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LA NOBLESSE CORNOUAILLAISE AU XVème SIÈCLE.

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LA NOBLESSE CORNOUAILLAISE AU XVème SIÈCLE.

Au Moyen Âge, l’évêché de Cornouaille comptait relativement beaucoup moins de noblesse que l’évêché de Léon et ne devait sa priorité, sous ce rapport, qu’à son étendue presque quadruple. Des montagnes et des landes couvraient toute la région nord du pays. La population était pauvre, clairsemée, éparse en des plous immenses comme Berrien, Plonévez, Pleyben, Crozon, Scaër, Elliant. Les fertiles terroirs du sud, réchauffés par la tiède haleine de la mer, avaient seuls une densité d’habitants comparable à celle des vallées et des plateaux du Léon.

Naturellement, le nombre des gentilshommes se trouvait en rapport avec celui des partables. Il existait bien quelques grands fiefs féodaux, mais dépourvus à peu peu près tous du lustre, de la renommée qui s’attachaient alors aux races chevaleresques coutumières de brillants exploits et apanagées de puissantes forteresses. Dans tout le comté de Poher, on ne rencontrait, au XVème siècle, depuis la ruine de Kergorlay, aucun château-fort digne de ce nom, qu’on ne peut décerner en conscience à de barbares enceintes de terre gazonnée comme le camp d’Arthus au Huelgoat, ni à des mottes comme celle de Montafilant en Bolazec, à peine assez large pour soutenir une grossière bâtisse de bois ou de pierraille. Plus imposants devaient être les castels des vicomtes du Faou et de Crozon (ce dernier situé à Lanvéoc), sans que leur esplanade nivelée annonce cependant rien de très considérable.

Si Rosmadec en Telgruc était, au dire de Vulson de la Colombière, un vaste édifice flanqué de cinq tours, il n’a pas laissé grandes traces ni dans l’histoire, ni sur le sol. La Roche en Saint-Thois n’a jamais été, malgré le titre de marquisat dont on devait le décorer au XVIème siècle, qu’une vigie, une redoute perchée sur un escarpement formant poste de défense naturelle. De Laz, son plus important voisin, on ne connaît même pas l’emplacement précis. Le fécond Porzay ne possédait qu’une seule demeure féodale, Vieux-Chastel en Plonévez, petite bastille à demi enfouie, dont un paysan a, en ces dernières années, saccagé les dernières assises.

Dans le Cap-Sizun, les châteaux de Kerharo, en Cléden, et de Pont-Croix n’étaient plus, à la fin du Moyen Age, que des désignations de fiefs. Stang-Rohan en Pluguffan, très curieuse motte aussi, en péril d’exploitation utilitaire, n'avait pour lui que d’être le chef-lieu, à peu près peu oublié, de l’important fief du Quéménet. Sur sa butte schisteuse, le Juch ne dressait plus, vers 1830, que le linteau d’une large fenêtre béante, et une chétive tourelle accolée à un pan de courtine survit seule du Guengat qu’assiégèrent les Ligueurs.

La mince seigneurie de Tyvarlen en Landudec ne dut son éclat transitoire qu’au dessein que forma, à la fin du XVème siècle, Alain de Rosmadec, chambellan du duc François II, d’en faire le réceptacle des archives, du trésor et de la grandeur de sa lignée. Mais de l’altière construction à tourelles, mâchicoulis et guérites qu’il éleva, et qui, selon le P. du Paz, comptait déjà 10 ou 12 cheminées, bien qu’étant seulement la huitième partie du plan total, il ne subsiste que des vestiges embroussaillés. Cette démolition déplorable eut lieu à la fin du XVIIIème siècle. Plus récent encore est l'anéantissement du magnifique château féodal de Quimerch en Bannalec, détruit en 1823. Du Mur, du Treff, de Quistinic, du Plessis-Ergué, on retrouve seulement la terrasse ou la motte. Le mauvais sort qui semble s’être acharné à effacer de la terre cornouaillaise tous ces vieux donjons dont l’évocatrice silhouette meuble si romantiquement les horizons de tant de provinces françaises, n’a souffert chez nous qu’une exception unique, celle de la grosse tour ovale de Pont-l’Abbé. C’est peu pour les deux tiers d’un département.

