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Mahyeuc Yves et l'enseignement à son époque. |
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CHAPITRE X - L'ENSEIGNEMENT AU TEMPS D'YVES MAHYEUC.
Dans chaque diocèse, un prêtre. appelé scolastique, était chargé de l'enseignement. Aux synodes, les évêques rappelaient souvent aux recteurs l'obligation d'ouvrir des écoles pour tous. Sous l'épiscopat d'Yves Mahyeuc, la charge de scolastique fut confiée à Hervé Mahyeuc, cousin du prélat. Il est permis de présumer que le dignitaire s'efforça de rentrer dans les vues de l'évêque.
En 1492, à côté du manoir habité par le scolastique, se trouvait la maison d'école, rue de la Cordonnerie. Deux ans plus tard, cette maison fut jugée trop petite. La Communauté de Ville fit construire un nouvel édifice situé place Saint-Pierre, près des remparts. Cette école de Rennes comprenait deux sections : dans la première, on enseignait la philosophie, la rhétorique, ce qui correspond à l'enseignement du second degré ; dans la deuxième section, les enfants apprenaient à lire, à écrire, à compter c'était l'enseignement du premier degré. A la tête de chaque section, il y avait un recteur qui dépendait du scolastique. En 1495, ces deux recteurs furent rétribués par la Communauté de Ville.
Le local de la place Saint-Pierre, à son tour, devint insuffisant, et en 1536 l'école épiscopale fut transférée dans l'ancien hôpital de Saint-Thomas. L'école de la place Saint-Pierre devint la Maison commune de la Ville où se réunissaient les bourgeois pour régler les affaires de la cité [Note : A l'emplacement des bureaux de l'Artillerie]. Pierre de Faye, « prieur et administrateur du prieuré et hôpital de Saint-Thomas », céda ses bénéfices à la Communauté des Bourgeois de Rennes, afin de faciliter l'établissement d'un collège dont toute la ville avait besoin « pour instruyre les personnes, petiz enfants, tant de la dite Ville que de ce pays et aultres qui désirent étudier, acquérir et science avoir ». L'extinction de ce bénéfice fut consentie par l'abbesse de Saint-Georges dont l'hôpital dépendait selon le droit féodal, et fut obtenue en Cour de Rome. François Ier donna l'autorisation de transformer l'hôpital en collège. Dans la suite, le collège de la rue Saint-Thomas fut confié aux jésuites qui en prirent possession en 1604. A la fin du XVIIIème siècle, il comptait environ trois mille élèves [Note : Le lycée de garçons est bâti sur l'emplacement de ce collège, avenue Janvier]. Ce transfert fut donc un acte important dans l'histoire de la cité et fut réalisé selon la volonté d'Yves Mahyeuc pour mener à bonne fin toutes les tractations qu'il exigea [Note : Cf. Pouillé Historique, t. III, p. 438. — BANÉAT, le Vieux Rennes, p. 261 et 355].
Hors de Rennes, dans les paroisses, de nombreux prêtres ou clercs, des « sœurs de confrérie » se consacraient à l'enseignement. Il y avait une école à Vitré où Jehan de Gennes envoyait ses enfants [Note : Journal d'un Bourgeois de Vitré]. On y enseignait le latin. Noël du Fail fréquentait dans son enfance l'école de Vern. Les registres paroissiaux de Noyal-sur-Seiche font connaître les noms des prêtres qui tenaient une école dans le pays : en 1517, Payen Couerres ; en 1524, Michel Balute ; en 1526, Pierre Deaye ; en 1535, Galleran ; en 1538, Pierre Douayes [Note : PARIS-JALLOBERT, Registres Paroissiaux]. Yves Mahyeuc ne manquait pas d'encourager les écoles, elles répondaient trop à ses vœux et à ceux de l'Eglise qui a toujours essayé d'instruire les enfants du peuple.
YVES MAHYEUC ET LA LITURGIE
Missels, Bréviaires, Culte des Saints
A l'époque où Yves Mahyeuc gouvernait le diocèse de Rennes, l'imprimerie était répandue et avec elle l'usage des livres faciles à transporter. Les archéologues ne manquent pas de signaler le grand nombre de livres de piété, de « paroissiens » sortis des presses à l'usage des fidèles. Le diocèse de Rennes, Rennes en particulier, avait de bons imprimeurs et Yves Mahyeuc les fit travailler.
En 1523, Jean Beaudouyn, imprimeur à Nantes, vint s'établir à Rennes. Jean Macé, éditeur, lui commanda une édition des œuvres de Marbode, l'évêque poète et moraliste du XIème siècle. Cette édition fut publiée sons les auspices d'Yves Mahyeuc, par sentiment de piété ; il voyait dans les Œuvres de son prédécesseur sur le siège de Rennes des pages capables de faire du bien aux âmes de ses diocésains.
