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LES SEIGNEURIES D'ABBARETZ.

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SEIGNEURIES D'ABBARETZ

DIVISION FÉODALE DU TERRITOIRE D'ABBARETZ ENTRE PLUSIEURS SEIGNEURIES VOISINES : LA CHATELLENIE DE NOZAY — LA CHATELLENIE D'ISSÉ — LA CHATELLENIE DE VIOREAU — LA BARONNIE DE DERVAL — ET L'ABBAYE DE MELLERAY.

Quant à l'origine la paroisse d'Abbaretz faisait partie du régaire épiscopal de Nantes, elle avait pour seigneur l'évêque lui-même. Lorsque ce prélat perdit la majeure partie de ses domaines, à la suite des invasions normandes et des guerres civiles de Bretagne, aux XIème et XIIème siècles, Abbaretz cessa de lui appartenir féodalement. Le baron de Châteaubriant s'empara, croit-on, de cette paroisse, mais il ne l'unit point à sa baronnie, dont Abbaretz n'a jamais dépendu dans la suite. Ce grand seigneur ne fonda donc point la paroisse d'Abbaretz, ne présenta jamais sa cure et ne donna point ses dîmes à Melleray ; ces trois assertions d’Ogée [Note : Dict. hist et géogr. de Bretagne (nouvelle édition), I, 35] sont autant d'erreurs.

La vérité est que le sire de Châteaubriant donna en grande partie la paroisse d'Abbaretz à son fils cadet Le Bœuf, qui créa les seigneuries de Nozay et d'Issé. Cette famille Le Bœuf céda elle-méme une portion des fiefs d'Abbaretz à l'abbaye de Melleray, et les seigneurs de Derval et de Vioreau acquirent à leur tour quelques droits féodaux en Abbaretz.

Ce qui a fait dire à plusieurs que les barons de Châteaubriant étaient seigneurs d'Abbaretz, c'est la réunion entre les mains des ducs de Montmorency d'abord, puis des princes de Condé, de toutes ces diverses seigneuries : Châteaubriant, Nozay, Issé, Vioreau et Derval. Ainsi le dernier baron de Châteaubriant, le prince de Condé, était bien seigneur d'Abbaretz, nullement parce qu'il était sire de Châteaubriant, mais parce que Nozay, Issé, Vioreau et Derval lui appartenaient.

Abbaretz ne forma donc pas, comme bien d'autres paroisses, une seigneurie homogène ; elle n'eut point, par suite, de maison seigneuriale [Note : A moins qu'on ne considère comme telle ce qu'on appelle le Château de l'Arche, dans la forêt de ce nom. Célèbre par le trésor qu'on dit y être caché, ce monticule de ruines ne figure dans aucun document historique] et Ogée se trompe encore en donnant ce titre au manoir de la Rivière [Note : Dict. hist. et géogr. de Bretagne (nouvelle édition), I, 35], dont nous verrons bientôt les possesseurs relever, au contraire, des seigneurs d'Abbaretz.

Les fiefs composant la seigneurie d'Abbaretz appartenant à plusieurs châtellenies, nous allons
successivement parler de chacune d'elles.

1° Châtellenie de Nozay. — Le sire de Nozay dominait à Abbaretz, y possédant beaucoup plus que les autres seigneurs voisins [Note : Parmi ses nombreux fiefs se trouvait celui du bourg d'Abbaretz ; aussi était-il considéré comme le vrai seigneur d'Abbaretz]. Il avait d'abord un assez beau domaine en bois dans cette paroisse. Voici en quoi consistait ce domaine, lorsqu'en 1465 la bienheureuse duchesse de Bretagne, Françoise d'Amboise, — qui fut dame d'Abbaretz, à cause de sa châtellenie de Nozay, — en fit la déclaration aux officiers du duc : « En la paroisse d'Abbaretz en boais anciens, taillifs et de revenu, à scavoir est le Boais Vert ; la levée d'iceluy boais lèvent et exploitent Guillaume Lambart et Jehan de Lespinay, par vente qui leur en a esté faicte par Mgr le Maréchal de Bretagne Mgr de Rieux [Note : Grand-père maternel de Françoise d'Amboise], et contient ledit boais, par son assemblement de fonds du boais de la Vieille-Ville, environ 80 journaux de terre. — Item le boais de l'Arche, contenant, tant en boais taillifs que boais anciens, 62 journaux [Note : D'après Ogée, la forêt de l'Arche avait, en 1778, une étendue de 280 arpents]. — Item le boais de Teillic, en boais taillis et anciens, contenant 40 journaux — et le moulin à vent de Grande-Lande, valant, commun an, neuf septiers de seigle » [Note : Archives de la Loire-inférieure, Nozay. — Le moulin de Grande-Lande fut plus tard afféagé au seigneur de Villeneuve].