Cinq ou six hautes lignées se prétendaient issues des anciens rois ou comtes du pays, et formaient l’élite de son aristocratie : les Plœuc, Rosmadec, Kergorlay, du Faou, Poulmic, Quélen, du Juch et Névet. Un rang peut-être un peu moindre, mais éminent encore, était tenu par les Bouteville, Guengat, Tréziguidy, Quimerch, Languéouez, Foucault de Lescoulouarn, Lanroz, Kerharo, Lezivy, du Mur, du Treff, de Tréanna.

En troisième lieu venaient une cinquantaine de familles d’excellente race, ainsi réparties : dans le comté du Poher : les Berrien, Botmeur, du Rusquec, de la Marche, Coétquévéran, du Vieux-Chastel, Le Glaz, Kerampuil, Rosily, Rochcaezre, du Ménez, de Kergoët ; au pays du Faou ; les Kerliver, Lansullien, Omnès de Keroullé, Maufuric, du Parc, Penguern ; région de Châteaulin : les Quélennec, Kerpérennez, du Rible, de La Boixière ; pays de Porzay : les Tréouret, Moellien, Lanvilio, Coëtsquiriou ; pays du Cap-Sizun : les Saludem, du Ménez, Autret de Lézoualc’h, Keridiern, Lezongar ; fief du Quéménet (entre Quimper et la baie d’Audierne) : les Coatanezre, du Hilguy, Penguily, Kersaudy, Kerguélénen, Tyvarlen ; pays du Cap-Caval (région de Pont-l'Abbé) : les Kerlaezrec, Penmorvan, Trémic, du Guermeur, du Haffont, Trémillec, Kerdégace, de la Coudraye, Kernuz ; pays de Quimper ; les Lezandevez, de La Palue, Liziart de Trohanet, Trégain, Pratan- roux, Le Saux de Pratanroz, Toulgoët, Kerhiver, Kerguélen et Bonescat ; pays de Concarneau : les Bodigneau, Kerguern, Rospiec, du Bot, du Plessis, Goarlot ; pays de Quimperlé : les du Combout, de Cornouaille, Kermorial, Kermoguer. J’en passe et des meilleures, et j’écarte toutes celles qui n'appartenaient point à l’actuelle Cornouaille finistérienne, c’est-à-dire les nobles des châtellenies de Gourin et de Corlay.

Aussi bien, mon but n’est point ici d’étudier les grandes maisons patriciennes de l’antique royaume de Gradlon-Meur. Je voudrais, au contraire, parler uniquement de ces petits gentillâtres obscurs, besogneux, sans morgue aucune, que nous avons déjà rencontrés en étudiant l’ancienne noblesse du Léon. Tous sortis du peuple, beaucoup destinés à s’y replonger, réalisant, des siècles à l’avance, ce type du soldat-laboureur que les sociologues de 1840 ont réussi à rendre grotesque, sachant manier tour à tour la vouge ou la javeline du combattant, la marre du défricheur, parfois la varlope du charpentier, la plume de l’avocat ou l’aune du marchand, ce n’étaient, semble-t-il, ni des exploiteurs, ni des inutiles.

Leurs privilèges — insignifiants puisque proportionnés à leur maigre avoir — paraissaient une juste compensation des frais de leur équipement militaire, des périls de la bataille, des ennuis de la séparation et de la captivité. Bien que les lieux nobles fussent nombreux, on rencontre, en Cornouaille, beaucoup moins de manoirs gothiques qu’en Tréguier et qu’en Léon, et ceux qui subsistent sont, sauf exceptions, de très humble apparence. La réformation jusqu’ici inédite de 1426 en énumère les noms, ainsi que leurs possesseurs, et fournit sur la noblesse de cet évêché, au temps de Jeanne d’Arc, des renseignements fort curieux, ainsi qu’on en pourra juger.

