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LES ORIGINES PAROISSIALES D'ABBARETZ.

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ORIGINES PAROISSIALES

CIMETIÈRE MÉROVINGIEN D'ABBARETZ. — ABBARETZ FAISANT PARTIE DU REGAIRE ÉPISCOPAL DE NANTES. — DON FAIT A L'ABBAYE DE MELLERAY D'UNE PARTIE DES DIMES D'ABBARETZ.

Abbaretz possède un autre genre d'antiquités que nous n'avons pas voulu mentionner dans le chapitre précédent, quoique certains archéologues semblent disposés à les attribuer à la période gauloise ou tout, au moins gallo-romaine. Nous voulons parler des tombeaux en pierres d'ardoise qu'on y découvre en grand nombre.

M. Pître de Lisle paraît les avoir en vue lorsqu'il écrit que le fermier de Montjounet, en Abbaretz, lui a dit « avoir détruit, il y a quelques années, une rangée de petites logettes en pierres d'ardoise, dallées au fond et sur les côtés, et enfoncées en terre à une profondeur de 2 mètres environ » [Note : Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes, 1880, p. 127)].

Mais c'est surtout au bourg d'Abbaretz qu'abondent ces vieilles sépultures ; depuis l'église paroissiale jusqu'à la chapelle Saint-Symphorien, c'est-à-dire sur une longueur de près de 200 mètres, on en rencontre dès qu'on fouille la terre ; parfois même elles apparaissent nettement au niveau du sol ; c'est ainsi qu'on peut en voir aujourd'hui deux bien conservées au chevet d'un logis du XVIème siècle, appelé la Barre et bâti au milieu du bourg.

Quand on reconstruisit naguère l'église, on rencontra beaucoup de ces cercueils antiques. Ils sont invariablement composés de six pierres d'ardoise quatre d'environ 1m,60 de long, formant, les quatre côtés de la bière, et deux petites fermant les extrémités. Très souvent ces tombeaux, ayant perdu leur pierre de recouvrement, sont vides d'ossements et pleins de terre.

Parlant des châtelliers paroissiaux de Plessé et de Carquefou, M. Léon Maître y a signalé de semblables sépultures et il ajoute : « Les tombeaux en pierres d'ardoise qu'on y a déterrés en grand nombre sont les monuments funéraires les plus anciens de notre diocèse ; ils démontrent que l'église actuelle a été précédée par une autre, contemporaine sans doute des derniers Mérovingiens » [Note : Léon Maître, Les châtelliers paroissiaux en Bretagne. (Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, 1894, I, 450)].

Le bourg d'Abbaretz a-t-il jamais été entouré de fortifications de terre permettant de lui donner le nom de châtellier paroissial ? Nous ne le pensons pas, quoiqu'un châtellier industriel semble tout voisin aux buttes du château. Mais le genre de sépulture est le même à Plessé, Carquefou et Abbaretz, et ces cercueils de pierres d'ardoise sont évidemment des tombeaux très anciens. L'époque mérovingienne s'étendant au reste du Vème siècle au VIIIème, on peut fort bien admettre l'existence de la paroisse d'Abbaretz à cette époque, car un grand nombre de nos vieilles paroisses remontent aussi loin. Cette agglomération de sépultures antiques, retrouvées à l'ombre de deux églises romanes, Saint-Pierre et Saint-Symphorien d'Abbaretz, semble bien constituer un cimetière chrétien, quoique des cercueils de même genre soient attribués ailleurs aux Gaulois païens par quelques archéologues. On pourrait peut-être reculer jusqu'à l'ère du paganisme les tombeaux isolés, trouvés près des retranchements de terre attribués aux Gaulois, comme à Montjounet ; mais nous sommes portés à regarder comme chrétiennes les sépultures en pierres d'ardoise découvertes au bourg d'Abbaretz. Malheureusement, on n'a jamais trouvé ni médailles, ni autres objets placés dans ces tombeaux et, permettant de leur assigner une date précise.

