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Mahyeuc Yves, sa mort, ses funérailles (1541) et son Culte. |
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CHAPITRE XII - LA MORT D'YVES MAHYEUC.
Ses
Funérailles (1541) - Le Culte après sa Mort.

Yves Mahyeuc gouvernait le diocèse de Rennes depuis trente-six ans. Ses jours avaient été remplis de mérites devant le Seigneur. Le Bon Dieu allait rappeler à Lui son fidèle serviteur. Depuis quelques années, sa santé s'affaiblissait. Il n'avait pas présidé la procession du Sacre en 1539 et en 1540 [Note : Le R. P. F. de Laval, évêque de Dol et archidiacre de Rennes, obtint la permission de Dom Michel Le Duc, vicaire général de F. Yves, de présider la procession du Sacre et de porter la mitre et autres pontificaux, et de donner la bénédiction. (Reg. des Délib. du Chapitre)]. Cela donne à penser qu'il n'était plus capable de supporter une pareille fatigue. On lui avait adjoint un coadjuteur, Claude Dodieu, qui prit possession de sa charge par procuration le 3 mai 1540.
Yves Mahyeuc était allé se reposer dans son manoir de Bruz ; quelques-uns de ses frères en religion l'avaient accompagné. C'est là qu'il mourut, le 20ème jour de septembre.
Jusqu'au bout il pria, et ses prières s'adressaient surtout à la Sainte Vierge, à saint Dominique et à sainte Agnès, pour laquelle il avait une grande dévotion. Son âme se détacha d'un corps usé par les fatigues de l'apostolat et les austérités de la vie religieuse. Qu'il soit mort comme un saint, on n'en peut douter.
Le bruit de sa mort se répandit rapidement et jeta toute la population rennaise dans la consternation. Mais cette consternation ne tarda pas à faire place à de l'enthousiasme religieux, quand on apprit que Dieu avait marqué son serviteur d'un sceau spécial, comme une marque de sainteté et de prédestination.
Quand Yves Mahyeuc eut rendu le dernier soupir, les religieux dominicains qui l'avaient assisté lui rendirent les derniers devoirs. Ils dépouillèrent son corps pour l'ensevelir, mais quelle ne fut pas leur surprise de trouver marquée sur la poitrine de l'évêque défunt une sorte de grande croix. On fit mander un chirurgien, maître Le Boucher, de Rennes, pour embaumer le cadavre. Ce dernier fut également frappé de ce signe qu'il jugeait miraculeux. Il vit aussi cette croix « blanche et reluisante comme l'albâtre » [Note : Albert LE GRAND, op. cit.]. Après avoir fait l'embaumement il se mit à genoux devant la dépouille mortelle et pria instamment le serviteur de Dieu pour qu'il guérît son propre fils paralysé des membres supérieurs et inférieurs depuis dix mois.
Maître Le Boucher quitta Bruz et reprit la route de Rennes. En chemin, il rencontra un de ses serviteurs qui venait lui annoncer la guérison de son fils. Celui-ci s'était levé de son lit et s'était mis à marcher sans « asnilles ». Dans la suite, l'heureux père vint avec son fils au tombeau d'Yves Mahyeuc remercier Dieu d'avoir accordé cette guérison par l'intercession de son serviteur, et en témoignage de reconnaissance ils laissèrent les « asnilles » qui n'avaient plus aucune utilité.
Un pareil événement fut rapidement connu et ne fit qu'augmenter la dévotion des fidèles, si bien que les funérailles du vénéré pontife furent un véritable triomphe.
« Le vendredi 23 septembre 1541, le corps du Révérend Père en Dieu, Messire Yves, évêque de Rennes, apporté avec tous les honneurs requis à Rennes, de son manoir de Bruz, en costume pontifical, dans une litière attelée de deux chevaux couverts de housses noires, traînant jusqu'à terre, fut déposé au manoir épiscopal. A la porte de Toussaints, se présentèrent les seigneurs chanoines de l'Eglise de Rennes, auxquels s'étaient réunis le clergé des paroisses de la cité et des faubourgs, les religieux de Saint-Melaine et des convents, les corps judiciaires et les officiers, tant ecclésiastiques que civils, et une foule de citoyens, venus à la rencontre du convoi pour lui former un honorable et solennel cortège.
Ce jour-là, on laissa le corps exposé dans la grande cour du manoir, pour que l'immense affluence de peuple pût satisfaire son avidité de contempler les traits du saint prélat.
Le lendemain, au matin, on transporta avec pompe le corps dans la nef de la cathédrale, où il resta toute la journée, et à l'issue des vêpres on procéda à une ample information et examen au sujet des signes merveilleux de la croix trouvée sur la poitrine et l'estomac du vénérable défunt.
