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Les ossuaires du Léon (Finistère)

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Les ossuaires et charniers, les chapelles funéraires qui, du Goëlo aux dernières falaises du Léon, et de Vannes à Tréguier, se pressent en si grand nombre par toute la Basse Bretagne, cette terre sacrée des Morts, demeurent sur notre sol comme de touchants témoins de la piété séculaire de nos ancêtres pour les Ames des Trépassés.

Ossuaire de Noyal-Pontivy (Bretagne).

Leur destination funèbre est évidente. Elle est marquée par les inscriptions sculptées au fronton ou déroulées à la frise, par les banderoles que portent des angelots et par des emblèmes macabres, voire même par le portrait de l'Ankou, taillé dans la pierre, comme à la Roche Morice, à Ploudiry ou à Landivisiau.

Ces édicules recevaient les ossements exhumés des cimetières ; on y faisait parfois la veillée du corps, et le prêtre à certains jours y célébrait en ornements noirs l'office divin.

Tant que l'on se borne à discourir sur ces considérations générales, la question paraît lumineuse. Elle prête même fort bien à de longs développements poétiques, et François Villon se vit inspirer jadis par un tel sujet des vers trop fameux pour être encore une fois répétés.

Mais quand il s'agit de faire œuvre d'archéologue, — d'archéologue amateur, — et de préciser la destination primitive de ces édifices funéraires étudiés l'un après l'antre, le problème se complique bientôt, et il est plusieurs cas où la solution reste douteuse.

Partout, ou peu s'en faut, les antiques habitants des charniers, vertèbres, crânes aux teintes d'ivoires, tibias et fémurs, ont été expulsés par voie administrative ; et dans le Léon, où je choisis la plupart de mes exemples, connaissant mieux ce pays que le Trégor ou la Cornouaille, il n'y a, que je sache, que deux ossuaires où l'on puisse voir entassés encore ces débris humains qui excitaient aux jours de Louis XI la verve de l'auteur du Grand Testament.

Ossuaire de Saint-Pol-de-Léon (Bretagne).

Parmi les autres édicules, temples déclassés de la Mort, ceux que leur architecture permettait d'adapter sans peine ont été transformés, tantôt en chapelles, - et c'est le cas le plus fréquent, — parfois en maisons d'habitation ; celui de Trémaouézan est devenu une mairie après d'assez longues vicissitudes ; celui de Daoulas, transporté, exhaussé, retapé, est, aujourd'hui une sacristie. Le reste, trop ouvert aux vents ou trop exigu, est vide. Quelques charniers servent de lieux de débarras : on y entasse les croix enlevées aux anciennes tombes, des bancs, des planches de cercueils, de vieilles statues ; on y trouve des bouteilles cassées, des chaises sans paille, des bûches, des morceaux de sabots ; il me semble y avoir senti quelques détritus dont on ne saurait dire le nom exact qu'en langue latine.

De l'objet auquel servent aujourd'hui ces monuments funèbres, il n'y a donc rien à tirer pour éclairer la question qui nous occupe de leur destination première. Les archives paroissiales et municipales nous renseigneraient peut-être mieux. Mais elles sont pour la plupart inexplorées ; et je me contenterai sur ce point d'appeler la venue prochaine du Bénédictin qui donnera à l'archéologie une table analytique et des sommaires de ces liasses poudreuses et de ces registres qui pourrissent, joie des rats et des souris, chez les notaires et dans les sacristies, dans les mairies, aux châteaux, et dans les greniers de presbytères.

Les observations qui vont défiler m'ont donc été inspirées par la seule étude des monuments, par un examen, que je me suis attaché à rendre attentif et scrupuleux, de leurs détails et de leurs particularités, et aussi par des comparaisons vaguement méthodiques, procédé classique et d'ailleurs peu glorieux quand il est exercé sur un-champ restreint.

Les ossuaires du Léon que j'ai, me semble-t-il, tous vus, et ceux du Trégor et de la Cornouaille dont je ne connais la plupart que par les savants ouvrages de M. le chanoine J.-M. Abgrall, peuvent se ramener à trois types : le type appentis, le type arcature et le type chapelle. Il est bien entendu qu'il faut entendre ici le mot « ossuaires » lato sensu et comprendre sous ce vocable élastique tous les édifices funèbres qui s'élèvent dans nos cimetières.