Les gentilshommes n’abondaient point alors dans les Montagnes d’Arrée : à Berrien, trois ; à Brasparts, deux ; à Loqueffret, un ; à Poullaouen, cinq ; à Scrignac, deux ; ni dans les Montagnes Noires : à Trégourez, deux ; à Laz, cinq ; à Saint-Thois, un ; à Lothey, un ; à Cast, deux ; à Gouézec, six ; à Dinéault, cinq, où l’âpreté du terroir, la rudesse des intempéries rendaient les conditions de l’existence précaires et le labeur plus ingrat. Les deux paroisses les mieux pourvues étaient la gigantesque Crozon, et Briec, avec ses trêves de Quilinen, Landudal et Langolen, qui en avaient vingt-deux. Plougastel-Daoulas, Plonéour et Fouesnant en possédaient quinze ou seize ; Dirinon et Plogonnec, quatorze ; Pleyben onze, y compris ses trêves du Cloître et de Lannédern ; Plomeur onze également ; Plouhinec, Scaër et Moëlan, dix.

Les commissaires réformateurs trouvèrent neuf nobles à Irvillac et Châteauneuf ; huit à Beuzec-Cap-Caval, à Guengat, à Plogastel-Saint-Germain et à Plonévez-du-Faou ; sept à Clohars-Fouesnant et à Esquibien ; six à Lopérec, Loctudy, Tourch, Plonévez-Porzay, Rosnoën, Quimerch, Pouldreuzic et Poullan ; cinq à Ploaré, Plomelin et Hanvec. Voici des chiffres encore plus faibles : quatre privilégiés seulement dans le vaste Bannalec, à Riec, Plomodiern, à Plobannalec, à Ergué-Armel, à Ergué-Gabéric ; trois à Perguet (Bénodet), Cléden-Poher, Coray, Landudec, Nizon ; deux à Landeleau, Treffiagat, Lennon, Mellac, Melgven, Trégunc, Plonéis ; une simple unité à Goulien, Plogoff, Gouesnach. Nous sommes très loin, on le voit, des vrais escadrons de trente ou quarante gentilshommes qu’auraient pu aligner à la même époque les plantureuses paroisses léonaises de Plouénan, Plouvorn, le Minihy, Plounévez-Lochrist, Plouzané et Plourin.

Dans les villes, non plus, l'aristocratie ne foisonnait guère. Le texte de la réformation est muet sur Quimper ; à Daoulas, on comptait un seul exempt ; à Châteaulin, cinq ; à Pont-l'Abbé, neuf ; à Quimperlé, douze. Cette dernière était déjà une si plaisante résidence que les ducs aimaient à venir se mettre au vert en un petit castel baigné par les fraîches ondes de l'Isole, et ils y entretenaient à demeure un maréchal, un queux (cuisinier), un barbier et un sergent, qui participaient aux privilèges des nobles groupés autour de la coupole byzantine de Sainte-Croix.

Les roturiers possesseurs d’un petit bien noble étaient assez facilement exemptés de fouage, à condition de servir en armes quand le cas le requérait. A Quimperlé, en 1427, deux marchands, Jean Marcerel, « honneste homme », et Henry Le Noir, servaient « ès mandements » en bon appareil, et un troisième marchand, Anglais d’origine, Ruelcot Alet, envoyait en guerre ses deux fils. A Landeleau, Jean Le Dieu se prétendait noble et « hantoit les armes » ; toutefois, les paroissiens ne savaient rien de son extraction.

Certains nobles douteux, tels que Daniel Penménez à La Forest, et Henry Blanchet, qui tenait à Tourch le lieu du Rest, étaient exempts « par grâce des paroissiens ». A Plomelin, Guillaume du Cosquer, demeurant à Penancoet-Bihan, se disait gentilhomme et poussait l’effronterie jusqu’à se qualifier de chevalier, mais les paroissiens assuraient qu’il était « issu de gens partables ». Ceux de Landrévarzec exemptaient le métayer du sieur de Quistinic au Tymeur, et ceux de Pleyben le métayer du vicomte du Faou à Lesguen, terre pourtant roturière, « en reconnaissance de quelque bien que ledit vicomte leur avoit fait ».