Enfin, le dimanche suivant, après la grand-messe, en observant toutes les cérémonies et solennités canoniques, on l'enterra dans la croisée de la dite église, du côté où l'on voit la statue de saint Sébastien, au ras du mur de la grande vitre, vers midi ».
De ce procès-verbal il ressort que l'on regarda comme extraordinaire, miraculeuse, la croix formée sur la poitrine de l'évêque défunt. Pour les membres du Chapitre de Rennes, la sainteté d'Yves Mahyeuc ne faisait aucun doute.
Un autre fait se produisit, rapporté par Albert Le grand [Note : Il n'en est pas question dans le Registre capitulaire] :
« L'ordre des funérailles estant disposé, il s'éleva une grande dispute entre les Chanoines de Saint-Pierre de Rennes et les Religieux de Bonne-Nouvelle : à qui le corps demeureroit, les Chanoines ne s'en voulans pour rien désaisir et les Religieux opposans la dernière volonté du déffunt, qui s'en estoit remis à ce que le Prieur dudit Monastère en ordonneroit. Ils arrivèrent aux faux bourgs de Rennes sans pouvoir accorder, ny avoir terminé ce différent, et le Corps, estant au carrefour nommé Joüaud, entre les deux chemins, dont l'un mène à Bonne-Nouvelle et l'autre à la Porte Mordelaise, qui est joignant la grande Eglise (la cathédrale), il devint si lourd et pesant, et les chevaux qui portoient le branquart tellement immobiles, qu'il fut impossible de les faire avancer ny reculer. Ce miracle obligea les deux Collèges de s'accorder, en telle sorte que le Prieur de Bonne-Nouvelle, ayant sur le champ pris l'avis de ses religieux, accorda par deférence le corps aux Chanoines. Il n'eut pas plus tost proféré la parole et donné consentement que les chevaux, sans guidés de personne, tournèrent à main droite, et laissant le chemin de Bonne-Nouvelle, se rendirent à la Porte de la Ville (Porte Mordelaise), mais si vite que le Clergé avait bien de la peine à les suivre. Il fut conduit solennellement en son Eglise Cathédrale, où la foule du peuple fut si grande qu'on eut de la peine à parfaire l'office de l'enterrement. Ce fut un spectacle qui émouvoit les assistants à compassion d'entendre les pleurs et cris des pauvres, lesquels, prosternés à terre à l'entour de son corps, pleuraient la mort de leur Père et Pasteur. Il avait désiré pendant sa vie d'être inhumé an Chapitre de son Couvent, sous les pieds de ses Frères ; mais les Chanoines de son Eglise luy firent édifier une tombe élevée, pratiquée sous la vitre du pignon méridional de la grande croisée de l'église cathédrale où il fut inhumé » [Note : Albert LE GRAND, Vie des Saints, p. 397-398].
Dom Lobineau a ramené l'arrêt des chevaux qui traînaient le corps d'Yves Mahyeuc à un fait banal [Note : « On dit que le brancart porté sur des chevaux sans avancer ni reculer, et cela signifie peut-être autre chose, sinon que les chevaux furent arrêtés réciproquement par les Chanoines et les Religieux qui se disputaient encore la possession du corps ; enfin le prieur de Bonnes-Nouvelles jugea qu'il ne pouvait faire un meilleur usage du pouvoir que lui avait laissé le défunt que de donner des marques de sa déférence pour l'Eglise de Rennes en lui cédant la possession d'un trésor qu'elle disputoit avec tant d'ardeur. Aïant donc pris sur le champ l'avis de ses Religieux, il abandonna le corps aux Chanoines qui l'enterrèrent dans leur Eglise cathédrale… Ce fut là et non pas sous les pieds de ses frères, dans le Chapître de Bonnes-Nouvelles, comme l'avait souhaité tant de fois l'humble Prélat, que fut déposé frère Yves Mahyeuc qui, malgré l'obscurité de son extraction, n’a pas laissé d'être un des plus grands ornements de l'Eglise de Rennes, et d'honorer un siège à qui quelques-uns de ses prédécesseurs d'une naissance illustre ont fait beaucoup moins d'honneur ». (Dom LOBINEAU, Vie des Saints de Bretagne. Ed. abbé TRESVAUX, t. III, p. 310)].
Le corps d'Yves Mahyeuc reposait donc sous une grande verrière, don des ducs de Bretagne, qui éclairait le transept sud. L'actuel transept sud contient le tombeau du cardinal Place et la statue du cardinal Charost. L'emplacement du tombeau d'Yves Mahyeuc se trouverait ainsi sous l'autel du transept sud actuel. Dans l'ancienne cathédrale, ce transept contenait les autels dédiés à saint Sébastien et à saint Yves.