Les charniers du type appentis sont presque tous accolés à la nef de l'église. Rectangulaires en général, et édifiés le plus souvent à l'angle que forme le porche du midi, si développé dans nos campagnes, avec le mur de l'église même, ils se composent d'un simple toit supporté sur les deux côtés non adossés par des colonnes ou des pilastres que relient parfois des arcades, tréflées. Toujours des bénitiers au soubassement : des trous creusés dans la margelle même ou de petites cuves qui y sont adaptées.

On peut affirmer, sans aucun doute possible, que ces édicules ont été construits dans le but exclusif de recevoir les ossements enlevés à la terre, et qu'ils n'ont pu servir qu'à ce seul usage jusqu'à la désaffectation complète. Leur exiguïté même, et ce point surtout qu'ils sont, à de rares exceptions près, dépourvus de portes, paraissent être de sûrs garants de la légitimité de cette assertion.

Signalons ici un dispositif vraiment touchant qui existe à Saint-Jaoua de Plouvien. Le charnier est adossé, selon la coutume, à la nef et au porche du midi, mais le mur qui les sépare a été percé d'une baie, et jadis le fidèle entrant à l'église voyait à sa gauche les ossements accumulés qui lui rappelaient sa dernière fini et lui demandaient une prière.

A Guilers Brest, cette fenêtre ouverte sur la Mort existait aussi, mais elle a été récemment aveuglée. Nous la trouvons encore à l'ossuaire de Trégastel (Côtes-du-Nord), qui mérite d'être mentionné ici pour sa forme circulaire inconnue au pays de Léon. C'est un quart de rotonde, accolé au porche du sud, et placé vers le chevet de l'église, ce qui est aussi fort rare et mérite d'être remarqué. A l'intérieur s'amorce cette tour si fréquente dans le Trégor qui loge un escalier conduisant à une chambre supérieure, en telle manière que le plan de l'ossuaire se réduit à peu près à l'espace compris entre deux quarts de cercles concentriques.

Les charniers du second type, que j'appelle par simplification le type arcature, sont fort originaux et relativement peu nombreux. Ils se composent d'un mur très épais dans lequel sont creusées des arcades aveugles, à plein cintre le plus souvent. Ici encore la forme même des édicules nous renseigne avec certitude sur l'usage unique auquel ils furent destinés au temps de leur construction.

Les plus curieux ossuaires de cette classe me paraissent être ceux qui, très petits mais au nombre de neuf, flanquent à Saint-Pol de Léon les murs du cimetière, à l'ombre de l'ancienne église paroissiale dédiée à saint Pierre et transformée aujourd'hui en simple chapelle. Les préoccupations, signalées plus haut chez ceux qui édifièrent le charnier de Saint-Jaoua de Plouvien, et celui de Guilers Brest, et celui de Trégastel, d'exhiber le plus possible les os à la foule chrétienne pour obtenir des prières aux Anaon et rappeler aux vivants leur destinée prochaine, on les retrouve à ces minuscules charniers, marquées aujourd'hui encore par certains détails bien frappants pour qui s'efforce de regarder avec attention. Dans l'enceinte du cimetière qui longe le chemin de Saint-Pol à Pempoul se voient extérieurement, sur la route même, trois bénitiers de pierre sous les trois ossuaires ; et le mur de fond est percé d'ouvertures, cruciformes à deux de ces édicules funèbres, bouchées maintenant depuis le jour où ils ont été vidés et où les boîtes de bois, dernières sépultures des crânes, ont quêté un abri sous les voûtes gothiques de la cathédrale. Peut-être faudrait-il chercher loin et chercher longuement avant de trouver, hors de Bretagne, des témoignages aussi délicats de la piété générale envers les Morts.

A cette seconde classe de charniers on peut, faute de mieux, rattacher un type unique en sa forme, au moins dans le pays de Léon, le columbarium de Kersaint Ploudalmézeau. C'est un simple mur, percé de trous de faibles dimensions, et dont chacun peut, me semble-t-il, loger un crâne et son petit cercueil.

