

Yves Mahyeuc gouverna le diocèse de Rennes au moment où les erreurs protestantes commençaient à s'infiltrer et à s'affermir en Occident. Yves Mahyeuc ne faillit pas à son devoir d'évêque et « s'appliqua sans relâche à la prédication, tant pour combattre les vices que s'opposer à l'erreur ».

Rappelons quelques dates de la marche conquérante du protestantisme qui permettront de voir dans quelle mesure Yves Mahyeuc a pu réagir contre l'hérésie nouvelle.

Luther entre en lutte contre l'Eglise en 1517, à propos des indulgences, par l'affichage des quatre-vingt-quinze thèses à la porte de la collégiale du château de Wittenberg.

Les disputes de Leipzig où Luther rejetait toute autorité, même celle du concile, pour ne s'en remettre qu'à la Bible, eurent lieu le 18 juillet 1519. Les erreurs de Luther furent condamnées en 1520, et, en 1521, Léon X l'excommunia. Calvin quittera officiellement l'Eglise catholique une dizaine d'années plus tard, en 1533, après le discours de Nicolas Cap, imprégné de luthéranisme. Dès 1525, on regardait la répression de l'hérésie comme une nécessité de « salut public » [Note : Dom POULET, Histoire de l'Eglise, t. II, p. 53], et en 1528 les conciles provinciaux tenue à Paris, à Lyon et à Bourges condamnaient les hérésies de Luther.

Jusqu'à la mort d'Yves Mahyeuc, la Bretagne compta peu de protestants. Cela tient d'abord à la situation excentrique de la Bretagne et à son éloignement des grandes universités où l'on se passionnait pour les nouvelles doctrines.

D'autre part, si la foi catholique n'était pas toujours suffisamment éclairée et vivifiante en Bretagne, elle était cependant profondément enracinée dans l'âme du peuple breton. Le protestantisme combattait le culte des saints. Or on sait quelle place ce culte occupait chez nos ancêtres. On avait en Bretagne peu de goût pour les discussions spéculatives [Note : Les historiens protestants s'en plaignent et rejettent sur la « stupidité du peuple breton » le peu de succès des premiers apôtres de la Réforme en Bretagne], les théories de Luther et de Calvin avaient peine à trouver écho chez des gens dont le tempérament est tout d'une pièce. Il faudra que les fauteurs d'hérésies se lancent dans la lutte armée pour trouver des partisans ; mais ce ne sont plus la religion et la morale qui seront en cause. Seuls les intérêts palpables pourront les faire entrer en guerre contre le catholicisme. Des seigneurs bretons eurent la haine du prêtre et du moine par intérêt surtout — le calvinisme avait une morale beaucoup plus sévère que la morale enseignée aux fidèles catholiques, — mais ces seigneurs voyaient dans le calvinisme un moyen pour se libérer de fondations pieuses qui grevaient fort leur budget par suite de l'inflation et qu'ils étaient obligés d'acquitter pour exécuter les volontés de leurs ancêtres. « Aussi abandonneront-ils leurs foyers à l'appel d'un chef et n'y reviendront-ils qu'enrichis ou plus pauvres ». Ces chefs seront les puissantes maisons de Rohan, de Rieux, d'Avaugour, de Laval [Note : Tous ces « grands » avaient rapporté d'Italie le goût de le Renaissance. Ils étaient catholiques, mais d'un catholicisme qui ne gênait pas leur vie licencieuse. Ils se jetteront dans la Réforme par ambition politique], mais il faudra attendre la seconde moitié du XVIème siècle pour assister à la lutte qui mettra aux prises ligueurs et protestants.

Cependant, au temps d'Yves Mahyeuc, il fallait veiller. Bien que le peuple des campagnes et des villes se tînt éloigné de ces discussions théologiques, un travail d'infiltration protestante s'opérait en Bretagne. Des seigneurs, des magistrats, des membres du Parlement, des officiers de justice, des marchands qui voyageaient se tenaient au courant des idées nouvelles. Un vent de réforme soufflait. Des cercles se formaient, animés parfois de bonnes intentions. Les membres du clergé ne restaient pas indifférents aux idées nouvelles. Nous en avons un écho dans le Registre des Délibérations du chapitre. On y relate le couronnement de Charles-Quint qui eut lieu à Bologne le 12 mars 1530 et que l'empereur poursuivit son chemin « vers l'Allemagne pour lutter contre la secte des luthériens ».

En 1534, l'affaire des Placards contre la messe avait ému François Ier qui, jusque-là, influencé par sa sœur Marguerite d'Angoulême, n'avait guère sévi contre les protestants. C'est alors qu'il institua des Commissions spéciales pour juger les hérétiques.

La même année, on signale à Nantes un certain Audebert Valeton, qui avait des relations avec les réformés de Paris. L'attention de la police fut éveillée. Se trouvant à Paris, Valeton fut arrêté. On fouilla la demeure où il était descendu avec sa femme ; on y trouva des livres suspects, malgré toutes les précautions qu'il avait prises pour les cacher. Convaincu d'hérésie, il fut brûlé vif, rue Saint-Honoré, avec d'autres protestants.