Le tombeau d'Yves Mahyeuc, sculpté en pierre de Taillebourg, était couvert de bas-reliefs représentant les insignes de la Passion et l'écusson du prélat, accompagné de cartouches sur lesquels on lisait ces trois noms bénis : J. H. S. — MARIA — DOMINICUS.
Le sépulcre d'Yves Mahyeuc devint aussitôt objet de vénération de la part des fidèles. On allait prier « au tombeau du Bon Yves » pour obtenir des grâces et des guérisons, et on obtenait des grâces et des guérisons. L'usage prévalut de célébrer sa mémoire le 27 septembre.
Près du tombeau, on pouvait lire l'épitaphe suivante :
Epitaphe faict et composé sur la vie et trépas du Révérend Père en Dieu Yves Mahyeuc, en son vivant évêque de Rennes.
Droict icy gist Révérent Père en Dieu Yves, Evêque en son temps de ce lieu. - Quel le Mardy vingtième de septembre - Devers le soir si bien je me remembre - L'an mil cinq cents aussi quarante et ung - Mort luy a faict comme faict à chacun - C'est celuy-là qui fut vray exemplaire - De Saincteté, bénin et débonnaire - Des pouves (pauvres) fut, ayant toujours le soing - Que à tous donnoît, fust de près ou de loing - Les nuds vestoit, accoustrements très bons, - Et aux autres leur donnoit de grands dons. - Or ou argent, à tous il présentoit - Et contenté de lny chacun estoit - Comme leur père les pouves le suyoint - Pour que de luy, refusez ils n'estoient - Plus aisé estoit de ce leur donnoit - Que de celuy que pour luy retenoit - De vie austère, il a vécu toujours - Et en ce point il a usé ses jours. - Il ne mangeait qu'une foie le jour - A prier Dieu était tout son séjour - En sa chambre, toujours seul il couchoit - Et à minuyt, sans faillir se levoit - Et bien souvent on l'a vu longue espace - Tout prosterné, le visage à la place. - Doux il estoit, bénin et gracieulx - A tout le monde, tant à jeune qu'à vieulx - Au riche, au pouve, tout à luy était ung - Car à chacun il se rendait commun - Il n'a cherché honneurs ny grands bombans - Humilité a consommé ses ans. - Après sa mort on l'a trouvé merché (marqué) - De merc (marque) de Dieu, quant on l'a bien cherché - Sur l'estomac avoit signes de croix - Fort grand nombre, je l'ay vu je m'en croix - Toutes les croix, un seul pied les portoit - Qui tout le long de l'estomach prenoit - Et au plus bas soulz le rxeur on voyoit - Une goutte de sang qui reluysoit - Et là dessus estoint les Croix assises - Tirant à mont à plusieurs divises. - Rien n'est plus blanc qu'ils apparoissoint - Et sans foncer, sur le cuir il estoint - Visité fut, pour entendre et savoir - Sy d'artifice il eut peu à avoir. - Et fut trouvé que non, mais seulement - Ce luy venoit miraculeusement - Dont faut juger que c'est un vray saint corps - Quand bien l'on est de la vie recors (souvenir) - Pourquoi je croy qu'on le pourroit prier - Si Saincte Eglise le voulait octroyer - Mais si aulcuns avoient dévotion - De luy faire quelque pétition - Je vous diray comme vous lui pourrez - Sans mal péché secours luy demandez - Vous le priez s'il a vers Dieu puissance - Par la prière, il vous fait allégeance - Pour luy priez, je crois qu'il n'a affaire - Et toutefois pour mieulx luy satisfaire - Nous prierons Dieu que pardon Il luy face - Et ses péchés saucuns font il efface. - Amen.
Cette épitaphe n'a peut-être pas un mérite littéraire très grand, elle a du moins l'avantage de bien résumer la vie et les vertus du saint évêque.
On ne tarda pas du reste à rendre un culte officiel à celui qui durant sa vie avait été regardé comme un saint. Les fidèles étaient invités à réciter cette prière, approuvée par l'autorité ecclésiastique :
Beatus hic qui
in lege Domini meditans die ac nocte, super egenum et
pauperem semper intellexit, et sublata cruce sua secutus est Dominum Jesum
Christum
V. Iste est qui contempsit vitam mundi.
R. Et pervenit ad
coelestia regna.
Bienheureux
celui qui médite nuit et jour la loi du
Seigneur, il a compris le pauvre et l'indigent et ayant porté sa croix il a
suivi le Seigneur Jésus-Christ.