La déclaration de Nozay, faite en 1680, par le prince de Condé — le grand Condé — ajoute à ce qui précède le bois des Forges ou du Vivier et dit que les bois de la seigneurie de Nozay en Abbaretz contenaient 500 journaux de terre. Ce chiffre paraît exagéré, car un autre aveu de 1560, conforme à celui de 1465, ne parle que d'environ 200 journaux.

Outre ces bois et ce moulin, le seigneur de Nozay avait en Abbaretz les droits féodaux qui suivent : supériorité, patronage, fondation et prééminences de l'église paroissiale d'Abbaretz — droit d'impositions appelées coutumes, sur toutes, les marchandises passant par Abbaretz, Treffieuc et Puceul [Note : Ces coutumes rapportaient, en 1465, un revenu de 45 liv., somme assez importante à cette époque], — un droit sur la foire tenue le jour Sainte-Marguerite à la Grange d'Abbaretz, — droit de contraindre tous ses vassaux à faire moudre leur grain au moulin de Grande-Lande, sur le chemin de Derval à Joué, — droit de bien ou de corvée sur dix-sept propriétaires de bœufs, pour les obliger à faire, chacun une fois l’an, un charroi « d'Abbaretz aux parties (ou régions) de la rivière de Loire », — droit de hue, pour faire lever le gibier toutes les fois que le seigneur de Nozay et ses gens chassent dans les bois d'Abbaretz, — droit de faire les vassaux entretenir les haies desdits bois tous les samedis de Carême, le seigneur leur baillant à chacun pour salaire un pain de 2 d, — droit de lever six bouzons de rente sur la prairie dite Pré-au-Sénéchal, etc.

Il était encore dû au seigneur de Nozay, par les hommes habitant ses fiefs en Abbaretz, certaines rentes en argent, grain et volailles. Les rentes en argent étaient payées à divers termes : l’Angevine, la Toussaint, la Saint-André, Noël, la Mi-Carême et les Rogations ; elles consistaient en quelques sous dus par chaque détenteur d'héritages et formaient, en 1465, la somme totale de, 51# 15s 2d. Près de la moitié de ce revenu, 24#, était alors employé à solder les honoraires d'une chapellenie de deux messes hebdomadaires, fondées par Isabeau de Rieux, dame de Nozay, dans la chapelle de son manoir de Ville-au-Chef, en Nozay.

Les rentes en grains comprenaient, également en 1465, 34 septiers, 6 boisseaux d'avoine [Note : Le septier comprenait, à Nozay, un siècle plus tard, dix boisseaux. (Voy. la déclaration de Nozay en 1560)] ; 21 chapons et 22 poules ou gelines formaient la redevance de volailles [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Déclaration de la châtellenie de Nozay en 1465].

Voici les noms des fiefs situés en Abbaretz et appartenant au seigneur de Nozay : Fief-Racaud ou Fief-Rouzay, la Hardière, la Gueffraye, la Houssaye, la Rouaudière, les Hauts-Chemins, les Longs-Chênes, Tournil, Bossel, la Coquelinaye, Galhard, la Pierre, la Chaussée, la Rabardière, Montbaron, Coulouine, la Guilminière, la Bonnaudière, les Rivières, Maffay, la Belaudaye, la Chevrollière, la Pommeraye, la Mollière, la Vennerie, la Placière, la Pourprise, Guillote-Ouairie, la Fouaye, la Forest, Pillet-Morel, Bouzay, Bourdon, Chesne-Trouit, la Chesnaye, la Raimbaudière, la Rabaudière, Rebuffé, Tournel de Hameline, Helland, le bourg d'Abbaretz, etc. [Note : Déclaration de Nozay en 1680. Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes, 20e vol., 826 et suiv.].

En 1560, ces mêmes fiefs portaient généralement d'autres noms, parmi lesquels nous relevons : le Fief-au-Mée, le Fief-aux-Paroux, le Fief-au-Duc, le Fief-au-Meilleur, etc. [Note : Archives de la Loire-Inférieure, v. Nozay].

