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LES REGISTRES
PAROISSIAUX AVANT 1789 |
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MISCELLANÉES.
LES REGISTRES PAROISSIAUX D'ABBARETZ AVANT 1789. — BOULAY-PATY ET SA FAMILLE. — CONCLUSION DE CETTE ÉTUDE.
En fait d'archives antérieures à 1789, Abbaretz, comme beaucoup d'autres communes, ne possède que les registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures. Ceux-ci forment une assez belle collection remontant à la première moitié du XVIème siècle et composée de ce qui suit :
Livres des baptêmes de 1541 à 1668. — Livres des mariages de 1599 à 1667. — Livres des sépultures de 1598 à 1668. — Livres des baptêmes, mariages et sépultures réunis, de 1668 à 1791. Il n'y a pour ainsi dire pas de lacunes dans cet intéressant état de la paroisse pendant près de trois siècles.
Le premier cahier des baptêmes fut commencé en 1541 par François Gontier, vicaire de Guillaume de Listré, recteur d'Abbaretz et chanoine de Notre-Dame de Nantes, ne résidant point en sa cure d'Abbaretz. Mais il ne porte pas pour titre — comme semble le dire le savant, archiviste M. Léon Maître — « Livre des baptêmes de la paroisse de Saint-Symphorien d'Abbaretz » [Note : Inventaire sommaire des archives de la Loire-Inférieure antérieures à 1790, V. Archives civiles, série E, Supplément]. Saint Pierre a toujours été le patron d'Abbaretz et rien ne prouve que la chapelle Saint-Symphorien ait été jamais église paroissiale.
Dans ce premier registre, les actes de baptême sont rédigés en latin depuis 1541 jusqu'à 1567. A partir de cette dernière époque, la langue française est adoptée et les prêtres de la paroisse continuent d'en user dans leurs enregistrements jusqu'en 1791, sauf en l'année 1596 ; cette année-là, le vicaire d'Abbaretz, Guillaume Fleury, essaya de reprendre le primitif usage de la langue latine, mais il le fit peu de temps et personne après lui ne fut tenté de l'imiter.
Ces vieux cahiers paroissiaux ont toujours une véritable importance locale ; non seulement nous trouvons dans ceux d'Abbaretz la suite chronologique des recteurs de cette paroisse et des vicaires et prêtres les aidant dans l'exercice de leur saint ministère, mais nous y voyons aussi quels étaient les habitants de quelque importance, seigneurs dans leurs manoirs, bourgeois au bourg ou dans les villages. C'est là également qu'on peut dresser les généalogies des familles aussi bien celles des roturiers et laboureurs que celles des nobles et puissants seigneurs. Enfin, un certain nombre de prêtres se sont plu à noter dans le corps ou à la fin de ces registres les événements de leur temps qui semblaient offrir quelque intérêt.
Il est donc avantageux à une commune de posséder une collection de registres paroissiaux aussi complète que celle d'Abbaretz.
Nous ne pouvons ici relater tout ce que contiennent d'intéressant ces vieux cahiers ; nous nous bornerons donc à en faire connaître quelques extraits.
En 1616, des rassemblements militaires effrayaient la population d'Abbaretz et des environs ; le 30 janvier, on y baptise la fille de Jacques Leret et Jeanne Jarret « combien que le père et la mère fussent paroissiens de Moisdon, néanmoins pur ce que on a craint de la porter audit lieu, à cause des soldats qui y estoient logez ». — Le 8 mars, c'est à Saffré qu'on fait baptiser Ambroise, fils de Jean de la Barre, paroissien d'Abbaretz, mais « fugitif à raison des gens de guerre et soldats qui sont maintenant audit Abbaretz, Nozay, Joué et autres paroisses ».
L'an 1759, le nombre des décès s'élève à Abbaretz à 103 personnes, par suite d'une épidémie de dysenterie.
A la fin du registre de 1769, le recteur Jean Lefeuvre mentionne comment il obtint sa cure d'Abbaretz au concours, l'emportant sur dix-sept vicaires ; — et à la fin du registre de 1780, une longue note du même recteur relate la construction du clocher et les embellissements de l'église d'Abbaretz.
Le 30 mars 1782 eut lieu dans cette même église l'abjuration suivie du baptême d'un juif, fils de Gabriel Mareix et d'Anne Ezéchiel, négociants à Presbourg, en Hongrie. Il fut présenté au recteur par Albert de Berthou, chevalier, et Louise Mahé qui lui donnèrent les noms de Gabriel-Ange-Louis.
A la fin du registre de 1789 est une note relative aux élections du clergé qui précédèrent les Etats Généraux : les trois recteurs élus à Nantes, dans la salle des Jacobins, est-il dit, furent ceux de Saint-André-des-Eaux, de Saint-Etienne-de-Montluc et de Saint-Lumine-de-Coulais, lesquels étant revenus à leurs cures furent remplacés par le Supérieur de l'Oratoire, le recteur de Brains et un bénéficier.