Et me voici au point d'étudier les ossuaires du troisième et dernier type que j'ai nommé le type chapelle, et de poser tout au moins, sinon de résoudre, cette question : les édifices funéraires de ce genre ont-ils été construits dans le dessein primitif d'abriter des restes humains ou furent-ils au début ce qu'ils sont aujourd'hui presque tous, des chapelles à destination funèbre ? Le terrain solide me paraît se dérober ici et il faut chevaucher bravement dans le domaine des hypothèses : domaine légitime pour l'archéologue, et d'ailleurs fécond, à la seule condition de ne s'y aventurer que bardé d'un scepticisme prudent et de ne jamais être dupe de soi-même et des constructions plus ou moins ingénieuses de son esprit.

Ces réserves faites, on peut aventurer, avec quelques raisons à l'appui, les propositions suivantes dont la forme à dessein n'est pas très rigoureuse : les chapelles de nos cimetières qui présentent certains caractères à préciser ont toujours été construites dans le but de servir de charniers ; beaucoup de ces édifices ont été simultanément des ossuaires et des chapelles ; de quelques-uns d'entre eux les ossements furent expulsés dès le XVIIIème siècle et les premières années du XIXème.

Les ossuaires du type chapelle dérivent des ossuaires du type appentis par une évolution facile à suivre dans ses détails. L'édicule appuyé à deux murs et soutenu par quelques colonnes que porte un petit soubassement s'agrandit ; on le dote d'une porte ; la hauteur des colonnes diminue ; des pilastres les remplacent ; les vides sont moins grands ; les pleins augmentent ; voilà le charnier devenu une petite maison, presque indépendante de l'église, toute prête à s'en détacher (façade ouest de Saint-Jean du Doigt, la Martyre). Et cela advient bientôt. La chapelle a remplacé l'appentis. C'est maintenant un édifice rectangulaire, à trois murs pleins, mais qui a conservé du modèle dont il dérive une façade percée d'arcades étroites et parallèles, et des bénitiers extérieurs. L'évolution sera complète au jour où apparaîtront les clochetons et où l'un des pignons primitifs aura été percé d'une porte, tandis que l'autre sera remplacé par une petite abside à trois pans coupés (Lampaul Guimiliau, Saint-Thégonnec).

Quand donc une chapelle de cimetière présente un fenestrage à arcades longues et serrées, toutes semblables entre elles, et évidemment disposées pour permettre de voir facilement du dehors au dedans ; quand de plus, le long de la façade ainsi découpée, on voit extérieurement un ou plusieurs bénitiers placés de telle sorte qu'ils ne peuvent manifestement servir à la porte dont ils sont très éloignés, on est en droit d'affirmer, sans trop grande témérité, que l'édifice a été construit dans le but de recevoir des ossements. En a-t-il réellement reçu ? C'est ici une tout autre affaire, et il me paraît peu utile de poser même une question, qui, en l'absence de textes et de traditions, est parfaitement insoluble.

Il n'est pas nécessaire de beaucoup insister sur ce fait que les arcades dont il s'agit n'ont été que tardivement vitrées. Si elles l'avaient été à l'époque même de la construction, la présence des bénitiers ne s'expliquerait plus. Et d'ailleurs, il faut noter qu'alors que nombre d'églises et de chapelles ordinaires ont conservé de vieux vitraux, il n'existe, ni dans le Léon, ni dans la Cornouaille, fil seul ossuaire sur lequel on puisse faire pareille remarque.