On réunit dans cette édition les hymnes sur Madeleine, trois prières à Dieu, une à la Vierge, des épigrammes, des lettres en vers, les poèmes sur Jonas, les Macchabées, les Passions de plusieurs saints, le livre des Pierres, les Ornements des Mots, quelques autres poésies et six lettres en prose [Note : Incipit liber Marbodi quondam nominatissimi proesulis Rhedonensis scilicet hymni, liber de gemmis, et epistolae VI. Impressum « Rhedonis per Joannem Beaudouyn primum et unicum calcopraphum et impressum ejusdem civitatis et qui tam ab anno citra... cura et sollicitatione Johannis Macé, biblio ejusdem civitatis adventavit, visusque et correctus per Magistrum Radolphum Beziel »].
Missels et bréviaires furent également l'objet de ses soins. Une édition du Bréviaire de Rennes fut publiée eu 1514 par Jean Macé. Solesmes et le Grand Séminaire de Rennes en possèdent encore des exemplaires imprimés chez Thielmann-Kerver.
Un missel ad consuetudinem insignis Ecclesiae Rhedonensis fut imprimé sur l'ordre d'Yves Mahyeuc et approuvé par lui. Ce missel s'enrichit de nouvelles messes : Notre-Dame de Pitié (vendredi avant le dimanche des Rameaux) ; saint Roch, archevêque de Besançon au VIIème siècle, dont le culte se répandit au XVème siècle ; fête du Saint Nom de Jésus, etc.
Un autre missel fut édité en 1531. Il possédait de nombreuses séquences pour les fêtes de saint Yves, de saint Goulven, de saint Guillaume, de saint Armel, de saint Melaine, de saint Malo. Des messes étaient célébrées en l'honneur de saint Job et de la Sainte Larme du Christ. Tout ce qui rappelait la Passion du Christ était cher au cœur d'Yves Mahyeuc. Il voyait dans la contemplation des souffrances du Sauveur le grand levier capable de faire sortir les âmes de l'ornière du péché [Note : Au temps d'Yves Mahyeuc, la messe se terminait par la prière Placeat].
Il n'est pas sans intérêt de rappeler qu'à l'époque d'Yves Mahyeuc le Kyriale était « farci ». Sur les neumes entre les mots Kyrie et eleison, on intercalait un texte qui n'eut jamais un caractère authentique et officiel, mais d'une doctrine très élevée. Ces textes pouvaient rendre plus facile le chant des neumes. On trouvait de ces « tropes » au Gloria, au Sanctus et à l'Agnus Dei. Rome ne les a jamais acceptées.
En voici quelques exemples :
Kyrie cunctipotens genitor Deus, omnicreetor,
eleison.
Kyrie fons et origo bone, pie, luxque perennis, eleison.
Kyrie
salvificet pietas tua nos, bone rector, eleison.
Gloria in excelsis Deo et in
terra pax hominibus bonae voluntatis. Laudat in excelsis, caelum terramque
regentem, angelicus coetus, laudat et omnis homo.
Laudamus te…, etc.
Yves Mahyeuc, comme tout Breton, avait un culte spécial pour nos vieux saints. La dévotion à saint Goulven, évêque de Saint-Pol-de-Léon, mort à Saint-Didier, était très répandue dans le diocèse de Rennes. Sa châsse était portée aux Rogations par les neuf recteurs de la ville. Yves Mahyeuc consentit à donner un os du bras de saint Goulven à la paroisse qui porte son nom dans le Léon (1533), afin d'augmenter la dévotion des Léonards envers un saint qui avait, à la suite de saint Pol-Aurélien, affermi leurs pères dans la foi chrétienne [Note : Cf. Registre des Délibérations du Chapitre. Voici quelques particularités relevées dans le bréviaire : Aux litanies des Saints, on nomme saint Armel, saint Modéran et saint Yves. Des offices complets étaient attribués aux fêtes suivantes : 16 mai : translation de saint Modéran. — 19 mai : saint Yves, confesseur. — 25 mai : les Trois Sœurs (les Trois Maries). — 17 juin : saint Hervé, confesseur. — 28 juillet : saint Samson, évêque. — 29 juillet : Saint Guillaume, évêque. — Dernier jour de juillet : saint Germain. — 11 août : la Couronne d'Epines (on reconnaît ici la dévotion d'Yves Malyeuc à la Sainte Couronne). — 15 août : Assomption. — 16 août : saint Armel. — 22 septembre : saint Florent. — 1er octobre : saint Suliac. — 22 octobre : saint Modéran ; le même jour saint Martin (de Vertou ?). — 29 octobre : saint Yves. — 2 novembre : saint Gobrien. — 6 novembre : saint Melaine avec octave. — 14 novembre : saint Amand (office commun en entier). — 15 novembre : saint Malo].
(Abbé Henri Poisson).
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