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Mahyeuc Yves et les travaux à la cathédrale de Rennes. |
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TRAVAUX A LA CATHÉDRALE DE RENNES.
D'importants travaux furent entrepris dans les églises de Rennes entre 1500 et 1550. La tour de Saint-Germain fut commencée en 1519 ; celle de Toussaint, qui s'était écroulée, fut également rebâtie vers la même époque. A la cathédrale, les embellissements commencés au XVème siècle, au temps de l'évêque Anselme de Chantemerle, furent poursuivis (1389-1427) [Note : Le bienheureux Charles de Blois avait largement contribué è l'embellissement de la cathédrale de Rennes. Il avait donné un grand vitrail qui s'épanouissait dans le transept nord,. et les verrières qui éclairaient le haut du chœur. Il avait fait ériger des autels en l'honneur de saint Judicaël, de saint Samson et de saint Yves]. Celui-ci avait fait un « sacraire de fin argent veiré d'or (pour le grand autier) où honorablement est gardé le Corps de Jésus-Christ » (le Saint Sacrement était suspendu à la voûte).
« Le chœur de l'église était si obscur, que les anciennes vitres qui y estoient qu'il y convenait avoir veüe de feu comme à chacune heure du jour ». Anselme de Chantemerle « fit percer deux grandes vitres en haut du chœur, l'une à dextre et l'autre à senestre, paintes à l'image de la Présentation ».
« Comme il veit qu'es autres églises cathédrales de Bretagne et ailleurs y eust orgues pour l'honneur du service de Dieu, il n'en n'y eust nulle en son église de Rennes, il a donné et baillé plusieurs sommes d'argent et d'or pour faire faire et édifier celles orgues qui y sont à présent ». Un organier prêtre, du nom de messire Jehan Farise, les améliora en 1417.
« Voyant que le chœur de son église de Rennes estoit dès oncques dépourvu d'œuvres de bois et trédos sur les hauts sièges de celui du chœur, qui n'estoit pas honneste chose, par son devis et ordonnance la charpenterie, la menuiserie et les trédos et y furent faits et édiffiez comme on peut veoir ».
Guillaume Brillet, successeur d'Anselme de Chantemerle sur le siège de Rennes, fit bâtir la chapelle du Saint Sacrement derrière le maître-autel. C'était, si l'on en croit les contemporains, une œuvre splendide. « La nef était magnifique. La naissance et la vie du Sauveur étaient représentées en or sur le retable du maître-autel. On y admirait quatre grandes colonnes en cuivre et la chapelle Saint-Claude, fondée par Pierre L'Allégor. Ses balustrades, ses stalles, ses statues en bois offraient dans leur travail toutes les délicatesses des sculptures du temps » [Note : NITSCH, la Cathédrale, p. 11].
Les élégants dossiers et dais des stalles du chœur, de style gothique, disparurent un siècle plus tard pour faire place à de nouvelles stalles dans le goût de la Renaissance. Elles furent exécutées sur l'ordre du sire d'Espinay (1520) [Note : Mélanges d'Histoire et d'Archéologie, t. II, p. 232] et l'on peut penser qu'elles étaient dans le style de celles de Champeaux.
Le XVIème siècle est l'époque du grand développement de l'art du peintre sur verre. Dans notre pays, le goût s'en propagea et devint général. Un grand nombre de vieilles églises autour de Rennes avaient conservé quelques vestiges de ces vitraux. Les peintres verriers Jehan Le Breton, Jehan Manger et Jehan Adréan étaient parmi les plus connus et les plus appréciés. La cathédrale de Rennes s'enrichit de leurs travaux en 1531. Le sire de Chateaubriand donna deux verrières ; deux autres furent offertes par Guy III d'Espinay [Note : Les armes d'Espinay y furent peintes (délibération du chapitre, 22 mars 1531).] ; enfin, deux autres encore furent exécutées sur l'ordre du chapitre. L'année suivante, à l'occasion de son couronnement, le duc François III en commanda une pour commémorer le souvenir de son sacre, et en 1536, l'official Michel Le Duc offrit à son tour un grand vitrail.
Au XIIIème siècle, le vitrail était une tenture qui tamisait la lumière ; au XVème siècle on y représentait des saints aux attitudes raides, ils étaient les frères des saints de pierre ; au XVIème siècle, le tableau rivalise de finesse pour le dessin et l'harmonie avec les œuvres des meilleurs peintres et ajoute le chatoiement des verres et des jeux de lumière. Le vitrail du chevet de Saint-Germain de Rennes, brisé à la Révolution et dont les morceaux ont été assemblés, est de cette époque et nous fait regretter la disparition des verrières de l'ancienne cathédrale [Note : Les vitraux de La Guerche sortent du même atelier que les verrières de Notre-Dame de Vitré, de Louvigné-de-Bais et de Champeaux ; même ordonnance architecturale, mêmes colorations, « en grande partie du jaune d'argent, des harmonies sourdes de bruns et de violets formant opposition avec la clarté générale des autres tons »].