V. Voici celui qui a méprisé la vie du monde.
R. Et qui est parvenu au royaume céleste.
OREMUS : Omnipotens sempiterne Deus qui corpus B. Yvonis Pontificis crucis signaculo mirabiliter decorasti, concede quoesumus : ut qui ejus meritis et precibus confidunt adjuvari, tua gratia preveniente, mentis et corporis obtinerant sanitatem, P. D, J. C., etc.
PRIONS : Dieu tout-puissant et éternel qui avez marqué d'une manière admirable par le signe de la croix le corps du Bx Pontife Yves, faites, nous vous en prions, que ceux qui désirent être aidés par ses mérites et ses prières obtiennent par votre grâce prévenante la santé de l'âme et du corps. Par J. C. N. S., etc.
Deux évêques de Rennes ont eu une grande dévotion envers Yves Mahyenc : Aymar Hennequin et Pierre Cornulier.
Aymar Hennequin, chanoine de l'Eglise de Paris et abbé de Saint-Martin d'Epernay, fut nommé évêque de Rennes en 1573. Il joua un rôle de réformateur, s'occupa très spécialement de l'éducation de la jeunesse dans le diocèse, composa un catéchisme, corrigea les livres liturgiques de Rennes qu'il fit imprimer conformément aux prescriptions du Concile de Trente, traduisit en français les Confessions de saint Augustin [Note : Saint François de Sales, dans une lettre à un ecclésiastique nommé évêque, lui recommande, entre autres livres, la traduction des œuvres de saint Augustin : « Les Confessions de saint Augustin vous seront extrêmement utiles ; et si vous m'en croyez, vous les prendrez en français, de la traduction de M. Hennequin, évêque de Rennes. » (Lettre XLV, éd. Périsse, 1855)] et les Lettres de saint Jérôme, enrichies de notes pieuses et savantes [Note : Pouillé Historique, op. cit., t. I. p. 88]. Il voulut être enterré auprès d'Yves Mahyeuc. Pour lui, la sainteté de son illustre prédécesseur ne faisait aucun doute.
A l'occasion des funérailles d'Aymar Hennequin, messire Pierre Oger, chanoine de Saint-Pierre et archidiacre du Désert, exécuteur testamentaire de l'évêque défunt, fit ouvrir le tombeau d'Yves Mahyeuc, et l'on trouva son corps exempt de corruption, les vêtements intacts (17 janvier 1596).
Pierre de Cornulier, fils de Pierre de Cornulier, seigneur de La Touche, en Nozay, né à Nantes en 1575, fut d'abord doyen de la cathédrale de Nantes, prieur de Primil, conseiller-clerc au Parlement de Bretagne, abbé commendataire de Sainte-Croix de Guingamp, de Notre-Dame de Blanche-Couronne et de Saint-Méen qu'il essaya de réformer. En 1617, il fut nommé évêque de Tréguier, puis transféré à Rennes deux ans plus tard. il fut un « prélat véritablement homme de bien, d'une vie pénitente et austère, d'une grande pureté de mœurs et d'un détachement digne d'être proposé pour modèle » [Note : Pouillé Historique, t. I, p. 93]. En toutes circonstances il se montra le plus zélé des pasteurs et montra un courage héroïque lorsque la peste régna à Rennes huit années consécutives (1624-1632) [Note : Histoire du Culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, p. 43 et suiv., du même auteur].

Très désireux de voir la sainteté d'Yves Mahyeuc reconnue par Rome, il fit faire une enquête canonique sur les vertus de son prédécesseur et sur les miracles opérés par son intercession. Le 6 décembre 1638, les Etats de Bretagne demandèrent à Pierre Cornulier d'entreprendre les démarches nécessaires à Rome :
« Depuis quelques années il avait plu à Dieu de mettre en évidence combien la bonne vie et mémoire de feu Révérend Père en Dieu Yves Mahyeuc, en son vivant évêque de Rennes et confesseur de Louis XII et de la reine Anne, duchesse de Bretagne, lui étaient recommandées par les miracles qui se faisaient journellement [Note : En 1638. le culte de vénération rendu à Yves Mahyeuc n'avait donc pas cessé] à son tombeau, dans l'église cathédrale de Saint-Pierre de Rennes, en si grand nombre que pour faire voir combien Dieu se plaisait à faire des merveilles en ses saints, on avait été obligé d'en faire des informations qui avaient été envoyées à Sa Sainteté, afin qu'à l'avenir le peuple l'invoquât, comme il recevait journellement les effets de son assistance et intercession envers Dieu, entre autres pour les guérisons de plusieurs maladies, ce qui était venu à la connaissance de Sa Majesté [Note : Il s'agit de Louis XIII]. Suivant sa piété et sa dévotion ordinaire, avait recommandé cette affaire à Sa Sainteté et à Monseigneur le Maréchal d'Estrées, son ambassadeur à Rome ; et d'autant plus que le dit feu Yves Mahyeuc était originaire et évêque de cette province, il n'était pas raisonnable que cette affaire si célèbre, si sainte, se passât sans les vœux et les prières de Messieurs des Etats, Sur ce, ouï noble homme Vincent Brenugat, sieur de Moustouër, procureur-syndic des Etats, l'assemblée ordonna qu'il serait écrit en son nom à Sa Sainteté pour la supplier très humblement, en considération des informations qui avaient été faites et autres qui se feraient ci-après, des miracles de feu d'heureuse mémoire Yves Mahyeuc, vivant évêque de Rennes, et qu'il serait pareillement écrit à Mgr le Maréchal d'Estrées pour le prier de s'employer à obtenir la dite permission. Enfin, l'Assemblée pria Mr l'évêque de Rennes de se vouloir charger et dresser les dites lettres ».