Enfin, aux dernières pages du registre de 1791 sont inscrites quelques notes sur la vente des biens du clergé dépendant du pourpris de la cure d'Abbaretz et de la chapellenie des Dauffy, sur leur consistance et le prix de l'adjudication.
Abbaretz a donné le jour au jurisconsulte Pierre-Sébastien Boulay, connu sous le nom de Boulay-Paty.
« Législateur courageux, magistral intègre, célèbre juriste, Boulay-Paty est l'un des beaux caractères de la Révolution française, et l'un des hommes dont la Bretagne doit le plus s'honorer. Républicain vrai, désintéressé, pur, il rappelait les nobles types de l'antiquité ». Un historien moderne de la Bretagne, M. Pître Chevalier, en payant un juste tribut d'éloges aux travaux renommés de l'auteur et à la fermeté du citoyen, l'appelle « un homme véritablement antique par la science, par le courage et par la vertu ». Un écrivain remarquable de notre époque. Mme la duchesse d'Abrantès, dans son Histoire des salons de Paris, dit : « C'était un homme selon les temps héroïques que Boulay-Paty ». La Biographie universelle lui rend un digne hommage, et le savant M. Dupin aîné, dans un long article de la Revue encyclopédique, le place, comme juriconsulte, à côté de son illustre compatriote Toullier. [Note : Biographie bretonne, I, 156, article de P. Couly].
Boulay-Paty naquit au village de la Guilminière ou Deminière en Abbaretz, non pas le 10 août, — comme l'ont dit P. Couly et M. Kerviler, mais le 9 juillet 1763. Il appartenait à une famille de laboureurs qu'on trouve établie au XVIIème siècle, partie en Abbaretz et partie en Meilleraye. Son père, né en 1737, laboureur lui-même à la Guilminière, prés Meilleraye, avait épousé Marie Gouzel, dit Kerviler, et mourut à Meilleraye, le 26 juillet 1764 [Note : Kerviler. Bio-bibliographie bretonne, V , 369].
Voici, d'ailleurs, l'acte de baptême de Pierre-Sébastien Boulay-Paty, tel qu'il se trouve dans les registres paroissiaux d'Abbaretz, dont nous venons de parler : « Le neuvième jour de juillet 1763, a été baptisé Pierre, fils de Sébastien Boulay et de Marie Gouzi, son épouse, né d'aujourd'hui au village de la Deminière ; parrain a été Pierre Gouzi, oncle, et marraine, Marie Boulay, cousine germaine, qui signent ». SIGNE : P. Gouzi, — Marie Boulay, — F. Joalland, vicaire d'Abbaretz [Note : Archives communales d'Abbaretz].
On voit par cet acte que non seulement Boulay-Paty naquit le 9 juillet, mais encore que sa mère s'appelait Marie Gouzi et non pas Marie Gouzel. Quant au village ou il naquit — sur les confins de Meilleraye, quoiqu'en Abbaretz, — il porte depuis longtemps déjà le nom de la Deminière, mais précédemment il s'appelait la Guilminière.
M. Kerviler pense que Pierre Boulay prit le nom du Paty, — remplaçant après 1789 la particule par un trait d'union, — de la terre du Patis-Sec, en Abbaretz.
Quoi qu'il en soit, Boulay-Paty, élève du collège d'Ancenis, puis des Oratoriens de Nantes, reçu avocat au Parlement de Bretagne, le 5 mars 1787, fut, presque aussitôt après sa réception, nommé sénéchal du marquisat de la Guerche, en Corsept, le 20 octobre 1788, puis sénéchal de Paimbœuf, le 12 novembre suivant.
La Révolution ayant supprimé les sénéchaussées qui étaient des Tribunaux de justice seigneuriale, Boulay-Paty devint, le 11 mai 1790, procureur-syndic du district de Paimbœuf, le 1er octobre suivant, commissaire du Pouvoir exécutif, près le Tribunal du même district, et le 25 novembre, commissaire national près le même siège [Note : Voy. Kerviler. Bio-bibliographie bretonne, V, 369].
Trois ans plus tard, Boulay-Paty quittait Paimbœuf et allait remplir à Nantes, le 11 octobre 1793, les fonctions d'administrateur du département de la Loire-Inférieure, et le 24 janvier 1794, celles d'agent national près le district de Nantes. « Il eut occasion dans ces diverses fonctions de sauver les magnifiques boiseries de l'abbaye de Buzay, de cacher chez lui l'infortuné Bailly, mis hors la loi, et de résister énergiquement aux mesures sanguinaires de Carrier. Un jour que le proconsul avait ordonné un massacre général des prisonniers, sous prétexte de conspiration, Boulay-Paty osa lui tenir tête et le força à retirer son ordre barbare » [Note : Voy. Kerviler, Bio bibliographie bretonne, V, 369].