Au XVIème siècle, certaines parties des murs de la cathédrale étaient en mauvais état. Le chapitre fit appel à la compétence de Thomas Pihour, architecte, pour consolider les murs côtiers du chœur (côté de l'Épître) (1527). Quelques années plus tard, en 1533, la tour de l'église menaçant ruine, on ordonna de la démolir à moitié (tour au singulier désignait alors le portail et les deux tours de la façade occidentale). En 1536, le chapitre ordonna de la faire réparer, et Yves Mahyeuc voulut consacrer à cette réparation le produit du don synodal de 1537. De plus, par lettre patente, François Ier, « usufruitiaire » du duché de Bretagne, ordonna à tous les bénéficiers de l'église de Rennes, évêque, dignitaires, chanoines, chapelains, de verser la moitié des fruits et revenus de leurs bénéfices « pour réparer, reffaire et restaurer icelle églises ».
Mais les réparations ne furent sans doute pas faites à temps. La nuit de Noël 1539, la tour dans laquelle se trouvaient les plus grosses cloches s'écroula et tomba en grande partie du côté du manoir épiscopal.
Il fallut alors procéder à la reconstruction totale des tours, celles qui existent maintenant.
En 1541, l'année de sa mort, Yves Mahyeuc bénit la première pierre des nouvelles tours et consacra des sommes importantes à ce travail. « L'humble Chapître de Rennes confesse avoir reçu de R. P. en Dieu Yves, par les mains de Jehan Ferré, maistre des monnaies, six cents livres tournois, moitié de la somme demandée pour la réédification de la tour Saint-Pierre » [Note : Ce Thomas Pihour a une histoire et resta longtemps légendaire à Rennes. Jean de Laval, baron de Châteaubriant, ayant fréquenté la cour de François Ier et guerroyé en Italie, en rapporta le goût des conceptions de la Renaissance. La Bretagne en était encore au style gothique. Il fit appel à tous les artistes de ce temps. Pihourt se rendit à Châteaubriant. « Il monte sur sa jument, botté de foin, ceint sur sa grande rohbe et le chapeau bridé ». Il se trouva dépaysé au milieu des discoureurs qui n'avaient à la bouche que les mots de frontispices, piédestals, obélisques, frises, corniches... C'était pour lui hiéroglyphes purs. Son tour venu, il se lève et dit « estre d'avis que le bastiment fust fait en franche et bonne matière de plaison compétente, selon que l'œuvre le requerrait ». Il se retire. On veut l'ouïr davantage, on le prend pour un grand personnage ; lui laisse tomber tous les discoureurs. Il reprend sa jument et déclare « qu'il ne pourrait achommer davantage et que les manches du grand bout de Cohue ne pourraient aller de droist fil sans luy et selon l'équipolation de ses hétéroclites ». Etonnement général. Que veut-il dire ? Il en garda le secret. D'où le proverbe qui se transmit longtemps à Rennes : « Résolu comme Pihourt en ses hétéroclites » (Mélanges d'Histoire et d'Archéologie, t. II, p. 177)].
En 1541, Yves Mahyeuc confia à Vincent Rabault et à Robert Jarde, maîtres d'œuvre, la reconstruction de la tour et leur accorda sept sols tournois par journée de travail et trois sols pour leurs ouvriers. Une inscription lapidaire retrouvée sous une des tours constate cet événement :
Jacta fuerant molis hujus fundamenta septembris XV anno Christi MDXLI.
Pio Tertio Pontilice maximo, Francisco Primo Gallorum Rege, Henrico Britonam Duce, Yvone Redonum proesule [Note : Les fondations de cet édifice furent jetées le 15 septembre 1541 : Paul III pape, François Ier roi de France, Henri duc de Bretagne, Yves évêque de Rennes].
« C'était le début de la Renaissance avec superpositions d'ordres, colonnes, pilastres, architraves empruntés aux monuments gréco-romains. Les constructeurs, abandonnant le roman et le gothique, conçurent le projet de deux tours massives superposant tous les ordres et réunies par une double porte.
V. Rabot et Robert Jarde, maîtres de l'œuvre, élevèrent les deux portes latérales, ainsi que les deux portes jumelées de la porte d'entrée. Le portail actuel n'a été créé qu'à la fin du XVIIème siècle » [Note : NITSCH, op. cit., p. 13-14].
(Abbé Henri Poisson).
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