Les amateurs d'étymologies ont vu dans ce cimetière l'origine du nom d'Abbaretz, formé selon eux des deux mots bretons Abad (abbé) et Béred (cimetière) ; mais il est difficile d'admettre cette explication, car il n'y eut que l'abbé de Melleray à avoir des intérêts à Abbaretz ; or, l'abbaye de Melleray ne fut fondée qu'en 1132 et le nom d'Abbaretz est certainement plus ancien. Il faut donc rejeter cette étymologie, aussi bien que celle reposant sur les mots latins Abbatis res, inadmissible pour la même raison.

Toutefois, nous ne serions pas éloignés de croire que ce mot breton Béred ou plus anciennement Bezred pût entrer dans la composition du nom d'Abbaretz ; d'autant plus que nous trouvons un autre nom breton de même genre, Bé ou Bez, donné à un châtellier gaulois voisin d'Abbaretz, le fort du Bé en Nozay, dont, nous avons parlé. Or, si Béred veut dire cimetière, Bez signifie tombeau [Note : Voy. les Dictionnaires bretons par Le Gonidec].

Le plus ancien document écrit, concernant Abbaretz est l'importante charte de Louis le Gros, datée de 1123 ; notre paroisse y figure sous le nom latin d'Abbaretiacum [Note : Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 548]. L'authenticité de cette charte a été mise en doute par l'abbé Travers [Note : Histoire de la ville et du comté de Nantes, I, 244] ; mais M. Léon Maître plaide fort bien en sa faveur dans un intéressant mémoire inséré dans les Annales de Bretagne [Note : Tome II, p. 346-377]. Le docte archiviste explique pourquoi Brice, évêque de Nantes, a pu demander, en 1123, au roi de France Louis VI, plutôt qu'au comte de Bretagne Conan III, la confirmation des droits de son régaire.

D'après cette charte, l'Evêque de Nantes prétendait à la suzeraineté de cinquante-sept paroisses. Ce chiffre a paru exagéré parce qu'au Moyen-Age le régaire épiscopal de Nantes ne comprenait que dix-sept paroisses. Voici comment, M. Maître répond à cette objection : La charte de 1123 est plutôt un acte de « protestation contre les amoindrissements dont souffre le plaignant (l'évêque Brice), qu'un envoi en possession. L'Evêque ae Nantes est allé porter ses doléances aux pieds du Roi, il a représenté les dommages causés à son église et à son clergé par la rapacité des comtes de Bretagne et de leurs vassaux, et, pour mieux faire ressortir sa détresse, il a retracé, le tableau complet, du temporel épiscopal tel qu'il existait sous les Mérovingiens et les Carlovingiens. Louis le Gros, agissant comme successeur de Clovis, de Clotaire et de Charles le Chauve [Note : Du temps de ces princes, le diocèse de Nantes ne faisait point encore partie de la Bretagne], ne pouvait faire qu'une chose : c'était de reproduire fidèlement dans sa charte de confirmation la liste des domaines que lui soumettait l'Evêque.

Qu'on ne s'arrête pas à la surface du parchemin, qu'on prenne chaque nom, qu'on l'étudie de près et on verra que les domaines revendiqués par l'Evêque sont bien les plus vieilles terres du diocèse, les plus anciennes paroisses arrachées au paganisme ou sanctifiées par les solitaires du VIème siècle » [Note : Léon Maître, Etude critique sur la charte du roi Louis VI. (Annales de Bretagne, II, 357)].

La conclusion à retirer de ceci, c'est que la paroisse d'Abbaretz peut remonter à l'époque mérovingienne — ce qui concorde bien avec ses sépultures antiques — et qu'elle fit alors partie des régaires, c'est-à-dire du domaine épiscopal de Nantes.

Mais après les invasions normandes, lorsque la Bretagne se reconstitua au XIème siècle, l'Evêque de Nantes perdit une grande partie de ses biens, ce qui l'obligea au siècle suivant à avoir recours à l'autorité du Roi de France. Au nombre des paroisses soustraites ainsi à son domaine figure celle d'Abbaretz.