Procureur-syndic du district de Paimbœuf pour la seconde fois, en l'an III, puis conservateur des hypothèques, tout en conservant les mêmes fonctions, le 12 vendémiaire an IV (4 octobre 1795), il devint peu après substitut du commissaire du Gouvernement, près le Tribunal de la Loire-Inférieure, le 20 novembre 1795, puis commissaire du Directoire, près le même Tribunal, le 25 janvier 1796.
Ce fut le 5 avril 1798 que Boulay-Paty fut élu député au Conseil des Cinq-Cents. Deux fois secrétaire de cette assemblée, il y joua un rôle important comme membre des Commissions sur la marine, et protesta contre le 18 brumaire. Proscrit d'abord, puis amnistié, mais obligé de quitter Paris, il prit un cabinet d'avocat à Rennes et fut nommé juge au Tribunal d'appel de cette ville, à la réorganisation des Tribunaux par le premier Consul, le 2 mai 1800. Membre de la Société des Arts de Rennes, le 11 mars 1803, membre honoraire de l'Académie de peinture et de dessin de cette même ville, le 2 janvier 1807, etc., fondateur et professeur gratuit d'une chaire de droit commercial et maritime à Rennes en 1810, il devint conseiller à la Cour impériale le 18 avril 1811, conseiller à la Cour royale le 3 janvier 1816, doyen de cette Cour en 1828, et mourut à sa maison de campagne en Donges, le 16 juin 1830 [Note : Voy. Kerviler, Bio bibliographie bretonne, V, 370].
C'est à Donges, en effet, que Boulay-Paty avait épousé le 9 novembre 1790, Rose-Marie Halgan, fille du sénéchal de la vicomté de Donges et sœur de l'amiral Halgan, pair de France. A la suite de son article biographique sur Boulay-Paty, M. Couli en a consacré, un second à sa femme dont il fait un grand éloge au triple point de vue de la beauté, de l'intelligence et de la vertu [Note : Voy. Biographie bretonne, publiée par Levot, II, p. 161].
De ce mariage sortirent deux fils nés à Donges : Maurice, en 1791 el Evariste en 1804 et une fille Emma qui épousa M. Leduc. Maurice, avocat et docteur en droit, mourut à Rennes dès 1818. — Evariste, licencié en droit à Rennes en 1825, abandonna jeune le barreau pour la poésie. Plusieurs fois lauréat de l'Académie française, élu maître ès-jeux floraux, le 3 février 1860, il avait été nommé dès 1830 bibliothécaire du Palais Royal à Paris, puis du ministère de l'intérieur en 1856 [Note : Kerviler. Bio-bibliographie bretonne, V, 373].
Ce poète distingué, qui se rattache à Abbaretz par son père, mourut à Paris, le 7 juin 1864, ne laissant point d'enfants de son union avec Toussainte Lorant et léguant sa maison paternelle au bourg de Donges pour y construire un hôpital. Avec lui s'est éteint, le nom de Boulay-Paty.
Nous terminons ici cette notice historique sur Abbaretz. Après avoir constaté l'antiquité du lieu, — prouvée par des monuments tellement anciens que les archéologues dissertent sur l'époque trop reculée à laquelle ils remontent, — nous avons fait connaître ce qu'on peut retrouver de ses origines paroissiales ; nous avons étudié ensuite son église et ses chapelles, son clergé et ses institutions religieuses ; puis nous avons montré ce qu'était Abbaretz au point de vue féodal, quels étaient ses seigneurs, combien de terres nobles et de manoirs renfermait son territoire, quelles familles s'y distinguaient aux siècles passés. Abordant ensuite l'époque moderne, nous avons vu se constituer la commune d'Abbaretz, nous avons donné la suite chronologique de ses maires et nous avons décrit son état actuel. Enfin, un rapide coup d'œil sur les archives municipales d'Abbaretz, suivi, d'une notice sur un breton célèbre, enfant de cette commune, ont clos notre étude.
Comme la plupart des paroisses rurales, celle d'Abbaretz n'a pas d'histoire proprement dite. Cependant, en recueillant avec soin, comme nous venons de le faire, ce qui se trouve dans les dépôts d'archives, dans les imprimés et dans la tradition ; en examinant attentivement le peu de monuments anciens échappés aux ravages du temps, on arrive reconstituer un certain ensemble historique et archéologique qui peut offrir quelque intérêt. Il ne s'agit ici, d'ailleurs, que d'une monographie, et n'est-ce pas toujours avec plaisir qu'on retrouve réunis les documents concernant une localité, — si petite qu'elle soit, — à laquelle nous rattachent des souvenirs de famille et d'enfance ? Pour bien aimer la grande Patrie il faut affectionner la petite ; pour s'intéresser à la prospérité, à la gloire de la France, il est nécessaire de préférer à toute autre, nous ne disons pas seulement la province, mais encore la paroisse où vit notre famille, où nous apprîmes, encore enfant, à aimer Dieu et notre pays. De cet amour du clocher natal naît le véritable attachement aux grands intérêts de la Patrie.
(abbé Guillotin de Corson).
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