Une autre affaire se passa à Morlaix, un an après (1535), et qui n 'est pas moins symptomatique. Un nommé Guézennee se rua sur un prêtre qui disait la messe, au moment de la Consécration. Il s'empara de l'hostie, la jeta à terre et la piétina. Le lendemain il était brûlé vif sur la place de Morlaix.

Ainsi les idées nouvelles se propageaient peu à peu en Bretagne et l'imprimerie les diffusait. Des marchands qui fréquentaient les villes de la Loire touchées par l'hérésie, la colportaient de foire en foire. Des étudiants bretons qui fréquentaient les Universités de Paris, d'Orléans, d'Angers [Note : En 1533, le luthérien Marlorat prêchait à Angers et y faisait des adeptes. Ce Marlorat, saint François de Sales le combattit dans un de ses sermons, celui du dimanche de la Quinquagésime], de Poitiers, de Bourges, se laissaient gagner par la propagande hérétique. On sait le nom de quelques-uns d'entre eux : les futurs magistrats Caban et Jean Gavault.

A Bourges, Michel d'Arande, protégé de Marguerite d'Angoulême, fait du prosélytisme en faveur de l'hérésie. L'archevêque Michel de Ruel interdit l'exposé des doctrines de l'Ecole de Meaux dans les sermons [Note : Un cercle de théologiens s'était formé autour de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, et parmi les plus en vue se trouvait Lefèvre d'Etaples. Briçonnet en avait fait un vicaire général. Ces théologiens humanistes ne voulaient pas de rupture avec Rome, mais voulaient une religion plus individualiste. Certains d'entre eux, comme Farel, passèrent à l'hérésie]. Or le Breton François Le Douaren, originaire de Saint-Brieuc, professait à Bourges en 1538. Il n'adhéra pas à la Réforme, mais son enseignement était sujet à caution. Rentrés en Bretagne, des étudiants, gagnés plus ou moins à l'hérésie, essayaient de faire des adeptes.

On trouve des Bretons même à Ferrare, attirés par Renée de France, duchesse d'Este, qui se rencontraient là avec des Allemands et des Flamands luthériens.

Les archives de l'Etat de Genève ont conservé les noms de Bretons de passage à Genève après 1541 (date de l'établissement définitif de Calvin à Genève). En 1559 on relève les noms de Robert Le Botaillier, natif de Rennes, de Jacques Maubihan, d'André Botin, cordonnier à Rennes. Les Ferré de La Garaye furent les premiers seigneurs bretons protestants inquiétés pour leurs idées [Note : Registre du Parlement de Bretagne, 27 mars 1555].

Les dominicains furent les adversaires les plus acharnés de l'hérésie luthérienne. Dès 1523, le Chapitre dominicain de Valladolid déclarait que les Frères devaient s'opposer aux doctrines empoisonnées et dangereuses comme la peste de Martin Luther, A Rome, en 1525, le Chapitre général de l'Ordre déclara que les Frères devaient aboyer comme les chiens fidèles du Bon Pasteur contre les voleurs.

Un Breton, né à Caulnes, Mathieu Ory, du couvent de Dinan, fut un des plus ardents défenseurs de l'orthodoxie. Envoyé à Paris pour y prendre ses grades, il fut nommé inquisiteur en 1540 (les inquisiteurs étaient des dominicains), succédant au F. François Laurent. Mathieu s'efforça de ramener Renée de France, sœur de la reine Claude, au catholicisme.

Yves Mahyeuc, pasteur vigilant, rempli de l'esprit de son Ordre, fut « le chien fidèle » qui garda son bercail contre les mauvais bergers et les loups ravisseurs.

Il fit nommer le P. Supremus inquisiteur en Bretagne. Ce religieux montra tant d'activité et vigilance dans l'exercice de cette fonction qu'il réussit à préserver la province du poison de l'erreur et la mit ainsi à l'abri des maux sans nombre qui accablèrent les autres parties du royaume pendant la première partie du XVIème siècle.

Quelques réformés qui avaient pris pied dans le diocèse de Rennes quittèrent les lieux, certains trop heureux de fuir un châtiment. En 1556 seulement, c'est-à-dire dix-sept ans après la mort du saint évêque, on vit des églises réformées s'établir à Rennes [Note : Abbé TRESVAUX, op. cit., t. III, p. 305] (à la Prévalaye, avec une annexe au château du Bordage, en Ercé, près Liffré) et à Vitré. Dans cette dernière ville, le protestantisme ne s'implantera que grâce à Renée de Rieux, surnommée Guyonne la Folle, passée à l'hérésie.

Pendant de longues années, les ministres protestants n'eurent d'autre besogne que d'aller de château en château faire le prêche et administrer le baptême. En 1559, deux pasteurs protestants, Dufossé et Dugravier, groupaient quarante à cinquante personnes [Note : Le ministre Crevain comptait « soixante vrais serviteurs de Dieu ». En septembre 1558, il y eut le vol d'une custode et d'un petit coffre d'argent à Notre-Dame de Vitré. Ce fut le prélude du protestantisme à Vitré]. C'était vraiment peu. La vigilance d'Yves Mahyeuc avait porté des fruits.

(Abbé Henri Poisson).

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