Et maintenant que mon hypothèse paraît, non pas certaine, mais sérieusement vraisemblable, il convient de l'ébranler un peu et de se mettre en posture défiante. Les morts de Guimiliau étaient gens bien à l'abri : ils avaient deux ossuaires qui existent encore, un appentis accolé au porche du midi, et une chapelle funèbre édifiée au sud-est du cimetière et que distingue des édifices analogues une chaire extérieure adaptée à une arcade. Cette chapelle est, suivant l'usage, nantie du fenestrage et du bénitier classiques. La conclusion semblerait donc s'imposer, d'après ma théorie, qu'elle fut édifiée pour protéger des os. Mais l'appentis est très vaste ; il est sans discussion possible le plus grand du pays de Léon. De plus, bien qu'il ne soit pas daté, tout porte à penser qu'il est antérieur à la chapelle où on lit au fronton 1642. Pourquoi donc alors le doubler d'un nouvel édicule ? Et n'est-il pas plus légitime de croire que la chapelle funèbre ne fut jamais destinée à servir de charnier, et que son bénitier extérieur et ses quatre arcades ne demeurent là qu'en souvenir des anciens usages, qu'ils ne sont plus qu'un poncif d'atelier exécuté machinalement et sans aucun but précis. Il est possible après tout ; et du coup ma conclusion s'écroulerait sans fracas comme elle fut édifiée : on ne pourrait plus affirmer que toute chapelle de cimetière assujettie aux conditions marquées fut primitivement un vrai ossuaire. Mais prôner ce nouveau système, c'est faire preuve de peu d'indulgence à l'égard de nos artistes. On doit avouer que les architectes de la Renaissance n'eurent pas toujours accoutumé d'être aussi sincères que les gothiques ; de ce point cependant à affirmer qu'ils affublèrent nos chapelles funèbres d'inutiles bénitiers et d'un fenestrage peu logique il y a heureusement loin, et sans pouvoir expliquer clairement l'anomalie de Guimiliau, il faut, jusqu'à meilleure preuve, faire crédit à nos artistes et admettre en général la thèse présentée tout d'abord.

L'ossuaire de Pencran vient d'ailleurs nous aider à serrer le problème de plus près et confirmer aussi cette autre proposition que beaucoup de reliquaires du troisième type furent simultanément des charniers et des chapelles : CHAPEL. DA. SA. ITROP. HA. KARNEL. DA. LAKAT. ESKERN. AN. POBL, lit-on, ou à peu près, au linteau de Pencran ; et nous pouvons nous targuer ici, à l'appui de nos dires, d'un texte bien authentique, d'une phrase sculptée dans la pierre même. Voilà donc une chapelle funèbre qui recueillit « les os du peuple » et à la fois servit au culte, dédiée à saint Eutrope dont on explique d'ailleurs assez mal l'intervention en pareil lieu. Si l'on veut bien maintenant se souvenir que les édifices de Lainpaul-Guimiliau et de Saint-Thégonnec présentent de véritables absides à pans coupés et reçurent à la date de leur construction des autels de style et des représentations de la Mise au Tombeau, que d'autre part l'ossuaire de Sizun déroule la série des douze Apôtres et saint François d'Assise et d'autres Bienheureux encore, on pensera peut-être que ces reliquaires à arcades et à bénitiers auraient pu recevoir des inscriptions tout analogues à celle de Pencran. Quant aux « fabricques » de Guimiliau, déjà munis d'un vrai charnier, il me paraît probable en dernière analyse qu'ils voulurent encore doter leur paroisse d'une chapelle funèbre, et que, sans songer plus loin, ils la firent édifier sur le modèle courant qui devait trouver après peu d'années son expression définitive à Lampaul-Guimiliau et à Saint-Thégonnec.

S'il existe donc beaucoup de reliquaires qui abritèrent les pauvres restes humains, en même temps qu'ils étaient des chapelles funéraires, il arriva un moment aussi où l'on imagina que quelques-uns d'entre eux, qui avaient ou non servi à ce double usage, étaient vraiment trop beaux pour recueillir des ossements et où on les désaffecta de leur macabre destination en construisant de nouveaux ossuaires beaucoup plus simples et d'une valeur artistique tout à fait nulle. Ce phénomène assez curieux, relativement ancien d'ailleurs, et qui n'a rien à voir avec la désaffectation récente par prétendue mesure d'hygiène, se passa en 1762 à Ploudiry et au Bourg-Blanc en 1822.