Les habitants de Lennon, pour témoigner leur gratitude à Henry de la Villeneuve, qui leur avait rendu service, exemptèrent trois fois de fouage son lieu Nizevit, qui n’était pas manoir. A Névez, Alain de Lescouarn, noble sans conteste, avait marié sa fille au roturier Yvon Le Gall, qui habitait avec lui ; l’exemption accordée au beau-père fut refusée au gendre. Un cas contraire se présentait à Riec, celui d’Henry Kermorial, « pauvre juveigneur », qui s’était crânement mésallié à la fille du paysan Alain Troadec et demeurait sur le bien de sa femme.

A Riec encore, Alain de Lescoet, non marié, était père d’une fille bâtarde dont il avait donné la main au laboureur Alain Le Coz, et le trio tenait ménage unique au lieu de Troubodec. A Scaër, deux jeunes gars, Daniel et Jean Guillemyn, fils d’un sergent du duc, se targuent d’être les heureux maris de deux « damoiselles », servent en armes et demandent exemption. Les commissaires consentent à les affranchir d’impôts tant qu’ils seront aux armées. Le seigneur de Lescoulouarn veut obtenir des habitants de Pont-l’Abbé qu’ils « sauvent » les deux personnes préposées à la tenue de son ménage.

Le vicomte du Faou est plus exigeant encore. Non seulement il entend obliger les gens de Quimerch à exempter un certain Alain de Quimerch qui habite sur sa terre « en la ville de Castitoui », mais faire jouir aussi les enfants mariés du dit Alain d’une pareille exemption. Ayant au Faou même un serviteur, Jean de Kerroz, dont la mère était fille (probablement bâtarde) d’Yvon du Faou, frère de son père Guéguen, il prétend favoriser ce cousin germain de la main gauche, en extorquant une exemption en sa faveur aux habitants de Rosnoën qui, « par crainte du dit vicomte », n’osent imposer son protégé et laissent la question « en déport ».

Les paroissiens n’étaient point partout d’aussi bonne composition et savaient lutter judiciairement contre les usurpateurs. Ceux de Berrien plaident avec Herve Mazéan, qui veut exempter son métayer de Keralliou. Ceux de Gouézec nient la noblesse de Guillaume An Guyon, bien qu’il ait combattu à Saint-James-de-Beuvron armé d’un jacque et d’une épée. Ceux de Landrévarzec sont « en plaid » avec Guillaume Caradec, fermier de l’abbé de Landévennec à Trefflez ; ceux de Pleyben avec Jean Trégain, qui « laboure lui-même comme homme partable et a été métayer » ; ceux de Plomodiern avec Jean An Manach et Yvon Geffroy ; ceux de Saint-Thurien avec Jean Jouhan, à qui la fierté d’avoir épousé une fille noble a donné des idées de grandeur, au point de se croire gentilhomme et de refuser le fouage.

Parfois, les privilégiés que l’on « contrarie » ont leurs papiers en règle et se défendent victorieusement. A Plozévet, Jean Harscoët, sieur de Kerguedily, exhibe aux commissaires des lettres d’anoblissement de 1422, signées du duc. A Combrit, Maître Jean Julou a été anobli par « Monseigneur » et suit les armes. A Elliant, Jean Landanet doit batailler ferme pour soutenir son droit. Il a été anobli par lettres ducales, mais les paroissiens demandent qu’elles lui soient retirées. Il regimbe et en obtient de confirmatives ; il lui faut encore aller plaider devant la Chambre des Comptes, où il obtient un arrêt définitif. Sa descendance tint un bon rang jusqu’au XVIIIème siècle dans l’aristocratie cornouaillaise.

A Plouhinec, Daniel Goaziou et Guillaume Allain, l’un et l’autre « anoblys par Monsieur (le duc) », n’éprouvent pas semblables difficultés, non plus que Guillaume et Yvon Landrein, de Scaër, et Jean Le Coroller, de Tourch, qui « ont lettres ». A Combrit, Jacob Kergourhan en est dépourvu, mais son père « se gouvernait comme noble », et si son aïeul avait du sang roturier, sa grand'mère, en revanche, était demoiselle. Lui-même tient l’hostel du Quillien, où le commissaire chargé d’éclaircir le cas reconnaît qu’il y a « apparence de lieu d’homme noble ». Il fut sans doute dispensé du fouage, mais je n’en dirais pas autant de Jean Le Goulhezre, « gentillâtre » demeurant au Cosquer, en Saint-Nic, dépourvu de tous biens et dont le père payait.