A la démarche des Etats de Bretagne il faut joindre celle du Chapitre général de l'ordre des Dominicains de 1644. Le procureur général fut chargé d'enquêter sur les miracles attribués au bienheureux [Note : Lettre du F. H. Laurent à l'auteur (Istituto Storico Dominicano, 27-XI-31). Le Frére ajoutait : « Je ne connais point la cause de l'arrêt de cette enquête, mais je vous signale le fait assez curieux que donne Cavallieri, qui affirme avoir vu des images du bon évêque avec une auréole »].
Les démarches faites alors restèrent sans résultats. Pierre de Cornulier, qui avait toujours eu à cœur de mettre en valeur ce que la Bretagne comptait de grand, mourut l'année suivante. Les évêques qui lui succédèrent jusqu'à la Révolution, non originaires de Bretagne, s'intéressèrent moins au passé de notre pays. Cependant à Rennes on conserva longtemps encore le souvenir de la sainte vie d'Yves Mahyeuc. Nous le verrons lorsque la destruction de la cathédrale de Rennes amena le transfert de ses précieux restes.
Vers le même temps avaient paru les décrets d'Urbain VIII (1623-1644), réglant sur des bases nouvelles la législation relative à la béatification des serviteurs de Dieu. Pour se conformer à ces décrets, on fit disparaître du tombeau les ex-voto et autres objets pouvant faire établir qu'Yves Mahyeuc jouissait pratiquement d'un culte religieux depuis près d'un siècle. Cependant des pèlerins venaient prier sur sa tombe.
En 1639, M. et Mme de Kergrée « fondèrent une lampe ardente devant le tombeau du Bon Yves ». Le 26 avril 1642, Mgr de La Motte-Houdancourt, évêque de Rennes, vint au chapitre et proposa de « faire avancer la béatification du Bienheureux Yves » (sic), ce qu'acceptèrent les chanoines. En 1678, le chapitre ayant fait reconstruire l'autel Saint-Sébastien, voisin du tombeau d'Yves Mahyeuc, arrêta « après lecture d'un acte passé par MM. les Trésoriers, dépputés pour cet effet, avecq François Hordault et Jean Gérard, maistres architectes pour la construction… d'y placer un Crucifix et au pied d'iceluy, l'image du Bon Yves à genoux ».
A certaines époques, les fidèles faisaient d'abondantes aumones au tombeau du Bon Yves : le 13 avril 1638, le chanoine chargé de les recueillir déposa au chapitre 2.207 francs ; le 31 août, 821 francs ; le 31 décembre de la même année, 475 francs, « toutes oblations faites en l'honneur du Bon Yves » [Note : Extrait du Rég. Cap. — Cf. GUILLOTIN DE CORSON, Mélanges historiques, p. 80, 2ème série].
Cet arrêt de la cause d'Yves Mahyeuc n'est pas un cas unique. Le bienheureux Jean d'Avila (1500-1569) laissa après sa mort une réputation de sainteté qui ne cessa de grandir. En 1623, la Congrégation des prêtres originaires de Madrid prit l'initiative du procès de béatification. Le procès informatif se termina en 1628. Le dossier resta enterré à Rome jusqu'à 1759. Cette année-là fut promulgué le décret d'héroïcité de ses vertus. Et en 1894, donc plus d'un siècle après, Léon XIII procéda à sa béatification [Note : Cf. Ami du Clergé, 5 juillet 1956, p. 429-430].
(Abbé Henri Poisson).
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