Le beau reliquaire de Ploudiry où l'Ankou, serrant une flèche, veille sur sa troupe composée d'un laboureur, d'une grande dame, d'un magistrat et d'un seigneur, est daté sur les tailloirs de l'an 1635 et aussi au bénitier où un angelot déroule sa banderole, vous exhortant, « bonnes gentz qui par icy passez, à prier Dieu pour les trépassez ». Il me paraît probable qu'à cette première époque, cet édicule reçut des os et ne servit à rien d'autre. Mais, en 1731, une porte fut ouverte dans le pignon midi qu'un petit clocher couronna vers la même date probablement. Il faut insister su ce « probablement », car si le clocheton est daté, si même on y perçoit distinctement le mot FABRICQUES et quelques fragments de noms propres, les chiffres de l'année ne sont guère lisibles, et, même armé de jumelles, il faut beaucoup d'audace et de bonne volonté pour deviner sur les pierres usées un 7 et un 3 qui n'y ont peut-être jamais existé. Toutefois l'appareil et la couleur des pierres permettent de supposer, à bon droit, que le clocheton et la porte du midi sont très sensiblement de la même époque. Voici donc l'ossuaire transformé en chapelle. Mais bientôt les os deviennent gênants. Et alors les « fabricques » de Ploudlry imaginent en 1762 de faire édifier, à l'angle nord-ouest du cimetière, une maisonnette de mine chétive, aujourd'hui habitée, mais qui fut bâtie pour être un charnier ; car non seulement elle est datée et porte des noms de fabriciens, mais elle exhibe à sa façade quatre fenêtres, souvenir des anciennes arcades, et deux bénitiers de pierre dont l'un au moins est fort éloigné de la porte. Les os y émigrent ; et, à partir de ce moment, le grand ossuaire n'est plus qu'une chapelle, où saint Pierre, après avoir veillé sur les reliques, trône encore la tiare en tête et la barbe majestueuse toute blanchie par les lichens [Note : Pendant que cet article était sous presse j'ai reçu de Monsieur le Curé-Doyen de Ploudiry une lettre très aimable et qui, d'ailleurs, confirme entièrement mon hypothèse : les vieilles gens du pays se souviennent d'avoir vu des ossements dans la maisonnette ; ils n'en ont pas vu dans le grand ossuaire. Monsieur le Curé de Ploudiry a déchiffré comme il suit l'inscription du clocheton : CE RELIQUAIRE A ETE REBATIE LORS.... FABRICQUES...... (Le reste est illisible). Noter le mot RELIQUAIRE qui indique suffisamment qu'à la date de l'édification du clocheton, le monument devait encore, dans la pensée du restaurateur, servir à recevoir des ossements. J'ai connu aussi, par mon savant ami le chanoine Abgrall, qu'en 1667 le corps politique de Lampant avait émis le vœu de démolir le reliquaire, « pour le croître et augmenter et y construire la représentation de la Sépulture de Notre-Seigneur…… ». Ces mots me paraissent indiquer assez nettement la transformation d'un ossuaire proprement dit en ossuaire chapelle].

Il a dû se passer au Bourg-Blanc quelque chose d'analogue dans le premier quart du XIXème siècle, car en 1822 on y a construit un petit charnier sans style, pour débarrasser probablement le principal ossuaire et ne plus l'employer désormais qu'aux offices funèbres.

Aujourd'hui ces nouveaux reliquaires sont eux-mêmes déserts. Les ossements ne disent plus aux fidèles leur pieuse et dure leçon. Les crânes ne demandent plus de prières, pressés contre les porches et aux angles des cimetières. Les tombes peu à peu abandonnent les églises et le centre de nos bourgs. Elles s'en vont à l'écart, tristement chassées ; parfois elles s'en vont bien loin. Ici et là, les administrations anonymes rasent les ossuaires pour sacrifier aux beautés de la ligne droite. Et nous, nous regrettons au fond de l'âme de voir chaque jour la Bretagne perdre quelque chose de sa parure funèbre, la seule qui s'adapte harmonieusement à ses nuages chargés de lourdes teintes, aux sombres rochers et aux chênes séculaires tordus par les tempêtes, aux tristes lieux enfin vers lesquels viennent mourir dans la paix du soir, ou se confondre aux râles des ouragans les derniers gémissements des flots.

(Alexandre Masseron).

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