On n’ignore point qu’à la fin de l’ancien régime, les trois quarts des terres nobles étaient passées entre des mains bourgeoises ou paysannes. Ce déplacement avait commencé dès le XVème siècle, bien qu’il n’ait pris toute son ampleur qu’au siècle suivant. On trouve à Kerfeunteun, en 1444, le manoir du Loch possédé par un praticien (homme de loi) roturier appelé Jean Guillaume, et la réformation de 1536 en offrirait des exemples multiples. Beaucoup de lieux affranchis de fouage ne devaient ce privilège qu’à la tolérance ou à la faveur des paroissiens. A Cast, ils exemptent Yvon Treuscoët, d’ailleurs issu « de noble ancessorie », à condition qu’il fournisse du bois à l’église. A Loctudy, c’est « par grâce » qu’ils exemptent le métayer du sire de Lanros à Boturel.

A Plovan, Guillaume Pérennou s’affirme noble, et les habitants, bien que peu convaincus, acceptent qu’il ne paie point. A Briec, les lieux de Kermadoret, au sire du Juch, de la Motte de Kergoz, au sire de Rostrenen, et de Keranloret, au sire de Kermellec, doivent leur exemption à la considération dont jouissent ces hauts personnages. A Dirinon, le métayer de Jean Kerguiziau à Lesquiffit est exonéré « à cause du Chasteau-au-Roy », motif d’exemption qui mérite d’être noté. Il s’agit de la vieille motte féodale de Castel-ar-Roué, toujours visible au milieu des taillis dépendant du manoir de Lesquivit. Peut-être le roi de Bretagne Salomon, dont le souvenir survit à l’église voisine de La Martyre, avait-il eu là l’une de ses résidences cornouaillaises.

J’ai parlé ci-dessus de nobles contraints par leur impécuniosité à des professions manuelles. La réformation de 1536 à Gouézec mentionne bien Jean Le Saux, gentilhomme et charpentier « faisant des navires », mais au siècle précédent, je n’en rencontre pas exerçant dans l’évêché de Quimper des métiers manuels. Quelques-uns étaient aubergistes, Daniel Quimerch tient taverne en 1448 au bourg de Briec. En 1426, Yvon Lesquiffit vend « pain et vin au détail » au bourg de Hanvec, ce qui ne l’empêche pas de se gouverner noblement. A Melgven, les paroissiens plaident contre Yvon Le Moan, lequel, bien qu’anobli par lettres, tient taverne. En 1426, Guillaume Cariou débite pain et vin dans son lieu de Keromet en Pleuven, qui n’est pas manoir et est néanmoins exempt depuis 20 ans. Au Faou, deux soi-disant nobles sont dans le même cas. Maître Yvon Boulguern, clerc et tabellion juré, cumule avec cette charge la vente « de pain, vin, foin et avoine en son manoir ». Yvon Grall détaille les mêmes denrées, tout en se déclarant gentilhomme et en soutenant ses droits par devant les juges ducaux.

A Quimperlé, Maître Jouhan Dongoualen est avocat, et ses deux fils servent aux armées. Au même lieu, Maître Jean Kerfouil est scholastique, c’est-à-dire tient l’école religieuse fondée à Saint-Colomban ou à Saint-Michel, et son fils, lorsqu’il vivait, s’armait aussi. L’un et l’autre sont dispensés du fouage. En 1480, l’avocat Jean Calvez n’a d’autre titre à l’exemption que « la belle maison qu’il s’est fait construire à Pont-Croix », en un pays de chicaneurs où prospérait et s’engraissait déjà, au XVème siècle, la gent avocassière. Terminons par Guillaume Le Calvez, qui était en 1426 maître d’école à Pouldreuzic. L’instruction publique a donc, on le voit, des titres vénérables en cette commune écartée, riveraine de la baie d’Audierne. Il se prétendait noble. Les paroissiens le niaient, mais les témoins de la réformation, choisis parmi les notables, estimaient que son « gouvernement », c’est-à-dire sa profession, devait lui valoir d’être déchargé d’impôt. C’était là une raisonnable et louable opinion.

(Louis Guennec - 1937).

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