A partir de cette époque, la paroisse d'Abbaretz ne fit plus partie féodalement des régaires du pontife nantais ; mais elle demeura naturellement soumise à ce prélat au point de vue spirituel, et l’Evêque de Nantes conserva même — alternativement avec le Pape — la présentation de sa cure jusqu'en 1789.

Quels furent les seigneurs laïques qui enlevèrent ainsi Abbaretz au pouvoir temporel de l'Evêque de Nantes ? Ce furent vraisemblablement les premiers barons de Châteaubriant; ils firent entrer Abbaretz dans l'apanage qu'ils constituèrent à un de leurs puinés, connu sous le nom de Le Bœuf et premier seigneur de Nozay et d'Issé.

Au mois de juin 1230, un descendant de ce chevalier, Brient Le Bœuf, dit Le Vieux, seigneur d'Issé, fit don à l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Melleray, pour le salut de son âme, d'une terre qu'il possédait en Abbaretz [Note : Bibliothèque nationale, Collection des Blancs Manteaux, vol. XXXVI, p. 204]. Les religieux de ce monastère y construisirent une grange et une chapelle, dédiée à sainte Marguerite, dont nous reparlerons.

Vers le même temps, Geoffroy de Trent abandonna, de son côté, à Melleray, les deux tiers de toutes les dîmes de sa terre de la forêt d'Abbaretz « decimas terre sue de foresta de Abbaret ». En 1242, Guégon La Grue et Agathe de Trent, sa femme — fille d'Olivier et nièce de Geoffroy de Trent — confirmèrent cette pieuse donation [Note : Bibliothèque nationale, Collection des Blancs Manteaux, vol. XXXVI, p. 206].

Les paroissiens d'Abbaretz essayèrent de s'opposer à cette levée de leurs dîmes par les religieux de Melleray, et la querelle devint si vive entre eux qu'elle fut connue du Souverain-Pontife ; celui-ci chargea les juges de l'officialité de Vannes de mettre les parties d'accord, mais ces juges ne semblent pas y avoir réussi. Dans les pièces de ce procès, on voit que la région appelée Forêt d'Abbaretz était habitée, en 1235, par Daniel et Bernard de Rozé, Guy Lague, Robin Daniel, Guillaume Robin, Riwallon Le Duc, Guillaume Robert, Pierre Constanz, Geffroy Grimaut, Guillaume Raffrey et Judicaël Troynel, tous vassaux de Geoffroy de Trent [Note : Bibliothèque nationale, Collection des Blancs Manteaux, vol. XXXVI, p. 213].

Les recteurs d'Abbaretz prirent naturellement en mains la cause de leurs paroissiens ; alors l'évêque de Nantes s'interposa entre eux et les moines de Melleray et finit par mettre les parties d'accord. En 1270, Guillaume de Vern, occupant le siège épiscopal de Nantes, fit l'abbé de Melleray et Geoffroy, recteur d'Abbaretz : « Gaufridum rectorem de Abbarez » accepter un compromis qui régla définitivement le partage des dîmes d'Abbaretz entre les religieux Cisterciens et le recteur de cette paroisse [Note : Bibliothèque nationale, Collection des Blancs Manteaux, vol. XXXVI, p. 204].

Quand le diocèse de Nantes fut divisé en archidiaconés et doyennés, la paroisse d'Abbaretz fut comprise dans le doyenné de Châteaubriant, membre de l’archidiaconé de la Mée [Note : Abbé Grégoire, Etat du diocèse de Nantes en 1790, p. 178].

Dans les chartes anciennes, le nom d'Abbaretz est successivement orthographié comme suit : Abbaretiacum en 1123. — Abbaret en 1230. — Abbarez en 1270 et 1278. — Abbarrez en 1341. — Abbaretz en 1456. — Abbaret en 1489. — La Baretz en 1539. — Abbarcium en 1650 [Note : Pouillés du diocèse de Nantes. (Archives de la Loire-Inférieure, G, 112)].

(abbé Guillotin de Corson).

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