Un certain nombre de terres nobles relevaient en Abbaretz de la châtellenie de Nozay et lui devaient aussi quelques rentes : telles étaient parties des terres seigneuriales de la Rivière, de Montjonnet, de Limarault et de Villeneuve (celle-ci pour un fief seulement.). — La Chesnaye était également tenue « à debvoir de foy, hommage et rachapt », et son propriétaire devait, chaque année, au seigneur de Nozay, « quatre deniers monnoie portés à la messe du point du jour de Noël », en l'église de Nozay, et « deux sols, neuf deniers, monnoie », présentés pareillemment, le même jour et au même lieu « entre ladite messe du point du jour et la grande messe » [Note : Archives de la Loire-Inférieure, v. Nozay]. — Sur une maison du bourg d'Abbaretz, joignant le cimetière et appelée la maison du Pape-Vilain , il était encore dû 5s de rente au sire de Nozay, etc. [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes, 20e vol., fol. 829].

2° Châtellenie d’Issé. — Comme le seigneur de Nozay, le sire d'Issé possédait en Abbaretz un domaine proche consistant en deux bois : la Brosse de Rieux et le bois de Villercot, « le tout contenant environ 150 journaux de terre, boutant d'un bout à la forêt de Vioreau et de l'autre aux bois de l'Arche ».

Au seigneur d'Issé appartenaient aussi, en Abbaretz, les fiefs de la Minière, du Houx, de la Trahannière, de la Herminière et de la Torraye ; mais ces fiefs ne lui rapportaient que peu de chose. A cause de sa Grange d'Abbaretz, l'abbé de Melleray lui devait une rente annuelle de 18 d. Les propriétaires de la maison du Parc en Abbaretz lui payaient 40s à Noël, outre l'acquittement de la « charge de servitude d'un parc » qui donnait son nom au village [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes. 20e vol., 929. — Déclaration de la châtellenie d'Issé en 1541 et 1630].

3° Châtellenie de Vioreau. — Le seigneur de Vioreau, en Joué, possédait en Abbaretz les fiefs de la Liraye, d'Estival et de la Bouchetière ; une portion des terres nobles de la Rivière et de Villeneuve relevait noblement de lui [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes. 20e vol., 350 et 360. — Déclaration de la châtellenie de Vioreau en 1680].

4° Baronnie de Derval. — Nous ne voyons point le seigneur de Derval posséder autre chose en Abbaretz que la mouvance noble du fief de Launay et celle des « lieux, maisons et moulins de la Rivière et de Montjonnet, tenus de luy à debvoir de foy, hommage, rachapt et chambellenage » [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes. 20e vol., 802. — Déclaration de la baronnie de Derval en 1541 et 1681].

5° Abbaye de Melleray. — Ce que les religieux de Notre-Dame de Melleray possédaient, en Abbaretz leur provenait, comme nous l'avons dit précédemment, des seigneurs d'Issé et avait dû être distrait de cette châtellenie. En parlant de la Grange d'Abbaretz et des métairies de Sainte-Marguerite et de la Fréchetaye, nous avons fait connaître le domaine proche de l'abbé de Melleray, en Abbaretz.

Les moines jouissaient, en outre, de trois petits fiefs ou masures, appelés la Guichardaye, la Rouaudière et la Harmenière, le tout comprenant une douzaine de corps-de-logis et environ 300 arpents de terre. Les rentes féodales qu’ils y recueillaient ne montaient qu'à 11# 5s monnoie, plus 20 chapons. Mais les habitants de ces villages relevaient de la haute-justice abbatiale, les nouveaux mariés étaient obligés de courir quintaine l'année de leurs noces, et au moulin de l'Abbaye devaient faire moudre leur grain tous les vassaux desdits fiefs [Note : Archives de la Loire-Inférieure, Domaine de Nantes, 11e vol., fol. 344-349].

Telles étaient les grandes seigneuries se partageant féodalement la paroisse d'Abbaretz. Sous leurs hautes juridictions et « mouvant d'elles » s'exerçaient quelques autres seigneuries, moins importantes, attachées aux manoirs et terres nobles d'Abbaretz, dont nous allons parler par ailleurs.

(abbé Guillotin de Corson).

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